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DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIII, I

traité, en prêtant deux mille deux cents de ses plus braves guerriers , dont la suite se composait de trois mille combattans. Trois mille Hérules servaient à cheval sous Philemuth, leur chef naturel; et le noble Aratus , qui avait adopté lès mœurs et la discipline de Rome, commandait une troupe de vétérans de la même nation. Dag^istheus fut tiré de sa prison, pour devenir le chef des Huns ; et Kobad, petit-fils et neveu du grand roi, se montrait avec un diadème royal , à la tête de ses fidèles Persans, qui s'étaient dévoués a la fortune de leur prince (i). Ab solu dans l'exercice de son autorité, plus absolu par l'affection de ses troupes, Narsès s'avança de Philippopolis à Salone, avec une armée nombreuse et pleine de valeur ; il longea ensuite la côte orientale de l'Adriatique jusqu'aux confins de l'Italie, où il se trouva arrêté dans sa marche. L'Orient ne pouvait fournir assez de navires pour transporter une multitude si considérable d'hommes et de chevaux. Les Francs qui, au milieu de la confusion générale, avaient usurpé la plus grande partie de la province de Vénélie, refusèrent le passage aux amis des Lombards. Teias , avec la fleur de l'armée des Goths, occupait le poste de Vérone; cet habile chef avait couvert d'abattis et

n'ait pas , dans cette occasion , conduit lui-même ses troupes à la guerre.

( I ) Si ce n'<?lait pas un imposteur , c'était le fils de Zamès l'aveugle , sauvé par compassion et élevé dans la cour de Byza.ice, par différens motifs de politique, d'orgueil et de générosité. ( Procopc, Perçic. , 1. i^ c. oS. )

vni. 9

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d'inondations tous les pays d'alentour (i). Dans cet embarras , un officier expérimente proposa un moyen d'autant plus sûr, qu'il paraissait plus téméraire; il conseilla de faire avancer l'armée de l'empereur avec précaution le long de la côte de la mer, tandis que la flotte, précédant sa marche, jetterait successivement des ponts de bateaux aux embouchures du Timave , de la Brenta , de l'Adige et du Pô , qui tombent dans l'Adriatique , au nord de Ravenne. Le général romain s'arrêta neuf jours dans cette ville, et après avoir rassemblé les débris de l'armée d'Italie , il marcha vers Rimini , pour répondre aux insultantes provocations de l'ennemi.

Défaite et La prudcucc exigeait que Narsès hâtât le moment iiia. A. D. d'une bataille décisive. Son armée était le dernier * "* ®^* effort de l'empire. Les frais de chaque jour augmentaient l'embarras des finances, et ses troupes, peu faites à la fatigue ou a la discipline , pouvaient tourner leurs armes les unes contre les autres, ou contre leur bienfaiteur. Ces considérations auraient dû réprimer au contraire l'ardeur de Totila. Mais il savait que le clergé et le peuple d'Italie désiraient

(i) Sous le règne d'Aiignste et dans le moyen âge, tout le territoire qui s'élend d'Aquilée à Ravenne, était couvert de bois , de lacs et de marais. L'homme a subjugué la nature ; on a emprisonné les eaux , et l'on a cultivé le sol. Voyez les savantes recherches de Muratori ( Antiq. Italice med'dœvi , t. i, dissert, xxi , p. 253, 264) d'après Vilruve, àStrabon, Hérodien, les anciennes chartes et les connaissances personnelles qu'il atait du local.

DE l'empire romain, chap. xliii. i3i une seconde révolution ; apercevant ou soupçonnant les progrès rapides de l'esprit de trahison, il résolut de commettre le royaume des Goths au hasard d'une seule journée, durant laquelle l'excès du danger animerait les soldats valeureux, et contiendrait les malintentionnés par leur ignorance réciproque. De Ravenne, le général romain continua sa marche; il châtia en passant la garnison de Rimini ; traversa en ligne droite les collines de l'Urbin , et reprit la voie Flaminienne , neuf milles au-delà du roc percé à jour de Terni, obstacle de la nature et de l'art, qui pouvait arrêter ou retarder sa marche (i). Les Goths se trouvaient rassemblés aux environs de Rome ; ils vinrent sans différer à la rencontre d'un ennemi supérieur en nombre ; et les deux armées s'approchèrent à la distance de cent stades l'une de l'autre ,

(i) Voici l'étendue de la voie Flaminienne, telle que M. d'Anville ( Jnal. de Vital., p. 147-162 ) l'a fixée d'après les Itinéraires et les meilleures Cartes modernes : de Rome à Narni , cinquante-un milles romains ; à Terni , cinquantesept ; à Spolette , soixante-quinze ; à Foligno, quatre-vingthuit ; à Nocera, cent trois ; à Cagli , cent quarante-deux ; à Intercisa, cent cinquante sept ; à Fossombrone, cent soixante ; à Fane, cent soixante-seize; â Pesaro, cent quatre-vingtquatre ; à RiMiNi , deux cent huit : ce qui compose en tout environ cent quatre-vingt-neuf milles d'Angleterre. M. d'Anville ne parle point de la mort de Totila ; mais Wesseling ( Itinér. , p. 614 ) , au liCu du champ de Taginas , indique un lieu auquel il donne la dénomination inconnue de Ftanias , à huit milles de Nocera.

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entre Tagina (i) et les sépulcres des Gaulois (2). Narsès, dans un message hautain , offrit à ses ennemis non la paix , mais un pardon. Le roi des Goths répondit qu'il était décide à vaincre ou mourir, a Quel jour fixez-vous pour le combat? lui dit le député de Narsès. — Le huitième jour, » répliqua Totila. Mais le lendemain, dès le point du jour, il essaya de surprendre un ennemi qui, soupçonnant quelque supercherie , s'était de son côté préparé a la bataille. Dix mille Hérules ou Lombards d'une valeur éprouvée , et d'une fidélité suspecte , furent placés dans le centre de l'armée romaine. Chacune de ses ailes était composée de huit mille Romains : la cavalerie des Huns défendait la droite , et la gauche

(1) Pline fait mention de Taginœ , ou plutôt de Tadinœ ; mais l'évéché de cette ville obscure , située dans la plaine à un mille de Gualdo , a été réuni en 1007 à celui de Nocera. La dénomination actuelle de plusieurs 'lieux des environs retrace des souvenirs de l'antiquité : Fossato signifie un camp 5 Capraia vient de Caprea , et Bastia de Busta Gallo^ runi. y oyez Cluvier , Italia antiqua , 1. 11 , c. 6; p. 6i5 ^ 616, 617 ; Lucas Holstenius, Annot. «<:/ Cluvier. , p. 85, 86; Guazzesi, DisserU , p. 177-217, destinée spécialement à cet objet , et les Cartes qu'ont publiées Lemaire et Magini sur l'élat ecclésiastique de la Marchc-d'A.ncône,

(2) La bataille des Busta Galloruni se donna l'an de Rome 468 ; et le consul Décius, en sacrifiant sa vie, assura le triomphe de son pays et celui de son collègue. (Tile-Live , X , 28 , 29.) Procope attribue à Camille la victoire des Busta

Gallorum ; et Cluvier , qui relève cette erreur , la qualifie dédaigneusement de Grœcorum nugamenta.

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était couverte par quinze cents cavaliers d'élite, qui devaient , selon les circonstances , protéger la retraite de leurs camarades, ou investir le flanc de rennemi. Du poste qu'il avait choisi , à la tête de l'aile droite, l'eunuque parcourut les rangs à clieval , exprimant dans ses paroles et dans son maintien la certitude de la victoire, excitant ses soldats à punir les crimes et l'audace insensée d'une bande de voleurs, et leur montrant les chaînes d'or, les colliers et les bracelets qui allaient devenir la récompense de leur valeur. Le succès d'une simple escarmouche devint pour eux un présage de la victoire , et ils virent avec plaisir le courage de cinquante archers , qui se maintinrent sur une petite éminence contre trois attaques successives de la cavalerie des Goths. Les armées, placées à deux portées de trait l'une de l'autre, passèrent la matinée dans la terrible attente du combat : les Romains prirent un peu de nourriture sans quitter leurs cuirasses et sans débrider leurs chevaux. Narsès voulait que les Goths commençassent la charge, et Totila voulait la différer jusqu'à l'arrivée d'un dernier renfort de deux mille hommes. Tandis qu'il gagnait du temps par des négociations inutiles , il donna aux deux armées, dans l'étroit espace qui les séparait , le spectacle de sa force et de son agilité r son armure était enrichie d'or, son drapeau de pourpre flottait au gré du vent; il jeta sa lance dans les airs ; il la ressaisit de la main droite ; il la quitta pour la reprendre de la gauche; il se renversa en arrière ; et après s'être remis sur ses étriers, il fit faire a son

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fougueux coursier tx)us les pas et toutes les évolutions d'un exercice de manège. Du moment où ses dernières troupes l'eurent joint, il se retira dans sa tente ; il y prit l'habit et les armes d'un simple soldat, et donna le signal du combat. La première ligne de sa cavalerie s'avança avec plus de courage que de prudence , et laissa sur ses derrières l'infanterie de la seconde ligne. Elle eut bientôt à se défendre des cornes d'un croissant qu'avaient formé peu à peu les ailes de l'ennemi, et elle fut assaillie de chaque côté par les traits de quatre mille archers. Son ardeur et même sa détresse la précipitèrent sur les Romains , contre lesquels elle eut a soutenir un combat inégal, ne pouvant se servir que de la lance contre un ennemi qui maniait toutes les armes avec la même habileté. Une généreuse émulation enflammait les Romains et les Barbares leurs alliés. Narsès, qui examinait et qui dirigeait tranquillement leurs efforts, ne sut a qui adjuger le prix de la bravoure. La cavalerie des Goths commença à s'étonner; pressée dans ce moment de désordre , elle fut bientôt entièrement rompue; leur infanterie, au lieu de présenter ses piques ou d'ouvrir ses rangs , fut écrasée sous les pieds des chevaux qui s'enfuyaient. Six mille Goths furent massacrés sans pitié dans le champ de Tagina. Asbad, de la race des Gépides^ atteignit leur roi, accompagné alors seulement de cinq personnes. « Épargnez le roi d'Italie, » s'écria l'un de ces sujets affectionnés ; et aussitôt Asbad perça Totila de sa lance. Les fidèles Goths le vengèrent au même in-

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3tant; ils transportèrent ensuite leur monarque a sept milles du théâtre de son malheur; et du moins la présence de l'ennemi n'ajouta pas à l'amertume de ses derniers momens. La compassion lui accorda une humble sépulture , mais les Romains ne furent satisfaits de leur victoire qu'après avoir retrouvé son corps ; et les députés que Narsès envoya a Constantinople pour annoncer son triomphe, offrirent a Justinien son chapeau garni de pierreries , et sa robe ensanglantée (i).

Narsès , après avoir remercié Dieu et la sainte Narsès s'em-

*■ ^ pare de Ro-

"Vierge sa patrone, combla les Lombards d^eloges et me. de récompenses, et les renvoya (a). Ces valeureux sauvages avaient réduit les bourgades en cendres; ils avaient violé les matrones et les vierges sur les autels, et un gros détachement de troupes régulières surveilla leur retraite, afin qu'ils ne se livrassent pas à de pareils désordres. L'eunuque victorieux traversa la Toscane , reçut la soumission des Goths, entendit les acclamations et souvent les plaintes des Italiens, et investit Rome avec le reste de sa redoutable armée. Il marqua autour de sa vaste enceinte les divers postes que lui-même et ses lieutenans devaient inquiéter par des attaques réelles ou simulées, tandis qu'il o-bservait en silence un endroit mal gardé et

(i) Théophane , Chron. , p. igS ; Hlst, Mlscella , 1. xvi , p. 108.

(a) Evagrius , 1. iv , c. 24 . Paul-Diacre ( 1. 11 , c. 3 p. 776 ) nous apprend que le choix du jour de la bataille et le mot d'ordre avaient été inspirés à Narsès par la sainte Vierge.

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d'un accès facile , par où il comptait pénétrer. Ni les fortifications du môle d'Adrien, ni celles du port, ne purent arrêter long-temps le vainqueur; et Justinien reçut encore une fois les clefs de Rome, cinq fois prise et reprise sous son règne (i). Mais cette délivrance de Rome mit le comble aux calamités du peuple romain. Les Barbares, alliés de Narsès, confondirent trop souvent les droits de la paix et ceux de la guerre ; le désespoir des Goths mis en fuite trouva quelque consolation dans une vengeance sanguinaire. Le successeur de Totila égorgea inhumainement trois cents jeunes citoyens des plus nobles familles, envoyés au-delà du Pô en qualité d'otages. La destinée du sénat fut un mémorable exemple de la vicissitude des choses humaines. Le roi des Goths avait banni les sénateurs. Un officier de Bélisaire en avait délivré plusieurs , et les avait transportés de la Campanie en Sicile : les autres s'étaient trouvés trop coupables pour se fier à la clémence de Justinien , ou trop pauvres pour se procurer des chevaux et gagner la côte de la mer. Leurs frères languissaient depuis cinq ans dans la misère et dans l'exil. La victoire de Narsès leur rendit l'espérance; mais trop

(l) Etfi TKT8 fiaa-tXtvovTôff tû ^t/^^rrof tctXai. Rome fut priS6 en 536 par Bélisaire , en 646 par Totila , en 647 par Bélisaire , en 549 par Totila, et en 552 par Narsès. Maltret s'est trompé en traduisant sert/un. Il a corrigé cette erreur iTii-rnéme par la suile ; mais le mal était fait. Cousin . et , à sa suite, une foule d'écrivains français et latins avaient donné dans cette méprise.

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impatiens de regagner la métropole, ils furent arrêtes dans leur route par les Goths furieux , et le sang des patriciens souilla toutes les forteresses de la Campanie (i). Le sénat institué par Romulus fut alors anéanti , après avoir subsisté treize siècles ; et si les nobles romains continuèrent à prendre le titre de sénateurs , on aperçoit peu de traces d'un conseil public ou d'un ordre constitutionnel. Remontez à six cents ans , et contemplez les rois de la terre sollicitant une audience en qualité d'esclaves et d'affranchis du sénat romain (2)!

La guerre contre les Goths n'était pas finie. Les Défaite

• X 1 n 1 \ ** mort de

plus braves d entre eux se retuerent au-delà du Po ; Teias , deret Teias fut choisi d'une voix unanime pour rem- Goths. A. d. placer et venger Totila. Des ambassadeurs envoyés '^ par le nouveau roi partirent aussitôt pour aller implorer ou plutôt acheter le secours des Francs ; et Teias prodigua noblement , pour la sûreté publique, les richesses amassées dans le palais de Pavie. Le reste du trésor royal fut déposé sous la garde d^ son frère Aligern à Cumes, château de la Campanie soigneusement fortifié par Totila , mais qui fut bientôt

(i) Comparez deux passages de Procope (1. m, c. 5»6 ; 1. IV, c. 24 ) î ^"^ ï joints à quelques passages de Marcellin et de Jornandès, éclaircissent très-bien la situation du sénat dans ses derniers momens.

(2) Nous voyons en Prusias , selon ce que nous en apprennent les Fragmens de Polybe ( Excerpt. légat. , xcvii , p. 927 , 928 ) , un tableau curieux de la situation d'un roi esclave,

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assiégé par les troupes de Narsès. Le roi des Goths se rendit des Alpes au pied du mont Vésuve , par des marches rapides et secrètes, afin de donner des secours à son frère ; il éluda la vigilance des chefs romains, et établit son camp sur les bords du Sarnus ou Draco (i), qui de Nocera vient tomber dans la baie de Naples. La rivière séparait les deux armées . Soixante jours se passèrent en combats livrés de loin et sans aucun résultat; et Teias garda ce poste important , jusqu'au moment où il se vit abandonné par sa flotte , et prêt à manquer de vivres. Il gagna malgré lui le sommet du mont Lactaire, où les médecins de Rome, depuis le temps de Galien, envoyaient leurs malades respirer un air pur et se nourrir d'excellens laitages (-i) ; mais les Goths formèrent bientôt le noble projet de descendre de la colline , de renvoyer leurs chevaux , de mourir les armes à la main et libres encore. Teias se mit à leur tête; il

Et

(i) Le AfctKCùv de Procope ( Goth. , 1. iv, c. 35) est évidemment le Sarnus. Cluvier ( 1. iv , c. 3 , p. ii56) a osé accuser ou altérer violemment le texte ; mais Camille Pelle— grini , de Naples ( Discorsi sopra la Campania fellce , p. 33o, 33i ) , a prouvé, d'après d'anciens registres, que dès l'année 8'22 cette rivière était appelée le Dracontio ou le Dra~concello,

(2) Galien ( De Metkodo Medendi , 1. v. apud Cluvier. , 1. IV, c. 3 , p. 11 59, 1 160) décrit la situation élevée, l'air pur et le lait nourrissant du mont Lactaire, si connus et si recherchés au temps de Symmaque (1. vi , epist. i8) , et de Cassiodore ( Variar,, xi , 10). On n'en retrouve aujourd'hui que le nom de la ville de Lettere,

i)E l'empire romain, chap. XLiii. iSq portait dans sa main droite une lance , et a la gauche un large bouclier ; de l'une il renversa les premiers assaillans, et para de l'autre les coups que chacun s'empressait de lui porter. Après un combat de plusieurs heures , il sentit son bras gauche fatigué du poids de douze javelines attachées à son bouclier: sans changer de place et sans interrompre ses coups, le héros ordonna à haute voix aux gens de sa suite de lui en apporter un autre ; mais au moment où il se découvrit le flanc, un dard le perça d'un coup mortel. Il tomba, et sa tête élevée sur une pique, annonça aux nations que le royaume des Goths n'existait plus ; mais l'exemple de sa mort ne servit qu'à animer ses compagnons , qui avaient juré de périr avec leur chef. Après avoir combattu jusqu'aux derniers rayons du jour, ils passèrent la nuit sous les armes. Le combat recommença au retour de la lumière, et se soutint jusqu'au soir avec la même vigueur. Les réflexions de la seconde nuit, le besoin d'eau et la perte de leurs plus braves guerriers , déterminèrent ce qui restait de Goths à souscrire à l'honorable capitulation que la prudence engageait Narsès à leur proposer. On leur permit de résider en Italie, comme sujets et soldats de Justinien, ou de se retirer dans un pays indépendant (i), avec une

(i) Du Buat ( t. XI , p. 2 , etc. ) fait passer le reste de la ration des Goths dans la Bavière , son pays favori ; d'autres écrivains l'enterrent dans les montagnes d'Uri, ou le renvoient dans l'île de GotBland , leur première patrie (Mascou , Annou 2 1 ).

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portion de leurs richesses. Il y en eut toutefois mille d'entre eux qui , refusant également de se soumettre à l'exil ou au serment de fîdelitïé ^ s'éloignèrent avant la signature du traité, et firent courageusement leur retraite vers les murs de Pavie. Aligern, par son caractère et par sa situation, était plus disposé à imiter son frère qu'à le pleurer. Adroit et vigoureux archer; il perçait d'un seul coup l'armure et la poitrine de son antagoniste , et habile dans l'art de la guerre, il sut défendre Cumes plus d'une année contre les forces des Romains (i). Ceux-ci étaient parvenus, en élargissant l'antre de la Sibylle (2) , à en faire une mine d'une étendue prodigieuse; les poutres placées d'abor^ pour soutenir le terrain , furent consumées par les matériaux combustibles qu'ils y introduisirent : le mur et la porte de Cumes tombèrent dans cette caverne qui se trouva former alors un précipice où l'on ne pouvait pénétrer. Aligern, abandonné sur

(1) Je laisse Scaliger ( Animadvers, in Euseb. , p, 69) et Saumalse ( Exerc'itat, PUnian. , p. 5i , 62) se quereller sur l'origine de Cumes, la plus ancienne des colonies grecques en Italie ( Strabon , 1. v , p. 372 , Velleius Palerculus , 1. i , c. 4)» ^'i' était déjà presque déserte au temps de Juvénal ( Salir, m) , et qui est aujourd'hui en ruine.

(2) Agalhias (1. i , c. 21 ) place l'antre de la Sibylle sous les murs de Cumes. Il est en cela d'accord avec Servius [ad 1. VI, jEneid. ) ; et je ne sais pas pourquoi Heyne ( t. 11, p. 65o , 65i ), l'excellent éditeur de Virgile , rejette leur opinion. In urhe média sécréta religio ! Mais Curaes n'était pas encore bâiie , et les vers de Virgile ( 1. vi , 96 , 97 ) sont ridicules , si Énée se trouvait alors dans une ville grecque

DE l'eMPIKE romain. CnAP. XriII. ÎL\l

un frag^ment de rocher, y demeura inébranlable jusqu'au moment où , après avoir considéré d'un œil calme la situation désespérée de sa malheureuse patrie , il jugea qu'il serait plus honorable pour lui de devenir l'ami de Narsès que l'esclave des Francs. Après la mort de Teias, le général romain divisa ses troupes , afin de réduire les villes de l'Italie. Lucques soutint un siège long et vigoureux. Telle fut l'humanité ou la sagesse de Narsès , que la perfidie souvent réitérée des habitans ne put le déterminer à punir de mort leurs otages ; il les renvoya sans leur faire aucun mal , et leur zèle reconnaissant triompha à la fin de l'opiniâtreté de leurs compatriotes (i).

Lucques se défendait encore lorsque ITtalie fut invasion de

1 / T. 1/1 1 I /■ 1 lltaliepar les

mondée d un nouveau déluge de Barbares. Theode- Fnmcs et les bald, prince jeune et faible, petit-fils de Clovis , a. d. 553. régnait sur les peuples de l'Austrasie ou sur les Francs ^^^^' orientaux. Ses tuteurs avaient écouté avec froideur et avec j-épugnance les magnifiques promesses des ambassadeurs des Goths ; mais la valeur d'un peuple guerrier entraîna les timides conseils de la cour. Deux frères , Lolhaire et Buccelin (p.) , ducs des

(1) Il est assez difficile de concilier le trente-cinquième chapitre du quatrième livre de Procope sur la guerre des Goths , et le premier livre de l'histoire d'Agathias. Jusqu'ici nous avons suivi un homme d'élat et un soldat : son ouvrage ne va pas plus loin, et nous sommes réduits à suivre un poète et un rhéteur, 1. i , p. 1 1 ; 1. 11 , p, 5i , édition du Louvre.

(2) Oii trouve au nombre des exploits fabuleux attribués

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