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ço HISTOIRE DE LA DANSE.
heure ». Les Grecs, amateurs passionnés du rythme, le faisaient intervenir comme régulateur aussi bien aux jeux qu'à la danse, aux exercices militaires et aux évolutions du chœur tragique ou comique; ils en exigeaient, du reste, une application générale et constante. « Ils obéissaient à un instinct de leur race, et leurs philosophes finirent par poser en principe que Y eurythmie — la perfection dans le rythme et par le rythme — était la plus précieuse qualité de Pâme. Or, elle s'insinue dans Pâme par le corps. Il n'est donc pas indifférent d'y soumettre les moindres exercices. Le Grec devait être eurythmique dans sa démarche, dans son costume, dans son langage, lorsqu'il se livrait aux pénibles exercices gymniques ou aux mouvements moins violents de la danse. On appréciait la grâce d'un joueur de balle, d'un funambule ou d'une danseuse à la mesure de l'eurythmie qu'ils faisaient paraître1. »
Des travaux intéressants ont été publiés sur la danse grecque dans ces dernières années. Parmi ceux-ci, il convient de signaler la Danse grecque antique". L'auteur, en étudiant les documents laissés par la peinture, la sculpture et principalement les vases grecs que renferment nos musées européens, a tenté de reconstituer les pas et les mouvements des danseurs du Péloponèse. Il est donc intéressant de résumer en quelques mots cet ouvrage très soigneusement documenté, et qui apporte un jour nouveau sur la question.
i. M. Emmanuel, op. cit.
2. Thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris par M. Emmanuel, lauréat du Conservatoire, et publiée d'abord sous le titre tiEssai sur l'orchestique grecque.
LAGRECE. 91
La mimique tenait une grande place dans les danses de l'humanité primitive et les mouvements purement gymnastiques ne s'y sont établis qu'à la longue. La position préférée du danseur était celle qui favorisait les mouvements tournoyants, dont il devait faire un grand usage. La danseuse jouait avec sa tunique, quelquefois avec des voiles, des écharpes et autres accessoires : cela donnait naissance à de nombreuses positions des bras très gracieuses et très décoratives : preuve que la danse grecque était avant tout un art plastique et mimétique. L'auteur a eu raison de demander aux documents figurés les éléments de son travail. Athénée n'a-t-il pas dit : « Les anciennes statues sont pour nous les monuments de la danse antique; les sculpteurs cherchaient à rendre les beaux mouvements, ceux qui étaient élégants et libres. »
La danse grecque étant essentiellement une imitation, la main, auxiliaire indispensable de la mimique, était presque toujours active : elle complétait d'une façon exquise le mouvement du bras, confirmant par la précision de son geste la pensée que l'attitude du corps était chargée d'exprimer.
On a vu à quel point les Grecs étaient fanatiques du rythme. Cependant l'eurythmie n'était pas une règle absolue dans les danses orgiastiques qui comprenaient des mouvements bizarres et peu harmonieux. Les mouvements tournants, chers aux danseurs grecs, étaient cependant moins variés que chez nous. Les danseurs se sont très souvent contentés d'une danse rudimentaire qui consistait à marquer le pas sur place, et en passant sous la jambe le bras supportant un accessoire quel-
conque, comme par exemple une corne à boire. Cet exercice était surtout pratiqué par les Komastès ou danseurs du Komos, qui se livraient à une foule d'acrobades plus ou moins grotesques comme celle qui consistait à enjamber une amphore, l'autre genou presque au niveau du sol. La danse accroupie des Russes, les attitudes cambrées ou penchées des Espagnoles, sont d'origine grecque : on les retrouve sur les vases antiques.
Les Hiérodules, prêtresses des divinités, aimaient à faire flotter autour d'elles des étoffes amples et légères, à danser les mains jointes en des gestes gracieux.
Une autre observation présentée par M. Emmanuel c'est que, à fort peu d'exceptions près, les couples d'hommes et de femmes, dansant enlacés, ou se tenant par la main, sont assez rares, et la règle qu'il en tire peut se formuler en ces mots \.che\ les Grecs, V homme et la femme, lorsqu'ils dansent ensemble, restent séparés Vun de Vautre; cela tient à ce que — on l'a vu plus haut — les danses étaient ou bien des pantomimes, ou bien des marches lentes et rythmées. Cependant les représentations de danses à enchaînement, sorte de farandoles composées ou de femmes seules, ou d'hommes et de femmes se tenant par la main, ne sont pas rares. La Tratta, danse de la Grèce contemporaine1, d'origine très ancienne et dont on retrouve des indications sur les vases antiques, appartient à cette catégorie.
L'enthousiasme que Strabon appelle « une sorte d'inspiration céleste » engendra la danse orgiastique dont l'orchestique violente transformait les adeptes en
i. Voir livre II, chapitre u, page 129.
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hallucinés et en frénétiques, ainsi qu'on a pu le voir dans les Dionysiaques. Cet « enthousiasme » fait comprendre la différence des danses grecques avec les nôtres. « Nous nous plaisons à la simultanéité rigoureuse des mouvements identiques exécutés par les danseurs, à la disposition symétrique des danseurs et des groupes de danseurs par rapport à un point ou à un axe. Les Grecs, au contraire, évitent le plus qu'ils peuvent — si nous en croyons les monuments figurés — la simultanéité et les répétitions dans les ensembles... ils préfèrent toujours la dissymétrie décorative aux pendants exacts. Le désordre systématique et apparent, l'absence de toute symétrie sont les règles constantes. »
En résumé, le Grec cherchait l'eurythmie dans les mouvements naturels : le danseur moderne tend au même but par les mouvements conventionnels. Chez nous, la danse et la pantomime se séparent : « Le danseur grec parle avec tout son corps, et s'adresse à des spectateurs qui attendent de lui autre chose qu'un plaisir des yeux. Il doit leur faire comprendre en l'honneur de quel dieu, à l'occasion de quelle fête il danse ». Moins savante que la nôtre, la chorégraphie grecque laisse plus de liberté et de personnalité au danseur. Au lieu d'être V imitation en masse, elle est l'imitation individuelle. La chose d'ailleurs s'explique fort logiquement : la liberté d'interprétation laissée au danseur permettait de traduire avec plus de facilité l'émotion intellectuelle; car il s'agissait avant tout de faire passer chez un spectateur intelligent et accoutumé à cette sorte de langage, une pensée, une impression par les attitudes du corps, les jeux de la physionomie, en un mot par une eurythmie
du geste qui, tout en occupant une place importante, n'était pas l'unique but de la danse. Aussi les ensembles n'avaient pas de raison d'être chez les Grecs qui bornaient leurs manifestations chorégraphiques à un seul danseur ou à un couple à la fois. Un plus grand nombre d'interprètes n'eût point été compris.
Il faut donc conclure en disant : « La danse grecque n'ayant été que la représentation des gestes des dieux et des héros, c'est dans son origine mimétique qu'il faut chercher ce caractère qui lui est absolument propre. »
OUVRAGES CONSULTES
Athénée, le Banquet des Savants.
Xénophon, le Banquet.
Longus, Daphnis et Chloè.
Plutarque, Œuvres morales.
Rollin, Histoire ancienne.