DE L EMPIRE ROMA-IPT. CHAP. XLIII
orthodoxes et des hérétiques , dégénéraient en combats sanglans , et le prince eut à rougir devant l'ambassadeur de Perse pour ses sujets et pour lui-même. Des pardons accordés par caprice et des châtimens infligés d'une manière arbitraire , aigrissaient le mécontentement et l'ennui d'un long règne ; une conspiration se forma dans le palais ; et si nous ne sommes pas abusés par les noms de Marcellus et de Sergius, ce complot réunit le plus vertueux et le plus vicieux des courtisans. Après avoir fixé l'époque de l'exécution , ils se rendirent au banquet royal , où leur dignité leur permettait de se trouver. Leurs esclaves noirs (i) , placés dans le vestibule et les portiques , devaient annoncer la mort du tyran , et exciter une sédition dans la capitale ; mais l'indiscrétion d'un complice sauva les tristes restes de la vie de Juslinien. On découvrit et on arrêta les conspirateurs; des poignards furent trouvés cachés sous leurs vêtemens , Marcellus se donna la mort, et Sergius fut arraché du pied des autels où il s'était réfugié (2).
(i) h^nç. II est difficile de penser qu'ils fussent originaires de l'Inde ; et les anciens n'employèrent jamais en qualité de gardes ou de domestiques les naturels de l'Ethiopie , auxquels on a donné quelquefois le nom d'Indiens. Inutiles et coûteux , ils ne servaient qu'au luxe des femmes ou des rois. (Térence, Eunuque, act. i, scène 2; Suétone, in August. j c. 83; avec une bonne note de Casaubon , in Ca~ ligulâ , c. 57.)
(?.) Procope parle de Sergius ( Vandal. , I. ir, c. 21 , 22 ; Anecd.y c. 5 ) et de Marcellus ( Goth, , 1. m , c. 32 ). Voyez aussi Théophane, p. 197,201.
l58 HISTOIRE DE LA. DÉCADENCE
Pressé par les remords , ou séduit par l'espoir de conserver ses jours , il accusa deux officiers de lamaisou de Bélisaire , et la torture les porta a déclarer qu'ils avaient agi d'après les secrètes instructions de leur maître (i). La postérité ne croira pas légèrement qu'un héros qui , dans la vigueur de l'âge , avait dédaigné les offres ies plus propres à favoriser son ambition et sa vengeance , ait songé à conspirer le meurtre d'un prince auquel il ne pouvait long-temps A. D. 563. survivre. Les gens de sa suite s'enfuirent a la hâte ;
Dec. S.
mais quant à lui , il n'avait de moyen de fuite que la rébellion , et il avait assez vécu pour la nature et pour sa gloire. Il parut devant le conseil avec moins de frayeur que d'indignation. Après quarante années de service , il avait d'avance été jugé coupable, et cette injustice fut consacrée par la présence et l'autorité du patriarche. On eut la bonté de lui laisser la vie; mais on séquestra ses biens ; et , du mois de décembre au mois de juillet, on le retint prisonnier dans son A. D. 564. palais. Son innocence fut enfin reconnue; on le remit
î9 juillet. Ti / 1 • T 1 1 •
en liberté, on lui rendit ses honneurs, et huit mois A. D. 565. après , la mort termina des jours probablement abrégés par la douleur et le ressentiment. Le nom de Bélisaire ne périra jamais ; mais au lieu des funérailles, desmonumens et des statues qu'on lui devait à si juste titre, je trouve dans les historiens que l'empereur confisqua sur-le champ ses trésors, dépouilles des
(i) Alemannus ( p. 3 ) cite un vieux manuscrit de Byzance , qui a été inséré dans VImperium orientale de Bauduri.
DE l'empire rom\in. chap. xltii. i59
Goths et des Vandales. On assura toutefois a sa femme une existence honorable, et Antonina, qui sentait probablement qu'elle avait beaucoup a expier, consacra a la fondation d'un couvent les restes de sa vie et de sa fortune. Tel est le récit simple et ve'ritable de la disgrâce de Bélisaire et de l'ingratitude de Justinien (i). On nous l'a représenté privé des yeux et réduit à mendier son pain (2) en ces mots : « Donnez
(1) Le récit original et authentique de ce qui a rapport à la disgrâce et au rétablissement de Bélisaire , se trouve dans le Fragment de Jean Malala (tom. 11, p. 234-243), et dans la Chronique très-exacte deThéophane ( p, 194-204 )• Cedrenus {Compend. , p. 887 , 388 ) et Zonare ( 1. 11 , 1. xiv, p. 69) semblent hésiter entre la vérité qui vieillissait, et la fiction qui prenait de la consistance.
(2) On peut attribuer l'origine de cette fable frivole à un ouvrage de mélanges du douzième siècle, les ChiUades , du moine Jean Tzetzès ( Bâle , 1646, ad calcem Lycophront, Colon. Allohrog. 1614, in Corp. poèt. grœc, ). Il rapporte en dix vers populaires ou politiques , l'histoire de Bélisaire aveugle et mendiant. (Chiliad. m, n°* 88, 330-348, in Corp, poèt. grœc. , t. 11 , p. 3i 1. )
'EKTroûfMt Çi/Mvov KficLTùcy ifio/z rai y.i\n» BiKiaciina) oj2o\ov «ToTê rai o-lpaLTïiKaLryi
Ce conte moral ou romanesque s'introduisit en Italie avec la langue et les manuscrits de la Grèce ; il fut répété avant la fin du quinzième siècle par Crinitus , Pontanus et Volaterranus , attacfué par Alciat pour l'honneur du prince qui avait établi la jurisprudence qu'on suivait alors , et défendu par Baronins (A. D. 56i , n° 2, etc.) pour l'honneur de l'Eglise. Au reste, Tzetzès lui-même avait lu dans d'autres
l6o HISTOIRE I)F LA D£CAI>EiSXE
une obole au gênerai Belisaire. » C'est une fiction des temps postérieurs adoptée avec confiance ou plutôt avec intérêt , comme un étrange exemple des vicissitudes de la fortune (i).
Mort et Si l'empereur fut capable de se féliciter de la mort Justiuien. A. ^^ Bélisairc , il ne jouit de cette lâche satisfaction que ^ • • °^' pendant huit mois , dernière période d'un règne de trente-huit ans et d'une vie de quatre-vingt-trois. Il serait difficile de tracer le caractère d'un prince qui n'est pas l'objet le plus remarquable de son temps; mais les aveux de Procope , son ennemi, peuvent être regardés comme le plus incontestable témoigfiage des vertus qu'il lui accorde. Il remarque malignement la ressemblance de ce prince avec le buste de Domitien (2); mais en lui accordant cependant une
Chroniques que Belisaire ne perdit pas la vue , et qu'il recouvra sa réputation et sa fortune.
(1) La villa Borghèse à Rome , offre une statue qui représente un homme assis et tendant la main, et connu vulgairement sous le nom de Belisaire. Une explication plus noble et plus probable donne lieu de croire qu'elle représente Auguste cherchant à se rendre Nemesis favorable. (Winkel-* man, Hist. de l'Art, j t. m, p. 266. ) E.c nocturno visu etiain stipem , quotannis , die ccrto , emendicahat à populo ^ cavam manum asses porrigentihus prœbens. ( Suétone , in August. , c. gi , avec une excellente note de Casaubon. )
(2) Tacite (in vit. Agricolœ, c. 46) jette finement de l'odieux sur lerubor de Domitien. Pline-le- Jeune (J^anégjr. , c. 48), et Suétone ( in Domitiamim , c. 18 et Casaubon ad locum ) le remarquent également. Procope {^Anecd. , c. 8) croit ridiculement qu'au sixième siècle il ne restait qu'un seul buste de Domitien.
PE l^EMPinF ROMAIN. CHAP. XLriI. l6l
taille bien proportionnée , un teint vermeil et un maintien agréable. Justinien était d'un accès facile ; il écoutait avec patience , il avait de l'affabilité et de la politesse dans ses discours , il savait contenir les passions furieuses qui s'agitent dans le cœur d'un despote avec une si funeste violence. Procope loue la modération du prince , afin de pouvoir l'accuser d'une cruauté calme et réfléchie ; mais au milieu des conspirations qui attaquèrent son autorité et sa personne , un juge de meilleure foi approuvera la justice ou admirera la clémence de ce monarque. Il était d'une continence et d'une sobriété exemplaires ; mais ses fidèles amours pour Théodora firent plus de mal a l'empire que n'en auraient pu faire des goûts plus variés; et son austère régime était réglé, non par la prudence d'un philosophe, mais parla superstition d'un moine. Ses repas étaient sobres et de peu de durée ; les jours de grand jeûne l'eau formait sa boisson , et il ne mangeait que des végétaux: telle était la force de son tempérament et la ferveur de sa dé votion , qu'il passait souvent deux jours et deux nuits sans prendre aucune nourriture. Son repos n'était pas mesuré avec moins de sévérité. Après une heure de sommeil, l'activité de son âme éveillait son corps, et ses cliambellans étonnés le voyaient se promener ou étudier jusqu à la pointe du jour. Une application si soutenue doublait pour lui le temps ; il l'emplovait tout entier à acquérir des connaissances (i), et à
( r ) Les aveux de Procope ( Jnecdot. , c. 8 , i '3 ) attestent VIII. 1 I
expédier des affaires ; et l'on pouvait lui reprocher de troubler , par une exactitude minutieuse et déplacée , l'ordre général de son administration. Il prétendait aux talens de musicien et d'architecte, de poète et de philosophe, de jurisconsulte et de théologien; et s'il échoua dans l'entreprise de réconcilier les sectes chrétiennes, son travail sur la jurisprudence romaine est un noble monument de son zèle et de son habileté. Il fut moins sage ou moins heureux dans le gouvernement de l'empire : son règne fut remarquable par des calamités ; le peuple fut opprimé et mécontent ; Théodora abusa de son pouvoir; une suite de mauvais ministres fît tort au discernement de Justinien , qui ne fut ni aimé durant sa vie , ni regretté après sa mort. Réellement épris de la gloire , il eut cependant la misérable aml^tion des titres, des honneurs et des éloges de ses contemporains; et, en s'efforçant de fixer l'admiration des Romains , il perdit leur affection et leur estime. Il conçut et exécuta avec hardiesse le plan des guerres d'Afrique et d'Italie. Sa pénétration découvrit dans les camps les talens de Bélisaire , et ceux de Narsès dans l'intérieur du palais ; mais son nom est éclipsé par celui de ses généraux victorieux, et Bélisaire vit toujours pour accuser l'envie et l'ingratitude de son souverain. L'aveugle
bien mieux l'application à l'étude et les connaissances de Justinien, que les éloges qu'on trouve dans Y Histoire publique , (Goth., 1. m, c. 3ï y De œdijîc.f 1. 1; Proëm. c. 7.). Consultez \ Index détaillé d'Aleniannus et la Vie de Justinien par Ludewig, p. 1 35-142.
DE l'empire romain, ctiap. xliit. iG3 admiration du genre humain s'attache au génie d'un conquérant qui conduit lui - même ses sujets a la guerre; mais Philippe ii et Justinien n'ont été remarqués que par cette froide ambition qui leur fît aimer la guerre et éviter le danger des batailles. Cependant une statue colossale de bronze représentait l'empereur à cheval , se préparant à marcher contre les Perses, avec l'habit et l'armure d'Achille. C'était au milieu de la grande place située devant l'église de Sainte-Sophie , que s'élevait cette statue sur une colonne d'airain que portait un piédestal de pierre composé de sept degrés ; et c'était de ce lieu que l'avarice et la vanité de Justinien avaient fait enlever la colonne de Théodose, qui était d'argent et du poids de quatorze mille huit cents marcs. Ses successeurs ont été plus justes ou plus indulgens pour sa mémoire: Andronic le Vieux répara et orna, au commencement du quatorzième siècle , la statue équestre dont nous venons de parler ; depuis la chute de l'empire grec , les Turcs vainqueurs en ont fait des canons (i).
Je terminerai ce chapitre par des détails sur les comètes, les tremblemens de terre et la peste, qui affligèrent les peuples sous le règne de Justinien.
I. Au mois de septembre de la cinquième année Comètes. de son règne, on vit, durant vingt jours , dans la 53^
( 1 ) ^. dans la C. P. Christlaua de Ducange (1. i, c, 24» n^ i ) une suite de témoins originaux , depuis Procope , qui vivait au sixième siècle , jusqu'à Gyllius, qui vivait au seizième.
l64 HISTOIRE DE LA DECADENCE
partie occidentale du ciel, une comète (i) qui jetait ses rayons vers le nord. Huit années après , le soleil se trouvant au signe du capricorne, une autre comète se montra dans le sagittaire : son étendue augmenta peu à peu, sa tête paraissait à l'orient et sa queue à l'occident, et elle fut visible plus de quarante jours. Les nations la contemplèrent avec étonnement : elles s'attendirent à des guerres et des calamités ; et l'événement ne répondit que trop a ces funestes conjectures. Les astronomes dissimulaient leur ignorance sur la nature de ces corps brillans ; ils les représentaient comme des météores flottans dans l'air , et peu d'entre eux adoptèrent l'idée si simple de Sénèque et des Chaldéens, que ce sont des planètes distinguées des autres par une plus longue révolution et un cours moins régulier (îî). Le temps et le progrès des sciences ont justifié les conjectures et les prédictions du philosophe romain. Le télescope a ouvert de nouveaux mondes aux regards des astronomes (3). Dans
(i) Jean Malala (t. n, p. 190, 219) et Théophane (p. i54) parlent de la première comète. Procope ( Persic. , I. 11 , c. 4 ) fait mention de la seconde j mais je soupçonne fortement leur identité. Théophane (p. i58) applique à une année différente la pâleur du soleil que rapporte Procope ( Vand. , 1. Il, c. 14 ).
(2) Sénèque (septième livre des Questions naturelles) développe la théorie des comètes avec un esprit très-])hiloso-phique. Au reste , nous devons éviter ici l'excès de la bonne foi, ei ne pas confondre une prédiction vague, un veniet tempus ^ etc., avec le mérite d'une découverte réelle.
(3) Les astronomes peuvent étudier Newton et Halley :
DE l'empire romain, citap. xliii. i65
le peu de temps que nous offrent l'Histoire et la Fable , il est déjà prouvé que la même comète s'est montrée sept fois a la terre, après des révolutions égales de cinq cent soixante-quinze années chacune» Sa première apparition (i), antérieure à Tère chré tienne de 1770 ans, fut contemporaine d'Ogygès , le plus ancien personnage de l'antiquité grecque. Elle explique une tradition conservée par Varron , que sous le règne d'Ogygès la planète de Vénus changea de couleur , de taille , de figure et de route: prodige sans exemple jusque alors et qu'on n'a jamais revu depuis (2). La fable d'Electre, la septième des Pléiades, dont le nombre se trouve réduit à six depuis la guerre de Troie, indique d'une manière obscure la seconde apparition , laquelle eut lieu l'an I igS. Cette Nymphe , femme de Dardanus , ne pou-
j'ai tiré mes faibles connaissances sur cette matière de l'article Comète que M. d'Alembert a inséré dans l'Encyclopédie.
(i) Whiston , l'iionnéte , le pieux , le visionnaire Whiston , imagine pour expliquer le déluge (2242 avant J.-C. ), une apparition de la même comète, qui, d'un coup de sa queue, ensevelit la terre sous les eaux.
(2) Une Dissertation de M. Freret ( Mem. de V Acad. des inscript. , t. x , p. 357-877) offre un heureux mélange de philosophie et d'érudition. Le souvenir du phénomène du temps d'Ogygès a été conservé par Varron ( apud saint Augustin , De clvit, Dei , xxi, 8) , qui cite Castor , Dion de Naples et Adraste de Cyzique, nobiles mathematici. Les mythologues grecs et les livres apocryphes des vers sibyllins, jious ont transrais des détails sur les deux périodes suivantes.
l66 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
vant se consoler de la ruine de son pays, abandonna les danses que formaient ses sœurs, quitta le Zodiaque , se réfugia vers le pôle du nord, et sa chevelure en désordre lui fit donner le nom de comète. La troisième période finit à l'année 620, date qui se rapporte précisément a celle de la comète effrayante de la sibylle , peut-être celle de Pline , qui parut dans l'Occident deux générations avant le règne de Cyrus. La quatrième apparition, quarante-cinq ans avant la î:aissance de Jésus-Christ, est celle qui eut le plus d'éclat et qui est la plus importante. Après la mort de César, un corps céleste à longue chevelure se montra à Rome et aux nations durant les jeux que donnait le jeune Octave en l'honneur de Vénus et de son oncle. Le vulgaire crut qu'il portait au ciel l'âme du dictateur; et l'habile Octave eut soin d'entretenir et de consacrer cette opinion par sa piété, tandis que sa superstition secrète ne voyait dans cette comète qu'un présage de sa gloire future (1). La cinquième, dont nous avons déjà parlé , eut lieu la cinquième année du règne de Justinien, ou la cinq cent trentième année de l'ère chrétienne ; et il faut remarquer que cette apparition , ainsi que l'apparition antérieure , fut suivie, mais à un plus long intervalle,
(î) Pline (Hist. nat. , 11 , 23) a transcrit les registres originaux d'A.uguste. Mairan , dans ses ingénieuses Lettres au père Parennin, missionnaire à la Chine, place les jeux et la comète, de l'année 44 ^ l'année 4^ avant la naissance de Jésus-Christ ; cependant les observations de cet astroziome me laissent des doutes (^Opuscules , p. 275 35 1).
DE l'empire romain, chap. xliii. 167
d'un affaiblissement remarquable dans les rayons du soleil. Les chroniques de l'Europe et de la Chine rapportent la sixième à l'année i io5; et comme on éprouvait alors la première ferveur des croisades, les chrétiens et les musulmans purent imaginer, avec autant de raison les uns que les autres, qu'elle annonçait la destruction des infidèles. Ce fut en 1680, dans un âge éclairé , qu'eut lieu la septième apparition (i). Le philosophe Bayle dissipa ce préjugé récemment embelh par la muse de Milton (2), que la comète « de son affreuse chevelure secoue la peste et la guerre. » Flamstead et Cassini observèrent sa route dans les cieiixavec une intelligence admirable; et BernouUi , Newton et Halley cherchèrent les lois de ses révolutions. Lorsqu'en 22 55 elle reparaîtra pour la huitième fois, leurs calculs seront peut-être vérifiés par les astronomes de quelque capitale élevée
(1) Cette dernière comète parut au mois de décembre 1680. Bayle, qui commença ses Pensées sur la comète au mois de janvier 1 68 1 ( Œluvres , t. m ) , fut obligé de se servir de cet argument qu'une comète surnaturelle aurait confirmé les anciens dans leur idolâtrie. Bernoulli {voyez son Éloge dans Fontenelle, t. v, p. 99) disait encore que la tête de la comète n'est pas un signe extraordinaire de la colère du ciel^ mais que la queue en est peut-être un,
(2) Le Paradis perdu fut publié l'an 1667 ; et les fameuT vers (1. II , 708 , etc. ) qui étonnèrent le censeur , pouvaient faire allusion à la comète de 1664, observée à Rome par Cassini , en présence de la reine Christine. Fontenelle [Éloge de Cassini , t. v, p. 338). Charles 11 avait-il laissé apercevoir quelques symptômes de curiosité ou de frayeur ?
re.
l68 HISTOIRE DE "LA DECADEIVCE
dans les déserts actuels de la Sibérie ou du nouveau monde.
Tremble- II. Une comète qui s'approcherait beaucoup de
mens de ter- . t i 'i. i' j i i ^.^ •
notre globe pourrait 1 endommager ouïe détruire; mais les changemens qu'éprouve sa surface ont jusqu'ici été produits par des volcans et des tremblemens de terre (i). La nature du sol indique les pays les plus exposés à ces secousses formidables, puisqu'elles sont causées par des feux souterrains, et que ces feux sont le produit de l'union et de l'effervescence du fer et du soufre ; mais la connaissance des époques et des effets de ces mixtions ne paraît pas a la portée de la curiosité des hommes ; et le philosophe, jusqu'à ce qu'il ait pu compter le nombre des gouttes d'eau qui filtrent en silence et tombent sur le minéral inflammable, jusqu'à ce qu'il ait pu mesurer les cavernes qui par leur résistance augmentent l'explosion de l'air captif, s'abstiendra prudemment d'annoncer les tremblemens de terre. L'historien , sans assigner la cause de ces événemens désastreux, désigne les époques pendant lesquelles ils ont été rares ou fréquens , et observe que cette fièvre de notre globe l'agita sous le règne de Justinien avec une violence peu commune (2). Chacune des
(i) Voyez sur la cause des tremblemens de terre Buffon, t. I, p. 5o3-536, Suppl. à VHlst. nat. y t. v, p. 382-390, édit. in~4" ; Valmont de Bomare, Dictionn. d'Hist. not.y articles Tremblemens de terre , Pyrites; Walsoii, Essais de Chimie y t, i, p. 181-209.
(2) Les tremblemens de terre qui ébranlèrent l'empire
T)E l'empire nOMATN. CIIAP. XLITI. 1G9
années de ce règne est marquée parties tremblemens de terre d'une telle durée, que Constantinople fut ébranlée plus de quarante jours, et d'une telle étendue , que la surface entière du globe ou du moins de l'empire romain , fut affectée de la commotion. On ressentit des mouvemens , soit d'oscillation , soit de pulsation : on vit paraître d'énormes crevasses ; des corps d'un grand volume et d'une grande pesanteur furent lancés dans les airs: la mer s'avança et se retira alternativement au-delà et en-deçà de ses limites ordinaires; une montagne arrachée du Liban (i) fut jetée au milieu des flots , où elle servit de môle au nouveau port de Botrys en Phénicie (2). Sans doute le coup qui ébranle une fourmillière doit écraser dans la poussière des myriades d'insectes ;
romain sous le règne de Justinien , sont décrits ou indiqués par Procope {Goth., 1. iv, c. i5 ; Anec.^ c. 18) ; par Agathias (1. 11 , p. 62, 53 , 54 ; !• v, p. i45-i52); par Jean Malala (C/fA-o/7., 1. 11, p. 140-146, 176, 177, i83, 198, 220, 229, aSi, 233, 234); et par TIjéophane(p. i5i, i83, 185, 191-196).
(i) Il s'agit ici d'une hauteur escarpée ou d'un cap perpendiculaire entre Aradus et Botrys, nommé par les Grecs ^icûv Trpoff-eoTTov , et ivTr^oTcoTrov ou Xtêoçriioa-coTrov par les chrétiens scrupuleux. (Polybe, 1. v, p.4» i ; Pomponius-Mela, l.ï,c. 12, 87 , cu/n Isaac Voss. Obs. , Mandrell , Journey , p. 32 , 33 ; Pocock , Descript. , vol. 2 , p. 99. )
(2) Botrys fut fondée, ann. ante Christ. 936-903, par Ithobal, roi de Tyr. Marsham , ( Canon. Chron,, p. 387 , 388). Le misérable village de Patrone , qu'on voit aujourd'hui sur son emplacement , n'a point de port.
1^0 HISTOIRE I)E LA DÉCiADENCE
mais il faut avouer que Thomme lui-même a travaillé avec soin à sa destruction. L'établissement des grandes villes , qui enferment une nation dans l'enceinte d'une muraille, realise presque le vœu de Caligula, qui désirait que le peuple romain n'eût qu'une seule
A. D. 5a6. tête. On dit que deux cent cinquante mille personnes périrent lors du tremblement de terre d'Antioche , qui arriva dans un temps où la fête de l'Ascension avait attiré un grand nombre d'étrangers. La perte
A. D. 55i. (Je Beryte (i) fut moins considérable, mais bien plus
9 Juillet. , ,/ 1 1 • • -1 • \
importante. L école des lois civiles, qui menait a la fortune et aux dignités, rendait célèbre cette ville de la côte de Phénicie : ce que le siècle pouvait fournir de génies naissans, remplissait cette école; et le tremblement de terre y engloutit peut-être plus d'un jeune homme fait pour devenir le fléau ou le défenseur de son pays. Au milieu de ces désastres , l'architecture est l'ennemie du genre humain. La hutte d'un sauvage ou la tente d'un Arabe sont alors renversées sans accident pour ceux qui l'habitent; et les Péruviens se moquaient avec raison de Ja sottise des Espagnols , qui élevaient à si grands frais et avec tant de peine des habitations qui devaient leur
(i) îleineccius (p. 35i-356) traite de ce qui regarde l'université, la splendeur et la ruine de Beryte, comme d'une partie essentielle de l'histoire de la jurisprudence romaine. Celte ville fut détruite la vingt-cinquième année du règne de Juslinien , A. D. 55i, le g juillet. Théophane, p. 192. Mais Agalliias (1. 11 , p. 5i , 52) ne place le tremblement de terre qu'après la conquête de lltalie.
DE L EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIir. I7I
servir de tombeau. Un patricien est écrase sous ses riches marbres : les ruines des édifices publics et particuliers ensevelissent tout un peuple ; et les feux sans nombre, nécessaires à la subsistance et à l'industrie d'une grande cité, commencent et propagent l'incendie. Au lieu de cette compassion mutuelle , qui devrait soulager et aider une si déplorable misère, les habitans se voient a la merci des vices et des passions qui ne redoutent plus le châtiment : l'intrépide cupidité saccage les maisons qui s'écroulent; la vengeance saisit l'occasion et fond sur sa victime , et la terre engloutit souvent l'assassin et le ravisseur au moment même de leur crime. La superstition ajoute au danger les frayeurs de la vie future; et si l'image de la mort rappelle quelquefois des individus à la vertu ou au repentir, un peuple épouvanté est bien plutôt porté alors a redouter la fin du monde ou à conjurer par des hommages serviles la colère d'une Divinité vengeresse.
On a considéré dans tous les siècles l'Egypte et pg^te , son l'Ethiopie comme les contrées où naît et d'où se ré- °"S^"® ^^ ^*
r nature. A.
pand la peste. L'air y est humide , chaud et stagnant; ^- ^^'^• et cette fièvre de l'Afrique vient de la putréfaction des substances animales , et surtout des essaims de sauterelles , non moins destructives après leur mort que pendant leur vie. La funeste maladie (i) qui dépeupla la terre sous le règne de Justinien et celui
(1) J'ai lu avec plaisir le Traité peu étendu, mais élégant, de Mead, sur les Maladies pestilentielles ^^"^ édition : Londres, 1722.
l'J'l HISTOIRE DE LA. DÉCADENCE
de ses successeurs (i), se montra d'abord dans le voisinage de Peluse , entre le marais Serbonien et la branche orientale du Nil; de là elle s'ouvrit deux routes différentes ; elle se répandit en Orient sur la Syrie, la Perse et les Indes ; et en Occident, le long de la côte d'Afrique et sur le continent de l'Europe, Constantinople en fut affligée deux ou trois mois au printemps de la seconde année ; et Procope, qui observa sa marche et ses symptômes avec les yeux d'un médecin (2), égale presque l'habileté et le soin qu'a montrés Thucydide , dans la description de la peste d'Athènes (3). Elle s'annonçait quelquefois par les visions d'un cerveau troublé : la malheureuse vic-
(1) On peut suivre les progrès de la grande peste qui exerça ses ravages Tan 642 et les années suivantes (Pagi , Critlca , 1. 11 , p. 5 1 8) dans Procope , Persic, 1. 11 , c. 22, 23 ; Agatliias,!. v,p. i53, 1 54; Évagrius, 1. iv, c. 29; Paul-Diacre, 1. II , c. 4 î P- 776 ^111' Saint Grégoire de Tours (t. ii, I. iv, c. 5 , p. 2o5 ), qui l'appelle lues inguinaria ; dans les Chroniques de Victor Tunnunensis , p. g, in Thesaur. tempor. , de Marcellin , p. 64 , et de Théophane , p. 1 53.
(2) Le docteur Freind ( Hist. Medic. in 0pp. ^ p. /\\Çi-/^2o ; Londres, 1733 ) est persuadé , d'après l'exactitude avec laquelle Procope emploie les mots techniques , que cet historien avait étudié la médecine. Au reste, plusieurs des mots qui sont aujourd'hui scientifiques , étaient communs et populaires dans l'idiome grec.
(3) /^oy. Thucydide , l. 11, c. 47-54, p. 127-1 33, édit. de Duker;etla Description poétique de la même peste, par Lucrèce, 1. vi, vers 1 136-1284. Je dois au docteur Hunier un savant Commentaire sur cette partie de Thucydide : c'est un in-4*' de 600 pages j Venise, i6o3 , apud Juntas i donne
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time , frappée de la menace ou de l'atteinte d'un spectre invisible, désespérait alors de sa vie; mais une le'gère fièvre surprenait le plus grand nombre dans leur lit, au milieu des rues ou de leurs occupations ordinaires. Cette fièvre était même si légère , que le pouls ou le teint du malade ne donnait aucun signe de danger. Le même jour, le lendemain ou le surlendemain , il se déclarait par une enflure aux glandes, surtout a celles des aines, des aisselles et des oreilles; et lorsque ces bubons ou tumeurs s'ouvraient, on y trouvait un charbon ou une substance noire de la grosseur d'une lentille. Quand les bubons prenaient toute leur croissance et tombaient en suppuration , cette évacuation naturelle de l'humeur morbifique sauvait le malade; mais s'ils demeuraient durs et secs, la gangrène s'ensuivait promptement , et le cinquième jour était communément le terme fatal de la maladie. La fièvre était souvent accompagnée de délire ou de léthargie : des pustules noires ou carboncles , symptômes d'une mort très -prochaine , couvraient souvent le corps du malade. Dans les tempéramens trop faibles pour produire une éruption, un vomissemeut de sang était bientôt suivi de la gangrène dans les intestins. En général, la peste était mortelle pour les femmes grosses ; toutefois un enfant fut tiré vivant du sein de sa mère qui avait succombé à la maladie, et trois femmes survécurent à la perte de leur fœtus infecté de la peste : la jeunesse
publiquement par Fabius - Paulliiius d'Udlne, médecin et philosophe , dans la Bibliotliéque de Saint-Marc.
était l'époque de la vie la plus périlleuse. La contag-ion attaquait moins les femmes que les hommes ; mais elle se précipitait indistinctement sur toutes les classes et toutes les professions; et plusieurs de ceux qui conservèrent la vie perdirent l'usage de la parole , sans pouvoir se croire assurés d'être désormais à l'abri du même fléau (i). Les médecins de Constantinople déployèrent dans cette occasion leur zèle et leur habileté ; mais les symptômes variés et l'opiniâtreté de la maladie déconcertèrent leur savoir : les mêmes remèdes avaient des effets contraires; et l'événement trompa souvent les pronostics de mort ou de guérison. On confondit l'ordre des funérailles et le droit des sépultures : ceux qui ne laissaient ni amis ni serviteurs demeuraient sans sépulture au milieu des rues ou dans leurs maisons désertes. Un magistrat fut autorisé à recueillir sans distinction les monceaux de cadavres, à les transporter par terre ou par eau , et à les enterrer dans des fosses profondes hors de l'enceinte de la ville. Un danger si pressant et l'aspect de la désolation publique éveillèrent quelques remords dans les hommes les plus adonnés au vice : ils reprirent, lorsqu'ils se crurent en sûreté, leurs
(i) Thucydide (c. 5i ) assure qu'on ne prenait la peste qu'une fois ; mais Évagrius , qui avait vu la peste dans sa famille, observe que plusieurs personnes qui avaient résisté à une première attaque , moururent d'une seconde; et Fabius-Paullinus (p. 588) confirme le retour de la peste. Les médecins sont divisés sur ce point , et la nature et la marche de la maladie peuvent u'ètre pas toujours les mêmes.
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passions et leurs habitudes ; mais la philosophie doit dédaigner cette observation de Procope , que la Fortune ou la Providence veillèrent d'une manière particulière au salut de ces misérables. Il oubliait, ou peut-être se rappelait-il intérieurement que la peste avait frappé Justinien lui-même , et il eût été plus raisonnable et plus honorable d'attribuer la guérison de l'empereur à ce régime frugal qui, en pareille occasion, avait sauvé Socrate (i). Durant la maladie du prince, l'habit des citoyens annonça la consternation publique ; et leur oisiveté et leur découragement occasionnèrent une disette générale dans la capitale de TOrient.
La peste est toujours contagieuse: les personnes Étendue et
• r f r 1 1 iTi 1 duiée de la
mfectees répandent la maladie dans les poumons et peste, a. d. Testomac de ceux qui les approchent. Tandis que les ^ ^ * philosophes adoptent ce fait, qui les remplit de terreur, il est singulier que le peuple le plus porté aux frayeurs imaginaires ait nié l'existence d'un danger si réel (2). Les concitoyens de Procope étaient per-
(1) Socrate fut sauvé par sa tempérance lors de la peste d'Athènes. Auhi-Gclle, Nuits Àttiques-i 11, i. Le D'" Mead attnbue la salubrité des maisons religieuses à ce qu'elle^ sont séparées des autres, et que le régime y est plus frugal , p. 18, 19.
(2) Mead prouve, d'après Thucydide, Lucrèce, Aristote et l'expérience journalière, que la peste est contagieuse; et il réfute {^Préface y p. 2~ i3 ) l'opinion contraire des médecins français, (jui se rendirent à Marseille en 1720 ; ces médecins français étaient cependant éclairés, et venaient de voir la peste enlever en peu de mois cinquante mille habifans
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suades , d'après des expériences mal faites et en trop petit nombre, que l'entretien le plus rapproche avec un petisfe're ue pouvait communiquer la maladie (i); et cette confiance soutint peut-être l'assiduité des amis ou des médecins auprès des malades , qu'une prudence inhumaine aurait condamnés à la solitude et au désespoir. Mais cette fatale sécurité , produisant sous un autre rapport le même effet que la prédestination des Turcs, favorisa les progrès de la contagion; et le gouvernement de Justinien ne connaissait pas les précautions salutaires auxquelles l'Europe doit sa sûreté. On ne gêna en aucune manière la communication des diverses provinces de l'empire ; les guerres et les émigrations répandirent la peste depuis la Perse jusqu'à la France , et le commerce porta dans les régions les plus éloignées le germe fatal qu'une balle de coton recèle durant des anriées. Procope lui-même explique le mode de sa propagation par cette remarque , que la maladie allait toujours de la côte de la mer dans l'intérieur du pays; qu'elle visitait successivement les îles et les montagnes les plus écartées ; que les lieux qui avaient échappé à la fureur de son premier passage se trouvaient seuls exposés à la contagion de Tannée sui-
( sur la peste de Marseille , Paris , j 786) à une ville qui , malgré sa prospérité et son commerce actuels, ne contient pas plus de quatre-vingl-tlix mille âmes. M. Necker , sur les Finances , t. i , p. 2'3i.
(i) L'expérience postérieure tVl'Lvagrius tlélruit ces assertions si fortes de Procope, an yetf (ett^^ un yxf ihvr-^.
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vante. Les vents peuvent disperser ce venin subtil; mais si Tatmosphere n'est pas disposée à le recevoir, la peste expirera bientôt dans les climats froids ou temp4i'és. Telle était, à l'époque de Justinien, la corruption universelle de l'air, que le cbangement des saisons n'arrêta ou ne diminua point la peste qu'on vit éclater la quinzième année du règne de ce prince. Sa première malignité se calma après queU que intervalle : elle languit et se ranima tour à tour; mais ce ne fut qu'après une période désastreuse de cinquante- deux ans que l'espèce humaine recouvra la santé , ou que l'atmospbère redevint pure et salubre. Il ne nous reste pas de faits qui puissent établir des calculs ou même des conjectures sur le noml)re d'hommes enlevés dans cette extraordinaire période de mortalité. Je trouve seulement que , durant trois mois, cinq mille et ensuite dix mille personnes mouraient chaque jour à Constantinople; que la plupart des villes de l'Orient perdirent tous leurs habilans , et qu'en plusieurs cantons de l'Italie les blés et les raisins furent laissés se pourrir sur le sol. Le triple fléau de la guerre , de la peste et de la famine, accabla les sujets de Justinien; son règne est marqué d'une manière funeste par une diminution très-sensible de l'espèce humaine (i), et quelques-uns des
(i) Procope ( Anecd. , c. 18 ) emploie d'abord des figures de rhétorique, telles que les sables de la mer, etc. Il tâche ensuite de se réduire à des calculs moins vagues , et dit que f^vpiuê'ecç f^vftccê^cûv ftuftixç , furent extermiïics sous le règne du déinou empereur. Ces mots sont obscurs dans la langue VIXI. 12
ïnS HISTOIRE DE LA. DÉC/VDENCE
plus beaux pays du monde n'ont jamais pu réparer ce malheur.
de la grammaire et dans celle de raritlimétique ; et interprétés littéralement , ils donneraient plusieurs millions de millions. Alemannus ( p. 80 ) et Cousin ( t. m , p. 178) les traduisent par deux cents millions ; mais j'ignore pourquoi. Si on ôte f£U(>tu^aç , les deux autres mots f^vptuê^av fcuptuç , une myriade de myriades donneraient cent millions, nombre qui n'est pas totalement inadmissible.
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