CHAPITRE L
Description de l'Arabie et de ses habitans. Naissance, caractère et doctrine de Mahomet. Il prêche à la Mecque. II s'enfuit à Médine. Il propage sa religion par le glaive. Soumission volontaire ou forcée des Arabes. Sa mort et ses successeurs. Prétentions et succès d'Ali et deses descendans.
Aprj!:s avoir suivi pendant plus de six siècles les souverains chancelans de Constantinople et de la Germanie, je vais, remontant à l'époque du règne d'Héraclius , me transporter sur la frontière orientale de la monarchie grecque. Tandis que l'ëtat s'épuisait par la guerre de Perse , et que l'Égiise était déchirée par la secte de Neslorius et celle des monoph^^si tes , Mahomet , le glaive d'une main et FAlcoran de l'autre, élevait son trône sur les ruines du christianisme et sur celles de Rome. Le génie du prophète arabe, les mœurs de son peuple et l'esprit de sa religion, sont au nombre des causes qui ont influé sur la décadence et la chute de l'Empire d Orient, et la révolution qu'il a produite , qu'on peut compter au nombre des plus mémorables parmi celles qui ont imprimé aux diverses nations du globe un caractère
nouveau et permanent , nous offrira un spectacle cligne d'attirer nos regards (i).
d^rlTabir" La péninsule d'Arabie pre'sente(2), entre la Perse,
( I ) Comme dans ce chapitre et dans le chapitre suivant je déploierai beaucoup d'érudition arabe , je dois déclarer ici ma parfaite ignorance des langues orientales et ma reconnaissance pour les savans interprètes qui m'ont communiqué % leur savoir sur ce sujet en latin , en français et en anglais.
J'indiquerai selon l'occasion les recueils, les versions et les histoires que j'ai consultés.
(2) On peut diviser en trois classes les géographes de l'Arabie: 1°. les Grecs et les Latins , dont on peut suivre les lumières progressives dans Agatharcides (Z>e mafi Rubro in Hudson, geographi minores , t. i), dans Diodore de Sicile ( t. I , liv. II , p. 159-167 , 1. m , p. 211-216 , éd. Wessel. ), dans Strabon ( 1. xvi , p. 1 1 1 2-1 1 1 4 ) , d'après Eratoslhènes ( p. 1 1 22- 1 1 32 , d'après Artemidore ) , dans Denys ( Peric" gesis ^ 927-969), dans Pline ( //i".v/. nat. , v, 12; vi, Si), dans Ptolémée ( Descript. et Tabulœ urbiiim dans Hudson , 1. 111 ). 2°. Les écrivdins arabes qui ont traité ce sujet avec le zèle du patriotisme ou de la dévotion. Les extraits qu'a donnés VocoQ^{^Specunen Hist. Arabum , p. 1 25 1 28 ) de la géographie du Slierif al Edrissi , ajoutent au mécontentement qu'a inspiré la version ou l'abrégé (p. 24, 27, 44* 56, 108, etc. ) publié par les maronites, sous le titre absurde de Gevgraphia nubiensis ( Paris, 1619 ) ; mais les traducteurs latins et français , Greaves ( dans Hudson , t. m ) et Galland ( Voyage de la Palestine , par La lloque , p. 266- 346) , nous ont fait connaître l'Arabie d'Abuifeda , description la plus détaillée et la plus exacte que nous ayons de celte péninsule, à laquelle on peut ajouter cependant la Bibliothèque orientale de d'ITerbèlol , p. 120, et alibi passim. 3°. Les voyageurs européens p parmi lesquels Shaw ( p. 438-
ntî L^EMPIRE ROMAIN. CHAP. L. 3
la Syrie , l'Egypte et l'Ethiopie, une espèce de vaste triangle a faces irrégulières. De la pointe septen. trionale de Belès (i), sur l'Euplirate, elle forme une ligne de quinze cents milles, terminée parle détroit de Babelmandel et le pays de l'encens. La ligne du milieu, allant de l'orient à l'occident, de Bassoraa Suez, et du golfe de Perse à la mer Rouge, peut offrir environ la moitié de cette longueur (2); les côtés du triangle s'élargissent insensiblement, et sa base, qui est au midi, présente à l'océan indien une côte d'environ mille milles. La surface entière de la péninsule est quatre fois plus considérable que celle de l'Allemagne ou de la France; mais la portion la plus étendue de ce terrain a été justement flétrie par les épithèles de
455) et Niebuhr {Bescription y 1773; Voyas^es^ tom. i, 1776 ) , méritent une distinction honorable : Busching ( Géographie par Berenger , t. viii, p. 4 i6-5io ) a fait une compilation judicieuse, et le lecteur doit avoir devant les yeux les cartes de d'Anville( Orhis veterihus itotus ^ et la première partie de l'Asie), et sa Géographie anc. ( t. 1 ,p. 2o8-23i).
(1) Abulféda , Descriptio Arahiœ , p. 1 ; d'An ville , V Euphrate et le Tigre, p. 1 9 , 20. C'est en cet endroit où se trouve \q paradis ou le jardin d'un satrape^ que Xénophou et les Grecs passèrent l'Euplirate pour la première fois. {Retraite des dix. mille , 1. i, c. 10 , p. 29 , édit. Wells.)
(2) Reland a prouvé avec beaucoup d'érudition superflue, i**. que notre mer Rouge (le golfe d'Arabie) n'est qu'une partie du mare Rubrinn , l'Epe/ô/ies ^ahurinj des anciens, qui se prolongeait jusqu'à l'espace indéfini de l'océan de rinde ; 2". que les mots synonymes tfivèfieç , ottBio-^ç , font allusion à la couleur des noirs ou des nègres. ( Dissert, miscell, , t. x , p. 5>9--i 1 . )