‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 2)Chapitre 5 sur 62 · DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. L. I · texte numérisé non relu

DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. L. I

au sud des ruines de Babylone. Ils étaient prompts et vigoureux dans l'action ; mais leur amitié était vénale , leur foi légère et leur inimitié capricieuse : il était plus facile d'exciter ces Barbares errans que de les désarmer; et dans la familiarité qu'entraîne la guerre , ils apprenaient à connaître et à mépriser l'éclatante faiblesse de Rome et de la Perse. Les Grecs et les Latins confondaient les tribus arabes répandues de la Mecque à l'Euphrate (i) , sous le nom général de Sarrasins (2) , que tout chrétien a été

(1) Les liUpeiKijviKf/, CpyAsî, f^vptcc^îç TUvrUy Koit rc TrXîKrrof tiurav spijfiûvo/iioi ^ xai uJ[icr7roroi ^ sont décrits par Ménandre ( Excerpt. légat. , p. ' 49 ) ' P^^ Procope ( De helL pers. , 1. 1 , c. 17-19; 1. II, c. 10), et avec les couleurs les plus vives, par Ammien-Marcellin (1. xiv , c, 4)) q^i ^^s fait connaître dès le temps de Marc-Aurèle.

(2) On a ridiculement fait venir ce nom qu'emploient Ptolémée et Pline dans une acception plus réservée , et auquel Aramien et Procope donnent un sens plus étendu , de Sarahf femme d'Abraham ; on l'a fait venir d'une manière assez peu claire du village de Saraha (aita Naficczitna: ( Stephan. , De urbibus) y et d'une manière plus plausible de mots arabes , qui signifient un caractère disposé au a'oI, ou qui désignent leur situation à l'Orient (Hottinger , Hist. orient, , liv. i , c. i , p. 7 , 8 ; Pococke, Spécimen, p. 33-35 ; Assemani, Bibl. orient. , t. iv, p. 667 ). Mais la dernière et la plus reçue de ces élymologies est refutée par Ptolémée ( Arabia, j). 2 , 18, in Hudson , t. iv ) , qui remarque expressément la position occidentale et méridionale des Sarrasins , qui étaient alors une tribu obscure établie sur les frontières de l'Egypte. Cette dénomination ne peut donc pas avoir eu rapport au caractère national j et puisqu'elle a été donnée

20 HISTOIKE DE LA DÉCAUEJVCE

instruit dès Tenfance à ne prononcer qu'avec horreur et avec effroi.

Lenriiberté Lcs hommcs soumis a UHc tyrannie intérieure se

et lenrcarac- ,. . . , . ,

tèredomesti- rejoujssent en vain de leur indépendance naturelle ; mais l'Arabe est personnellement libre , et il jouit , à quelques égards , des avantages de la société sans renoncer aux droits de la nature. Dans chaque tribu, la reconnaissance , la superstition ou la fortune , ont élevé une famille particulière au-dessus des autres. Les dignités de scheik et d'émir se transmettent d'une manière invariable danscette race choisie; mais l'ordre de succession est précaire et peu déterminé , et c'est le personnage le plus digne ou le plus âgé de cette noble famille , que Ton élève à la fonction simple , mais importante , de terminer les disputes par ses conseils, et de guiâer la valeur de la nation par son exemple. On a même permis à une femme habile et courageuse de commander aux compatriotes de Zénobie(i). La réunion momentanée de plusieurs tribus produit une armée: lorsque cette réunion est plus durable , elles forment une nation ; et le chef suprême, l'émir des émirs , qui arbore sa bannière à leur tête , peut être regardé par les étrangers comme une espèce de roi. Si les princes arabes abusent de leur pou-

par les étrangers , il faut en chercher l'origine non pas dans la langue arabe, mais dans une langue étrangère.

(i) Saracejii mulieres aiunt in eos regnare. ( Expositia

totius Mundi , p. 3 , in liudson, t. m.) Le règne de Mavia est célèbre dans l'Histoire ecclésiastique. ( Pococke, Spccim.,

DE l'empire romain. CHAP. î,. oi

voir, la désertion de leurs sujets, accoutumes à une juridiction douce et paternelle , les en punit bientôt. Leur courage n'est assujetti à aucune entrave ; leurs pas sont libres ; le désert s'ouvre devant eux ; les tribus et les familles ne tiennent les unes aux autres que par un contrat mutuel et volontaire. La peuplade de l'Yëmen , plus douce , a souffert la pompe et la majesté' d'un monarque ; mais si , comme on l'a dit ce roi ne pouvait sortir de son palais sans mettre sa vie en danger (i) , la force active de son gouvernement devait être entre les mains des nobles et des magistrats. Les villes de la Mecque et de Médine présentent , au sein de l'Asie , la forme ou plutôt l'existence réelle d'une république. Le grand - père de Mahomet et ses ancêtres en ligne directe paraissent, dans les opérations au dehors et dans l'administration intérieure, comme princes de leur pays; toutefois leur empire , ainsi que celui de Périclès à Athènes et des Médicis à Florence, était fondé sur l'opinion qu'on avait de leur sagesse et de leur intégrité : leur influence se divisa avec leur patrimoine, et le sceptre passa des oncles du prophète à la branche cadette de la tribu des Koreishites. Ils assemblaient

(i) Mt} i%iivui iK rav 'Bua-tMim ^ disent Agatharcides {De mari Rubro , p. 63 , 64 ? «V? Hudson , t. i ) , Diodore de Sicile (t. 1, 1. III , c. 47? P* 2i5),etStrabon (1. xvi, p. 1124); ir^ais je suis bien tenté de croire que c'est un de ces contes populaires ou de ces accidens extraordinaires que la crédulité des voyageurs a donnés si souvent pour un fait constant , pour une coutume ou pour une loi.

Page 1