CHAPITRE II
« Quel est le peuple barbare où chacun ne frémit pas en écoutant les airs de danse nationale ? » Thomas Yriarte.
Si la danse, à son origine, s'est montrée l'expression de la prière, le geste de l'adoration collective et surtout le témoignage de la joie que faisait ressentir l'apaisement des dieux et des forces supérieures, elle ne devait pas tarder à devenir la manifestation de l'allégresse humaine ; et à mesure que les peuples se propageaient sur le globe, que les nations se fondaient, cette joie qu'une civilisation, victorieuse des transes de la barbarie, devait augmenter par ses bienfaits, continuait à s'exprimer par les gestes qui avaient servi à préciser les félicités premières; le fait, que nous avons vu se produire dans l'antiquité se répétera dans les temps plus modernes. Depuis de longs siècles les peuples se sont transformés, et leur métamorphisme (si l'on peut employer cette comparaison géologique) ne s'accomplit plus que d'une
façon très lente. Ils ont leur caractère propre, leur cachet particulier: leur danse doit évidemment s'en ressentir. Il va donc maintenant être temps de passer en revue les danses nationales des différents peuples.
Les danses nationales européennes sont venues pour la plupart de l'Orient par la Grèce et par l'Italie. Plus tard on en retrouve le type spécial dans les pays qui ont subi l'influence de la civilisation arabe, lors des grandes conquêtes en Espagne et en Provence. Les danses de l'Europe orientale se ressentent du voisinage des peuples de l'Asie, tout en gardant le cachet de la race aryenne : car l'évolution est lente à se produire. L'influence du climat et du milieu a pu leur faire subir des transformations locales : les danses des races anglosaxonnes ne ressemblent pas à celles des races saxonnes pures. Dans le Nouveau Monde elles portent les marques de cette influence du milieu et du climat. La ressemblance des latitudes n'a pas eu d'action sur les peuples des Etats-Unis; au Brésil, au Pérou, au Mexique, au contraire, elles ont pris ce caractère plus mollement voluptueux qui fait reconnaître les créoles.
Aujourd'hui la facilité des communications tend à faire oublier les danses populaires et nationales. On les abandonne pour les grandes danses mondaines et internationales qui, du reste, dérivent des premières, et dans un certain temps, plus rapproché peut-être qu'on ne le pense, elles auront complètement disparu.
Les danses populaires françaises remontent à l'origine de la race. Nul doute que les premiers colons grecs, et plus tard les armées romaines n'aient apporté en
Gaule les saltations de leur pays qui se sont fondues avec les danses religieuses, en une lente transformation. La danse des Brandons, exécutée autour des feux de la Saint-Jean, ressemble tellement aux Palilies étrusques qu'il est difficile de rechercher ailleurs leur origine. Quoi qu'il en soit, les danses populaires étaient pratiquées dès le commencement du moyen âge. En 554, Childebert Ier défend, par ordonnance royale, de danser les jours de fêtes et dimanches. Froissart, dans la description qu'il laisse des fêtes données en l'honneur des noces dTsabeau de Bavière avec Charles VI ( i 385), dit qu'il y eut, entre autres divertissements, une machine en forme de tigre qui vomissait du feu, et qui était portée par six Béarnais qui « exécutaient une danse de leur pays, laquelle fut jugée moult plaisante ». Avec les danses béarnaises qui rappellent les Bails Catalans, la Farandole, originaire de Provence, est certainement une des plus anciennes : sa longue chaîne, qui se déroule en formant des ronds et des spirales, n'est qu'une transformation de la danse de la Grue inventée par Thésée et apportée, sans doute, par les Phocéens. Les autres danses provençales, vives et voluptueuses comme celles de Catalogne, portent la marque indélébile du passage des Maures. Les Branles, en faveur à la cour de Henri III, ont été empruntés aux différentes contrées. Ils dérivent des rondes, saltations primitives, évolutions circulaires qui rappellent, à n'en pas douter, les danses astronomiques. La Boulangère, en usage actuellement encore dans les quadrilles, est une danse populaire ancienne qui vient des anciens branles. Le Trihory de Bretagne était une sorte de branle en usage dans cette région. La
Tresche, dont il est question dans le Jeu de Robin et de Marion est encore une danse populaire tombée depuis dans l'oubli. Le Menuet fut, à l'origine, une danse villageoise du Poitou admise à la cour, ainsi que la rustique