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Il essaya de tromper , par une soumission apparente, la vigilance du général romain , de séduire ses troupes et de traîner la guerre en longueur en engageant successivement les tribus indépendantes à épouser sa querelle ou à faciliter sa fuite. Théodose imita la conduite de son prédécesseur Métellus et obtint les mêmes succès. Lorsque Firmus , d'un ton de suppliant , vint déplorer sa propre imprudence et solliciter humblement la clémence de l'empereur, le lieutenant de Valenlinien le reçut amicalement et ne s'opposa point à sa retraite ; mais il eut soin d'exiger des gages solides et utiles de son sincère repentir; et les insidieuses protestations du prince more ne lui firent pas ralentir un seul instant ses opérations militaires. Théodose découvrit par sa vigilance une conspiration, etsatisfit, sans beaucoup de répugnance, a l'indignation du peuple , qu'il avait secrètement excitée. On abandonna, selon la coutume , une partie des complices de Firmus à la fureur des soldats ; d'autres, en plus grand nombre , eurent les deux mains coupées , et vécurent pour servir d'exemple par le spectacle horrible de leurmutllalion. A la haine que ressentaient les rebelles contre leur ennemi , se mêla bientôt la crainte , et à la crainte qu'il inspirait ù ses soldats se mêlait une respectueuse admiration. Au milieu des plaines immenses de Gétulie et des innombrables vallées du mont Atlas, il était impossible d'empêcher la fuite de Firmus; et si l'usurpateui avait pu lasser la patience de son adversaire , il aurait "vécu dans la profondeur de quelque solitude en
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attendant une re'volu tion plus heureuse. Mais la persévérance de Tlie'odose ne se de'mentit point, et il poursuivit sans relâche la resolution de terminerla guerre par la mort du rebelle et la destruction de toutes les tribus d'Afrique qui partageaient son crime. Alatête d'un petit corps de troupes qui excédait rarement trois mille cinq cents hommes, le général romain s'avança dans le cœur du pays avec une prudence inébranlable, également éloignée de la témérité et de la crainte. Il eut quelquefois à repousser des armées de vingt mille Mores. L'impétuosité de ses attaques portait le désordre parmi les Barbares indisciplinés; et ses retraites, toujours faites à temps et en lion ordre, déconcertaient toutes leurs mesures. Ils étaient continuellement déjoués par les ressources de cet art militaire qu'ils ne connaissaient point, et ils sentirent et reconnurent la justice de la supériorité que s'attribuait le chef d'une nation civilisée. Lorsque Théodose entra dans les vastes états d'Igmazen, roideslsaflen- .ses, l'orgueilleux, sauvage lui demanda d'un air insultant son nom et l'objet de son expédition. « Je suis, lui dit le comte d'un ton imposant et dédaigneux , je suis le général de Valentinien, monaiK|ue de l'univers ; il m'envoie ici pour poursuivre et punir un brigand sans ressources. Remets-le à l'instant entre mes mains , et sois assuré que si tu n'obéis pasau commandement de mon invincible souverain, loi et ton peuple vous serez entièrement exterîuinés. )) Dès qu'Iginazen fut bien persuadé que son ennemi avait les movens et la volonté d'exécuter
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sa terrible menace, il consentit à acheter une paix nécessaire par le sacrifice d'un fugitif coupable. Les gardes place's pour s'assurer de Firnius luiôlaient tout espoir de s'échapper; mais le More rebelle, après avoir banni par l'ivresse la crainte de la mort , évita le triomphe insultant des P«.omains en s'élranglant pendant la nuit. Son cadavre , le seul présent qu'lgmazen pût faire au général , fut jeté négligemment sur un chameau , et Théodose reconduisit ses troupes victorieuses à Sitifi , où le reste de son armée le reçut avec des acclamations de joie et d'affection (i !.
Les vices de Romanus avaient fait perdre l'Afrique, , Théodose
^ a la tête tran-
les vertus de Théodose la rendirent aux Romains ; chèe à Car-
1 , • 1 . , . , . thaije.
et la conduite que la cour impériale tmt avec ces a. D. 37C. deux généraux peut servir de leçon en satisfiisant la curiosité. En arrivant en Afrique , Théodose suspendit l'autorité du comte Romanus ; celui-ci fut mis , jusqu'à la fin de la guerre , sous une garde sûre , mais traité avec distinction. On avait les preuves les plus incontestables de ses crimes, et le public attendait avec impatience qu'on le livrât à la sévérité de la justice ; mais la puissante protection de Mellobaudes l'enhardit à récuser ses juges légitimes, à solliciter des délais répétés qui lui donnèrent le temps de se procurer une foule de témoins favorables , et à
(l) Araraien , xxix , 5. Le texte de ce long chapitre de quinze pages in-quarto , est corrompu et défiguré , et le récit est obscurci , faute de limites géographiques et de reiiseigneinens chronologiques.
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couvrir enfin ses anciens crimes , en y ajoutant les crimes nouveaux de la fraude et de l'imposture. A peu près dans le même temps, on trancha ignominieusement, à Cartilage , la tête du libe'rateur de la Bretagne et de l'Afrique, sur le vague soupçon que son nom et ses services le plaçaient au-dessus du rang d'un sujet.- Valentinien n'existait plus ; et on peut imputer aux ministres qui abusaient de l'inexpe'rience de ses fils , la mort de The'odose et l'impunité de Romanus (i).
!■ itderA- si Ammien eût heureusement employé son exac-
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titude géographique à décrire les exploits de Théodose dans l'Afrique , nous aurions détaillé avec salisfaction toutes les circonstances particulières de sa marche et de ses victoires ; mais la fastidieuse énumératioR des tribus inconnues de l'Afrique peut se réduire à la remarque générale , qu'elles étaient toutes de la race noire des Mores, qu'elles habitaient, sur les derrières des provinces de Numidie et de Mauritanie , le pays que les Arabes ont nommé depuis la patrie des dattiers et des sauterelles (2), et que, comme la puissance des Romains déclinait en Afrique, les bornes des pays cultivés et civilisés s'y resserraient dans la même proportion. Au-delà des limites des
(i) Ammien , xxyiii , 4 ; Orose , 1. vu , c. 33 , p. 55i , 55z ; saint Jérôme , dans sa Chronique , p. 187.
(2) Léon l'Africain (dans les Viaggi di Ramusio , tom. i , p. 78-83) a fait uoe description curieuse des peuples et du pays , que Marraol ^Afrique , t. m , p, i , 54 ) décrit d'une m.5iiiôro b^nnconp plus <létail]ée.
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Mores , le vaste désert du sud s'étend à plus de mille milles jusqu'aux bords du Niger. Les anciens, qui connaissaient très-imparfaitement la grande pc'ninsiile d'Afrique , ont été quelquefois disposés à croire que la zone torride n'était point susceptible d'être habitée par des hommes ( i) ; d'autres fois ils la peuplaient au gré de leur imagination d'hommes sans tète ou plutôt de monstres (•/) , de satyres avec des cornes et des pieds fourchus (3), de centaures (Ji) et
(i) Les progrès de l'ancienne géographie réduisirent peu à peu cette zone inhabitable de quarante-cinq à vingt-quatre, ou même à seize degrés de lalilude. ( Voyez une note savante du docteur Robertson , Hist. cV Amer. , vol. i , p. 426. )
(2) Intra , si credere libet , vix jarn homines et inagis se-
mi/'eri BLeininjcs , Satjri , etc. Pomponius-Mela ,1,4,
p. 26, éd. Voss. in-8°. Pline explique philosophiquement les irrégularités de la nat^^re que sa crédulité avait admises (v. 8).
(3) Si le satyre est le même que l'orang-outang ou singe de la grande espèce (Buffon , Hist. nat. , t. xiv , p. 4^ ) , il est possible qu'on en ait vu un à Alexandrie sous le règne de Constantin. Il reste cependant toujours un peu de difficulté , relativement à la conversation que saint Antoine eut avec un de ces pieux sauvages dans le désert de la Tliébaïde. ( Saint Jérôme , in vit. Paul, ereinit. , t. i , p. 2 38. )
(4) Saint Antoine rencontra aussi un de ces monstres dont rempcreur Claude affirma sérieusement l'existence. Le \n\— blic s'en moquait ; mais son préfet d'Egypte eut l'ad.fesse d'envoyer une préparation artificielle , qui passa pour le corps embaumé d'un hippocentaure , et que l'on conserva durant plus d'un siècle dans le palais impérial. ( Koy. Pline, Hist. nat. , vu , 3 ; et les Observations ]viAic\(tn%ei de Freret. Mém. (lel'Jcacf. , t. vu , p. Sai , erc.}
de pygmees humains qui , pleins de courage , faisaient aux grues une guerre dangereuse (i). Cartilage aurait tremble , si un bruit étrange était venu lui apprendre que le pays coupé par l'équateur, recelait des deux côtés une multitude de nations qui ne différaient que par la couleur de la figure ordinaire des hommes; et les Romains, dans leur anxiété, auraient cru voir le moment où , aux essaims des Barbares sortis du Nord , viendraient se joindre du fond du Midi d'autres essaimg de Barbares aussi cruels et aussi redoutables. Une connaissance plus particulière du génie de leurs ennemis d Afrique auiait sans doute anéanti ces vaines terreurs. On ne doit, à ce qu'il me semble , attribuer l'inaction des nègres, ni à leurs vertus , ni à leur pusillanimité. Ils se livrent , comme tous les hommes, à leurs passions et à leurs appétits, et les tribus voisines se /ont fréquemment la guerre (2). Mais leur ignorance grossière n'a ju-
( 1) La fable tles pygmées est aussi ancienne qu'Homère. (^lliad. , III , 6. ) Les pygmées de l'Inde et de rEthioj)ie ( Tri.spithami^^ n'avaient que vingt-sept pouces de hauteur j et, dès le commencement du printemps, leur cavalerie, montée sur des boucs et des béliers, se mettait tous les ans en campagne pour détruire les œufs des grues. Jliter ,û\t. VVive , futuris gregibiis non lu^sisti. Ils construisaient leurs maisons de boue , de plumes et de coquilles d'œufs. ( Voyez Pline , VI , 35 ; vu , 2 ; et Strabon , 1. 11 , p. i2i. )
(2) Les troisième et quatrième volumes de l'estimable Histoire des Koyages àécr'weni l'état actuel des nègres. Le commerce des Européens a civilisé les liabitans des côtes mari-