‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain (volume 5)Chapitre 42 sur 68 · HISTOIRE DE LA DECADJENCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA DECADJENCE

mina leurs raisons , ou plutôt leurs promesses; et , après quelques incertitudes , Soliman se déclara en faveur de Botoniates, ouvrit un passage à ses troupes d'Antioche a Nice'e , et joignit la bannière du croissant à celle de la croix. Nicéphore Botoniates , parvenu au trône de Constantmople, reçut honorablement le sultan dans le faubourg de Chrysopolis ou Scutari ; il fit passer en Europe un corps de deux mille Turcs , et dut à leur dextérité et à leur valeur la défaite et la captivité de son rival Bryennius; mais sa conquête de l'Europe fut chèrement payée par le sacrifice de ses possessions asiatiques : Gonstantinople fut privée de la soumission et des revenus des provinces sittiées au-delà du Bosphore et de l'Hellespont , et l'on vit les Turcs s'avancer régulièrement , fortifiant les passages des rivières et des montagnes, ce qui ne laissait aucune espérance ni de leur retraite ni de leur expulsion. Un autre compétiteur réclama l'appui du sultan. Melissenus suivait le camp des Turcs , revêtu de la robe de pourpre et des brodequins rouges ; les villes découragées se laissaient séduire par les manifestes d'un prince romain , qui les livrait aussitôt entre les mains des Barbares. Un traité de paix, que signa l'empereur Alexis, confirma ces acquisitions : la crainte que lui inspirait Robert le força de rechercher l'amitié de Soliman ; et ce n'est qu'après la mort de celui-ci , qu'il porta la frontière orientale de l'empire jusqu'à Nicomédie , c'est-à-dire, à environ soixante milles de Constantinople. Trébisonde seule , défendue de tous côtés par la mer et les

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montagnes , conservait , à l'extrémité de VEuxin, l'ancien caractère d'une colonie grecque , et les fondemens d'un empire chrétien.

L'établissement des Turcs, dans l'Anatolie ou l'Asie ^^ij?^;^°J5°'5^ Mineure , fut la plus grande perte qu'eussent essuyée Roum. l'Église et l'Empire depuis les premières conquêtes des califes. La propagation de la foi musulmane valut à Soliman le nom de Gazi ou de champion sacré ^et les tables de la géographie orientale s'augmentèrent de son nouveau royaume des Romains ou de Roum. Les auteurs le représentent comme s'étendant de l'Euphrate à Constantinople , de la mer Noire aux confins de la Syrie , riche en mines d'argent et de fer , d'alun et de cuivre ; fertile en blé et en vin , et abondant en bétail et en excellens chevaux (i). La richesse de la Lydie , les arts de la Grèce et les lumières du siècle d'Auguste, n'existaient plus que dans des livres et dans des ruines, également dédaignés des Scythes , maîtres du pays. Cependant l'Anatolie offre encore de nos jours quelques villes riches et peuplées ; mais , sous l'empire de Byzance , elles étaient plus nombreuses, plus considérables et plus opulentes. Le sultan établit sa résidence àNicée , capitale de la Bithynie , qu'il eut soin de fortifier : le siège du gouvernement de la dynastie seljoUcide de

(i) Telle est la description de Roum, par Haiton , l'Arménien, auteur d'une histoire tartare qui se trouve dans les Recueils de Ramusio et de Bergeron. ( Fofez Abulféda , Géogr., Climat 17 , p. 3oi-3o5.)

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Roum se trouvait à cent milles de Constantinople, et la divinité de Josus-Christ était reniée et insulte'e dans le même temple oii le premier concile général des catholiques Tavaif déclarée une malière de foi : on prêchait dans les mosquées l'unité de Dieu et la mission de Mahomet ; les écoles enseignaient les sciences arabes, les cadis jugeaient d'après ia loi du Koran ; les mœurs et 1 idiome des Turcs prévalaient dans les villes, et les camps des Turcomans étaient répandus sur les plaines et les montagnes de l'Anatolie. Les Grecs chrétiens obtinrent Texercice de leur religion, sous la dure condition de payer un tribut , et de vivre asservis aux Turcs ; mais on profana leurs églises les plus révérées , on insulta leurs prêtres et leurs évoques (i); ils se virent contraints de souffrir et le triomphe des païens et l'apostasie de leurs frères ; des milliers d'enfans furent circoncis, et des milliers de captifs furent dévoués au service ou aux plaisirs de leurs maîtres (2). Après la perte de l'Asie , An-

( 1 ) Dicit eos quemdam ahusione Sodomilicâ intervertisse episcopuin (Guibert , Abbat. , Hist. Hierosol. ,1. i , p. 4^8). Il est singulier que le même peuple fournisse de nos jours un second passage pareil à celui-ci. « Il n'est point d'horreurs que ces Turcs n'aiertt commises ; et semblables aux soldats effrénés qui, dans le sac d'une ville , non contens de disposer de l<jut à leur gré , prétendent encore aux succès les moins désirabïes , quelques sipahîs ont porté leurs attentais sur la personne du vieux rabbi de la synagogue et celle de l'archevêque grec, » (^JlJcmoires du baron de Tott, t. II, p. 193.)

(2) L'empereur ou l'abbé Guibert décrit les scènes du

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tioche demeurait fidèle à Jésus - Christ et a César; mais cette province solitaire ne pouvait espérer le secours des Romains, et les forces mahométanes l'environnaient de tous côtés. Philarète , son gouverneur , désespérant de se défendre , se disposait à sacrifier sa religion et son devoir; mais il fut prévenu dans le crime par son fils , qui , se rendant en hâte au palais de Nicée , offrit à Soliman de remettre entre ses mains cette ville importante. L'ambitieux sultan monta à cheval, et fit une marche de six cents milles en douze nuits , car il se reposait le jour. Tels furent la célérité et le secret de l'entreprise , qu Antioche n'eut pas le temps de se reconnaître ; et les villes qui en dépendaient , jusqu'à Laodicée et aux confins d'Alep (i) , suivirent l'exemple de la métropole. De Laodicée au Bosphore de Thrace , ou bras de Saint- George , les conquêtes de l'empire de Soliman occupaient un espace de trente journées de chemui en longueur , et de dix ou quinze en largeur entre les rochers de la Lycie et la mer Noire (2). L'ignorance

camp des Turcs comme s'il y avait été. Matres correptœ in conspectu fiUanun muUipUciter répétais diversorum coitibus vexabantur. (Est-ce la bonne version ?) Cum filiœ assislentes carmina prœcinere saltando cogerentur. Max eadem passio ad fiUas , etc.

(i) Voyez des détails sur Antioclie et la mort de Soliman, dans Anne Comnène {Alexias, 1. vi , p. 168 ,169), avec les notes de Ducange.

(2) Guillaume deTyr(l. i , c. 9 , 10 , p. 635) donne les détails les plus autlieiUiques et les plus déplorables sur les conquêtes des Turcs.

des Turcs dans l'art de la havig-ation perhlit quëlqiie lemjps , à l'empereur , de jouir d'une sécurité sans gloire ; mais lorsque les captifs grecs leur eurent construit une flotte de deux cents vaisseaux , Alexis trembla derrière les murs de sa capitale. Pour exciter la compassion des Latins , il re'pandit eh Europe des lettres lamentables, qui peignaient le danger, la faiblesse et la richesse de la cite de Constantin ( r ). État de Je- La conquêtc la plus inte'ressante des TurCs seliou-

rnsalem; <lé- ^

tbiis sur les cidcs fut ccllc dc Jcrusalcm (2), qui ne tarda pas à

pèlerinages -i • i i 'a ^ • *■ • i •

qu'on y fai- ucvenir le théâtre des nations. La capitulation accoreas-i^g- ^ ^^'^ P'^" ^^^^ ^^^ liabitans, leur assurait la lii)erté

de leur religion et la conservation de leurs propriéte's;

mais les articles en avaient été' interprétés par un

maître contre lequel on ne disputait pas sans danger;

et pendant les quatre cents ans que dura le règne des

(1) Dans son épître au comte de Flandre, Alexis parait avilir son caractère et sa dignité j cependant cette lettre est reconnue authentique par Ducange ( Not. ad Àlcriad. , p. 335 , etc. ), et paraphrasée par l'abbé Guibert, historien contemporain. Le texte grec n'existe plus, et chacun des traducteurs et des copistes a pu dire avec Guibert ( p. 47^) verbis vestita meis , privilège d'une étendue indéfinie.

(2) Deux passages d'une grande étendue et originaux dé Guillaume, archevêque de Tyr (1. 1, c. i-io; I. xviir, c. 5, 6), le principal auteur des Gesta Dci per Francos , contiennent les dclaiis les plus surs touchant l'histoire dé Jérusalem, depuis HL-raclius jusqu'aux Croisades. M. de Guignes a public un savant Mémoire sur le commerce des Français dans le Levan! avant les Croisades,, etc. (il/t'///. dé ( /icad. des inscript. ^ t. xxxvu , p. 467- 5oo).

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califes, la situation politique de Je'rusalem pi-esenta de fre'quentes variations (i). Les musulmans s'emparèrent des trois quarts de la ville ; raccroissement du nombre de leurs prosélytes et de leur population pouvait l'avoir exige' ; et l'on réserva un quartier particulier au patriarche , à son clergé et à son troupeau ; les chrétiens payèrent un tribut de deux pièces d'or par tête pour le prix de la protection qui leur était accordée , et le tombeau de Jésus -Christ , ainsi que l'église de la Résurrection, demeurèrent entre leurs mains. La portion de ces chrétiens, la plus nombreuse et la plus respectable, ne se composait pas d'habitans de Jérusalem ; la conquête dés Arabes avait excité plutôt que supprimé les pèlerinages à la Terre- Sainte ; la douleur et l'indignatioii donnaient une nouvelle force à l'enthousiasme qui avait fait naître l'idée de ces dangereux voyages. Les pèlfei-ins de l'Ôriént et de l'Occident arrivaient en foiilé au Saitit- Sépulcre et dans les églises des environs, surtout à la fête de Pâques ; les Grecs et les Latins , les nestoriens et les jacobites , les cojihtes et les abyssins , lès ài-méniens et les géorgiens entretenaient les chamelles , le clergé et les pauvres de leurs communions

(l) Secunduin dominoruin dixpositionem plerumque lucida plerumque nuhila recepit intervalla , et œgrotantiutn more temporum prœsentium gravabatur aut respirahat qualitate (l. 1, c. 3, p. 63o). Le latin de Gtiillaume de Tyr n'est ^oini: du tout méprisable; mais lorsqu'il compte quatre cent quatre-vingt-dix ans de la perte à la reprise de Jérusalem , c'est trente années de trop.

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respectives. L'harmonie de toutes ces prières en langues si diverses , tant de nations rassemblées dans le temple commun de leur religion , auraient dû présenter un spectacle d'édification et de paix ; mais la haine et la vengeance aigrissaient le zèle des sectes chrétiennes ; et sur les lieux où le Messie avait perdu le jour en pardonnant à ses bourreaux , elles voulaient dominer et persécuter leurs frères. Le courage et le nombre assuraient aux Francs la prééminence , et la grandeur de Charlemagne (i) protégeait les pèlerins de rÉgllse latine et les catholiques de l'Orient. Les aumônes de ce dévot empereur soulagèrent la pauvreté de Cartilage , d'Alexandrie et de Jérusalem ; et il fonda ou rétablit plusieurs monastères de la Palestine. Haroun-al-Rashid , le plus grand des Abbassides , estimait dans le prince chrétien , qu'il appelait son frère , une grandeur de génie et de puissance égale à la sienne : leur amitié fut cimentée par des dons et des ambassades fréquentes, et le calife, en conservant la véritable domination de la Terre- Sainte, offrit à l'empereur les clefs du Saint-Sépulcre et peut-être de la ville de Jérusalem. Au déclin de la monarchie carlovingienne , la république d'Amalfi fut utile au commerce et à la religion des Européens en Orient ; ses navires portèrent les pèlerins sur les

(i) P'ojez sur les rapports de Charlemagne avec la Terre- Sainte , Eginliard [De vitd Caroli Magiii , c. i6 , p. 79-83). Constantin Porphyrogenète [De adininislr. iinpeni , 1. 11, c. 26, p. 80), et Pagi ( Critica, t. ni, A. D. 800 , n"» i3 , ï4,l5).

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côtes de l'Egypte et de la Palestine ; et, à l'aide de ses cargaisons , elle obtint la faveur et l'alliance des califes fatimites (i) : on établit sur le Calvaire une foire annuelle , et les negocians d'Italie fondèrent le couvent et l'hôpital de Saint - Jean - de - Jérusalem , berceau de l'ordre monastique et militaire , qui depuis a donné des lois à l'île de Rhodes , et qui règne aujourd'hui à Malte. Si les pèlerins de l'Église chre'tienne s'étaient contentés de révérer le tombeau d'un prophète, les disciples de Mahomet, loin de se plaindre d'une pareille dévotion , l'auraient imitée ; mais ces rigides unilaires furent révoltés d un culte qui comprend la naissance , la mort et la résurrection d'un Dieu ', ils flétrirent du nom d'idoles les images des catholiques , et les musulmans virent avec un sourire d'indignation (2} la flamme miraculeuse qui s'allumait , la veille de Pâques , dans le Saint-Sépulcre (3) ; les croisés latins se laissèrent séduire par celte pieuse

(1) Le calife accorda des privilèges Amalphitanis viris amicis et utiliiirn introductoribus {^Gesta Dei , p. 934). Le commerce de Venise en Egypte et dans la Palestine ne saurait produire un titre aussi ancien , à moins qu'on n'adopte la plaisante traduction d'un Français, qui prenait les deux factions du Cirque ( Veneti et Prasini) pour les Vénitiens et les Parisiens.

(3) Une Chronique arabe de Jérusalem {op. Assemani , Bib. orient. , t. 1 , p. 628 ; t. iv, p. 368) atteste l'incrédulité du calife et de l'historien; Conlacuzène toutefois ose en appeler aux musulmans eux-mêmes pour la réalité de ce miracle perpétuel.

(3) Le savant Moshcim a discuté séjiarément ce prétendu

supercherie invente'e au neuvième siècle (i) ; et les prêtres des communions grecque , arme'nienne el cophte (2), la renouvellent chaque anne'e aux yeux d'une foule cre'dule qu'ils trompent pour leur inte'rêt et celui de leurs tyrans (3). Dans tous les siècles , rint;e'rêt a fortifié le principe de la tole'rance , et les de'penses faites par un si grand nombre d'étrangers, et le tribut qu'ils payaient, augmentaient annuellement le revenu du prince et de son émir. ,.,.^°"*. ^^.* La révolution qui fit passer le sceptre des Abbas-

calilesfiitimi- '^ * r

tts.A.D.(/)9- sides aux fatimites , fut plus avantageuse riue nui- 1076. -, , ^ , . ^ ^. },. .

sible a la Terre - Samte : un souverain qui résidait

en Egypte sentait bien mieux l'importance du com-

miracle dans ses dissertations sur V Histoire ecclésiastique (t. II j p. 2i4-3o6 ), De lutnine sancti sepulchri.

(i) Guillaume de Malmsbiiry (1. iv, c. 11,20g) cite l'Itinéraire du moine Bernard, témoin oculaire, qui visita Jérusalem, A. D. 870. Le miracle est confirmé par le témoignage d'un autre pèlerin , qui l'avait précédé de quelques années ; et Mosheim dit que les Francs inventèrent cette supercherie peu de temps après la mort de Charleraagne.

(9.) Nos voyageurs, Sandys (p. i34). Thevenot (p, 62l- 627 ) , Maundrell (p. 94, 95),etc, , décrivent cette farce extravagante. Les catholiques sont embarrassés à déterrai-* ner l'époque où a fini le miracle et commencé la supercherie.

(3) Les Orientaux eux-mêmes conviennent de la fraude , et ils la justifient par la nécessité et des vues d'édification '\^Mémoircs du chevalier cV Arvieux , 1. 11, p. 1 40 ; Joseph Abudacni , Hist. Coph. , c. 20) ; mais je n'essaierai pas d'expliquer avec Mosheim comment se faisait ce prétendu miracle. Nos voyageurs se sont trompés en voulant expliquer la liquéfaction du sang de saint Janvier.

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merce des chrétiens , et les émirs de la Palestine se trouvaient moins éloignés de la justice et de la puissance du trône ; mais le troisième de ces califes fatimiles fut le fameux Hakem (i), jeune frénétique, que son impiété et son despotisme avaient affranchi de la crainte de Dieu et des hommes , et dont toute la conduite n'offrit qu'un mélang^e bizarre de vices et d'extravagances. Sans égards pour les usages de l'Egypte les plus anciens , il assujettit les femmes à une réclusion absolue : cette gêne excita les clameurs des deux sexes ; leurs cris provoquèrent sa fureur; il fit livrer aux flammes une partie du vieux Caire, et les citoyens soutinrent contre ses gardes un combat meurtrier qui dura plusieurs jours. Le calife se montra d'abord un zélé musulman ; il fonda ou enrichit des mosquées et des collèges ; il fit transcrire à ses frais , en lettres d'or, douze cent quatrevingt-dix exemplaires du Koran , et il ordonna d'arracher toutes les vignes de la Haute - Egypte ; mais sa vanité se flatta bientôt de l'espoir d établir une nouvelle religion; la réputation d'un prophète ne lui suffisait pas, et il se qualifiait d'image visible du Très- Haut , qui , après neuf apparitions sur la terre , se montrait enfin dans sa personne royale.

(i) Voyez d'Herbelot [Bibl. orient. , p. 4* O ^ Renaudot (^Hist.patriar. Alex., p. 390-3^7 ,4<io , 4''i)5 Elmaciii (^àf . Saracen., p. Sai-SaS), etMarei(p. 384-386) , historien d'Éfçypte, traduit d'arabe en allemand par Reiske, et qu'un de rat!s amis m'a interprété verbalement.

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Au nom Je Hakem, le souverain des vivans et des morts , chacun devait plier les genoux et adorer une montagne près du Caire , qui était consacrée aux mystères de ce culte : seize mille personnes avaient signé sa profession de foi , et aujourd'hui même une peuplade libre et guerrière , les Druses du mont Liban, croient à la divinité de ce tyran insensé, et sont persuadés qu'il existe encore (i). En qualité de dieu , Hakem détestait les Juifs et les chrétiens comme soumis à ses rivaux; mais un reste de prévention ou de prudence lui parlait en faveur de la loi de Mahomet. Ses persécutions cruelles en Egypte et dans la Palestine firent quelques martyrs et un grand nombre d'apostats; il méprisait également les droits communs et les privilèges particuliers des différentes sectes, et il défendit aux étrangers et aux habitans de Jérusalem de visiter le tombeau de Saciiiége de Jésus-Christ. Le temple du monde chrétien, l'église

Hakem. A. D. t,,, ^l'i-- i r

10 Mj. de la Résurrection , tut demohe jusque dans ses ion-

(i) La religion des Druses est cacliée par leur ignorance et leur hypocrisie. Le secret de leur doctrine ne se communique qu'aux élus qui mènent une vie contemplative; et les Druses des classes ordinaires les plus indifférens des hommes , se conforment, selon l'occasion , au culte des mariométans ou à celui des chrétiens de leur voisinage. Le peu qu'on sait ou le peu qui mérite d'être connu sur cette peuplade , se trouve dans Niebuhr , auteur qui a examiné avec soin les pays qu'il a parcourus (^q)-^"'^*, t. ii,p. 354-357), et dans le second volume du Voyage récent et instruclii de M. Yolnev.

démens ; ce prodige lumineux qu'on voyait à la fête de Pâques disparut, et on prit beaucoup de peine à bouleverser le caveau du rocher qui, à proprement parler , forme le Saint-Sepulcre. A la nouvelle de ce sacrilège, les nations de l'Europe furent saisies d'étonnement et de douleur; mais, au lieu de s'armer pour la défense de la Terre Sainte, elles se contentèrent de brûler ou de bannir les Juifs qu'elles regardaient comme les conseils secrets de l'impie Hakem (i). Cependant l'inconstance et le repentir <le Hakem allégèrent en quelque sorte les malheurs de Jérusalem , et le tyran venait de signer la restitution des églises, lorsqu'il fut assassiné par les émissaires de sa sœur. Les califes , ses successeurs , reprirent les anciennes maximes de la religion et de la politique musulmane. La tolérance reparut de nouveau : par les pieux secours de l'em.pereur de Constantinople , le Saint-Sépulcre se releva du milieu de ses ruines , et après une courte privation , les pèlerins y retournèrent avec l'empressement qui en devait être la suite (>,). Le voyage de Palestine par mer exposait souvent à des dangers, et les occasions

(i) Voyez Glaber, 1. m , c. 7 , et les Annales de Baronius et de Pagi , A. D. 1009.

(2) Per idem tempus ex universo orbe tam innuinerahilis multitudo cœpit conjluere ad sepulchrum Salvatoris Hleroso— limis , quantum nuUus hoinlnum prlus sperare poterat. Ordo inferions pleins... médiocres... reges et comités... prœsules... rnitlirres mnltœ nobiles cum pauperioribus... pluribus enim erat mentis desiderium rnori priusquam ad propria rc\'er-

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