‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 33 sur 105 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Perséeulion des Hérétiques. Schisme des Oonalistes. Secte des Ariens. Troubles Je l'Église sous Constantin et set fils. Tolérance du Paganisme.

La reconnaissance du clergé a publié, les vertus et consacré la mémoire d'un prince qui a cimenté ta puissance ecclésiastique en favorisant toutes ses entreprises. Constantin peut être regardé comme le fondateur et le défenseur de l'église ; il lui a donné la paix et la sûreté , il l'a comblée de richesses et d'honneurs; enfin la défense de la foi devint

' Saneimus igitur vicem legum obtinere quai à quatuor sanctis concUiU.... exposUce mnt aut firniatœ. Preedictarum enim quatuor sjrnodorum dogtnata sieut sanctas seripturas et régulas sicut legcs observanuu. ( Justinien , Novell, cxxxi.) Beveridge {ad Pandeet. Proleg. , p. 2) remarque que les empereurs n'ont jamais fùX de loi en matière ecclésiastique; et Giannone, au contraire, remarque que les empereurs donnaient la sanction légale aux canons des conciles. (Istoria civile diltapoU, t. i,p. 136.)

* Voyez l'article Concile dans l'Encyclopédie , I. m , p. 668.079 , édit. de Lucques. Le docteur Bouchaud a discoté , d'après les principes de l'église galHcane, lies principales questions relatives à la fbnne et à la constitution des conciles pronndaux et nationaux. Les éditeurs (voyez Préftce, p. 16) ont raison de vanter cet article, l'un d« méillears de leur immense compilation.

le premier devoir du magistrat. L'édit dn Milan, ou la grande charte de tolérance, avait assuré à tous les sujets de l'empire romain la liberté de choisir une religion et de la professer publiquement. Mais ils ne jouirent pas long-temps de ce privilège inestimable. Le %èle de Constantin le fît bientôt changer de maximes, et le triomphe de la foi chrétienne fut terni par la persécution de toutes les autres religions. Constantin se persuada facilement que la ridicule obstination des hérétiques qui prétendaient discuter ses opinions et résister à ses volontés ne méritait point d'iudnlgence, et qu'un peu de sévérité serait un bienfait , si elle pouvait leur éviter dés tourmens éternels. L'empereur commença par exclure tous les ministres ou prédicateurs des religions orthodoxes des récompenses et des privilèges qu'il accordait libéralement au clergé chrétien. Mais, comme il eût été possible que ces sectes subsistassent quoique disgraciées du prince, la conquête de l'Orient fut immédiatement suivie d'un édit qui ordonna leur totale destruction '. Après un préambule plein d'expressions violentes, Constantin défend les assemblées des hérétiques et confisque toutes leurs propriétés au profit du fisc et de l'église catholique. Il parait que cette sévérité était tombée principalement sur les disciples de Paul deSamosate,sur lesDonatistes de Phrygle,dont l'enthousiasme et les prédictions ne s'étaient point ralentis , sur les novateurs qui rejetaient l'efficacité temporelle du repentir, sur les Marcionites et les Valentiniens , dont les dogmes avaient été insensiblement adoptés par tous les gnostiques de l'Egypte et do l'Asie, et peut-être sur les Manichéens , qiti apportaient nouvellement de la Perse un système de théologie plus séduisante*. On suivit avec ardeur et avec succès le projet d'anéantir le nom , ou du moins d'arrêter les

«Easel>.,inf7f. Constant, I. m, c. 63, 64, 65,66.

* Après avoir comparé les opinions de Tillemont , de Beausobre, de Lardner, etc., je suis convaincu que la secte de Manès ne se propagea pas même en Perse avant l'année 270. n est étonnant qu'une hérésie philosophique et étrangère ail pénéiré si rapidement dans les provinces d'Aftique. Cependant , il est dilTlcile de rejeter Fodit de Dioelélien contre les Manichéens. On peut le trouver dans Barouius ( Annal. Ecclés. , A. D. 287 ).

DECADENCE DE L'EMPIRE ROV AIN

progrès de l'hérésie. Les mêmes sapfdices que Diocléliea avait iofligés aux catholiques servirent à cbâUer les sectaires , et cette fnçon de convertir fut approuvée par les évéques qui avaient si éloquemmeat réclamé les droits de l'humanité pendant la persécution de leur ^lise. On peut c^>endant juger, d'après deux circonstances qui eurent Ûeu ^ors, que Constantin ne se laissait pas entièrement aveugler pwr son zèle. Avant de condamner les Manichéens et les sectes qui en dépendaient, il fit examiner avec le plus grand soin leurs préceptes religieux, et, se méfiant , selon toute apparence , de ses conseillers ecclésiiistiqu^, il chai^ea de cette commission délicate un magistrat civil, dont l'in^lligence et la modération avaient mérité son estime, et dont les dispositions intrigantes et vénales lui étaient [probablement iooonnues'. L'empereur, ayant été convaincu qu'il avait injustfimont proscrit la foi orthodoxe et la morale puM des Novatieos , qui différaient de l'égUse dans quelques articles de discipline peu essentiels au salut, les exempta, par un édit particulier, des peines delà loi générale*. Il letur permit de bAtir une église à Constantinople , honora les miracles de leurs saints, invita l'évoque Acésius au concile de Nicée , et le plaisanta d'une manière obligeante sur la rigidité de sa doctrine*.

Les plaintes et les accusations mutuelles dont le trône de Constantin fut assailli , dés que la mort de Maxenee eut soumis l'Afrique à son autorité, étaient peu propres à édifier un prosélyte ino^tain. Il apprit avec éton-

* Conttantinus eiUm , eum UmaUus mperstiUonum guœrtret teetas , Mamobaorum et similium, etc. , «(«.(AamieD, xv, 15.) Sta«tegHW,iquieeaeconimi&- (ton valut le «iimom de Husonlen, était chrétien de la secte d'Arias;. II Ait employé en qualité de comte au concile de Sardlca. Libanins fait l'éloge de sa douceur et de m prudence ( Valea. , ad loeum jtmmùm. )

aCod. Théodts., 1. xn.tit. 6, M Z Comme la loi générale n'est point insérée dans le Code de Théodose, il est probable que dans l'année 438 les sectes qui avaient été condamné» étaient éteintes.

f Sommea. ,1. i,c.22;Socrate, 1. 1 , c. 10. Ces bi»> toiiens ont été soupçonnés, sans aucun motif, à ce qu'il ne semble, d'être attachés i la doctrine des Noratiens. L'empereur dit i^ l'évéque Acèse : Faites une échelle pour vous, et montez tout seul au àiA. Presque toutes les sectes chrétieoBes ont emimuité tour i tour l'édieiie d'Âcèse.

(369 4}ep. J^.)

nement que les provinces de ce vaste pays , depuis les confins de Cyrène jusqu'aux colonnes d'Hercule, étaient déchirées par des diS" sensions religieuses *. Cette discorde venait d'une double élection dans l'église de Gartfaage, considérée, par son rang et par s«s richesses, comme le second siège ecclésiastique de l'Occident. On avait nommé deux primats d'Afiique , Gécilien et Migorin. Depuis U mort du dernier, sa place était occupée par Donat , dont les talens supérieurs et les vertus apparentes appuyaient fortement les prétentions. L'avantage que Gécilien iiurait pu tirer d'une pr«mière nomination disparaissait par la précipitati(Hi indécente, ou au moins illégale, avec laquelle on l'avait élu, sans attendre l'arrivée des évéques de Nuraidie. L'autorité de ces évéques, qui, au nombre de soixante-dix, condamnèrent Cé«Ui«i et consacrèrent Mqjorin , se trouve aussi affaiblie par la mauvaise réputation d'une par* tie de ces prélats, par des intrigues de femmes , des marchés sacrilèges , et par des violences qu'on reproche à ce concile de Nomidie*. Les évéques des deux factions soutenaient avec un égal emportement que leurs adversaires avaient perdu tous leurs droits, et s'étaient publiquentent déshonorés en livrant les saintes écritures aux oflSciers 'de Dioclétien. Leurs reproches réciproques et l'histoire de cette négociation obscure don-

1 Les meilleurs matérianx , rdativement à cette partie de l'histoire ecdéàastique.'se trouvent dans l'éditioa d'Optatus Milevitanus, publiée à Paris, en .1700, par M. Oupin, qui l'a enridiie de notes critiques, de discussions géographiques, d'actes authentiques, et d'un abrégé exact de toute cette controTtfs& M. de TiUemont • reaipli la plus grande partie d'un de ses v(dumesde l'Hiatoin des donatistes (t. ti, part i), et Je lui suis redevable d'une ample collection des passages de saint Auguati», rdatiTenunt aux hérétiques.

2 SeU$ma igitur iUo tempore conflua rnnUerit tr«cundia peperit; ambitus nutrwit; twaritût rtéonufit. (Optât., 1. 1, c. 19. } Le langage de Purpurins est edri d'un Acétique (tarieux. Dicitur te neeasse filios $oivrit tua duos. Purpurius respoiuOt : Putas me terrai

<t te Oeeidi , et oceido eos gui contra me faeiaiU.

{Jeta ConcU. Cirtensis, ad ealc. C^tat,, p. 274.) Lorsque Cécilien fut invité ii une assemblée d'évêqua. Purpurins dit à ses oonDréres on plnlôti sesouBpfiees: Qu'il viauie ici rectv(^ l'imposition de nos nains, et nous lui casserons la tète en fonne de pésiKiiee. (Optât., Li, c. 19.)

(360<)ep.}.-G.)

sent lieu de croire que la persécution réceote avait envenimé leur zèle sans réformer leurs mœurs. Cette église divisée n'était plus susceptible d'un jugement impartial. On discuta successivement la cause des cinq tribunaux formés par le choix de l'empereur, et les chicanes durèrent [dus de trois ans, depuis le premier appel jusqu'au jugement définitif. La recherche sévère que firent le substitut du préteur et le proconsul d'Asie, le rapport des deux évéques visiteurs qu'on avait envoyés à Carthage, les décrets des conciles d'Arles et de Home, et le jugement suprême de Constantin dans le consistoire furent tous en foveur de Cécilien. Les chefs du clergé et les magistrats civils le reconnurent unanimement pour le véritable et légitime primat de l'Afrique. On mit ses évéques suffragans en possession des honneurs et des revenus de l'église, et Constantin crut user de modération en exilant les principaux adhérons de Donat. On peut présumer, par l'attention avec laquelle leur cause fut examinée, que les lois de l'équité présidèrent au jugement. U est possible aussi que, comme les prélats le prétendirent , Osius , favori de l'empereur, ait abusé de son influence sur son maître , en trompant sa crédulité. Au reste, si une injustice de cette espèce eftt terminé une dispute dangereuse, on pourrait la classer parmi les inconvéniens attachés à une administration arbitraire, dont la postérité ne tient aucun compte, parce qu'ils n'influent point sur sa prospérité.

Cet événement , qui parait à peine digne d'une phkce dans l'histoire, fut la source d'un schisme qui dura plus de trois siècles dans la province d'Afrique, et qui ne fut anéanti qu'avec la religion chrétienne, dans laquelle il avait pris naissance. Les Donatistes, enflammés de l'enthousiasme du fanatisme et de la liberté , refusèrent d'obéir aux usurpateurs dont ils rejetaient Télection et l'autorité spirituelle. Exclus de la société civile et religieuse, ils excommunièrent audadeusement tous ceux qui embrassaient le parti de Cécilien, on qui avaient reçu de lui l'ordination. Ils assuraient avec une joie insultante que la succession apostolique était interrompue; que tons les évéques de l'Europe et de l'A-

PAR ED. OlfiBON. CH. XXL 461

sie étaient vicieux et schuinatiques, et que les prérogative» de l'église catholique n'apparte» naient plus qu'au petit nombre de fidèles africains qui seuls avaient conservé la pureté de leurs préceptes et de leur discipline. A cette théorie sévère, ils joignirent les pratiques tes plus violentes. Tous les prosélytes qui leur venaient, même des provinces les plus reculées de l'Orient, recevaient une seconde fois le baptême et l'ordinadon*. Les Donatistes regardaient ces sacremens comme nuls lorsqu'ils avaient été administrés par des hérétiques ou des schismatiques , dans lesquels ils comprenaient tous ceux qui n'étaient pas de leur parti. Ils assujétissaient les évéques, les jeunes filles, et même les enfans, à une pénitence publique, avant de les admettre à la conununioa des Donatistes. S'ils obtenaient une église occupée précédemment par leurs adversaires, ils la purifiaient avec autant de soin qu'un temple sonillé par le culte des idoles. On lavait le pavé , on grattait les murs , et l'on brûlait l'autel, ordinairement construit en bois. On fondait les vases sacrés, et les saintes hosties étaient jetées avec horreur et mépris ; enfin ils n'omettaient aucune des cérémonies ignominieuses qui devaient enflammer et perpétuer l'animosité des factions religieuses *. Malgré cette aversion irréconciliable , les disciples des deux parties, répandus dans toutes les villes de l'Afrique, se rencontraient souvent et se trouvaient confondus ensemble dans la société. Ils conservaient le même extérieur, le même langage , le même zèle , le même culte et la même doctrine. Proscrits par les chefs de l'église et dn gouvernement civil, les donatistes conservaient la supériorité du nombre dans quelques provinces , particulièrement en Numidie ; et quatre cents évéques reQoanaissaieut l'autorité de leur

< LwcoiMSes d'Arles, de Nicée et de Trente eonfirnèrent la pratiqtie wgeet aiodérée de l'égliee de Home. Les Deutistes toulelbis eurent l'avantage de maintwrir le sentimeat de Cyprien et d'une grande partie de l'églùe priotthre. Viaeenthu LirineBais ( p. 332, ap. Tille- Btont, Màn. Ecdëeiast., t. n, p. 138) a expliqué pourquoi let donatistes brAlent dam les «nders, tûdis qs* saint Cyprien est dans le cid aree Jësas-Chiist.

* Voyez le sixiènie livre d'Optatus mevitamis, p. M-

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN,'

primat. Mais leur invincible obstination les désunissait quelquefois, et l'église schismatique était déchirée par des dissensions intestines. Le quart des évéqnes donatistes suivait la discipline des Maximlnianistes. Les autres étaient littéralement fidèles aux lois anstères de leur fondateur ; ils s'anathématisaient mutuellement; et petite secte à peine connue sous le nom de Rogatiens affirmait avec assurance que, si le Christ descendait du ciel pour juger les humains, il ne reconnaîtrait la pureté de sa doctrine que dans quelques misérables villages de la Mauritanie césarienne '.

Le schisme des Donatistes fut renfermé dans l'Afrique. Hais les opinions des Trinitaires se répandirent successivemeqt dans tout le monde chrétien. La source du premier fut une querelle occasionée par l'abus de la liberté; et le système mystérieux des Trinitaires prit naissance dans l'abus de la philosophie. Depuis le siècle de Constantin jusqu'à celui de Clovis et de Théodoric, les Romains et les barbares se livrèrent avec fureur aux disputes théologiques de l'arianisme; et l'historien, en s'éloignant respectueusement du voileqin couvre le sanctuaire, peut se permettre de jeter un coup d'œil sur les progrès de la raison , de la foi, des erreurs et des passions, depuis l'école de Platon jusqu'au déclin et à la chute de l'empire.

Le génie de Platon , éclairé par ses propres méditations ou par la tradition des prêtres de l'Egypte * , avait essayé de découvrir la nature mystérieuse de la divinité. Quand U eut élevé ses pensées jusqu'à la contemplation

< Tmemonl, Mém. Eodésiatt., t. n, put. i, p. 253. Il plaisante sur leur cruauté partiale. Tillemont a beaucoup de vénération pour sunt Augustin , le grand docteur du système de la prédestination.

2 Plato Bgyptum peragrtunt, ut à taeerdotibus barbaris numéros et ccelestia aeciperet. (Cic. , de fiitUnu, T. 25. ) Les Égyptiens conserraient peut-être encore U tradition des décrets des patriarches. Josèpfae a persuadé i plusieurs Pères de l'église que Platon avait tiré des Juilk une grande partie de ses coonaissaDces. Mais 00 ne peut guère condlier celte opinion avec l'obsenrité et l'insooiabililé du peuple juif, dont les écritures ne furent accessibles à la curiosité des Grecs que plus de cent ans après la mort de Platon. (Voyez Martham.Canon.Chronique, p. 144; LeClerc, EpM. erUie. m, p. 177 194.)

(359 dep. J.>C.}

sublime d'un être existant par lui-même, le créateur et le moteur évident de l'univers, le philosophe athénien ne put concevoircomment la simple unité de son essence pouvait admettre la variété infinie d'idées distinctes et successives qui composent l'ensemble du monde intellectuel , comment un être purement immatériel avait pu exécuter ce plan admirable , débrouiller le chaos et créer l'univers. Dans la vaine espérance de vaincre des difficultés qui accableronttoujours la faiblesse de l'esprit humain , Platon a pu considérer la' nature diWne sous les trois différentes modifications: de la première cause, de la raison ou Logos, et de l'âme on de l'esprit de l'univers. Son imagination poétique personnifia et anima ces abstractions métaphysiques , et itreprésenta dans son système les trois principes originaux comme trois dieux unis étroitemeiit l'un à l'autre par ime génération mystérieuse. Il considéra particulièrement le Logot sous la dénomination plus intelligible de fils du père éternel , créateur et conservateur de l'univers. Telle était , selon toutes les apparences, la doctrine secrète que l'on enseignait furtivement dans les jardins de l'Académie. Et, si l'on en croit les disciples plus modernes de Platon, une étude et une application assidue de trente années sufiisaien t à peine pour acquérir la parfaite connaissance de cette doctrine '.

Les victoires des Macédoniens avaient répandu dans l'Egypte et dans l'Asie le langage et l'érudition des Grecs , et le système théologique de Platon, peut-être perfectionné, s'enseignait avec moins de réserve dans l'école d'Alexandrie '. Sous la protection des Ptolomées, une nombreuse colonie de Juifs

* Les modernes que j'ai pris pour guides dans la con-' naissance du système de Platon sont Cudworth (Système imellectud , p. 568-«20) ; Basnage (Uist. des Juilit, I. nr, p. 53-86 ) ; Le Clerc {EpUt. crU., vn, p. 194-209), et Brucker ( Hbt. Philosoph. , 1. 1 , p. 675-706). Comme leur érudition était égale , et leur Intention difTéiente , un observateor attentir peut tirer quelques lumières de leurs disputes, et regarder comme conslans les bits dont ils conviennent unanimement.

ï Brucker, Hisl. Philosop.,t. i, p. 134&-1357. L'école d'Alexandrie est célébrée par Strabon ( I. xvn ) et par Ammien(xxn,6>.

(359 (Icp. J.-C.)

PAR ED. GIBBON, CH. XX!

s'était fixée dans la nouvelle ca|»tale '.Tandis ] s'y occuper de choses qui paraissent incom

que le corps de cette nation pratiquait ses anciennes cérémonies , et s'occupait d'un commerce lucratif, quelques Hébreux d'un génie plus élevé se livraient à la contemplation religieuse et philosophique *. Us étudièrent et embrassèrent avec ardeur le système théologique du philosophe d'Athènes; mais leur orgueil national aurait été offensé s'ils eussent reconnu Platon pour leur maître, et ils donnèrent audacieusement ses préceptes pour une ancienne tradition de leurs ancêtres. Un siècle avant la naissance de Jésus-Christ, les Juifs d'Alexandrie publièrent un traité de philosophie , dans lequel on reconnaît aisément le style et les préceptes de l'école platonicienne; et il fut unanimement reçu comme un ouvrage inspiré à la sagesse de Salomon". On trouve le même mélange de la foi mosaïque et de la philosophie des Grecs dans les œuvres de Philon, quece philosophe composa en grande partie sous le règne d'Auguste *. L'àme matérielle de l'univers' pouvait offenser la piété des Hébreux; mais ils faisaient du Logos le Jéhovah de Moïse et des patriarches; «t le fils de Dieu fut envoyé sur la terre pour

1 Josëphe, Antiquit. , I. su, c. i, 3; Basnage , HisL desJuirs,!. TU, c. 7.

2 Relativement à l'origine de la idiilosophie juive, voyez Eusèbe (Pratparat. Evangel., 8, 9, 10). Philon prétend que les Thérapeutes étudiaient la philosophie; et Brucker a prouvé ( Hist. Philosoph. , l. ii, p. 787 ) qu'ils donnaient la préTéreuce à celle de Platon.

3 Voyez Calmcl, Dissertations sur la Bible, t. n, p. 277. Plusieurs des Pères de l'église ont reçu le livre de la Sagesse de Salomon comme un ouvrage de ce monarque ; et, quoique r^eté par les protestans, faute d'un original hébreu , il a obtenu , avec le reste de la Vulgate , la sanction du concile de Trente.

* Le Clerc ( Épttre Critique, 8 , p. 211-228) a prouvé , d'une manière victorieuse, le platonisme de Philon. Basnage (Hisl. des Juits, 1. IV, c. 5) a démontré clairement que les œuvres théologiques de Philon ftirenl composées avant la mort et très-probablement avant la naissance de Jésus-Christ. Dans ce temps d'obscurité, les connaissances de Philon sont plus étonnantes que ses erreurs. ( BuU. Defens. FUI. Nicen. , f. i, c. i , p. 12 )

s Mens agitât molem , et magno se corpore miscet.

En outre de cette âme matérielle, Cudworth a découvert ( p. 562) dans Amelius , Porphyre , Plotin , et, selon lui, dans Platon lui-même, une âme spirituelle, supérieure, upercosnUenne, deVunivers ; mais Brucker, Ba»nage et Le Clerc prétendent que cette double âme est une nouvelle invention des derniers Platooistes..

patibles avec la nature et les attributs du moteur universel '. L'éloquence de Platon, le nom de Salomon , l'autorité de l'école d'Alexandrie ne suffisaient point pour établir la vérité d'une doctrine mystérieuse qui séduisait l'esprit , mais qui révoltait la raison. Un apôtre ou un prophète inspiré par la divinité pouvait seul exercer un empire légitime sur la foi du genre humain ; et la théologie de Platon aurait toujours été confondue avec les visions philosophiques de l'Académie, du Portique et du Lycée, si le nom et les attributs du Logot n'avaient pas été confirmés par la plume sainte du dernier et du plus sublime des évangélistes*. Sous le règne de Nerva, la révélation chrétienne apprit à l'univers étonné que le Logot, qui était de toute étei«nité avec Dieu , qui était Dieu lui-même, qui avait créé toutes choses , et pour qui tout avait été fait, s'était incarné dans la personne de Jésus de Nazareth ; qu'il était né d'une vierge , et avait souffert la mort sur une croix. Outre le dessein général de donner une base perpétuelle aux divins honneurs du Christ , les plus anciens et les plus respectables des écrivains ecclésiastiques conviennent que le théologien évangélique avait particulièrement l'intention de réfuter les deux hérésies op-r posées qui troublaient la paix de la primitive église '. 1° La foi des ébionites * , et peut-être

< Petav. Dogmaia Theologica, t n, L vm, c. 2, p. 791 ; BuU. Defent. FUL Nicen. , f. i, c i,p.8, 13. Tant que les Ariens n'abusèrent point de cette opinion, elle Ait adoptée dans la théologie chrétienne. Tertullien {advcrs. Praxeam , c. 10) contient un passage remarquable. Après avoir fait contraster avec beaucoup d'indiscrétion la nature de Dieu et les actions de Jéhovah , il conclut: ScUicet ut hœ de FUio Dei non credendef fuisse, si non scripta essent; fartasse non credenda de Pâtre , licet scripta.

2 Les Platonistes admiraient le eommencemoit de l'évangile de saint Jean , comme contenant une copie exacte de leurs principes. ( Augustin., de Civitat. Z)e(, x , 29; Amdius, apud Cyril, advert. Julian, 1. vm, p. 283.) Mais dans les troisième et quatrième siècles, les Platonistes d'Alexandrie ont pu perfectionner Iwr trinité par l'étude de la théologie cbrétteone.

3 Voyez Beausobre , Hist. eritiq. du Maoichâsme, 1. 1, p. 377. L'évangile selon saint Jean est supposé avoir été publiéenviron soixante-dix ans après la mort de Jésus- Christ.

* Mosheim ( p. 331 ) et Le Clerc ( Hist. Eeclés. , p. 535)

celle des Nazaréens ' , était ignorante et imparfaite. Ils révéraieiit Jésus comme le plus grand des prophètes, doué d'ane poissaDce et d'une vertu surnaturelles. Ils attribuaient à sa personne et à son règne futur tontes les prédictions des oracles hébreux qai annoncent le règne spirituel et étemel du messie*. Quelques-uns d'eux admettaient qu'il était né d'une vierge; mais ils rejetaient avec obstination l'existence précédente , et les perfections divines du Lo^ro* ou 61s de Dieu , qui sont définies si clairement dans l'évangile de saint Jean. Environ cinquante ans après, les Ébionites , dont le martyr Justin a relevé les erreurs avec moins de sévérité qu'ils ne paraissaient le mériter', ne composaient qu'une très-faible partie du penple chrétien. 2° Les Gnostiqnes, connus sous la dénomination de Docètet, donnaient dans l'excès contraire. Ils reconnaissaient la nature divine du Christ, et necroyaientpoiatàsa nature humaine. Élevés dans l'école de Platon , accoutumés à l'idée suUime dn Logo$, ils concevaient aisément que la plus pure émanation de la divinité pouvait prendre la forme et l'apparence d'un mortel *; mais ils prétendaient que les iinperfections de la matièreétaient incompatibles avec la pureté d'une substance céleste. Tandis que le sang du Christ fumait encore sur le

expliquent clairement les senttmens des Ëbîonites. Les •critiques attribuent à un de ces sectaires les Clémentines pubHées par les Pères apostoliques.

> Les Polémiques de SUnneb , et BnU ( Judieium Ee- Hes. CeMieUC; c. 2) , insistent sur l'orthodoxie desM»taréeas , qiri paraît moins pore et moins certaine aux yeux de Mosheim ( p. 330).

* L'obtcorité et les sonflTances de Jésus onl toujours été

le grand argument des Juift. « Deus eontrariUeo-

» lorOnu Mettiam depbixerat ; futunu erat rex , wjitdex, patlor, etc.» (Limboreh et Orobio Arnica, CoUat. , p. 8 , 19 , 53 , 76 , 192 , 234. ) Cette ebjecUon a été détruite par les chrétiens, qui ont éJcTé leurs yeux vers un royaume spirituel et étemel.

ijidien Martyr, JHalog. cum Trjrphonte, p. 143, 144. (Voyez Le Clerc, Hist. Eodés., p. 615.) BuU et Grabe , son éifitenr ( /udieium Scelet. Cathol. , c. 7, et l'Appendix) essaient de défigurer les sentinMOS on les paroles de Justin ; ma» lear correction du texte a été re- Jetée de l'édition des Bénédielins.

* Les Ariens reprochent an parti orthodoxe d'avoir pris lenrs senlioens sur I« VriaiXi des Valentiniens et des Mareioniles. (Voyez Beansobre,Hist. du Manichéisme, l.iu,c. 5,7.)

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(359 dep. J.-C.)

Calvaire, les Docétes Inventaient des hypothèses impies et extravagantes : ib publiaient qu'au lieu d'être sorti du sein d'une vierge', Jésa» était descendu sur les bords do JonrdainsoBS la forme d'un homme fait, qu'il aviôt faseiné la vue de ses disciples, et que les bourreaux de PHate avaient épuisé leur impuissante fureur sur un fantôme qui sembla mourir sur la croix et sortir trois jours après du séjour des morts *.

La sanction divine qu'un apAtre avait donnée an principe fondamental de la théol(^e de Platon encouragea les savans prosélytes du second et du troisième siècle à étudier les écrits du sage d'Athènes, qni avait prédit d'une manière si merveilleuse une des plus étonnantes découvertes de la révélation chrétienne. Le nom respectacle de Platon servaK également aux orthodoxes * et aux hérétiques pour défendre l'erreur et la vérité *. L'autorité d'habiles commentateurs et la science de la dialectique furent employées à tirer de ses opinions une longue suite de conséquences , et à suppléer au silence discret des écrivains

< Non dignwne^eredere Deum, et Deum Chrittum Non dignam est vt tanta majestat per tordes et sgualores muUeris iransire credatur. Les Gnostiqnes assuraient l'impureté de la matière et du mariage ; et Us étaient scandalisés des interprétations des Pères et d'Augustin hii-méme. (Voyez Bnusobre.Ln, p. 523).

* Jpoitolis euUutc in sacido mperstUibus apud Judttam Christi sanguine récente , et phantasma corpus Domùd etsserebatur. Cotelier pense ( Patres Apostci, , t. n, p. 24 ) que ceux qid reftsait de croire que les Docites parurent du temps des apMres peuToit aussi nier qu'il lût Jour à midi. Ces Docétes, qni ft>rmaient un parti conMdéraMe parmi les Gnostiqnes, étaient ainsi appelés , parce qu'Bs prétendaient que le corps de Jésus-Christ n'en avait eu que l'apparence.

> On peut trenrer dans de La Motte le Vayer (t. v, p. 136 , édit 1797), et dans Basnage ( Hist. des JuU^ , t. rr, p. 29-79, ete.), des prenres, du respect que les àaétiens avajent pour la personne de Platon et pour sa doctrine.

* Doleo hond flde Matonem omnium heeretieorum coruUmentarium faetum. (Tertullien, dejtnimd, c 23; Pétau (Dogn. Tfaieolog., t. in, Prolég. 2)proiiTeque ce reproche était général. Beansobre ( 1. 1 , 1. m , c. 9,10 ) a prÀenté les errears des Gnostiqnes comme une conséquence des principes de Platon ■}, et, comme dans l'école d'AlexaodlleiXS principes se trouvaient mélangés arec la philoso]^ orientsde (Brucker, 1. 1, p. 1356), le sentiment de Beanaohre peut se récondOer arec l'opinion de

i Mosbeim (Hist. générale de l'Église, vol. i, p. 37).

<359dep. J.-C.)

sacrés. On agita dans les écoles philosophiques et chrétiennes d'Alexandrie les grandes et subtiles questions relatives à la nature, la génération, la distinction, et à l'égalité des trois divines personnes de la mystérieuse Trinité '. L'avide curiosité travaillait avec ardeur à découvrir les secrets les plus profonds, et l'orgueil des professeurs et de leurs disciples se contentait d'une science de mots pour expliquer ce qu'ils ne concevaient pas. Mais les plus savans théologiens de la chrétienté, le grand Athanase lui-même, avoue ingénument * que, quand il se fatiguait l'esprit à méditer sur la divinité du Logos , ses vains et pénibles efforts s'anéantissaient sans en percer l'obscurité; que, plus il réfléchissait, moins il comprenait, et que, plus il écrivait, moins il se trouvait en état d'exprimer ses idées. Dans cette recherche , nous sommes forcés à chaque pas de sentir et d'avouer la disproportion immense qui existe entre l'objet" et les bornes de l'intelligence humaine. Nous pouvons bien acquérirqnelqnes notions séparées du temps, de l'espace et delà matière, qui sont étroitement liées à toutes les perceptions de nos connaissances expérimentales; mais, lorsque nous prétendons raisonner sur une substance infinie ou sur une génération spirituelle, après avoir tiré quelques conclusions justes d'une idée négative, nous retombons dans l'obscurité, dans l'incertitude , et dans des contrariétés inévitables. Comme ces diflQcnltés naissent de la nature du sujet, elles accablent également le philosophe et le théologien; mais nous observerons deux circonsiauces essentielles et particulières qui distinguent la doctrine catholique des opinions de l'école platonique.

I. Une société choisie de philosophes, dont l'éducation avait éveillé la curiosité , pouvait méditer en silence et discuter paisiblement dans les jardins d'Athènes, ou dans la biblio-

< Théophile, évèque d'Antioche , Ait le premier qui employa le mot Trieda, Trinité. Ce terme abstrait, qui était d^à familier dans les écoles de la philosophie, doit avoir été introduit dans la théologie des chrétiens postérieurement au milieu du second siècle.

2 Athanase , 1. 1 , p. 808. Ses expressions sont inflnimcnt énergiques ; et, comme il écrivait à des moines, rien ne l'obligeait à alTecter un langage raisonnable.

PAR ED. GIBBON. CH. XXI

tbèque d'Alexandrie, les questions abstraites de la métaphysique. Une théorie qui ne pouvait ni convaincre les Platoniciens ni animer leurs passions, n'était considérée qu'avec la plus froide indifférence par les gens oisifs , par les hommes occupés , et même par le petit nombre de ceux qui se livraient à l'élude '. Mais, lorsque la révélation eut fait du Logo$ un article de foi , dès qu'il devint l'objet de l'espoir et du culte des chrétiens , les prosélytes de ce système mystérieux se multiplièrent rapidement dans toutes les provinces de l'empire romain. Les personnes qui , par leur âge, leur sexe ou leurs occupations, étaientlemoins capables déjuger, celles même qui n'avaient aucune habitude des méditations abstraites, aspiraient à approfondir l'essence de la nature divine : et Tertullien * se glorifie avec emphase de ca qu'un artisan chrétien avec la seule instruction de son état, peut répondre sans hésiter à des questions qui auraient embarrassé tons les sages de la Grèce. Quand il s'agit de sujets si éloignés de notre portée, la différence de l'homme du génie le plus 8id)lime à l'homme le plus borné doit être considérée comme infiniment petite. On en pourrait toutefois calculer les degrés par ceux de l'obstination et. de la suffisance dogmatiques. Au lieu de n'agiter ces questions que dans les momens d'oisiveté , on les regarda comme la plus sérieuse affaire de cette vie, et comme une préparation indispensable pour la vie à venir. Une théologie à laquelle il était important de croire , dont on ne pouvait douter sans impiété , et qu'il était même dangereux de ne pas bien comprendre, devint le sujet familier des méditations et des conversations du peuple. Le zèle ardent de la dëyotion enflamma la froide indifférence de la philosophie, et les métaphores du langage usité servirent à corrompre le jugement et à trom-

I Nous pourrions espérer de trouver la Trinité lliéologique de Platon dans un traité qui prétend expliquer les opinions des anciens philosophes relativement à la nature des dieux; maisCicéron avoue naïvement que, quoiqu'il ait traduit le Timée, il n'a jamais pu comprendre ce dial<^e mystérieux. {\o^a Hieronjrm. Praf.ad I. xn , m haXam, t. v , p. 154. )

î. Tertullien (Mt Apolog. , c 46). Voyez Bayle, dans son Dictionnaire, au mot Simonide. Ses remarques sur la présomption de Tertullien sont profondes et intéressantes.

per rexpérience. Les chrétiens, quoique abhorrant la mythologie impare des Grecs ', raisonnaient cependant d'après l'analogie ordinaire d'un père à son fils. La qualité de fils semblait nécessiter une soumission perpétuelle envers l'auteur volontaire de son existence*. Mais, comme l'acte de h génération est supposé, dans le sens le plus métaphysique et le plus abstrait , transmettre tous les avantages d'une nature égale ', ils n'osaient point fixer de bornes an pouvoir ou à l'existence du fils d'un père éternel et tout-puissant. Les chrétiens de Bythinie déclarèrent devant le tribunal de Pline, quatre-vingts ans après la mort de Jésus- Christ, qu'ils l'invoquaient comme Dieu; et les différentes sectes qui prennent la dénomination de ses disciples * ont perpétué ses honneurs ùmna dans tous les siècles et dans tous les pays. Leur teadre respect pour la mémoire du Christ, et l'horreur qu'ils ressentaient pour le culte d'un être créé, leur auraient fait sulopter la divinité égale et absolue du Logoi, s'ils n'eussent pas été retenus par la crainte de violer l'unité et la suprématie du père du Christ et de l'univers. On peut remarquer, dans les ouvrages des célèbres théologiens qui ont écrit vers la fin du siècle apostolique et avant la controverse arienne , l'incertitude et la perplexité des chrétiens dans le choix de ces deux opi-

t LaeUoce, nr, 8. Cepmàml la Prvbole, ou Prolatto, que les ecctésiastiques les plus ortbodoies empruntaient sans scrupule des Valentiniens, et qu'ils ornaient de la comparaison d'une nmtaine ou d'une source, du soleil et de ses rayons , etc., ou ne signifiait rien . ou b- Torisatt l'idée materieUe de la génération divine. (Voyez Beausobre , 1 1 , l.ui,c.7, p. 548. )

t Plusieurs des premiers écrivains ont avoué flranchemenl que le Fils devait son existence à la volonté du Père. ( Voy« Clarke, Écriture, Trinité, p. 280-28;.) D'un antre côté, Atbanase et ses disciples ne semblent point ditposés i croire ce qu'ils craignent de nier. Les théologiens se tirent de cette difficulté par la distinction de deux volontés , l'une précédente et l'autre concomitante. ( Pétau , Dogm. Theolog. , t. n, I. vi , c. 8, p. 687-603. )

s Voyez Pétau. , Dogm. Theolog. , t. n , I. n, e. 10 ,

« Carmenque Christo quasi Deo dicere secum invleem. (Plin., Bpistol. , x , 97.) Le sens de Deut, Smc , Elohim dans l'ancienne langue, est soigneusement examiné par Le Clerc {,Ars Crilica , p. 150-166 ) ; et le Sorinien Emlyi^ déflend avec force la pratique d'adorer l'homme parfaitement vertueux. (Voyez son Traité, p. 29, 36, 51 ; 145.)

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (369 dep. J.-€.)

ùens. Les orthodoxes et les béréUques réclamaient, avec une confiance égale, l'aatorité de ces écrivains; et les critiques les plus judicieux ont avoué que, si ces docteurs avaient été assez heureux pour découvrir les vérités (le la foi cfarétienne, ils avaient eu aussi le tort d'exprimer leurs sentimeus eo termes vagues , énigmatiques et quelquefoi» contradictoires '.

II. La dévotion des individus fut la |wemière différence qui distingua les cbrétiens des Piatonistes; la seconde vint de l'autorité de l'église. Les disciples de la philosophie soutenaient leurs droits à la liberté intellectuelle , et leur respect pour les sentimens de leurs maîtres était un tribut volontaire qu'ils offraient à la supériorité du génie. Mais !« dirétiens formaient une société nombreuse et disciplinée. Leurs lois et leurs magistrats exerçaient une juridiaion sévère sur les pensées des fidèles. On fixa leur imagiuatioii flottante par des symboles et par des confe»sionsde foi*. Les jugemens particuliers furent soumis aux décisions des synodes géDéraux. Les théologiens n'eurent d'autorité que relativement à leur rang ecclésiastique; et ks évéques, successeurs des apôtres, infligeaient les censures de l'église à ceux qui s'écartaient de la foi orthodoxe. Mais, dans un siècle de controverse religieuse, la contrainte ajoute une nouvelle force à l'activité de l'imagination, et des motifs d'ambition ou d'avarice animaient quelquefois le zèle ou l'obstination d'un esprit rebelle. Un allument métaphysique devenait la cause ou le prétexte d'une contestation politique. Les subtilités de l'école platonicienne servaient d'étendard aux factions populaires, et l'aigreur de la dispute exagérait la distance qui séparait les opinitNis respectives. Tandis que les hérésies obscures de Praxeas et Sabelius s'efforçaient de

• Voyez d'Aillé de Vsu Patrum; et Le Oerc, Kbliotb. univers. , t. 10, p. 409. L'immense ouvrag* du père Pétau sur la Trinité (^Dogm. Theolog., t n) a été composé dans l'intention de décrier la ftii des Pérès opposés au concile de Nicée. C'est du mmns l'eflel qu'il a produit, et la savante défense de l'évèque Bail n'a pa en eflkcer l'impression.

2 Les symboles les plus anciens ont été rédigés av«e beaucoup d' agabiguité. Voyez Bull (Judicium MecUt. Catltol. ), qui tflche d'empêcher EiHScopitts de tirer parti de cette obsenatieg.

(369 dep. J.<C.)

confondre le père avec le fils ',les«rlhodoxet étaient excusables d'adhérer plus particidièrementetplusstrictement à la distinction qu'à l'égalité des personnes divines; mais, lorsque •la chaleur de la controverse fat calmée, etque leséglises de Rome, d'Afrique et d'Egypte, ne craignirentplnsles progrèsdes Sabelliens,les opinions théologiqaes prirent ua cours plus fixe et plus tranquille vers l'autre extrémité; et les docteurs les plus orthodoxes se permirent des expressions et des définitions qnlls avaient condamnées dans la bouche des sectaires *. Après l'édit de tolérance, qui rendit la paix aux chrétiens, la controverse des Triaitaires se ranima dans le berceau de l'école platonicienne, la savante, riche et tumultueuse ville d'Alexandrie ; et la flamme de la discorde religieuse se communiqua rapidement des écoles au clei^é, au peuple, à la province, et dans tout l'Orient. On agita les questions abstraites de l'éternité du Ijogot , dansles conférences ecclésiastiques et dbins les sermons. Le zèle d'Anus et celui de ses adversaires rendirent bientôt publiques ses opinions hétérodoxes '. Ses antagonistes les plus violens rendaient hommage à son érudition et à la pureté de ses mœurs. Ce célèbre ecclésiastique s'était présenté, dans une élection, pour obtenir l'épiscopat, et il y avait renoncé, peutêtre par générosité*. Son concurrent Alexandre devint son juge. On plaida la cause devant lui, et, aprèsavoir hésité quelque temps, le prélat prononça la sentence finale comme un artide de foi essentielle*. L'indocile Arius

1 Mosbdm (p. 425, 680, 714) explique dairemeot les hérésies de Praxeas , Sabellius , etc. Praxeas , qui viul à Rome à la fin du second siècle , abusa quelque temps de la bonhomie de l'évéque, et flit réftité par Tertullien.

2 Socrate assure que le désir de soutenir une opinion absolument opposée au sentiment de Sabdluu donna naissauce à l'hérésie d'Anus.

> Épiphane (l. i, Hceresi., 1. xix, 3, p. 729) donne une description trte-intérescante de la personne et des mœurs d' Arius, du nombre et du caractère de ses premiers disciples: on ne peut que regretter qu'il ait tout-à-fïit sacriBé l'historien au controversisle.

* Voyez Pfailostorge (1. i, c. 3; et le Commentaire de Godeflroy). Cependant Philostorge, entaché d'arianisme , parait suspect aux yeux des orthodoxes et des critiques judicieux, à raison de sa partialité, de ses pr^yugés, et de (on ignorance.

s Sozomène, (I. i, c 15) prétend qu'Alexandre ne prit aucune part au commencement de la controverse , dont il n'avait pas même connaissance -, et Socrate ( 1. 1 ,

PAR ED. GIBBON. CH. XXI

osa résister à l'autorité de son évéque irrité, et fat banni de la communion de l'église ; mais son orgueil se soutint par la faveur d'un parti nombreux. Il comptait au nombre de ses partisans deux évéques de l'Egypte, sept prêtres , douze diacres, et, ce qui paraîtra peutêtre incroyable , sept cents vierges. La majeure partie des évéques d'Asie paraissait favoriser ses opinions. Ils avaient à leur tête Eusèbe de Césarée, le plus savant des prélats chrétiens, et Eusèbe de Nicomédie , qui avait acqub une grande réputation comme homme d'état, sans avoir rien perdu de celle d'nn saint. Les synodes de la Palestine et de la Bithynie combattaient les synodes de l'Egypte. Cette dispute théologique attira l'attention du prince et eelle du peuple, et fut soumise , au bout de six ans ' , au jugement du concile général de Nicée.

On peut obeerrer que, lorsqu'on eut l'imprudence d'exposer les mystères de la foi chrétienne aux discussions du public, l'intelligence humaine était déjà capable de se former trois systèmes différens sur la nature de la divine Trinité : on prononça qu'aucun des trois nétait absolument exempt d'erreur et d'hérésie *. Selon la première hypothèse, soutenue par Arius et par ses disciples, le Logot était une production dépendante et ^Mutanée, créée de rien par la volonté du père éternel ; le fik, par lequel toutes choses ont été faites*, avait été engendré avant la création du monde,

e. 5}aBsiire,aa contraire, que la ridicule cariosité de ses

spéciilalioas tbéologiques donna naissance à cette dispute. Le docteur Jortin , dans ses remarques sur l'Histmre ecclésiastique, a blâmé la conduite d'Alexandre avec sa liberté ordinaire, n^oc tpyvi i^ttimitu.. , . t/itiaie »p»im

< Le fHi de farianisine a pu couver quelque temps en secret ; 'mais il y a lieu de croire qu'il flt explosion dès l'année 319. (Tlllemont, Mém. Eoelés. , t. vi, p. 774-780.)

* Quid erediditf Certe, aut tria nombia audient très Deog esse eredidU , et idololatra effketus est; aut in tribus voeabtdis trinominem credens Deum, in SabellU haresim ineurrit: aut edoetus ab Arianis,' unum esse verum Deum patrem . fUium et spiritwn sanetum eredidU ereaturas. Àut extra hase quid ercderepotuerittieseio. ( Bieronym. advers. Lucifèria- Hos. ) JérOme réserve pour le dernier le système orthodoxe , qui est phis compliqué et plus difBcile.

3 Comme la doctrine absolue d'une création bite de rien s'introduisit peu i peu parmi les chrétiens (Beausobre , t n, p. 165-215) , la dignité de l'ouvrier participa naturellement ft cd'.e de l'ouvrage.

DEGADEMCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(359 dep. I.-C.)

et les plus longues périodes astronomique» n'étaient qu'une seconde, si on les comparait à la durée de son existence; cette durée n'était cependant pas infinie ', et on laps de temps avait précédé l'ineffable génération du Logot. Le père Tout-Puissant avait transmis à ce fils unique toute l'amplitude de son esprit et toutl'éclat de sa gloire. Image visible de la perfection invisible , il voyait au-dessous de lui, à une distance incommensurable, les trônes des archanges. II ne brillait cependant que d'une lumière réfléchie, et, comme les filsdes empereurs romains décorés du titre de césar ou d'auguste *, il gouvernait le monde en obéissant aux volontés de son père et son maître. Dans la seconde hypothèse , le Logos possédait toutes les perfections inhérentes et incommunicables que la religion et la philosophie attribuent au Dieu suprême. Trois esprits ou substances disiinotives et infinies , trois êtres égaux et éternels composaient l'essence divine > ; et il y aurait eu contradiction, si un des trois avait eu un commencement ou avait dû avoir une fin *. Les partisans d'un système qui semblait établir trois divinités indépendantes s'efforçaient de conserver l'unité d'une première cause si visible dans le dessein et dans l'ordre de l'univers, par l'accord perpétuel de leur administration et la conformité nécessaire de leurs volontés. On peut apercevoir une faible ressemblance de cette unité d'action dans la société des hommes et même des animaux. Les causes qui troublent leur harmonie viennent de l'inégalité ou de l'imperfection de leurs facultés. Mais la toute-puissance, guidée par une sa-

' Le docteur Oarke (Écriture, Trinité, p. 276-^) adopte une génération éterndle provoiant d'une cause infinie.

2 pinslenn des premiers pères employèrent cette comparaison probne et a]>surde, particulièrement Atliéoagore, dans son apologie à l'empereur Marc-Aurèle et à «on fils ; et Bull lui-même la cite sans la blâmer. ( Voyez Defens. Fid. Nicen. , c 3, n» 5, n» 4.)

3 Voyez Cudworth; (Système intdlecluel, p. 559-579). Celte dangereuse hypothèse nit soutenue par les deux Grégoires de Nissa et de Naziance, par Cyrille d'Alexandrie, et par Jean de Damas, etc. (Voyez Cudworth, p. 603 ; Le Qerc , Bibliothèque universdle , t. 18 , p. 97- 105.)

* Augustin semble envier la liberté des ptiilosophes. JÀberis verbù loquuntar phUosophi...Nos autan non dicimus duo vel tria principia, duos vcl très Deos. {DeCiçU.I>ei,x,2i.)

gesse et une bonté infinies, ne -peut pa» manquer de choisir les mêmes moyens pour accomplir les mêmes fins.

Dans la troisième supposition, trois êtres, existant nécessairement par eux-mêmes , possédant tous les attributs divins dans le degré le plus parfait éternels endurée, infinis en espace , intimement présens l'un pour l'autre et pour tout l'univers , impriment dans l'imagination étonnée l'idée d'un seul et même être S qui, par l'économie de la grâce et celle de la nature , peut se manifester sous différentes formes, et être considéré sous différens aspects. Par cette kypothèse, une trinité réelle et substantielle est réduite àunetrinité de noms et de modifications abstraites, qui n'existentquedans l'esprit de celui qui les conçoit. Le Logot n'est plus une personne, mais un attribut, et ce n'est que dans un sens figuré que l'épithète de fils peut être appliquée à la sagesse éternelle, qui était avec Dieu depuis le commencement, et par laquelle, mais non pas par qui, toute choses ont été faites. L'incarnation du Logot n'est plus qu'une simple inspiration de la sagesse divine, qui inspirait l'âme et dirigeait toutes les actions dn mortel Jésus. Après avoir ainsi parcouru tout le cercle Ihéologique, on s'aperçoit avec surprise que le système des SabeUiens finit oà celui des Ébionites commence , et que ce mystère incompréhensible, qui entraîne notre adoration, échappe à la curiosité de nos recherches *.

Si les évêqoties du concile de Nicée '.

t Boéce , qui était fort versé dans la philosophie 4e Platon et d'Aristole, explique l'unité de la Trinité par la non différence des trois personnes. (Voyez les Remarqn» Judicieuses de Le Clerc, Bibliothèque choisie, I. m, p.225,elc:)

2 Si les Sabelliens ftirent révoltés de celte conclusion, ils tombèrent dans une autre erreur, en confessant que le Père était né d'une vierge, qu'il avait souffert sur la croix ; et leurs adversaires les désignèrent par le sonwB odieux de Palrv-passians. ( Voyez les satires de Tertullien contre Praxeas, et les réflexions modérées de Mosheim, p. 423 6S1 ; et Beausobre.t. i, L ni, e.6> p. 533.)

î Les anciens rapportent les transactions du condle à* Nicée d'une manière non-seulement partiale , mais trèsimparfaite. On ne retrouve point de tableaux tds qu'en aurait faits Fra Paolo ; mais on peut voir dans Tillefflont (Mém. Ecclés. ,1. 6, p. 669-759) et dans Le Clerc (Bibliothèque univers., t. x , p. 453-454) les ébauches grossières tracées par la bigoterie et la raison.

PAR ED. GIBBON. CH. XXI

{3&9 dep. ).-G.)

avaient eu la liberté d'obéir aux mouvemens de leur conscience , Àrius et ses partisans n'auraient pas pu se flatter d'obtenir la majorité des suffrages en faveur d'une hypothèse si directement contraire aux deux opinions le plus généralement adoptées par le monde catholique. Les Ariens sentirent le danger de leur situation, et se revêtirent prudemment des vertus modestes dont la pratique n'est guère suivie ou même recommandée que. par le parti le plus faible, dans la fureur des discussions civiles ou religieuses. Ils prêchaient la modération et l'exercice de la charité chrétienne ; ils appuyaient sur la nature incompréhensible de la question, et, rejetant tous les termes on les définitions qui ne se trouvaient pas dans les saintes Écritures, ils offraient de satisfaire leurs antagonistes par de très-fortes concessions, sans cependiant renoncer tout à fait à leurs principes. La faction victorieuse recevait leurs propositions avec une méfiance hautaine, et tâchait de découvrir quelque article de différence inadmissible qui pût constater l'hérésie et les suites dangereuses de l'arianisme. On lut publiquement et on déchira avec mépris une lettre dans laquelle Eusèbe de Nicomédie, le protecteur des Ariens, avouait ingénument que l'admission de l'homootuion ou consubstantialité, expression familière aux platoniciens, était incompatible avec leur système de théologie. Les évéques, qui faisaient la lui dans le concile, saisirent avidement cette heureuse occasion ; et , suivant l'énergique expression d'Ambroise', ils se servirent, pour abattre la tète du monstre redouté, du glaive que, l'hérésie avait elle-même tiré du fourreau. La consubstantialité du Père et du Fils fut établie par le concile de Nicée ; et elle [a été unanimement reçue comme un article fondamental de loi chrétienne, par le consentement des églises grecques, latines, orientales, et des églises protestantes. Mais , si le même mot n'eût pas servi également à rendre les hérétiques odieux et à unir les catholiques , il n'aurait pas rempli le but du plus grand

> Nous sommes redevables à Ambroise ( De Fide, I. m, eap. ult.) de la connaissance de cette anecdote curieuse. Mac verbiun posaerunt Patres, quod viderunt adversarUt esse formidini ; ut lanquam evaginato ab ipsis gladio, ipsum nefandce caput heraseos amputarent.

nombre de ceux qui l'avaient adopté comme un article de foi. Ils étaient divisés en deux partis, dont l'un penchait pour les opinions des Trithéistes , et l'autre pour celles des Sabelliens. Mais , comme ces deux extrêmes semblaient saper ou la religion naturelle ou la révélation, ils convinrent mutuellement de miliger la rigueur de leurs principes, et de désavouer les conséquences justes , mais odieuses, que leurs adversaires pouvaient en tirer. Ils se rassemblèrent contre l'ennemi commun. Une tolérance salutaire calma leur animosité, et leurs disputes furent suspendues par le moyen du mystérieux homootision que les. deux partis avaient la liberté d'expliquer conformémentà leursopinions particulières.L'interprétation des Sabelliens, qui avait obligé, cinquante ans auparavant, le concile d'Antioche * à proscrire l'usase de c«tt» expression fameuse, la rendait précieuse à ceux d'entre les théologiens qui inclinaient secrètement pour une Trinité purement de nom ; mais l' intrépide Athanase, le savant Grégoire de Naziance,et les autres piliers de l'église, qui défendaient avec succès la doctrine de Nicée , semblaient regarder le nom de substance comme le synonyme de nature , et ils essayaient d'ea expliquer la signification en affirmant que trois hommes étaient consubstantiels ou homoousiens l'un à l'autre, puisqu'ils étaient de la même espèce *. Cette égalité distincte fut tempérée d'une part parlaconnexion interne et par la pénétration spirituelle qui unit indissolublement les personnes divines ', et de l'autre, par la prééminence du Père, que l'on reconnaissait en tant qu'elle était compatible avec l'indépendance du Fils *, Telles étaient

«Voyei BoU {Dépens. Fid. ITieen., sect. i, t. i, p. 25, 36). Il pense que son devoir l'oblige à réconcilier les deux synodes ortlûtdoxes.

2 Sdon Aristote, les étoQes étaient homoouslennes l'une à l'autre. Pétau a prouvé qu'bomoousien signifie d'une même substance. C'est aussi l'opinion de Curcelbeus, Cudworth, Le Clerc, etc., et de vouloir le prouver serait actumagere. Cette remarquejudicieuse est du père Jortin (vol. u, p. 212), qui examine la controverse arienne avec autant de candeur que d'érudition et de sagacité.

3 Voyez Pélau {Dogm. Theolog., t. n , I. nr, c. 16, p. 453, etc.); Cudworlb (p.559); BuB (secl. 4, p. 285- 290, édit. Grab.). lanipixap'ritou Circumincessio est peut-être l'endroit le plus profond et le plus obscur de l'abtme théologique.

* La troisième section de la Défense de Bull pour la An

les bornes dans lesquelles jes orthodoxes devaient se renfermer. De tel côté qu'ils en sortbsent , ils s'exposaient aux embûches des hérétiques et des démons. Mais , comme les degrés de haine théologiqne dépendent beaucoup plus des motifs de rivalité que de l'importance de la question, les hérétiques qui refusaient au fils quelques attributs étaient plus odieux et plus sévèrement traités que ceux qui niaient son existence. Àthanase passa sa vie à combattre la rage impie des ariens ' ; mais il défendit pendant vingt ans le sabellianisme de Harcellus d'Âncyre ; et , après avoir été forcé d'abandonner son parti, il paria toujours en termes ambigus des excusables erreurs de son respectable ami *.

L'autorité d'un concile général auquel les Ariens furent eux-mêmes forcés de se soumettre, imprima sur les bannières du parti orthodoxe le caractère mystérieux du mot homootuion , qui contribua , nonobstant quelques débats obscurs et quelques combats nocturnes, à maintenir et à perpétuer l'uniformité de la foi, ou du moins de son langage. Les consubstantialistes, dont les succès avaient obtenu exclusivement le titre de catholiques, se glorifiaient de leur persévérance et de la simplicité de leurs principes : ils insultaient à la variabilité de leurs adversaires , dont la foi était toujours flottante et incertaine. La sincérité ou les ruses des chefs ariens , la crainte des lois ou des hommes, leur vénération pour le Christ, leur haine pour Athanase, toutes les causes sacrées et profanes qui déterminent et dérangent les projets d'une faction religieuse, introduisirent parmi les sectaires un esprit de discorde et d'inconstance qui donna naissance, en peu d'années, à dix-huit dilTérens systèmes de religion *, et vengea l'autorité de l'église

de Nicée, que qadques-ims de ses antagonistes traitent de platitude , et d'autres d'hérésie , est consacrée à la taprématie du Père.

1 Atbaoase et ses disciples avaient coutume d'appeler les ariens Jriomanitet.

î Épipbane, 1. 1, Bares., 1. uni, 4 , p.837. Voyer les aveotnresde Mareellus dansTîlleinont, Mém. ecclés. , t. vn, p. 880-888. Eusèbe répondit par trois livres qui existent encore à son ouvrage en un seul livre sur l'unité de Dieu. Aprte un examen long et soigné, Pélau (t. n, I. I, c. 14, p. 78) a prononcé à regretta condamnation de ManeHus.

3 Alhanase, dans son épttrc rdattv'e aux synodes de

qu'ils avaient bravée. L'ardent Hilaire', que la rigueur de sa propre situation disposait plus à dissimuler les erreurs du cleEgé d'Orient , qu'à les exagérer, déclare que, dans^ la vaste étendue des dix provinces d'Asie, dans laquelle il était exilé , on trouvait un très-petit nombre de prélats qui cooserva»-^ sent la connaissance du vrai Dieu*. Les persécutions qu'il avait éprouvées, lesd^ordres dont il était le témoin et la victime, calmèrent passagèrement l'inipétuosité de son ame ; et dans le discours sidvant, d<Hit je vais transcrire quelques lignes, l'évéque de Poitiers conserve le style sage d'un philosophe chrétien. < C'est, dit Hilaire, une chose aussi déplorable que dangereuse , qu'il y ait autant de confessions, de foi que d'opinions parmi les hommes., autant de doctrines, que d'inclinations, et autant de sources de blasphème qu'il y a d'erreurs parmi nous, parce que bous faisons arbitrairement des symboles , et que nous les expliquons art)itraireroent. L'bomootMtonestSttCcessivement rejeté, reçu et expliqué dans différensconciles.La ressemblance totale ou partielle du Père et du Fds devient un sujet de dispute dans ces temps malheureux.

Chaque année , chaque mois, nous inventons de nouveaux symboles pour expliquer des mystères invisibles. Nous nous repentons de ce que nous avons fait , nous anathématisons ce que nous avons défendu ; nous condamnons la doctrine des autres parmi nous , et notre doctrine chez les autres; et, en nous déchirant avec une fureur

SélcoeieetdelUiiini (t \, p. 886-005), a donné une ample liste des symboles ariens , qui a été augmentée et perfiectionnée par les travaux de rinfeitigAle Tillemont. (Mém. Ecclés., t. «, p. 477.)

< Érasme a tracé avec beaucoup de justesse et de liberté le caractère d'Hilaire. Les Bénédictins se sont occupés, dans leur édition , à reviser le texte , à composer les annules de sa vie, et à justifier ses sentimens et sa conduite.

1 Jbsque episeopo Eleutio et paueis cum eo, er majore parte Jsiaiue deeem provincial, inter quat consigto , vere Deum nesc'mnt. Jtque utinam penitus nescirent ! cum procUviore enim venid ignorarent , guamobtrectarent.(mat., deSidonU, sivedeFide Orientaltum.c. 63, p. 1186, édiU Benedicl.) Dana le célèbre parallèle entre l'athéisnie et la soperstitioB , l'évéque de Poitiers argumente quelquefois en ptailoMVhe, comme auraient p« bire Bayle et Plntarqne.

(3&9 dep. J.-C.)

PAR ÉD. GIBBON. CH. XXI

• réciproque, nous avons travaiUé à notre

• ruine mutuelle '. >

On n'attend pas de moi, on trouverait peut>étre mauvais que j'enflasse cette digression théologique par un examen minutieux des dix-huit symboles ou confessions de foi différentes dont les auteurs ont presque tous désavoué le nom odieux de l'arianisme dans lequel ils avaient pris naissance. On peut prendre plaisir à tracer les formes de la végétation d'une plante bizarre ; mais le détail fastidieux de feuilles sans fleurs, de branches sans fruit, épuiserait bientôt la patience sans satisfaire la curiosité. Je citerai cependant une des questions qui s'élevèrent dans la controverse arienne , parce qu'elle produisit et servit à distinguer trois sectes qui n'étaient unies ensemble que par leur aversion commune pour ï'homoou$ion du concile de Nicée. I. Leur demandait-on si le fils était semblable au père? Les hérétiques qui suivaient les principes d'Arins, et même les disciples de la philosophie , répondaient négaUvement sans hésiter, et faisaient un« grande différence entre le Créateur et la plus parfaite de ses créatures. Ce raisonnement, facile à comprendre, fut soutenu par iEtius*, que ses adversaires ont surnommé l'athée. Son génie actif et entreprenant lui avait fait essayer de tous les métiers. Il a été successivement esclave , ou du moins manouvrier, chaudronnier ambulant, orfèvre, médecin, maître d'école, théologien, et enfin apôtre delà nouvelle église, qui se multiplia par l'habileté de son disciple Eumonius'. Armé des textes de la sainte écriture , et des syllogismes captieux de la logique d'Aristote, le

* ifibrius, ad ConstanUnwn, 1. n, e. 4 , p. 1227 , 5- 1238. Ce pauagc remarquable a mérité l'attentioD de Lodie, qui l'a transcrit (toI. m, p. 470) dans son nouveau modèle dé iotwenirs.

2 Dans Philostorge (I. ni, c. 15) , le caractère et les a?aitures d'yKtius paraissent fort singuliers, qumque adoucis par une main amicale. L'éditeur Goderroy (p. 153), qui était plus attaché à son sentiment qu'à son auteur , a rassemblé toutes les circonstances odieuses que ses enne- Biis ont conserrées ou inventées.

3 Au jugement d'un homme qui respectait ces deux sectaires , j£tius avait plus de génie , et Eunome plus d'éloquence et d'érudition. ( Pbilostorge, I. viii , c. 18. ) La confession et l'apologie d'Ëunome est du trte-petil nombre des ouvrages hérétiques qui ont échappé. ( Fabricius , BibUoth. Grtec. , t. toi, p. 258-d05.)

subtile i£tius avait acquis la réputation d'un argumentateur invincible, qu'Û était impossible de convaincre on d'abuser. Ce talent lui valut l'amitié des évéques ariens; mais ils furent obligés d'abandonner et même de persécuter un allié dangereux dont les argumens adroits et serrés rendaient leur cause odieuse au peuple, et pffensaient les plus dévots de leurs prosélytes. IL La toute-puissance du Créateur suggéra une espèce de solution respectueuse de la parité du Père et du Fils, et la foi devait adopter humblement ce que la raison ne pouvait se dispenser d'admettre. Un Dieu suprême avait sans doute la puissance de communiquer ses perfections infinies, et de créer un être semblable à lui '. Les Ariens étaient puissamment défendus par le génie et les talens de leurs chefs, qui avaient remplacé Eusèbe , et qui occupaient les principaux, siiigea de i'Ortent; ils détestaient on affectaient de détester l'impiété d'iËtius; ils faisaient profession de croire, ou sans réserve, ou conformément aux saintes écritures, que le Fils était très-différent de toutes les autres créatures , et qu'il était semblable au Père seulement; mais ils niaient qu'il fût on de la même ou d'une semblable substance. Ils soutenaient quelquefois hardiment ce désaveu , et dans d'autres occasions ils bataillaient sur le mot substance , qui semble renfermer une notion complète ou du moins distincte de la nature de la divinité. III. La secte qui soutenait la doctrine d'une substance semblable était la plus nombreuse, an moins dans les provinces de l'Asie ; et , quand les chefs des deux partis se trouvèrent assemblés au concile de Sélencie *, leur opinion , si elle eût été mise en discussion, aurait prévalu par «ne majorité de cent cinq évéques contre quarantetrois. Le mot grec que l'on choisit pour

< Cependant, sdon ifltius et Bull, il y a un pouvoir, celui de la création, que Dieu ne peut pas communiquera une créature. ./Ëtius, qui flxe si hardiment les limites de la toute-puissance, éLiit Hollandais de naissance et théoli^en de son métier. (Dupin, Bibliothèque Ecdés., t. xvu,p.450

2 Sabinus {ap. Socrat. , I. n , c. 39 ) avait copié les actes ; athaoase et Hilaire ont expliqué les divisions de c« synode Ârien ; Baronius , et Tillemoot , ont soigneusement rassemblé toutes les autres circonsUoces qui y sont relatives.

DÉCADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(359 dep. J.-C.)

«xprimer cette mystérieuse ressemblance a une si grande affinité avec le symbole orthodoxe, que les profanes de tous les siècles ont trouvé ridicules les querelles violentes dont une seule diphtbongueavaitété -la source entre les homousiant et leskomoiousians. Comme il arrive souvent que les sons et les caractères qui ont ensemble le plus de rapport servent à représenter les idées les plus opposées , l'observation paraîtrait ridi- -culê si l'on pouvait découvrir quelque différence réelle et sensible entre la doctrine de ceux qu'on appelait improprement semiariens, et la doctrine des catholiques. L'évé- -que de Poitiers, qui, dans la Phrygie, où il «tait exilé , travaillait sagement à concilier les deux partis, cherche à prouver que, par «ne interprétation pieuse et fidèle', on peut réduire l'homoioution au sens de consubitan- ■tiel. Il avoue cependant que ce mot a quelque chose d'obscur et de suspect ; et, comme si l'obscririté était attachée essentiellement aux querelles théologiques, les semi-aricns, qui touchaient aux portes de l'Église, les assaillirent avec une fureur implacable.

Les provinces de l'Egypte et de l'Asie, qui avaient adopté la langue et les mœurs des Grecs, étaient infectées de l'hérésie d'Arius. L'étude familière du système de Platon, un penchant naturel pour la discussion, un idiome harmonieux et abondant, fournissaient abondamment le peuple et le clergé de mots et de distinctions; et, dans la chaleur de la dispute, ils oubliaient également le doute recommandé par la philosophie et la soumission exigée par la religion. Les peuples de l'Occident étaient d'un caractère moins curieux. Des objets invisibles avaient peu de prise sur leurs passions; ils exerçaient rarement leur imagination à l'art dangereux de la dispute ; et telle était l'heureuse ignorance de l'église gallicane, que, plus/le trente ans après le premier concile général, Hilaire lui-même

• FUleli etpia intelUgentia ( De Synod., t. TI,

p. 1193.) Daos ses remarques courtes et apologÂiques, publiées pour la première fois par les Bénédictins d'après un manuscrit de Cliartres ) , il remarque qu'il se servait de celle expression mesurée , qui inteUigereni et impiam (p. 1206. Voyez p. 1146.) Philostorge, qui voyait les mêmes objets dans un jour difTércnt, incline à oublier la dilTà'ence de l'importanle diphtongue. ( Voyez Tin , 17 ; el Godelïoy , p. 342. )

n'avait point encore connaissance du symbole de Nicée'. Les Latins n'avaient reçu les lu* mières de la science divine que par le moyen faible, obscur et douteux, d'une traduction. La sécheresse et la pauvreté de leur langue manquaient souvent d'équivalens pour les termes grecs et pour les mots techniques de la philosophie platonicienne *, qui avaient été consacrés, par l'Évangile ou par l'église, à exprimer les mystères de la foi chrétienne. Un seul mot défectueux aurait pu introduire dans la théologie latine une longue suite d'erreurs et de perplexités'. Mais, comme les provinces occidentales avaient eu le bonheur de puiser leur religion dans une source orthodoxe , elles conservèrent avec constance la doctrine qu'elles avaient reçue avec docilité; et elles étaient munies, par les soins paternels du pontife romain, du préservatif efficace de l'homoousion , avant que la contagion de l'arianisme se fût étendue jusqu'à leurs frontières. Leurs caractères et leurs sentimens se firent connaître dans le synode mémorable de Rimini , plus nombreux que le concile de Nicée, puisqu'il rassemUa plus de quatre cents évéques d'Italie, d'Afrique , d'Espagne, des Gaules, de la Rretagne et de rUlyrie. Après les premiers débats, le parti arien se trouva composé de quatre-vingts évéques, quoique tous affectassent d'analhématiser le nom et la mémoire d'Arius. Mais l'infériorité du nombre fut compensée par les avantages de l'adresse, de l'expérience cl de la conduite. Ursace et Valens dirigeaient la minorité; ces deux prélats avaient passé leur vie dans les conciles et dans les intrigues des cours, et s'étaient formés sous le savant Eusèbe dans les guerres religieuses de l'O-

> TestorDatmcœli atque terrœ mecum neutnim audissem , sempkr tcanen uirumque sensisse... Regeneratus pridem et in episcopatu aliguimtisper manens , fidem Ificenam nunquam nisi exsulaturus awlivi. ( Hilaire, de Sinodis , c. 96, p. 1205. ) Les Bénédictins sont persuadés qu'il gouverna le diocèse de Poiliers plusieurs années avant son exil.

3 Sénèque ( Epist. , 58) se plaint de ce que ni le v* •» des Platonistes, ni le ens des théologiens pins hardis , ut pouvaient s'exprimer par un mot latin.

3 La préférence que le quatrième comâle de Lalram donna à la Dn à une unité numérique sur l'onité générique fut Onorisée par l'idiome latin. ( Voyez Pétaa , t n , I. IV , c. 13 , p. 424.) Tpi«; semble donner l'idée de substance, et Trinitas celle de qualités.

(359 dèp. X,-C.)

PAR ED. GIBBON. CH. XXI

rîent. Albrfce (l'ai-gùmens et de négociations, ils embarrassèrent; étourdirent et trompèrent l'honnête franchise des évèque's latins, qui se laissèrent enlever le palladium de la foi, plus parruse et pair iniportunité que par' violence. Us n'obtinrent la permission de quitter le concile de Rimiiii qu'après avoir imprudemment signé une confession de foi captieuse , dans laquelle on inséra, en place de Vhomooution, quelques expressions susceptibles d'un sens d'hérésie. Selon' S. Jérôme, ce fut dans cette occasion' que l'univers s'étonna de se trouver arien'. Sfais les évéquc'sdcs provinces latines, à peine arrivés dans leurs diocèses , 8''apérçurent dé leur erreur, se repcnlîtirentde leur faiblesse et' désavouèrent avec horreur leur ignominieuse capitulation. L'homoouitoh, dont les fondemens n'avaient été qu'ébranlés, se trouva plus solidement établi que jamais dans toutes les églises de l'Occident *.

Tels furent |a naissance, les progrès et les révolutions dés disputes théologiques qui troublèrent la paix de la chrétienté sous les règnes de Constantin et dé ses fds. Mais comme ces princes prétendaient étendre leur despotisme sur les opinions comme sur la fortune et sur la vie de leurs sujets, le poids de leursuOrage entraînait souvent la balance ecclésiastique , et les prérogatives du roi du ciel étaient fixées , changées on modifiées dans le cabinet d'un roi de la terre.

Quoique le funeste esprit de discorde qui avait pénétre dans toutes les provinces de rOrient interrompit lé triomphé dé Constantin, l'empereur. vit d'abord l'objet de la dispute avec indifférence. Ignorant encore que les querelles théologiques fussent si diiOiciles à apaiser, il écrivît avec douceur aux deux antagonistes, Alexandre et Arius'; et il pa-

> Jngemuit totus orbis, et arianum se esse miratus est. ( HiéroD. , advers. Lucifer. , 1. 1 , p. 145. )

* Sulpîce Sévère ( ffist. Sacra , 1. ii, p. 419-130, edit. tugd. Bat. , 1647) raconte en style éloquent ITiisloire du concile de Rimini. On la trouve aussi dans le dialogue de saint Jérôme contre les Lucifériens. Le dessein de ce dernier est d'excuser la conduite des évêques latins qui se laissèrent tromper et s'en repentirent.

3 Euseb.yinnt. Const, 1. n, c. 64-72. Baronius est (tort ofTensé des principes de toléi^ce et d'indifférence religieuse contenus dans cette épttre ; Tillemont n'en est

' rait avoir plutôt siiivi dans sa lettré les maximes d'un pôRtique ou d'un soldat , que les principes ou les suggestions de' ses consieitlers ecclésiastiques. Constantin attribue l'o-^ rigine de cette controverse à une question subtile et' fMvole sur le sens incompréhensible d'une loi mystérieuse! 11 blâme également l'indiscrétion du prélat qui a fait cette question, et l'imprudence du prêtre qui' ar voulu la résoudre. 11 leur représente Sitgement que des chrétiens qui adorent le même Dieu, qui ont la même religion et la même doctrine, ne doivent pas se désunir pour de si pitoyables distinctions , et il recommande sérieusement au clergé d'Alexandrie l'exemple des philosophes de la Grèce, qui défendaient leurs opinions sans col^e et sans haine contre ceux qui ne les adoptaient pas. L'indifférence dédaigneuse du souverain an> rait peut-être an^aatfhr dispute, si l'enthott» siasilie du peuple se fût communiqué moins rapidement, ou si Constantin lui-même avait pu conserver cette froideur prudente an milieu du fanatisme et des fhctions. Mais ses ministres ecclésiastiques parvinrent à éveiller le zèle de leur prosélyte. Irrité des insultes faites à ses statues, alarmé d'un danger réel ou imaginaire, il perdit tout espoir de paix et de réunion du' moment où Q eurassseiiiblé le premier concile. La présence da monarque donnait une nouvelle importance aux débats ; son attention mtdtipliait les argumens, et sa patience animait l'oi^eilleuse obtination des deux partis. On a fort exalté l'éloquence et la sagacité de Constantin*. Cependant un général rémain, dont la religion était encore douteuse, et dont l'esprit n'était ni inspiré ni éclairé par l'étude, paratt peu propre à discuter, en langue grecque, une question métaphysique ou un article de foi. Mais le crédit d'Osius, son favori, qui parait avoir présidé au concile de Nicée, pouvait disposer Constantin en faveur du parti orthodoxe, et l'animer contre les hérétiques, en lui faisant observer adroitement que ce même Eusèbe de Nicomédie, qui se

pas moins scandalisé. Hs supposent que l'empereur avait autour de lUi quelque consdller pervers , ou Satan , ou Eusèbe. ( Voyez les Remarques de Jortin , t. ii , p. 183. ) t Eusébius, ùi Fit. Const , I. m , c. c. 15.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(359 dep. J.-C.)

déclarait alors leur protecteur, avait précédeinoieQt favorisé l'usurpateur durant la guerre civile*. Constantin ratifia le symbole de Nicée, et réduisit les opposans au silence, en déclarant que ceux qui résisteraient au jugement divin du concile pouvaient se préparer à l'exil. Dé dix-sept évéques qui protestaient, le nombre fut immédiatement réduit à deux. Eusèbe de Gésarée se laissa vaincre et donna un consentement équivoque à ï'honio- «ttiion*^ et«nfin la conduite faible et incertaine d'Eusèbe' de Nicomédie ne senit qu'à retarder d'environ trois mois sa disgrâce et son exiP. On bannit Arius dans le fond de rillyrie, et ses disciples furent flétris par la loi, sous la dénomination odieuse de Porphyriens.On brûla publiquement ses écrits, et il fut défendu, sous peine de la vie, d'en conserver aucun. Enfin l'eofiperenr, se livrant à l'animosité de la contro*rorse , tâcha , par des édits pleins de sarcasmes et d'invectives, d'inspirer au peuple la haine qu'il ressentait sansidoute contre les ennemis du Christ*.

Mais, soit que Constantin eût sévi plus par colère que par principe , ou qu'il se fût laissé gagner par les sollicitations de celle de ses sœurs qu'il aimait .le plus et qui protégeait secrètement la secte proscrite, trois ans après le concile deJNicée il rappela les exilés, et Eusèbe de Nicomédie, reprenant bientôt son «scendant sur l'esprit de Constantin , (iit remis en possession de son évéché. Arius luimême reçut à la cour les honneurs et les respects dûs à l'innocence opprimée. Le synode

' TbéodoKt (L I , e. 29) a conservé une lettre de Constantin au peuple de Nicomédie dans laqudle le monarque se déclare publiquement l'accusateur d'un de ses sujets. Il appelle Eusèbe i thc tufatiiK»^ «/uotiitoc rv/t- /*uf»t, et se plaint de sa conduite hostile pendant la -gnerre civile.

2 Voyez dans Socrate (1. i , e. 8 ) , on plutM dans Théoderel (L*! , c. 12) , une lettre originale d'Eusèbe de Césarée , dans laqudle il tâche de se justiSer d'avoir acquiescé à Yhomoouswn. La façon de penser d'Eusèbe a toujours été très-problématique ; mais ceux qui ont lu la seconde Lettre critique de Le Clerc (Jn Critica, t. m, 4>. 30-69) doivent avoir fbrt mauvaise opinion de l'orthodoxie et de la sincérité de l'évêque de Césarée.

3Alhanase, l.i, p. 727; Philostorg. , L i,c. 10;et les Commentaires deGodefroy, p. 41.

* Socrale, 1. i , c. 9. Dans les Lettres circulaires qu'il adressa aux différentes villes , Constantin employa contre les héiétiques les armes du ridicule et de la raillerie.

de Jérusalem af^rouva sa doctrine, et l'empereur parut empressé de réparer son injustice en le faisant admettre , par un ordre absolu , à la communion publique dans la cathédrale de Constantinople. Arius mourut le jour même où il devait jouir de son triomphe. Les étonnantesethorribles circonstances de sa mort ont donné à penser que les saints orthodoxes avaient contribué plus immédiatement que par des prières à délivrer l'église du plus formidable de ses ennemis'. D'après différentes accusations , Athanase d'Alexandrie, Ettstached'Antioche et Paul de Constantinople, principaux chefs du parti catholique, furent jugés et déposés sur les sentences de plusieurs conciles. ^Constantin les relégua dans les provinces les, plus éloignées de sa cour, et dans ses derniers momens , il reçut le sacrement de baptême des mains de l'évêque arien de Nicomédie. On ne peut pas justifier le gouvernement ecclésiastique de Constantin du reproche de faiblesse et" de légèreté; mais le monarque crédule et peu an fait des stratagèmes de l'esprit de parti peut s'être laissé séduire par les protestations modestes et trompeuses des hérétiques, dont il ne comprit jamais parfaitement les opinions. Tout en protégeant Arius et persécntanl Athanase, il n'en regardait pas moins le concile de Nicée comme le rempart de la foi chrétienne et la gloire particulière ^de son règne*.

Les fils de Constantin ont sansdoote été admis dès leur enfance au nombre des catéchumènes; mais ils différèrent leur baptême

' Nous avons lire l'histoire originale d'Athanase , 1. 1 , p.670. Il laisse apercevoir un peu de répugnance à ridk»- ' liser la mémoire des morts. Il est possible qu'il ait exagéré; mais la correspondance continuéQe entre Alexandrie et Constantinople ne lui aurait pas permis d'invento*. Ccax qui croient au rédl littéral de la mort d'Arius , et que ses boyaux lui sortirent du corps lorsqu'il était sur une fbsse de commodité , n'ont d'autre alternative que cdle du miracle ou du poison.

2 On peut suivre le diangement graduel des smtimais de Constantin dans Eusèbe (fit. ConstcuU. , 1. m , e. 23;l.iy, c. 41) ; dans Socrate (I. i , c. 23-39) ; SozDmène (l.'n, c 16-34) ; Tbeodoret , (I. i, c.;i4-34); et Philosiorge (I. n, c. l-17i). Mais le premierde ces écrivains était trop près de la scène de l'action , et les autres en étalait trop doignés. Il est assez extraordinaire que la continuation de l'histoire de l'église ait été abandonnée à deux laïques et à un hérétique.

(369 dep. J.-C.)

PAR ÉD. GIBBON. CH. XXI

à Texemple de leur père, et prétendirent prononcer, comme lui, leur jugement sur des mystères dans lesquels ils n'avaient été que très-imparfaitement initiés'. Le sentiment de Constance, qui hérita des provinces de l'Orient, et qui réunit enfin tout l'empire sous un seul maître, décida, en quelque façon , du sort des trinitaires. Le prêtre ou évéqne arien qui lui remit le testament secret de Constantin profita de cette occasion pour s'introduire dans la familiarité d'un prince dontles'domestiques favoris dirigeaient les conseils. Les eunuques et les esclaves répandaient le poison spirituel dans le palais ; les femmes de l'impératrice le communiquaient aux gardes, et l'empereur le recevait de l'impératrice elle-même". Le penchant que Constance avait toujours eu pour la faction d'Eusèbe fiit cultivé avec succès par l'habileté des chefs de ce parti ; et la victoire que l'empereur remporta sur Magnence lui donna de nouveaux moyens de protéger efficacement l'arianisme. Tandis que les deux armées combattaient dans la plaine de Mnrsa , et que le sort des rivaux dépendait encore de la victoire, le fils de Constantin, prosterné au pied des autels dans l'église des Martyrs, était en proie aux plus vives inquiétudes. Son consolateur spirituel , Valens, évêque arien du diocèse, prenait desprécautionspour s'assurer sa faveur, en lui annonçant le premier son triomphe, ou en lui ménageant les moyens de fuir s'il était vaincu. Une chaîne secrète de messager» agiles etsûrs lui rendait compte à chaque instant des vicissitudes du combat ; et, tandis que l'empereur tremblait au milieu de ses pâles et mornes courtisans, l'évéque lui apprit, d'un ton de prophète , que les légions de la Gaule étaient vaincues, et qu'un ange lui avait révélé ce glorieux événement. Le monarque reconnaissant attribua le succès de la journée et la miraculeuse pro-

* Quia etiamtum catechumenus sacramentum fidei merito videretur potidsse nescire. GSuIpice Sévère , Bist. Saera, I. n, p. 410.)

^Socrate, 1. n,c. 2; SozomèDe,1.m,e. 18; Athanase, 1. 1 , p. 813-834. 11 remarque que les eunuques sont naturellenient les ennemis du Fils. Comparez les remarques de Jqrtin sur l'Hist. Ecdéstasl., (>ol. rr, p. 3), avee nue certaine généalogie dans Candide, c. 4 , et qui finit avec m des premiers compagnons d« Chrisloplie Colomb.

tection du ciel à l'intercession du pieux évêque de Mursa*. Les Ariens , qui partageaient la victoire de Constance, préférèrent sa gloire à celle de son père*. Cyrille , évêque de Jérusalem , donna immédiatement après la bataille, la description d'une croix céleste environnée d'un brillant arc-en-ciel. Il prétendit qu'an jour de la Pentecôte , environ à la troisième heure, cette croix avait paru audessus du mont des Olives , à la grande édification des pèlerins et du peuple de la sainte cité '. On augmenta peu àpeu l'étendue de ce météore. L'évéque arien affirma hardiment que les deux armées l'avaient aperçue des plaines de la Pannonie , et que l'usurpateur de la Gaule , qu'il traite à dessein d'idolâtre, avait pris la fuite devant ce signe favorable de la foi chrétienne*.

Lesentimentd'unjudicîMiK étranger, qui a considéré impartialement les progrès de la discorde civile et religieuse, mérite notre attention. Quelques lignes d'Ammien, qui servait dans les armées de Constantin , et qui avait étudié le caractère de l'empereur, nous instruiront plus que des pages d'invectives scolastiqnes. < Constance, dit l'écrivain, adéfl-

> guré par ses rêveries et ses superstitions

> la religion chrétienne , qui , en elle-même, » est claire et simple. Au lieu d'employerson

> autorité à réconcilier les deux partis, il a

> encouragé et propagé par des disputes de » mots les différences ridicules qui excitaient

> sa curiosité. Les grands chemins étaient

• Svlpice Sévère, in Bist. Saera , L n, p. 405, 406. > Cyrille {ap. Baron. A. D. 353, n" 26) remarque que,

sous le règne de Constantin, la croix avait été trouvée dans les entrulles de la terre, mais qu'elle parut sous le règne de Constance au milieu des airs. Cette opposition prouve évidemment que Cyrille ignorait le miracle auquel OQ attribue la conversion de Constantin ; et cette igiwranceest d'autant plus surprenante, qu'il n'y avait qae douze ans que ce prince était mort lorsque Cyrille Ait sacré évêque de Jérusalem par le successeur immédiat d'Eusèbede Césarée. (Voyei TUleniont, Mém. Eoclés., L nn, p.7s5.)

3 U est possible que l'ingénuité de Cyrille ait ^ troupée par l'apparition d'un cercle solaire.

* Philostorge (I. m, c. 26) est suivi par l'auteur d« la Chronique d'Alexandrie , par Cedrenus et par ^lcépbore. ( Voyez Godefroy, Dissertât. , p. 188. ) Ils ne pouvaient pas refuser nn miracle, mCffle annoncé de la maifld'un ennemi.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

i.cpjostainmçot couverts d'une troupe d'évé- .> ques qui galopaient d'une province à une

» autre , pour se rendre à des assemblées .» qu'on appelle synodei , et ces orgueilleux ,1 prélats épuisaient l'établissement jdespos- .> tes par les courses rapides et multipliées .* /qu'ils fai^ieni, pour réduire toute la secte à

> lejar, opinion part^culière'.iLaçonnaissançe .jque nous avons des. transactions ecclésiasti- .ques du règne de Constâutin fournirait .un .ample commentaire à cet extrait, et justifie- ,rait l'inquiétude du graiidAtbanase. c II craignait, disait-il, que l'activité turbulente du dergé, au lien de découvrir la yérité de lafpi dans le^rs courses, n'y rencontrât le rire et le mépris des infidèles *.t Dès que l'empereur se vit 4^yré des terreurs d'une guerre civile, il occupa son loisir dans ses quartiers d'Arles, de MUiua, de Sirmium, et de Constantinople,

.aux travaux, ou plutôt aux passe-tomps de la ./controverse. Le glaive du magistrat, et souvent du tyran appuya les argumens du théo- .logien. Après sa condamnation des décpets du coQçile de Nicée, il fut généralement accusé d'ignorance et de. présomption '. Les eunu- . ques, les femmes et les évéques qui gouver- , liaient le faible Constance, lui avaient inspiré une aversion invincible pour l'Homoousion , . roa^s sa conscience timide redoutait l'impiété .d'^tius. On soupçonnait cet athée d'avoir, été l'ami de Gallus , et ce dernier crime ne paraissait pas le moins odieux i on l'accusait même d'avoir contribué, par des suggestions^ et des sophismes , à faire massacrer à Antio-^ cti&4es ministres impériaux. L'esprit de Constance, incapable de se laisser fixer par lafoi| ou modérer par la prudence , se précipitait aveuglément dans l'extrême opposé à celui

t Un passage si curienx mérite d'être transcrit. • Cbris- >. tianam religionem absolulam et simplicem , anili su- » perstitione «oofUndens ; in qua scrutenda perplexius, >.quam componeiida granus excitaret dissidia plurima; » quae progressa fUsius aluit concertatione verborum , ut ». catervis antistitum jiunentis publicis ultro citroque dis-

> currentibus, per synodos, quas appellaot, dam rilum; » onmem ad suum trahere conaptur ( Valesius lit cona-i » tur) rei TefaiculariiB conciderel nervos. • ( Ammioi,' 1X1,16.) !

2 Athanase,!. i,p. 870.

3 Socrate, I. d, c. 35-47 ; Sozomèiw, I. nr, c. 12-30 ;. Théodoret, I. ii, c., K-^i Philostoige, \.pi, e. 4-12 ;l L?,«. 1-4 ;Ii VI, c. 1-5.

.(3J9dep.J.-C.)

qui l'épouvantait. Il embrassait et condamnait successivement les mêmes opinions; tantôt il exilait , et tantôt il rappelait les chefs des factions ariennes et semi-ariennes' ; durant la saison desafiaireset des fêles publiques, il passait les jours et même les nuits à choisir des mots et à peser des syllabes pour en composer les articles incertains de sa foi, qu'il méditait jusque dans son sommeil , et l'on recevait ses songes extra vagans comme des visions célestes. Constance acceptaitavec complaisance le titre d'évêque des évéques, dont les ecclésiastiques, qui oubliaient leur devoir en faveur de leur intérêt , amusaient sa ridicule vanité. Le projet d^établir une uniformité de doctrine , pour laquelle il assembla tant de conciles dans les Gaules, dans l'Italie , dans l'Asie et dans l'Ulyrie , fut déconcerté par sa propre inconstance , par les dissensions des Ariens , et par ^la résistance des catholiques. 11 résolut enfin de faire un dernier effort pour fixer impérieusement les articles de foi par la décision d'un concile général. Le tremblement de terre deJ^icomédie, la difficulté de trouver un lieu convenable , et 'peut-être des motifs secrets de politique , firent changer les arrangemens. Les évéques de l'Orient reçurent ordre de s'assembler à Séleucieenisaurie, çt ceux de l'Occident tinrent leurs séances à Rimini, sur la côte de la mer Adriatique. Au lieu de ne demander à chaque province que deux ou trois députés , l'empereur convoqua le corps entier des évéques. Après quatre jours de débats violons, le concile d'Orient se sépara sans rien décider. Celui d'Occident continua pendant sept mois, taurus, préfet du prétoire, avait ordre de ne laisser partir les prélats que quand ils auraient unanimement adopté la même opinion; il était autorisé à exiler quinze des plus indoc'iles, et avait la promesse du consulat , en cas qu'il fît réussir cette entreprise. Ses sollicitations et ses menaces , l'autorité du souverain, les sophismes de Valens etd'Ur-

* Sozomène, 1. ir, c. 23; 4than.,t. i,p. SSl.Tillemont (Mém. Ecdéâast., t. fn , p. 947) a rassemblé, des traités détacbés de Lucifer de Cagliari , difTérens traits do fanatisme de Constance Le seul titre de ces traita inspire le zèle et la terreur. {MorUndum pro Dei FUio; Pe regibus apostatieis; De noncoweniendo cum hare~ tico ; De noiiparcendo in Deum delinq^enU^its.)

(359dep. J,-C.)

.sace, le malaise, le froid crainte de Texil, arrachèrent cnûn le consenteineat des évêques de Rimini. Les députés de rOrientét de l'Qccident se rendirent à Constautinople, dans le palais de l'empereur, et il eut la satisfaction de donner à l'univers une profession de foi qui établissait la ressemblance sans exprimer la consubsiantialiié d,u fils de Pieu'. Mais le triomphe de l'arianisme avait été précédé de la démission du clergé orthodoxe , qu'on ne put ni corrompre ni in- .timider; et la persécution injuste et inutile du gran,d jLlhanase déshonora le rc^ne de Constance.

On a rarement l'occasion de remarquer, soit dans la vie active, soit dans la vie spéculative, les ejîets que le génie d'un seul homme peut produire, et les obstacles qu'il est capable de surmonter quand il s'applique invariablement à un seul objet. Le nom immortel d'Athanase* sera toujours étroitement lié à la doctrine catholique de la trinité , à la, défense de laquelle il consacra tous les momens de sa vie et toutes les facultés de son être. Élevé dans la famille d'Alexandre , il s'était vigoureusement opposé à , l'hérésie arienne dès ses commencemens. Il avait rempli, pendant la vieillesse de ce prélat, les fonctions de son secrétaire, et les vertus naissantes du jeune diacre; frappèrent les pères du concile de J(icée de surprise et de respect. Dans les momens de danger, les réclamations de l'âge et du rang sont quelquefois . réduites au silence; et, cinq mois après son retour de Nicée, le diacre Athanase obtint . le siège archiépiscopal d'Alexandrie, n l'occupa pendantquarante-six ans; et cette longue administration se passa en combats contre l'arianisme. Banni six fois de son gouvernement , il consuma

1 Sulpioe Sévère, mat. Sacra, I. n , p. 418430. Les bistoriens gréés étaieDt fort mal instruits des aflUres de l'Occideiit.

2 Nous pouvons regretter que Grégoire de Naziance ait composé le panégyri(|ue et non pas la vie d'Atlianase; mais nons pouvons tirer des matériaux aultaentiqnes de ses propres Epltres et de ses Apologies (L i, p. 670-951.) JeD'imileraipas l'exemple de Socrale (L n,c.l),({ui publia la première édition de son Histoire sans consulter lies écriu d' Athanase. Cependant Socrate , Sozomène et le savant Théodqret , lient la Vie d' Athanase i l'Hist. Eodés. L'activité de tillemont (t. toi) et des éditeurs bénédictins a conservé tous les Taits et examiné toutes les difBcultés.

PAR ED. GIBBON. CH. XXI. 477

la faim , et la vingt ans de. sa vie dans l'exil .et dans les dan-

gers; et presque toutes les provinces de l'empire furent successivement témoins de son mérite et des persécutions que lui attira son vif et respectueux attachement pour VHombousion. Il faisait dé sa défense le plaisir et l'aifaire de sa vie ; il croyait que son devoir l'y obligeait, et que ça gloire en dépendait. Assailli par la persécution ,. 1 évêque d'Alexandrie se montra patient dans ses travaux, jaloux de sa réputation, et indpTérent pour les dangers; et, quoiqu'il ne fût, pas tout-à-fait exempt d'enthousiasme , .Athanase déploya une grandeur d'âme et des talens supérieurs qui le rendaient plus digne que les fils dégénérés de Constantin de gouverner une grande 'monai*çIiié. .Eusèbe de.Césarée avait une érudition plus profonde et plus étendue ; Basile et Çrcgoire le surpassaient en éloquence; mais lorsqu'Athanase était appelé à défendre sa condtiite ou ses sentimens , il écrivait et parlait , sans préparation , avec une véhémence et 'une clarté qui entraînaient la persuasion. L'église orthodoxe l'a toujours considéré comme un dé ses plus sages professeurs de théologie , et il avait la réputation d'être versé dans deux sciences profanes moins convenables à lin prélat ; dans la jurisprudence' et dans la divination*. Ses partisans attribuèrent à l'inspiration divine , et ses ennemis imputèreiità une magie infernale, quelques conjectures justes qu'il fit sur l'avenir, et dont, en raisonnant avec impartialité, on aurait dû faire honneur à l'expérience et au jugement d' Athanase.

Mais comme le primat d'Egypte avait continuellement à combattre lès passions et les préjugés des hommes de tous les états , depuis le moine jusqu'à l'empereur, la connaissance du cœur humain fut sa première étude et la plus importante de ses acquisitions. Au

* Sulpice Sévère (ffist. Saera, 1. n, p. 396) l'appelle un cbicaneur, un Jurisconsulte. Ou ne découvre ce caractère ni dans la vie ni dans les écrits d'Athanase.

2 Dicebatur enim fatidicanun sorttutn fidem , quàve augarales portenderent otites scientissimè callens allquoUes prcedixisse futura. (Amnilen, xv, 7. ') Sozdmène raconte une prophétie , ou phltdt une plaisanterie' (I. IV, c. 10) qui prouve évidemment, si les eorbeaux parlent latin, qu'Atbamsé vomprenaUte langage des corb<

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(359 dep. J.-C.)

milieu des troubles et des embarras, il suivait ses vues avec la même présence d'esprit, ou ne manquait jamais de saisir ces momens décisifs dont les génies médiocres ne sentent le prix que quand ils les ont irrévocablement perdus. L'archevêque d'Alexandrie savait distinguer quand U fallait commander ou quand il fallait séduire; combien de temps il pouvait combattre l'autorité , et quand il était prudent de fuir sa colère. Tout en dirigeant les foudres de l'église contre l'hérésie, il conservait au milieu de son parti la douceur et le sang-froid d'un pasteurprudent et paisible. L'élection d'Athanase n'a point échappé aux reproches de précipitation et d'irrégularité*; mais la décence et la pureté de sa conduite le rendirent cher au peuple et au clei^é. Leshabitans d'Alexandri^vouIaient prendre les armes pour la défense de leur éloquent et généreux prélat. L'attachement invariable de son clei^é lui servit de consolation dans ses malheurs, et les cent évéques de l'Egypte défendirent toujours sa cause avec intrépidité. Avec la suite modeste et l'humble extérieur que recommandaient également la politique et la vanité , Athanase visitait souvent son diocèse , depuis les bouches du Nil jusqu'aux confins de l'Ethiopie : il conversait familièrement avec les derniers du peuple, et saluait avec humilité les ermites et les saints du désert*, et ce n'était pas seulement dans les assemblées ecclésiastiques, on parmi ses égaux , qu' Athanase déployait les ressources de son génie; il se présentait dans la cour des princes avec une aisance respectueuse; et dans les vicissitudes de sa bonne et de sa mauvaise fortune , il ne perdit jamais ni la confiance de ses amis, ni l'estime de ses adversaires.

< Dans les condles tenus reUtivement à AUunase, on attaqua l'irr^iularité de son ordination. (Voyez Ptailostorge, 1. Il, c. 11 ; et Godeflro; , p. 71.) Mais on ne peut £Uire supposer que l'assemblée des éveques de l'Egypte ail attesté solenndlemait une fausseté reeonnue.(ÂUiaii., 1.1, p. 726.)

3 Voyez lliiatoire des Pères du Désert, publiée par ftoswelde, et TiHemont, ( Mém. Eodésiast. , t. vn dans les Vies d'Antoine, de Pacôme, etc.) Athanase lui-même, qui ne dédaigna pas d'écrire la vie de son ami Antoine, a goigneusement observé que ce saint moine avait souvent annoncé et déploré les désord>'es de l'hérésie arienne.

Dans sa jeunesse,' le primat d'Egypte résista au grand Constantin , qui lui avait or^ donné plusieurs fois d'admettre Arius à la communion catholique '. L'empereur respecta l'inflexible opposition d'Athanase , et la lui aurait peut-être pardonnée; mais la faction qui le regardait comme son plus formidable ennemi, se voyant forcée à dissimuler,sa haine, prépara de loiu une attaqae odieuse. Ils répandirent des soupçons et des bruits calomnieux ; on représenta l'archevêque comme un tyran domestique et barbare; on l'accusa d'avoir violé le traité conclu dans le concile de Nicée avec les disciples schismatiques de Hélèce *. Athanase désapprouvait ouvertement cette paix ignominieuse; et l'empereur se laissa persuader que le primat abusait de son autorité civile et ecclésiastique, pour persécuter des sectaires qui lui étaient odieux ; qu'il avait brisé d'une main sacrilège un calice dans une de leurs églises de Harseotis; qu'il avait fait fouetter ou mettre en prison six de leurs évéques; et que, dans l'excès de sa fureur, il avait assassiné ou mutilé Arsène, prélat da même parti '. Ces accusations attaquaient l'honneur et la vie d'Athanase ; Constance les remit à son frère Dalmatius le censeur, qui se rendait à Antioche. On assembla successivement des synodes à Tyr et à Césarée , et les évéques de l'Orient eurent ordre de juger le primat avant de procéder à la consécration de la nouvelle église de la Résurrection

< Constantin , dans les commeneanens , menaça de paroles; mais, dans ses lettres, il avait recours i la prière Ktu atypacDc /in wrtixu, ).paeii> fi, »f lî. InsensStleiiMnt elles prirent le ton menaçant. Mais, en même temps qu'il exigôdt que l'église IQt ouverte à tous , il évitait de spédfler le nom odieux d'Anus. Athanase remarqua habilement toutes ces nuances (L i, p. 788), et dies loi fournirent qudques moyens d'excuse et de délaL

2 Les Mélélims d'Egypte , de même que les Donalisles d'Afrique, prirent naissance dans une qnerdie épiseopale, produite par l'esprit de persécution. Je n'ai pas leloistr de suivre une controverse obscnre, qui semble avoir été déflgurée par la partialité d'Athanase et l'ignorance d'Épiphane. (Voyez l'Hist. génâale de l'Église , par Moshein, vol. I, p. 201.)

1 Sozoméne (I. n, c. 25) déiaflle la manière dont les «X évéques ftirent traités. Mais Athanase, si diCTus sur le sqjet d'Arsène et du calice , ne bit pas la moindre répoBse à cette grave accusation.

PAR ED. GIBBON. CH. XXI

(359 dep. J.-C.)

à Jérusalem. Alhanase pouvait bien être sûr de sa propre innocence ; mais il ne comptait pas sur l'équité de ses juges. Persuadé que la haine qui avait dicté l'accusation dicterait aussi les procédures et la sentence, il déclina prudemment le tribunal de ses ennemis, méprisa tes ajournemens du synode de Césarée, et se soumit enGn , après de longs délais, à l'ordre absolu de l'empereur, qui menaçait de punir sa désobéissance s'il refusait de comparaître devant le concile de Tyr'. Athanase , avant de quitter Alexandrie , à la tête de cinquante prélats d'Egypte, s'était sagement assuré le secours des Mélétiens, et Arsène lu'wméme, victime imaginaire et ami du primat, l'accompagnait secrètement. Eusèbe de Césarée présidait au concile de Tyr, et se conduisait avec une irrégularité violente, qu'on n'aurait point attendue de son génie et de son expérience. Sa faction nombreuse faisait retentir la salle des noms d'homicide et de tyran, et les clameurs étaient encouragées par la patience dAthanase, qui attendait en silence le moment de présenter Arsène à l'assemblée. Il ne pouvait pas répondre d'une manière si évidente et si victorieuse aux autres accusations; cependant l'archevêque étAt en état de prouver que, dans le village où on l'accusait d'avoir brisé un calice , il n'avait jamais existé ni église, ni autel, ni calice. Les Ariens, résolus de trouver leur ennemi coupable et de le condamner, déguisèrent cependant leur injustice sous une apparence de formalités judiciaires. Le synode chargea six évêques de faire des informations sur les lieux; et celte démarche, à laquelle les ^véqnes d'Egypte s'opposèrent, ouvrit de nouvelles scènes de violence et de calomnie •. Lorsque les députés furent revenus d'Alexandrie, la majorité du concile prononça contre Athanase une sentence définitive d'exil et de dégradation. Après avoir

iAlhan.,t.i,p.788;Socrate,l.i, c. 28;Soioiii«ne, 1. n, c. 25. L'empereur, dans sa lettre de conTocatton ( Eitseb. , in VU. Contant. , l. nr , c. 42) semble préjuger quelques membres du clergé; et il était plus que probable que les éTtques du synode appliqueraienl ces reproches à Atbanase.

» Voyez particulièrement la seconde apologie d' Alhanase , 1. 1, p. 769-808 ; et ses Épltres aux Moine», p. 808-

dicté un décret plein de fiel, de fureur et de perfidie, qu'ils présentèrent à l'empereur, et qu'ils publièrent dans l'église catholique , les prélats reprirent le maintien dévot qui convenait au pèlerinage du Saint-Sépulcre '.

Mais Athanase, loin de se soumettre à l'injustice de ses juges, ne parut pas même devant eux, et, sans attendre qu'ils prononçassent leur sentence, l'intrépide primat, résolu d'essayer si le trône était accessible à la vérité , se jeta dans une barque prête à partir pour la ville impériale. Craignant que l'empereur ne refusât ou n'éludât une audience s'il la lui demandait, il tint son arrivée secrète, et, guettant Constantin au moment où il rentrait à chevardans la' ville, Farchevêque se présenta devant lui dans une des mes de Constantinople. Le souverain , surpris et irrité de cette étrange apparition , donna ordre à ses gardes d'éloigner l'importun. Mais un respect involontaire arrêta son ressentiment , et sa fierté céda au courage du suppliant, qui réclamait sa justice '. Constantin écouta les plaintes d' Athanase avec l'air de l'attention et de rindulgence : il fit sommer les juges de lui rendre compte de leurs procédés ; et la faction dTusèbe aurait eu le dessous sans le secours d'une nouvelle calomnie qui chargeait le primat d'un crime odieux. On l'accusa d'avoir retenu à Alexandrie la flotte chargée de grains pour Tapprovisionnement de Constantinople ''. L'empereur jugea qu'il était prudent d'assurer la paix de l'Egypte par l'absence d'un chef factieux; mais il refusa de nommer à son archevêché;

> Emeh., in Ht. Constant. , 1. nr, c 41-47.

2 Atbanase, 1. 1, p. 804. Dans un^ ^église dédiée à saint Atlianase , le tableau de cette droonstance de sa vie aurait été plus intér^sant que la plupart des miracles «t des martyres,

3 Athanase, 1. 1 , p. 729 ; Eunape ( in Fît. Sophù-t. , p. 36, 37 , édiL Commdin ) a raconté un singulier trait de la crédulité et de la cruauté de Constantin dans une drconstance semblable. L'éloquent Sopater , philosophe syrien , était aimé de l'empereur ; mais il eut le malheur de déplaire à Abluvius, préfet du prétoire. La flotte chargée de grains fut retenue par des vents contraires , et le . peuple de Constantinople murmura. Sopater eut la tête tranchée , pour avoir , disait la sentence , arrêté les vents par une puissance magique. Suidas ajoute que Constantin voulait prouvoT , par cette exécution , qn'fl avait abiolument renoncé i la superstition des gentils.

DECADENCE DE

et lorsque, après avoir h^sîtc long-temps', ii conGrina sa sentence, ce fut plutôt un ostracisme jaloux qu'un exi) ignominieux. Athànase fut relégué pendant vingt-huit mois dans les Gaules ; mais il passa ce temps à la cour de Trêves. La mort dé Constantin changea là face des affaires. L'indulgence d'un nouveau règne rétablit Atbanase sur son siège archiépiscopal, et le jeune Constantin reconnut par un édit le mérite et l'innocence de son vénérable protégé '.

La mort de ce prince exposa de nouveau le primat d'Egypte â la persécution ; et le faible Constance, souverain de l'Orient, devint bientôt le complice secret du parti d'Eusèbe. Quatre-vingt-dix évéques de cette faction s'assemblèrent à Antioche, sous le prétexte spécieux de dédier la cathédrale. Ils composèrent une profession de foi en tern)es obscurs, mêlés d'une teinte de semi-arianisme, et vingt-cinq canons qui servent encore de règle à la discipline des Grecs orthodoxes *. On décida , avec une apparence d'équité, qu'un évêque dépossédé par un synode ne pouvait être remis en possession de son évêché que par un second synode composé du même nombre d'ecclésiastiques ; et on appliqua immédiatement cette loi à la cause d'Athanase. Le concile d'Antioché prononça ou plutôt confirma' sa dégradation : lin étranger, nommé Grégoire, prit possession de son archevêché; et Philagrius, préfet d'Egypte', eut ordre de soutenir l'autorité' du nouveau primat de toute la puissance civile et militaire de la province. Victime de la conspiration des prélats de l'Asie, Atba-

I En revenant, il vit deux fois Constance i Viminiacum et à Césarée en Cappadoce. ( Âthanase , 1. 1 , p. 676.) TiUemoDt prétend que Constantin le présenta à ses deux tttTe» dans la Pannonie. (Mém. Ecoles., t. nii , p. 69.) ' î Voyez Beveridge , Pandect. , 1. 1 , p. 429-452 , et t. If, notes, p.. 182; Tilleoiont , Mém. Ecclésiast., t. ti, p. 310-324.) Saint Hilaire de Poitiers a parlé de ce synode d'Antioché d'une manière beaucoup trop favorable et trop respectueuse. .

3 Gr^oire de Nazianze dit un grand éloge (t. i, OreU., 21 , p. p. 390 , 391 ) de ce magistrat si odieux à Athanase:

Saepc premcale dco fcrt deni aller opoB.

• J'aime i trouver , pour l'honneur du genre humain, quelques bonnes qualités chez les hommes que la faction opposée représentait comme des tyrans et des monstres, •

L'EMPIRE ROMAIN, (359 dep. J.-C.)

nase se retira d'Alexahdrie , et siiljit un exil de trois ans ', durant lequel il Gt assidûment sa cour au primat de Rome. Par son ardente assiduité à s'instruire dans la langue latine, il se mit bientôt en état de négocier avec lé clei^é d'Occident». L'orgueilleux Jules se laissa séduire par ses louanges, et diriger par ses conseils. Athanase persuada au pontife romain que la gloire de son siège était intéressée à recevoir son appel. Son innocence fut linauimement reconnue dans un concile composé de cinquante évéques d'Italie. Au bout de trois ans, le primat fugitif revint à Milan, à la sollicitation de Constans, qui conservait au milieu de ses dérèglemens un zèle sincère pour la foj orthodoxe. L'or vint à l'appui de l'équité', et les ministres de Constans conseillèrent à leur souverain de convoquer une assemblée ecclésiastique qui pût agir comme représentant de l'égÛse catholique. Quatre-vingt-quatorze évéques (le l'Occident et soixante-seize dé l'Orient se trouvèrent ensemble à Sardica, sur les confins des deux empires, mais dans les états da protecteur d'Athanase. Leurs débats flreot bientôt place à des contestations particulières et à des injures personnelles. Les évéques d'Orient, se croyant en danger, cherchèrent précipitamment leur sûreté à Pbilippopolis

• Valesiùs (Observât. atTcalcerri, t. 2; Hist. Eedés., 1. 1, c. l-6)et Tillemoat (Mém. Ecdés. , t. tdo, p. 674, etc.) ont discuté les doutes chronoli^ques dont la résidence d'Athanase i Rome est obscurcie. J'ai suivi le sentiment de Valesiùs , qui n'admet qn'un seuT voyage après llntrusion de Grégoire.

2 Je ne puis résister à l'envie de transaire une observation judicieuse de Weisten (Prole^omen. N. T., p. l») : «Si tamcn historiam ecdesiasticam velimusconsulere,

• patebit jam inde à seculo quarto , cùm , oiiis controvcr-

> siis , ecclesise Grsecix doctores in duas partes sciiid»>

• reniur , ingenio', eloquentiâ, numéro, tanlùm non

> sequales, eam partem qnx vincere cupicbat Romam

• confugisse , majestatemque pontiBcis comiter coloisse , » eoque pacto oppressis per pontiflcem et episcopos lati-

• UDsadversariisprxvaluisse, atque orthodoxiam in cond-

> liisstabilivisse. Eamobcausam, Athanasius, non dne I comilatn. Romam p^it , pluresque annos ibi hxsit.»

3 Philoslofge , 1. ni , c. 12. En supposant que le saint ait employé les moyens de séduction en faveur de la religion , l'avocat d'AlIûinase aurait pu justifier ou au moins excuser sa conduite par l'exemple de Caton et'de Sidney , dont le premier est accusé d'avoir doané , et l'autre d'avoir reçn de l'or pour défendre la liberté publique.

(369 dep. J.-C.)

dans la Thrace, et les deax conciles /ondroyèrent réciproquement leurs ennemis > qu'ils appelaient pieusement les «nnemis du vrai Dieu. Leurs décrets furent publiés et ratifiés dans leurs provinces respectives. Âthanase était en même temps révéré comme un saint dans l'Occident, et abhorré comme un scélérat dans TOrient '. Le concile de Sardica découvrit les premiers symptômes de schisme et de discorde entre lei églises grecque et latine. Une différence accidentelle dans leurs opinions religieuses , et la distinction permanente de leur langage les a séparées sans retour.

Durant son second exil en Occident , Athanase fit fréquemment sa cour à l'empereur dans les différentes villes de Capone, Hilan, Vérone, Padoue, Aquilée, et Trêves. L'évéque du diocèse raccompagnait ordinairement dans ces entrevues, et le grand-maître des offices restait toujours devant le voile ou rideau qui masquait l'appartement du souverain. Le primat donne ces témoins respectables pour garans de la circonspection avec laquelle il parlait de Constance *. La prudence devait suffire pour lui faire conserver le respect et la modération, qui conviennent à un sujet et à un ecclésiastique. Dans ces conversations familières avec le monarque de l'Occident, Anathasese bornait sans doute à déplorer l'aveuglement de Constance; mais ne ménageant ni les eunuques, ni les prélats ariens , qu'il accusait hardiment de la division de l'église et du danger auquel la foi catholique se trouvait exposée, il excitait Gonstans à imiter le zèle et à mériter la gloire de son père. L'empereur déclara qu'il était résolu à employer les forces militaires et les trésors de rÈurope à soutenir la foi orthodoxe, et fit savoir à son frère Constance , dans une lettre

* Le canon qui aemrde l'appd anx pontifes romains a presque élevé le synode de Sardica au rang des condies génà^ux , et OB a confondu , ou par adresse, ou par ignorance , ses actes avec ceux du condle de Nicée. ( Voyez TiDemont , t vm.'p. 789 ; et le Traité de Geddes , toL u, p. 419-460. )

> Comme Athanase répandait secrètement des invectives contre Constance , tandis qu'il l'assurait personnellement de son profond respect (voyez l'ÉpUre aux moines), nous pourrions raisonnablement nous défier des protestadonsde l'anAevéque (t. i, p. 837).

PAR ED. GIBBON. CH. XXL

hautaine, que s'il ne consentait pas à remettre immédiatement Athanase en possession de sa place etde ses droits, il irait Ini-méme, suivi d'une flotte et d'une armée, l'installer sur son siège archiépiscopal d'Alexandrie '« Hais la condescendance de Constance prévint cette guerre religieuse et dénaturée, et l'empereur d'Orient daigna faire des avances de réconciliation à un de ses sujets qu'il avait persécuté. Athanase reçut avec une noble fierté trois lettres consécutives de son souverain. Elles étaient remplies de protestations d'estime et d'assurances de protection, et l'invitaient à se rendre dans son archevêché. Constance ajoutait l'humiliante précaution de faire attester par ses ministres la sincérité de ses intentions ; il la manifesta , en outre, en faisant rappeler en Egypte tonsles amis et les adhérens d'Athanase; il leur rendit leurs places et leurs privilèges, et fit biffer des registres publics les procédures illégales de la faction d'Eusèbe. Après avoir obtenu toutes les sûretés et la satisfaction que la justice et l'honneur pouvaient désirer, l'archevêque traversa lentement les provinces de la Thrace, de l'Asie et de la Syrie, et reçut dans sa ^oute l'hommage perfide des évêques orientaux , qui excitaient son mépris sans obtenir sa confiance *. U vit à Antioche l'empereur Constance , et reçut les embrassemens de son maître avec une assurance modeste. Il éluda la proposition d'accorder ime église aux Ariens d'Alexandrie , en demandant une égale tolérance pour ceux de son parti, dans les autres villes de l'empire. Cette réponse aurait pu paraître juste et modérée dans la bouche d'un prinbe indépendant. L'entrée de l'archevêque dans sa capitale fut une procession triomphale. Son absence et ses malheurs l'avaient rendu cher aux ha-

<MMgré le aUenee d'Athanase el la fkimelé manifeMe de la lettre insérée par Socrate, ees menaces se tronveot constatées par le témoignage de Lucifer de CagUari et de Constance lui-même. (Voyez TUIemont , t. vm , p. 003. )

2 J'ai toujours eu des doutes sur la rétractation d'Drsaee et de Vaiens. ( Athanas. , t r, p. 776.) Leurs épltres à J.ilius, évéque de Rome, et à Atham»e, ont une tournure ef un style sidifférens, qu'dles ne peuvent sortir delà mtme source ; l'une parle le langage de criminels qui confessent leur crime d leur inbmie, et l'autre cdni d'ennemis qui demandent i se réeondliersousdes conditions honorables.

biuns d'Alexandrie. L'autorité qu'il exerçait avec rigueur se trouva plus solidement établie , et sa gloire, se répandit dans tout le monde chrétien, depuis la Bretagne jusque dans l'Ethiopie '.

Mais le sujet qui force son souverain à dissimuler ne doit pas compter sur une réconciliation sincère ou durable. La mort tragique de Constans priva bientôt Athanase d'un protecteur puissant et généreux. La guerre civile entre l'assassin et le seul frère existant de Constans déchira pendant trois ans l'empire , et donna quelques instans de repos à l'église catholique. Les deux rivaux ménagèrent l'amitié d'un prélat qui , par son autorité personnelle , pouvait fixer la résolution incertaine d'une province importante. Il donna audience aux ambassadeurs de Hagnence, avec lequel on l'accusa depuis d'avoir conservé une correspondance secrète*; et Constance assura le vénérable Athanase, en l'appelant son père chéri, que tant qu'il gouvernerait l'empire, le primat d'Egypte n'aurait point à regretter la protection de Constans, et qu'il serait toujours son ami zélé, en dépit des envieux et des faux bruits débités par leurs ennemis communs'. La reconnaissance et l'humanité ^faisaient sans doute un devoir à l'archevêque d'abhorrer Magnence , l'assassin de son jeune et malheureux protecteur. Mais , comme Athanase était convaincu qu'il devait l'indulgence de Constance au danger de sa situation , peutêtre ne faisait-il pas des vœux bien ardens pour ses succès. Dès que la puissance de Constance fut solidement établie , il cessa de dissimuler; et, dans le quartier d'hiver qu'il passa dans la ville d'Arles après sa victoire , l'empereur déclara publiquement sa haine pour Athanase, et sa résolution de se venger*

t Les circonstances de ce second retour peuvent se tirer d'AUianase lui-même. (T. i, p. 769, 822, 843; Socrate, I. n, c. 18; Sozomen., I. in, c. 19; Théodore!, I. n, c. 11, 12; Pliiloslorge, 1. u, c 12.)

2 Athanase ( 1. 1, p. 677, 678 ) défend son innocence par des plaintes pathéliques,des assertions d des argumens spécKux. Il convient qu'on a forgé des lettres en son nom ; mais il demande qu'on questionne ses secrétaires et ceux du prince et que l'on constate si les uns les ont écrite^ et si les autres les ont reçues.

3 Athanase, 1. 1, p. 825-844.

* Athanase, 1. 1, p. 861 ; Théodoret, I. u, c 16. L'em-

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(350 dep. J.-C.)

d'un ennemi plus odieux que le rival qui venait de succomber.

Si le caprice du souverain 'eût exigé la mort du citoyen le plus illustre et le plus vertueux de la république, la violence ouverte de ses satellites , et la perfide complaisance des magistrats, se seraient empressées à l'envi de le satisfaire. Les précautions et les délais que la condamnation d'un évéque entraîna, les difficultés qu'éprouva son exécution , apprirent à l'univers que les privilèges de l'église ranimaient, dans le gouvernement romain , le sentiment de l'ordre et de la liberté. La sentence prononcée par le synode de Tyr, et souscrite par la majorité des évêques d'Orient, n'avait pas été formellement annulée, et l'autorité qu' Athanase exerçait dans son diocèse , quoique dégradé par ses confrères, pouvait être regardée comme illégale et même criminelle. Mais Constance voulut d'abord ôter au primat la ressource puissante qu'il avait trouvée dans l'attachement du clergé d'Occident , et s'assurer le consentement des évêques latins, avant de hasarder l'exécution de la sentence. Deux années se passèrent en négociations ecclésiastiques; la cause de l'empereur contre un de ses sujets fut solennellement débattue dans le synode d'Arles, et peu de temps après dans le concile de Milan * en présence de trois cents évêques. Leur probité se laissa séduire peu à peu par les argumens de la faction arienne, par les artifices des eunuques, et parles pressantes sollicitations d'un souverain qui sacrifiait sa dignité à sa vengeance. U eut recours à la corruption, in« dice infaillible de la liberté constitutionnelle; il répandit de l'or, paya le suffrage des évêques par des présens, des honneurs et des privilèges *, et fit adroitement regarder l'expul-

pereur annonçait qu'il avait plus à cœur de dompter Athanase, qu'il n'avait désiré de vaincre Magnence ou Sylvanus.

< Les écrivains'grecs ont raconté avec si peu de clarté ou de fidélité les alTaires du concile de Milan, que nous sommes fort heureux d'avoir pour ressource qudques lettres d'Eusëbe tirées de Baronius, des Archives de l'église des Verceli, et d'une ancienne Vie de Denys-Ie-Tyran , publiée par Bollandus. (Voyez Baronius, A. D. 3â5; et '111lemont, t. vn.p. 1415.)

2 Les honneurs, les préseos et les fêles qui séduisaient

(359 dep. J.-C.)

PAR ED. GIBBON. GH. XXI

sioB du primat comme le seul moyen de pacifier et de réunir l'église catholique. Les amis d'Athanase ne l'abandonnèrent pas.

Avec une véhémence que la sainteté de leur caractère rendait moins dangereuse , ils défendirent la cause de la justice et de la religion , dans les débats publics , et dans leurs conférences particulières avec l'empereur. Ils lui déclarèrent que ni l'espoir de sa faveur, ni la crainte de sa colère ne les feraient consentir à condamner un confrère absent , innocent et respectable '. Ils affirmèrent avec une apparence de raison que le décret illégal du concile de Tyr était annulé depuis longtemps par les édits de l'empereur lui-même, par la réinstallation honorable de Tarche- "véque d'Alexandrie, et par la rétractation ou le silence de ses plus bruyans adversaires. Ils alléguèrent que son innocence avait été unanimement attestée par tous les évéques de l'Egypte , et reconnue dans les conciles de Rome et de Sardica * par la sentence de l'église latine ; et ils déplorèrent la situation rigoureuse d'Athanase , qni , après avoir joui si long-temps de àa dignité , d'une grande réputation , et de la confiance apparente de son souverain, se trouvait exposé de nouveau à se justifier d'accusations fausses et extravagantes. Leurs raisons paraissaient justes, et leur conduite était respectable ; mais dans ce débat long et opiniâtre , qui fixait tous les yeux de l'empire sur un particulier, les deux factions ecclésiastiques qui défendaient ou accusaient le primat étaient réciproquement

tant de prélats sont dtés par les évéques dont la probité ou la ûërti n'avail point 'succombé à ces tentations. Nous combattons, disait Hilaire, évêque de Poitiers, contre Constance l'Anle-Christ, gui non dona ecedit, sed ventrem palpât. (Hilarius, contra Constant, c. t, p. 1240.)

> Ammien, qui n'avait qu'une connaissance très-superflcielle de l'histoire ecclésiastique, parie de celte opposition (XT, 7). « Liberius.... perseveranter renitebatur, nec > visum hominem, nec auditum damnare nefas ultimum » sxpe exclamans; aperte scilicet recalcitrans imperaioris .> arbitrio. Idenim ille Athanasio semper infestas, etc. • ' 2 Plus particulièrement par le parti orthodoxe du concile de Sardica. Si les érSques avaient donné de bonne foi leurs suffrages, la division se sérail trouvée de quatrevingt-quatorze à soixante-seize. M. de Tillemont ( t. vni, p. 1147-1158) est étonné avec raison qu'une si faible majorité ait procédé avec tant de vigueur contre ses adversaires, dont le principe hit immédiatement déposé.

disposées à sacrifier la justice et la vérité à leur principal objet. Les Ariens dissimulaient encore leur dessein et leurs véritables sentimens ; mais les évéques orthodoxes, soutenus de la faveur du peuple et du décret d'un concile général, insistèrent dans toutes les occasions, et particulièrement à Milan, sur la tache d'hérésie dont leurs adversaires devaient nécessairement se laver, avant d'être reçus à juger la conduite du grand Athanase '.

Mais la voix de la raison, en supposant qu'elle fût du côté d'Athanase , fut réduite au silence par les clameurs d'une majorité factieuse et vénale; et les conciles d'Arles et de Milan ne se séparèrent qu'après - avoir solennellement condamné et déposé l'archevêque d'Alexandrie par la double sentence du clergé d'Orient et de celui d'Occident. On requit les évéques opposans de la souscrire , et de s'unir en une seule communion religieuse avec les chefs suspects de leurs adversaires. Des messagers d'état portaient une formule de consentement aux évéques absens; et l'empereur, sous le prétexte d'exécuter les décrets de l'église catholique , bannissait immédiatement ceux qui refusaient de soumettre leur opinion particulière à la sagesse inspirée des conciles d'Arles et de Milan. Parmi le grand nombre de prélats qui furent exilés , on distingue particulièrement Liberius de Rome , Osius de Cordoue , Paulin de Trêves, Denys de Milan, Eusèbe des Vercelli, Lucifer de Gagliari, et Hilaire de Poitiers. Le rang distingué de Liberius qui gouvernait la capitale de l'empire , le mérite personnel et la longue expérience du vénérable Osius, l'ancien favori du grand Gonstantin , et le père de la foi de Nicée, plaçaient ces évéques à la tête de l'église latine, et leur exemple, soit de résistance ou de soumission, pouvait entraîner une foule de prélats. Mais toutes les tentatives de l'empereur pour séduire ou pour intimider les évéques de Rome et de Cordoue furent long-temps inutiles. L'espagnol déclara qu'il était prêt à souffrir sous Constance ce qu'il avait éprouvé soixante ans avant sous son grand-père Maxi-

< Sulp. Severus, in ffist. Sacra, ). u, p. 412.

miea. Le Romain défendit avec chaleur, en présence de son soaverain, l'innocence d'Âthanase, et la liberté de sa propre conscience. Lorsqu'on l'exila à Bsera, dans la Tfarace, il renvoya une somme considérable d'argent, qui lui avait été donnée pour fournir aux besoins de son voyage, et se permit d'insulter la cour de Milan, en observant que l'empereur et ses eunuques pourraient avoir besoin de cet or pour acheter des soldats ou des évéques *. La fermeté d'Osius et de Liberius ne tint cependant pas contre la gène et les incommodités de leur exil. Le pontife romain adieta son retour par des concessions criminelles, dont il eut un juste repentir. On employa successivement la persuasion et la violence pour arracher la signature de l'évéque de Gordoue, vieillard centenaire, dont les forces étaient épuisées, et dont le grand âge avait probablement affaibli les forces intellectuelles. Quelques membres de Téglise orthodoxe, irrités du triomphe insultant des Ariens, ont jugé trop sévèrement un vieillard respectable qui s'était montré précédemment le plus ferme appui de l'égUse*.

La faiUesse de Liberius et d'Osius donna du prix à la résistance des évéques qui restant fidèles à la cause d'Athanase et de leur conscience. En les éloignant les uns des autres, les eunuques avaient eu soin de les j^cer dans les cantons les plus sauvages de l'empire*. Ils éprouvèrent bientôt que les déserts de Libye et de Cappadoce offraient un séjour plus tranqniUe et moins dangereux

DECADENCE D^ L'EMPIRE RŒSAIN,

(3S9 dep. J.-C.)

I AiniBieo (XV, 7) parle de l'exil de liberina. (Voyez TModofei, I. n, c|16; Attiuiaae, L i, p. 834-837; HUain, f>«Wm«iit., I.)

t luiemont (L nn, p. S24-S61} a recndlli U Vie d'O- (Ins. D eommence parjlui prodiguer les louanges les plus «zlnvagantes d finit par le eondamoer. Au milieu de leurs 'lancBUtions sur la diute de l'értfoe de Owdoue , on distingue aitëmeni la prudence d'AUMUse du lèle «reugle et indiscret de saint Hilaire.

> La(ooofessears de l'Occident ftirent sneeessiTement bannis dans les déserts de l'Arabie et de ThéiMA, entre les rodiers du mont Tauras , et dans les cantons les plus sauvages de la Phrygie. yEtius l'bérédqiie ayant tU trop hiea reçu à Mopsueste, oà Q était exil^ Acaoe le fit tranqwrter à Amblada, dont les enrirons, habités par des sauvages , étaient en proie a«x horreurs de U guerre et de la peste (Philostoige,!. T,c.2.)

que les villes brillantes dans lesquelles un ëvéque arien pouvait satisfaire impunément les transports de sa haine théologiqne '. Ils trouvaient leur consolation dans la droiture de leur conduite, dans leur indépendance, dans les applaudissemens, les visites, les lettres, les contributions libérales de leurs partisans*, et dans les dissensions qui ne tardèrent pas à diviser les adversaires de la foi de Nicée. Tels étaient le caprice ridicule de Constance et son attachement littéral à sa règle de foi imaginaire, qu'il persécutait avec un zèle égal ceux qui affirmaient la consubstantialité, ceux qui croyaient à l'unité de substance, et ceux qui niaient l'égalité du Père et du Fils.

La disgrâce et l'exil des évéques orthodoxes de l'Occident servirent de prélude à la chute d'Athanase *. Vingt-six mois s'écoulèrent , durant lesquels la cour impériale mit en usage toutes sortes d'artifices pour l'éloigner d'Alexandrie , et le priver des secours que lescitoyens s'empressaient de lui donner. Mais quand le primat d'Egypte , abandonné du clei^é latin , se trouva dépourvu de tout secours étranger, Constance fit partir deux de ses secrétaires chargés verbalement d'annoncer le bannissement d'Athanase , et de le faire exécuter. Comme cette sentence était publiquement souscrite par tout le clergé, l'empereur ne pouvait avoir d'autre motif pour ne pas donner ses ordres par écrit, que la crainte de l'événement , et le danger auquel la seconde ville de l'empire et une de ses plus florissantes provinces se trouveraient exposées, si le peuple s'obstinait à défendre par

> Voyez la cruauté d l'obstination d'Eusèbe dans ses propres lettres, publiées par Baronius (A. D. 3S0, u' 8E2>- 102).

> < Caetcmm exules satis constat, lotins otIns stodiis

• cdebralos, pecuniasqneeisinsumpUuna(b(imaNiee»- > tas tegatioDibus quoque eos plebis eatholicie ex omnibus

• fere proTindis ftequentatos. • Sulp. Sercr., Mitt Sacra, p. 414; Alhanase, 1. 1, p. 836-840.)

* ()n peut IrouTer tous les détails de cette non- Telle persécutioa dans les ourrages d'Athanase hù-atee. (Voyez son Apologie, adressée à Constance, Li,p. 073; la première Apologie de sa (taite, p. 701 ; sa longue ^ttre aux solitaires, p. 808; et l'origïBal des protestations des Alexandriens contre les violences commises par Syriauus, p. 866.) SoH«ène(1. !▼, c. 9) a inséré dans sou récit deux ou trois cirooBstanees iuminenses et importantes.

(359 dep. J.-C.)

PAR Ei>. GIBBON. CH. XXI.

la force des armes rinnocence de leur père spirituel. Cette précaution fournit au primat un prétexte de méciHinaltre un ordre si contraire à l'équité et aux protestations du souverain. Les magistrats ne purent lui persuader de quitter la ville, et , se trouvant trop faibles pour l'y contraindre, ils firent une convention avec les chels du peuple, par laqueUe il fut stipulé que toute hostilité serait suspendue jusqu'au moment où l'empereur ferait connaître plus évidemment sa volonté. Cette apparence de modération mit les catholiques dans une fausse sécurité , tandis que les légions de la Haute-Egypte et de la Libye s'avançaient à grandes journées pour assiéger ou surprendre une capitale accoutumée aux séditions et enflammée de l'enthousiasme religieux'. La position d'Alexandrie, entre la mer et le lac Maréotis, facilitait l'approche et l'entrée des troupes ; et elles s'emparèrent de la ville avant qu'on eût fait aucun mouvement pour fermer les portes , ou pour occuper les postes susceptibles de défense. Environ à minuit , vingt-trois jours après la signature de la convention, Syrianus, duc d'Egypte, à la tête de cinq mille soldats armés et préparés à un siège, investit inopinément l'église deSaint-Théonas, où l'archevêque, avec une pai*tie de son clergé, faisait, en présence du peuple, des cérémonies de dévotions nocturnes. Les portes furent rapidement enfoncées, le sang coula dans l'église, et , dans cet affreux tumulte les troupes se permirent toutes sortes de violences; mais les corps des soldats poignardés et leurs armes brisées attestaient encore le lendemain de cette scène horrible que les catholiques s'étaient vengés du sacrilège. Les autres églises de la ville essuyèrent le même sort , et, durant quatre mois, une armée licencieuse, excitée par les ecclésiastiques du parti opposé, épuisa sur les mafibieureax citoyens tous les excès de la fureur et de l'obscénité. Un grand nombre de fidèles perdirent la vie;

I iihaiiase avait mandé récemment Antoine et une bande de moines cboisis; ils descendirent de leurs montagnes, annoncèrent aux Alexandrins la sainteté d'Athanase , et furent honorablement reconduits par l'archevêque jusqu'à la porte de la ville. (Athanas., t. u, p. 491 , 492. Voyer •uni RuBo, ni, 164, m rU. Patr., p. 524}

des évéques et des prêtres essayèrent les traitemens les plus ignominieux. On dépouilla des vierges consacrées, et elles éprouvèrent les plus cruels outrages. Les maisons des riches citoyens furent pillées; et, sous le masque du zèle religieux, la débauche, la cupidité , la haine et la vengeance exercèrent leurs fureurs avec impunité, et obtinrent des applaudissemens. Les païens d'Alexandrie , qui formaient encore un parti nombreux et mécontent, consentirent sans peine à abandonner un évêque qu'ils estimaient et redoutaient également. L'espérance de quelques grâces particulières, et la crainte d'être enveloppé dans le châtiment de la révolte , le» engagèrent à promettre de soutenir le successeur désigné d'Athanase, le fameux Georges de Cappadoce. L'usurpateur, après avoir été consacré dans le synode arien, se plaça sur le trône archiépiscopal avec le secours de Sébastien, nommé comte d'Egypte pour exécuter cette expédition. Georges ne respecta pas plus les lois dans l'exercice que dans l'acquisition de sa puissance; il méprisa également la religion, la justice et l'humanité ; les scènes de scandale et de violence, qui avaient eu lieu dans la capitale , affligèrent plus de quatre-vingt-dix villes épiscopales de l'Egypte. Constance, encouragé par ces barbares succès , ne rougit point d'approuver la vengeance de ses ministres. Il fit publier une lettre, dans laquelle, après s'être félicité d'avoir délivré Alexandrie d'un tyran dangereux, qui séduisait le peuple parla magie de son éloquence, il exalte les vertus et la piété du nouveau prélat, et a^ire, comme patron et bienfaiteur de la ville, à surpasser la gloire et la renommée d'Alexandre. Mais il déclare l'inébranlable résolution de poursuivre de toute sa puissance les adhérens séditieux du criminel Athanase, qui a suiQsamment constaté ses forfaits en se dérobant à la justice et à la mort ignominieuse qu'il a si souvent méritée'.

Athanase s'était mis à l'abri du danger le pins pressant, et les aventures de cet homme

I Athanase, 1. 1, p. 694. A travers le ressentiment de l'empereur, ou de ses seo^laires ariens, on voit percer la crainte et l'estime qu' Athanase leur inspirait.

486 DECADENCE DE V

extraordinaire méritent de fixer un instant notre attention. Dans la nuit fatale où Syrianus, à la tête de ses troupes, avait investi l'église de Saint-Théonas, l'archevêque, assis tranquillement sur son trône , y attendait la mort avec intrépidité. Tandis que des cris de rage et de terreur interrompaient les cérémonies de la dévotion publique, Âthanase encourageait son clergé tremblant à exprimer sa pieuse confiance par le chant d'un psaume de David, qui célèbre le triomphe du Dieu d'Israël sur le tyran impie de l'Egypte. Les soldats brisèrent les portes , et lancèrent une grêle de traits ; leurs armes brillantes réfléchissaient de loin la lumière qui éclairait les autels < ; ils s'élancèrent l'épée à la main jusque dans le sanctuaire. Les prêtres pressaient l'archevêque de sauver une vie qui leur était si précieuse; mais le courageux prélat refusa de quitter son siège avant qu'ils se fussent tous mis en sûreté. Le tumulte et l'obscurité de la nuit favorisèrent sa fuite. Perçant avec peine une foule effrayée qui l'écrasait, jeté à terre et foulé aux pieds , il ne perdit ni le courage ni la présence d'esprit; et les soldats cherchèrent inutilement Athanase', dont les chefs ariens avaient mis la tête à prix, en leur persuadant que l'empereur récompenserait avec libéralité un présent si agréable. Depuis ce moment, le primat de l'Egypte disparut, et resta six ans couvert d'iue obscurité impénétrable*.

La puissance despotique de son implacable ennemi s'éteàdait dans tout le monde romain, et le monarque furieux écrivit une lettre pressante aux princes chrétiens d'Ethiopie , pour lui fermer [cet asile éloigné. Des comtes , des préfets, des tribuns et des armées entières/urent successivement employés à poursuivre un évêqne fugitif, et de nombreux édiis animèrent la vigilante activité des ofiiciers civils et militaires. On promit

< Ces détails sont curienx parce qu'ils' sont transcrits littéralement et lires des protestations qui furent présoitées publiquement trois jours après par les catholiques d'Alexandrie. (Voyez Athanase, 1. 1, p. 867.)

2 Les jansénistes ont souvent comparé Athanase et Arnauld, et se sont étendus avrc satisdaction sur la foi, le zèle, le mérite et les soufTrances de ces célèbres docteurs. L'abbé de la Blrtleriea tréf-ndroilemenl conduit ce paraU:>le.(Vic de Jo.icn, 1. 1, p. 130.)

de fortes récompenses à celui qui présenterait Athanase mort ou vif, et l'on menaça des châtimens les plus sévères ceux qui protégeraient l'ennemi public'. Mais les déserts de la Thébaïde étaient peuplés d'une race dé fanatiques , qui respectaient plus les ordres de leur abbé que ceux de l'empereur. Les nombreux disciples d'Antoine et de Pacôme reçurent Athanase comme leur père. Ils admiraient la patience et l'humilité avec lesquelles le primat suivait strictement les règles austères de leur institution , et ils recueillaient toutes ses paroles comme une émanation de la sagesse divine. Les dangers qu'ils couraient pour défendre l'innocence et la vérité leur paraissaient plus méritoires que les prières, les veilles elles jeunes*. Les monastères de l'Egypte étaient situés dans des cantons déserts et isolés, sur les sommets des montagnes et dans des lies du Nil, et le son connu de la trompette sacrée de Tabenne rassemblait en un instant des milliers de moines robustes et déterminés, autrefois cultivateurs , pour la plupart, des pays circonvoisins. Lorsque des forces militaires entraient à main armée dans leurs retraites obscures, ils se présentaient en silence au fer de leurs bourreaux , et fidèles au caractère de leur nation , ils bravaient les tortures et la mort sans se laisser arracher le secret qu'ils avaient résolu de ne point trahir''. L'archevêque d'Alexandrie, habillé comme eux, était confondu dans une multitude d'hommes déterminés à le défendre au péril de leur vie. Quand le danger devenait trop pressant , les moines le transportaient d'une retraite dans une autre, et il parvint à ces formidables déserts que la sombre et crédule superstition a peuplés de démons et de monstres féroces.

t • Hinc jam toto orbe prodigus Alhanasins , nec ullac

> ei tutus ad lalendum supererat locus. Tribun!, praefecti, • comités, eiercilus quoque, ad pervesligandum eum m<v-

> venlnr edictis imperialibus : praemia delatoribus propo-

> nuntur, si quis eum vivum, si , id minus , caput certc » Athanasii detulisset. • Rufln, J. i, c. 16.)

îGreg. Nazianc.,!. i, Omt.xxi, p. 384,385. Voy« Tillemont, Mém. Eeclés., t. vn, p. 176^10 , 820-880. 3 I Et nulla tormentorum vis inveniri adhuc potuit ,

> qux obdurato illius tractûs latroni invilo elicere p»-

> luil, ut nomen proprium dicat. (Ammien, xxu, t6; cl Valesins , ad locum.)

(3&9dep.J.-C0 PAU ED. GffiBON. CH. XXl

Athanase n'eut pour socrété, dans la retraite où il passa deux ans, que les moines qui lui servirent, avec la plus exacte fidélité, de gardes, de secrétaires et de messagers. Mais dès que l'activité des poursuites fut un peu ralentie , l'envie d'entretenir une liaison plus intime avec le parti catholique le ramena dans Alexandrie , où il confia sa personne à la discrétion de ses amis et de ses adhérens, et ses différentes aventures fourniraient la matière d'une histoire intéressante. Il resta caché dans une citerne qui était à sec, et, au moment où il en sortit , il venait d'être trahi par une fille esclave'. Athanase choisit une fois un asile encore plus extraordinaire , la maison d'une viei^e , âgée au plus de vingt ans, et célèbre par sa beauté. A minuit, comme elle le raconta plusieurs années après , elle aperçut avec surprise l'archevêque vêtu très-négligemment, qui s'avançait vers elle avec précipitation. Il la supplia de |ui accorder l'hospitalité , qu'une vision céleste l'avait averti de venir chercher dans sa maison. La pieuse vierge accepta, et conserva soigneusement le dépôt sacré que le ciel daignait confier à sa prudence. Sans en faire part à qui que ce fût, elle conduisit Athanase dans sa chambre sacrée , et veilla sur la Sûreté du prélat avec la tendresse d'une amie et l'exactitude d'une esclave. Tant que le danger dura, elle lui fournit des vivres et des livres , lui lava régulièrement les pieds , lui servit de secrétaire et sut adroitement cacher aux yeux perçans du soupçon un commerce familier et solitaire entre un saint dont le caractère exigeait la chasteté la plus évidente , et une jeune fille dont les charmes pouvaient exciter les plus dangereuses émotions *. Durant six années d'exil et de persécution, Athanase rendit plusieurs visites à sa belle et fidèle compagne ; nous sommes for-

< Rufln, 1. 1, c. 18; Sozomène, I. iv, c. 10. Cette taistoke et la suivante paratlrant impossibles si nous supposons qu' Athanase habita toujours l'asile qu'il avait ou choisi ou accepté par hasard.

2 Palladius, Hist. Lausiac^ c. 136 , in f^t Patnan , p. 776. L'auteur de cette anecdote avait conversé avec cette demoiselle qui se souvenait encore, dans sa vieillesse, de celte intimité pieuse. Baronius, Valesius ,TiIlemont, etc., rejettent cette histoire comme indigne de la gravité de lliistoirc ecclésiastique.

ces, par la déclaration qu'il en a faite depuis lui-même, de croire qu'il se trouva aux conciles de Rlmini et de Séleucie*. L'avantage de négocier en personne avec ses amis , et de fomenter les divisions de ses adversaires, peut justifier, dans un politique habile, l'audacieuse entreprise d' Athanase. Alexandrie, l'entrepôt du commerce et de la navigation , entretenait des relations avec tous les ports de la Méditerranée. Du fond de sa retraite inaccessible , l'intrépide primat faisait sans cesse une guerre offensive au protecteur des Ariens ; et ses éloquens écrits , diligemment répandus et lus avec avidité, contribuaient à réunir et à animer le parti orthodoxe. Dans les apologies publiques qu'il adressait à l'empereur, il affectait quelquefois de préconiser la modération, tandis que, se livrant luimême aux plus violentes invectives, il représentait Constance comme un prince faible et corrompu , le bourreau de sa famille , le tyran de la république et l'Ante-Christ de l'é* glise. Au faite de la prospérité, le monarque victorieux , qui avait puni les vices de Gallns et éteint la révolte de Sylvanus , qui avait déposé l'empereur Yétranion et vaincu la formidable armée de Magnence , recevait des blessures profondes d'une main invisible, sans pouvoir ni s'en garantir ni s'en venger ; et le fils de Constantin fut le premier des princes chrétiens qui éprouva la force de ces principes qui , en matière de religion; résistent aux plus puissans efforts de l'autorité civile*.

L'a persécution d' Athanase et de tant d'évéqnes respectables qui ont souffert pour la cause de la vérité, ou du moins pour les sentimens de leur conscience , enflammait de colère et d'indignation tous les chrétiens qui

* Athanase,!. I, p. 867. Je conviens avec Tillemont (t. viu, p. 1 197) que ces expressions annoncent qu'il visita les synodes, sans doute secrètement.

2 L'ËpUre d'Athanase aux moines est remplie d« reproches dont le public doit sentir la vérité (vol. i , 834- 856) ; et, par honnêteté pour ses lecteurs, il fait la comparaison de Pharaon , d'Ahab et de Belshazzar , etc. La hardiesse d'Hilaire l'exposait à moins de danger, s'il e; I vrai qu'il publia ses invectives dans la Gaule, après la révolte de Julien. Mais Lucifer envoya ses libelles à Constance, et semblait rechercher l'honneur da martyre.fVoy. Tinemontjl. VII, p. 905.)

n'ëtaient pas aveuglément dévoués à la faction de l'arianisme. Le peuple regrettait la perte de ses respectables pasteurs, dont le bannissement était ordinairement suivi de l'intrusion d'un étranger dans la chaire pontificale '. Il se plaignait qu'on avait violé les droits d'élection, et qu'on l'obligeait d'obéir à des usurpateurs mercenaires , dont les personnes lui étaient inconnues et les principes snspects.Les catholiquesavaientdeux moyens ée prouver qu'ils ne participaient pas à l'hérésie de leur chef ecclésiastique, en faisant une opposition publique , on en renonçant absolument à sa communion. Ântiocbe donna l'exemple du premier, et le succès en répan- ^t l'usage dans toute la chrétienté. La doxologie, ou hymne sacrée qui célèbre la gloire de la sainte trinité, est susceptible de beaucoup d'inflexions très-délicates, mais trèsimportantes, et la substance d'un symbole orthodoxe ou hérétique peut s'exprimer par la différence d'une particule copulative ou disjonctive. Flavius etDiodore, deux laïques dévots et très-attachés à la foi de Nicée , introduisirent des réponses alternatives dans une psalmodie plus régidière *. Sous leur conduite, un essaim de moines sortirent du désert voisin ; des troupes de chanteurs instruits remplirent la cathédrale d'Antioche. Ils chantaient en chorus la gloire nu Pèrb , DU Fils et du Saimt-Esprit *; et les catholiques insultèrent par la pureté de leur doctrine, l'évéque arien qui avait usurpé le siège d'Eustathe. Le même zèle qui inspirait ces chantis engagea des memln^s plus scrupuleux ""de Féglise orthodoxe à former des assemblées particulières, qui furent gouvernées par des prêtres jusqu'à ce que la mort

* AUnnase (t. i. p. 811) blâme en géoénl celte pratique, dont il dte ensuite un exemple (p. 861 ) dans la prétendue éleclion de Felix.Trois eunuques représenlaienl le peuple romain ; et Irais prélats, qui suindent la cour , flrent les fonelions des év^es des provinces.

2 Tbomassin (Discipline de l'Église, 1. 1, 1. n, e.izxn, uann, p. 066-064) a rassemblé des tiil» curieux relatifs à l'origine et aux progrés du diant des églises, dans l'Orient et dans l'Occident.

3 Philoslorge, 1. m, e. 13. Godellroy a examiné ce su- Jet avec beaucoup d'exactitude (p. 147, etc.). Il y avait trois formules hétérodoxes : Au Père par le Fils et dans le Saint-Esprit.... : Au Père et au Fils dans le Saiot-Espril.... : Au Père dans le Fib «t le Saint-Esprit.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIK

(36» dep. J.-C.)

de leur pasteur exilé permit d'en élire et d'en consacrer un autre '.Les intrigues de la cour multipliaient le nombre des prétendans, et» sous le règne de Constance, deux, trois ou quatre évéques se disputèrent souvent le gouvernement spirituel d'une ville. Ils exerçaient leur juridiction religieuse sur leurs partisans, et perdaient et r^agnaientalternativementles possessions temporelles de l'église. L'abus du christianisme fournit de nouveaux sujets de tyrannie et de sédition au gouvernement romain. Les violences des factions religieuses rompirent tous les liei» de la société civile; et le citoyen obscur, qui regardait avec indifférence la chute ou l'élévation des empereurs, imaginait et éprouvait que sa vie et sa fortune se trouvaient liées avec les intérêts du chef ecclésiastique qu'il avait choisi. L'exemple des deux capitales peut servir à nous donner une idée de l'état de l'empire et du caractère des hommes sous le règne des fils de Constantin.

1* Lorsqu'un pontife romain remplissait ses fonctions et observait exactement ses principes, il était efficacement protégé par le zèle et l'attachement d'un grand peuple, et il pouvait rejeter avec dédain les prières, les menaces et les ofires d'un prince hérétique. Quand les eunuques eurent secrètement ordonné l'exil de Liiberius, les craintes fondées d'une révolte les obligèrent à n'entreprendre l'exécution de cette sentence qu'avec les plus grandes précautions. On investit la ville de tous côtés, et le préfet reçut ordre de se saisir de l'évéque par force ou par adresse. Il obéit. Liberius, avec bien de la peine, fut enlevé précipitamment à minuit, et éloigné des Romains avant que le désespoir eût succédé à leur consternation. Dès qu'Us eurent appris que leur évéque était rel^é au fond die la 'Thrace, on convoqua une assemblée générale, et le clergé de Rome s'engagea par

< Après rexil d'Eustaihe , sous le r^;ne de Constantin , le parti le plus rigide des orthodoxes se sépara des autres, et forma enfin un schisme qui dma quatre-vingts ans. (Voyez TUlemont , Mém. Ecclés., t. vn, p. 35-54, 1137- 1158; t. Tin, p. 573-632, 1314-1332). Dans beaucoup d'émises , les Ariens et les Homoousiens , qui rejeuirat réciproquement la communion l'un de l'autre, continuèrent cependant quelque temps à prier ensemble. (Philoslorge,!. la, e,xir.)

(359 dep. I.-C.)

PAR ED. GIBBON. CH. XXI

nn serment pablio et solennel, à ne jamais abandonner le parti de leur prélat , et à ne jamais reconnaître Félix, qui avait été irréguKèrement élu par l'inflaence des eanuques, et consacré dans l'enceinte d'on pa> lais profane. Au bout de deux ans, leur pieuse obstination subsistait encore dans toate sa force; et, lorsque Constance visita Rome, les soUicitatioas du peuple l'assaillirent de tous côtés. Les Romains conservaient encore, pour tout reste de leur ancienne liberté, 1» droit de parler fà leur empereur avec une femiliarité indécente.

Les femmes d'un grand nombre de sénateurs et de citoyens distingués, auxquelles on persuada que cette conuaissioB serait moins dangereuse entre leurs mains, et peutêtre mieux reçue , se chargèrent de demander à l'empereur le rappel de Libérins. Constance reçut avec complaisance ces députés féminins, dont les habits et la parure magnifiques attestaient le rang et l'opulence. Il fut frappé de la ferme résolution qu'elles annoncèrent de suivre leur vénérable pasteur jusqu'à l'extrémité de la terre, et il consentit que les deux évéqnes, Libérîus et Félix, gouvernassent en paix chacun leur congrégation. Hais les idées de tolérance étaient si opposées à la pratique et même aux inclinations de ces temps, que, lorsqu'on lut publiquement la réponse de Constance dans le drqne de Rome, ce projet d'accommodement raisonnable n'excita que le mépris , et fut rejeté unaBimemeot. Le Cirque retentit des cris répétés de : < Un Dieu, un Christ, va évé- > que. » Le zèle du peuple romain pour la cause de Libérins ne s'en tint pas à des paroles. La dango-euse et sanglante sédition qui éclata peu de temps après le départ de Constance déteraiina ce prince à recevoir favorablement la soumission du prélat, et à lui rendre sans partage le gouveraement de la capitale. Après une réustance faible et inutile , le parti victorieux chassa de la ville le rival de Libérius avec la permission tacite de l'empereur. Les partisans de Félix furent inhumainement égorgés dans les rues, dans les places publiques, dans les bains, et même dans les églises; et Rome, an retour de son pieux ^évéquej, renouvela Ies massa-

GIBBOH, I.

cres de Marius et les proscriptions de SyllaS H. Quoique les chrétiens se fussent rapidement multipliés, sous le gouvernement de la race flavienne, Rome, Alexandrie, et les autres grandes villes de l'empire contenaient encore une nombreuse et puissante faction d'infidèles, qui enviaient la prospérité de l'église chrétienne , et se moquaient puU»quement, sur leurs théâtres, des questions théoiogiques. Constaatinople jouissait seule de l'avantage d'être née dans le sain de l'église, et de n'avoir jamais été souillée par le culte des idoles; ^ tous les babitans étaient fortement imbus des vertus et de l'enthousiasme qui distinguaient les chrétiens de ce siècle de tout le reste de l'univers. Après la mort d'Alexandre, Paul et Macédonius se disputèrent le siège épiscopal. Ils en étaient dignes l'un et l'autre par leur zèle et par leur^ talens; et, si Macédonius l'emportait par la pureté des mœurs, son concurrent avait sur lui l'avantage d'une élection antérieure et d'une doctrine plus orthodoxe. L'inviolable attachement à la foi de Nicée , qui l'a placé au rang des saints et des martyrs , l'exposa au ressentiment des Ariens. Dans un espace de quatorze ans, il fut cinq fois chassé de son siège, et réinstallé plus souvent par la révolte du peuple que par l'indulgence du souverain. La mort de Paul pouvait seule assurer à Macédonius la possession tranquille de son évéché. On traîna l'infortuné Paul , accablé sous le poids des chaînes, depuis les déserts de la Mésopotamie jusqu'aux repaires sauvages du mont Taurus *. On le tint enfermé dans un donjon obscur, où il resta six jours sans subsistance ; et il fut enfin étranglé par l'ordre de Philippe, un des principaux ministres de Constance '. Les querelles

t Voyez, pour k rérolutton ecdéiiastùiiiedeRogM, Amnien , xr, 7 ; AUwnasf , 1. 1 , p. 843-861 -, Sozomène, I. tr, c. xt; Théodoret, ]. n, c. xvii; Salpice Sévère, Hist. Sacra, 1. n, p. 413 ; Jérdme, Chronique; MaroeUin et Fans> tin, Uben., p. 3 , 4 ;rillemeDl, Mém. Ecdés., t. Ti , p. 336.

2 Ciunes nil son deroier^s^ur ; il y troura la mort et la fin de ses soulTIrances. La position de cette ville solitaire, surles ixtiiflns de la Cappadoce, de laCilicie et de laPetite Arménie, a ocrasloné quelques doutes géographiques; mais la voie romaine de Cësarée i Anaxarbe nous donne la position certaine. ( Voyez CeUarii Geograph., L u, p. 213; Wesseling., ad JUnerar., p. 179, 70?.)

3 Atbanase (t. i, p. 703, 813,814^ afBrme que Paul

(359 (1pp. J.-C:)

religieuses firent couler, pour la première fois, ie sang dans la nouvelle capitale; 'et un grand nombre de citoyens des deux partis perdirent la vie dans des émentes violentes et opiniâtres. Hermc^ènes ,' maître général de la cavalerie^ chargé de' mettre à exécution la sentence qui condamnait Paul au bannissement, fut la victime de sa commission. Les catholiques accoururent à la défense de leur évêque; ils réduisirent en cendres le palais d'Hermogènes , traînèrent par les talons ce premier officier militaire dé l'empire dans toutes les mes de Constantinople , et son corps inanimé éprouva tous les outrages d'une populace en fureur '. Le malheur d'Hermogènes servit de leçon à Philippe , préfet du't'rétoire, et lui apprit à se conduire avec plus de circonspection dans la même entreprise. Il fit demander,à Paul une entrevue amicale dans les bains de Zeuxippe , qui communiquaient au palais et à la mer. Enti^lné dans on vaisseau qui attendait au bas de l'escalier du jardin , tout prêt à mettre à la voile, le prélat était déjà en route pour Thessalonique, que le peuple ignorait encore son enlèvement. Les portes du palais s'ouvrirent, et l'usurpateur Macédonius parut assis à cdté du préfet, dans un char élevé , accompagné d'un nombreux cortège de gardes, l'épée nue à la main. Cette procession militaire s'avançait ve^ la cathédrale ; les catholiques et les Ariens couraient pour s'en emparer. Cette sanglante émeute coûta la vie à trois mille cent cinquante habitans de Constantinople , et Macédonius , soutenu par des troupes régulières, remporta la victoire; mais, son gouvernement fut continuellement troublé par des séditions et des clameurs'. Des objets qui n'avaient aucun rapport au fbnd de la dispute suffisaient pour nourrir et enflammer la discorde. La chapelle dans la-

rul assassiné, et il en appelle non-seulement A ropinton publique, mais au témoignage irrécusable de Pbilagre, un des persécuteurs ariens. Cepcadant il avoue que les hérétiques prétendirent que l'évêque de Constantinople était mort de maladie. Socrate(l. n, c. 26) copie servilement Atlianasc; mais Sozomêne (I. nr , c 2) laisse percer des doutes.

' Ammien (xiv , 10) nous renvoie à son propre récit de cet événement tragique; mais nous D'avoD5 plus cette partie de son lUsIoire.

quelle on avait déposé le corps du grand Constantin tombait en ruines, et le prélat fit transportcr.les vénérables restes de l'émpe^ renr dans l'église de Saint- Aoace. Cette pieuse et sage précaution passa pour. une profenation aux yeux du piirtr qui suivait la doctrine de l'Botnoousion. Les deux. factions prirent les armes ; le terrain consacréserrit dechamp de bataille; et un historien ecclésiastique a observé comme un fait réel, et nou pas par figure de rhétorique, que. le puits .situé en face de l'église fut rempli dc'sang, qui en' débordait et coulait dans les cours: et dans les portiques des environs. L'historien qui n'imputerait: ces: fureurs qu'à un-principe religieux annoncerait bien' pen de connaissance du cœur hnmain. Il faut avouer cependant que le motif qui aveuglairle zèle, et le prétexte qiii dégnisait le dérèglement des passions, éteignaient le remords,' et qu'en toute autre occasion il se serait fait vivement sentir aux chrétiens de Constantinople ■'.:..

Les inclinations cmeÙes'et despotiques de Constance n'attendaient pas toujours ,°° ponr se montrer , le erime où la résistance. L'empereur apprit avec la plus violenté colère le tumulte de sa capitale, et 'l'audace d'une faction qui insultait la religion et l'autorité lie son souverain. Ce fut sur elle que tombèrent les peines de mort ; d'exilet dé confiscation ; et les Grecs vénèrent encore la mémoire d'un clerc et d'un ,son&4liâcre ; qni eurent la tête tranchée aux portés de Constantioc^le comme assassins d'Hermogènes.

Par un édit contre les catholiques; qu'on n'a pas cm digne de tenir une place dains le code de Théodose, Constance condamna tous ceux qui refuseraient de ' c<»nmranier. des mains d'un évêque arien, et particulièrement de Macédonius , à perdre les privilèges d'ecclésiastiques et de chrétiens. On les chassa de leurs églises , et on leur défendit sévèrement de s'assembler dans la ville. Le .zélé Macé-

« Voyez Socrale, 1.6, 7,12,15, 16,26^27,38; et Sozomêne, l.m, c3, 4,7,9; l.iT,c.2,21).Les Actes de saint Paul de Constantinople, dontPiiotius a foU un extrait (Pbot., Bibliothèque, p. 1419-1430), sont une assa mauvaise copie de ces historiens. Mais un Grec moderne , qui a pu écrire la vie d'un saint sans y ajouter des bbles et des miracles, mérite quelques louanges.

(369 dep. J.-C.),.

donius fut chargé, de faire exécuter cette loi' ■ajuste daos la Thrace et dans l' Asie-Mineure; Les ministres de la puissance civile et militaire eurent ordre de lui obéir , et les horribles cruautésque ce tyran semi-arien exerça, sous le prétexte de soutenir la foi homoousienne, déshonorèrent le règnede Constance. On administrait de force les sacremens àceux qui s'en défendaient , et qui abhorraient les principes de Macédonius. On arrachait les femmes et les enfans.des bras de leurs parens etamis, pour leur conférer le baptême. On tenait la bouche ouverte aux commuhians avec des bâillons, et on leur enfonçait le pain consacré dans le gosier. On brûlait le. sein des jeunes vierges avec des coquilles d'œufs rougies au feu , .ou on leur serrait .inhumainement la tête entre deux planches '. Le ferme attachement des Novatiens deConstantinople à , la doctrine . homoousienne doit les^ faire admettre au' nombre des catholiques. Macédonins , informé qu'un canton considérable de la Paphiagonie '.était presque entièrement liabilé par ces sectaires , résolut de les conyertùr ou de les exterminer; et, comme il comptait peu , dans cette occasion , sur l'influence d'une mission ecclésiastique , il fit marcher un corps de quatre mille légionnaires contre les rebelles, et. lui ordonna de soumettre tout le territoire à son obéissance spirituelle. Les paysans novatiens , animés par le désespoir et. la fureur religieuse , repoussèrent celte féroce mission , et une multitude . d'hommes , sans discipline ' et sans autres armes que les instrumens de leurs travaux , vengèrent la mort d'un grand nombre de leurs compatriotes par le massacre de quatre mille soldats , dont un très-petit

'^ I Voyez Socrate, I. u, c. 37, 38; Sozomè|ie, I. iv, c. 21. Macédonius eut pour principaux aides , dans les Iravaux delà persécnlion, les deuxévfiques de Nlcomédie elde CBÏque, donton eslimaitgënéralement les vertus et surtout la diarité. Je ne puis m'empêcher de rappeler an lecteur quela dilTércnce de rHomoousion à rHomoiousion est presque imperceptible, même aux yeux de la plus fine tliéologie.

' > Nous ignorons la position exacte de Mantinium. En parlant de ces quatre troupes de légionnaires , Socmle , Sozomène et l'auteur des Actes desainl Paul, se servent des termes vagues de «.fti/xoi , **x»ryi , tayiAvra., que Nicéphore traduit par mille. ( Valesius, <ul Socral., \. n . e.38.)

PAR ED. GiraON. CH. XXI.

nombre échappa à la mort par une fuite ignor minieuse. Le successeur de Constance à peint d'une manière énei-gique et concise une partie des malheurs dont les querelles théologiques affligèrent l'empire , et principalement les provinces orientales , sous le règne d'un prince esclave de ses propres passions et de celles de ses eunuques, c On

> empoisonnait , on persécutait , et l'on ban-

> nlssait les infortunés citoyens ; on a égorgé

> particulièrement à Cyzique et à Samosate

> des multitudes d'hommes , qu'on appelait

> hérétiques : en Paphiagonie , en Bithynie

> et en Galatie , on voyait des villes et des

> .villages entiers sans babitans et tout-à-fait » détruits '. »

Tandis que les fureurs des Ariens déchiraient le cœur de l'empire, des ennemis particuliers désolaient les provinces de l'Afrique, sous le nom de Circoncelliens. Ces fanatiques féroces étaient à la fois la force et la honte du parti dés Donatistes*. L'exécution sévère des lois de Constantin avait excité l'esprit de haine et de révolte ; et la haine mutuelle, première cause dé la séparation , était envenimée par les efforts vigoureux de son fils Goustans pour opérer la réunion de l'église. Les moyens de force et de corruption employés par les commissaires impériaux, Paul et Macaire , fournissaient aux schismatiques le prétexte d'un contraste odieux entre ies maximes des apôtres et ht conduite de leiurs prétendus successeurs '. Les villages de Nu-

1 Julian. , EpittoL, I. u, p. 436. edit Spanheim.

2 Voyez Optai, évêque de Milève (ui, 4), l'Histoire des Donatisles par M. Dupin , et les pièces originales à la On de l'édition. Les détails qu'Augustin donne de la foreur des Circoncelliens contre les autres et contre eux-mêmes ont été recoeilUs par TUlemonl (Mém. Ecdésiast., t. tu, p. 147-165 ) ; et il a souvent rapporté, sans dessein , les insultes qui enflammaient la colère de ces fanatiques.

3 II est assez amusant de comparer. le langage des dirnirentes factions en parlant du même homme ou des mêmes événemens. Gratus, évêque de Carthage, commence par se lâidier de la tenue d'un synode orthodoxe. • Grattas Deo omnipotenti et Christo Jesu

• 4itti imperavU religiosissimo Coiistanti imperatori ,

• ut votum gerere unitatis , et mitterct miiUMros

> sanctt operù, ibmalos Dei , Paulum et Macanum. > (Monument. Fet. ad caleem Opiati, p. 313.) « Ecee

> safr(to(ditraHteurdonati$tedelapassionde Malculus)4/«

• ConstanUs régi* tyramUca domo.... pollutumJUa-

• cariancf perseeutionis murmur increpuU, et duabus

DECÀDETTCE DE L'CMIflkE ROMAIN,

midie et de MMiritante étaient peaplés d'âne race d'hommes féroces , peu soumis à l'aatorité des lois romaines , et imparfaitement convertis à la foi chrétienne, mais enflammés d'un zèle et d'un enthousiasme violens pour la cause de leurs prédicateurs donatistes. Ils Toyaient arec indignation leurs évéqnes exilés , leurs églises démolies , et leurs assemblées interrompues. Les vexations des officiers de justice , soutenues le plus souvent par une garde militaire , étaient quelquefois repoossëes avec violence , et la mort de plusieurs ecclésiastiques massacrés dans des émeutes enflammait ces féroces prosélytes du désir de venger leurs martyrs. Les ministres de la persécution succombaient souvem , victimes de leur propre imprudence , et le crime d'un tumulte involontaire précipitait les coupables dans le désespoir et dans la révolte. Chassés des villages où ils avaient pris naissance, les paysans donatistes s'assemblèrent en troupes formidables sur les confins des déserts de Gélnlie. Ils abandonnèrent volontiers les travaux d'une vie pénible pour se livrer à l'oisiveté et au bngandage qu'ils exerçaient au nom de la religion , et que leurs docteurs condamnaient faiblement. Les chefs des Circoncelliens prenaient le titre de Capitaines des Saints. Peu fournis de lances et d'épées , ils se servaient ordinairement d'une forte massue qu'ils appelaient une Jtraitite; et leur célèbre cri de gaem, loué toit Dieu, répandait la consternation dans toutes les provinces désarmées de TAfrique. Le manque de subsistance fut le prétexte de leurs premières déprédations ; mais leurs dévastations excédèrent bientôt leurs besoins ; et , s'abandonaant à la débauche et à la cupidité , ils iacendièrent les villages après les avoir pillés, et régnèrent en tyrans absolus sur toute la campagne. L'agriculture et l'administration de la justice étaient interrompues; et, comn^ le* Circoncelliens prétendaient rétablir l'éga-

• bàliU ad Jflieam miuit, eodan teilieet Maetuio > et Paxdû aeeerandUM promu ac dinan teetetias » ûertame* idictmn est; Mt populut ehtUtbimu «ul » mionem, eiun tratUter^us factendam , nudatU mik lUumglatUisetdrMomimprtMeMtibiutignii, etbt- » tenon voeibiueo$eretiir.' (MoimoMnl., p^ 3M.)

{Uè dep. l.*C.)

lité primitive du genre bonain , ex réformer les abus de la société civile , ils offraient oa asile aux esclaves et aux débiteurs, quiae' couraient en foule sousleursdrapeaux sacrés. Lorsqu'on ne leur résistait pas , ils se contentaient ordinairemrat de piller; mais la nuMudre opposition était suivie de meurtre» et de violences ; et ils firent souffrir les tortures les plus affreuses à quelques prêtre» catholiques qui avaieM voulu signala imprudemment leur zèle. Les Circoncelliens n'avaient pas toujours affaire à des ennemis désarmés ; ils attaquèrent souvent et mirent quelquefois en fuite les troupes militaires de la province. A k sanglante affaire de Bag^ , ils tombèrent avec impétuosité , mais sans succès , au milieu d'une plaine , sur un détachement de la cavalerie impériale., On traitait en bétes féroces les Itonatistes pris les armes à la main , et ils le méritèrent bieMdt par leurs forfaits ; on les faisait périr par l'épée , par la hache ou par le feu , et leurs sanglantes représailles , en aggravant et rani* tipliant les horreurs de la révolte , ne laissaient point d'espoir de réconciliation. Au commencement de notre siècle , on a vu renaître les Circoncelliens dans la persécution, l'intrépidité , les crimes et l'enthousiasme des Camisards ; et , quoique les fanatiques du Languedoc surpassassent ceux de la Numidie dans tes talens militaires , les Africains soutinrent leur féroce indépendance aveo plus de courage et de fermeté '.

De tels désordres sont les effets naturels de la tyrannie religieuse ; mais la fureur des Donatistes était enflammée par une frénésie d'une espèce extraordinaire , et dont il n'y a jamais eu d'exemple en aucun pays , s'il est vrai qu'ils l'aient poussée au degré d'extravagance qu'on leur attribue. Une partie de ces fanatiques détestaient la vie, et désiraient vivement recevoir le martyre. U leur importait peu par quel supplice ou par quelles mains ils périssaient , pourvu que leur mort fût sanctifiée par l'intention de se dévouer à la gloire de la foi , et à l'espérance d'un bon-

i L'Histmre da Camisards, « troia roi. in-t2, Vn»fraBche, 1760, est exacteel ùapvUale. U Mt aMadUicBe de deviiier la reliskn de l'anleur.

(U9 àfsp. h-C.) .

benr éterael '. U» aUjâtiat quelquefois insulter tes païens au milieu de leurs fêtes et jusque dans leurs tenples, dans l'espérance que la colère des idolâtres les porterait à venger rhoBneur de leursdivinités. D'autres venaient braver les juges, et les faisaient trembler sur leur tribunal , en se dénonçant eux-mé- BMs» et en demandant avec véhémence qu'on les conduis an supplice. Us arrêtaient souvent les voyageurs sur les grands chemins , et les forçaient à leur infliger le martyre , en leur promettant nne récompense s'ils consentaient à les immoler , et en les menaçant de ,leur donner la mort s'ils leur refusaient ce singulier service. Lorsque toutes ces ressources leur manquaient , ils annonçaient un Jour, où , en présence de leurs amis et de leurs parens, ils se précipiteraient du haut d'un rocher ; et on montrait plusieurs précipices devenus fameux par le nombre de ces suiddes. Dans la conduite et dans les actions violentes de ces enthousiastes , admirés par un parti comme les martyrs de la foi , et abhorrés par l'autre comme les victimes de Satan , un philosophe impartial découvre aisément l'iniDuence ou l'abus de l'inflexibilité d'esprit attachée originairement au caractère et aux principes de la nation juive.

Le simple récit des divisions intestines qui troublèrent la paix de l'église et déshonorèrent son triomphe confirmera la remarque d'un historien du paganisme, et justifiera les plaintes d'un évèque respectable. L'expérience avait convaincu Ammien que les animaux les plus féroces sont moins à craindre pour les hommes que les chrétiens ne l'étaient réciproquement les uns pour les autres', et Grégoire de Naxianze déplore pathétiquement que le royaume du ciel soit converti en chaos *, et présente le spectacle affreux des discordes de l'enfer. Les fougueux écrivains de ces temps, qui dans leur partialité ne reconnaissem que des vertus à leurs

I L«I>OMlist« atlégvaient, poar jHaUSertain saicides rexempie de Razfas qui est rapporté dans le qnetoRfème dwpilre du deaxième Ihte des Maodiabées.

i IfuUasinftutashemiHlbutbettUu, ut suntsihi fierai UiplertqueehriitiaiuHvmexpertiu.(,luaBàuï,xsn, S.)

>Greg. Naziant., Orat,, p. 33. Voyez Tfflemont, t.Ti.p.S01,édit.iii-l*.

PAR ED. GIBBON, GH, XXL

partisans, et.acouseBtleurs adversaires de tous les crimes, nous représentent la guerre des démons contre les anges ; mais la raison rejetteégalement l'idée d'un mortel parfaitement vertueux, ou tout-à-fait pervers, et, en les consultant , nous demeurerons persuadés que les bctions qui s'accusaient mutuellement d'hérésie, et prétendaient chacune être la seule orthodoxe, ont alternativement déployé de» vices et des vertus. Elles avaient é^ élevées dans la même religion, dans la même société civile, dans les mêmes craintes et les mêmes espérances pour cette vie et pour celle qui doit la suivre. De quelque câté que fût l'erreur, elle était peutrêtre innocente. La foi pouvait être sincère, et la pratique vertueuse ou corrompue. Les opinions métaphysiques des disciples d'Anus ou d'Athanase ne changeaient pas leur caractère moral, et ils étaient également animés par l'esprit d'intolérance qu'ils avaient tous puisé dans les maximes pures, mais mal interprétées, de l'Évangile.

Un écrivain moderne, qui a eu la juste confiance de donner à ses œuvres l'épithète honorable de politiques et philosophiques ', accuse Montesquieu d'une réserve timide, parce qu'au nombre des causes qui ont entraîné la décadence de l'empire il n'a pas compris une loi de Constantin qui supprimait absolument le culte du paganisme, et laissait une grande partie de ses peuples sans prêtres, sans temples, et sans religion publique. Le zèle d« cet écrivain philosophique pour les droits de l'humanité l'a lut acquiescer au témoignage équivoque des ecdésiasUques qui ont trop légèrement attribué à leur héros favori le BAérite d'une persécution générale *. Sans aller chercher une loi imaginaire, qui, si elle eAt existé, se trouverait eu tête des codes im-

>( Histoire potitique et pMlSsophiqae des Ëtablissemeos des Européens dans les deux Indes, 1. 1, p. 0.

2 Selon Eusèl>e (in Fit. Constantin., I. n, c. 45) , l'empereur défendit dans les villes et dans les campagnea les pratiques abominables de ridolâtrie, r* /uur<jme... ne «/«ixaxtfTptKc. Socrate (t. i , e. 17 ) et SMoméne (I. n, r. 4, 5) ont représenté b conduite de Constantin avec la vérité qui convient à l'Iiistoire ; mais efle a été fort négligée par Théodoret ( 1. v, c. 21 ) et par Orose ( vn, 28). Tum delnde, dit le dernier ,primut Corutantmtw Justo online et pio vieem vertit edicto; siqtUdem itatuit, eitrauUam hombutm cadem , paganorum templa eUutdi.

périaox,' nons pouvons nous en rapporter à la lettre originale de Constantin, que cet empereur adressait aux sectateurs de l'ancienne religion, dans un temps où il ne déguisait plus sa conversion , et où son trône était affermi par la chute de tons ses rivaux. Il invite et eKhorte,dans les termes les plus pressans, tons les sujets de l'empire romain à imitet* l'exemple de leur souverain ; mais il déclare que ceux dont l'aveuglement résistera à la- lumière céleste jouirôut en paix de leurs temples et du culte de leurs faux dieux. La suppression totale des cérémonies du paganisme est formellementdémentieparl'empereur lui-même, qui motive sagement sa modération sur la puissance invincible dé l'habitude, des préjugés et de la superstition '.Sans violer sa promesse, sans alarmer les païens, le monarque adroit enlevait peu à peu la charpente usée, et irrégulière du polythéisme; et, quoique son zèle pour la foi chrétienne fût sans doute le motif secret de la sévérité qu'il exerçait dans des occasions particulièt-es , il avait soin de la colorer d'un prétexte plausible de justice et d'utilité publique ; et tout en ébranlant sour^ dément les fondemens de l'ancienne religion, Constantin prétendait n'en vouloir réformer que les abus. A l'exemple de ses plus sages prédécesseurs , il condamna à des peines rigoureuses l'art impie de la divination , qui donnait des espérances illusoires et encourageait quelquefois les entreprises crlmi-. nelles d'hommes inquiets on méconlens de leur état. Il imposa silence aux oracles, dont on avait reconnu publiquement la fraude et la fausseté, et supprima les prêtres efféminés du NiL Constantin remplit honorablement les fonctions de censeur: romain quand il fit démolir les temples de Phénicie , dans lesquels on pratiquait dévotement, en plein jour, toutes les espèces de prostitutions en l'honneur de Vénus *. La ville impériale de Constanti-

t Voyez Eosèbe , in fit. Constantin., I. u, c. 56-^. Dans le germon que l'empereur proDonça devant l'assem-. bUe des saints , lorsque sa dévotion fiit conOrmée par les années, il déclare aux idolâtres (c. 11 ) qu'il leur permet d'ofTrir leurs sacriOccs et d'exercer librement toutes les piraliques de. leur religion.

. 2 Voyez Euscbc , in fil. ('onslunlin. , I. m , c. 51-58 ; et i. IV, c. 23, 25. tes actes d autorité peuvent se com-

DECADfeNCË DE L'EMPIRE ROMAIN, (36» dep; J.-C.) ■

nople s'éleva ', en quelque &çonVaax dépens

des temples! delà Grèce et de l'Asie, et s'em-' bellit de lenrs riches ■ dépouilles ; on'CODi&-' qua leurs possessions; et les statues -des dieux et des héros furent transportées diez un peuple qui ne ' les' re|;ardait que comme des objets' de simple curiosité. L'or et l'argent rentra- dans la circulation ; et les magistrats , les évêques et les eunuques, saisirent l'heureuse occasion de satisfaire à la fois leur zèle , leur avarice- et leur' vengeance.' Mais ces déprédations n'attaquaient qu'me très-petite partie du monde- romain, et ces provinces étaient accoutumées depuis longtemps à les supporter de - la part des princes et des proconsuls, auxquels on ne pouvait pas soupçonner le deftsein de détruire la religion qu'ils professaient •;

Les fils de Constantin suivirent les traces de leur père avec plus de zèle et moins de discrétion, et multiplièrent les prétextes de vexation et de rapine '. Les chrétiens étaient toujours sûrs de l'indulgence; le moindre doute servait de preuve contre les païens, et on célébra la démolition de leurs temples comme le plus heureux présage pourle règne de Constance et de Constans '. Constance autorisa de son nom une loi qui semblait rendre les défenses particulières superflues: < Nous

> ordonnons expressément qu'an reçu de la

> présente , tous les temples sment immédia-

parer à la suppression des bacchanales et à la démolition du temple d'Us par les magistratrde Koide peSenne.

< Euseb., ta f^it. Constant., 1. m , c 54 ; et iJlMiniiM . Orat.pro Templis, p. 9, 10, édil. Gotbonred. Ils racontent (ous deux le pieux sacrilège de Constantin , qu'ils voyaiait dans unjonr (brt différent. Le dernier dédare positiremeiit qu'il se'saisitde l'argentet des riebesSes sacrées, mais qu'il ne touciia point au culte des temples , qui (dirent, à la vérité, appauvris, mais où l'on ne célébrait pas moins les cérémonies ordinaires de l'ancienne rdigion. ( Témoignages des Juifs et des Païens recueilUs par Lardner, vol. TT,p. 140.)

2 Ammien parle de quelques euanqaxs de cour ^i Airent spoliis templorum pasti. libanius dit {Orat.pro Templ., p. 23) que l'empereur faisait souvent cadeau d'un temple comme il aurait pu faire d'un chien , d^un cheval, d'un esclave ou d'une coupe d'or ; mais le pieux philosophe a grand soin de iïùre observer que. ces favoris sacrilèges Quissaient presque toujours, maifaeureusement.

i Voyez Gotbofred, Cod. 'Théodos., t. vi, p. 262; Liban., Oiat. t>arçiital.,t.\0\in Fabric.,Bibl.Grae., t. vu. l*-235. . . »

(369 dcp. J.-C.)

PAR ED. GIBBON. CHAP- XXI

> tcmcnt fermés et gardés avec soin, afin

> qn'aucun de nos sujets n'ait l'occasion de se » rendre coupable en y allant. Nous leur or-

> donnons à tous de s'abstenir des sacrifices;

> .et, si quelqu'un d'eux continuait à en offrir

> malgré notre défense, nous voulons qu'il paie »' son crime de" sa vie , et que ses biens soient » confisqués au profitdu public. Nous ' con-

> damnons aux mêmes peines les gouverneurs

> des provinces qui négligeront de punir les » criminels.'.». Mais nous avons de fortes raisons de croire que ce formidable édit n'a point été publié , on au moins qu'il n'a pas eu d'exécution. Des faits connus et des monumèns de cuivre et (le marbre,' qui existent encore, prouvent que l'exercice de la religion païenne fut toléré jusqu'à, la fin du règne des fils de Constantin. On laissa subsister un grand nombre de temples dans les villes et dans les campajgnes de l'Orient et de l'Occident ; et la multitude dévole put encore jouir de la pompe des sacrifices, des fêtes et des processions , sous la protection ou par l'indulgence du gouvernement civil. Quatre ans après la date supposée de ce sanglant édit , Constance visita Rome ; et un auteur païen célèbre la conduite décente du souverain dans cette occasion comme un exemple digne d'être imité par ses successeurs. * Cet empereur, dit Symniaque,

> conserva respectueusement' les privilèges

> des vestales. Il conféra les dignités sacer-

> dotales aux nobles de Bome^ accorda les » sommes ordinaires' pour les frais des fêtes » et des sacrifices publics ; et, quoiqu'il eût » embrassé une nouvelle religion , il n'entre- » prit jamais .de priver les sujets de l'empire

t I Placuil omnibus lods atque urbibus universis daudi » proUiius templa , et accessu vetitis omnibus liceoliam • ddinquendi perditis abnegari. Volumns etiam cunctos i

> sacriflciis abstinere.Quod si quis aliquid rortc hujusmodi « periMraverit, gladie sternatur: facuttates etiam.per- ■ empU tlsco decernimus vindicari : et similiter adO^i reo- » tores proTÎDciarum , à facinora Wndicare neglexerint. > (Cod.Théod. , 1. xn, tit. 10, loi 4.) On a découvert une contradiction cfaronoh^que dans la date de cette loi extrav»gante, la seule peut-être qui ait jamais puni la négligence des magistrats par la mort et la oenBscation de leurs biens. M. delaBastie(VIém. del'Acad., t..xT, p. 98) coqjeclare, avec.une apparence de raison , que celte loi prétendue n'était réellement .qu'un projet de loi qui fut trouvé parmi les papiers de Conslance et inséré depuis, coouae un heureux modèle, dans le Code deTbéodose.

> du culte sacré de leurs ancêtres*'. >.Le sénat conservait l'usage de consacrer, par des décrets-publics, la mémoire divine des empereurs ; et Constantin lui-mémè fut associé, après sa' mort , aux dieùx-qu'il avait désavoués et insultés. durant sa vie.- Sept empereurs chrétiens accèptèrentconsécutivement-letitre, les décorations et les privilèges de grand ponr tîfe,idignitéihstituéé par Nnmà'et adoptée par -AngnsteiCes princèseurçntune autorité plus absolùesur la religion qu'ils avaient abandonnée que sur celle qu'ils professaient '. Les divisions religieuses des chrétiens suspendirent la ■■ ruine du paganisme .*. Les princes et les

< Srmmaque,£/>t«t. s, 54

2 La quatrième Dissertation de M. de la Bastie sur le souverain pontificat des empereurs romains dans les Mémoires de l'Académie (xv, 75-144 ,! est très-savanle et très-jndicieuse. Elle présente l'élal el prouve la tolérance- dn paganisme depuis Constanlin jusqu'à Grâtien: L'assertion de Zosime, que Gralien tut le premier qui refusa la robe pontiOcale est prouvée démonstralivement ; et les murmures du bigolisme à ce suielsonl réduits au silence.

'Comme je me suisservi librement des motsde paîensct de paganisme, je vais'donner au lecteur les significations successives deces expressions. 1° n<i)>iiv en dialectedorique^ Tamilier aux Italiens, signifie une fontaine; et les campagnards du voisinage qui'visilaienl la fontaine tiraient leur dénomination de Pagus et païens. (Feslus, sub voce; etServiusod flrgi/.Geoiyic.ii, 382.) 2° Par une extension du mot, pàien et campagnard devinrentpresquesynonymes. (Plin., HUt.natur. xxvm, 5.),0d donna ce nom au bas peuple des campagnes , et il a été changé en celui de paysans par les^ nations modernes' de l'Europe. 3" L'augmentation excessive de l'ordre militaire ameifa là nécessité d'une dénomination corrélative ( Essais de Hume , vol. i, p. 555), et tous ceux qui ne s'enrôlaient point au service du prince étaient désignés- par l'épithète, dédaigneuse de païens. (Tacit., i/ùf.,3:2443-77; Juvénal.Jofir. 16;Terlullien, dePalleio.ç. .4). 4° Les.chréUens étaient des soldats de' Jésus-Cluist ; leurs adversaires qui refusaient le sacrement ou le. serment militaire du baptême pouvaient mériter la dénomination métaphorique de ptûens, et ce reproche se trouve consigné , dès le règne de Valentinieq , A. p. 365, dans des lois impériales (Çod. Théodos,, 1. xn, tit. II, toi 18 ) et dans les écrits Ihéblogiques. 5° Les villes de l'empire furent peu à peu remplies de chrétiens. L'ancienne religion, du temps de Prudence ( adversus Srmmachiun, 1. 1, ad Fin. , et Orose , in Prcefat. Bist. ), se relirait et languissait dans les villages. Le mot de païen , avec sa nouvelle signification, retourna à sa première origine, et les païens devinrent des paysans. 6° Dqpuis l'extinction du culte de Jupiter el de sa Rmiille , ' on a donné le nom de païens à tous les idolâtres ou polythéistes anciens et modernes. 7° Des chrétiens latins le donnaient sans scrupule à leurs mnemis les Mahométans, et les Unitaires n'échappaient point au reproche iqjuste de paganisme et

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN

(369 dep. J.-G.)

ëvéqnes effrayés des crimes et des révoltes de leur parti , poassaient moias vigoureusement leur sainte guerre contre les infidèles. L'intolérance, établie comme one maxime, pou vait jnsfitieriadestructionde l'hérésie'. Maisles sectes ennemies, qui dominaient alternativement à la cour, craignirent toujours d'aliéner et de pousser à bout une faction encore puissante, quoique humiliée et afTaiblie. Tmis les motifs d'autorité, démode, de raison et d'intérêt, militaient en lavenrdu christianisme; mais deux ou trois générations s'écoulèrent sans que leur influencevictorieuse se fit généralement sentir. Un peuple nombreux, plus attaché à ses anciennes habitudes qu'à des opinions spéculatives, révérait encore une religion établie depuis si long-temps dans l'empire. Constantin et Constance distribuèrent indifféremment à tous leurs sujets les honneurs civils et militaires ; et parmi ceux qui professaient le 3>olythéi8me, il se trou vaitbeauconp d'hommes savans , riches et courageux. Les superstitions du sénateur et du paysan, du poète et du philosophe, avaient une source différente; mais tous se réunissaient avec une égale dévotion dans les temples de leurs dieux. Le triomphe insultant d'une secte proscrite enflamma peu à peu leur zèle , et leur espoir se ranima par la confiance bien fondée que l'héritier présomptif de l'empire, le jeune et vaillant héros qti avait délivré la Gaule des barbares , avait secrètement embrassé la religion de ses ancêtres.

4'idoUttrie. (yojn G^rd Vouiiu^SfymoU^ùion Lingua UUiiue dam ses ouTrages , 1. 1. p. ^ ; ComnKDtairesde GeddVoy sur le eodede TkéodoM , I. ti, p. 250;et Da- «•nge , mediâe et infima UtUnitat. GUmar.)

i Daiu le langage par de l'Ioaie et d'Athènes , tiJuxti «( x«T/»/aAaient des mots ancieMet tanflien. Le premier signifadl une ressemblance, BseapparitioB (Odyssée d'HomCre.ii, 601, une représeoUtien , nne image inventée par l'art on par Hmagination. Le second désignait toute espèce de service on d'esdarage. Les Juifls de [TÉgypte qni traduisirent les écritures bAralqnes restreignirent fusage de ces mots ( Exod. n, 4, 5 ) an culte retigieux «Tune image. L'iAome particulier des Hdléoistes on Juift l^ecs a été adopté par les hiaiorieBS eodésiastiqnes et sacrés, et le reprodie dldolâtrie (fii^xttutrpua.) s'estétesda à celte pratique snperstitieute.

Page 1