CHAPITRE XXU
Julien est déclaré empereur par les iégioni de la Gaule. — Sa marche et tes succès. — Hort de Constaoce. — Àdministratkm de Julien.
Tandis que les Romains languissaient sous la honteuse tyrannie des eunuques , tout l'empire, excepté le palais de Constance, retentissait des louanges de Julien. Les barbaresdelaOermanie, humiliés par ses victoires, redoutaient la valeur du jeune césar. Ses soldats partageaient l'honneur de ses succès. Lesprovinces, heureuses et tranquilles, jouissaient de ses bienfaits avec reconnaissance. Mais ses vertus effrayaient les favoris qui s'étaient opposés à son élévation. Ils regardaient avec raison l'ami du peuple comme le plus dangereux ennemi de la cour. Jusqu'au moment on sa gloire leur en imposa, les bouffons du palais s'exercèrent à en faire des portraits ridicules. Us avaient aisément remarqué que son ingénuité n'était pas exempte d'affectation , et ils ne désignaient le philosophe guerrier que par les sobriquets insultans de sauvage velu , de singe revêtu de la pourpre. Ses modestes dépêches passaient pour les] fables ampoulées d'un pédant verbeux, pour les inventions d'un soldat pacifique, qui avait étudié l'art de la guerre dans les jardins de l'Académie d'Athènes '. L'éclat de ses victoires et les acclamations du peuple leur imposa silence. Le vainqueur des Francs et des Allemands ne pouvait plus être un objet de mépris. Hais l'empereur eut la vile ambition de dérober à son lieutenant l'honorable récompense de ses travaux. Dans les lettres oméesde lauriersqu'U était d'usage d'adresser aux provinces, on omit exprès le nom de Julien. Elles annonçaient que Constance avait fait en personne ks dispositions d« combat ,
> • Omnes qui phu polerant io palatio , aMaB^i pro-
> (lesseres Jan'dodi, reete consuUa, prospereqne eonpIeU
> Tertekant in ridiottlora : talia sioe modo strepentes in-
> snlse, in odhm venit cnm vietoriis sais; oaprtia, non
> lierao; ut hirwtam JoUanum earpcMes, appcdbatea^ne
> ioqBaeemUlpaoi,etpanNiratamsimiaiii,etlitterionMi » gr8eeum;et his eangrventia ptairima , at^iw raraacoia
> prineipi résonantes,, audire lue laliaiHe gestienti, virtu-
> te» ^u» ébrum nrb» iapadentilms conabantnr, etseg-
> nem ineessentes et timidom et nmbratilea , gesta^K < seeus ffrUseomptioribus exanumicm. » (hmmiam. , xvn, 11.)
(359 dep. J.-C.)
et signalé sa valeur dans les premiers rangs. La victoire était le fruit de son intelligence , et le roi captif des barbares lui avait été présenté sur le champ de bataille, dont il était cependantàplus de quarante jours de marche au moment du combat '. Une fable si ridicule ne pouvait ni tromper le public, ni satisfaire la vanité de l'empereur. Secrètement convaincu que la gloire de Julien lui avait acquis la faveur et le vœu des Romains, Tesprit inquiet du faible Constance se trouvait disposé à recevoir les impressions des flatteurs, qui cachaient leurs desseins perfides sous l'extérieur de l'attachement et de la fidélité pour leur souverain *. Loin de dissimuler les brillantes qualités de Julien, ils exagéraient sa réputation, ses talens et ses services, mais en insinuant que le brave et vertueux césar pouvait en un instant devenir un ennemi criminel et dangereux, si le peuple inconstant sacrifiait son devoir à son enthousiasme, ou si le désir de la vengeance et d'une autorité indépendante se faisait sentir au général d'une armée victorieuse. Le conseil de Constance décorait les craintes personnelles du souverain du nom respectable de sollicitude paternelle pour la'tranquillité publique, tandis que Tempereur, s'a vouant intérieurement ses terreurs , essayait à se déguiser, sous le nom moins odieux du soin de sa sûreté, la haine et la jalousie que les vertus de Julien imprimaient dans son cœur.
La tranquillité apparente des Gaules, et les jers qui menaçaient les provinces de rOfient offraient un prétexte spécieux aux ministres impériaux d'exécuter le dessein qu'ils avaient adroitement concerté. Ils réso-
* AmmieB, m , 12.L'orateur Themistius croyait à tonl ce que ooBtenaient les lettres impériales adressées au sénat deCoostantiDople.Aurelius Victor, quia publié son Abrégé dans la dernière année du règne de Constance, aUribueles victoires remportées sur les Germains an génie de l'empereur et an courage du jeune césar. Cependant cet historien Alt bieatM après redevable à leslime ou àla protection de Julien des honneurs d'une statue de cuivre , de la dignité de consulaire de la seconde Pannonie et de préfet de la ville. (Ammien, m, 10.)
* CaUidonocendi artiflcio, aceusatoriam diritatem
laudum titulis peragebant. ffœc voces ftienmt
ad inflanananda odia probrù omnibus potentiores. (Voyeï Mamertin , in Aetione gratiarum, in Fet. Paneg}rr.,v,S,9.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXII
lurent de désarmer le césar, de lui enlever les fidèles compagnons de ses victoires, et d'employer à la guerre de Perse les intrépides vétérans qui venaient de dompter, sur les bords du Rhin, les belliqueuses nations de la Germanie. Tandis que Julien passait laborieusement à Paris son quartier d'hiver à rendre la justice aux peuples qu'il avait délivrés des barbares , on lui annonça l'arrivée d'un secrétaire impérial et d'un tribun. Ils présentèrent an césar l'ordre de l'empereur, qui lui défendait de s'opposeràce qu'ils exécutassent la commission dont ils étaient spécialement chaînés. Quatre légions entières, les Cdtes , les Hérules, les Pëtulans et les Bataves, devaient immédiatement quitter les drapeaux de Julien , et on faisait dans toutes les autres un choix de trois cents des plus jeunes et des plus vigoureux soldats. Ce nombreux détachement , la force de l'armée des Gaules, était sommé de se mettre en marche sans perte de temps , et d'user de la plus grande (Ùllgence pour arriver sur les frontières de la Perse avant l'ouverture de la campagne '. Le césar prévit et déplora les suites de cet ordre funeste. La pliipart des auxil'iaires s'étaient engagés volontairement, sous la condition expresse qu'on ne leur ferait jamais traverser les Alpes. La foi publique et l'honneur personnel de Julien avaient été les cautions de ce traité militaire. Une si violente perfidie ne pouvait que détruire la confiance et exciter le ressentiment des guerriers indépendansdela Germanie, qui regardaient la bonne foi comme la première des vertus, et la liberté comme le bien le plus précieux. Les légionnaires , qui jouissaient du nom et des privilèges de Romains, étaient enrôlés pour servir partout à la défense de l'empire; mais ces troupe^mercenaires entendaient prononcer avec indifférence les noms de Rome et de république. Attachés, par la naissance ou par l'habitude, aux mœurs et au climat des Gaules, ils chérissaient et respectaient le victorieux Julien, ils mépri-
< Le court intervalle que l'on peut supposer ealreVhieme adulta et le primo vere d' Ammien (xx , 1-4.) , loin de sulHre à une marche de mille lieues, ferait paraître les ordres de Constance aussi eitravagans qu'ils étaient injustes. Les troupes de la Gaule n'auraient pas pu arriver en Syrie avant la fin de l'automne. Ou la mémoire d' Ammien était infidèle, ou il s'e$t mal expliqué.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(3C0 dpp. J. C.)
eaientet baissaient peut-être l'empereur, etils redoutaient une marche pénible, les traits des Persans et ks déserts brùlans de l'Asie. Les soldats regardaient comme leur patrie le pays qu'ils avaient sauvé , et s'excusaient de leur défaut de zèle sur le devoir plus sacré de défendre leurs parens et leurs amis. Les habitans s'opposaient au départ des légions, en représentait que tout le sang qu'elles avaient versé devenait inutile, si leur absence exposait, les provinces à la vengeance inévitable des 'barbares ; qu'aussitôt que les Gaules n'auraient plus de forces respectables à leur opposer, les Germains rompraient sans scrupule un traité que la crainte seule leur avait fait accepter ; et que, malgré la valeur et les talens militaires de Julien, le général d'une armée dont il n'existerait plus que le nom se trouverait, après une faible résistance, prisonnier dans le camp des barbares , ou serait accusé et peut-être puni à la cour, des malheurs dans lesquels l'imprudence de l'empereur l'aurait précipité. En obéissant à Constance, Julien souscrivait à sa propre destruction et à celle d'une nation qui méritait son attachement. Mais un refus positif était un acte de rébellion et une déclaration de guerre. L'oi^oeillense jalousie de l'empereur, son ordre absolu, et peut-être insidieux, n'admettaient ni excuse ni interprétation, et l'autorité précaire du jeune césar lui permettait à peine le délai ou la délibération. Dans cette situation diffidle, Julien se trouvait livré à lui-même ; les artificieux eunuques avaient éloigné Salluste, son sage et fidèle ami. Une pouvait pas consulter ses ministres , qui auraient refusé d'approuver la destructiondes Gaules ; on avait d'ailleurs choisi le moment où Lupicinius * , général de la cavalerie , était occupé,en Bretagne à repousser les incursions <les Pietés et des Ecossais ; et Florentins était allé à Vienne pour y recueillir les tributs. Ce dernier, vil et rusé politique, refusait de se rendre auprès de Julien , malgré les lettres
* AmmieB , xx, 1. Il reconnait la valeur et les talens miliUires de Lupiciaius , quoiqu'il alTecte d'aecuser te général d'un orgueil ridicule et d'une cruauté presque égale à son avarice. Les Pietés et les Écossais menafaient si sérieusement la BreU^e , que Julien tM un instant teaU d'y passer lui-même.
réitérées par lesquelles le prince lui représentait que , dans toutes les affaires importantes, le préfet devait indispensablement assister au conseil. D'un autre côté , les messagers de l'empereur persécutaient le césar de leurs sollicitations, et lui représentaient qu'en attendant le retour de ses ministres , il se trouverait coupable du délai, et leur ferait honneur de tout le mérite de l'obéissance. N'osant pas résister à un ordre qu'il désapprouvait, Julien déclara publiquement sa résolution de quitter la pourpre qu'il ne pouvait plus porter avec gloire, mais à laquelle il était dangereux de renoncer.
Après un combat pénible, Julien fut forcé de s'avouer que son devoir était d'obéir, et que le souverain devait seul décider de l'intérêt public. Il signa l'ordre de l'empereur, et les troupes se mirent en marche. Les détachemens des différentes garnisons s'avancèrent vers le lieu de l'assemblée. Ils perçaient avec peine la foule des citoyens tremblans et consternés. On n'entendait de toutes parts que des sanglote et des gémissemens; les femmes des soldats accouraient, portant leure enfans dans leurs bras, et tâchaient de retenir leurs mafis en se livrant alternativement à l'expression violente de leur tendresse et de leur indignation. Cette scène de douleur affectait la sensibilité de Julien. Il accorda un grand nombre de chariots pour transporter les femmes et les enfans ', et tâcha d'adoucir la rigueur d'un ordre dont il sentait tout le danger. Mais plus les soldats avaient à se louer de sa générosité, et plus ils faisaient éclater de mécontentement et de répugnance à se séparer de leur général. La douleur d'une multitude armée se change aisément en fureur. Les murmures se convertirent bientôt en clameurs , et, parcourant rapidement toutes les tentes, elles préparèrent les esprits à la plus audacieuse sédition. Les tribuns facilitèrent la publicité d'un libelle (|ui peignait des plus vives couleurs l'humiliation du césar, les malheurs de l'armée, et les vices méprisables du tyran de l'Asie. Le
> Il leur accorda ce que l'on nommait cumu dacularit ou clabiUaris. Ces chariots de poste sont souvent cités dans le Code, et passaient pour porter chaenn qninxe ceats livres pesant. (Voyez Vales. , ad Jmmian. , xx, 4.)
progrès de cette rumeur Trappa de crainte et d'étonnement les messagers de Constance.
Ils pressèrent le prince de hâter le départ de l'armée; mais ils rejetèrent impnidemment l'avis que Julien leur donna, de ne pas faire passer les troupes par la ville de Paris , en leur expliquant les conséquences qui pourraient en résulter.
Aussitôt qu'on annonça leur arrivée, Julien alla au-devant d'elles , et monta sur un tribunal qu'il avait fait élever devant les portes de la ville. Après avoir donné des louanges particulières aux officiers et aux soldats qui méritaient cette distinction, Julien s'adressa, dans un discours étudié, à la multitude qui l'environnait. Il exalta leur valeur et leurs exploits , et les félicita de l'honneur qu'ils auraient bientôt de servir sous les yeux d'un monarque puissant et généreux , auquel ils devaient obéir avec autant de joie que de promptitude. Les soldats, ne voulant ni offenser leur général par des clameurs indécentes, ni démentir leurs sentimens par de fausses acclamations , gardèrent un morne silence, et retournèrent quelques instans après dans leurs quartiers. Julien traita les principaux officiers, et leur témoigna, dans les termes les plus obligeans, le chagrin de ne pouvoir récompenser comme il le désirait les braves compagnons de ses victoires. Ils se retirèrent de cette fête pleins de douleur et d'incertitude, et déplorèrent les rigueurs du destin qui, en les arrachant de leur pays natal, les séparait d'un général si digne de leur affection. Le seul expédient qui pouvait le leur conserver fut proposé et unanimement adopté. La conspiration se trama régulièrement; les esprits échauffés exagérèrent les sujets de plaintes ; le vin et la liberté dont les soldats jouissaient à la veille de leur départ achevèrent de les enflammer. A minuit, cette impétueuse multitude, armée d'épées, de torches et de bouteilles, s'élança dans les faubourgs, environna le palais', et, oubliant les dangers, fit retentir la place du cri fa-
* Probablement le palais des baios (Themutrum) dont il subsiste encore une salle dans \» rue de la Barpe. Les bltîmens occupaient une grande partie du quartier connu aujourd'hui sous le nom de quartier de l'UnlTersité , et les jardins, sous les roi» Héroringient, commuDiquaientavec
PAR ED. GIBBON. CH. XXU
tal et irrévocable de inlien augutlt. Ce prince, dont les tristes réflexions avaient été interrompues par leurs acclamations tumultueuses, fit barricader ses portes, et, aussi long-temps qu'il lui fut possible, il déroba sa dignité aux événemens d'un désordre nocturne. Mais, au point du jour, les soldats, dont le zèle était irrité par sa résistance, entrèrent de force dans le palais ; et, saisissant l'objet de leur choix avec une respectueuse violence, ils le portèrent sur le tribunal d'où il les avait harangués, et le saluèrent comme leur empereur, en répétant à grands cris les mots de/u/tcn augtute. La prudence et la fidé^ lité lui prescrivaient également de dé^vouer cette trahison, et de ménager à sa vertu l'excuse de la violence. S'adressant alt^nativementà la multitude et à quelques officiers, tantôt il les conjurait de renoncer à une entreprise criminelle , et tantôt il leur reprochait avec indignation leur perfi^die. Enfin it aBa jusqu'à leur promettre que, s'ils rentraient à l'instant dans le devoir, il se chargeait nonseulement d'obtenir leur pardon de l'empereur, mais encore de faire révoquer l'ordre du départ. Hais les soldats connaissaient toute l'étendue de leur faute, et comptaient plus sur la reconnaissance de Julien, que sur la clémence de Constance. Leur zèle se changea en impatience, et leur impatience en fureur. L'inflexible césar résista jusqu'à la troisième heure du jour à leurs instances , à leurs reproches et à leurs menaces ; et il ne céda qu'aux clameurs réitérées, qui lui apprirent qu'il fallait ou mourir ou régner. On ï'éleva sur un bouclier, aux acclamations de tonte l'armée. Un riche collier militaire tint
l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. tes iDjores du temps elles ravages des Normands ont réduit en un tas de ruines, dans le douzième siècle, ce palais antique, dont l'inténear obscur était destiné aux jouissances de l'amour.
Explicat »la ilniu, moDloniiK amrlcctltar an>,
HuItlpUd laldirt KCltrnm Unm rnboran.
pcrcnotis fspe pndorift
CdMun Kbs, VaxrUiiM acconmodi furUt,
Ces vers sont tirés d'Architrenius Q. ir, c. 8.), ouvrage poétique de Jean de Hauteville ou HauviUe,moine de Saint- Albans, vers Van 1190. (Voyez l'Histoire de la poésie anglaise par Warton , vol. 1, Dissertât. 2.) De pareils vols étaient moins fUnestes i la tranquillité du genre humain que les disputes théologiques que la Sorbonne a agitées depuis sur le mêmetemdn. (Bonamy, Mém. del'Ac. t. xr» p. 678-^^
lieu de diadème ' ; la promesse d'une gratification modeste * termina la cérémonie , et le nouvel empereur, accablé d'une douleur on réelle ou simulée, se retira dans l'intérieur de ses appartemens secrets *.
La douleur de Julien pouvait venir de son innocence; mais son innocence paraîtra douteuse * à ceux qui connaissent assez le caractère général des princes pour se méfier de leurs motifs et de leurs protestations. Son âme active et véhémente était accessible aux différentes impressions de crainte et d'espoir, de reconnaissance et de vengeance , du devoir et de l'ambition, de l'amour de la gloire et de la crainte du reproche. Mais il est impossible de calculer le degré d'influence que chacun de ces sentimeus eut sur Julien; il ne distingua pas sans doute lui-même tous les mouvemens qui déterminèrent et dirigèrent sa conduite. Ses ennemis tâchaient de séduire les soldats; et leur violence était l'efTet naturel de leur inquiétude et de leur ressentiment. Si Julien eût entrepris de cacher un si grand dessein sous l'apparence du hasard, il se serait inutilement imposé une multitude de soins et d'embarras, et l'habitude consommée de la plus fine hypocrisie aurait été probablement insuffisante pour lui assurer le succès. Il déclara solennellement, en présence de Jupiter,
I Dans ces momens de tamalte, Julien ne voulut point déroger aux formes des cérémonies superstitieuses , et il rerusa obstinément de se servir d'un collier de femme on d'un collier tel qu'on les portait à cheval , et dont les soldats voulaient qu'il (U usage fkute de diadfime.
? Une somme proportionnelle d'or et d'argent, cinq pièces d'or et une livre d'argent ; le tout montait à peu près à la valeur de cinq livres sterlings et dix scbellings, à peu près cent quarante flrancs.
3 Nous trouvons le récit détaillé de celte révolte dans les ouvrages de Julien {ad S- P. Q. JOieniensem, p. 282. 283, 284), Libanius {Orat. Parental, e. 44-48),dans Fabricius {Bibliot. Grac., t. \a, p. 269-273), Ammien (xi, 4) et Zosime (I. m, p. 151, 152, 153), qui, pour le règne de Julien, semble avoir suivi l'autorité plus respectable d'Eunape. Avec de pareils guides , nous avons pu nous passer des abrégés de l'Histoire ecclésiastique.
* Eulrope, témoin irrécusable, se sert de cette expression vague, • consensu milUum > (x , 15) . Grégoire de naziance , dont l'ignorance pourrait excuser lehnatisme, accuse l'Apostat de présomption, d'extravagance,|et donne à son élévation l'épilhèle de rébellion impie, «i'9«<r'Hi(, «ir«r«>a, ctnCutt {Orat. iii, p. 87 ).
DECADENCE DE L'EMPIRE ROBfÂlN, (360 dep. J.-C.)
du Soleil , de Mars , de Minerve , et de toutes les autres divinités, que jusqu'à la fin dn jour qui précéda celui de son élévation il ignora le dessein de l'armée * ; et il serait peu généreux de révoquer en doute l'honneur d'un héros, et la véracité d'un philosophe. Cependant, si Julien étaitassez superstitieux pour croire sincèrement que Constance était l'ennemi des dieux , dont il se flattait d'être lui-même le favori , peut-être se permit-il de désirer, de solliciter, et même de hâter le moment de son règne , pour venger leur injure et rétablir leur culte presque abandonné. Quand la conspiration eut éclaté, Julien se livra pour quelques instans au sommeil; et, quand il revit ses amis, il leur raconta que le génie de l'empire s'était présenté à sa porte , et lui avait reproché son défaut de courage et d'ambition *. Surpris et agité, il s'était mis en prières, et le grand Jupiter, à qui il les adressait, lui avait manifesté par un signe Gavorable l'ordre de se soumettre à la volonté des dieux et aux désirs de ^a^ mce. Une conduite qui ne peut être appréciée par les maximes ordinaires delà raison excite nos soupçons, et nous laisse dans l'incertitude. Quand le crédule et artificieux fanatisme s'empare d'une âme généreuse, il en bannit la vérité et toutes les vertus.
Le nouvel empereur employa les premiers jours de son règne à modérer le zèle de son parti, à sauver la vie à ses ennemis *, et à déconcerter leurs entreprises. Quoique déterminé à conserver le titre qu'il venait de prendre, il aurait voulu éviter les calamités d'une guerre civile, ne pas se commettre contre les
< Julian ,adS.P. Q. Jthen. , p, 284. Le pieux abbé delaBletterie(Vie de Julien, p. 159) parait tenté de respecter les pieuses protestations d'un païen.
1 Ammian. , xx , 5 avec la Note de Lindenbmdi snr le Génie de l'empire. Julien lui-même , dans une kUre familière à Oribase , son médecin et son ami ( Epitt. xva , p. 384 ) , parle d'un songe antérieur à l'évâiement dont il Alt h^ppé , d'un grand arbre .renversé , et d'une petite plante qui poussait en terre une radnc forte et profonde. L'imagination de Julien était sans doute agitée de craintes et d'espérances jusque dans son sommeil. Le récit de Zosime (I. m, p. 155) se rapporte i on songe postérieur.
3 Tacite ( Hist. , i , 8&^. ) peint éloquemmenl U situation dangereuse du prince d'une armée rebellle. Mais Otbon était plus coupable et moins habile que Julien, j
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PAR ED. GIBBON. CH. XXU
forces supérieures de Constance, et conserver une réputation exempte du reproche d'ingratitude et de perfidie. Décoré des ornemens impériaux et environné de la pompe militaire, il se montra dans le champ de Mars aux soldats, qui contemplèrent avec enthousiasme dans leur empereur leur élève, leur général, et leur ami. Il récapitula leurs victoires , se montra sensible à leurs peines , applaudit à leur courage , contint leur impétuosité, et ne rompit l'assemblée qu'après leur avoir fait solennellement promettre de renoncer à toute conquête , et de se contenter de la paisible possession des Gaules, si l'empereur de l'Orient consentait à un traité équitable. D'après cet arrangement, il écrivit une lettre au nom de l'armée et au sien '. Deux ambassadeurs), Pentadius, grand-maltredes offices, et Euthérius, grand-chambellan, furent chargés delà remettre à Constance, d'examiner ses dispositions, et de rapporter sa réponse. La lettre de Julien est signée modestement du nom de césar , mais il réclame la confirmation du titre d'auguste, et, en avouant l'irrégularité de son élection, 11 tâche d'excuser le mécontentement et la violence des soldats qui ont arrachéson consentement. Il reconnaît la supériorité de son frère Constance, et s'engage à lui envoyer annuellement des chevaux d'Espagne, de recruter tous les ans son armée d'une troupe choisie de jeunes barbares, et de recevoir un préfetdu prétoire de son choix. Mais il se réserve la nomination de tous les autres officiers civils et militaires, le commandement des armées, les revenus et la souveraineté des provinces au-delà des Alpes. II invite Constance à consulter les lois de la justice , à se méfier des flatteurs qui ne subsistent que de la discorde des princes, et à accepter la proposition d'un traité honorable, également avantageux pour les peuples et pour la maison de Constantin. Dans cette négociation, Julien ne réclamait que ce qu'il possédait d'avance. La Gaule, l'Espagne et la Bretagne reconnaissaient, sous le nom indépendant d'auguste, l'autorité qu'il exerçait
< A cette lettre ostensible , il en ajouta, dit Ammien, de particulières, objwgatorias et mordaces , que l'historien n'a pas vues , qu'il n'aurait pas pubttées, et qui n'ont peut-être jamais existé.
depuis long-iemps sur ces provinces , avec le titre subordonné de césar. Les soldats et les peuples se félicitaient d'une révolution qui n'avait pas même été teinte du sang de ceux qui s'y étaient opposés. Florentius avait pris la fuite, Lupicinius était prisonnier ; on s'était assuré des personnes mal intentionnées pour le nouveau gouvernement , et les places vacantes avaient été accordées au mérite et aux talens , par un prince qui méprisait les intrigues de la cour et les clameurs des soldats '.
De vigoureuses préparations de guerre accompagnèrent et soutinrent les propositions de paix. Les derniers désordres de l'empire aidèrent à recruter et à augmenter l'armée que Julien tenait prête à marcher. La cruelle persécution exercée contre la faction de Magnence avait rempli la Gaule de vagabonds et de proscrits. Ils acceptèrent avec joie une amnistie générale , se soumirent à la discipline militaire , et ne retinrent de leurs fureurs qu'une haine implacable pour la personne et le gouvernement de Constance *. Aussitôt que la saison permit à Julien d'entrer en campagne, il se mit à la tête de ses légions , jeta un pont sur le Rhin auprès de Clèves, et courut châtier la perfidie des Altuaires, tribu des Francs, qui avait cru pôu^ voir profiter des dissensions de l'empire pour ravager impunément les frontières. La gloire et la difficulté de cette expédition consistaient dans une marche dangereuse et pénible , et Julien fut vainqueur dès qu'il eut pénétré dans un pays que plusieurs princes avaient jugé inaccessible. Après avoir accordé la paix aux barbares, l'empereur visita soigneusement les forts le long du Rhin, depuis Clèves jusqu'à Bàle, et examina avec une attention particulière les cantons dont il avait expulsé les Allemands. Il passa par Besan-
1 Voyez les premières transactions de son règne ( in JuUan,'ad S. P. Q. Jthen., p. 285, 286; Ammien, XX, 5, 8 ; Liban., Orat. Parent., c. 49, 50, p. 273-275.)
2Iibanius, OreU. Parent. , c. 50, p. 275, 276.) Étrange désordre, puisqu'il dura padant plus de sept ans. Dans les factions des républiques grecques , les exilés montèrent au nombre de vingt mille ; et Isocrate assura sérieusement Philippe qu'il serait plus aisé de former une armée des vagabonds' que des habitans des rilles. (Voyez les Essais de Hume , 1. 1 , p. 426-427. )
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(360 dep. ).-C.)
çon * qu'ils avaient ravagé , et marqaa son quartier à Vienne pour l'hiver suivant. Après avoir réparé les fortifications de la barrière des Gaules, et en avoir ajouté de nouvelles , il se flatta que les Germains seraient contenus, pendant son absence, par le souvenir de ses victoires et par la terreur de son nom. Yadomair était * le seul prince des Allemands qui méritât l'estime de Julien, et qui pût lui donner de l'inquiétude. Tandis que le rusé barbare feignait d'observer fidèlement les traités, le succès de ses opérations militaires menaçait d'une guerre dont les circonstances augmentaient le danger. Dans cette situation critique, Julien ne dédaigna point d'imiter la conduite de son ennemi. Au milieu d'une fête on Yadomair s'était rendu imprudemment, à l'invitation des gouverneurs romains, il fut saisi et envoyé prisonnier dans le fond de l'Espagne. Sans attendre que les barbares sortissent de leur étonnement, l'empereur parut sur les bords du Rhin à la tête de son armée, et, après l'avoir traversé, il renouvela dans leur pays l'impression de terreur qu'il y avait répandue par ses quatre expéditions précédentes *.
Julien avait ordonné à ses ambassadeurs d'exécuter leur commission avec la plus grande diligence. Mais les gouverneurs d'Italie et d'Illyrie inventèrent différens prétextes pour retarder leur marche. On les conduisit à petites journées de Consiantinople à Gésarée en Gappadoce, et, lorsqu'ils furent enfin admis en la présence de Constance, il était déjà instruit et prévenu défavorablement contre Julien et contre l'année de la Gaule. L'empereur écouta la lecture de la lettre avec impatience, et renvoya les ambassadeurs avec mépris ; ses regards , ses gestes et ses discours emportés attestaient le désordre de
> Jnlien ( EpUt. , xzxrm , p. 414 ) donne une description abrégée de Vesonlio on Besan{on , une péninsnle pierreuse presque environnée par le Doubs, jadis ville magniflqne , remplie de temples et réduite aqjourd'boi i une petite ville sortie de ses raines.
i Vadomair entra au service des Romains , et d'un roi barbare ils firent nn duc de Pbénicie. Vadomair conserva tonjours la duplicilé de son carartère. (Voyez Ammien , xn , 4. ) Mais sous le régne de Valens , il signala sa valeur dans la guerre d'Arménie.
3 Anunien , SX, 10; XXI, 3 , 4; Zosime , L m , p. 155.
son' âme et son indignation. La princesse Hélène, femme de Julien, aurait peut-être contribué à calmer la colère de son frère Constance ; mais, après plusieurs couches toujours fatales à ses enfans, elle venait de périr elle-même dans la dernière * ; et depuis la mort de la princesse Eusébia, qui avait conservé jusqu'au dernier moment pour Julien la tendre amitié qu'elle poussait jusqu'à la jalousie , l'empereur était abandonné à ses propres passions et aux artifices de ses eunuques. Mais le danger pressant d'une invasion étrangère lui fit suspendre le ehitiment de son ennemi personnel. Il continua à marcher vers les frontières de la Perse, et crut qu'il suffisait de dicter à son cousin et à ses coupables partisans les conditions qui pourraient leur obtenir la clémence de leur souverain. Il exigeait que le présomptneu césar renonçât immédiatement au titre et an rang d'auguste qu'il avait accepté des rebelles, et qu'il redescendu au poste de ministre docile et subordonné; qu'il rendit les emplois civils et militaires aux officiers choisis par la cour impériale, et qu'il se fiât de sa sûreté aux assurances de pardon qui lai seraient données par Epictète, évêqne arien de la Gaule, et l'un des favoris de Constance. Les deux empereurs, à mille lieues l'un de l'antre, continuèrent pendant plusieurs mois, de Paris à Antioche , une négociation inutile. Convaincu que sa respectueuse modération ne servait qu'à irriter l'oi^ueil de son implacable rival, Julien résolut courageusement de confier sa fortune et sa vie aux hasards d'une guerre civile. Il donna audience au questenr Léonas, et on lut publiquement la lettre impérieuse de Constance. Julien protesta qu'il était prêt à quitter le titre d'auguste, si ceux
' Ses restes furent envoyés à Rome , et enterrés près it ceux de sa soeur Constantina, dans le hubourgde Fiaffomentana. (Anmiien.xxi, 1.) Libanius a composé uneapologie très-faible, pour justiHar son héros d'une accnsatioB trè&«bsurde , d'avoir empoisonné sa femme , et récompensé son médecin en lui donnant les bijoux de sa mire. (Voyez la septième des dix-sept nouvelles Oraisons publiées à Veûise, 1734 d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Marc, p. 117127.) Elpidius, le préfet du prétoire de l'Orient, au témoignage duquel l'accusalearde Julien en appelle, est traité par Libanius i'effimmé et Singrat. Cependant Jérôme a loué la piétéd'Bpidius (Li, p. 243),e(ADunien a faitl'âoge deson faiunaiuté(xn,8}-
(360 dep. J.-G.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXII
qui l'avaient forcé de le prendre voulaient y consentir. Celte proposition peu sincère fut suivie d'une clameur générale; le peuple et les soldats répétèrent unanimement : < Julien
> auguste, continuez à régner, par le vœu de
> l'année, du peuple et de l'état que vous
> avez sauvés. > OÔ continua la lecture de la lettre, dans laquelle l'empereur se plaignait de l'ingratitude de Julien, qull avait élevé avec soin, et revêtu des honneurs de la pourpre ; il déclamait avec véhémence contre la perfidie d'un misérable orphelin qu'il avait sauvé lorsqu'il ne lui restait aucun secours, t Quoi .' > dit vivement Julien en saisissant l'occasion de se justifier et de se livrer à la colère qu'il ne pouvait plus retenir, < l'assassin
> de mon père, de mes frères et de toute ma » famille ose encore me reprocher que je » suis resté orphelin ? 11 me rappelle ses cri-
> mes, et veut me forcer à venger des inju-
> res que je tâchais depuis long-temps d'ou- » blier. > On quitta l'assemblée; etLéonas, qu'il avait été difiicile de mettre à l'abri de la fureur du peuple, retourna vers son maître avec une lettre, dans laquelle Julien peignait à Constance, avec toute l'énergie de l'éloquence enflammée par la colère, les sentimens de haine elde mépris qu'une dissimulation forcée nourrissait depuis vingt ansdans son âme. Après ce message, qui équivalait à la déclaration d'une guerre implacable, Julien,qui, quelques semaines auparavant, avait célébré la fête de l'Epiphanie ', déclara publiquement qu'il confiait le soin de sa vie a ux dieux immortels , et renonça avec la même publicité à la religion et à l'amitié de Constance *.
< FerUmtm die quem célébrantes mense Januariû, ChristUuU Epiphania dicUtant, progressus in eorum eccUsiam, iolemniter numine orato, discessit (\ntmien, xn, 2). Zooare observe que ce Ait le jour de Noël ; et cette assertion parait assez juste, puisque les églises d'Egypte, d'Asie, et peut-tlre de la Gaule , câébraient le mime jour, le 6 de janrier , la nativité et le baplfime de Jésus^Cbrist. Les Romains, ausà ignorans que leurs conffères, de la véritable date de sa naissance , fixèrent la fiete an 25 de décembre, les BrumaUa, ou solstice d'hiver, époque à laquelle les païens eâebraient tous les ans la naissance du soleil. ( Voyez Bingham , Antiquités de 'Égl'ise chrétienne, I, XX, c 4; et Beansobre , Histoire eriliq. du Manichéisme, t. n , p. 690-700. ) 2 On peut extraire les négociations publiques et tccrè-
La situation de Julien demandait des mesures promptes et vigoureuses. 11 avait découvert, par des lettres interceptées, que son rival , sacrifiant l'intérêt de l'état à celui du monarque , excitait les barbares à envahir les provinces de l'Occident. La position de deux magasins , l'un sur les bords du lac de Constance , et l'autre au pied des Alpes-Cottiennes, semblait indiquer la marche de deux armées , et six cent mille muids de farine contenus dans chacun de ces magasins ' annonçaient les forces et le nombre eflrayant d'ennemis qui se préparaient à l'environner. Mais les légions impériales étaient encore dans leurs quarUers d'Asie ; le Danube était faiblement gardé, et, si Julien pouvait s'emparer par une incursion rapide des importantes provinces deVIllyrie, il y avait lieu de présumer que les peuples et les soldats suivraient ses drapeaux , et qu'il disposerait à son gré des mines fertiles d'or et d'argent pour soutenir les frais de la guerre civile. Il assembla son armée , et proposa cette audacieuse entreprise. Après avoir animé la confiance des soldats par le souvenir de leurs exploits , Julien leur recommanda de soutenir leur brillante réputation , de se montrer toujours terribles pour les ennemis, humains pour les citoyens paisibles , et dociles à leurs officiers. Son discours animé fut suivi d'une acclamation générale ; et les mêmes troupes qui venaient de prendre les armes contre Constance, parce qu'il avait voulu les faire sortir de la Gaule, déclarèrent qu'elles étaient prêles à suivre Julien aux extrémités de l'Europe ou de l'Asie. Les soldats firent le serment de fidélité , frappant à grand bruit sur leurs boucliers , et tournant la pointe de leurs épées nues contre leur poitrine , ils se
les entre Constance et Julien , de Julien lui-mtnw , avec quelque précaution {Orat. ad S. P. Q. JOien., p. 286) , delibanius {Orat.Parent.,t.S\, p. 276), Ammien (xx, 9),Zosime 0- m, p. 154), et même deZonare (t. n, 1. xia, p. 20, 21, 'XI), qui semble avoir trouvé et employé dans celle occasion quelques bons matériaux.
I Trois cents myriades ou trois millions de medimni, mesure de grains en usage chez les Athéniens, et qui contenait ùx modU romains. Julien explique en soldat et en politique le danger de sa situation, et la nécessité et l'avantage d'uBT guerre offensive (ad S. P. Q. éthen^,
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(324 dep. J.-C.)
dévouèrent , avec d'horribles imprécations , au service du libérateur de la Gaule et du vainqueur des Germains '. Nebridius, nommé récemment préfet du Prétoire , fut le seul qui ne partagea point l'enthousiasme de l'armée. Ce fidèle ministre , sans autre secours que son courage, défendit les droits de Constance au milieu des armes d'une multitude irritée, dont il aurait été la victime honorable et inutile sans la protection de celui qu'il avait offensé. Après avoir perdu une de ses mains sous le tranchant des épées, il se proterna aux pieds de Julien , qui le couvrit de son manteau impérial , lui sauva la vie et le renvoya chez lui avec une indifférence que la vertu du préfet n'aurait pas dû lui inspirer *. Salluste remplaça Nebridius ; et les Gaules , soulagées des taxes qui les accablaient , jouirent , sous l'équitable administration du mentor de Julien , des vertus que son élève l'encourageait à exercer '.
Julien comptait moins sur le nombre de ses troupes que sur la célérité de ses mouvemens. Dans l'exécution d'une entreprise hasardeuse, ce prince n'oublia aucune des précautions que la prudence pouvait lui suggérer, et il se fia du reste à sa valeur et à sa fortune. Il assembla son armée , et la divisa dans les environs de Bâle *. Nevitta , général de la cavalerie , conduisit un corps de dix mille hommes à travers le cœur des provinces de Rhétie et de Norique. Une autre division , sous les ordres de Jovien et Jovinien, suivit les chemins tortueux qui traversent les Alpes et les frontières septentrionales de l'Italie.
* Voyez sa barangae et la conduite des troupes dans Ammien (xn, 5.)
2 II refusa durement sa main au préfet suppliant, el le fit partir pour la Toscane. (Ammien, xxi, 5.) Libanius, avec une (Ureur digne d'un sauvage , insulte Nebridius , approuve les soldats, et blâme presque lliumanilé de Julien. {Orat. Parental., c. 53, p. 278.)
3 Ammien, xxi, 8. Dans cette promotion, JuHen obâssail i la loi qu'il s'était publiquement imposée. Ffeque civUis quisqaam judex, nec militarit rector, alio quodam prarter mérita sufltagante, ad potiorem ventât gradum. (Ammien, xx, 5.) L'absence ne diminua point son estime pour Salluste, et il crut honorer le consulat en y nommant son ami. (J. D. 363.)
* Ammien (xxi , 8) prétend qu'Alexandre et d'autres généraux célèbres se conduisirent de même , d'après le mime raisonnement.
Des instructions claires et précises enjoignaient à ces généraux de marcher avec diligence et en colonnes serrées, qui pouvaient toujours se changer en ordre de bataille selon les dispositions du terrain de se défendre des surprises nocturnes par des postes avancés et par des gardes vigilantes, de prévenir la résistance par une arrivée imprévue, Shluder la curiosité en précipitant le départ, d'exagérer les forces de leur parti , de répandre la terreur du nom de Julien , et de joindre le plus tôt possible leur empereur soni les murs de Sirmium. Julien s'était réserré la tâche la plus difBcile. Suivi de trois mille volontaires braves et agiles , et qui av-aient renoncé, comme leur chef, à tout espoir de retraite , il s'enfonça dans l'épaisseur de la forêt noire qui recèle les sources du Dannbe'; et, pendant bien des jours, le sort de Jnlien fut ignoré de Funivers. Le secret de sa marche , sa diligence et sa vigueur surmontèrent tous les obstacles. Il traversait les montagnes et les marais, s'emparait des ponts ou t^aYe^ sait les rivières à la nage , et suivait toujours son chemin en ligne directe *, sans examiner si c'était sur le territoire des Romains on snr celui des barbares. Il parut enfin devantVlenne et Ratisbonne , dans l'endroit où il se proposait d'embarquer son armée sur le Dannbe. i Par un stratagème bien concerté, il s'empara d'une flotille de brigantins" qui étaient à l'ancre, et d'une provision de vivres grossiers, mais suffisans pi>ur satisfaire l'appétit vorare et peu délicatd'nne armée de Gaulois qnî s'a-
< Ce bois faisait partie de la forêt Hercynienne, qui, '* temps de César, s'étendait depuis le pays des Raurad jusi|<>( dans les contrées les moins connues du Nord. (Voy. Clavier, Germania antiqua, I. m, c. 47.)
2 Comparez Libanius {Orat. Parentat. , c 53, p. 2Ki 279) avec Greg. de Naziance {Orat., m, p. 68). Le ssiil est forcé d'admirer le secret et la rapidité de cette marche Un théologien moderne pourrait appliquer à Julien drs vers faits pour un autre apostat.
So eagcrl]t Ui« lend ,
O'cr bog, or ticcp, Uirougb stnit, rougta, dcnae, or rare, ' WIUi head, haeds, wlngs, or fiMt, pnrsiKf hli waj, ktA nrlnu, or slDlo, or «radei, or ereq», or il». '^'
» Dans cet intervalle, la IVotitia place deux on irob lottes, la Lauriaeensis à Lauriacum ouLorsch, VJrt*pensis, la Maginensii, et ttdt mention de dnq légions M cohortes de Libnmiens, qui devaient être des tsfifs if marins {,Seet. vna, édit. Labb.).
(361 dep. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. Cil. XXII.
bandonnèrent audaciensement au cours du Dannbe. La vignear aclrre des rameurs , aidée d'an vent favorable, porta la flotte à sept cents milles en onze jonrs * ; et Jnlien débarqua ses troupes à Bononia, qui n'est éloigné de Sirroiam que de dix-neuf milles, avant que les ennemis passent avoir aucun avis certain de son départ de la Gaule. Dans le coinrs de sa longue et rapide navigation , Julien ne s'écarta jamais de son objet principal. II reçnt les députations de quelques villes, qui s'empressèrent de mériter sa faveur par one soumission volontaire ; mais il passa devant les ports ennemis qui bordaient le Danube sans être tenté de faire preuve d'une valeur inntile et mal placée. Une foule de spectateurs rassemblés sur les deux bords du fleuve contemplaient la pompe militaire, anticipaient sur la réussite de l'entreprise, et répandaient dans les pays voisins la gloire d'un jeune héros qui était accouru avec une rapidité plus qu'humaine des bords du Rhin, à la tête d'une armée formidable. Lncilien, général de cavalerie, qui commandait les forces militaires d'Illyrie , fat alarmé et étourdi de rapports qu'il n'osait révoquer en doute, et qu'il avait cependant peine à croire. Il avait déjà fait quelques dispositions lentes pour rassembler ses troupes, lorsqu'il fnt surpris par Dagalaiphns, officier actif, que Julien, aussitôt après son débarquement, envoya en avant avec un corps d'infanterie légère. On fit monter sur un cheval le général captif et tremblant; on le conduisit en présence de Julien, etremperenr, le relevant avec affabilité, dissipa la terreur et Tétonnement qui engourdissaient tontes ses facultés. Mais Lncilien, à peine rendu à lui-même, eut l'indiscrétion de faire observer à Julien qu'il s'éta it imprudemment hasardé avec une si faible escorte an milieu de ses ennemis, t Réservez, » lui dit Jnlien avec un sourire de mépris, » vos timides remontrances pour votre mal-
* tre Constance ; en vous donnant le bas de
• ma robe à baiser, je ne vous ai pas reçu
< Zosime est le seul qui rapporte cette circonstance intérenante. Mamertin {in Panegjrr. Fet., xi, 6, 7, 8), qui accompagnait JuUen comme comte des sacrées largesses, décrit ce voyage d'un style fleuri et d'une manière pilt«>resqne; il défle Triplolènie, les Argiinautes, etc., etc.
> comote un conseiller, mais comme un snp-
> pliant. > Convaincu que le succès pouvait seal justifier son entreprise, et que le succès dépendait de sou intrépidité, Julien attaqua immédiatement , à la tête de trois mille soU dats, la ville la plus forte et la pins peuplée de la province d'Illyrie. Lorsqu'il traversa le long fanboui^ de Sirmium , le peuple et les soldats le reçurent avec des cris de joie; ils jonchèrent son passage de fleurs , et le conduisirent avec des torches allumées jusqu'au palais impérial , et le reconnurent pour leur souverain. L'empereur se livra pendaat deux, joars à la joie et aux fêtes publiques; I assista aux jeux du Cirqne. Mais, le trcriBième jour, il partit de grand matin pour s'emparer du passage étroit de Saoei, dans les défilés dH mont Hénius, qui, situé à une distance à peu près égale de Sirmium et de Constantinople, sépare les provinces de la Thrace et de la Daeie, et , présentant du côté de la première une descente escarpée, se termine, du côté de l'autre, en une pente douce et facile '. La défense de ce poste important fut confiée au brave Nevitta, qui, ainsi que les antres généraux de la division italienne, avait exécuté avec succès la marche et la jonction si habilement combinées * par leur souverain.
Les craintes ou l'inclination des peuples étendirent l'autorité de Julien bien ao-delà de ses conquêtes militaires '. Taurus et Florentins gouvernaient les préfectures d'Italie et d'Illyrie, et réunissaient cet important emploi au vain titre de consuls. Ces magistrats s'étaient retirés précipitamment à la coar d'Asie ; et Jnlien , qui ne pouvait pas toujours cacher la légèreté de son caractère, leur imprimait un ridicule en ajoutant, dans tous les actes, l'épithète de fugitif aux noms des deux consuls. Les provinces qu'ils avaient aban-
t LadescripUon d'Ammien donne la sitaaUon précise des JngustUe Succorum, ou défllés des Succi. M. d' An- Tille, d'après la ressemblance des noms, les a placés oitre Sar<Ùca et Naissus. Pour ma propre justification , je suis obligé de relever la seule erreur que j'aie jamais aperçue dans les cartes de cet habile géographe.
3 A quelques circonstances prés, que nous tirons d'autres auteurs, nous suivons, pour le fond du récit Àmmien, (XXI, 8, 9, 10).
3 Ammien, xxi , 9, 10; [Libanius , OiaU Fa-ental. . c. 54, p. 279, 280 ; Zosime, }. m, p. i:6, 157.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(361 dep. I.-C.)
dçijift^s rçfionuurcut pour leur empereur un riFiPi^ i|uiv.'Wiissant les qualités d'aa soldat M4U*M dlun- philosophe, se faisait égaiemeot qânwnr.dwto les camps d'IUyàe ot.dans les acadrâika de la Grèce. De si>n palais, ou, pottr mieux dice , de son quartier-général de Sirmium et de Naissus , il fit distribuer, dans les principales villes de l'empire , une apologie adroite de sa conduite, dans laquelle il eut soin d'insérer les dépêches secrètes de Constance, et de soumettre au jugement du public le choix de deux princes, dont l'un hasar^MlM vie pour chasser 1^ barbares^. Viff^ia que l'autre avait la perGdie de ^»{^ ^er et de favoriser leurs dévastations '. Ju- Um redoittait vivement le reproche d'ingrat)i,M«, et s'était pas noifts avide 4« défeodre MMiause^9lur la force des ai^nmens qile|Mur. celle des ame». ^9$ a» 1«|H^. adressée au sénat et au pcupbs d'Athènes *, il soumet sa conduite et ses motifs à cette nation dégénérée avec une déférence aussi respectueuse qw/il eût plaidé, du temps d'ArisUde, devant le tribunal imposant de l'aréopage. Sa démarche auprès du sénat de Rome ae flatta pas tbtka cette compagnie, qui s'amofesit cncoife.'ie ilEoit de ratifier les électioai ém empereiïl:9i T ectuUus, préfet de la ville, eon»' voqua une assfaaAilée. On lut la lettre de Julien; et, conome 31 était pour le moment le maître de ritaliè,'saileBaande fut admise sans réclamation. Mais le» 4énateurs n'approuvèrent pas ses satires sur les innovationsde Constantin , et la peinture odieuse que le nouvel empereur faisait de Constance déplut généra- Jeineat. Ils s'écrièrettttonsd'une voix, comme
< Julien (ad S. P. ^.'.^iftâK^^. 3M) assure posUivement qu'il intercepta \i» leUMs-Àa.Constanee aux barbares: etLibenius affiraie qu'il les lut aux troupes et dans les Tînés où il passait. Cependant Ammten (ta, 4)< emploie l'expression du doulc : • Si famœ solius admit-: » tenda ë»f|Rfej. » 11 cite cependant une lettre fiit«t<e^- Ue de \Mamtirii Constance, qui annonce une corM^WH- . dauce inUme f i Cœsar tous disciplinant non haM. • : 3 ZosimefaH mention de ses épHres aa« AMniem^-«t!f-' Corialhiens' et ittx Lacédémoniens. C'était probableMeiit' loitiours la même, à quelques changemens pris. L'ëpHre aux Athéniens existe encore (p..'268-287), et nous y avons puisé des instructions intéressantes-. Elle a mérité le sufnrage de l'abbé de la6lelterie(Prér. de l'Histoire de Jovien, p. 24, 25) . et est un des meilleurs manifcsles qui existent dans aucune langue.
si Julien eût été présent : « Ah! ni»ectez»de grûoa, L'autenr de votre fortune ' . ><iette exdamatioa équivoque était susceptible d'être ekpliquéeiâotauae.ua reproche d'iugratitude, «i l'usurpateur «ntsocmdtait; et, dans le cas contraire, riki |»Knil«ignifier qu'en contribuant àl'élévation dé Jufieft, Constance réparait tout le mal qu'il avait fait précédemment à l'empire. Constance fut informé de l'entreprise et des succès de Julien au moment où la retraite de Sapor suspendait la guerre de Perse et permettait de s'occuper des rebelles. Déguisant l'angoisse de son âme sous l'extérieur du mépris, le fils de Constantin annonça son retour en Europe , et le dessein de châtier les mutins de la Gaule. Il ne parlait jamais de cette expédition que comme d'une partie de chasse*; et, quandll en fit part à l'armée dans le camp d'Uiérapolis, il assura ses soldats que, si le fantôme d'empereur et sa poignée de Gaulois avaient l'audace de paraître dans la plaine , le cliquetis des armes et les cris de guerre suffiraient pourjles anéantir. L'armée d'Orient applaudit au discour^ de l'empereur; etThéodote, préâdenl du, conseil d'Hiérapolis, pria Constance de permettre que la tête du rebelle Julien servit d'ornementàla porte de sa ville '.Un détachement choisi partit dans des chariots de poste, pour occuper, s'il en était temps encore , le passage des Succi. Les recrues , les armes et les magasins destinés pour les frontières de la Perse furent employés contre les Gaulois, et les succès que Constance avait eus dans toutes les guerres civUes laissèrent ses courtisans sans inquiétude. Un magistrat, nommé Gaadentius,8'étant assuré des provinces d'Afrique au nom de Constance , arrêta les approvisionnemens destinés pour Rome, et cette ville manqua de subsistance. L'embarras de Julien fut encore augmenté
1 Juctori, tuo reverentiam rogamut. (Amnien, xn, 10.) U est assez amusant d'examiner la conduite des sénateurs, qui flouaient enUe la crainte et l'adulation. (Vof. Tacite, Blst. 1, 85.)
* Tançuamvenaticampnedam eapatt: hoe emm
ad leniendum sucrum metum subinde prtediealxU.
(Ammien, xn, 7.) 'Voyez la harangue et lespréparatiÈ dans AmnicB(xii,
13). Théodote implora et obtint son pardon de llndslgeirt
empereur , qui déclara qu'il voulait diminaer le Mmbre de
ses ennemis, etangmenter ;cdul de set amis (xxu, 14).
par un événement imprévu, qui aurait pp avoir les suites les plus funestes. Deux légions et une colonne d'archers, cantonnées auprès de Sirmium , s'étaient enrôlées sous les drapeaux de Julien ; mais la faveur dont elles jouissaient auprès de Constance inspira de la méfiance à son rival; et, sous le prétexte de défendre les frontières de la Gaule, il les éloigna du théâtre de la guerre , dans la crainte qu'au moment d'un combat elles ae passassent du côté de l'ennemi. Ce petit corps d'armée avança en murmurant jusqu'aux frontières de l'Italie. Les fatigues d'une longue marche, et la férocité des Germains qu'ils allaient combattre, achevèrent de les aliéner, et les tribuns profitèrent de leur mécontentement pour les ramener à leur devoir. Ils s'arrêtèrent à Aquiiée , et arborèrent les drapeaux de Constance sur les murs de cette ville imprenable. Julien aperçut d'un coup d'œil toute l'étendue du danger, et la nécessité d'y remédier avec promptitude. Jovinien retourna, par ses ordres, en Italie avec une partie de l'armée; il commença immédiatement le siège d' Aquiiée , et le poursuivit avec la plus grande vigueur. Afais les légionnaires défendirent la place avec autant d'intrépidité que d'intelligence , invitèrent toute l'Italie à imiter leur courage et leur fidélité , et menacèrent de couper la retraite de Julien, s'il était forcé de céder à la supériorité du nombre*. Mais Julien ne fut point réduit à la cruelle nécessité qu'il déplore si pathétiquement. Le sang de ses sujets ne cimenta point sa puissance, et la mort de Constance préserva l'empire romain des calamités d'une guerre civUe. Impatient de goûter le plaisir de la vengeance , il était parti d'Antioche à l'approche de l'hiver, avec une petite fièvre, causée sans doute par l'agitation de son esprit. Les fatigues de la route l'augmeutcreut, et Constance fut obligé de séjourner dans la petite ville de Mop-
< Ammieo , xn, 7 , 11, 12. Il raconte avec exadilude les opérations du siège d' Aquiiée, qui oonserra, dans celte occasion , la répuU^on d'imprenable. Grégoire de Naziance {Orat. m, p. 68) attribue celte révolte accidentelle 1 la sagesse de Constance, dont il annonce d'avance la victoire. Constantto quart credebat proeul tlubio fore vietorem : nemo enim omniiun tune ab hac conilanti sentcnlia discreperat. (/Vnunien, xxi, 7.)
PAR ÉD. GIBBON. CB. XXU
SHcrène , 1 douze teiMles en deçà dé Tharse , dïi41 expira après ftiie courte maladie, dans là quarante-cinquième année de son âge et la -vingt^uatrièmede son règne*. Soncaraètère,^e nous atons suflissmôtent fait connaître dans le réei» des éHéôWKfens civite'-èt ecclésiastiques, était un compilé delSiblesie et d'oi^ueil , de superstition et de <ïruauté. Un long abus de la puissance en avait fait '^u objet redoutableouk yeiiX de ses contemporains; mais, cAiâmé le métlté- personhef a seul le droit d'UMi^esser la pdstérité, nous nous bornerons à remarquer- 'q'ue le dernier fils de Constantin hérita de tons les défauts de son père, et qu'il n'eut aucune de ses bonnes qualités. 0^ dit qu'avant de mourir il nMMna Julie* pour son successeur, -(et il parait assez probable que sba inquiétude pour une jeune épouse qu'il aidait «eiEdrcment, et qu'il laissait enceinte. Tait etnporté dans les derniers momens de"-^ vie ^r des sentimcns de haine et de vehgleafriee. EusèUie et ses coupables associés firent une faible tentative pour prolonger le règoe des eunuques, par l'élection d'un ature' empereur ; mais If armée rejeta leurs iatrigiRs et toute idée de guerre civile. Deux de lénre fArincipaux officiers partirent sur-le-champ pour assurer Julien que tous les soldats de l'empire âsient prêts à marcher sous ses drapeaux. Les dispositions militaires de ce prince devinrent, inutiles; il cessa les trois différentes attaques qu'il dirigeait contre la 'f hrace ; et, sans verser le sang de ses sujets, sans courir le hasard des combats, il obtint tous les avantages de la victoire. Impatient de visiter le lieu de sa naissance et la nouvelle capitale de l'empire, il s'avança de Naissus à travers les montagnes d'Hémus et les villes de la Thrace. Quand il eut atteint Héraclée, Julien trouva toute la route
' Ammien fait un tableau fidèle de sa mort et de son caractère (xxf, 14, 15, 16), et on ne peut se défendre d'un sentiment de haine et de mépris en lisant la calomnie absurde de Grégoire (firat. lu, p. 68), qui accuse Julien d'avoir trai9é|;te^'merl de son bienfaileur. Le repentir que l'empereur montra dans l'intimité d'avoir épargpé et élevé Julien (p. 69, et Orat. xsi, p. 39) est assez probable, et n'est poiiit lOc^mpalible avec son testament verbal et public, que des raisons de prudence peuvent lui avoir dicté dans les derniers iuslans de sa vie.
508 DECADENCE PE L'EMPIRE RQMAIN
couverte des habitans de Gonstaatiaople ,
qui veoaifint de soixante milles pour jouir un peu plus tôt du plaisir de le voir, et il fit son entrée triomphale au milieu des acclamations du peuple , des soldats et du sénat. La foule l'environnait, et voyait peut-être avec étonnement la petite taille et l'air commun d'un jeune héros dont les premiers exploits avaient été la défaite des Germains , et qui venait de traverser, dans une expédition heureuse, tout le continent de l'Europe depuis les bords de la mer Atlantique jusqu'à ceux du Bosphore '. Peu de jours après, lorsqu'on débarqua les restes de Constance dans le port, les sujets de Julien applaudirent à la sensibilité réelle ou affectée de leur souverain. A pied, sans diadème, et vêtu d'nn habit de deuil, il accompagna le convoi jusqu'à l'égliae de» Saints-Apôtres, où le corps fut déposé. Si cette démarche respectueuse peut être regardée comme un hommage rendu par la vanité au rang et à la naissance de son prédécesseur et de son parent, les larmes qu'on vit répandre à Julien dans le cours de cette cérémonie lugubre prouvèrent qu'oubliant les crimes de Constance, il ne se rappelait que les services et les faveurs qu'il en avait reçus *. Dès que les légions d' Aquilée eurent appris avec certitude la mort de l'empereur, elles ouvrirent les portes de la ville, et, par le sacrifice de quelques chefs coupables , obtinrent aisément leur pardon de Findulgence on de la prudence de Julien, qui, dans la trente-deuxième année de son âge , acquit la possession paisible de tout l'empire *.
' * Dans la description dn triomphe de Jnlien Ammien , (xxn, 1,2), prend le ton de l'orateur etdu poète, tandis que Libanius {Orai. Parental., c. 56, p. 281} se ratferme dans la grave simplicité de l'tiiglorien.
3 On trouve la description de ia pompe funèbre de Constance dans Ammien (xxi, 16), Grégoire de Naziance {Orat. nr, p. 119), Mamertin (in Panegjrr. Fet., xi , 27), libanius ( OnU. Parent., c. 56, p. 283); Philo^orge (I. Ti, c 6), et les Disso-lations de Godeh-oy (p. 265'), Ces écrivains et leurs partisans , païens , catholiques , arieas, etc., voyaient avec des yeux bien dilTéreos le nou- Td empereur, et celui qu'on venait de perdre.
s On ne sait pas bien exactement le jour ni l'année de h naissance de Julien. Le jour est probablement le 6 de Dorembre, et l'année doit être du 331 ou 332. (Tillemont, Bîst. des Emper. , t. nr, p. 693 ; Ducang., Fam. Bizantin. , p. 50.) J'ai préféré la première de ces deux dates.
(361 dq». J.-C.)
Julien avait appris de la philosophie à comparer les jouissances de la retraite à celles d'une vie active; mais l'éclat de sa naissance et les événemens ne lui avaient jamais laissé la liberté du chmx. 11 aurait peut-être sincèrement préféré les jardins de l'Académie et la société d'Athènes ; mais forcé d'abord par la volonté de Constance et ensuite par son injustice à exposer sa personne et sa répolation aux dangers de la grandeur impériale, etdese rendre responsable enversl'universet la postérité du bonheur de plusieurs millions d'hommes *, Julien se ressouvint avec frayeur d'une des pensées de Platon*. Ce philosophe observe que le soin de notre bétail et de nos troupeaux est confié à des êtres qui leur sont supérieurs en intelligence, et que le gouvernement des hommes et des nations exigerait l'intelligence et le pouvoir céleste des dieux et des génies. En partant de ce principe , il conclut que l'homme qui a l'ambition de régner doit aspirer à une perfection plus qu'humaine ; qu'il doit purifier son &me de toute la partie terrestre et mortelle, éteindre ses appétits , régler ses passions et vaincre l'animal sauvage qui, selon la vive expression d'Aristote', manque rarement de monter sur le trône du despote. Celui de Julien, auqnd la mort de Constance venait de donner une base solide et indépendante , fut le siège de la raison, de la vertu et peut-être de la vanité. Ce prince méprisa les honneurs, renonça aux plaisirs , et remplit avec la plus grande exactitude tous les devoirs d'nn souverain. Il se trouvait peu d'hommes parmi ses sujets
< Julien ( p. 253-207 ) a eipliqué lui-même ses idées philosophi4|nes avec beaucoup d'ékKpieiKe et un peu d'affectation, dans une ëpltre très-soignée qu'il adreoait i Tbemislius. L'abbé de U Blelterie ( L n, p. 146-11)3), qui en a donné une traduction fort él^anle, incline i enm que c'est le célèbre Themistins dont les Oraisons existent encore.
> JuUen et Thénist., p. 258. Pétas (aot p. 9S) rourqne que ce passage est tiré du quatrième livre de LesSms; mais ou Julien citait de mémoire, on ses Maaiaerils étaient diflérens des nMres. Xénopbui OMUMBceli Cfropédie par une réflexion semblable.
(Arislot.,<i|ifM{/i(/i0i.,p.a61.) Le aumiscrit de Vwsins , peu satisQul d'un seul animal, y supplée en étii»*M fiapia, et semble être autorisé par l'expérience dn despotisme.
(361 dep. J.-C.)
qui eussent consenti à le décharger du poids de son diadème s'il avait fallu qu'ils soumissent leur temps et leurs actions aux lois rigoureuses que leur empereur s'était imposées. Un de ses plus intimes amis ' , qui partageait souvent la frugalité de sa table, a remarqué que ses mets légers, et peu abondans, lui laissaient toujours la liberté de corps et d'esprit nécessaire aux différentes occupations d'un auteur, d'un pontife, d'un magistrat , d'un général et d'un monarque. Dans un même jour , il donnait audience à plusieurs ambassadeurs ; il dictait et écrivait un grand nombre de lettres aux magistrats civils, à ses généraux, à ses amis particuliers et aux différentes villes de son empire. Il écoutait la lecture des mémoires qu'on lui présentait, réfléchissait sur les demandes et dictait ses réponses plus promptement qu'aucun secrétaire ne pouvait les écrire en abrégé. Il avaitune si extrême Oexibilité d'esprit, une attention si facile et si soutenue, que tout en écrivantsur une affaire, il en écoutait une autre et en dictait une troisième sans jamais hésiter ni les confondre. Lorsque ses ministres se reposaient, il volait d'un travail à un autre. Après un repas court et succinct, il se retirait dans sa bibliothèque, et se livrait à l'étude jusqu'à l'heure qu'il avait indiquée dans l'après-midi pour reprendre les affaires publiques. Le souper de l'empereur était un diminutif de son faible dîner. Son sommeil n'était jamais appesanti par les vapeurs de la digestion , et, si l'on eu excepte le court intervalle d'un mariage auquel la politique présida plutôt que l'amour, le chaste Julien n'admit jamais de compagnes dans son lit *.
< LUMnius (Orat. Parent., c 84, 85, p. 310, 3tl, 312 ) a donné ce détail intéressant de la vie privée de Julien. Ce prince {in Misopogon, p. 350) parie lui-même de sa (higalilé , et déclame contre la voracité sensuelle des habitans d'Antioche.
2 Lectnius rettaltum toris purior.... ( Mamertin,
Pemegyr. Vet. , xi, 13) adresse eeUe louange à Julioi lui-même. Libanius affirme que Julien n'eut de fiuDiliarité arec aucune femme, ni avant son mariage, ni «près la mort de sa femme. {OraX. Parent., c. 88, pag. 313.)La diasteté de Julien est confirmée par le témoignage Impartial d'Ammien (xxv, 4 ), et par le silence des diré- Uen». Cependant Julien relève ironiquement le reproche tiae loi fkisait le peuple d'Antioche de presque toujours
PAR Et). GIBBON. CH. XXU.
S«s secrétaires se releva'ient; ceux qoi avaient dormi la veille se présentaient chex remp«>eur de très-grand matin , et ses domestiques veillaient alternativement , tandis que leur infatigable maître ne se reposait guère qu'en chuigeant d'occupations. Les prédécesseurs de Julien , son oncle , son frère , son cousin , s'amusaient des jeux du cirque , sous le prétexte spécieux de déférence pour les goûts du peuple , et ils passaient souvent la plus grande partie de la journée , spectateurs oisifs et faisant euxmêmes partie du spectacle, jusqu'au moment où les vingt-quatre courses ord'maires fussent terminées*. Aux jours de fêtes solennelles, Julien, qui ne cherchait point à cacher sa répugnance pour ces frivoles passe-temps, avait la complaisance de paraître dans le cirque. Mais, après avoir jeté quelques regards d'indifférence sur cinq ou six courses , il se retirait précipitamment, avec l'impatience d'un philosophe qui regardait comme perdus tons les momens qu'il n'employait pas aux affaires publiques ou à la cuknre de son esprit*. Par cette sévère économie de temps, il allongea en quelque façon la courte durée de son règne, et, si les dates étaient moins certaines, nous ne pourrions pas croire qu'il ne s'est passé que seize mdis entre la mort de Constance et le départ de son successeur pour la guerre de Perse. L'histoire ne peut conserver que le souvenir de ses actions ;
L'abbé delà Bletlerie (Hist. de Jovieg , t. n, p. 108-100) explique celte expression avec ingéDuité.
< Voy. Saumaise et Suétooe ( in Claud.), c 21. On ajouta une vingt-cinquième course, ou missus, pour compléter le nombre de cent chariots, distingués par quatre dirrérentes couleurs , vingt-cinq de chacune. La course ou carrière était de quatre qui partaient ensembte, un de chacune des quatre couleurs.
CeiUum quadrtjugo» agitaho ad flumina currus.
11 parait qu'ils couraient cinq ou sept fois en toumant autour de la borne ou meta. ( Suet. ùiDomitian., c. 4.) Et , d'après la mesure du Circiu maximus de Rome et de rhippodrome de Constantinople , la course devait être environ de quatre milles.
3 Julien , in Misopogon, p. 350. Jules César avait offensé le peuple romain en lisant des dépêches an moment de la course. Auguste se conforma i leur goût , ou suivit le sien; mais il prêta toujours la plus grande attention aux jeux dudrque, etafTccta constamment de les regarder
ei: firiir«», coucher seul. (In Misopogon, p. 345.) I avec le plus grand plaisir. (Suctoa., m .<^i^im(. , c 45.)
filO
mais ce qni existe encore de ses ToloiBineux écrits atteste son application et l'étendue de son génie. Le Misopogon , les Césars , plusieurs de ses discours et son ouvrage savant et rédigé avec soin snr (a religion chrétienne, furent composés pendant jes longues nuits de deux hivers, dont il passa le premier à Oonstantinople, et l'autre à Antioche.
La réforme de la cour impériale fut un des premiers actes et des plus nécessaires du gouvernement de Julien '. Peu après son entrée dans le palais de Gonstantinople , il eut besoin du service d'un barbier. Un officier magnifiquement vêtu se présenta respectueusement. < C'est un barbier que je de-
> mande, s'écria le prince avec une feinte
> surprise , et non pas un receveur général * des finances * >. Il lui demanda en .quoi consistaient les profits de son emploi,' et 11 apprit qu'en outre d'un salaire considérable et de gros profits, le barbier avait encore la subsistance de vingt valets et d'autant de chevaux. L'abus d'un luxe inutile et ridicule avait créé mille charges de barbiers , mille chefs de gobelets, mille cuisiniers,^ et le nombre des eunuques ne pouvait se comparer qu'aux insectes que l'on voit voltiger dans les jours de l'été *. Le monarque, qni cédait volontiers à ses sujets la supériorité de mérite et de vertu , se distinguait par la désastreuse magnificence de ses habits , de sa table, de ses palais, et de ses esclaves. Les palais construits par Constantin et par ses fils étaient décorés de tontes les différentes espèces des marbres les plus rares , et d'ornemens d'or massif. Les mets les plus recherchés servaient moins à satisfaire leur goût que leur vanité : des oiseaux des climats les
1 La Téformeda palais est décrite par Ammien (xxn , 4), Ubaama (.Orat. Parent., c «2, p. 288, etc.); Mamertin (in Pan^yr. Fet , xi n ), Socrate (I. m, e. 1) , et Zonare( t. n, I. xiu , p. 24).
î Ego non ralionalemJuMi, sed tonsorem aceirl. 2anare substitue, au lieu de flneuusier, le mot sénaUur, qui parait moios naturel; cependant un financier trtoopulent pouvait désirer et obtenir l'entrée du sénat.
ft «xiivc , fftnn Tpxvi^oiniar , nn^t vnf rat /xvick ■»af* T«ic ««i/<«<r< n »fi. Telles sont les expressions de Libanius, que je transcris fidèlement, pour ne pas être toupçonni d'avoir exagéré la honte de la ramifie royale.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(361dep.l-C.}
plus éloignés , des poissons de l'extrémité des mers, des fruits hors de leur saison, et, comme le dit Mamertin, des roses d'hiver, et des neiges dans la canicule '. La dépense des domestiques du palais surpassait celle des légions ; et il n'y en avait qu'une faible partie qui servit à l'utilité ou à la magnificence du trône. La plupart de ces chai^ vénales, la honte du prince et la ruine des peuples , n'étaient qu'honorifiques, et les plus vils de la nation pouvaient acheter avec leur argent le droit de vivre dans l'aisance et dans l'oisiveté , aux dépens du revenu public. Les dégâts d'une maison si nombreuse, les supplémens de profits et de gratifications furent bientôt réclamés comme un droit, et les dons qu'ils arracl;aient également de ceux qui craignaient leur haine , et de ceux qui réclamaient leur faveur,- enrichissaient promptement ces valets audacieux. Ils dissipaient leurs richesses sans réfléchir à la misère dont Os venaient de sortir , et dans laquelle ils pouvaient encore retomber; et l'indécence de leur avidité ne pouvait se comparer qu'à c^e de leurs 'dissipations. Us portaient des robes de soie brodées d'or; leurs tables étaient servies avec délicatesse et profusion ; les maisons construites ponr leur servir d'habitation occupaient plus de terrain que le patrimoine d'un ancien consul; et les citoyens les plus distingués étaient forcés de descendre de leurs chevaux pour saluer respectueusement les eunuques qu'ils rencontraient sur les grands chemins. Le luxe du palais excita le mépris et l'indignation de Julien, qni couchait habituellement sur le plancher, qui satisfaisait à - pdne les besoins indispensables de la nature, et qui plaçait sa vanité, non pas dans l'imitation , mais dans le mépris du faste de la royauté. Par la suppression totale d'un abus dont l'opinion publique exagérait l'étendue, Julien se proposait de diminuer les impôts et d'apaiser les murmures des peuples , qui sup-
< Mamertin s'exprime arec Ibrce et Tivadlé. « Qui*
> etiam prandiorum et caenarum laboratas nugniludiMS
> romanus populus sensit ; cum quiesUissimee dapes noi
> gustu, sed difflcultatibuB xstimarenlur : miracula aviun, » loDginqui maris pisces, alieni lemporis poma, aestine » nivcs , hybcrnze rosse. •
(361 dep. J.-C.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXH
portent plus docilement le poids des taxes quand ils sont convaincus que le froit de leur industrie est- jq>pliqué an service de l'état. Mais on accuse Julien d'avoir exécuté ce changement salutaire avec trop de préoipitation et de sévérité. Par un seul édk, il fit dn palais de Gonstantinople un vaste déMirt , et renvoya ignominieusement les esclav«s «t les serviteurs ' , sans exemption, et satiséi^rds pour l'âgé, les services on la pattVuetièdes fidèles ^Sbtnestiques de la Emilie Itiipériale. Tel éta*» àki vériié, le caractê^e d^J^Hen. Il onbliM soHvent la maxime d'Aii^Me qui place la Mr{tal)le vertu à une distâfttie égale entre les deux vîces opposés. Julieti rejeta constammeiit la parure fastueuse et éffëminée des 'Asiatirpies , la frisure, le (krd, les bracelets,' et les colliers, qui avaient couvert de ridicfl^Te'grand'Constantin; mais, en s'éloignantf tf une ' él'égî^nce étfêttnaée , Julien semblait renoncer à'«e vêtir décemment , et s'enorgueillir de sa'màfjpropre/é. Dans nn écrit satirique, et desMsé^'é^re lu par le peuple, l'empereur Sppifie'avec complaisance, et même avec un orgueil cynique, sur la longueur de ses ongles , et sur l'encre dont ses mains sont toujours tachées; il proteste que , quoiqu'il ait presque tout le corps velu , jamais le rasoir n'a passé que sur sa tôte, et il Tait avec satisfaction l'éloge dé sa iarbe longue et épaisse, qu'il chérit, à Hmitation des philosophes de la Grèce *. Si Julien eût suivi les principes du bon sens, il aurait également dédaigné l'orgueil de Diogène et la vanité de Darius. Mais l'ouvrage de la réforme publique serait resté imparfait, si,
1 Cependant Su&ea hit aocnsé d'avoir fitit présent de villes entières à des eunuques. ( Orat. , m , contre Polydet, p. 117-127.) lilMDiug se eontoite de nier Avidement le bit, qai, à la vérité, semble pIutAt convenir à Constance. Celte accusation est probablement motivée sur q uelque ckeonstance qui nous est inconnue.
2 Dans le MisopogoK (p. 338 , ZSf)), il fiiit un singulier portrait de lui-même, avnc tfortiu»*, <r«> liatui Tvnn
vaiyuM TetvTtc TM ^êaJiioyntr »n^^<i* t»i »6§ipui
A<r«f /( «I \cx/t» T»» A«f latTilLes «SIS et VMté de la Bletlerie le conjurèrent , au nom de la nation- (teafoise, de ne pas traduire ce passage, qui offensait trop fortement sa délicatesse. (Hist. de Jovien , L u, p. 94.) J'ai usé de la mCme discrétion , et me rais contenté d'une expression plus modeste.
en corrigeant le règne précédent, Julien eût négligé d'en punir les crimcf. < Nous sommes I enfin délivrés, dit cefirincedans une lettre * à un de ses atiis familiers, nous sommes
> miraculeiuement délivrés de la gueule de
> l'ii^diré ddvorante '.. Ce n'est point moo i.fr^e fiimstance que: je prétends désigner
> par cette épitbète. Il n'est plus, et puissent
> «es cendres imposer en paix ! mais ses per-
> fides et barbares favoris passaient leur vie >^à tromptanet à irriter un prince, dont il set rait diffiette d'excuser l'indulgence sans se
> renÀe coupable d'adulation. Mon desseia t n'est cep^idaiat pas que ceux-là même»
> soient puaié illégalement; on les accuse ,
> ils jouirontihi jntste droit de se défendre;
> ils seront -jng^ publiquement et.qvec im-
> partialitét~>' Julien nomma, potiit faire le» inrormatio0%».si4 jugea d'un rang distingué dans l'état et d%n^ l'armée, et, pour. éviter le reproche d'av<)*r condamné lui-même se»
ennenis pei^sotlmst», il plaça ce tribunal extraordinaire en1[H]|>)tiëdoine, sur la rive asiatique du Bosphore, et autorisa les commissaires à pronoaetfr «t à exécuter leurs sentences finales- siib&a}q>el et sans délai. Le vénérable préfet d'Onent , un second Salluste, occupa la piaee de président *. Ses vertus luJitcoJaeUttMnt également l'estime des philosophes .|;reos<t.>eelle des prélats chrétiens ; il «vaii(|)<mr af^^fnnt l'éloquent Mamertin ", un de» dent :ii$onsnls élus , et d'un mérite supérieur, «ë nous nous en rapportons aux louanges quV.'se donne publiquement à lui-même. Mai»'-la sage équité des deux magistrats civil»' était contre-balancée par la
< Jalia, épttrexxm, page 389. Il se Mft^ mou «oxumtitxiiT Uptij en écrivant à sonaini Hennw;ènes, à qui les poètes grecs étaient familiers. , , .
1 On doit distinguer avec altâitionM inivfiélliistes, l'un préfet de la Gaule, et l'autre préfet de l'Orient. (Hist. des Ëmper., t. nr, p. 696.) Je me suj^ffi^^ l'épithète commode de «ecuiû/iu. Le second SaHuste obtint l'estime même des chréliens ; et Grégoire de Naziance , qui condamnait sa rdigion , a célébré ses vertus. {Orat. , m , p.SN).) Voy. une note curiease de l'abbé de la Bletterie ( Vie de Julien, p. ?63.)
3 Mamerlin loue l'empo^ur (u , 1 ) d'avoir confié les emplois de trésorier et de préfet à un homme sage, ferme et intègre comme lui-même. Ammien le classe modestement dans le nombre des niinistres de Julien, mérita quorum nôratet fldem.
DECADENCE DE LEMPIRE ROMAIN
violence féroce des quatre généraux, Névitta, Agilo, Jovinos, et Arbetio. Arbetio, que le public aurait tu aviec moins d'étonnement sur la sellette que sur un tribunal , passait pour avoir le secret de la commissioB. Les chefs armés et furieux des bandes Jovienne et Herculienne eiivironnaient le tribunal, et les juges obéissaient alternativement aux règles de h justice et aux clameurs d'une faction *.
Le chambellan Eusèbe , qui avait abusé si long-temps de la faveur de Constance , expia par une mort ignominieuse l'insolence, la corruption et les fureurs de son règne. Les exécutions de Paul, et d'Apodème, dont le premier fut brûlé vif, passèrent pour une faible réparation aux yeux des veuves et des orphelins dont ils avaient trahi et assassiné les pères on les maris. Mais la justice ellemême, si nous pouvons faire usage de l'expression d'Ammien *, pleura sur le sort d'Ursule, trésorier de l'empire; et sa mort est une tache dans la vie de Julien , que cet intrépide et vertueux ministre avait libéralement secouru dans ses besoins. La fureur des soldats irrités d'une démarche indiscrète du trésorier fut la cause de sa mort, et lui servit (f excuse. L'empereur, profondément blessé par ses propres remords et par les reproches du public, offrit quelques consolations à la famille d'Ursule , en leur restituant sa fortnne. Avant la fin de Tannée dans laquelle ils obturent les honneurs de la préfecture et du consslat ', Florentins et Taunis se virent réduits à implorer la clémence de l'inexorable tribunal de Chalcédoine, qui condamna le premier à perdre la vie, et bannit l'autre à y erceilles en Italie. Un prince sage aurait récompensé le crime que l'on reprochait à Taurus ; ce fidèle ministre, ne
' t Ammieii rend eomple des formes jutidaires de cette chambre de jnstiee (un , 3 ) ; et Libanius en feit l'éloge ( Orat. Parent. , c. 74, p. 299-300).
WrsuU vero necem ipsa mUU videturflessejustUia. Libanins , qui accuse les soldats de sa mort , tâche d'inculper le comte des largesses.
3 On respectait encore les noms vénérables et les dignités de la république ; et le peuple fUt surpris et indigné de voir dénoncer Taums comme criminel durant son consulat. On diflëra probablement jusqu'au commcoceneat de l'année suivante le procès de son coDègne.
(3ftl dpp. J.-C.)
pouvant plus résister aux forces de l'usurpateur, s'était réfugié à la cour de son légitime souverain. Mais Flor^tius méritait toute la sévérité de ses juges, et sa fuite fournit à Julien l'occasion de montrer sa générosité), en I imposant silence au zèle intéressé d'un délateur qui voulait lui indiquer la retraite de ce méprisable fugitif. Quelques mois après l'extinction du redoutable tribunal de Gbalcéd<^e, le substitut du préteur d'Afrique, le magistrat Gaudentins, et Artemius *, doc d'Egypte , furent exécntés à Antioche. Artemius avait long-temps pillé et t3rrannisé une grande province; Gandentius avait loag-temps pratiqué l'art ténébreux de la calomnie contre les innocens, contre les citoyen vertueux, et contre Julien lui-même. Cependant on conduisit u maladroitement leur procès et leur jugement, que ces hommes pervers passé- f rentdans l'opinion publique pour les victimes honorables de la fidélité qu'ils devaient à Constance. Un* amnistie générale fut accordée à tous les autres serviteurs, et ils purent jouir avec impunité des dons qu'ils avaient <d)tenus , soit pour défendre ou pour accabler les malheureux. Cette grâce, qui, considérée politiquement , peut mériter notre approbation, s'exécuta d'une manière qui semblait dégrader la majesté du trône. Une multitude d'importuns, la plupart Égyptiens, assiégeaient Julien sans relâche, et redemandaient hautement des dons obtenus frauduleusement ouaccordcsparimprudcnce.
L'empereur, prévoyant une longue suite de procès sans fin, donna aux Égyptiens sa parole, qui devrait toujours être sacrée, que, s'ils voulaient se rendre en Chalcédoine, il irait lui-même écouter et juger leurs demandes ; mais à peine fnrent-ils arrivés au rendez-vous, que Julien publia une défense
< Ammien , xx , 7.
2 Rdativement aux crimes H kl» panUion d'Artemhis . voy Julien ( épllre x, p. 379) , Ammien (xxii , 6) , et Vales. ( eut loc.) Les élises grecque et latine ont été tentées d'honorer Artemius comme maTtfr,* parce] qnll eut le courage de démolir les temples des païens, et qnll tat condamné à mort par un apostat. Mais, comme l'Hi»toire EcdéstasUque atteste qu'Arlémius était noD-senlement un tjrran, mais un hérétique arien , il ne serait pas aisé delustifler une proowtion si indiscrète. ( TillemMl , Mém. Ecdés. , t. m , p. 1319. )
(361 dep. J.-C.)
absolue à tons les mariniers de transporter aucun Égyptien à Gonstantinople, e^ laissa en Asie ses cliens trompés, jusqu'au moment où , leur bourse et leur patience étant également épuisées, ils retournèrent dans leur patrie avec des murmures d'indignation '. Julien congédia la nombreuse armée d'espions, d'agens et de délateurs, que Constance avût enrôlée pour assurer le repos d'un seul homme, aux dépens de celui de tous les citoyens de l'empire. Son généreux successeur était lent dans ses soupçons et modéré dans ses punitions ; Julien dédaignait la trahison par un mélange de jugement, de courage et de vanité. Intérieurement convaincu de la supériorité de son propre mérite , il n'imaginait pas qu'aucun de ses sujets osât se soulever ouvertement contre lui, attenter à sa vie en particulier, ni même s'asseoir sur son trône en son absence. Le philosophe savait excuser les saillies du mécontentement, et le héros méprisait des projets ambitieux qui surpassaient la fortune et l'habileté des conspirateurs. Un citoyen de la ville d' Âncyre portait une robe pourpre, et son ennemi personnel vint avertir Julien de cette indiscrétion , qui , sous le règne de Constance , aurait été regardée comme un crime capital*. Le monarque, après s'être informé du rang et du caractère de son rival , lui envoya, par l'officieux délateur, une paire de pantoufles pourpres, pour compléter. la magnificence de son vêtement impérial. Dix de ses gardes tramèrent une conspiration plus dangereuse, et formèrent le projet d'assassiner Julien à Ântioche, dans l'endroit où l'on exerçait les troupes. Us trahirent leur secret dans l'ivresse, et ils furent conduits chaînés de chaînes en présence de l'empereur. Julien , après leur avoir vivement fait sentir le crime et l'imprudence de leur entreprise, an
t Voyez Âmmien, xm, 6 ; et Vales. , ad loc. ; le Code de Théodos. , 1. ii, lit. 39, loi i, p. 218, ad loeum.
2 Le président de Montesquieu , Considérations sur la Grandeur, etc., des Romains, c. .14. U excuse celte tyrannie ( t. m, p. 448-449 ) en supposant que les actions qni nous paraissent indiflérentes aiùourd'hui pouvaient paraître dangereuse» et coupables aux Romains ; cl il soutient cette étrange apologie par une méprise plus étrange
encore des lois anglaises, i chez une nation où U est
> défendu de boire à la santé d'une certaine personne. > GIBBON, I.
PAR ED. GIBBON. CH. XXII
lien des tortures et de la mort qu'ils méritaient, et qu'ils attendaient, prononça une sentence de bannissement contre les deux principaux coupables. La seule occasion dans laquelle Julien semble s'être écarte de sa clémence ordinaire est l'exécution d'un jeune imprudent qui , d'une main faible et impuissante, voulut saisir les rênes de l'empire. Mais ce jeune ambitieux était fils de Marcellus le général de cavalerie, qui, dans la première campagne contre les Gaulois , avait déserté les drapeaux du césar et le parti des Romains. Julien pouvait ptanir le fils rebelle d'un père criminel , sans être soupçonné de vouloir venger son injure personnelle. Mais il fut touché de la douleur de Marcellus, et l'empereur tâcha d'adoucir par ses libéralités la blessure que le général avait reçue de la main sévère de la justice '.
Julien n'était point insensible aux avantages de la liberté publique *. Il s'était imbu, dans ses études , de l'esprit des sages et des héros ; sa fortune et sa vie avaient dépendu lopg-temps.du caprice d'un tyran ; et, quand il monta sur le trône, son orgueil souffrit souvent , eu réfléchissant que des esclaves, qui n'osaient pas blâmer ses défauts, n'étaient pas dignes d'applaudir à ses vertus '. Il abhorrait le système du despotisme oriental, que Dioclétien , Constantin , et l'habitude de quatre-vingts années , avaient étabU dans l'empire. Un motif de superstition l'empêcha d'exécuter le projet qu'il avait formé d'abdiquer *. Mais il refusa toujours le titre de Dominuf ou Maître ^, dénomination devenue
1 I/a relation de la clémence de Julien , et de la conspiration qui fut formée contre sa vie , se trouve dans Ammien (xxn, 9-10; et Vales. ad loc; Libanius, Orat. Parent., cm, p. 323).
* Selon quelques-uns, dit Aristote cité par Julien et Thémist. , p. 261 , la forme d'un gouvernement absolu , «x/<j3itrixfi> , est contraire à la nature. Cependant le prince et le philosophe jugèrent à propos d' envelopper adroitement cette vérité étemelle d'une profonde obscurité.
3 Ce noble sent'ment se trouve presque exprimé dans les paroles de Julien même. (Ammien , xxo , 10.)
* Libanius ( Orat. Parent. , c. 95, p. 320 ), qui rend compte du désir et du dessein de Julien , insinve en langage mystérieux (imy , »t« yttiTaf... <txx' m »fiinnn nuxvui) que l'empereur en Ait détourné par une révélation.
< Julien, in Mlsopogon, p. 343. Comme il n'abolit
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (363 dep. J.-C.)
81 familière aox Romains , qu'ils ne se rappelaient plus son origine serrile et humiliante. Ce prince , à qui les débris de la république inspiraient un sentiment de respect, chérissait le nom de consul ; il adopta par cIhmx et par inclination la conduite qu'Auguste avait suivie par prudence. Aux calendes de janvier, les nouveaux consuls Mamertin et Nevitta vinrent , dès le point du jour, présenter leurs respects à l'empereur. Quand on l'eut informé de leur approche , il descendit de &oa trône , alla an devant d'eux , et força les magistrats embarrassés de recevoir les démonstrations de sa respectueuse déférence. Du palais il les suivit au sénat ; l'empereur à pied marchait entre leurs litières; et la foule du peuple étonné contemplait l'image des anciens temps, ou blâmait peut-être une humilité qui dégradait à leurs yeux l'éclat de la pourpre '. Mais Julien soutint cette conduite dans toutes les occasions. Tandis qu'il assistait un jour aux jeux du cirque, il affranchit, ou par inadvertance, ou peut-être à dessein, un esclave en présence du consul. Dès qu'on l'eiit averti qu'il empiétait sur la juridiction d'un autre magistrat, il se condamna luimême à payer une amende de dix livres d'or, et saisit cette occasion de prouver qu'il était, comme tous les citoyens , soumis aux lois et même aux formes de la république *. Les vues d'administration , et son respect pour
Junai* par hm loi publique les orgudBeiiset dénondiiatioDS de despote ou dominas, dles existaient encore sur tes médailles (Ducaoge, Fam. Byzantin., p. 3ft-39) ; et la répugnance qu'il aftfectaU en particulier ne serrait qu'à donner une tournure difTérente à la basse adulation des courtisans. L'abbé de la Hellerie (Hist. de Jovien , t. n, p. 99-102) a siÙTi d'une manière curieuse le mot dominus depuis son origine , i traTcrs toutes les diRërentes signiflcations qu'il eut suceessÏTement sous le goarer- Dement impérial.
I AmmieB.xxn, 7. Le consul Mamertin (en 7>aiM;g;^. va. ,11, 28,20,30) célèbre cet heureux jour comme un esclave ^nné de l'indulgence de son maître.
1 Les lois des Douze-Tables condamnaioit les satires penonneiles.
SI aile caMUerU la «laa laU oahu , tuat> JadidnBqae.
Julien , dans son Misopogon ( pag. 337 ) , s'aroue luimtae soumis à la loi ; et l'abbé de la Blettcrie ( Hist de Jovien , t. u, p. 92 ) a saisi avidement une dédaration si bTorable i son propre sentiment et au véritable esprit de a conslitotioB impériale.
le lieu de sa naissance , déterminèrent Julien àconfi^rer au sénat de Gonstantinople les honneurs , les privilèges et l'autorité dont le sénat de Rome jouissait encore exclusivement '. On supposa que la moitié du éonseii national était passée en Orient ; et cette opinion acquit insensiblement une autorité légale. Les successeurs despotiques de Julien acceptèrent le titre de sénateur , et se reconnurent membres d'un corps respectable, qui conservait le droit de représenter la naajesté dn nom romain. L'attention du monarque ne se borna pas à Gonstantinople ; elle s'étendit siu* les conseils municipaux des provinces. Il supprima par des ^édits les exemptions injustes et pernicieuses qui éloignaient une foule de citoyens oisifs du service de leur pays ; et par une distribution égale des charges publiques , il rendit la force et l'éclat , ou , pour nous servir de la brillante expression de Libanius * , il rendit l'âme et la vie aux villes expirantes de l'empire. La vénérable antiquité de la Grèce inspirait à Julien une tendresse respectueuse , qui éclatait en transports aux souvenirs des dieux , des héros et des hommes supérieurs aux héros et aux dieux , qui avaient légué à la dernière postérité les monumens de leur génie ou l'exemple de leurs vertus. Par ses soins paternels, les villes d'Épire et de Péloponnèse* furent soulagées , et reprirent une partie de leur ancienne splendeur. Athènes le reconnaissait pour son bienfaiteur , et Aiços avouait qu'elle lui était redevable de sa délivrance. L'orgueilleuse Gorinthe , sortant de ses ruines avec le titre honorable de colonie romaine , exigeait rigoureusement un tribut des républiques voisines, pour défrayer les
I Zosime,Lin,p. 158.
î H iKt |8«i/x«( ifxot ■\i'X* ""^Mit irif. (Vof . Ubanius, OreU. Parent., c. 71 , p. 296; Ammien , 22, 9 ; et le Cod. Théod. , liv. xn, titre i, loi 50-55 ; les Commentaires de Godeftvy, I. iv, p. 390-402.) Cependant tout le sujet des Curia est encore , malgré de très-amples matériaux , la partie la plus obscure de l'Histoire de l'Empire.
1 • Qu» paulo ante arida et sili aobelaBlia visebantur,
• ea nunc porlui, mundari , madère ;| (on, deambutacra,
• gymnasia , laetis et gaudentibus populis (VvqurDlari ;
• dies festos, et oelebrari veteres, et novos in honorem
• prindpis eonsecrari. • (Mamertin, xi, 9.) H rétablit particulièrement la ville de Nicopolis, et les jeux actiaques, insUtnés pat Auguste.
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jeux de l'isthme qui se célébraient dans leur amphithéâtre par une chasse d'ours et de panthères. Les villes d'ÉUs, de Delphes et d'Argos , chargées par leurs ancêtres de perpétuer les jeux olympiques, les jeux pythies et ceux de Némée , réclamaient avec justice l'exemption du tribut. Les Corinthiens respectèrent les privilèges d'Élis et de Delphes ; mais la pauvreté d'Àrgos essuya toute la violence de la persécution , et la sentence du magistrat de la province , qui ne consultait que l'intérêt de la capitale où il faisait sa résidence , imposa silence aux plaintes des timides députés. Sept ans après cette sentence» Julien en admit l'appel' au tribunal supérieur , et il employa son éloquence , probablement avec succès , à défendre la capitale d'Agammenon * , qui avait donné à la Macédoine une race de héros et de conquérans '. Julien exerçait ses talens dans les travaux de l'administration civile et militaire, qui se multipliait en proportion de l'étendue de l'empire, et il faisait en outre les fonctions de juge * et d'orateur " , à peine connu des souverains
i Julien , éptU xxv, p. 407-411. Celle lettre, qui jelle une grande lumière sur le déclin de la Grèce , a été omise par l'abbé de la Bletterie, et singulièrement défigurée par le tradu<4eur lalin , qui , en rendant arfXHet par ttibutum, et it'iwtat |Mr populus , flùt dire à l'auleur précisément le coolraire.
2 II régnait à Mycène , éloigni-d'Argos d'enTiron cinquante stades ou six milles. Ces villes, alternativement câpres , ont été confondues par les poètes grecs. ( Slrabmi, 1. nn. p. 570, edil. Anntd. 1707.)
3 ttarsfaam , Caneo. Chron. , p. 421. Celte généalogie , qui remontait jusqu'à Hercule , peut élre suspecte ; cependant elle (lit reconnue , après des recherclies exactes, parlesjnges des Jeux olympiques (Hérodot., 1. t, c22), dans un temps où les rois de Macédoine ne jouissaient pas d'une grande considération chei les Grecs. Quand la ligue adiéenne se déclara contre Philippe , on fll retirer les députés d'Argos. ( Tit.-Liv., xxxii,22. )
* libanius ( Orat. Parent.', c. 76, 76, p. 300, 301 ) célèbre son éloquence. Socrale (I. m , c. 1 ) a faussement assuré que Julien était le seul prince qui eût harangué le sénat depuis Jules César. Tous les prédécesseurs de Néron et une partie de ses successeurs posséderait le talent de parler en public; et on pourrait prouver, par plusieurs exemples, qu'ils l'exercèreat souvent dans le sénat.
& Ammien (xxn, 10) a établi avec imparlialilé les avantages et les défauts de ces Tonnes judiciaires. libanius {Orat. Parent. , c. 90, 91 , p. 315) n'a vu que le beau côté ; mais son tableau , en Qattant la personne du prince, établit du moins les devoirs du juge. GrégoiK de Naziaiue ( Orat. , iv, p. 120) , qui omet les vertus et
PAR ED. GIBBON. CH. XXU
&ts
de l'Europe moderne. L'art dé la persuasion, si cultivé par les premiers césars , fut négligé par l'ignorance guerrière et par l'orgueil asiatique de leurs successeurs ; et , s'ils daignaient haranguer des soldats redoutables , ils gardaient un silence dédaigneux avec les sénateurs dont ils méprisaient l'impuissance. Julien regardait les assemblées du sénat, que Constance avait évitées , comme le lieu le plus propre à faire briller son esprit républicain et la force de son éloquence. Il s'y exei^ çait comme dans une école de déclamation , sur diftérens sujets de panégyriques , de satires, et d'exluHtations. Son ami Libanius a remarqué que l'étude d'Homère loi avait appris à imiter le style concis de Ménélas , Tabondaace de Nestor , et l'éloquence pathétique et victorieuse d'Ulysse. Julien se livrait non-seulement par devoir , mais par amusement , aux fonctions de juge , qui scmt quelquefois incompatibles avec celles de souverain; et, quoique ses préfets du Prétoire méritassent sa confiance , souvent, assis auprès d'eux, il écoutait leurs jngemens. La vive pénétration de son esprit se plaisait à découvrir les ruses et à déconcerter les chicanes des avocats , qui tâchaient de déguiser la vérité des faits , ou de corrompre l'esprit de la loi. Il dérogeait quelquefois à la majesté de son rang , en hasardant des questions indiscrètes et déplacées , et trahissait f impétuosité de ses passions par les éclats de sa voix , ou par la vivacité de ses gestes , quand il soutenait un avis contraire à celui des juges , des avocats ou de leurs cliens. Mais connaissant le vice de son propre caractère , il encourageait , il ordonnait même à SCS amis et à ses ministres de l'en avertir ; et, quand ils hasardaient d'arrêter les écarts de sa vivacité , les spectateurs apercevaient avec satisfaction la honte «>t la reconnaissance de leur souverain. Julien fondait presque toujours ses décrets sur des principes de justice , et il résista constamment aux deux plus dangereuses tentations qui assiègent le tribunal d'un monarque sous la forme
exagère les ftdbles débuts de l'Apostat , demande, d'ub ton ironique , si un pareil jnge est digne de siéger entre Mines et (Uiadamaate dans les Champs-Elysées ?
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séduisante de justice et de compassion. H jugeait les causes sans égard aux facultés des paities, et, quoique disposé à soulager le pauvre, il le condamnait sans hésiter, quand la demande de son adversaire riche était équitable. Il distinguait avec soin le juge du législateur '; et , quoiqu'il méditât une réforme nécessaire dans la jurisprudence romaine, il prononçait ses sentences conformément au sens strict et littéral des lois établies , qui devaient servir de règle aux magistrats et aux citoyens.
Si l'on dépouillait quelques princes de leur rang et de leurs richesses, si on les abandonnait sans aucun secours à leur propre industrie, ils tomberaient à l'mstant dans la dernière classe, sans espoir de se tirer jamais de l'obscurité. Mais le mérite personnel de Julien était indépendant de sa fortune. Quelque état qu'il eût embrassé, l'intrépidité de son courage, la vivacité de son esprit, et la constance de son application , lui auraient obtenu, ou au moins lui, auraient mérité les premiers honneurs de sa profession. Julien aurait pu s'élever, par son génie, au rang de ministre ou de général, dans un pays où il serait né simple citoyen. Si la jalousie capricieuse de l'autorité eût trompé ses espérances, s'il se fût éloigné sagement des sentiers de la grandeur; l'exercice de ces mêmes talens, dans une studieuse solitude, aurait mis hors de l'atteinte des rois le bonheur de sa vie et l'immortalité de sa gloire. Quand on examine le portrait de Julien avec une attention minutieuse ou peut-être malveillante , quelque chose semble manquer à l'ensemble et à la perfection de la figure. Son génie était moins vaste et moins sublime que celui de César, et il n'égalait point Auguste en prudence. Les vertus de Trajan paraissent pins sûres et plus naturelles, et la philosophie de Marc-Aurèle est plus simple et plus suivie. Cependant Julien a soutenu courageusement
' Dans le nombre des lois que Julien promulgua durant un règne de seize mois, ciDquante-<inatre ont été admises dans les Codes de Théodose et de Juslioien. (GoUiofred., Chron. legum, p. 64-67.) L'abbé de la Blellerie (l. n , p. 329-336) a choisi une de ces lois pour donner use idée de la latinité de Julien. Son style est nerveux et soigné; mais il écrivait plus puremeut en grec.
l'adversité, et il a joui de sa fortune avec modération. Après un intervalle de cent vingt ans , depuis la mort d'Alexandre Sévère , les Romains possédèrent un empereur qui ne connaissait pas d'autres plaisirs que ses devoirs, qui travaillait à soulager les malheureux et à ranimer le courage de ses sujets, qui tâchait d'associer toujours le mérite à l'autorité, et de donner le bonheur à la vertu. Toutes les factions, même la faction religieuse , ont été forcées de rendre hommage à la supériorité de son génie dans la paix < t dans la guerre, et d'avouer, en soupirant, que Julien-l' Apostat chérissait ses sujets et méritait l'empire de l'univers *.