‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 43 sur 68 · XI · texte numérisé non relu

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en étaient rares ; mais la conversion de la Hongrie ouvrit une route sûre entre l'Allemagne et la Grèce. La charité de saint Etienne , l'apôtre de son royaume , secourait et dirigeait les pèlerins (i) qui, de Belgrade à Antioche , traversaient un empire chrétien Le nombre Je quinzc cents milles d'étendue. Les Francs n'avaient

des pèlerms . . i j^ i l M ' .1

augmente. A. jamais cu plus d ardeur pour les pèlerinages, et les , e c. ^jjgjjjjj^g étaient couverts de personnes de tous les sexes et de tous les rangs, qui assuraient ne désirer de vivre que jusqu'au moment où elles pourraient baiser le tombeau de leur rédempteur. Les princes et les prélats abandonnaient le soin de leurs domaines, et le nombre de ces pieuses caravanes annonçait les armées des croisés qui débarquèrent le siècle suivant dans la Palestine. Environ trente ans avant la première croisade , l'archevêque de Mayence , les (•vêques d'Utrecht , de Bamberg et de Ratisbonne , partirent des riies du Rhin pour se rendre sur celles du Jourdain avec une suite de sept mille personnes. L'empereur les reçut à Constantinople d une manière hospitalière; mais, ayant imprudemment étalé leurs richesses , ils furent attaqués par les farouches Arabes ; ils se servirent de leurs armes avec une espèce de scrupule ; ils soutinrent un siège dans le

ierentur. (Glaber , 1. iv, c. 6 ; Bouquet , Historiens de France , l. X , p. 5o.)

(l) Glaber (I. m, «•. \ ). Katona (Hisl. crit. reg. Uungar. , 1. 1 , p. 3o4-3ii) examine si saint Etienne fonda un monaslère à Jérusalem.

i)E l'empibe romain, chap. Lvn. aSg village de Capernaum , et ne durent leur de'llvrance qu'à la protection vénale de Te'mir fatimite. Après avoir visité les saints lieux, ils s'embar([uèrent pour l'Italie ; mais des sept mille personnes qui formaient leur suite , deux mille seulement revirent leur patrie. Ingulphe, secre'taire de Guillaume-le-Conqnérant , était de ce pèlerinage : il raconte que, de trente cavaliers robustes et bien équipe's , dont il faisait partie, et qui avaient quitté la Normandie pour aller dans la Palestine , il ne restait, lorsqu'ils repassèrent les Alpes , que vingt misérables pèlerins à pied , le bourdon à la main et la besace sur le dos (i).

Après la défaite des Romains, la tranquillité des Conqnête califes fatimiles fut troublée par les Turcs (^i). Atsiz pu ipItuic^ le Carizmien , un des lieutenans de Malek-Shah , en- ^ P' ^'*'^* tra dans la Syrie à la tête d'une puissante armée , et réduisit Damas par le fer et la famine. Hems et les autres villes de la province reconnurent le calife de Bagdad et le sultan de la Perse ; et l'émir victorieux s'avança jusqu'aux bords du Nil sans éprouver de résistance : le fatimite se disposait à se réfugier au centre

(i) Baronius(A.D. 1064,11"= 43-5^) a copié la plus grande partie des récits originaux d'Ingulphe , de Maiianus et de Lainberlus.

(2) Voyez Elmacin {^Hist. Saracen. ^ p. 34.9, 35o) , et Abulpharage [Djna.st. ^ p. 287, \ers. Pococke ). M. de Gyv^n^i, {^Histoire (les Huns , tom. ui,par(. 1, p. ai 5, 2 16) ajoute les témoignages ou plutôt les noms d'AbnIfcda et de Novairi.

de l'Afrique , mais les nègres de sa garde et les habi* tans du Caire firent une sortie de'sespe're'e et ciiassèrent les Turcs des frontières de TÉgypte. Le meurtre et le pillage marquèrent la route que suivit Atsiz dans sa retraite ; il fit égorger le juge et les notaires de Je'rusalem , qu'il avait invite's à venir dans son camp, et cette exe'cution fut suivie du massacre de trois mille citoyens. Il ne tarda pas a voir sa cruauté ou sa défaite punie par le sultan Toucush , frère de Malek- Shah , qui , avec plus de titres et des forces plus redoutables , soutint ses droits à Tempire de la Syrie et de la Palestine. La maison de Seijouk régna à Jérusalem environ vingt ans (i) ; mais le commandement héréditaire de la sainte Cité et de son district fut abandonné à l'émir Ortok, chef d'une tribu de Turcomans, dont les enfans formèrent, après leur expulsion de la Palestine , deux dynasties qui régnèrent sur les frontières de l'Arménie et de l'Assyrie (2). Les chrétiens de l'Orient et les pèlerins de l'Eglise latine

(i) Depuis l'expédition d'Isar Atsiz (A. D. 4^>9 > A. D, 1076), jusqu'à l'expulsion des Ortokides (A. D, iog6). Cei)endant Guillaume de Tyr (1. 1 , c. 6 , p. 633) assure que Jérusalem fut trente-huit ans au pouvoir des Turcs; et une Chronique arabe, citée par Pagi (t. iv, p. 202), suppose qu'un général Carizmien la soumit au calife de Bagdad , A. H. 463, A. D. 1070. Ces dates si reculées s'accordent mal avec l'Histoire générale de l'Asie , et je suis sûr que (A. D. 1064) le regnum Babylonicum ( du Caire) subsistait encore dans la Palestine. (Barouius, A. D. 1064 , n° 56.)

(2) De Guignes , Histoire des Hu/Hy t. 1 , p. 249-^52.

T>r l'oiPIRE ROMAIN. CÎIAP. TVIT. 2^)1

déplorèrent une révolution qui , au lieu de l'administration régulière et de l'ancienne alliance des califes, les soumettait au joug de fer des étrangers dil Nord (i). La cour et l'armée du sultan offraient , à quelques égards , les arts et les mœurs de la Perse ; mais le gros des Turcs, et particulièrement les tribus pastorales, conservaient la férocité des peuplades du désert. De Nicée à Jérusalem , les contrées occidentales de l'Asie étaient le théâtre de guerres étrangères ou intestines; et ni le caractère ni la situation des pasteurs de la Palestine , qui exerçaient une autorité précaire sur une frontière malintentionnée , ne leur permettaient d'attendre les tardifs avantages de la liberté du commerce et de la liberté de religion. Les pèlerins qui , à travers d'innombrables dangers , arrivaient aux portes de Jérusalem, devenaient les victimes du brigandage des individus ou de la tyrannie de l'administration , et succombaient souvent à la misère ou à la maladie, avant d'avoir eu la consolation de saluer le Saint- Sépulcre. Soit barbarie naturelle ou zèle d'une religion nouvelle , les Turcomans insultaient les prêtres de toutes les sectes : le patriarche fut traîné par les cheveux surle pavé et jeté dans un cachot : pour forcer son troupeau à le racheter , la grossièreté de ces maîtres

(i) Guillaume (le Tyr (1. î , c. 8, p. 634 ) , qui se fatigue à grossir les maux que souffraient les chrétiens. Les Turcs exigeaient un aureus de chaque pèlerin, Le caphar des Francs est aujourd'hui de quatorze dollars, et l'Europe ne se plaint pas de cette laxe volontaire.

262 HISTOIRE DE LA DléCADENCE

sauvag'es troubla souvent les cén'moiiies de l'église de la Résurrection. Ces détails, racontés d'une manière pathétique , excitèrent des millions de chrétiens à marcher , sous l'étendard de la croix , à la délivrance de la Terre - Sainte ; et cependant combien tous ces maux accumulés étaient au-dessous de l'action sacrilège de Hakem , que les chrétiens de l'Eglise latine avaient endurée si patiemment! De moindres vexations enflammèrent le caractère plus irascible de leurs descendans.il s'était élevé un nouvel esprit de chevalerie religieuse et de soumission à l'empire universel du pape : on avait touché un nerf trèssensible , et l'impression s'en fit sentir jusqu'au cœur de l'Europe.

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