HISTOIRE DE LA. DÉCADEÎN'CE
pays. On leur creva les yeux ; mais sur chaque centaine (le captifs qu'on rendit aveugles, on laissa un œil à l'un d'entre eux, afin qu'il pût conduire les autres aux pieds de leur monarque. On dit que le roi des Bulg^ares expira de saisissement et de douleur: ce terrible exemple épouvanta ses sujets; on les chassa de leur e'tablissement , et on les resserra dans un canton peu étendu. Ceux des chefs qui survécurent a ce désastre recommandèrent à leurs enfans ia patience et la vengeance.
Migraiion 11. Lorsquc le uoir cssaim des Hongrois se montra
des Turcs et , •^ r- ■ -^i ^ i u I't^
desHoH^rois.pour la première lois prêt a tomber sur ILurope, " environ neuf siècles après l'ère du christianisme , les nations troublées par la frayeur et la superstition , les prirent pour le gog et le magog de l'Écriture, pour des signes et des avant-coureurs de la fin du monde (i j. Depuis que la littérature s'est introduite parmi eux, ils ont recherché les anciens monumens de leur histoire avec une ardeur de curiosité patriotique qui mérite des éloges (2). Ils ont reçu
(i) Un évêque de Wurtzbourg soumit cette opinion au jugement d'un révérend abbé. Celui-ci décida gravement que gog ou magog étaient les persécuteurs spirituels de l'Église, parce que gog signifie le faîte, l'orgueil des hérésiarques; et magog, ce qui vient du faîte, c'est-à-dire la propagation de leur secte. Voilà pourtant les hommes qui ont commandé le respect du genre humain! (Fleury, ^/.v/. eccles. , t. XI , p. 5c;4 , etc. )
(2) Les deux auteurs hongrois de qui j'ai tiré le plus de secours sont George Pray [Dissertationa ad annales veterurn
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les lumières d'une sage critique, et ne peuvent plus se laisser amuser par une vaine généalogie qui les fait descendre d'Attila et des Huns ; mais ils s'affligent de ce que leurs premières archives ont péri dans la guerre des Tartares;en sorte qu'on a oublié dès long-temps le sens vrai ou fabuleux de leurs chansons rustiques, et ([u'on e^t réduit à concilier péniblement les restes d'une chronique grossière (i) avec les détails publiés par l'empereur qui a écrit sur l'administration et la géographie de l'empire grec (2). Magiar était le véritable nom des Hon-
Hungarortun , e\.c. Vienne, 1775, in-folio) et Etienne Katona {^Hist. critica ducuin et reguin Hiingariœ stirpis Arpadianœ, Pest. 1 778- 1781, 5 vol. in-8°.). Le premier embrasse un grand intervalle sur lequel il ne peut souvent former que des conjectures. Le second^ par ses lumières, son jugement et sa sagacité, mérite le nom d'un historien critique.
(1) On donne à l'auteur de celte Chronique le titre de notaire du roi Bela. Kalona le place au douzième siècle, et le défend contre les accusations de Pray. Il paraît que cet annaliste grossier avait travaillé sur quelques raonumens historiques, car il dit avec dignité : Rejectis falsis fahuUs rusticorum , et garrulo cantujoculatorum. Ces fables ont été x'ecueillies au quinzième siècle par Thutotzius , et embellies par l'Italien Bonfinius. Voyez le Discours préliminaire de l'Historia critica Ducum , p. 7 -3 3.
(2) Voyez Constantin, De administrando imperio , (c. 3, 4-i3-38-4^). Katona a fixé avec intelligence la date de cet ouvrage aux années 949* 9^0» 9^1 (p. 4~7)- L'historien critique (p. 84- 1 07 ) s'efforce de prouver l'existence et de raconter les actions du duc Almus , père d'Arpad, tacitement rejeté par Constantin.
giois, celui qu'ils se donnaient à eux-mêmes, et sous lequel ils e'taient connus en Orient. Les Grecs les distinguaient des autres tribus de la Scythie , par le nom particulier de Turcs , comme étant issus de cette nation imposante, qui avait conquis et gouverné tous les pays situe's entre la Chine et le Volga. La peuplade fixée dans la Pannonie avait des rapports de commerce et d'amitié avec les Turcs établis à l'orient sur les frontières de la Perse ; on comptait trois siècles et demi depuis son émigration , lorsque les missionnaires du roi de Hongrie découvrirent près des bords du Volga , et reconnurent la patrie de leurs ancêtres. Ils furent accueillis par des sauvages idolâtres qui portaient encore le nom de Hongrois , conversèrent avec eux dans leur laïigue , se rappelèrent une tradition qui leur était restée du départ d'un certain nombre de leurs compatriotes depuis long-temps perdus pour eux, et entendirent avec étonnement la merveilleuse histoire de leur nouveau royaume et de leur nouvelle religion. Les liens du sang donnèrent une nouvelle crdeur au zèle du prosélytisme. Un des plus grands princes qu'ait eus la peuplade établie en Europe , forma le dessein généreux, mais inutile, de transplanter dans les déserts de la Pannonie cette horde hongroise de la Tartarie (i). Ils furent chassés de ce berceau de leur race, et
(i) Pray [Dissert., p. Sy-Sg) rapporte et cclaircit les passages originaux des iui$sionnaiies hongrois, Bonfinius et iEneas Sylvius. *
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pousses vers l'occident par la guerre ou la fantaisie de quelques hordes, par le poids des tribus plus éloigne'es, qui , venues du fond de l'Asie , s'emparaient dans leur fuite des pays qui se rencontraient sur leur chemin. La raison ou la fortune dirigea leur course vers les frontières de l'empire romain; ils s'arrêtèrent comme de coutume sur les bords des grandes rivières , et on a de'couvert sur le territoire de Moscou , de Kiow et de la Moldavie, des vestiges de leur séjour momentane'(i). Dans ces longs et diffe'rens voyages, ils n'e'chappèrent pas toujours à la domination du plus fort; le me'lange d'une race étrangère améliora ou corrompit la pureté de leur sang ; plusieurs tribus des Chazares s'associèrent de force ou volontairement à leurs anciens vassaux; elles introduisirent parmi eux l'usage d'un second idiome, et la réputation de leur valeur leur obtint, dans l'ordre de bataille, le poste le plus honorable. Les troupes des Turcs et de leurs alliés formaient sept divisions militaires d'égale force ; chaque division comptait trente mille huit cent cinquante-sept guerriers ; et en calculant le nombre des femmes , des enfans et des serviteurs , d'après la proportion ordinaire, on trouvera au moins un milhon d'émigrans. Sept (f^q^voû^ej- ou chefs héréditaires dirigeaient les affaires publiques ; mais leurs discordes
(i) On voit dans les déserts au sud~ouest d'Astrakan, les ruines d'une ville nommée Madchar, qui atteste le séjour des Hongrois ou Magyar dans ces lieux. ( Précis de la Géog. unU>., par M. Maltebrun, t- i, p. 353). {Note de fÉd.)