CHAPITRE XV
frogris de la religion chrétienne. — Senliniens, mœurs, Dombm et condition de* premiers chrétiens.
. Un examen impartial, mais raisonné, des progrès et de rétablissement du diristiani&me. peut être regardé comme une partie tré8-«ssentielle de l'histoire de l'empire romain. Tandis que ce grand coips est attaqué de tous côtés par la violence ouverte, et que des principes cachés de décadence en altèrent sourdement la constitution , une religion htimble et pure jette sans effort des racines dans l'esprit des hommes, croit au milieu du sUeance et de l'obscurité, tire de l'opposition pne nouvelle vigueur, et arbore enfin sur les ruines du Gapitole la bannière triomphante de la croix. Son influence ne se borne pas à la durée ni aux limites de l'empire; après nue révolution de treize ou quatorze siècles , cette religion est encore celle des nations de l'Europe qui ont surpassé tous les autres peuples de l'univers dans les arts, dans les sciences , aussi bien que dans les armes : le zèle et l'industrie des Européens ont porté le chnstianisme sur les rivages de l'Asie et de l'Airiqne les plus éloignés ; et, par le moyen de leurs colonies, il a été fermement établi depuis le Chili jusqu'au Canada, dans un monde inconnu aux anciens.
Un pareil examen serait sans doute utile et intéressant; mais il se présente ici deux difficultés particulières. Les moaumens suspects et imparfaits de l'histoire ecclésiastique BOUS mettent rarement en état d'écarter les nuages épais qui couvrent le berceau du christianisme. D'un autre côté, la grande loi d'impartialité nous oblige tn^ souvent de révéler les imperfections des chrétiens , qui , sans être inspirés, prêchèrent ou embrassèrent l'évan^Le. Aux yeux d'un observateur peu attentif, leirs fautes sembleront peutêtre jeter une ombre sur la foi qu'ils professaient; mais le scandale du vrai fidèle et le
PAR EI>. GIBBON. CH> XV
triomphe imaginaire de l'iapiie cesseront dès qu'ils se rappelleront, aon-sseuiement par qw, mais encore « qui la révélation divine u été donnée. Le théologien peut se livrer au plaisir de représenter la religion descendant 4u ciel dans tout l'éclat do sa gloire «t envi-i ronnée de sa p«reté primiiive. Cne t^e plus urista est in^pmsé^ à l'historien : i^ doit découvrir le mélange inévitable d'erreur et de corruption qu9 la foi a reçu parqù des êtres faibles et dégénô-é».
La curiosité nous porte à vouloir démélçf les moyens qui ont assuré les succès étoRi nansdu christianisme- sur les religions étar biles alors dans l'univers : il est facile de I4 satisfaire par une réponse naturelle et décisive. Sans doute cette victoire est due h l'évir dence convaincante de la doctria«elie-wém« et à la providence invariable de son giand auteur. Mais ne sait-on pas que la raison et la vérité trouvent rarement un accueil favorable panni les hommes? Et, puisque U-saT gesse de la Providence daigne souvent em^ pIoy«r nos passons , et les cwreonstances générales oii se trouve le genre htMnain. comme des instrum«ns propres à l'exécution de ses vues, il peut aussi nous étrc/penais de demander, avec toute la soumisMon convenable , non pas quelle fut la cause premièirç des progrès rapides de l'église chrétienne , mais quelles en ont été les causes secondes. Les ekiq suivantes paneront peu^lre avoir le pins contribué à son établissement, et l'avoir favorise de la manière La pins eflkace, I. Le zèle inflexible, et, s'il nous est pei*mis de le dire , intolérant des chrétieB», zèl« tiré , il est vrai, de la religion juive, mais dégagé de cet esprit étroit et insociable, qui, loin d'inviter les gentils à embrasser la loi àS! Moïse, les en avait détournés. IL La doetrine d'une vie future , perfectionnée et accompagnée de tout ce qui pouvait donner du poi^ et de la force à cette vérité in^tortai^c. m. Le don des miracles attribué à f église primitive. IV. La morale pure et austère des fidèles. V. L'union et la discipline de la répur blique chrétienne, qui forma par degrés, dans le sein de l'empire romam, un état libre, dont la force de\'enait de jour en jour plus considérable.
DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
I. Nous avons déjà décrit l'harmonie religieuse de l'ancien' monde, et la facilité avec laquelle tant de nations si différentes, et même ennemies, avaient adopté, ou du moins respecté les superstitions les unes des autres. Un seul peuple refusa de souscrire à cet accord universel du genre humain. Les Juifs, qui, sous la domination des Assyriens et des Perses, avaient langui pendant plusieurs siècles au rang des plus vils esclaves ', sortirent tout-à-coup de l'obscurité, lorsqu'ils furent soumis aux successeurs d'Alexandre; et, comme leur nombre s'augmenta avec une rapidité étonnante en Orient , et dans la suite en Occident, ils excitèrent bientôt la surprise et la curiosité des autres nations *. Leur opiniâtreté invincible à conserver leurs cérémonies particulières et leurs mœurs insociables , semblait indiquer une espèce d'hommes qui professaient hardiment ou qui déguisaient à peine une haine implacable contre le reste du genre humain'. Ni la violence d'Antiochns, ni les artifices d'Hérode, ni l'exemple des nations circonvoisines, ne purent jamais engager les Juifs à joindre aux institutions de Moïse la mythologie élégante des Grecs *. Les Romains, attachés aux maximes d'une tolérance universelle , protégèrent une superstition qu'ils méprisaient ". Auguste, si
* VumJsyrrios pênes, Medosque, et Persas Oriens fuit, despectissimapars servientiam.Ctae., Higt.,T., 8.) Hérodote, qui visita l'Asie lorsqu'elle obéissait au dernier de ces peuples, parle, en peu de mots, des Syriens de la Palestine , qui , selon leur propre aveu , avaient tiré de l'Egypte la pratique de la circoncision.
2 Diodore de Sidle, 1. xi; Dion Cassius, I. zxxm, p. 121 ; Tac Hist. v, 1-9; Justin , xxxn ,2,3.
3 Traduit arcano quodcumqne volumliie Mosca, r^on moDstrare vias eadcm nt!>i sacra colmtl Qwealumi ad roDtam sok» deducere verpas.
On ne trouve point précisément cette loi dans ce que nous avons des ouvrages de Moïse ; mais le sage , l'humain Maimonide enseigne ouvertement que, si un idolâtre tombe dans l'eau , un Juif ne doit point l'emptcher de mourir. (Voy. Basnage , Hist. des Juift, I. vi,c. 28.)
* Il parut, pendant quelque temps, parmi eux une secte dans laquelle on pouvait remarquer une sorte de conformité entre les dogmes des deux religions. Ces Juifs ftirent appelés Hérodiens, du nom d'Hérode dont l'autorité et l'exemple les avaient entraînés. Mais leur nombre était si peu considérable, el la durée de cette secte fut si courte, que Josèphe ne l'a pas jugée digne de son attention. (Voyeï Prideaux , vol. n , p. 285.)
* Cicéron,i»r<; Flacco, c. 23.
(323 dcp. J.-C.)
rempli de condescendance envers tous les sujets de son empire, daigna ordonner que l'on offrît des prières pour la prospérité de son règne dans le temple de Jérusalem ' ; tandis que le dernier des enfans d'Abraham serait devenu nn objet d'horreur à ses propres yeux, et se serait attiré l'exécration de ses frères s'il eût rendu le même hommage au Jupiter du Gapitole. La modération des vainqueurs ne fut pas capable d'apaiser la jalousie d'un peuple dont les alarmes et le scandale redoublaient à la vue des enseignes du paganisme , qui devaient nécessairement s'introduire dans une province romaine *. En vain Calignla voulut-il placer sa statue dans le temple de Jérusalem : ce projet insensé fnt détruit par la résolution unanime des habitans, qui redoutaient bien moins la mort qu'une profanation si impie '. Leur attachement à la loi de Moïse égalait leur aversion pour tout culte étranger. Le zèle et la dévotion, qui étaient resserrés dans des bornes étroites , se soulevèrent avec la force et quelquefois avec l'impétuosité d'un torrent. Cette persévérance inflexible, qui paraissait si odieuse ou si ridicule à l'ancien monde, prend un caractère plus auguste depuis que la Providence a daigné nous révéler l'histoire mystérieuse du peuple choisi ; mais le respect et même le scrupule avec lesquels les Juifs du second temple conservèrent les institutions de Moïse paraîtront encore plus étonnans , si l'on compare cet attachement avec l'incrédulité opiniâtre de leurs ancêtres. Lorsque la loi fut donnée sur le mont Sinaî au milieu des éclats de la foudre ; lorsque les flots de l'Océan devinrent immobiles, et
1 Philon, delegatlone. Auguste fonda un sacrifiée perpétud. II ne désapprouva cependant point le poi d'égards que Caîus, son petit-fils, marqua pour le temple de Jérusalem. (Voyez Suétone , vie d'Auguste, c 93, et les notes de Casaubon sur ce passage.)
2 Voyez en particulier Josèphe, Antiq. xm, 6; xnu, 6, et de Bel.judaXco, i, 33, et n, 9.
^Jussià Caio Caesare efflgiemejus intemploloeùrre, arma potiiusumpsere. (Tac. Hist. t. 9). Philon et Josèphe donnent, avec beaucoup de détails , mais en style de rhéteur , une description de ce fMt, qui embarrassa eilrfimement le gouverneur de la Syrie. La première Uns que l'on fit cette proposition idolâtre , le roi Agrippa se tron*a mal , et il ne revint de son évanouissemcDl que le irolàème jour.
(323 dcp. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. CH. XV
qne les corps célestes suspendirent leur cours, pour favoriser les expéditions des Israélites ; lorsque en6n des récompenses ou des punitions temporelles furent les suites immédiates de leur piété ou de leur désobéissance, ils se révoltèrent sans cesse contre la majesté visible de leur roi divin ; ils placèrent les idoles des nations étrangères dans le sanctuaire de Jébovah; enfin ils imitèrent toutes les cérémonies fantastiques pratiquées sous les tentes des Arabes ou dans les-villes de la Phénicie '. A mesure que le ciel, justement irrité, retira sa protection à des ingrats, leur foi acquit un nouveau degré de vigueur et de pureté. Les contemporains de Moïse et de Josué avaient contemplé avec indifférence les miracles les plus étonnans : dans un temps moins reculé , tandis que les Juifs gémissaient sous le poids des calamités les plus cruelles, ils furent frappés de la vérité de ces mêmes prodiges; leur croyance les préserva de la contagion universelle de l'idolâtrie; et, ce qui est entièrement contraire à la marche générale de l'esprit humain , ce peuple singulier semble avoir cru plus fermement et avec plus de promptitude les traditions de ses premiers pères que le témoignage de ses propres sens *.
La religion juive renfermait tout ce qui pouvait servir à sa défense; mais elle n'était point destinée à faire des conquêtes ; et probablement le nombre des prosélytes ne surpassa jamais beaucoup celui des apostats. Les promesses divines avaient été originairement faites à une seule famille ; c'était à elle qu'avait été prescrite la pratique distinctive de la circoncision. Lorsque la postérité d'Abraham eut multiplié comme les sables de la roer, la Divinité, qui lui avait dicté de sa bouche un système de lois et de cérémonies, se déclara le Dieu propre et en quelque sorte
' An «lùet de l'ënumération des divinités syriennes et arabes , on peut obsenrer que Milton a renfermé dans cent trente vers, d'une grande beauté, les deux traités conddérables et remplis d'érudition que Selden a composés sur celle matière obscure.
* Usquequo delrahel mihi populus iste ? quousque non ■ credent mihi, in omnibus signis quae Teci coram eis ? > (Nomb.,xiT,ii.) il serait focile, mais il serait peu convenable de Juslifler , par tout le récit de Moïse , le» reprotbes de U Divinité.
national d'Israël ; et elle parut toujours extrêmement jalouse de séparer son peuple favori d'avec le reste des hommes. La conquête de la terre de Chanaan fut accompagnée de tant de circonstances merveilleuses et d'une si grande effusion de sang, que les Juifs restèrent dans un état d'inimitié irréconciFiable avec tous leurs voisins. Les vainqueurs avaient reçu ordre d'exterminer quelquesunes des tribus les plus idolâtres : les faiblesses de l'humanité les empêchèrent rarement d'exécuter la volonté de l'Être-Suprême. Les mariages et les alliances avec les autres nations ne leur étaient pas permis ; ils ne pouvaient recevoir les étrangers dans leur congrégation ; et cette défense, quelquefois perpétuelle, s'étendait presque toujours à la troisième, à la septième ou même à la dixième génération. L'obligation de prêcher la foi de Moïse n'avait jamais été prescrite comme un précepte de la loi; et les Juifs ne pensèrent point à s'imposer volontairement un pareil devoir. Lorsqu'il s'agissait d'admettre de nouveaux citoyens, ce peuple insociable suivait plutôt l'orgueilleuse vanité des Grecs que la politique généreuse des Romains. Les descendans d'Abraham, fiers de l'opinion qu'ils avaient seuls hérité de l'alliance, craignaient de diminuer la valeur de leur patrimoine en le partageant trop facilement avec les étangers de la terre. Une plus grande communication avec le genre humain étendit leurs connaissances sans corriger leurs préjugés; et toutes les fois que le Dieu d'Israël acquérait de nouveaux adorateurs , il en était bien plus redevable à l'humeur inconstante du polythéisme qu'au zèle actif de ses propres missionnaires '. La religion de Moïse semble avoir été instituée pour une contrée particulière, aussi bien que pour une seule nation. Si les Juifs eussent exécuté rigoureusement le précepte qui ordonnait à tous les mâles de se présenter trois fois dans l'année devant Jéhovah, il leur eût été impossible de se répandre au-delà de la terre promise *. A
1 Tout ce qui a rapport aux prosélytes juifs a été traité avec beaucoup d'habileté par Basoage. ( Hisl. des Juih,l. vi,c. 6,7.)
2 Voyez Exode, xxnr , 23 ; Deuler, , xn, 1 6 ; les commenlaleurs , et une note Irès-remarquable dans rHistoir« Universelle, vol. i , p. 603, édit. in-folio.
Vu
DÉCADENCE DE V
la. vwitià, la desuractioB du temfde de Jérusalem leva cet obstacle; oiais la plus grande partie de la religioa mosaïque fut eaveloppée daus ses ruines,. Les païeas avaiest étéétouués .pendant kHig-temps du bruit étrange cpii «'était répandu, que cet édifice ne reoCermait qu'un sanctu^re vide *. Lorsque la nation juive eut été dispersée, ils furent en peine de découvrir quel pouvait être l'objet , quels pouvaient être les instrumens d'un culte qui manquait de temple» et d'autels, de prêtres et de saeriikes. Cependant les Juifs, dans l'état même d'abaissement où ils avaient été réduits, ne renoncèrent pas à des privilèges exebisifs, et qui flattaient leur orgueU : loin de rechercher la société des étrangers, ils ïéi vitèrent soigneusement , et ils observèrent alors avec une rigueur inOexible les articles de la loi qu'il était en leur pouvoir de pratiqua. Des distinctions particulières de jours, d'alimans, et une foule d'disarvances frivoles, quoique pénibles, combattaient trop ouvertement les coutumes et les préjugés des autres peuples pour ne pas exciter leiu- dégoût et leur aversion. La circoncision , pratique douloureuse, quelquefois même accompagnée de danger, était seule capable d'éteindre la ferveur du prosélyte * , au moment où il se présentait à la porte de la synagogue.
Ce fut dans ces conjonctures que le christianisme parut sur la terre, armé de toute la force de la loi mosaïque, et débarrassé du poids de ses fers. Le nouveau système prescrivait, aussi formellement que l'ancien , un zèle exclusif pour la vérité de la religion et de l'unité de Dieu. Tout ce que la révélatioB a|>]Mrit alors aux hommes coaceriuuit la nature et les desseins de l'Ëtre-Suprêute, servit à augmMUer leur vénératioa pour cette doctrine mystérieuse. L'autorité divine de
I Lorsque Pompée , usant ou abusant du droit de conquête , entre dans le saint d« sainte , en ol>serva , arec étonnemeflt , iiuUa inbu Deim effigie, vacuam tedam et itttaiia^wetma. (Tacite, Hist. v, 9.) C'^.t W bruit populaire , en parlant des Juib , que
nu pneter nubat et oœU aamea adonnl.
3 (}n prosélyte, samaritain ea égyptien , était «kKgé de Mbirune seooBde espèce de cireoneiHon. On peut voir dansBasnage (Hist. des Juifs, I.n, c. 6) l'iodilTéreiioe opiniitre des Taknuldictes an si|}el de la coBTersion des étrangers.
EMPIRE ROMAm, (323dcp. J.-C.)
Moïse et des prophètes fut admise, et même établie comme la base la plus solide du christianisme. Depuis le commencement du monde, une suite non interrompue de prédictiont^ avait annoncé et préparé la venue si désirée du Sauveur : il est vrai que, pour se conformer aux idées grossières des Juib, le Messie avait plus souvent été représenté sous la forme d'un roi et d'un conquérant que sous celle d'un prophète , d'un martyr et du ûls de Dieu. Par son sacrifice expiatoire, les sacrifices imparfaits du temple furent à la fois consommés et abolis. A la loi ancienne qui consistait seulement en types et eu figures, succéda un culte pur, spirituel , également adapté à tous les climats et à tous les état^ du genre hiunaiu. On substitua à l'initiation par le sang l'initiation par l'eau. La laveur divine, au lieu de n'être accordée qu'à la pos-r térité d'Abraham , fut universellement promise à l'homme libre et à l'esclave , au Grec et au Barbare, au Juif et au Gentil.
Les membres de l'église chrétienne jouissaient toujours, sans partage, de tous les privilèges qui, en élevant le prosélyte jusqu'au ciel, pouvaient exalter sa dévotion, assurer son bonheur, ou même satisfaire cet orgueil secret qui, sous l'apparence de la dévotion, s'insinue dans le cœur humain. Mais en même temps on permit à tous les hommes , on les sollicita même d'accepter une distinction glorieuse que non-seulement on leur offrait comme une faveur, mais qu'ils étaient forcés d'accepter comme une obligation. Le devoir le plus sacré d'un nouveau converti fut de communiquer à ses amis et à ses parens le trésor inestimable qu'il avait regu, et de les prévenir des suites funestes d'un refus qui serait sévèrement puni, comme une désobéissance criminelle à la volonté d'un Dieu bienfaisant, il est vrai, mais dont la tontepuissance était redoutable.
Ce ne fut pas sans peine que l'élise secoua le joug de la synagogue ; et cet affrandiiMement exigea nn temps asseï long. Les Juifs convertis reconnaissaient , dans la personne de Jésus, le Messie annoncé par les anciens oracles ; ils le respectaient comme un divin prophète qui avait enseigné la rdigion et la vertu ; mais ils restèrent opimàtrëment
(313 dep. J.-G.) PAR ÉD. GIBBON
Dttacliés aux cérémonies d« leur» ancêtres , «t ils Touturent les faire adopter aux gentils, qui augmentaient continuellement le nombre des fidèles. Les chrétiens judaisans semblent avoir trouvé des argumens assez plausibles dans l'origine céleste de la loi mosaïque et dans les perfections immuables ée son grand Auteur, i Si l'Être, disaieat-ils, qui eal le même dans toute rëternité , avait eu dessein d'abslir ces rites sacrés qui ont servi à distinguer son peuple cboisi, ce second acte de sa volonté aurait été annoncé d'une manière aussi claire et aussi soleaneUe que le premier. La religion de Moïse, an lieu de ses déclarations fréquentes qui en suf)posent on qui len assirent kt perpétuité , aurait été représentée comme un plan pi'o> visionnel, destiné à subsister sevlement jusqu'à ce que le Messie fAt venu montrer aux èoMaes une forme plus parfaite de foi fetde culte '. Le Messie lui-même et ses disciples, qui conversèrent avec lui sur la terre, loin d'autoriser, par leur exemple , les phis petites observances de la loi mosaïque ', auraieint publié à l'univers que ces cérémonies, désormais inutiles , étaient détruites, et ils n'auraient pas souffert que le christianisme restât, pendant (dusieurs années, obscurément confondu parmi les sectes de l'église juive. * Il parait que l'on employa de pareils argumens pour défendre la cause expirante de la loi de Moïse ; mais la sagacité des saints interprètes a suiBsammrat «xpliqué k langage mystérieax de l'Ancien-Testament, et la conduite éqwivoque des prédicateurs apostoliques. 11 fallait développer par degrés le système de l'Évangile : il fallait user de la plus grande réserve et des ménagemens les plus déKcats, en prononçant une sentence de condamnation si