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toutes les tribus vinrent se réunir sous ses drapeaux. Après avoir traversé sans opposition le fleuve et les montagnes, il répandit ses troupes dans la Macédoine et laThrace , et se rendit avec sept mille cavaliers seulement au pied de cette longue muraille qu'on avait élevée pour défendre le territoire de Constantinople. Mais les ouvrages de l'homme sont impuissans contre les assauts de la nature : un tremblement de terre venait d'ébranler les fondemens de la muraille ; et les forces de Tempire se trouvaient occupées au loin sur les frontières de l'Italie , de l'Afrique et de la Perse. Le nombre des soldats des sept écoles (i) ou compagnies des gardes , qu'on appelait ^^ni^ej" domestiques^ s'était accru et formait alors cinq mille cinq cents hommes, cantonnés pour l'ordinaire dans les villes paisibles de l'Asie; maislesbraveâ Arméniens chargés de ce service avaient été remplacés peu a peu par des citoyens paresseux , qui achetaient ainsi une exemption des devoirs de la vie civile , sans s'exposer aux dangers du service militaire. Parmi de tels soldats , on en comptait peu qui osassent se montrer hors des portes ; et jamais ils ne tenaient la campagne que lorsqu'ils se trouvaient manquer de la force ou de l'agilité nécessaires pour échapper aux Bulgares. Le rapport des fugitifs exagérait encore le nombre et la férocité de ces Bar-
(i) Ce que dit Procope {yinecd. , c. 24 ; Aleman. , p. to2 , io3) sur la décadence de ces écoles, est confifmc et cclairci par AgfatViias ( 1. v. p. 169) , qu'on ne peut récuser ccmin«^ témoin ennemi, •
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Lares qui s'avançaient , disait-on , déshonorant les vierges dévouées au culte des autels , et abandonnant des enfans nouveau-nés à la voracité des chiens et dea vautours : une foule d'habitans de la campagne accourut chercher un asile et de la subsistance dans la capitale , dont elle augmenta l'effroi; et Zabergan établit son camp a vingt milles de Constantinople (i), sur les bords d'une petite rivière qui environne Mélanthias, et qui se jette ensuite dans la Propontide (2). Justinlen trembla ; et ceux qui ne l'avaient vu que dans les dernières années de son règne se plurent a supposer qu'il sl\ ait perdu la vigueur et la vivacité de sa jeunesse. Il ordonna d'enlever les vases d'or et d'argent que renfermaient les églises situées dans les environs et même dans les faubourgs de Constantinople : les remparts étaient couverts de spectateurs épouvantés : des généraux, et des tribuns inutiles se pressaient sous la porte
( I ) On n'est pas d'accord sur la distance de Constantinople à Mélanthias , viila Cœsariana. ( Aramien-Marc, , xxx , 2. ) Les opinions -varient de cent deux à cent quarante stades ( Suidas, t. Ti , p. 622, 523 ; Agathias, 1. v , p. i58) , ou de dix-huit à dix-neuf milles ( lùneraria , p. i38, 280 , 323 , 332 ; et les Observations de AVesseling ). Justinien fit paver les douze premiers milles jusqu'à Reggio , et construire un pont sur un marais ou une gorge qui se trouve entre un lac et la mer. ( Procope, De œdiflc. , 1. iv , c. 8. )
(2) L'Alyras ( Pomponius-Mela, 1. 11 , c. 2 , p. 169, édit. Voss. ). Justinien fortifia une ville ou un château du même nom à l'embouthure de la rivière. ( Procope , De œdiflc, 1. IV, c. 2 j Itlner,, p. 570, et Wesseling.)
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d'or, et le sénat partageait les fatigues et les craintes de la populace.
Dernière Mais les yeux du prince et du peuple se portèrent
TÎctoire de , , r/- -i i- i r i i
Bélisaire. sur uu vclcran artaiDli par les années , et que le danger public détermina à reprendre cette armure sous laquelle il avait subjugué Carthage et défendu Rome. On rassembla à la hâte les chevaux des écuries du prince, ceux des particuliers et même ceux du cirque : jeunes gens et vieillards, tout s'anima au nom de Bélisaire; et il alla établir son premier camp en présence d'un ennemi victorieux. Les paysans travaillèrent avec zèle à l'entourer d'un rempart et d'un fossé , par lesquels il jugea prudent d'assurer le repos de la nuit : il fît allumer des feux sans nombre et augmenter les nuages de poussière , afin de tromper l'ennemi sur le petit nombre de ses soldats. Ceux-ci passèrent tout à coup du découragement a la présomption ; dix mille voix demandèrent le combat , et Bélisaire se garda de laisser apercevoir que ses trois cents vétérans étaient les seuls sur lesquels il crût pouvoir compter au moment de l'action. Le lendemain , la cavalerie des Bulgares commença l'attaque. Ils furent reçus par d'épouvantables cris : ils furent frappés de féclat des armes et du bon ordre que présentait le front de l'armée romaine. Deux corps embusqués sortirent des bois et les prirent en flanc ; les premiers de leurs guerriers qui osèrent s'approcher, éprouvèrent la force des coups du vieux héros et de ses gardes ; et son armée les chargea et les suivit de si près , que la vitesse de leurs évolutions leur
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devint inutile. Les Bulgares soutinrent l'action si peu de temps, qu'ils ne perdirent que quatre cents chevaux ; mais Constantinople fut sauvée : Zabergan , qui sentait la main d'un maître , se retira à une distance respectueuse; mais il avait un grand nombre d'amis dans le conseil de Tempereur, et Belisaire obéit avec répugnance aux ordres de l'envie et de Justinien, qui ne lui permirent pas d'achever la délivrance de son pays. Lorsqu'il rentra dans Constantinople, les habitans , encore pénétrés du danger qu'ils venaient de courir, le reçurent avec des acclamations de joie et de reconnaissance dont on lui fît un crime ; mais lorsqu'il entra au palais, les courtisans se turent ;et l'empereur , après l'avoir embrassé froidement et sans le remercier , le renvoya se confondre dans la foule des esclaves. Sa gloire avait cependant produit une telle impression , qu'on détermina Justinien , alors âgéHe soixante et dix-sept ans, à se porter a près de quarante milles de la capitale pour inspecter en personne les réparations de la longue muraille. Les Bulgares perdirent l'été dans les plaines de la Thrace ; mais le peu de succès de leurs témértiires entreprises sur la Grèce et la Chersonèse les disposa bientôt à la paix. Leur menace de tuer les prisonniers hâta le payement des fortes rançons qu'ils en exigeaient. Le bruit répandu que l'on construisait sur le Danube des navires à deux proues, destinés à leur couper le passage , engagea Zabergau à presser le moment de son départ. Le péril fut bientôt oublié , et les oisifs de la ville s'amusèrent vaine-
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ment à examiner si la conduite de leur souverain méritait le nom de sagesse ou celui de pusillanimité (i). Sa disgrâce Environ deux années après la dernière victoire de
et sa tnort. t-» ^i" • T • . t i i
A. D. 56i. Belisaire , 1 empereur revmt d un voyage dans la Thrace , entrepris pour sa santé , pour des affaires ou des motifs de dévotion. Il se plaignit d'un mal de tête ; et le soin avec lequel on écarta tout le monde fît répandre le bruit de sa mort. La troisième heure du jour n'était pas écoulée , qu'on avait enlevé tout le pain qui se trouvait chez tous les boulangers ,que toutes les maisons étaient fermées , et que chaque citoyen , selon ses craintes ou ses espérances , se préparait aux désordres prêts à commencer. Les sénateurs, remplis eux-mêmes de frayeurs et de soupçons, s'assemblèrent à la neuvième heure ; et le préfet reçut l'ordre de visiter tous les quartiers de la ville , et de commander une illumination générale , pour demander au ciel le rétablissement de la santé de Justinien. La fermentation se calma ; mais la plus légère circonstance découvrait la faiblesse de l'administration et les dispositions factieuses des habitans de la capitale. Les gardes étaient prêts à se mutiner chaque fois qu'on changeait leurs quartiers ou qu'on retardait le payement de leur solde. Les incendies et les Iremblemensde terre devenaient de fréquentes occasions de désordres ; les disputes des Bleus et des Verts, des
(i) Agathias , dans sa prolixe déclamation ( 1. v , p. i54- I74)î6t la Chronique très-sèclie de Théophane (p. 197, iq8), racontent d'une manière imparfaite la guerre des Bulgares et la d nière vicloiie de Bélisaire.