‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 15 sur 62 · J06 HISTOIRE DE LA DECADENCE · texte numérisé non relu

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de l'Arabie toute religion qui ne serait pas la véritable, (i) Soumission Les yeux de Mahomet se tournaient vers la Mecque

delà Mecque. .„. . /n^i r ^ i r

A.D.629. Cinq rois par jour (2) , et les motirs les plus sacres et les plus puissans excitaient en lui le désir de rentrer en conquérant dans la ville et dans le temple d'où on l'avait chassé ; soit qu'il veillât, ou durant son sommeil, la Caaba était toujours présente à son imagination : il interpréta un de ses songes comme une vision et une prophétie ; déploya la sainte bannière, et laissa échapper une imprudente promesse de succès. Sa marche de Médine à la Mecque n'annonçait qu'un pèlerinage religieux et paisible : soixante-dix chameaux ornés pour le sacrifice précédaient son avant-garde ; il respecta le territoire sacré , et les captifs renvoyés sans rançon purent proclamer sa piété et sa clémence ; mais dès qu'il fut dans la plaine , à une journée de la ville , il s'écria : (( Ils se sont revêtus de peaux de tigres ; » il fut arrêté par la mul-

(i) Elmacin ( Hist. Saracen, , p. 9) et le grand Al-Zabari ( Gagnier , t. 11, p. 285) attestent le bannissement des Juifs. Cependant Niebuhr ( Descript. de V Arabie , p. 824 ) croit que la tribu de Chaibar professe encore la religion juive et la secte des karéites , et que dans le pillage des caravanes , les disciples de Moïse sont les associés de ceux de Mahomet.

(2) Abulféda ( p. 84-87, 97-100 , 102-111 ), Gagnier ( t. II , p. 209-245, 309-322 ; t. III , p. 1-58 ), Elmacin (Hist. Saracen y p. 8, 9, 10), Abulpharage {Dynast., p. io3 ), racontent les progrès de la réduction de la Mecque.

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titude et la valeur des Koreishites, et il avait à craindre que les Arabes du désert, retenus sous ses drapeaux par l'espoir du butin, n'abandonnassent et ne trahissent leur chef. L'intrépide fanatique se changea tout a coup en un politique froid et circonspect; il écarta dans le traité qu'il fit avec les Koreishites la qualité d'apôtre de Dieu ; il signa avec eux et leurs alliés une trêve de dix ans ; il s'engagea à rendre les fugitifs de la Mecque qui embrasseraient sa religion, et obtint seulement pour condition l'humble privilège d'entrer à la Mecque l'année d'après , comme ami , et d'y rester trois jours pour achever les cérémonies du pèlerinage. La honte et la douleur couvrirent comme d'un nuage la retraite des musulmans, et ce mauvais succès put à leurs yeux accuser d'impuissance un prophète qui avait si souvent donné ses succès pour preuve de sa mission. L'année suivante , la foi et l'espérance des pèlerins se ranimèrent à la vue de la Mecque : leurs glaives étaient dans le fourreau ; ils firent sept fois le tour de la Caaba sur les traces de Mahomet : les Koreishites s'étaient retirés sur les collines ; et Mahomet, après les cérémonies accoutumées , sortit de la ville le quatrième jour. Sa dévotion édifia le peuple ; il étonna, il divisa ou il séduisit les chefs; et Caled et Amrou, qui devaient dans la suite subjuguer la Syrie et l'Egypte, abandonnèrent au moment propice l'idolâtrie prête à perdre tout son crédit. Mahomet voyant son pouvoir augmenté par la soumission des tribus arabes, rassembla dix mille soldats pour la conquête de la Mecque ; et

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les idolâtres , qui étaient les plus faibles , furent aisément convaincus d'une infraction a la trêve. L'enthousiasme et la discipline hâtaient la marche de ses guerriers, et assuraient le secret de son entreprise. Enfin dix mille feux annoncèrent aux Koreishites épouvantés le dessein, l'approche et la force irrésistible de l'ennemi. Le fier Abu-Sophian vint offrir les clefs de la ville , admira cette multitude variée d'armes et de drapeaux qu'on fit passer devant lui ; il observa que le fils d'Abdallah avait acquis un grand royaume , et sous le cimeterre d'Omar il avoua que Mahomet était l'apôtre du vrai Dieu. Le sang des Romains avait souillé le retour de Marins et de Sylla ; le fanatisme de la religion excitait le prophète à la vengeance ; et ses disciples qu'animait le souvenir de leurs injures se seraient montrés ardens à exécuter ou même à devancer l'ordre d'un massacre. Au lieu de satisfaire son ressentiment et celui de ses troupes, Mahomet, proscrit et victorieux (i), pardonna a ses compatriotes , et réunit les factions de la Mecque.

(i) C'est après la conquête de la Mecque que le Mahomet de Voltaire imagine et exécute les plus horribles crimes. Le poète avoue qu'il n'est pas appuyé par l'histoire ; il se contente de dire pour sa justification , « Que celui qui fait la guerre à sa patrie au nom de Dieu , est capable de tout. » {OEuv. de Folt., t. xv, p. 282. ) Cette maxime n'est ni charitable ni philosophique , et on doit sûrement quelques égards à la gloire des héros et à la religion des peuple^. Je sais que la représentation de cette tragédie scandalisa beaucoup un. ambassadeur turc qui se trouvait alors à Paris.

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Ses soldats entrèrent dans cette ville en trois divisions; vingt-huit citoyens périrent par Tépée de Caled, Mahomet proscrivit onze hommes et six femmes; mais il blâma la cruauté de son lieutenant; et sa clémence ou son mépris épargnèrent plusieurs de ceux qu'il avait désignés pour victimes. Les chefs des Koreisliites tombèrent à ses pieds. Il leur dit : « que pouvez-vous attendre d'un homme que vous avez outragé ? — Nous comptons sur la générosité de notre concitoyen. — Et vous n'y compterez pas en vain : allez, votre vie est en sûreté , et vous êtes libres. » Le peuple de la Mecque mérita son pardon , en se déclarant pour l'islamisme ; et après un exil de sept ans , le missionnaire fugitif fut reconnu en qualité de prince et de prophète de son pays (i); mais les trois cent soixante idoles de la Caaba furent brisées avec ignominie , le temple de Dieu fut purifié et embelli : pour Fexemple des générations futures , l'apôtre se soumit de nouveau à tous les devoirs du pèlerin , et une loi expresse défendit à tout mécréant de mettre le pied sur le territoire de la sainte cité (2).

(i) Les docteurs musulmans disputent encore sur la question de savoir si la Mecque fut réduite par la force ou si elle se soumit de bon gré ( Abulf., p. 107, et Gagnier, ad loc.)j €t cette dispute de mots est aussi importante que celle qu'on agite en Angleterre sur Guillaume le Conquérant.

(2) Chardin ( Fojage en Perse , t. iv , p. 16G ) et Reland ( Dissert, miscell. , t. m , p. 5i ) en excluant les chrétiens de îa péninsule d'Arabie , de la province de Hejas ou de la navigation de la mer Rouge, sont plus sévères que les mu-

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