‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 4)Chapitre 30 sur 62 · HISTOIRE BE LA DECADENCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE BE LA DECADENCE

volonté d'un seul homme, d'un enfant peut-être, prévalût sur la sagesse des siècles et les vœux de plusieurs millions de citoyens; et les Grecs dégénérés se firent gloire de déclarer qu'on ne pouvait , avec sûreté, confier qu'à l'empereur seul l'exercice arbitraire de la législation. « Quel intérêt ou quelle passion , s'écriait Théophile à la cour de Justinien,peut atteindre l'empereur a la hauteur calme et sublime où il est élevé ? Il est déjà le maître de la vie et de la fortune de ses sujets, et ceux qui ont encouru son déplaisir sont déjà au nombre des morts (i). » Un historien étranger au langage de la flatterie peut avouer que dans les questions particulières de la jurisprudence , des considérations personnelles influent rarement sur le souverain d'un grand empire. La vertu , ou même la raison , l'avertissent qu'il est le conservateur naturel de la paix et de l'équité, et que son intérêt est lié d'une manière inséparable a celui de la société. Sous le règne le plus faible et le plus vicieux , Papinien et Ulpien occupèrent avec sagesse et intégrité le siège de la justice (2); et les disposi-

(i) Théophile in Paraphras, grœc. Instiu ^ p. 33, 34» ëdit. de Reitz. Voyez sur le caractère et les ouvrages de ctl ccrivain , ainsi que sur le temps où il vécut , le Théophile de J. H. Mylius , Excursus 3 , p. 1034-1078.

(3) Il y a plus d'envie que de raison dans cette plainte d«» Macrin : Nef as esse leges videri Commodi et Caracallœ et hominum irnperitorum voluntates. Jul. Capitol. , c. j 3. Commode fut mis au rang des dieux par Sévère. Dodwell , Prœlect. 8, page 3^4, 325. Cependant les, Pandectes ne le citent que deux fois.

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lions les plus sages du Code et des Pandectes portent les noms de Caracalla et de ses ministres (i). Le tyran ^e Rome se montra quelquefois le bienfaiteur des provinces. Un poignard termina les crimes de Domitien ; mais ses lois , dont un sénat indigne' avait dans les premiers transports de joie que lui causait sa délivrance , ordonné Tannullation, furent rétablies par son successeur le prudent Nerva (2). Cependant ?^^^^^ ^^^ dans les rescrils (3) ou réponses aux consultations des magistrats , le plus éclairé des princes pouvait avoir été trompé par un exposé partial de la question ; et la raison ainsi que l'exemple de Trajan condamnèrent en vain cet abus qui mettait les décisions du souverain au niveau des actes de la législation les plus réfléchis. Les rescrits de l'empereur, ses concessions et ses décrets , ses édits et ses pragmatiques sanctions , signés en encre pourprée (4), étaient

(i) Le code offre deux cents constitutions qu'Antonin Caracalla publia seul , et cent soixante qu'il publia de concert avec son père. Ces deux princes sont cités cinquante fois dans les Pandectes, et huit dans les ïnstitutes. Ter— rasson, p. 265.

(7.) Pline le-Jeune, Epist. x, 66 ; Suét., /« Domitian.y c. 23.

(3) Constantin avait pour maxime : Contra, jus rescripta non valeant. Code Théodosien , 1. i, tit. 2^ leg, i. Les empereurs permettaient , quoique à regret , quelque examen sur la loi et sur le fait, quelques délais^ quelque droit de requête ; mais ces remèdes insuffisans étaient trop au |X)uvoir des juges, et il était trop dangereux pour eux de les employer,

(4) Celle encre était un composé de vermillon et de cijiabre; on la trouve sur les diplômes des empereurs 1 depuis

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