‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 3 sur 68 · DE L EMPIRE ROMAIN. CIIAP. LIV · texte numérisé non relu

DE L EMPIRE ROMAIN. CIIAP. LIV

lie convenait pas à l'esprit du temps (i), et ceux des taunt les

, , . • Al- deux prin-

chietiens raisonnables qui auraient pu être bien cipes des

, /i-Ai !•• • 1' • ' inafrcs et des

aises qu on réduisit la religion au joug léger impose mj,^,icb,.eus. par Je'sus-Christ et les apôtres , s'offensèrent avec justice de ce que les pauliciens osaient violer l'unité de Dieu , premier article de la religion naturelle et de la religion réve'le'e. Quoique les pauliciens crussent et espérassent dans le Père, le Christ, l'âme humaine et le monde invisible, ils adoptaient l'éternité de la matière, substance opiniâtre et rebelle, origine d'un second principe, d'un être actif qui a créé le monde visible, et exercera son pouvoir temporel jusqu'à la consommation définitive de la mort et du péché (2). L'existence du mal moral et du mal physique avait établi ces deux principes dans l'ancienne philosophie et l'ancienne religion de l'Orient, d'où cette doctrine s'était répandue parmi les différentes sectes des gnostiques. On peut découvrir sur Ahriman autant d'opinions diverses qu'il se trouve de nuances entre la nature d'un Dieu rival d'un autre, et celui d'un démon subordonné; entre le caractère d'un être emporté par la passion et la fragilité, ou celui d'un être malveillant par son essence; mais

(i) Pierrp le Sicilien (p. 706) a indiqué avec beaucoup de prévention et de passion les six erreurs capitales des pauliciens.

(2) Primîirn illorum axioma est , duo rerum esse princîpia ; Dcuin malum et Deiiin honmn nliurnquc hujus inundl conditorctn et principe m , et aliiun futuri cevi. ( Pierre le Sicilien, 1>.756.)

lO HrSTOIP.E DE LA DECADENCE

en dépit de nos efforts , la bonté' et la puissance d'Ormuzd se trouvent à l'extiemité contraire de la ligne , et tout ce qui se rapproche de l'un doit s'e'loigner de l'autre dans la même proportion (i). Éfablisse- Les travaux apostoliques de Constantin Sylvanus

IDPTl t (îcsPâïi-

licicns dans multiplièrent bientôt le nombre de ses disciples ,

l'Arménie, le ' >.i i-- ••n»

Pont, etc. recompense secrète de son ambition spirituelle. Les restes des sectes gnostiques , et spécialement les maniche'ens de l'Arme'nie , se re'unirent sous son étendard : il convertit ou séduisit par ses argumens plusieurs catholiques , et il prêcha avec succès dans les contrées du Pont (2) et de la Cappadoce, qui dès long -temps se trouvaient imbues de la religion de Zoroastre. Les docteurs pauliciens ne se distinguaient que par un surnom tiré de l'Écriture , par le modeste titre de compagnons de pèlerinage , par l'austérité de leurs mœurs , par leur zèle ou leurs lumières, ou enfin par le renom où ils étaient d'avoir reçu des dons du Saint-Esprit; mais incapables de désirer, ou du moins d'obtenir la richesse et les hon-

(1) Deux savans critiques, Beausobre (^Hist. critique du Manichéisme, 1. i, iv, v, vi ) et Moûïeiva{ Institut, histor. écoles, et De rébus christianis ante Constantinum , sec. 1, li, |li ), se sont efforcés de reconnaître et de distinguer les différens systèmes des gnostiques sur les deux principes.

(2) Les Modes et les Perses ont possédé plus de trois siècles et demi les provinces situées entre 1 Eu ph rate et l'Halys (Hérodote, I. \ , c. io3) , et les rois de Pont étaient de la maison royale des Achaeménides. (Sallusle, Fragment, 1. m» avec le Supplément et les noies du président de Brosse. ^

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neurs des prélats orthodoxes, ils censuraient avec amertume ces vanite's anti - chre'tiennes , et ils réprouvaient même la dénomination d'ancierfs ou de prêtres, comme une institution de la synagogue. La nouvelle secte se répandit au loin dans les provinces de l'Asie Mineure, situées à l'orient de l'Euphrate. Six de ses principales congrégations représentaient les Églises auxquelles saint Paul avait adressé ses Épîtres. Sylvanus établit sa résidence aux environs de Colonia (i) , dans ce district du Pont rendu célèbre par les autels de Bellone (2) et les miracles de saint Grégoire (3) : ce fut là qu'après avoir fui

(i) Il est vraisemblable que Pompée la fonda après la conquête du Pont. Cette ville se trouve sur le Lycus , au-dessus de Neo-Césarée : les Turcs la nomment Coulei-Hisar ou Chonac; elle est peuplée, et située dans un pays naturellement fortifié. (D'Anville , Géographie ancienne, 1. 11, p. 34 ; Tournefort , Voyage du Levant , t. m , lettre 2 1 , p. agS ).

(2) Le temple de Bellone, à Comana, dans le Pont, était une riche et puissante fondation : le grand-prêtre était révéré comme la seconde personne du royaume. Cet emploi avait été occupé par plusieurs des aïeux maternels de Strabon, qui s'arrête , avec une complaisance particulière (I. xii , p. 809-835 , 836 , 837 )> sur le temple, le culte de la déesse, çt la fête qu'on y célébrait deux fois chaque année; mais la Bellone du Pont ressemblait à la déesse de l'amour plus qu'à celle de la guerre.

(3) Grégoire, évêque de Neo-Césarée (A. D. 2/io-t265), surnommé le Thaumaturge ou le faiseur de merveilles. Un siècle après, Grégoire de Nysse , frère du grand saint Basile, publia l'histoire ou le roman de la vie de Grégoire le Thaumaturge,

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le gouvernement tole'rant des Arabes, après vingtsept ans de pre'dication , il pe'rit victime de la per- Persécntion sccution des Romains. Les dévots empereurs , qui

des empe- . • i • i i / / •

rems grecs, avaient rarement proscrit la vie des autres hérétiques moins odieux que ceux-ci , condamnèrent sans miséricorde la doctrine , les écrits et la personne des montanistes et des manichéens. On brûla leurs livres; et tous ceux qui osèrent les garder, ou professer les opinions qu'on y trouvait , furent dévoués à une mort ignominieuse (i). Siméon, envoyé par l'empereur grec , arriva à Colonia , armé de la puissance des lois et de la force militaire , pour frapper le pasteur, et ramener, s'il était possible, au sein de l'Eglise , le troupeau égaré : par un raffinement de cruauté, après avoir fait placer l'infortuné Sylvanus devant ses disciples disposés en haie, il ordonna à ceux-ci , pour prix de leur pardon et pour témoignage de leur repentir, de massacrer leur père spirituel. Ils ne purent se résoudre à cette impiété , les pierres tombèrent de leurs mains; la troupe entière n'offrit qu'un seul bourreau, et, selon les expressions des catholiques , un nouveau David qui ren-

(i) Hoc cœterum ad sua egregia faclnora , divini atque orthodoxi itnperntores addiderunt , ut manichœos montanosque capitali puniri sententiâ juberent, eorumque Ubros quo— r.umque in loco inventi essent flarnmi.s tradi , quod si quis uspiam eosdem occultasse deprehenderetur , hune eundem mortis pœnœ addici, ejusque bona in fiscum inferri. ( Pierre le Sic. p. 759). Que pouvaient désirer de plus la bigotterieet l'esprit de persécution?

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versa le géant de l'hérésie. Cet apostat , qui se iioiumait Justus , trompa une seconde fols et livra ses frères sans défiance. L'envoyé de l'empereur présenta bientôt une nouvelle conformité avec les actes de saint Paul ; ainsi que cet apôtre , il embrassa la doctrine dont il s'était déclaré le persécuteur; il renonça à ses dignités et à sa fortune , et il acquit , dans la secte des pauliciens, la gloire d'un missionnaire et d'un martyr. Ils n'ambitionnaient pas la couronne du martyre (i); mais, pendant un siècle et demi de souffrances, ils supportèrent patiemment tout ce que put imaginer contre eux le zèle de leurs persécuteurs, et les efforts de la puissance ne purent venir à bout d'extirper les indomptables germes du fanatisme et de la raison. Des prédicans et des congrégations sortirent, à diverses reprises, du sang et des cendres des premières victimes. Au milieu des hostilités qu'ils souffraient au dehors , ils trouvèrent du loisir pour se livrer a des querelles domestiques ; ils prêchèrent , ils disputèrent , ils souffrirent, et les historiens catholiques confessent malgré eux les vertus, sans doute apparentes, que déploya Sergius dans une carrière de trente - trois ans (2). La cruauté naturelle de Justinien 11 fut ai-

(1) Il paraîtrait que les pauliciens se permirent quelques équivoques et des restrictions mentales , jusqu'au moment où les catholiques trouvèrent enfin par quelles questions ils pouvaient les réduire à l'alternative de l'apostasie ou du martyre. (Pierre le Sicilien, p. 760'.

(2) Pierre le Sicilien (p. 579-763) raconte cette persécu-

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guilloimée par un motif de religion ; il conçut le vain espoir d'étouffer, dans une seule persécution, le nom et la mémoire des pauliciens. La simplicité delà foi des princes iconoclastes et leur éloignement pour les superstitions populaires , auraient pu les rendre indulgens pour quelques doctrines erronées; mais , exposés déjà aux calomnies des moines , ils devinrent les tyrans des manichéens , afin qu'on ne les accusât point d'en être les complices. Ce fut le reproche dont on flétrit la clémence de Nicéphore , qui adoucit en leur faveur la rigueur des lois pénales , et son caractère ne permet guère de lui supposer un motif plus généreux. Le faihle Michel i*^*" et le sévère Léon l'Arménien furent des persécuteurs ardens ; mais il faut adjuger la palme à la dévotion sanguinaire de Théodora , qui rétablit les nuages dans les églises d'Orient. Ses émissaires parcoururent les villes et les montagnes de l'Asie Mineure , et les flatteurs de cette impératrice ont assuré que , dans un règne très-court , cent mille pauliciens périrent sous le glaive des bourreaux , sur le gibet ou dans les flammes. On peut avoir exagéré son crime ou son mérite; mais si le calcul est exact, on doit présumer (jue de simples iconoclastes furent enve-

tion avec joie et d'un ton de plaisanterie. Justus justa per— solvit. — Siinéon n'était pas ■ft']o( , mais x>i']es (la prononciation des deux voyelles doit avoir été à peu près la même), une grande baleine qui submei'geait les marins qui la prenaient pour une ils. ( Voyez aussi Cedrenus, p. l\Zl\-/\i5.)

nE LFMPIRE ROMAIN. CIiA.P. LIV. I :>

loppés dans la proscription sous un nom plus odieux , et que d'autres, chassés de l'Eglise, se réfugièrent malgré eux dans le sein de l'hérésie.

Les sectaires d'une religion long-temps persécutée Révolte des

1 T>' 1111 '1.^ 1- .^1 paaliciens.

qui arborent 1 étendard de la révolte , deviennent les a. d. 845, plus terriJDles et les plus dangereux des rebelles. °*

Armés pour une cause sacrée, ils ne se montrent plus susceptibles de crainte ni de remords : le sentiment de la justice de leur parti endurcit leur cœur contre les mouvemens de l'humanité, et ils vengent sur les enfans de leurs tyrans les injures de leurs pères. Tels ont été l^s hussites de la Bohême, les calvinistes de la France ; et tels furent au neuvième siècle les pauliciens de l'Arménie et des provinces voisines (1). Le massacre d'un gouverneur et d'un évêque , chargés par l'empereur de convertir ou d'exterminer les hérétiques, fut le premier signal de la révolte : et les profondes retraites du mont Argée devinrent pour eux l'asile de la liberté et du ressentiment. La persécution de Théodora et la révolte de Carbeas, brave paulicien qui commandait les gardes du général de l'Orient', allumèrent un incendie plus dangereux et plus général. Le père de Carbéas avait été empalé par les inquisiteurs catho^ liques , et la religion ou du moins la nature semblait

(i) Pierre le Sicilien (p. 763-764) , le continuateur de Théopliane ( 1. iv , c. 4 1 P- io3 , 104) , Cedrenus (p. 641, 542, 545) et Zonare (t. 11, I. xvi, p. i5G) racontent la révolte et les exploits de Carbeas et de ses pauliciens.

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l'autoriser à fuir ses perse'cuteurs et a satisfaire sa vengeance. Cinq mille de ses frères prirent les armes par les mêmes motifs ; ils abjurèrent toute espèce de soumission envers Rome, ranti-chretieune : un émir sarrasin présenta Carbeas au calife, et le commandeur des fidèles e'tendit son sceptre favorable sur l'impla- !is fortifient cablc ennemi des Grecs. Il bâtit ou fortifia dans les

Téphrice. . , . m m • i i -ii

montagnes situées entre Siwas et Irebisonde la ville de Tt'plirice (i), qu'occupe encore aujourd'liui un peuple farouche et sans lois ; et les collines des environs furent couvertes de pauliciens fugitifs qui crurent alors pouvoir concili'er Tusage des armes avec les pre'ceptes de l'Évangile. L'Asie fut accable'e plus de trente ans des malheurs de la guerre étrangère et de ceux de la guerre intérieure : les disciples de saint Paul se réunirent dans leurs incursions à ceux de Mahomet , et les paisibles chrétiens , les vieillards et les jeunes filles qui se virent jeter dans une cruelle servitude , durent en accuser l'esprit intolérant de leurs souverains. Le mal devint bientôt si pressant et la honte si visible , que le fils de Théodora, le débauché Michel lui-même , se crut obligé de marcher en personne contre les pauliciens ; il fut battu sous les murs de Samosate,et l'empereur

(i) Otter ( Voyages en Turquie et en Perse , t. ii ) , selon toute apparence , c'est le seul Franc qui soit allé dans le pays des Barbares indépendans , de Téphrice , aujourd'hui Divrigni ; il fut assez, lieu roux pour s'échapper de chez eux à la suite d'un otficier turc.

sie mineare.

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des Romains prit la fuite devant les hére'tiqiies que sa mère avait condamnés au feu. Les Sarrasins com battaient avec eux', mais on attribua la victoire à Carbeas, entre les mains duquel tombèrent plusieurs ge'néraux ennemis et plus de cent tribuns, dont il relâcha les uns par avarice , et par fanatisme condamna les autres à des tortures cruelles. La valeur et l'ambition de Chrysoclieir (i), son successeur , le jetèrent dans une spli'ère plus étendue de rapines et de vengeances. Accompagné de ses fidèles alliés , les musulmans , il pénétra au centre de l'Asie ; il battit Etpîiientl'Aen diverses occasions les troupes des frontières , celles du palais, et répondit aux édits de persécution en pillant Nicée et Nicomédie, Ancyre et Épht-se , et Tapôtre saint Jean ne put empêcher la profanation de la ville et de son sépulcre. La cathédrale d'Éphèse fut changée en écurie , et les pauliciens le disputèrent aux Sarrasins dans leur aversion et leur mépris pour les images et les reliques. On voit sans peine le triomphe de la rébellion sur le despotisme qui a dédaigné la plainte d'un peuple opprimé. Basile le Macédonien fut réduit à demander la paix, à offrir une rançon pour les captifs , à prier Chrysocheir ,

(1) Genesius a exposé, dans l'histoire de Chrysoclieir [Chron. , p. 67-70 , édit. de Venise ), la faiblesse de l'empire. Constantin Porphyrogenète (/« vit. Basil. , c. 37-43 , p. 166-171 ) parle avec étalage de la gloire de son grandpère. Cedreniis (p. 370-673) n'a ni leurs passions ni leurs connaissances.

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dans le langage de la modération et de la charité, d'épargner les chre'tiens ses frères, et de se contenter d'un magnifique présent d'or , d'argent et d'e'toffes de soie. « Si l'empereur désire la paix , répondit cet insolent fanatique, qu'il abdique l'Orient, et qu'il rè^ne tranquillement en Occident : s'il s'y refuse , ^ il sera précipité de son trône par les serviteurs de

Dieu. » Basile suspendit à regret la négociation , accepta le défi , et conduisit son armée dans le pays des pauliciens , qu'il mit a feu et à sang. Dans les plaines , ces hérétiques eurent à souffrir les mêmes maux qu'ils avalent fait subir aux sujets de l'empire ; mais lorsque l'empereur eut reconnu la force de Téphrice , la multitude des Barbares , leurs vastes magasins d'armes et de munitions, il renonça quoique à regret a un siège inutile. Revenu à Constantinople, il travailla, par des fondations d'églises et decouvens, à s'assurer la protection de saint Michel archange et du prophète Élie. Il demandait chaque jour au ciel de vivre assez long-temps pour percer de trois traits la tête de son impie adversaire. Il fut exaucé au-delà de son attente : après une incursion qui d'abordavait été heureuse , Chrysocheir fut surpris et tué dans sa retraite , et sa tête fut portée en triomphe au pied du trône. En recevant cet agréable trophée , Basile demanda son arc ; il le perça de trois flèches , et reçut avec plaisir les éloges des courtisans qui vantèrent Lenrdéclin. sa victoirc. Avcc Chrysocheir périt et s'effaça la gloire des pauliciens; à la seconde expédition que fit l'empereur , les hérétiques abandonnèrent leur

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imprenable forteresse de Téphrice (i) ; les uns implorèrent leur pardon ,les autres s'enfuirent sur les frontières, La place devint un monceau de ruines ; mais l'esprit d'indépendance se soutint au fond des montagnes pendant plus de cent ans. Les sectaires défendirent leur religion et leur liberté , infestèrent les frontières romaines , et conservèrent leur alliance avec les ennemis de l'empire et de l'Evangile.

Constantin , que les partisans des images ont sur- Les pauii-

, „ I -I- 1 I • •^ ciins sont

nomme Copronyme, rit, vers le milieu du huitième nami.ianiés

• v 1 'I-.- J Ta ' • -Il de rArniéiiJc

siècle^ une expédition dans 1 Arménie: il trouva j,,nsiaThiadans les villes de Mélitène et de Tliéodosiopolis un ^^' grand nombre de pauliciens qui suivaient une doctrine peu différente de la sienne : soit qu'il voulût les punir ou leur donner une inarque de faveur , il les transplanta des rives de rEuphrateà Constantinople et dans laThrace; et cette migration introduisit et répandit leur doctrine en Europe (si). Si ceux qu'on établit dans la métropole se trouvèrent bientôt perdus dans la masse confuse des habitans , les autres jetèrent de profondes racines sur le sol où on venait de les transplanter. Les pauliciens de laThrace résistèrent aux orages de la persécution ; ils entretin-

(1) 'SiiivccTTifAU^uvèyi TTUTO, >} uvênFci ryj? TiÇ^iKt^ç ivuvS'ûiu. Que la langue grecque a d'élégance , même dans la bouclie de Cedrenus !

(2) Copronyme transplanta ses <ruyyivii? , hérétiques ; et ainsi iis-Xu'jvvê)} îj ui^itriç YIuvXikiuvuv ^ dit Cedrenus (p. 463), qui a copié les Annales de Tliéopliane.

rent une correspondance secrète avec leurs frères d'Arménie, et aidèrent de leurs secours les apôtres de la secte, qui allèrent, non sans succès, tenter la foi des Bulgares encore mal affermie (i). Ils furent renforcés et augmentés par une colonie puissante qu'au dixième siècle, Jean Zimiscès (2) transplanta des collines Chalybiennes dans les vallées du mont Hémus. Le clergé oriental, qui aurait désiré la destruction des manichéens , pressait du moins leur éloignement avec impatience. Le vaillant Zimiscès estimait leur valeur, dont il avait ressenti les coups; leur attachement aux Sarrasins entraînait des suites fâcheuses ; établis près du Danube , ils pouvaient servir utdement contre les Barbares de la Scythie , ou bien être détruits par eux : on adoucit toutefois leur exil dans une terre éloignée , par la tolérance accordée à leurs opinions; ils tenaient la ville de Philippopolis et les clefs de la Thrace ; les catholiques de ce canton devinrent leurs sujets ; les émigrans jacobites y demeurèrent leurs alliés ; ils occupèrent une ligne de villages et de châteaux dans

(1) Pierre le Sicilien , qui résida neuf mois à Téphrice ( A. D. 870) pour négocier la rançon des captifs ( p. 764 ) , fut instruit de ce projet de mission ; et , pour empêcher le triomphe de .l'erreur , il adressa VHistoria manichœorum au nouvel archevêque des Bulgares (p. 764).

(2) Zonare( tora. 11 , 1. xvii , p. 209) et Anne Comncne {^Alexiad., 1. xxv , p. 460, elc. ) parlent de la colonie de pauliciens et de jacobites , transplantée par Zimiscès ( A. D. 070) d'Arménie dans la Thrace.

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la Macédoine et l'Éplre, et attirèrent dans leur communion et sous leurs drapeaux un assez grand nombre de Bulgares. Aussi long -temps qu'ils furent tenus en respect par la force et traités avec modération,leurs troupes se distinguèrent dansles armées de l'empire , et les pusillanimes Grecs remarquent avec étonnement, et presque d'un ton de reproche, le courage de ces chiens toujours passionnés pour la guerre, et avides de sang humain. Ce môme courage les rendait arrogans et opiniâtres ; ils se laissaient facilement entraîner au caprice ou au ressentiment , et leurs privilèges étaient souvent violés par les dévotes infidélités du clergé et du gouvernement. Au milieu de la guerre des Normands , deux mille cinq cents manichéens abandonnèrent les drapeaux d'Alexis Comnène (i), et retournèrent dans leur pays. L'empereur indigné dissimula jusqu'à ce qu'il eût trouvé le moment de la vengeance ; ayant appelé les chefs à une conférence amicale , et sans distmguer les innocens des coupables , il les punit tous par la prison , la confiscation de leurs biens et le baptême. Dans un intervalle de paix, il forma le pieux dessein de les réconcilier avec l'Église et avec l'état ; ce prince , surnommé par sa dévote fille le

( i) Anne Comnène raconte dans VJle.v. ( 1. v , p. 3 1 ; J- vi , p. 1 54-1 55 ; 1. XIV , p. 460 457 , avec les Rem. de Ducange) la conduite apostolique de son père envers les manichéens: elle les traitait d'abominables hérétiques , et elle avait le projet de les réfuter.

22 HISTOIRF DE LA DÉCADKNCK

treizième apôtre, prit ses quartiers d'hiver à Philippopolis , passades journées et des nuits entières dans des controverses de théologie. Pour appuyer ses raisons et vaincre Topiniâtreté des sectaires, il accorda des honneurs et des récompenses aux plus distingués d'entre les prosélytes^ et établit les convertis d'une moindre importance dans une nouvelle ville qu'il environna de jardins , et a laquelle il donna son iioiii et de grands privilèges; il leur ôta le poste important de Philippopolis : les chefs réfractaires furent jetés dans des cachots ou condamnés au bannissement; et ils durent leur vie à la prudence plutôt qu'à la clémence d'un empereur qui avait fait brûler devant l'église de Sainte-Sophie un pauvre hérétique dénué d'appui (i) ; mais l'orgueilleuse espérance qu'on avait pu concevoir de déraciner les préjugés d'une nation fut bientôt renversée par l'indomptable fanatisme des pauliciens, qui cessèrent de dissinîi'ler ou refusèrent d'obéir. Aussitôt après le départ et la mort d'Alexis , ils retournèrent à leurs lois civiles et religieuses. Au commencement du treizième siècle, leur pape ou primat (signe évident de corruption) résidait sur les frontières de la Bulgarie , de la Croatie et de la Dalmatie , et gouvernait par ses vicaires les congrégations que la secte avait formées en Italie et efi France (2)^ Depuis cette

(1) Le moine Basile , clief des bogomiles , secte de gnosliqnes qui s'évanouit bientôt ( Anne Comnène , Alexiade , ]. XV. p. 486-494; Mosheim j Hist. cccles. , p. 420 ).

(9,) Malt. Paris, Hhi. major., p. 2267. Ducauge rapporte

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