CHAPITRE XLVI
Révolutions de la Perse après la mort de Chosroès ou Nushirwan. Le tyran Hormouz , son fils, est déposé. Usurpation de Bahram. Fuite et rétablissement de Chosroès 11. Sa reconnaissance envers les Romains. Le Chagan des Avares. Révolte de l'armée contre Maurice. Sa piort. Tyrannie dePhocas. Avènement d'Héraclius au trôné. La guerre de Perse. Chosroès subjugue la Syrie , l'Egypte et l'Asie Mineure. Siège de Constantinople par les Persans et les Avares. Expéditions de Perse. Victoires et triomphe d'Héraclius.
JLa lutte de Rome avec le royaume de Perse s'est Qnereiiede
,. . ,^ nri- r^mpire de
prolongée depuis Crassus jusqu au règne d Heraclius. Rome et de
TT /. 1 ^vi -..JA. • celui de Per-
une expérience de sept siècles aurait du convaincre se. les deux nations de rimpossibillté de garder leurs conquêtes au-delà du Tigre et de l'Euphrate; mais les trophées d'Alexandre excitèrent remulation de Trajan et de Julien , et les souverains de la Perse se livrèrent à l'ambitieux espoir de rétablir l'empire de Cyrus (1). Ces grands efforts de la puissance et du courage obtiennent toujours l'attention de la postérite; mais les évenemens qui n'ont pas changé d'une manière complète le sort d'un peuple , laissent une
(i) Missis qui reposcerent veteres Persaruin ac
Macedonmn terminas , seque invasurum possessa Cjro et post Alexandro , per vaniloqnentiam ac minax jaciehat, (Tacile, Annales, vi, 3i.) Tel était le langage des Arsacides, J'ai rappelé en plusieurs endroits les hautes prétentions des Sassaniens,
3jS HrSTOIRE DE LA DECADENCE
faible impression sur les pages de l'histoire ; et la répétition des mêmes hostilités , entreprises sans motifs, suivies sans gloire et terminées sans effet, ne servirait qu'à épuiser la patience du lecteur. Les princes de Byzance pratiquaient avec soin cet art de la négociation , étranger à la grandeur simple du sénat et des premiers Césars; et les relations de leurs perpétuelles ambassades (i) n'offrent jamais qu'un retour prolixe et monotone du langage de la fausseté et de la déclamation , du tableau de l'insolence des Barbares et des serviles dispositions des Grecs tributaires. Déplorant la stérile abondance des matériaux que j'avais à employer, j'ai travaillé à resserrer la narration d'un si grand nombre d'entreprises peu intéressantes; mais j'ai cru devoir m'arrêter sur le règne de Nushirwan-le-Juste , qu'on regarde encore comme le modèle des rois de l'Asie, et sur Ghosroès, son petit-fils, qui prépara cette révolution exécutée si peu de temps après par les armes et la religion des successeurs de Mahomet.
Conquête Dans Ic cours de ces vaines altercations qui pré-
«Ift l'Yémen • -r» i ii i • i
par Nashir- cèdent et justifient les querelles des pnnces, les
570, eio. Grecs et les Barbares s'étaient accusés mutuellement
d'avoir violé la paix conclue entre les deux empires
environ quatre années avant la mort de Justinien.
Le souverain de la Perse et de l'Inde voulait subju-
(0 ^^y^^ ^^s ambassades de Méiiandre, extraites et re- ♦nieillies dans le onzième siècle par ordre de Constantin Porphyrogenète.
T)E l'empire romain, chap. xi.vi. 3j(y
guer la province d'Yémen ou l'Arabie Heureuse (i), terre éloig^nee qui produit l'encens et la myrrhe, et qui avait échappe plutôt qu'elle n'avait résisté aux vainqueurs de l'Orient. Après la défaite d'Abrahali , sous les murs de la Mecque , la discorde de ses fils et de ses frères facilita l'invasion des Perses : ils poussèrent au-delà de la mer Ptouge les étrangers établis dans l'Abyssinie; et un prince du pays et de la rare des anciens Homérites fut remis sur le trône en qualité de vassal ou de vice-roi de Nushirvvan (2). Le neveu de Juslinien déclara qu'il vengerait les injures qu'avait reçuessonallié chrétien le prince d'Abyssinie : elles lui fournirent un prétexte décent pour cesser le tribut annuel , mal déguisé sous le titre de pension. L'esprit intolérant des mages opprimait les églises de la Persarménie ; elles invoquèrent en secret le
(1) L'indépendance générale des Arabes, qu'on ne peut admettre sans beaucoup de restrictions , est soutenue aveuglément dans une dissertation particulière des auteurs âo V Histoire universelle , t. xx,p. iC)6-25o. Ils supposent qu'un miracle continuel a maintenu la prophétie en faveur des fils d'Ismaèl ; et ces dévots savans ne craignent pas de compromettre la vérité du christianisme en l'appuyant sur celte base fragile et glissante.
(2) D'Herbelot , Bihlîoth. orient. , p. 477 ; Pocock , Spécimen Hist. Arahurn , p. 64 . 65. Le père Pagi [Critica , t. 11 , p. 646 ) a prouvé qu'après dix ans de paix , la guerre de Perse, qui avait duré vingt ans , recommença A. D. 67 1. Mahomet était né A. 1). 669, l'année de l'éléphant ou de la défaite d'Abrahah (Gagnier, Vie de Mahomet, t. j, p. 89, 90 , 98), et selon ce calcul, deux années furent employées à la conquête de l'Yémen.
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protecteur des chrétiens ; et les rebelles, après avoir pieusement égorgée leurs satrapes , furent avoués et soutenus comme les frères et les sujets de l'empereur des Romains. La cour de Byzance ne fît aucune attention aux plaintes de Nushirwan ; Justin céda à l'importunité des Turcs qui lui proposaient une alliance contre l'ennemi commun ; et les forces de l'Europe, de l'Ethiopie et de la Scythie menacèrent au même instant la monarchie de Perse. Agé de quatrevingts ans, le souverain de l'Asie eût peut-être désiré pouvoir jouir en paix de sa gloire et de sa grandeur; mais aussitôt qu'il vit que la guerre était inévitable, Sademî'ète il entra en campae^ne avec l'ardeur d'un jeune homme,
guerre contre .
les Romains, tandis quc l'agresscur tremblait dans son palais de etc. ' Constantinople. Nushirwan ou Chosroès dirigea lui-
même le siège de Dara ; et quoique cette forteresse importante eût été laissée dégarnie de troupes et vide de magasins, la valeur des habitans résista plus de cinq mois aux archers , aux éléphans et aux machines de guerre du grand roi. Sur ces entrefaites , Adarman , son général, partit de Babylone pour venir le joindre : il traversa le désert , passa l'Euphrate , insulta les faubourgs d'Antioche , brûla la ville d'Apamée , et vint apporter les dépouilles de la Syrie aux pieds de son maître , dont la persévérance , résistant aux rigueurs de l'hiver, renversa enfin le boulevart de l'Orient. Mais ces pertes , qui étonnèrent la cour et les provinces , produisirent un effet salutaire, puisqu'elles amenèrent le repentir et l'abdication de l'empereur Justin. Le courage reparut dans
Î)E l'oIPIRE ROMA.IN. CHAP. XLVI. 38 1
les conseils de la cour de Byzance, el le sage Tibère obtint une trêve de trois ans. Cet intervalle fut employé en préparatifs de guerre ; et la renommée publia dans le monde entier que cent cinquante mille soldats venus des Alpes et des bords du Rhin , de la Scythie , de la Mœsie , de la Pannonie , de Tlllyrie et de risaurie , avaient renforcé la cavalerie impériale. Cependant, peu effrayé ou peut-être peu convaincu , le roi de Perse résolut de prévenir l'attaque de l'ennemi ; il repassa l'Euphrate et renvoya les ambassadeurs de Tibère en leur ordonnant insolemment de l'attaquer à Césarée, métropole des provinces de la Cappadoce. Les deux armées se livrèrent bataille à Mélitène : les Barbares , qui obscurcissaient Fair de leurs traits, prolongèrent leur ligne et étendirent leurs ailes sur toute la plaine , tandis que les Romains, formés en colonnes profondes et solides, attendaient le moment où, dans un combat plus rapproché, ils pourraient triompher par la pesanteur de leurs lances et de leurs épées. Un chef scythe, qui commandait leur aile droite , tourna tout à coup le flanc des Perses; il attaqua leur arrière - garde en présence de Chosroès ; il pénétra jusqu'au milieu de leur camp , pilla la tente du roi, profana le feu éternel ; et traînant à sa suite une multitude de chameaux cliargés des dépouilles de l'Asie, il s'ouvrit un passage à travers l'armée ennemie, et rejoignit, en poussant les cris de la victoire, ses alliés, qui avaient consumé cette journée en combats singuliers ou en inutiles escarmouches. L'obscurité de la nuit et les
campemens séparés des Romains offrirent au monarque de Perse une occasion de se veng^er: il fondit avec impétuosité sur un de leurs camps qu'il enleva; mais l'examen de ses pertes et le sentiment du dang^er le déterminèrent à une retraite prompte; il brûla sur sa route la vdle de Z>Iélitène qu'il trouva déserte , et sans s'inquiéter des moyens de faire passer ses troupes, traversa hardiment l'Euphrate a la nage sur le dos d'un éléphant. Après cette entreprise malheureuse , le défaut de magasins , et peut-être quelque incursion des Turcs Tohligèrent à licencier ou à diviser ses forces : les Romains demeurèrent maîtres de la campagne : Justinien , leur général, s'avança au secours des rebelles de la Persarménie et arbora son drapeau sur les rives del'Araxe. Le grand Pompée s'était arrêté jadis à trois journées de la mer Caspienne (i); une escadre ennemie (2)
(1) Pompée avait vainca le^ Albaniens entrés en campagne, au nombre de douze mille cavaliers et soixante mille fantassins ; mais il fut arrêté par l'opinion unanime que ce pays renfermait une multitude de reptiles venimeux, dont l'existence est cependant fort douteuse, ainsi que celle des Amazones, qu'on plaçait dans le voisinage. (Plutarque , Vie de Pompée , t. 11 , p. 1 i65 , 1 166.)
(2) Je ne trouve dans les Annales de l'Histoire que deux escadres qui aient paru sur la mer Caspienne : 1°. celle des Macédoniens , lorsque Patrocle , amiral de Seleucus et d'Antiochus , roi de S3''rie , arriva des frontières de l'Inde , après avoir descendu une rivière, qui est vraisemblablement l'Oxus. (Pline, Hist.nat., vi, 21.) 2°. Celle des Russes, lorsque Pierre-le-Grand conduisit une escadre et une armée
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reconnut pour la première fois cette mer placée dans l'intérieur du continent; et soixante-dix mille captifs furent transplantes de l'Hyrcanie dans l'île de Chypre. Au retour du printemps, Justinien descendit dans les fertiles plaines de l'Assyrie : le feu de la g uerre approcha de la résidence de Nushirwan , qui descendit au tombeau rempli d'indignation , et qui , Sa mort, par sa dernière loi , défendit à ses successeurs d'ex- * " '^^^' poser leur personne dans une bataille contre les Romains. Toutefois le souvenir de cet affront passager se perdit dans la gloire d'un long règne ; et ses redoutables ennemis , après s'être livre's à de vaines idées de conquête , demandèrent de nouveau à respirer un moment des malheurs de la guerre (i).
Chosroès Nushirwan transmit sa couronne à Hor- Tyrannie et
TT • 1 i> -^ ' j c 1 . vices (Je Hor-
mouz ou Hormisdas, lame de ses enfans ou celui œouz , sou qu'il aimait le plus. Outre les royaumes de la Perse 5'^"^^ ^* et de l'Inde , il lui laissait son exemple et l'héritage de sa gloire , d'habiles et valeureux officiers de tous les rangs, et un système général d'administration, consolidé par le temps et calculé par Chosroès pour le bonheur du prince et celui du peuple. Hormouz
des environs de Moscou à la côte de Perse. (Bell's Trauels, vol. II, p. 325-352. ) Il observe, avec raison, que le VoIg«. n'avait jamais vu un pareil spectacle.
(1) P^oy. sur les guerres de Perse et les traités avec cette nation , Ménandre , in Excerpt. légat. , p. 1 1 3-i 25 ; Théophane, deByzance, apud Photium , Cod. 64, p. jj^ 80,81 > Kvagi'iusjl.v, c. 7-i5;Théophylacte, 1. m , c, 9-16; Agathias , 1. IV. p. 140.
384 HISTOIRE DE LA DÈCADEIfCE
jouit cruu avantage encore plus pre'cieux , ramitlé d'uu sage qui avait dirigé son éducation , qui préféra toujours Wionneur de son élève à ses intérêts, et ses intérêts a ses goûts. Buzurg ( i ), c'est le nom de ce sage , avait soutenu autrefois, dans une discussion avec les philosophes de la Grèce et de Tlnde , que le plus grand malheur que puisse avoir à supporter l'homme, c'est une vieillesse privée des souvenirs de la vertu ; et nous devons croire que ce fut d'après ce principe qu'il consentit a diriger trois ans les conseils de la Perse, il fut récompensé de son zèle par la reconnaissance et la docilité d'Hormouz, qui reconnut devoir plus à son précepteur qu'a son père. Mais lorsque l'âge et les travaux eurent diminué la force et peut-être les facultés de Buzurg, il s'éloigna de la cour et abandonna le jeune monarque à ses passions et à celles de ses favoris. Selon la fatale vicissitude des choses humaines, on vit à Ctésiphonce qu'on avait vu à Rome après la mort de Marc-Aurèle. Les ministres de la flatterie et de la corruption , qu'avait bannis le père , furent rappelés et accueillis
(i) Buzurg - Mihi r , d'après son caractère et sa position, peut être regardé comme le Sénèque de l'Orient. Ses vertus et peut-être ses fautes , sont moins connues que celles du philosophe romain , qui semble avoir été beaucoup plus parleur. C'est Buzurg qui apporta de l'Inde le jeu des échecs et les Fables de Pilpay. Tel a été l'éclat de sa sagesse et de ses vertus, que les chrétiens le réclament comme un sectateur de rÉvaiigile, et que les musulman^ le révèrent comme ayant embrassé d'avance la doctrine du grand prophète. ( D'Uerbelot , ^/W. orient. , p. 218.)
paa* le [Si:; làctis^^metei' Teocil' des- aamis dfe Ghosroeâ rkixHTsèrent; leur t\Taaime ; ettlarvertUb -ioiçnat par iegres-^chi: oo^ir: dlHorniauz;. dfe.son. paiâis et: de sou ^uFememeait; Dèt iidèies agens, institués pour être iea v^eluc. eti lea: areallta du pnncfe, voulurent l!inr simira 'les. procréa dudesoniret; ils lui repi-eaentèiiBot: les- ^cpruveiTieurs des provincEs fondsuit sur leur prmet isresi la rapacité désolions ^ des- aigles ; ils lui mantreanantr la. i-apine^ ei rinjuiticee i' étudiant a taire aaaliuiTfia; aaucplus fickèlesi>iijets ienom et l'autorité du iiiuvearain. LaLsincéritâ d& cei avis, fut punie ia mort. Uet' despote mepiTSfit les murmures ries \iile3 ;.iL diciuifiL; les. taneuies par des execuiionâ miiitaires : il abniitT les' pouvoirs inteamefiiaires cpu se trouvauint asrtrR le trnne ei.i le peupie; el: cette même- vanité Tiuénie,. cpu ne luii pearmettaàtt paa det- sii montrer aitreanent que laa ttaana sur la tè!e^ le porta a dtîiai'Br «fuii wiuiait: ètrcf le scail' jugée comme le seul maàtnfrde son iTiy«uime. dhaimne des paroifâ et ciiaaune des.- a£tian&^ au fîî&- de ^a&hirnran . annonçait a. cueâ pointt il. avait t dégénéré desr \^ertU5de icoi piare, ioai avaaiee Fraudait les.» trnupes: de leur sfiiide;.s£& aprrcesr jaloux, av^iissaaent: les. saârapes ;.le sang de Jiiinocxenti souillait: le paiai&>. les. inbunaux. et:: les èeaiK dii.lIîgrE::eiiilfe t^Tan seaaor^fueailiisait (iesssouf— Iranues-de trœze mille victimes pi il. avait fait: expinsai dan& lei> tourmeais. U daignait' cpieltpiefbis j usftfîèar^r. •! uté on disant rpie la orainte les Persans allant : : jne^ . et r^ue 1 em- haine devait les con-
lium. .. *iil&::ni»is '!'»!ihlisit cpie vies.i.€ailiraenb
étaient la suite des crimes et des folies qu'il déplorait, et avaient préparé l'orage qu'il appréhendait avec tant de raison. Les provinces de Babylone , de Suze et de Carmanie , irritées d'une longue oppression sans espérance , arborèrent l'étendard de la révolte ; et les princes de l'Arabie , de l'Inde et de la Scythie , refusèrent à Findigne successeur de Nuslîirwan le tribut accoutumé. Les armes des Romains désolèrent les frontières de la Mésopotamie et de l'Assyrie par de longs sièges et des incursions fréquentes; un de leurs généraux témoigna vouloir imiter Scipion ; et les soldats furent excités par une image miraculeuse de Jésus-Christ, dont les traits pleins de douceur n'auraient jamais dû se montrera la tête d'une armée (i). Le khan passa l'Oxus avec trois ou quatre cent mille Turcs, et envahit dans le même temps les provinces orientales de la Perse. L'imprudent Hormouz accepta leur redoutable et perfide secours; les villes duKhorasan et de laBactriane eurent ordre d'ouvrir leurs portes : la marche des Turcs vers les montagnes de l'Hyrcanie révéla leur intelligence avec les Ptomains, et leur union aurait dû renverser le trône de la maison de Sassan.
(i) fb^ez cette imitation de Scipion dans Théophylacle, 1, I , c. 1 4 ; fit au 1. II , c. 3 , il .parle de l'image de Jésus- Christ. Je traiterai plus bas, et assez au long, des images des chrétiens; j'ai pensé dire des idoles. Celle-ci fut, si je ne me trompe , le plus ancien cf)cii^<^7Fot*]Toç de manufacture céleste ; mais dans les dix siècles qui ont suivi il eu est sorti beaucoup de la même fabrique.
î>E l'empire romain, chap. xLvr. 387 La Perse avait été perdue par un roi ; elle fut sau- Exploits vee par un héros. Varanes ou Banram put dans laA. D. 590. suite, après sa révolte, être flétri par le fils d'Hormouz du nom d'esclave ingrat, sans que ce reproche prouvât autre chose que l'orgueil du despote ; car Bahram descendait des anciens princes de Rei (i), l'une des sept familles qui, par leurs éclatantes et utiles prérogatives, se trouvaient au-dessus de la noblesse de Perse (2). Au siège de Dara, il signala sava-
(1) Le livre apocryphe de Tobie cite Ragse ou Rei, déjà florissante sept siècles avant Jésus-Christ , sous l'empire des Assyriens. Les Macédoniens et les Parthes l'embellirent successivement sous les noms étrangers d'Europus et d'Arsacia. Cette ville était située à cinq cents stades au sud des portes Caspiennes ( Strabon , 1. xi , p. 796). Ce qu'on dit de sa grandeur et de sa population au neuvième siècle est absolument incroyable ; au reste , les guerres et l'insalubrité de l'atmosphère l'ont ruinée depuis. ( Chardin , Voyag. en Perse , t. i , p. 279 , 280 ; d^Herbelot , Blbliot, orientale , p. 714.)
(2) Théophylacte, 1. m, c. 18. Hérodote parle dans son troisième livre des sept Persans qui furent les chefs de ces sept familles. Il est souvent question de leurs nobles descendans , en particulier dans les fragmens de Ctésias. Au reste , l'indépendance d'Otanes ( Hérodote, 1. m , c. 83 , 84 ) est contraire à l'esprit du despotisme , et on peut trouver peu vraisemblable que les sept familles aient survécu aux révolutions de onze siècles. Toutefois elles ont pu être représentées par les sept ministres ( Brisson , De regno Pers. , 1. I, p. 190), et quelques nobles Persans, ainsi que les rois de Pont (Polybe , 1. v, p. 640 ) et de la Cappadoce ( Diodore de Sicile, 1. xxxi, t. 11, p. 617) pouvaient se dire issus des braves compagnons de Darius.