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affaires de la nation. Le premier d'entre eux, président et général de la république, reçut le titre de comte de la Fouille, et cette dignité fut conférée à Guillaume Bras- de-Fer, représenté, dans le langage de ce siècle , comme un lion dans les combats, un agneau dans la société, et un ange dans les conseils ( i ). Un auteur national et contemporain décrit de bonne Caractère des foi Ics mœurs de ses compatriotes (a). « Les Nor-
Noriuands. i i- tit i i
niands , dit Malaterra, sont un peuple astucieux et vindicatif; l'éloquence et la dissimulation semblent héréditaires en eux : ils savent s'abaisser à la flatterie; mais si la loi ne les tient pas sous le joug, ils se livrent à tous les excès de leurs passions. Leurs princes se piquent de munificence envers le peuple; le peuple garde le milieu, ou plutôt il réurtities extrêmes de l'avarice et de la prodigalité : avides de richesses et de domination , ils méprisent tout ce
(i) Guill. de la Pouilie, 1. ii , c. 12. Je compte ici sur une citation faite par Giannone ( Ist. civ. di Napoli , t. 11 , p. 3i), citation que je ne puis vérifier. dans l'original. L'Apulien donne des éloges aux validas vires , probitas anirni e\. vivida virtus de Bras-de-fer , et il déclare que, si ce héros avait vécu , aucun poète n'aurait pu égaler son mérite (1. 1 , p. 268 ; 1. II, p. 25i)) Bras-de-fer fut regretté par les Normands; quippe qui tanti consilii virum (dit Malaterra, 1. r , c. 12, p. 652) tain armis strenuum, tam sibi munijicuin, affabiletriy morigeratum uUerius se hahere diffidebant.
(2) Malaterra ( 1. 1 , c. 3 , p. 55o) dit : Gens astutissima , injuriarum ultrix..,. adulari sciens.... cloque ntiis inserviens ; et ces expressions indiquent le caractère populaire et proverbial des Normands.
etc.
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qu'ils possèdent et espèrent tout ce qu'ils désirent; les armes et les chevaux , le luxe des habits et l'exercice de la chasse et de la fauconnerie , font les délices des Normands (i); mais, dans les occasions pressantes, ils supportent avec une patience incroyable les rigueurs de tous les climats, et la fatigue et les privations d'une vie militaire (2). »
Les Normands de la Fouille se trouvaient aux con- Oppressï..!,
. • 11 » II 1 y-i • de la Fouille.
fins des deux empues d Allemagne et de Constanti- a. d. 1046, nople ; et , selon la politique du moment, ils recevaient l'investiture de leurs terres de l'un ou de l'autre des deux empereurs. Mais le droit de conquête était le titre le plus solide de ces aventuriers : ils n'aimaient personne et ne se fiaient à personne; personne ne les aimait ni ne se fiait à eux ; le mépris qu'ils inspiraient aux princies était mêlé de frayeur, et la crainte des naturels du pays à leur égard était mêlée de haine et de ressentiment. Dès qu'ils désiraient un cheval , une femme, un jardin, ils ne man-.
(i) Le goût de la chasse et l'usage du faucon appartenaient plus particulièrement aux descendons des marins de la Norvège ; au reste, les Normands auraient pu apporter de la Norvège et de l'Irlande les plus beaux oiseaux de fauconnerie.
(2) On peut comparer ce portrait avec celui de Guillaume de Malmsbury ( De gest. Anglorum , 1. m , p. 101 , 102) , qui apprécie en historien philosophe les vices et les vertus des Saxons et des Normands. L'Angleterre a certainement gagné à la conquête.
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quaient pas de s'en emparer fi); et les chefs seulement coloraient leur cupidité des noms plus spe'cieux d'ambition et de gloire. Les douze comtes se liguaient quelquefois pour commettre une injustice ; dans leurs querelles domestiques, ils se disputaient la dépouille du peuple ; les vertus de Guillaume disparurent avec lui , et Drogon, son frère et son successeur, e'tait plus propre à conduire la valeur qu'à re'primer la violence de ses égaux. Sous le règne de Constantin Monomaque, le cabinet de Constant inople essaya , moins par bienfaisance que par politique , de délivrer l'Italie de cette calamité permanente , plus fâcheuse qu'un torrent de Barbares (2), et Argyre , fils de Mélo , qu'on chargea de l'exécution de ce dessein , reçut les titres les plus pompeux (3) , et
(1) Le biographe de saint Léon ix jette sur les Normands son venin sacré ; Videns indiscipUnatatn et alienam sentent Nornianorum , crudeli et inauditd rabie et plus quàrn Pa~ gand implelate adversus ecclesias Dei insurgere , passione christianos trucidare , etc. ( Wibert , c. 6 ). L'honnête A.pulien (1. II, p. 269) dit tranquillement de leur accusateur : Vcris commiscens fallacia.
(2) On peut tirer ces détails sur la politique des Grecs , la révolte de Maniacès , etc. , de Cedrenus ( t. 11 , p. 767 , 758), de Guill. de la Fouille (1. i , p. 26 7 , 258 ; 1. 11 , p. 259 ), et des deux Chroniques de Bari, par Lupus Protospata ( Mura tori , Script, rer. t'tal. , t. v , p. 42 , /^3 , 44 ) , et par un aufenr anonyme ( Jntiq. ital. med. œvii ^ t. i , p. 3 1-35 ). Cette dernière est un fragment qui a quelque prix.
(3) Argyre reçut , dit la Chronique anonyme de Bari , des
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les pouvoirs les plus étendus; la mémoire de, son pt re devait être pour lui un titre auprès des Normands : il s'était déjà assuré de leur service volontaire pour étouffer la révolte de Maniacès et venger leur injure particulière en même temps que celle de rétat. Constantin voulait tirer cette colonie guerrière des provinces de l'Italie et la transplanter sur le théâtre de la guerre de Perse ; pour première marque de la magnificence impériale , le fils de Mélo répandit parmi les chefs l'or de la Grèce et les ouvrages précieux de son industrie. Mais ses artifices furent déjoués par le bon sens et le courage des vainqueurs de la Fouille : après avoir rejeté ses présens ou du moins ses propositions, ils déclarèrent d'une voix unanime qu'ils n'abandonneraient pas leurs possessions et leurs espérances pour cette fortune éloignée qu'on leur offrait en Asie. Les moyens Ligne dn
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de persuasion ayant échoue, Argyre résolut de les deux empisoumettre ou de les détruire ; il réclama contre l'en- lo^'g 1V54. nemi commun le secours des puissances latines, et forma une alliance offensive entre le pape , l'empereur d'Orient et celui d'Occident. Le trône de saint
lettres impériales, fœderatûx et patriciatûs , et catapani et vestatûs. Muratori, dans ses Annales ( t. viii , p. 426 ), fait avec raison une correction ou une interprétation sur ce dernier mot; \\\i\. scvesiatus , c'est-à-dire le tiîre Sebastos ou d'Auguslus ; mais dans ses antiquités il en fait , d'après Ducange, un of.ncc du palais ou îa grande maîtrise de la gardt-robe.
Pierre se trouvait occupe' par Le'ori jx, un saint (i) dans toute la simplicité' de ce caractère, fait pour se tromper lui-même et tromper le monde, et parle respect qu'il inspirait , propre à consacrer sous le nom de pie'te les mesures les plus contraires à la pratique de la religion. Son humanité' s'e'tait laissé toucher par les plaintes , peut-être par les calomnies d'un peuple opprime' ; les impies Normands avaient interrompu le payement des dîmes, et on ne manqua pas de de'cider qu'on pouvait s'armer du glaive temporel contre des brigands sacrile'ges qui me'prisaient les censures de l'Église. Léon , ne' en Allemagne , d'une famille noble et allie'e de la maison royale , avait un libre accès à la cour de l'empereur Hennin, et possédait sa coafiance : pour trouver des guerriers et des alliés , son zèle ardent le conduisit de la Fouille en Saxe , et des rives de l'Elbe à ceJles du Tibre. Pendant ces préparatifs , Argyre se servit en secret des armes les plus criminelles. Une multitude de Normands furent sacrifiés aux intérêts de l'état ou à des vengeances particulières, et le A. D. io5i. brave Drogon fut assassiné dans une église. Son frère,
(i) Wibert a composé une Vie de saint Léon ix , où l'on retrouve les passions et les préjugés de son siècle: cette Vie a été imprimée à Paris en i6i5, in 8° , et insérée depuis dans les recueils des bollandistes de Mabillon et de Muralori. M. de Saint-Marc ( Abrégé , t. ii , p. i4o 210, et p. aS-gS, seconde colonne) a traité avec soin l'histoire publique et privée de ce pape.