Michelet, Histoire de France
tente à l'étape du lendemain, surtout quand chaque étape se marque par des combats et que le repos nocturne se prend sur les champs de bataille. Ces barbares, prêts à envahir le sol nouveau qui étalait à leurs yeux ses richesses merveilleuses, n'avaient aucunement besoin d'excitation artificielle pour s'encourager à le conquérir. Ce qu'on a dit des grandes migrations germaniques des iv% vc et vie siècles peut s'appliquer aux invasions des Northmans pendant le ixe siècle. Ces rois de la mer, ainsi appelés « parce que le sol leur manquait », ne pouvaient sur leurs frêles et rapides esquifs se livrer aux danses guerrières. Ce que l'on a pu écrire sur la matière fait plus honneur à l'imagination des auteurs qu'à leur parfaite connaissance des faits historiques. Nous savons cependant, par le très curieux ouvrage d'Olaûs sur V Histoire des Peuples du Nord, que les Goths et les Suèves avaient des danses pyrrhiques pour exercer les jeunes gens à l'art militaire.
Plus tard toutes ces races se fondent et s'amalgament avec les nations autochtones ; les traditions se mélangent, s'atténuent et se perdent ; la danse guerrière des barbares, dont on croit rencontrer certaines traces, reste donc très problématique, à moins que l'on ne considère comme telle le jeu du carrousel que nous allons retrouver au xvne siècle, et que les Goths, principalement, pratiquaient- La seule chose véritablement admissible, c'est que, pendant les sacrifices humains offerts par eux à leurs dieux, ils étaient susceptibles d'accomplir des mouvements circulaires autour des pierres sur lesquelles les victimes étaient immolées. Mais de là à lu
LES DANSES GUERRIERES. 229
Pyrrhique des Grecs, par exemple, il reste du chemin à parcourir.
Aussi les danses guerrières que nous observons pendant le xvne siècle et jusqu'à la fin du xvme siècle sont-elles d'origine plus récente. Pendant le moyen âge ces sortes de spectacles étaient remplacés par les jeux souvent meurtriers des tournois, nés au xe siècle, et qui, après l'accident mortel arrivéà Henri II, puis à la suite de la blessure de Charles IX, furent complètement abandonnés. Les tournois cédèrent la place aux carrousels, pluspacifiques, fêtes chevaleresques déjà très en faveur chez lesGoths, les Maures d'Espagne et les Italiens. Ronsard les compare aux combats autour du tombeau d'Achille, dans Ylliade. Introduits en France sous Henri IV dans les premières années du xvnfl siècle, continués sous Louis XIII et Louis XIV, les carrousels devinrent des fêtes splendides, où la noblesse rivalisait de luxe et de magnificence avec le roi. Le plus brillant fut celui de 1 662. Le sujet du carrousel, allégorie, choisie généralement dans le domaine de l'histoire ou de la fable, se déroulait dans la lice entourée de gradins et d'amphithéâtres destinés aux spectateurs privilégiés. Le carrousel était exécuté par des quadrilles portant chacun des couleurs ou des costumes différents. On appelait comparse l'entrée des quadrilles au son des instruments. Ces jeux appartiennent à la catégorie des danses militaires, car, à côté des jeux guerriers que comprenait la première partie, ils se composaient, dans la seconde, défigures chorégraphiques formées par l'ensemble des cavaliers se mêlant et se poursuivant sans interruption.
On peut cependant classer parmi les danses armées du moyen âge, la Morisque, d'origine ancienne, exécutée d'abord par de jeunes garçons grimés en nègres avec des sonnettes aux genoux, sur une musique jouée par des trompettes et des instruments guerriers. On la fait remonter à l'occupation des Maures en Espagne ; les Portugais y excellaient. En France et dans les Flandres, c'était une danse qui s'exécutait avec l'armure dans les circonstances solennelles, comme l'arrivée d'un ambassadeur ou l'entrée d'un roi dans une ville.
A la même catégorie peut se rattacher aussi la Matassine, sorte de pyrrhique bouffonne, dansée en costume guerrier avec des sonnettes aux jambes. Elle fut en usage surtout au xvie siècle dans les ballets de Louis XIII. Elle est citée par Brantôme, par Merlin Cocaïe et par le P. Ménestrier.
Parmi les véritables pyrrhiques en usage au xvnc et au xvine siècle, il faut classer en premier lieu la Danse de PEpée, autrefois en usage dans l'Helvétie, et dont Théophraste Renaudot parle dans sa Galette, en 1 635, après avoir assisté à une représentation donnée par la Garde Suisse. Les autres régiments adoptèrent depuis cette coutume. Dans chacun d'eux une troupe choisie d'une cinquantaine de soldats dansait, à certaines fêtes, au son du fifre et du tambour ; cette coutume disparut au commencement de la Révolution l.
i. Pourtant, après le premier Empire se retrouvent des maîtres et des prévôts de danse, dans les régiments, ainsi que le témoigne le brevet (fig. 77). Il fallait passer des examens solennels pour être reçu dans la corporation. Les prévôts et maîtres de danse ont été abolis après la chute du second Empire.
"^/ec/'i <
liff if 01 DilSl dJ-Jcutteue VeVy,
tfat/ truttut <7^
1 &&ar-urieaL^y
' Zoos -**KufS4&rT4t liS%gu4.«) *é c sfrJ&eut<t cdcé' ^Z/anJe^? ^^^^^^n^yn.muù^^^m^é BREVET <^£L- :^~^-^4*^^***«^^
^vUL'<