‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 6 sur 62 · U1 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

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le peuple dans les grandes occasions ; et puisqu'on ne peut mener le genre humain que par la force ou la persuasion , l'usage et la célébrité de l'art oratoire chez Ifir. Arabes, est la preuve la plus claire de leur liberté publique (i). Mais le simple édifice de leur liberté était bien différent de la structure délicate et artificielle des républiques grecques et romaines , où chaque citoyen avait une part indivise des droits civils et politiques de la communauté. Dans un état de société beaucoup moins compliqué ,1a nation arabe jouit de la liberté, parce que chacun de ses enfans dédaigne de se soumettre lâchement a la volonté d'un maître. Le cœur de l'Arabe est armé des austères vertus du courage, de la patience et de la sobriété: l'amour de l'indépendance lui fait contracter l'habitude d'un grand empire sur lui-même , et la crainte du déshonneur éloigne de lui la crainte pusillanime de la fatigue , du danger et de la mort. Son maintien annonce la gravité de son esprit ; il parle avec lenteur, son discours a du poids et de la concision; il rît peu et n'a d'autre geste que celui de caresser sa barbe , respectable symbole de la virilité ; rempli du sentiment de son importance , il aborde ses égaux.

(i) JSon gloriahantur antiquiîiis Arabes , nisi gladio , hoS' pile y et ELOQUENTiA ( Sephadius , apud Pococke, Spécimen , p. i6i , 162). Ils ne partageaient qu'avec les Perses ce don de la paroie ; et les sentencieux Arabes auraient vraisemblablement dédaigné la dialectique simple et sublime de Démoslhènes.

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sans légèreté et ses supérieurs sans embarras fi). La liberté des Sarrasins survécut a la conquête de leur ^ pays : les premiers califes souffrirent la francbise hardie et familière de leurs sujets; ils montaient en chaire pour persuader et édifier la congrégation , et ce ne fut qu'après qu'on eut transféré le siège de l'empire sur les bords du Tigre , que les Abassides adoptèrent l'orgueilleux et pompeux cérémonial de la cour de Perse et de celle de Byzance.

Dans l'étude des nations et des hommes, il faut Guerres

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lercher les causes qui tendent a les rapprocher ou geances par-

à les désunir, qui rétrécissent ou étendent , qui adou-^*^°^^""* cissent ou aigrissent le caractère social. Les Arabes, séparés du reste des hommes , se sont habitués à confondre les idées d'étrangers et d'ennemis , et la pauvreté de leur soi a introduit parmi eux une maxime de jurisprudence qu'ils ont toujours adoptée et toujours pratiquée.Ils prétendent que dans le partage de la terre, les autres branches de la grande famille ont obtenu les climats riches et heureux, et que la postérité d'Ismaël, proscrite et bannie, a le droit de reprendre , par l'artifice et la violence , la portion d'héritage dont on l'a privée. injustement. Selon la remarque de Pline, les tribus d'arabes sont également adonnées au vol et au commerce ; elles rançonnent ou pillent les caravanes qui traversent le désert ; et dès le temps de

(i) Je dois rappeler au lecteur que d'Arvieux , d'Herbelol et Niebuhr , peignent des plus vives couleurs les mœurs et le gouvernement des Arabes, et que divers passages de la vie de Mahomet jettent du jour sur ces objets.

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Job et de Sësostris (i) , leurs voisins ont été les victimes de leur rapacité. Si un Bédouin aperçoit de loin un voyageur solitaire , il court sur lui avec fureur, en lui criant à haute voix : « Déshabille -toi, ta tante ( ma femme ) n'a point de vêtement. » Si la soumission est prompte, on a droit à sa clémence; mais la moindre résistance irrite sa colère , et le sang de sa victime doit être versé en expiation du sang qu'elle aura osé répandre pour sa défense. Celui qui détrousse les passans seul , ou avec un petit nombre d'associés , est traité de voleur ; mais les exploits d'une bande nombreuse prennent le caractère d'une guerre légitime et honorable. Les dispositions violentes d'un peuple ainsi armé contre le genre humain , s'étaient accrues par l'habitude du brigandage , des meurtres et des vengeances autorisés dans ses mœurs domestiques. Dans la constitution actuelle de l'Europe , le droit de faire la paix et la guerre est l'apanage d'un petit nombre de princes , et le nombre de ceux qui réellement exercent ce droit est encore plus petit ; mais chaque Arabe pouvait impunément, et avec gloire , diriger contre son compatriote la pointe de sa javeline. Une vague ressemblance d'idiomes et de mœurs était le seul lien qui constituât ces tribus en

(i) Voyez le premier chapitre de Job , et en outre la longue muraille de quinze cents stades que Sésostris élexa depuis Peluse jusqu'à Hélio})olis ( Diodore de Sicile, t. i, 1. I , p. 67). A celte époque les rois pasteurs avaient subjugué l'Egypte , sous le nom de Hycsos (Marsham , Canon, chron. , p. 98-163 , etc.).

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corps de nation; et, dans chaque communauté, la juridiction du magistrat était impuissante et muette; la tradition conserve le souvenir de dix - sept cents batailles (i) , données à ces époques d'ignorance qui précédèrent Mahomet : l'animosité des factions civiles rendait les hostilités plus vives , et le récit , en prose ou en vers, d'une vieille querelle , suffisait pour rallumer les mêmes passions chez les descendans des peuplades ennemies. Dans la vie privée , chaque homme, ou du moins chaque famille, était le juge et le vengeur de sa propre cause. Cette susceptibilité de l'honneur , qui calcule l'outrage plutôt que le tort, empoisonne de son mortel venin toutes les querelles des Arabes ; l'honneur de leurs femmes et celui de leurs barbes se blessent aisément ; une action indécente , une parole de mépris , ne peut être expiée que par le sang du coupable; et telle est la patience de leur haine, qu'ils attendent ào^^ mois et des années entières l'occasion de se venger. Les Barbares de tous les siècles ont admis une amende ou une compensalion pour le meurtre ; mais en Arabie , les parens du mort sont les maîtres d'accepter la satisfaction, ou d'exercer de leurs mains le droit de représailles. Leur

(i) Ou selon un autre calcul, douze cents (d'Herbelot, Blhl. orient.^ p. 76 ). Les deux historiens qui ont écrit sur les Ayarn-al-Arab y toutes les batailles des Arabes , vivaient aux neuvième et dixième siècles. Deux chevaux donnèrent lieu à la fameuse guerre de Dahes et de Gabrah, qui dura quarante ans, et qui devint proverbiale ( Pococke , Spécimen , p. 48 ).

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haine raffinée refuse même la tête de l'assassin; elle substitue un innocent au coupable , et rejette la peine sur l'individu le meilleur et le plus considérable de la race dont ils ont à se plaindre. S'il périt par leurs mains , ils se trouvent exposes à leur tour au danger des représailles ; l'intérêt et le principal de cette dette sanguinaire s'accumulent ; les membres des deux, familles passent leurs jours à dresser des embûches et à les craindre; et ce n'est quelquefois qu'au bout d'un demi-siècle, cjue peut être finalement soldé ce compte de vengeance (i). Cet esprit sanguinaire , qui ne connaît ni la pitié ni le pardon , a e'té modifié \ cependant par les maximes de rhonneur,qui exige, dans toutes les rencontres privées , une sorte d'éga- ^Tiève an-lité d'âge et de force, de nombre et d'armes. Avant Mahomet , les Arabes célébraient une fête aniiu<dle de deux et peut-être de quatre mois , durant laquelle, oubliant leurs hostilités étrangères et domestiques, ils laissaient religieusement reposer leurs glaives; et cette trêve partielle est ce qui donne le mieux l'idée de leurs habitudes d'anarchie et d'hostilités (2).

(i)Niebuhr {Description , p. 26-3 1) rapporte la théorie et la pratique modernes des Arabes , dans la vengeance du meurtre. On peut retrouver dans le Koran ( c. 2 , p. 20 ; c. 17, p. 23o), avec les observations de Sale, le caractère plus grossier de l'antiquité.

(2) Procope [De bell. pers.^ 1. i , c. 16) place les deux mois de paix vers le solstice d'été ; mais les Arabes en comptent quatre , le premier mois de l'année , le septième, le onzième et le douzième ; et ils prétendent que dans une

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