‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 2 sur 62 · HISTOIRE DE LA DEC AOEIN'OE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA DEC AOEIN'OE

So]eic\hnsii, Pélrée et de Sablonneuse. La nature a du moins orné les déserts de laTartarie de grands arbres, d'herbages abondans; et le voyageur solitaire y trouve, dans l'aspect de la vie végétale , une espèce de consolation et de société ; mais les affreux déserts de l'Arabie n'offrent qu'une immense plaine de sable, coupée seulement par des montagnes sèclies,anguleuses, et la surface du désert, dépouillée d'ombrage ou

\ de couvert , n'offre qu'un terrain brûlé par les rayons

directs de l'ardent soleil du tropique. Les vents, au lieu de rafraîchir l'atmosphère, ne répandent qu'une vapeur nuisible et même mortelle, surtout lorsqu'ils viennent du sud-ouest ; les éminences de sable qu'ils forment et qu'ils dispersent tour à tour, peuvent se comparer aux vagues de l'océan : on a vu des caravanes et des armées entières englouties par le tourbillon. On y désire , on s'y dispute l'eau , partout ailleurs si commune, et on y éprouve une telle disette de bois qu'il faut un peu d'art pour conserver et propager le feu. L'Arabie n'a point de ces rivières navigables qui fertilisent le sol et portent ses productions dans les contrées voisines, La terre altérée absorde les torrens qui tombent des collines : le tamarin , l'acacia, le petit nombre de plantes robustes qui établissent leurs racines dans les crevasses des rochers, n'ont d'autre nourriture que la rosée delà nuit : lorsqu'il pleut, on s'efforce d'arrêter quelques gouttes d'eau dans des citernes ou des acquéducs ; les puits et les sources sont les trésors secrets de ces déserts, et après plusieurs marches étouffantes, le

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pèlerin de la Mecque (i) ne rencontre, pour se rafraîchir, que des eaux rebutantes par le goût qu'elles ont contracté sur un lit de soufre ou de sel. Tel est l'aspect ge'néral du climat de TArabie, et cette stérilité universelle y donne un prix infini à quelques apparences locales de végétation ; un bois ombrageux , le moindre pâturage, un courant d'eau douce , attirent une colonie d'Arabes qui s'établissent sur le terrain fortuné capable de leur procurer de la nourriture et de l'ombre pour eux-mêmes et pour leurs troupeaux , et qui les encourage à cultiver le palmier et la vigne. Les terres hautes qui bordent l'océan de l'Inde se distinguent par le bois et l'eau qu'on y trouve en plus grande abondance; l'air y est plus tempéré , les fruits y sont plus savoureux, les animaux et les hommes y sont en plus grand nombre; la fertilité du sol y encourage et y récompense les travaux du cultivateur; et l'encens (2), le café propres à ces régions y ont de tout temps attiré les mar-

(i) Parmi les trente journées ou stations qu'il y a entre le Caire et la Mecque , on en compte quinze dénuées d'eau douce. Voy. la route des Hadjees , dans les Voyages de Shawy p. 477.

(2) Pline traite , au douzième livre de son Histoire naturelle ( 1. XII 5 c. 42 ) , des aromates, et surtout du thus ou de l'encens de l'Arabie : Milton rappelle dans une comparaison les odeurs aromatiques que le vent du nord-est apporte de la côte de Saba :

— Many a îeague , Pleas'd with tke grateful sccnt , old Océan smiles.

Paradise, Lost. , liv. iv.

cliands de tous les pays du monde. Si on compare cette région privilégiée au reste de la péninsule , elle mérite la dénomination d'Arabie Heureuse , et le contraste des pays d'alentour l'a embellie, aux yeux de l'imagination, de tous les cliarmes de la fiction à laquelle l'éloignement adonné le crédit de la vérité; on a supposé que la nature avait réservé à ce paradis terrestre ses faveurs les plus distinguées et ses ouvrages les plus curieux; queles naturels yjouissaientdedeux choses incompatibles, du luxe et de l'innocence; que le sol était rempli d'or (i) et de pierres précieuses, et que la terre et la mer exhalaient des vapeurs Des trois aromatiqucs. Les Arabes ne connaissent point cette

Arables , on ^ ^ ,^ ^ . , ,

de l'Arabie divisiou de F Arabie Déserte , de l'Arabie Petree^ et l'Arabie' Pé- dc T Arabie Heureuse ^ si familière aux Grecs et aux ^r-lh\T Hea- Latins ; il est assez singulier qu'un canton qui n'a changé ni de langage ni d'habitans conserve à peine quelques vestiges de son ancienne géographie. Les districts maritimes de Bahrein et diOman sont en face de la Perse. Le royaume ^Yémen fait connaître les limites ou du moins la situation de l'Arabie Heureuse : le nom de Neged s'étend sur l'intérieur des terres , et la naissance de Mahomet a illustré la pro-

(i) Agalbarcides assure qu'on y trouTait des morceaux d'or vierge , dont la grosseur variait depuis celle d'une olive jusqu'à celle d'une noix; que le fer y valait deux fois , et l'argent dix fois plus que l'or ( De mari Rubro , p. 60 ). Ces trésors réels ou imaginaires se sont évanouis , et l'on ne connaît pas maintenant une seule mine d'or en Arabie. ( Niebuhr , Description j p. 124. )

reuse.

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vince de Hej'az , située sur la côte de la mer Rouge (i).

La mesure des moyens de subsistance est celle de Mœurs des a population , et la vaste penmsule de 1 Arabie a Arabes paspeut-être moins d'babitans qu'une province fertile et^^"***" industrieuse. Les Ichthjophages (2) ou peuples vivant de poisson , erraient autrefois sur les côtes du golfe Persique , de l'Oce'an et même de la mer Rouge , pour y chercher leur précaire nourriture. Dans ce misérable état, qui mérite peu le nom de société , la brute qu'on appelle homme, sans arts et sans lois, presque dépourvue d'idées et de langage, se trouvait peu au-dessus du reste des animaux. Les générations et les siècles s'écoulaient dans un silencieux oubli, et les besoins, les intérêts qui bornaient l'existence du sauvage à l'étroite bordure de la côte de la mer , l'empêchaient de songer à multiplier son es-

(1) Consultez , lisez en entier et étudiez le Spécimen Hist. Arahum de Pocock ( Oxford , i65o , in 4° )• Les trente pages du texte et de la version sont un extrait des dynasties de Grég. Abulpliarage , que Pocock traduisit ensuite (Oxford , i663 , in-4°). Les trois cent cinquante -huit notes fornient un ouvrage classique et original sur les antiquités arabes.

(2) Arrien indique les Ichtliyophages de la côte de Hejaz ( Periplus maris EryOïrœi , p. 12) , et il les indique encore au-delà d'Aden (p. i5). Il paraît vraisemblable que les côtes de la mer Rouge ( prises dans l'acception la plus étendue) étaient occupées par ces sauvages , même dès le temps de Cyrus ; mais j'ai peine à croire qu'il y eût encore des cannibales parmi eux sous le règne de Justinien. '( Procope , De hell. Persic.y 1. i, c. ig. )

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