FI G. 3. — DANSE RELIGIEUSE
(Coupe de Hiéron, restitution. — Musée'de Baltimore.)
Véda, ont démontré que l'originalité primitive et absolue des Grecs est une chimère, que la religion, la société, la famille, les principaux métiers, la langue même des premiers Hellènes sont autant d'éléments de civilisation apportés par eux de l'Asie centrale, berceau de toute la race aryenne », enfin que « l'hellénisme ne fut qu'une phase dans le développement de la civilisation aryenne». Ceci posé, il sera facile de reconstituer les danses religieuses de la Grèce; d'ailleurs sur ce sujet les documents
i. Histoire de la Littérature grecque.
L'ANTIQUITÉ. ij
sont plus abondants que pour l'Inde, l'Egypte et l'Assyrie.
Les divinités des Grecs personnifiaient « les forces de la nature », la plupart physiques, quelques-unes morales et intellectuelles, et la multiplicité de ces dieux était très favorable au développement des arts plastiques. Les danses religieuses se retrouveront donc chez eux en plus grand nombre que chez les autres peuples de l'antiquité, « parce que, venus les premiers dans l'Europe naissante, et ayant atteint régulièrement leur apogée, ils ont créé des formes qui ont été admises sans discussion après eux par les autres races purement imitatrices ».
Les danses religieuses grecques n'étaient jamais, à fort peu d'exceptions près, exécutées dans les temples. L'admirable décor des plaines fertiles et des montagnes verdoyantes du Péloponèse formait un théâtre merveilleusement approprié aux pompes des cérémonies religieuses et des fêtes populaires. C'est une des causes principales delà difficulté que Ton rencontre pour classer en une même catégorie les danses véritablement religieuses de la Grèce, afin de les distinguer des fêtes profanes en l'honneur des dieux secondaires et des héros. Ayant à revenir plus loin1 sur cette union intime des danses sacrées et profanes, nous ne parlerons à cette place que des danses d'essence purement religieuse. Les plus anciennes furent, sans doute, les danses hyporchématiques au son de la flûte et de la cithare, et des voix chantant des hyporchèmes. Cette danse sérieuse
i. Deuxième partie, livre I, chap. n, page 70.
i4- histoire De la Danse.
et lente, au caractère noble et grand, était exécutée par des hommes et des femmes se tenant tous par la main. Ce furent les premiers essais de la saltation grecque.
La danse religieuse, Emmélie (kpfxèhia) , accompagnait les hymnes chantés sur les modes doriens, avec pour caractères principaux la gravité et la noblesse des attitudes, la douceur des gestes. On la dansait principalement dans les Théoxenies, fêtes instituées par les Dioscures en Thonneur de tous les dieux. Elle avait pour mission de représenter les mystères de la nature et de retracer les actions des êtres supérieurs. Platon, Lucien, Pollux, en parlent en termes élogieux, et même le mordant Aristophane adoucit en sa faveur les traits piquants de sa verve satirique (fig. 3).
Parmi les danses sacrées les plus anciennes, il convient aussi de citer les Phosphories et les Hydrophories, fêtes dansantes consacrées, la première au Feu, révéré dans les antiques religions aryennes, les secondes à PEau, en souvenir du déluge de Deucalion. Chaque divinité du ciel, de l'onde et de la terre avait les siennes, se traduisant le plus souvent par des cortèges rythmés, rappelant nos processions. Il faudra donc se borner à citer les principales.
Jupiter était honoré par les Sotéfies ou Steinès comme conservateur de la santé publique, par les Diogonai qui, diaprés Lucien, étaient très populaires, par les Mœmactéries annuelles. En Fhonneur de Minerve on dansait les Procharystéries à Pépoque où la floraison se transforme en fruits, les Scyrophories et les Aputéries que Vénus partageait avec elle. On lui attribuait
L'ANTIQUITÉ. i$
aussi rinvention.de la danse memphitique à la fois religieuse et militaire, et que nous retrouverons au chapitre de la saltation guerrière1.
Mais les principales fêtes de Minerve étaient les Panathénées. Elles avaient été instituées vers Tan 1495 av. J.-C. par Érichthonius. Thésée en fit la solennité nationale religieuse de toute l'Attique. Elles se divisaient en petites et grandes Panathénées : les premières avaient lieu tous les ans, les secondes tous les quatre ans, avec un grand luxe et une magnificence extrême. On y promenait le péplum de Minerve en grande pompe ; plus tard la fête se termina par des festins publics, des jeux gymniques et dramatiques.
Les Oscophories et les Pœoniennes étaient dansées en l'honneur d'Apolton, les Amarynthies, la danse Ionique et la Kalabis ainsi que la danse de VInnocence en l'honneur de Diane. Cette dernière, instituée par Lycurgue, appartenait à la catégorie des Gymnopédies : elle était exécutée autour de l'autel de la déesse par les jeunes filles de Lacédémone. C'est après avoir vu Hélène célébrer avec ses compagnes la fête de l'Innocence que Thésée l'enleva. La Délienne, particulière à l'île de Délos, avait les mêmes caractères et se terminait par l'offrande de guirlandes de fleurs à l'autel de Vénus. Les danses consacrées à la déesse des Amours, à la divine Aphrodite, étaient pour la plupart d'un caractère excessivement voluptueux.
Bacchus et Cérès, les divinités de la Terre, étaient célébrés, le premier par la Persikè, qui ne conserva pas