HISTOIRE DE LA BECADEIYCE
et que l'ancien et légitime patrimoine des empereurs ne devait être employé qu'au maintien de ce gouvernement, duquel dépendaient , en dernière analyse , leur sûreté et leur récompense. La mutinerie avait pour instigateurs secrets mille soldats, la plupart Hérules , qui , ayant adopté la doctrine d'Arius , se trouvaient excités par le clergé de cette secte; et le fanatisme , par son pouvoir destructeur de tout principe , consacrait la cause du parjure et de la rébellion. Les ariens déploraient la ruine de leur Église , triomphante en Afrique durant plus d'un siècle ; et ils étaient justement indignés des lois du vainqueur, qui leur interdisait le baptême de leurs enfans et Texercice de leur culte religieux. La plus grande partie des Vandales choisis par Bélisaire oublièrent, dans les honneurs du service de l'Orient, leur pays et leur religion ; mais quatre cents d'entre eux , animés d'un généreux courage , obligèrent les officiers de la marine à changer de route à la vue de l'île de Lesbos ; ils relâchèrent au Péloponèse ; et , après avoir échoué leur navire sur une côte déserte de IMfrique, ils arborèrent sur le mont Aurasius l'étendard de l'indépendance et de la révolte. Tandis que les troupes de la province refusaient d'obéir aux ordres de leurs supérieurs , on conspirait a Carthage contre la vie de Salomon, qui y occupait avec honneur la place de Bélisaire ; et les ariens avaient pieusement résolu de sacrifier le tyran au pied des autels , durant la fête de Pâques et l'imposante célébration des saints mystères, La crainte ou le remords arrêta le poignard des
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assassins , mais la patience de Salomon les enhardit ; et dix jours après on vit éclater dans le cirque une sédition furieuse, qui désola ensuite l'Afrique pendant plus de dix années. Le pillage de la ville et le massacre de ses habitans , sans distinction , ne furent suspendus que par la nuit, le sommeil et l'ivresse. Le gouverneur se sauva en Sicile avec sept personnes, parmi lesquelles on comptait l'historien Procope. Les deux tiers de l'armée eurent part a cette rébellion, et huit mille insurgens , assembles dans les champs de Bulla , élurent pour leur chef un simple soldat nommé Stoza , qui possédait à un degré supérieur les vertus d'un rebelle. Sous le masque de la liberté , son éloquence guidait ou du moins entraînait les passions de ses égaux. Il se mit au niveau de Bélisaire et du neveu de Justinien , en osant se mesurer avec eux sur le champ de bataille. Il fut défait ; mais ces généraux avouèrent que Stoza était digne d'une meilleure cause et d'un commandement plus légitime. Vaincu dans les combats , il employa avec dextérité l'art de la négociation ; il débaucha une armée romaine.^ et fit assassiner, dans une église de Numidie , les chefs qui avaient compté sur f^^s infidèles promesses. Lorsqu'il eut épuisé toutes les ressources de la force ou de la perfidie , il gagna , avec quelques Vandales désespérés, les déserts de la Mauritanie ; il obtint la fille d'un prince barbare ; et , en faisant répandre le bruit de sa mort, échappa a la poursuite de ses ennemis. L'autorité personnelle de Bélisaire , la dignité , le courage et la douceur de Germanus , neveu de l'empereur, la
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Yigueur et le succès de l'adininistration de Teunuque Salomon , rétablirent la soumission dans le camp et maintirent, durant quelque temps, la tranquillité de l'Afrique ; mais les vices de la cour de Byzance faisaient sentir leur influence jusque dans cette province éloigne'e: les soldats se plaignaient de ne recevoir ni solde ni secours ; et quand les désordres publics furent au point favorable a ses dessems , Stoza reparut vivant, en armes et aux portes de Cartbage. Il fut tué dans un combat singulier ; et , au milieu des angoisses de la mort , il sourit en apprenant que sa javeline avait percé le cœur de son adversaire. L'exemple de Stoza, et la persuasion (jue le premier roi fut un soldat heureux , échauffèrent l'ambition de Gontliaris: celui-ci promit, dans un traité particulier, de partager l'Afrique avec les Maures , si , avec leur dangereux secours, il pouvait monter sur le trône deCarthage. Le faible Aréobinde , incapable de gouverner , soit durant la paix , soit durant la guerre , était arrivé à l'emploi d'exarque par son mariage avec la nièce de Justinien. Une sédition des gardes le renversa tout a coup , et ses abjectes supplications provoquèrent le mépris de l'inexorable rebelle ^ns exciter sa pitié. Après un règne de trente jours , Gontharis fut poignardé à son tour par Artaban , au milieu d'un festin ; et ce qui est assez singulier , un prince arménien , de la famille royale des Arsacides , rétablit à Cartilage l'autorité de l'Empire romain. Tous les détails de la conspiration qui arma la main de Brutus contre les jours de César , sont curieux et importans pour la
DE l'empjre romain, chap. xliii. q3 postérité ; mais le crime ou le mérite de ces assassins , révoltés ou fidèles à leur prince , ne pouvaient intéresser que les contemporains de Procope, que l'amitié ou le ressentiment , l'espérance ou la crainte, avaient personnellement engagés dans les révolutions de l'Afrique (i).
Ce pays retombait rapidement dans l'état de bar- Rebeiiioa
bi,\i5 • ^^•'^1 1 • l'""^ i. des Maures,
aried OU lavaient tire les colonies phéniciennes et^ jy 5^u
les lois de Rome ; et chaque degré de la discorde in- ^^^• lestine était maiiqué par quelque déplorable victoire de l'homme sauvage sur la société civilisée. Les Maures (2) ne connaissaient pas les lois de la justice, mais ils ne pouvaient supporter l'oppression. Leur vie errante et leurs immenses déserts trompaient les armes ou éludaient les chaînes d'un conquérant ; et l'expérience prouvait assez qu'on ne devait compter ni sur leurs sermens, ni sur leur reconnaissance. Effrayés par la victoire du mont Aurasius , ils s'étaient momentanément soumis; mais s'ils respectaient le c;Aractère de Salomon , ils détestaient et méprisaient
(1) Toutefois je ne dois pas refuser à Procope le mérite de peindre, d'une manière animée, l'assassinat de Gontharis. L'un (ies meurtriers montra des sentimens dignes d'un patriote romain. « Si je tombe d'un premier coup , dit Ar lasires, tuez-moi sur-le-champ , de peur que les douleurs de la torture ne m'arraclitnt l'aveu de mes complices. »
(2) Procope , dans le cours de sa narration , parle quelquefois des guerres contre les Maures {Vandal. , 1. Ji , c. jg , !23 ., 25 , 27 , 28 ; Gothic. , 1. iv , c. 17), et Théodat nous instruit de plus de quelques succès et de quelques revers dont la date se rapporte aux dernières années de Justinien.
l'orgueil et l'incontinence de Cyrus et de Sergius , ses deux neveux , auxquels il avait imprudemment confié les gouvernemens de Tripoli et de la Pentapole. Une tribu de Maures campait sous les murs de Leptis , afin de renouveler son alliance et de recevoir du gouverneur les présens accoutumés. Quatrevingts de leurs députés furent introduits dans la ville comme alliés ; mais sur un vague soupçon de conspiration on les égorgea à la table de Sergius , et le cri de guerre et de vengeance retentit •-dans toutes les vallées du mont Atlas, depuis les deux Syrtes jusqu'aux bords de l'océan Atlantique. Une offense periionnelle , l'injuste exécution ou le meurtre de son frère , rendit Antalas ennemi des Romains. La défaite des Vandales avait autrefois signalé sa valeur; il montra en cette occasion des sentimens de justice et de prudence remarquables dans un Maure. Tandis qu'il réduisait Adrumète en cendres , il avertit l'empereur que le rappel de Salomon et de ses indignes neveux assurerait la paix de l'Afrique. L'exarque sortit de Carthage avec ses troupes; mais à six journées de cette ville , et aux environs de Tébeste (i) ,
(i) Aujourd'hui Tibesch , dans le royaume d'Alger. Elle est arrosée par une rivière, le Sujerass , qui tombe dans le Mejerda (Bagradas). Tibesch est encore remarquable par ses murs de grandes pierres semblables à ceux du Colisce de Rome, par une fontaine et un bosquet de châtaigniers. Le pays est fertile; et on trouve dans le voisinage les Bérébères , tribu guerrière. Il paraît, d'après une inscription, que la route de Carthage à Tébeste fut construite sous le régne d'Adrien , par la troisième légion. Marmol. ( Descrip-^
DE l'empire romain, chap. xliii. 95 il fut étonné de la supériorité du nombre et de la contenance farouche des Barbares. Il proposa un traité , sollicita une réconciliation , et offrit de se lier par les sermens les plus solennels. « Par quels sermens peut - il se lier ? interrompirent les Barbares avec indignation ; jurera-t-il sur les Évangiles , livres que la religion chrétienne regarde comme divins ? C'est sur ces livres que Sergius, son neveu , avait engagé sa foi à quatre-vingts de nos innocens et malheureux frères. Avant que les Évangiles nous inspirent de la confiance une seconde fois, nous devons essayer quel sera leur pouvoir pour punir le parjure et venger leur honneur compromis. » Leur honneur fut vengé dans les champs de Tébeste par la mort de Salomon et la perte totale de son armée. De nouvelles troupes et des généraux plus habiles réprimèrent bientôt l'insolence des Maures : dix - sept de leurs princes furent tués à la même bataille ; et les prodigues acclamations du peuple de Constantinople célébrèrent la soumission incertaine et passagère de leurs tribus. Des incursions successives avaient réduit les possessions romaines en Afrique à un tiers de l'étendue de l'Italie; toutefois les empereurs romains continuèrent à régner plus d'un siècle sur Carthage et la fertile côte de la Méditerranée ; mais les victoires et les défaites de Justinien devenaient également funestes au genre humain ; et telle était la dévastation de l'Afrique , qu'en plusieurs cantons
tfo/2 de i'J/riqne, 1. 11 , p. 442 , 443 ; Sbaw's TraveU , p. 64 65,66.)
un voyageur pouvait errer des jours entiers sans rencontrer une créature humaine , soit amie , soit ennemie. La nation des Vandales, qui avait compte' un moment cent soixante mille guerriers , outre les femmes , les enfans et les esclaves , avait disparu ; une guerre impitoyable avait anéanti un nombre de Maures encore plus grand ; et le climat, les divisions intestines et la rage des Barbares vengeaient cette destruction sur les Romains et leurs alliés. Lorsque Procope débarqua en Afrique pour la première fois, il admira la population des villes et des campagnes , et l'activité du commerce et de l'agriculture. En moins de vingt ans, cette scène de mouvement s'était changée en une solitude silencieuse ; les riches citoyens s'étaient réfugiés en Sicile et a Gonslantinople ; et l'historien secret assure que les guerres et le gouvernement de Justinien coûtèrent cinq millions d'hommes à l'Afrique (f).
Révolte La jalousie de la cour de Byzance n'avait pas perdes Goths, . , , . . , , ^ 1 1, T A.D. 540. mis a Belisaire d'achever la conquête de 1 Italie ; et
son brusque départ ranima le courage des Goths (2)
(i) Procope, Anccd., c. 18. Les divers événemens de la guerre d'Afrique attestent cette triste vérité.
(2) Procope continue, dans le second livre de son Histoire (c. 3o) et dans le troisième ( c. 1-40), le récit de la guerre des Gotlis, depuis la cinquième jusqu'à la quinzième année de Justinien. Comme les événemens sont moins intéressa ns que dans la première période , son récit est alors la moitié moins étendu pour un intervalle de temps une fois plus considérable. Jornandès et la Cliroi^lque de Marcellin sont de quelques secours. Sigonius , Pagi , Mura-
DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLriI. f)^
qui respectaient son génie, ses vertus, et même l'estimable motif qui avait forcé le sujet de Justinien aies tromper et à rejeter leurs vœux. Ils avaient perdu leur roi ( perte toutefois peu considérable ), leur capitale , leurs trésors , les provinces qui s'étendaient de la Sicile aux Alpes , et deux cent mille guerriers avec leurs cbevaux et leurs riches équipages; mais tout n'était pas perdu , tant que Pavie était défendue par un millier de Goths qu'animaient l'honneur, l'amour de la liberté et le souvenir de leur ancienne grandeur. Le commandement en chef fut offert, d'une voix unanime , au brave Uraias ; lui seul regarda les malheurs de son oncle Vitigès comme un motif d'exclusion. Sa voix fît tomber les suffrages sur Hildibald, qui à son mérite personnel joignait le titre de parent du roi d'Espagne Theudes , dont on espérait avec peu de fondement que les secours soutiendraient les intérêts communs de la nation des Goths. Le succès de ses armes dans la Ligurie et la Vénétie paraissait justifier ce choix ; mais il montra bientôt qu'il était incapable de pardonner ou de commander à son bienfaiteur. Sa femme fut vivement blessée de la beauté, des richesses et de la fierté de l'épouse d'Uraias ; et la mort de ce vertueux patriote excita l'indignation d'un peuple libre. La hardiesse d'un assassin exécuta la sentence portée par la nation, en coupant la tête à Hildibald au milieu d'un banquet. Les Rugiens , tribu étrangère , s'arrogèrent le droit de donner la
tori, Mascou et du Buat, donnent des lumières , et j'en ai profité.