‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 28 sur 62 · Î90 HISTOIRE Î)E' Ï-A DÉCADENCE · texte numérisé non relu

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zèle et sa dévotion sans les affaiblir ; mais dès que la guerre prenait de l'importance, les soldats réclamaient le génie supérieur de Caled; et, quelque pût être le choix du prince , le glaive de Dieu se trouvait, dans le fait et dans l'opinion , le premier général des Sarrasins. Au reste, ce Caled si renommé obéissait sans répugnance, et on le consultait sans jalousie : tel était le dévouement de ce guerrier, ou plutôt celui de son temps , qu'il se déclarait prêt à servir sous la bannière de la foi , fût-elle entre les mains d'un enfant ou d'un ennemi. La gloire et les richesses étaient promises sans doute au musulman victorieux ; mais on avait eu soin de lui répéter que s'il cherchait dans les biens de ce monde les seuls motifs de ses actions , ils seraient aussi sa seule récompense.

La vanité romaine avait décoré du nom ^ Arabie (^\) celle des quinze provinces de la Syrie qui comprenait les terres cultivées à l'orient du Jourdain, et les premières invasions des Sarrasins semblèrent justifiées par une sorte de droit national. Ce canton s'enrichissait des fruits d'un commerce varié; les empereurs avaient eu soin de le couvrir d'une ligne de forts, et la solidité des murs de Gerase,

(i) Hinc Jrabia est conserta , ex allô laterc Nahathœis contigua ; opimâ varietate coiniiierciormn , castrisque oppleta validis et castellis , quœ ad repellendos gentium vicinarum excursus t sollicitudo perviget veterum per opportunes saltus ercxit et cautos. ( Amm.-Marcel]. , mv , 8 ; Reland , Palest.., t. i,p. 85, 86.)

DE L EMPIRE KOAIAIN. CHA^P. M. i C^J

Philadelphie etBosra(ï), les garantissait au moins d'une surprise. La dernière formait la dix-huitiome station depuis Medine ; la route en était bien connue des caravannes dUejaz et de l'Irak, qui se rendaient chaque année à ce marché abondamment approvisionné des productions de la province et de celles du désert. Les craintes perpétuelles qu'inspirait le voisinage des Arabes avaient formé les habitans à l'usage des armes, et douze mille cavaliers pouvaient sortir des portes de Bosra , nom qui , dans l'idiome de Syrie, signifiait une tour bien fortifiée. Quatre mille musulmans, encouragés par leurs premiers succès contre les bourgades ouvertes et les troupes légères des frontières , osèrent attaquer la forteresse de Bosra après l'avoir sommée de se rendre. Ils furent accablés par la multitude des Syriens; et ils auraient tous péri, si Caled ne fût arrivé à leur secours avec quinze cents chevaux ; il blâma l'entreprise , rétablit l'égahté du combat, et délivra son ami, le respectable Serjabil, qui invoquait en vain l'unité de Dieu et les promesses de l'apôtre. Les musulmans, après s'être reposés quelques momens, firent leurs ablutions avec du sable qui leur tint lieu

(t) Ammien loue les fortifications de Gerase de Philadelphie et de BosTSi ^ Jlnnitale caudssimas. Elles méritaicfil les mêmes éloges au temps d'Abulféda ( Tah. Syr. , p. 99 } , qui décrit cette Tille, métropole du Hawran (Auranitis) , et située à quatre journées de Damas, Reland explique sou étj mologie hébraïque ( FalcsL , t. n , p. 666 ).

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d'eau (i), et Caled récita la prière du matin avant de les faire monter à cheval. Le peuple de Bosra, plein de confiance dans ses forces , ouvrit les portes, rangea son armée dans la plaine , et jura de mourir pour la défense de sa religion. Mais une religion de paix ne pouvait résister à ce cri forcené : (c Au combat ! au combat ! le paradis ! le paradis ! » qui retentissait de toutes parts au milieu des lignes des Sarrasins : le tumulte de la ville , le son des cloches (s) , les exclamations des prêtres et des moines augmentaient l'épouvante et le désordre des chrétiens. Les Arabes ne perdirent que deux cent trente hommes, et demeurèrent les maîtres du champ de bataille ; soit pour attirer les secours du ciel ou ceux de la terre, les remparts de Bosra furent couverts

(i) Mahomet , qui prêchait sa religion dans un désert et à des guerriers , fut obligé de permettre qu'on fît les ablutions avec du sable lorsqu'on manquait d'eau i^Koran , c. 3, p. 66 ; c. 5 , p. 83 ) ; mais les casuistes arabes et persans ont embarrassé cette permission pure et simple d'une foule de délicatesses et de distinctions. ( Reland , De relig. Mohain. , 1. 1 , p. 82 , 83 ; Chardin , Voyages en Perse , t. iv. )

{2) Les cloches sonnèrent! ( Ockley , t. i , p. 38. ) Mais je doute beaucoup que le texte de Al-Wakidi ou l'usage du temps puisse justifier cette expression. Ad Grœcos ^ dit le savant Ducange ( Gloss. med. etinfim. giœcit. , t. i, p. 774)» campanaruin usus , serius transit et etiamnum rarissitnus est. L'époque la plus ancienne où les écrivains de Byzance fassent mention des cloches , se rapporte à l'année \o/\0 ; mais les Vénitiens prétendent avoir introduit des cloches à Constantiiiopîe dès le neuvième siècle.

DE l'kMPLRE KOMATN. CHAP. LI. I QC)

de croix bénites et de bannières consacrées. Romanus, gouverneur de cette ville, avait engagé, dès les premiers momens, les liabitans à la soumission; déposé par le peuple , qui le méprisait, il désirait vivement de se venger , et par malheur il en avait les moyens. Dans une entrevue nocturne qu'il eut avec les émissaires de Caled , il leur apprit qu'un passage pratiqué sous sa maison se prolongeait en dehors de la place : le fils du calife et cent volontaires se fièrent à la parole de Romanus, et, par une heureuse intrépidité, ouvrirent une route facile au reste des Sarrasins. Lorsque Caled eut réglé la servitude et le tribut auxquels devaient être assujettis les habitans, Romanus, apostat ou converti, se vanta dans l'assemblée du peuple d'une trahison si méritoire aux yeux de sa nouvelle religion. « Je renonce à votre société , ajouta-t-il, dans ce monde et dans l'autre; je renie celui qui a été crucifié et tous ceux qui l'adorent; je choisis Dieu pour mon maître, l'islamisme pour ma religion, la Mecque pour mon temple, les musulmans pour mes frères , et je reconnais pour mon prophète, Mahomet, envoyé sur la terre afin de nous conduire dans le chemin du salut, et de faire briller la véritable religion en dépit des hommes qui donnent des collègues à Dieu. »

Bosra n'était qu'à quatre journées de Damas (i ), Siège de

(i) On trouve une description très-délaillée de Damas dans le shérif Al-Édrisi {Geogr. nubien., p. ii6, 117) et

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Damas. A. D. et la conoLiête de cette ville excita les Arabes à as-

siéger rancienne capitale de la Syrie (i). Ils campèrent à quelque distance des murs, au milieu des bocages et des fontaines de cet agréable canton (2) , et proposèrent à des citoyens remplis de courage et qui venaient de recevoir un renfort de cinq mille Grecs, l'alternative ordinaire de se soumettre au mahométisme , au tribut ou à la guerre. Dans le déclin comme dans l'enfance de l'art militaire ,

Sionita son traducteur ( Jppendix ^ c. 4) > Abulféda ( TabuL Siriœ , p. loo), SchuUens (^Inde.x Geogr. ad vit. Saladin') , d'Herbelol. {^Bihl. orient.^ p. 291 ), Thévenot ( Voyages du Levant^ part, i, p. 688-698), Maundrell {Voyage cH Jlep à Jérusalem y p. i22-i3o) et Pococke [Descript. de V Orient, vol. II, p. 1 17-127).

(1) Nobilissima civitas , dit Justin. Selon les traditions orientales , elle était plus ancienne qu'Abraham ou Sémiraniis. (Josèphe, Antiq. jud. , 1. i, c. 6 , 7 , p. 24--9» édit. Havercamp. Justin, xxxvi , 2.)

(2) EJ'e^ yuif officct r*)v Aïoç TCoXiv uXifôcoç xai t*]Ç Eactç efffUTyjç oCpêeiXfiûv^ njv ttpetv Kett /^iytçtjv Aeifceia-Kov Mya , roiç T£ eiXXoiç <rvfA^u<rtVy oiov tipuv KxXXit y xxt ttav i^*jytôti. Kcit

VfICOV iVKCCt^tCt KCtt TTtjyCûV UyXUiet KUt •ZFOraflCûV TFXtjStli KCtt ytjç

ivcpcfitet vtscaxruvy etc. (Julien, epist, 24» p. 392). Ces brillantes épithètes viennent à l'occasion des figues de Damas, dont l'auteur envoie une centaine à son ami Sérapion ; et Petau , Spanheim , etc. (p. 390-896), insèrent ce thème d'un rhéteur parmi les épîlres authentiques de Julien. Comment n'ont-ils pas vu que l'auteur de la lettre (qui répète trois fois que cette figue particulière ne croît que 'xct^ec tjfiiv) était un habitant de Damas, ville où Julien n'entra jamais et dont jamais il n'approcha ?

DE l'eMPIRF. BOMA.nV. CIIAP. LI. 201

les généraux eux-mêmes ont souvent offert et accepte' des cartels ( i ). Plus d'une lance fut brisée dans la plaine de Damas; et lors de la première sortie des assiégés, Caled signala sa valeur personnelle. Il venait, à la suite d'un combat obstiné, de renverser et de faire prisonnier un des chefs chrétiens, guerrier qui, par sa haute taille et son intrépidité, était un adversaire digne de lui; au même instant, il prit un cheval frais que lui avait donné le gouverneur de Palmyre , et se rendit en hâte à la première ligne de son armée, a Reposez-vous un moment, lui dit Derar son ami, et permettez-moi de vous remplacer; votre lutte contre ce chien de chrétien vous a fatigué. — O Derar ! lui répondit l'infatigable Caled , nous nous reposerons dans le monde à venir ; celui qui travaille aujourd'hui se reposera demain. » Ce fut avec la même ardeur qu'il répondit au défi d'un autre champion , le combattit et le renversa encore sur la poussière; et indigné du refus que firent ces deux captifs d'abandonner leur religion, il fit jeter leurs têtes dans la ville. Le mauvais succès de plusieurs actions générales et particulières obligea les habitans de Damas à se tenir à couvert derrière leurs murailles. Un messager qu'ils descendirent du haut des

(i) Voltaire, qui jette un coup d'oeil vif et perçant sur la surface de l'histoire, a été frappé de la ressemblance qui se trouve entre les premiers musulmans et les héros de l'Iliade , entre le siège de Troie et celui de Damas. ( Hùt, générale, t. i, p 348. )

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remparts , rentra dans la ville avec la promesse d'un puissant renfort qui ne tarderait pas à arriver. La joie tumultueuse qu'excita cettenouvelle en instruisit bientôt lesArabes. Après quelques discussions les généraux résolurent de lever ou plutôt de suspendre le siège , jusqu'à ce qu'ils eussent livré bataille aux forces de l'empereur. Pendant la retraite, Caled voulait se placer à Tarrière-garde , c'est-à-dire à l'endroit le plus périlleux; il le céda modestement aux désirs d'Abu- Obeidah; mais au moment du danger, il vola au secours de son compagnon, vivement pressé par six mille cavaliers et dix mille fantassins sortis de la ville, et dont il ne resta qu'un bien petit nombre pour aller raconter à Damas les circonstances de leur défaite. Cette guerre devenait assez importante pour exiger la réunion des Sarrasins dispersés sur les frontières de la Syrie et de la Palestine : je vais rapporter ici une des lettres circulaires envoyées pour cet effet aux différens gouverneurs. Celle-ci était adressée à Amrou , celui qui subjugua ensuite l'Egypte. c( Au nom du Dieu miséricordieux, Caled à Amrou, santé et bonheur. Apprends que les musulmans, tes frères, ont le projet de se rendre à Aiznadin, où il y a une armée de soixante- dix mille Grecs, qui se proposent de marcher contre nous q/in d'éteindre avec leur bouche la lumière de Dieu ; mais Dieu consente sa lumière en dépit des irifideles (i). Dès que cette lettre aura été remise

(i) C'est un passage du Korau , c. ix 32jl\i, 8. Les

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entre tes mains, viens, suivi de ceux qui sont avec toi, a Aiznadin, où tu nous trouveras, s'il plaît à Dieu très-grand. » On obéit avec joie aux ordres de Caled, et les quarante-cinq mille musulmans qui arrivèrent le même jour et au même endroit , attribuèrent a la faveur de la Providence les effets de leur activité et de leur zèle.

Ce fut quatre ans après les triomphes de la guerre Bataille

-, , nrr ' T 1 15 • fl'Aiznadin.

de la Perse, que le repos d fieraclius et de iempne a. d. 633, fut troublé par un nouvel ennemi et une religion dont les chrétiens d'OrieniJisentaient fortement les effets sans en comprendre bien clairement les dogmes. L'invasion de la Syrie , la perte de Bosra et le siège de Damas éveillèrent l'empereur dans son palais de Gonstantinople ou d'Antioche. Soixante-dix mille soldats , soit vétérans ou de nouvelles levées , se rassemblèrent à Hems ou Emèse, sous les ordres de Werdan (i) son général, et ces troupes, presque

musulmans ainsi que les fanatiques anglais du dernier siècle, citaient à tout propos leurs écritures , soit dans leurs entretiens familiers ou dans les occasions importantes : au reste, ces citations avaient quelque chose de moins bizarre que les tours hébraïques transplantés dans le climat et le dialecte delà Grande-Bretapne.

(i) Le nom de AVerdan n'était pas connu de Théophane , et quoiqu'il ait pu appartenir à un chef arménien , sa terminaison et sa prononciation n'annoncent pas une origine grecque. Si les historiens de Byzance ont défiguré les noms orientaux , les Arabes le leur ont bien rendu , comme le prouve ce cas particulier. Kn transposant les caractères grecs de droite à gauche, on trouve dans le nom assez

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toutes composées de cavalerie , pouvaient recevoir indifféremment le nom de syriennes , grecques ou romaines ; syriennes, à cause du lieu d'où elles étaient tirées ou du the'âtre de la guerre ; grecques , à raison de la religion et de la langue de leur maître; et romaines, d'après l'imposante dénomination que profanaient toujours les successeurs de Constantin. Werdan, monte sur une mule blanche , ornée de chaînes d'or et environnée de drapeaux et d'étendards , trair versait la plaine de Aizna^in, lorsqu'il aperçut un guerrier farouche et a d^gii nu qui venait reconnaître l'ennemi ; c'était Derar, conduit par le fanatisme de son siècle et de son pays , qui peut-être a exagère cette action de valeur. La haine du christianisme , l'amour du pillage et le mépris du danger, formaient \q^ passions dominantes de l'audacieux Sarrasin ; la vue de la mort n'ébranlait jamais sa confiance religieuse, ne troublait jamais sa tranquille intrépidité, ne pouvait même jamais suspendre les saillies naturelles et plaisantes de sa gaîté martiale ; par son audace et sa prudence , il venait à bout des entreprises les plus désespérées. Après avoir couru des hasards sans nombre , après avoir été trois fois entre les mains des infidèles , il triompha de tous les dangers , et partagea les récompenses de la conquête de Syrie. En cette occasion, il soutint, en se retirant, l'attaque de trente Romains que Werdan détacha contre lui;

commun ^ Jndrew , à peu près l'anagramme de TVerdan , et c'est peut-être de cette manière qu'est arrivée la méprise.

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et après en avoir tue ou désarçonné dix-sept, il rentra sain et sauf dans le camp des musulmans, qui applaudissaient a son courage. Son général lui ayant reproché avec douceur la témérité qu'il venait de faire paraître , il s'en excusa avec la simplicité d'un soldat. « Je n'ai pas commencé l'attaque, dit- il; ils sont venus pour me saisir, et je craignais que Dieu ne me vît tourner le dos aux infidèles. En vérité, je me battais de bon cœur, et Dieu m'a sûrement secouru contre eux. Si je n'avais pas craint de désobéir à vos ordres, je ne serais pas rentré si tôt : et je vois d'ici qu'ils tomberont entre nos mains. » Un Grec , vénérable par sa vieillesse, s'avança au milieu des deux armées , et offrit une paix qui devait être libéralement payée ; il déclara que si les Sarrasins voulaient se retirer, on donnerait à chaque soldat un turban, une robe et une pièce d'or, que leur général aurait dix robes et cent pièces d'or, et qu'on accorderait cent robes et mille pièces d'or au calife. Un sourire d'indignation exprima le refus de Caled. « Chiens de chrétiens, vous savez le choix qui vous est offert; soumettez-vous au Koran, payez un tribut, ou venez combattre. Nous prenons plaisir à la guerre et nous l'aimons mieux que la paix ; nous dédaignons vos misérables aumônes , car bientôt nous serons les maîtres de vos fortunes, de vos familles et de vos personnes. » Malgré cette apparence de dédain , il sentait vivement le danger où se trouvaient les musulmans. Ceux d'entre les sujets du calife qui avaient été en Perse et qui avaient vu les armées de Chos-

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roès, avouaient que jamais troupe plus formidable n'avait frappe leurs regards. L'adroit Sarrasin tira de la supériorité' de l'ennemi un moyen pour e'chauffer encore la valeur de ses soldats. « Vous voyez devant vous , leur dit-il , les forces reunies des Romains. Il ne vous reste aucun espoir de leur échapper; mais vous pouvez conquérir la Syrie en un seul jour. L'événement dépend de votre discipline et de votre patience. Réservez vos forces pour ce soir. C'est le soir que le prophète remportait ses victoires. » L'ennemi livra successivement deux attaques , durant lesquelles Caled soutint avec calme et fermeté les dards des Romains et les murmures de son armée. Enfin, lorsqu'il vit les forces et les carquois de ses ennemis presque entièrement épuisés, il donna le signal de la charge et de la victoire. Les débris de l'armée de l'empereur s'enfuirent à Antioche , à Gésarée ou à Damas , et les musulmans se consolèrent d'avoir perdu quatre cent soixante-dix hommes, en songeant qu'ils avaient envoyé aux enfers plus de cinquante mille infidèles. Il serait difficile d'apprécier le butin de cette journée; les Sarrasins s'emparèrent d'un grand nombre de bannières , de croix et de chaînes d'or et d'argent, de pierres précieuses, et d'une multitude innombrable d'armures et de vêtem.ens d'un grand prix. Le partage général fut différé jusqu'à l'époque de la prise de Damas ; mais les armes furent un utile secours et devinrent de nouveaux instrumens de victoire. Ces glorieuses nouvelles furent transmises au calife, et les tribus arabes qui se

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montraient les plus insensibles ou les plus opposées à la mission de Mahomet , demandèrent avec ardeur qu'on leur permît d'avoir part aux dépouilles de la Syrie.

La douleur et l'épouvante portèrent promptement Les Arabes

■* * \ retonrneiit à

à Damas ces tristes récits, et les habitans virent du Damas, haut de leurs murs le retour des héros d'Aiznadin. Amrouàla tête de dix mille cavaliers, formait l'avantgarde. Les bandes de Sarrasins se suivaient l'une l'autre avec un appareil effrayant , et Galed , précédé de l'étendard de l'aigle noire , était à l'arrière-garde. Il avait confié à l'activité de Derar le soin de faire la patrouille autour de la ville avec deux mille cavaliers, de balayer la plaine, et d'intercepter tous les secours ou toutes les lettres qu'on voudrait envoyer dans la place. Les autres chefs arabes furent placés devant les sept portes , et le siège recommença avec une nouvelle vigueur et une nouvelle confiance. Dans les heureuses mais simples opérations des Sarrasins , il est rare d'apercevoir l'art , le travail et les machines de guerre des Grecs et des Romains : c'est avec des guerriers plutôt qu'avec des tranchées qu'ils investissaient une ville; ils se contentaient de repousser les sorties des assiégés , ils tentaient une surprise ou un assaut , ou bien ils attendaient que la famine ou le mécontentement missent une place en leur pouvoir. Damas voulait se soumettre après la bataille d'Aiznadin , qu'elle regardait comme une sentence définitive prononcée contre l'empereur à l'avantage du calife; l'exemple et l'autorité de Tho-

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