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FIG. 36. — LA BOURRÉE

(Communiqué par le Guide-album le Cantal illustré.)

Gavotte de Bretagne et qui, en même temps qu'elle, passe au théâtre : tous les deux viennent de l'agreste Villaneîle. Les bouffonnes Momeries dansées pendant les mascarades du Carnaval, et dont l'usage s'oublie à partir du xvie siècle, étaient d'origine populaire. Une des rares danses nationales françaises qui soient restées à la mode, avec la Farandole, est la Bourrée(ûg. 36)origi-

naire d'Auvergne et dansée aussi dans le Bourbonnais et l'Anjou. Elle fleurit encore dans les bals- musettes dont le sol retentit sous le choc vigoureux des sabots et des larges bottes. Elle eut son heure de vogue dans les ballets théâtraux du xvme siècle. De nos jours, on a essayé de l'acclimater dans les salons, où elle a quelquefois figuré avec la farandole dans de fantaisistes cotillons.

Aux anciennes danses populaires françaises, il convient de rattacher la Gigue, très en honneur dans la population maritime d'Angleterre. Mais si la gigue est rayée depuis plus d'un siècle de nos danses populaires, elle fait le bonheur du Royaume-Uni où elle se traduit par une succession accélérée de pas bizarres exécutés avec les talons heurtant rudement le plancher, tandis que les pointes se déplacent et se croisent avec une vertigineuse rapidité. Cette acrobatie, froide malgré sa vitesse, convient, en effet, au peuple dont les sentiments esthétiques sont très particuliers. Le Horn-Pipe, en usage aussi dans toute l'Angleterre, est la danse rapide et légère des Ecossais : il contraste avec les anciennes danses de l'Irlande, aujourd'hui disparues. Car l'héroïque Irlande est trop malheureuse; il y a longtemps qu'elle n'a plus le cœur à la danse.

L'Autriche a la Tamascha, originaire de Mingrélie, et le Kolo des Bosniaques. La danse la plus caractéristique de ce pays est la C\ardas de Hongrie aux mouvements tantôt voluptueux, tantôt endiablés. La danse Valaque rappelle peut-être celle des anciens Daces : elle est analogue aux danses du Pressoir.

La reine de la danse, c'est l'Espagne. Aucun pays

en

ne possède une plus grande variété de pas, un plus grand nombre de saltations. Quelques-unes sont d'origine très ancienne comme les danses gaditanes dont parlent les poètes latins. Le chanoine Salazar (xvn° siècle) dit que les danses andalouses de son temps étaient les mêmes que celles de l'antiquité. D'autres ont subi l'influence de la conquête mauresque. La plus caractéristique est le Fandango, danse à deux, dont l'entrain dégénère parfois en licence. Interdit à diverses reprises par les Conciles, le Fandango est devenu plus décent sinon plus chaste; il reste une des danses gracieuses de l'Espagne.

Le Boléro, aussi d'origine mauresque, est plus calme que le Fandango : il donne naissance aux Séguedilles, Manchegas, Toledas, portant le nom des provinces où elles sont le plus en faveur. La Cachucha au motif si populaire, la Guracha qui vient d'un mot arabe qui signifie gaieté, le Zapatéado, aussi d'origine mauresque, contraste avec le Zorongo et le Tripili, danses favorites des gitanes. Le Bail, qui rappelle la Farandole et résume à lui seul presque toutes les danses catalanes, est à la fois vif, léger et impétueux; il demande de la part du cavalier beaucoup d'agilité, de force et d'adresse, de la part de la danseuse une souplesse incroyable, un charme exquis et délicieux.

La Rondeha, la Malaguena, la Jota Aragonesa, El Ollé, le Jaleo, l'impétueux Vito, la vive Tonadilla, le Muneira de Galice, caractérisées par V Espar dangeta, le type des pas espagnols consistant en un battement très rapide du talon contre le cou-de-pied, sont accompagnées par des batteries particulières de castagnettes

coupées et mêlées de parties chantées dont les mélodies ont, par leur structure, un certain point de ressemblance les unes avec les autres. La plupart de ces danses sont un mouvement très caractéristique des hanches et des reins qui rappelle leur origine orientale. Mais plus encore que les danses des aimées, pleines d'une volupté molle et languide, les divers Boléros et Fandangos ont quelque chose d'endiablé, d'une grâce excitante et d'une énervante souplesse, éloquent appel aux sens exaspérés.

Les Espagnols ne laissent pas aux femmes le monopole de la danse : les hommes y jouent un rôle actif, comme dans la comédie amoureuse du Fandango, comme dans la Camada rondeha où le cavalier enlève sa danseuse à la force des poignets. Ils ont encore la Contrapas exécutée par des hommes seuls, ainsi que les danses de la Tarasque qui leur sont communes avec les Provençaux.

L'Italie possède aussi ses danses populaires très caractéristiques: la Tarentelle napolitaine (fig. 38), gracieuseet vive, ainsi nommée, dit Mmede Staël dansCorinne ou r Italie, parce que l'abondante transpiration que procurait ses mouvements rapides guérissait les piqûres mortelles de la tarentule, par l'élimination du venin1, la Saltarelle romaine, danse favorite des vignerons de Campanie, la Forlane des gondoliers vénitiens, la Sicilienne^ la Volte, la Trévisane, la Trescone, sortes de valses tournées rapidement, et la Montférine qui rappelle les bourrées du Poitou.

i. Ce fait est aussi rapporté par Pline.

La Grèce a conservé certaines danses populaires qui doivent tenir des antiques saltations : VArnaoute que Compan, dans son Dictionnaire, compare à une sorte de pyrrhique, VAngrismène, danse pantomime, la Candiote, vestige de la danse de la Grue, celle que Thésée inventa en mémoire de sa sortie du Labyrinthe de Crète, la danse du Printemps ou de Mai, et la Traita, dont M. M. Emmanuel donne la description suivante : « La Tratta est la danse de la Grèce contemporaine. Elle est exécutée par des femmes qui se tiennent par la main suivant une formule spéciale. Chacune d'elles, au lieu de donner la main à sa voisine immédiate, la tend à bout de bras aux deux danseuses dont elle est séparée de chaque côté par une intermédiaire. Il se forme ainsi une chaîne à mailles entrecroisées. L'allure de la danse consiste en balancements de toute la chaîne produits par l'alternance de pas en avant et de pas en arrière, ordinairement cinq pas en avant et trois pas en arrière exécutés obliquement1. »

La danse russe est lourde et cela tient probablement au costume, à l'épaisseur des fourrures, ainsi qu'aux fortes bottes dont les danseurs sont chaussés. Les danses villageoises étaient autrefois très libres : la civilisation en a fait aujourd'hui disparaître la licence. Les principales sont la Korovod et la Trépak, dansées, la première par des jeunes filles se tenant les mains, la seconde par des jeunes gens se faisant vis-à-vis, et la Kanaïka, sorte de valse aux balancements gracieux (fig. 39). Les danses populaires russes sont, à proprement parler, d'origine kosake :

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