B HISTOIRE I3E LA DÉCADENCE
jeter un coup d'œil exact sur les provinces, ou, comme on les nommait alors, les thèmes de l'Europe et de l'Asie (i). Le troisième expose le système de tactique des Romains ; la discipline et l'ordre de leurs troupes, et leurs opérations militaires sur mer et sur le continent; mais on ignore si ce traité est de Constantin ou de Léon son père (2). Le quatrième a pour objet l'administration de l'empire , et on y révèle les secrets de la politique de Byzance dans ses rapports d'amitié ou d'inimitié avec les autres nations. Les
aulœ etecclesiœ Byzantinœ^ a été transporté de Cor, s anlitiople à Bude, Francfort et Leipzig, où Leich et Bei:ikejeu ont donné une magnifique édition (A. D. 1761 5 in-foLio') , accompagnée de ces éloges que les éditeurs ne manquent jamais de prodiguer à l'objet de leurs travaux , quel que soit son mérite.
(0 ^^J' dans le premier volume de V Imperlum orientale de Banduri, Constanùnus de Thematibus , p. 1-245 De administrando imperio , p. 45-127, édit. de Venise. Le texte de l'ancienne édition de Meursius y est corrigé d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris que connaissait déjà Lsaac Casaubon {Epist. ad Poljbium , p. 10), et expliqué par deux Cartes de Guillaume de Lisie , le premier des géographes antérieurs à d'Anville.
(2i) La lactique de Léon et de Constantin a été publiée à l'aide de quelques nouveaux manuscrits, dans la grande édition des Œuvres de Meursius , par le savant Lami ( t. vi , p. 531-920, 121 1-1417 ; Florence , 174^ ) ; mais le texte est «incore corrompu et mutilé, et la version est toujours obscure et remplie de fautes. La Bibliothèque de Vienne fournirait quelques matériaux précieux à un nouvel éditeur. ( Fabricius , Bibl. î;rœc. , t. vi, p. "^^f^-, 370. )
DE L*EMPIRfi ROMAIN. CHAP. LUI. 4^9
travaux littéraires de cette époque , les systèmes suivis dans la pratique des lois et de Tagrieulture et dans les écrits historiques, paraissent avoir eu pour objet l'avantage des sujets, et être fliits pour honorer les princes n^acédoniens. Les soixante livres des Basiliques (i) 5 qui forment le Code et les Pandectes de la jurisprudence civile , furent rédigés sous les trois premiers règnes de cette heureuse dynastie. L'art de l'agriculture avait amusé les loisirs et exercé la plume des personnages les plus éclairés et les plus vertueux de l'antiquité , et les vingt livres des Géoponiques (a) de Constantin , renferment ce qu'ils ont
(i) Fabricius ( BlhL grœc, l, xii , p. 4^5-5 14 )» Heiiiecc. {Tlist.juris romani j p. Sgô-Sgg), et Giannone {Jstoria civile di Napoliy t. I , p. 450-458 ), peuvent être utilement consultés sur les Basiliques comme historiens de droit. Quarante-un livres de ce code grec ont été publiés avec une version latine, par Charles-Annibal Fabrottus [Paris, 1 647), en sept vol. iîi-folio. On a découvert depuis , quatre autres livres , qu'on a insérés dans le Novus Thésaurus juris civil. et Canon, f de Gérard Meerman , t. v. Jean Leunclavius a composé (à Basle , i575) une éclogue ou synopsis ^e^ soixante livres qui forment l'ouvrage entier. On trouve dans le Corpus j'aris civilis les cent treize Novelles ou nouvelles lois de Léon.
(2) Je me suis servi de la dernière édition des Géoponiques , qui est la meilleure ( par Nicolas Niclas; Leipz'g ^ 1781, 2 vol. i/z 8*). Je lis dans la préface que le même empereur fit revivre les systèmes de rhétorique et de philosophie oubliés dès long-temps. Ses deux livres de VHip-^ piatrique , ou de l'Art de traiter les maladies des chevaux ,
45o HISTOIRE DE LA DECADENCE
dit de meilleur sur cet objet. Ce prince ordonna de recueillir en cinquante-trois livres (i) les traits d'histoire les plus propres à encourager la vertu et a inspirer l'horreur du vice ; et tous les citoyens purent profiter pour eux-mêmes ou faire profiter leurs contemporains des leçons et des avis des temps passés. Le souverain de l'Orient descendit ainsi de l'aug-uste caractère de législateur aux modestes fonctions de professeur ou de copiste ; et si ses successeurs ou ses sujets n'ont pas rendu justice à ses soins paternels , la postérité en a reçu du moins le durable héritage.
Iinperfec- A la vérité , un examen plus sévère fait disparaître
tion de ces i i i i / i i
écrits. beaucoup de la valeur du présent et de la reconnais-
sance de la postérité ; la possession de ce trésor impérial ne nous empêche pas de regretter notre pauvreté et notre ignorance sur cette époque de l'histoire, et la gloire des auteurs s'efface insensiblement par l'indifférence ou le mépris. Les Basiliques ne sont que des fragmens , une version grecque partielle et mutilée des lois de Justinien; mais souvent la sagesse des anciens jurisconsultes y est altérée par une étroite
ont élé publiés à Paris, i53o , in-folio ( Fabr. , Bihi. grœc. , t. VI , p. 49^-500).
(i) De ces cinquante-trois livres ou titres, deux seulement sont arrivés jusqu'à nous et ont élé imprimés : l'un , Z)e /e^az/omèz/^ ( par Fui vins Ursi nus, Anvers^ 1682, et Daniel Hœschelius , August. Vindel. , l6o3 ) ; et l'autre De virtutibus et viiiis (par Heuri de Valois , éd. de Paris , 1634).
DE l'empire romain, ciiap. LUI. 4^i dévotion, et on y voit la liberté du commerce et le bonheur de la vie privée tyrannisés par la prohibition absolue du divorce, du concubinage et du prêt à intérêt. Un sujet de Constantin pouvait admirer dans la compilation historique les inimitables vertus de la Grèce et de Rome; il pouvait y voir à quel point d'énergie et d'élévation l'homme était jadis parvenu ; mais une nouvelle édition de la Vie des saints que le grand-logothète , ou chancelier de l'empire , eut ordre de préparer, dut produire un effet contraire ; et Simon le Métaphraste (i) enrichit et orna de ses légendes fabuleuses le fond obscur que lui avait fourni la superstition. Au jugement de la raison , tous les mérites et les miracles célébrés dans la totalité du calendrier, ont moins de prix que le travail d'un seul cultivateur qui multiplie les dons du ciel et fournit à la subsistance de ses semblables. Cependant les empereurs à qui nous devons les Géoponiques , exposent avec plus de soin les préceptes d'un art destructeur, de celui de la guerre, qu'on enseignait dès le temps de Xénophon (2) comme l'art
(i) Hankius (/)<? scriptorib. Byzant. , p. 4^8-460) donne l'abrégé de la vie et la liste des ouvrages de Mélaphrasle. Ce biographe des saints s'est complu dans des paraphrases sur les sens ou les absurdités des anciens actes : son style de rhéteur ayant été paraphrasé une seconde fois dans la version latine de Surius, à peine distingue-t-on aujourd'hui un fil de la trame primitive.
(2) Selon le premier livre de la Cyropédie, la tactique, qui n'est qu'une petite partie de l'art de la guerre, était