‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 4)Chapitre 31 sur 62 · HISTOTHE DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

HISTOTHE DE LA DÉCADENCE

transmis aux provinces comme des lois générales ou y particulières que les magistrats devaient exécuter,

et que le peuple devait suivre : mais comme leur nombre augmentait sans cesse , la règle de l'obéissance fut chaque jour plus incertaine et plus douteuse, jusqu a l'époque où le code Grégorien, ceux d'Hermogène et de Théodose , déterminèrent et fixèrent la volonté du souverain. Les deux premiers, qui ne nous sont connus que par quelques fragmens , furent rédigés par deux jurisconsultes dont le travail, eut pour objet de conserver les lois des empereurs païens depuis Adrien jusqu'au fondateur de Constantinople. Le troisième, que nous avons en entier, fut compilé en seize livres par ordre de Théodose-le- Jeune, dans la vue de consacrer les lois des princes chrétiens depuisConstantin jusqu à son propre règne. Ces trois codes obtinrent une autorité égale dans les tribunaux, et le juge pouvait rejeter comme supposé (i) ou comme tombé en désuétude tout acte qui n'était pas contenu dans le recueil sacré. l'ormes de D^s pcuplcs sauvagcs Suppléent quoique imparaencc'roraàd" f^itement au défaut d'alphabet , par des signes sen-

ne.

Léon I*" (A. D. 470 ) jusqu'à la chute de l'empire grec. Bibl. raisonnée de la diplomatique ^ t. i, p.. 509-614 ;Lanii De eruditione aposlolorum , t. 11 , p. 720-726.

(i) Schulting , Jurisprudcntia ante-Justinianea , p. 681- 718. Cujas dit que Grégoire compila les lois publiées depuis le règne d'Adrien jusqu'à celui de Gallien , et que la suite fui l'ouvrage de Hermogène , son collaborateur. Celte division générale peut être juste ; mais Grégoire et Hermogène passèrent souvent le& bornes de leur terrain.

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sibles qui éveillent l'attention et qui perpétuent le souvenir de tous les événemens publics ou particuliers. La jurisprudence des premiers Romains présentait le jeu d'une espèce de pantomime; les paroles se rapportaient aux gestes; et la 'moindre erreur ou la moindre négligence dans les Jhrmes suffisait, quel que fût le droit , pour entraîner la perte an fond. On désignait la» communion du mariage par le feu et l'eau , élémens nécessaires a la vie (i). La femme qu'on répudiait rendait le trousseau des clefs , emblème du gouvernement de la famille dont on l'avait chargée. Pour affranchir son fils ou son esclave , on le renvoyait en lui donnant un petit coup sur la joue ; une pierre jetée sur les travaux interdisait la continuation d'un ouvrage; On cassait une branche d'arbre pour interrompre une prescription; le poing fermé était le symbole d'un gage ou d'un dépôt; on présentait la main droite pour annoncer qu'on engageait sa parole ou qu'on accordait sa confiance; une affaire se concluait en rompant un brin de paille : tous les paiemens étaient accompagnés de poids et de balances , et l'héritier qui acceptait un testament était quelquefois oMigé de faire claquer ses doigts , de jeter ses habits, de sauter et de danser, soit qu'il en eût envie ou non (2). Si un citoyen allait

(i) Scaevola , vraisemblablement Q. Cervidius Scîevola , maître de Papinieii , considère cette acceptation du feu et de l'eau comme l'essence du mariage. Pand., 1. xxiv , t. ! , leg. 66. Voyez Heineccius , Hist. J. R. , n" 3 17.

(3) Cicéron ( De officiis, m , iq ) peut ne parler que par

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reclamer chez son voisin des effets volés, il avait les reins couverts d'un morceau de toile de lin, et se cachait le visage avec un masque ou avec un bassin, de peur de renconlrerles yeux d'une vierge ou d'une matrone ( i ). Dans une action civile , le demandeur touchait l'oreille de son témoin; il saisissait son adversaire à la gorge, et par ses lamentations implorait le secours de ses concitoyens. Les deux compétiteurs s'empoignaient l'un l'autre comme s'ils eussent dû se battre devant le tribunal du préteur : ce magistrat leur ordonnait de produire Tobjet en litige; ils s'éloignaient, et, revenant a pas mesurés , jetaient à ses pieds une motte de terre, symbole du champ qu'ils se disputaient. Cette science obscure des paroles et des formes de la loi devint l'héritage des pontifes et des patriciens. Comme les astrologues de la Chaldée , ils annonçaient à leurs cliens les jours de vacation et les jours de repos : ces importantes minuties étaient liées à la religion établie par Numa; et après la publication des Douze-Tables , l'ignorance lies formes judiciaires maintint encore les citoyens

supposition ; mais saint Ambroise ( De o//iciis , m , 2) en appelle à l'usage de son temps , qu'il connaissait comme jurisconsulte et comme magistrat. Schulling, ad IJlplan. Frag. , lit. 22, n" 28 , 643 , 644*

(i) Au temps des Antonins on ne connaissait plus la signification des formes ordonnées dans le cas d'un furtum lance Ucioque conceptum. Aulu-Gelle , xvi, 10. Ileineccius ( Antiq. rom. , l. iv , tit. I , n"»* i3-2i ) , qui les fait venir de l'Attique , cite à l'appui de son opinion Aristophane, le sclioliaste de ce poète, et PoUux.

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dans une sorte d'esclavage. Quelques officiers de la classe du peuple trahirent enfin ces utiles mystères : un siècle plus éclaire suivit; en les tournant en ridicule , les formes qu'on donnait à la loi , et l'usage ainsi que l'intelligence de cette langue primitive se perdirent enfin dans cette antiquité qui l'avait d'abord consacrée (i).

Au reste les sages de Rome, qu'on peut regarder Successioa

. 111 des juriscoB-

avec plus d'exactitude comme les auteurs de la loi suites. civile , cultivèrent un art plus libéral. L'altération surveime dans l'idiome et les mœurs des Romains rendait le style des Douze-ïables moins familier a chaque nouvelle génération , et les commentaires des jurisconsultes appliqués à l'étude des anciens règlemens n'expliquaient que d'une manière imparfaite les passages douteux. Il était plus noble et plus important d'éclaircir l'ambiguité des lois , d'en circonscrire l'effet, de faire l'application des principes et d'en tirer toutes les conséquences, d'indiquer les contradictions réelles ou apparentes : ainsi le domaine de la législation passa insensiblement entre les mains de ceux qui expliquaient les anciens statuts. Leurs subtiles interprétations concoururent avec l'équité du préteur à réformer ce pouvoir tyrannique exercé par les âges d'ignorance. Une jurisprudence artificielle ,

(i) Cicéron , dans son discours pour Murena ( c. ^-i3), tourne en ridicule les formes et les mystères des gens de loi , rapportés avec plus de bonne foi par Aulu-Gelle ( Nuits Attiques y XX, lo), Gravina ( Opp.^ p. 265, 266 , 267) et Heineccius ( Jntiq. , l. iv , tit. 6 ).

aidée de moyens bizarres et compliqués, tendit à rétablir les droits de la nature et de la raison, et de simples individus se servirent utilement de leurs lumières pour détruire la base des institutions publiques de leur pays. L'intervalle de presque dix siècles, qui se trouve entre la publication des Douze-Tables et le règne de Justinien, peut se diviser en trois périodes d'une durée presque égale, distinguées l'une de l'autre par la méthode d'instruction qu'on adopta, Première et par Ic caractèrc des gens de loi (i). Durant la

période. A. -r / P -i . i-- .1 \

u. c. 3o3- pi'emiere époque , 1 orgueil et 1 ignorance contribue- ^'*^* rent à resserrer dans des bornes étroites la science

des lois romaines. Les jours de marché ou d'assemblée, les jurisconsultes qui avaient le plus de réputation se promenaient au Forum; ils donnaient leurs avis aux dernières classes des citoyens, dans l'espoir

(î) Pomponius [De origine Juris Pandect. , I. i, tit. 2) indique la succession des jurisconsultes romains. Les modernes ont fait preuve de savoir et de critique dans la discussion de cette partie de l'Histoire et de la Littérature. J'ai surtout été guidé par Gravina (p. 41-79) ^t Heineccius [Hcst. J. R. ,11° 1 1 3, p. 35 1 ). Cicéron ( De Orntore, de Claris orator. , de Leglbus) et la Clavis Ciâeroniana d'Ernesti (sous les noms de Mucius, etc. ) fournissent plusieurs détails originaux et fort intéressans. Horace fait souvent allusion à la matinée laborieuse des gens de loi. [Senn., !. i, lo j epist. 2 . l , io3 , etc. )

^gricoîain laiidat juris îegiunqiie pericus Sub galli canlum consnîcor ubi ostia puisât.

Bomœ (lulce diufuit et solcmne , rcclusâ Mane domo vigihire , clicnti promere jura.

DE l'empire romain, ciiap. xi.iv. 207 d'obtenir un jour leurs suffrages. Lorsqu'ils avançaient en âge ou qu'ils obtenaient des dignités, ils se tenaient chez eux assis sur une chaise ou sur un trône ; ils y attendaient avec une gravité tranquille les visites de leurs cliens , qui dès la pointe du jour venaient en foule, de la ville ou de la campagne, assiéger leur porte. Les devoirs de la vie sociale et les incidens d'une procédure étaient le sujet ordinaire de ces consultations, et les jurisconsultes donnaient leur opinion de vive voix ou par écrit, d'après les règles de la sagesse naturelle et de la loi. Ils permettaient aux jeunes gens de leur profession ou de leur famille d'y assister; ils instruisaient en particulier leurs enfans , et la famille Mucia fut long-temps renommée pour ces sortes de connaissances, qui se transmettaient de père en fils. La seconde période , seconJe le bel âge de la jurisprudence, comprend l'espace u^^'c^'jg^^I de temps qui s'écoula depuis la naissance de Cicéron 9^^* jusqu'au règne d'Alexandre-Sévère. On forma un système général; on établit des écoles, on composa des livres, les vivans et les morts furent mis à contribution pour servir à l'instruction des élèves. Le Tripartite d'^Elius Petus, surnommé Catus ou le Rusé, fut conservé comme le plus ancien des ouvrages de jurisprudence. L'étude des lois à laquelle se livra Caton , ainsi que son fils, ajouta quelque chose à sa réputation : trois hommes habiles sur ces matières illustrèrent le nom de Mutius Scévola; mais la gloire d'avoir perfectionné la science des lois fut attribuée à Servius Sulpicius, leur disciple et l'ami

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de Ciceroii ; et les noms respectables de Papinieii , de Paul et d'Ulpien , terminent la longue liste des jurisconsultes qu'on vit briller du même éclat sous la république et sous les Césars. On a soigneusement conservé avec leurs noms les titres de leurs différens ouvrages; et l'exemple de Labéon peut donner une idée de leur zèle et de leur fécondité. Ce jurisconsulte distingué, qui vivait dans le siècle d'Auguste, divisait son année entre la ville et la campagne, entre le travail des affaires et celui de la composition : les auteurs indiquent quatre cents ouvrages, fruits de ses retraites. On cite le deux cent cinquante-neuyième écrit du recueil de Capiton son rival; et il y avait peu de professeurs qui pussent réduire leurs Troisième leçons en moins de cent volumes. Durant la troi- V. c. 988- sième période , c'est-à dire entre les règnes d'Alexandre et de Justinien, les oracles de la jurisprudence demeurèrent presque entièrement muets. La curiosité avait été satisfaite; des tyrans ou des Barbares occupaient le trône ; les esprits ardens se trouvaient distraits par des disputes religieuses ; et les professeurs de Rome , de Constantinople et de Beryte , se contentaient humblement de répéter les leçons de leurs prédécesseurs , plus éclairés qu'eux. De la lenteur des progrès de ces études , et de la rapidité avec laquelle elles tombèrent, on peut conclure quelles ont besoin d'un état de paix , et de ce développe- J ment intellectuel qui en est la suite. D'après la mul- M titude des auteurs en droiÊ, dont les volumineux ouvrages peuvent être rangés dans la classe moyenne,

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