‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 4)Chapitre 15 sur 62 · VIII · texte numérisé non relu

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couronne; et Totila , neveu du dernier roi , entraîné par la vengeance , fut prêt à se livrer aux Romains avec la garnison de Trévigo ; mais on persuada facilement à ce jeune homme valeureux et accompli de préférer le trône des Goths au service de Justinien'; et dès qu'on eut délivré le palais de Pavie de l'usurpateur nommé par les Rugiens , il rassembla cinq mille soldats , et entreprit de rétablir le royaume d'Italie. Victoires Lcs ouzc géiiéraux égaux en pouvoir qui succéd'iiaiie.^' A. dèrent à Bélisaire , négligèrent d'écraser les Goths ■ ^^^' '^'^' faibles et désunis , jusqu'à ce qu'enfin les progrès de Totila et les reproches de Justinien les tirèrent de leur inaction. Les portes de Vérone furent secrètement ouvertes à Artabaze, qui y entra à la tête de cent soldats perses au service de l'empereur. Les Goths abandonnèrent la ville. Les généraux romains s'arrêtèrent a soixante stades pour régler le partage du butin. Tandis qu'ils disputaient sur cet article , l'ennemi s'apercevant du petit nombre des vainqueurs, fondit sur les Perses qui furent accablés à l'instant, et ce fut en sautant du haut des remparts qu'Artabaze conserva une vie dont il fut privé , peu de jours après , parla lance d'un Barbare qui l'avait défié à un combat singulier. Vingt mille Romains se mesurèrent avec les forces de Totila près de Faenza, et sur les collines de Mugello , qui fait partie du territoire de Florence. Des hommes libres combattant pour reconquérir leur pays, voyaient devant eux des troupes mercenaires dont le courage languissant n'offrait pas même le mérite d'une servitude vigou-

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reuse et bien disciplinée. Dès le premier choc , les Romains abandonnèrent leurs drapeaux , jetèrent leurs armes, et se dispersèrent de tous côtés avec une vitesse qui diminua leur perte , mais qui acheva de les couvrir de honte. Le roi des Goths , rougissant de la lâcheté de ses ennemis , suivit rapidement le chemin de l'honneur et de la victoire. Il passa le Pô , traversa l'Apennin , remit à un autre temps l'importante conquête de Ravenne, de Florence et Rome ; et continuant sa route par le centre de l'Italie, il vint former le siège ou plutôt le blocus de Naples. Les chefs romains , emprisonnés chacun dans leurs villes et s'imputant l'un à l'autre ce revers, n'ovSaient troubler son entreprise ; mais l'empereur, effrayé de la détresse et du danger où se trouvaient ses conquêtes d'Italie, envoya au secours de Naples une flotte de galères et un corps de soldats de la Thrace et de l'Arménie. Ces troupes débarquèrent dans la Sicile, qui les approvisionna de ses riches magasins; mais les délais du nouveau commandant , magistrat qui n'entendait rien a la guerre, prolongèrent les maux des assiégés; et les secours qu'enfin il laissa timidement s'échapper vers eux , furent successivement interceptés par les navires armés que Totila avait placés dans la baie de Na*ples. Le principal officier des Romains fut traîné au pied du rempart , la corde au cou , et là , d'une voix tremblante , il exhorta les citoyens à implorer, comme lui , la merci du vainqueur. Les habitans demandèrent une trêve et promirent de rendre la place, si, dans l'espace d'un

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mois , ils ne voyaient arriver aucun secours. L'audacieux Barbare leur accorda trois mois au lieu d'un , persuadé, avec raison , que la famine hâterait le terme de leur capitulation. Après la réduction de Naples et de Cumes , la Lucanie , la Fouille et la Calabre se soumirent au roi des Gotlis. Totila conduisit son armée aux portes de Rome ; et après avoir établi son camp à Tivoli, à vingt milles de la capitale , il engagea tranquillement le sénat et le peuple à comparer la tyrannie des Grecs avec le bonheur dont on jouissait sous la domination des Goths.

Contraste Lcs succès de Totila peuvent être en partie attri-

wc Vices et de

vertus. bués à la révolution que trois années d'expérience

avaient produite dans l'esprit des peuples de l'Italie. D'après l'ordre ou du moins au nom d'un empereur catholique, le pape (i), leur père spirituel, avait été arraché de l'Église de Rome , et on l'avait laissé mourir de faim ou assassiné dans une île déserte (2). A la place du vertueux Bélisaire, onze chefs , également con^ompus et différant seulement par la variété de leurs vices, accablaient Rome, Ravenne,

(i) Sylvère , évéque de Rome, fut d'ahord transporté à Patara , dans la Lycie , et mourut ensuite de faim ( suh coruni ' custodlâ iiied'uî confectus^ dan^l'ile de Palmaria, A. D. 538 , le 20 juin. {^Libérât, in Breviar.y c. 22 ; Anastase, in Sjhefio ; Baronius, A. D. 54© , n°* 2,3; Pagi , in vit. Pont. , tom. 1 , p. 285 , 286.) Procope ( Anecdot., c. 1) n'impute cette mort qu'à l'impératrice et à Aiitonina.

(2) Palmaria est une petite île en face de Terracine et de la côte des Volsques. (Cluvier, îtal. antiq. , 1. m, c. 7 j p. 1014.)

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Florence, Pérouse, Spolette, etc. , du poids d'une autorité qu'ils n'employaient que pour satisfaire leur avarice ou leur incontinence. On avait chargé du soin d'augmenter le revenu du fisc, Alexandre, financier subtil , bien versé dans la fraude et les vexations des écoles de Byzance, et qui tirait son surnom de Psalliction [les âiseaux ) (i) , de l'habileté avec laquelle il diminuait le poids des monnaies d'or sans en effacer l'empreinte. Au lieu d'attendre le retour de la paix et de l'industrie , il chargea les biens des citoyens d'impôts accablans; toutefois ses extorsions actuelles ou celles qu'il donnait lieu de craindre, inspiraient moins de haine que les recherches rigoureuses et arbitraires exercées sur les personnes et les propriétés de ceux qui , sous les rois goths , avaient eu part a la recette et à la dépense du trésor public. Ceux des sujets de Justinien qui échappèrent à ces vexations partielles , ne purent se soustraire à la rapacité des soldats qui, trompés et méprisés par Alexandre , cherchaient dans le maraudage une ressource contre l'indigence et la faim ; et les habitans des campagnes n'eurent plus de sûreté à espérer que dans les vertus d'un Barbare (2). Totila

(1) Comme le logothète Alexandre et la plupart de ses collègues dans Tordre civil et militaire se trouvaient, à l'époque où écrivit Procope, disgraciés ou sans crédit, il n'a eu que peu de choses à ajouter dans ses Anecdotes (c. 4 ? 5 , ib) à la liberté satirique avec laquelle il les traite dans ï Histoire des Goths , \. ïii , c. 1 , 3, 4 , 9 , 20 , 21 , etc.

(2) Procope (1. iii , c. 2 , 8 , etc. ) rend avec plaisir une

était continent et frugal ; ses amis ou ses ennemis ne furent jamais déçus dans l'espoir qu'ils fondèrent sur sa fidélité ou sur sa clémence. Les cultivateurs de l'Italie obéirent avec joie à une proclamation du roi des Goths qui leur enjoignait de suivre leurs importans travaux , et leur promettait que , sans payer au-delà des taxes ordinah^es, ils se verraient, par la valeur et la discipline de ses troupes, entièrement à l'abri des maux de la guerre. Il attaqua suc-' cessivement toutes les villes fortifiées ; et quand il les avait soumises , il en démolissait les fortifications , afin d'épargner au peuple les maux d'un nouveau siège , de priver les Romains des ressources qu'ils pouvaient trouver dans l'art de défendre les places , et de terminer en pleine campagne, d'une manière plus égale et plus noble, la longue querelle des deux nations. Les captifs et les déserteurs romains se laissèrent aisément persuader de passer sous les drapeaux d'un ennemi libéral et affable; il attira les esclaves par une inviolable promesse de ne les jamais livrera leurs maîtres: et des mille o^uerriers de Pavie se forma bientôt dans le camp de Totila un nouveau peuple qui porta également le nom de peuple goth. Il remplit de bonne foi les articles de la capitulation , sans chercher et sans tirer aucun avantage des expressions équivoques ou des événemens imprévus. Les troupes de la garnison de Naples avaient stipulé

ample justice au mérite de Tolîla. Les historiens romains, depuis Sallusfe et Taoite, se plaisaient à oublier les vices de leurs compatriotes, en peignant les vertus des Barbares.

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qu'elles seraient renvoyées par mer ; les vents contraires ne le permirent pas, mais on leur fournit généreusement des chevaux , des vivres et un saufconduit jusqu'aux portes de Rome. Les femmes des sénateurs , saisies dans les maisons de campagne de la Campanie, furent renvoyées sans rançon à leurs maris ; on punit de mort quiconque attentait à la pudeur des femmes; et dans le régime salutaire qu'il imposa aux Napolitains affamés , le conquérant remplit les fonctions d'un médecin attentif et plein d'humanité. Les vertus de Totila méritent une égale estime, soit qu'elles lui aient été inspirées par les idées d'une saine politique, par des principes de religion, ou par l'instinct de l'humanité. Il harangua souvent ses troupes ; il leur répétait sans cesse que la corruption d'un peuple entraîne sa ruine ; que la victoire est le fruit des vertus morales ainsi que des vertus guerrières , et que le prince et même la nation sont coupables des crimes qu'ils négligent de punir.

Les amis et les ennemis de Bélisaire demandaient Béiisairft

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avec Ja même ardeur qu on le chargeât du som deenitaiiepomsauver le pays qu'il avait subjugué : on renvoya en £^jg ^a" d! effet contre les Goths l'ancien commandant de l'Italie , 544-54S. et ce fut pour lui une marque de confiance ou une espèce d'exil. Héros sur les bords de l'Euphrate, esclave dans le palais de Constantinople , Bélisaire accepta, quoique avec répugnance, la pénible tache de soutenir sa réputation, et de réparer les fautes des chefs qui l'avaient remplacé. La mer était ou-

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