CHAPITRE XXXIV
Caractère, conquêtes et cour d'Attila, roi des Ilttos. ' — Mort de Th6odos«-le-Jeune. — Ëlcvationdc Marcien sur le lr6ne de l'Orient.
Les Goths et les Vandales, chassés par les Huns,avaient envahi l'empire d'Occident.Mais les Huns vainqueurs ne s'étaient pasdistingués par des exploits dignes de leur puissance et de leurs succès. Ces hordes, répandues entre le Danube et le Volga, obéissaient à leurs chefs. là discorde régnait parmi eux, et les forces de la nation se consumaient en combats sanglans et inutiles. Leurs entreprises se bornaient à un brigandage obscur , et l'espoir du pillage les faisait souvent passer sous les drapeaux des ennemis qu'ils avaient vaincus. Sous le règne d'Attila ', les Huns redevinrent la terreur de l'univers. Je vais décrire ici le caractère et les exploits de ce redoutable barbare, qui attaqua et envahit alternativement l'Orient et l'Occident, et bâta la chute de l'empire romain.
Dans ce torrent d'émigrations successives
< On peut Irourer des matériaux authentiques pour rhisloire d'Attila dans Jornaodès (de Rébus Geticis, c 34-50 , p. 660-668, édil. Grot.) et Priscus (Excerpta de LegaUonihiu, p. 3J-76. Paris, 1648). Je n'ai pas lu les Vies d'AUila composées par Juvencus Oecilius Calanus Dalnutinus, dans le douzième siècle, a par Nicolas Olaus, ardievéque d'Upsal, dans le seizième (Voy. l'HistMre des Germains, parMascon, ii, 23, et Ossenazioni lUUrarie de Maffey, 1. 1, p. 88, 80.) Tout ce que les Hongrois modernes ont ^outé est probablement fabuleui ; et ils ne paraissent pas fort inlelligens dans l'art de la QcUon. Ils supposent que lorsqu'Atlila envahit la Gaule et l'Italie, lorsqu'il épousa un grand nombre de femmes, etc., il était âgé de cent vingt ans. (Thwroa, Chroiiiq., p. 1-22, In Script. Jfungar., 1. 1, p. 76.)
qui se précipitaient impétueusement des confins de la Chine sur ceux de la Germanie, on remarque que les tribus les plus puissantes occupaient les pays voisins des provinces romaines. Des barrières artificielles arrêtèrent quelque temps la violence de leurs efforts. Les concessions et les libéralités des empereurs excitaient l'insolence et l'avidité des barbares qui avaient goûté les jouissances de la vie civilisée. Les Hongrois, qui comptent Attila au nombre de leurs rois , peuvent aflirmer à la vérité que les hordes qui obéissaient à ses oncles, Roas et Rngilas, ont campé dans les limites de la Hongrie moderne ', et occupé un pays fertile, qui fournissait abondamment aux besoins d'un peuple de pâtres et de chasseurs. Dans cette situation avantageuse, Rugilas et ses frères ajoutaient continuellement à lear puissance et à leur réputation ; ce monarque menaçait sans cesse les deux empires, et leur dictait toujours les conditions de la paix. Son amitié pour le c«ièbre Aétius cimenta l'alliance qu'il conclut avec les Romains de l'Occident. Aétius trouvait toujours dans le camp des barbares un asile sûr et un secours puissant. Ce fut à sa sollicitation que soixante mille Huns s'avancèrent vers l'Italie , pour soutenir la cause de l'usurpateur Jean, et firent payer cher à l'état et leur marche et leur retraite. Par reconnaissance pour ses fidèles alliés , Aétius leur abandonna la possession de la Pannonie.
Les Romains de l'Orient ne redoutaient pas mo'ms tes entreprises de Rugilas, qui menaça leurs provinces, et même leur capitale. Quelques écrivains ecclésiastiques ont employé la foudre * et la peste à détruire les
' La Hongrie a été eceapée siicce8Bi*eoitiit par Irais colonies de Scythes : 1° Les Huns d'AUiU ; 2° les Arabes dau le sixième siâde; et 3° (A. D. 88») les Tores M Magiars, véritables anoËlres des Hongrois moderaet, dont les relations avec les deux autres sont tràs-obsova et trèS' incertaines. Le Prodrome et ;ia Itotitia de MaltUe» Bel sont remplis de détails très-curieux coBcemant l'histoire ancienne et moderne de la Hongrie; j'en ai vu les extraits dans la Bibliothèque Ancienne et Moderne (t zxn, p. 1-51), et dans la Bibliothèque Raisonoée (t. zn, p. 127-175).
2 Socrate I. vn, c. 43; Tbéodoret 1. r, c 36. Tillemont, qui s'en rapporte toujours à l'autorité des auteurs ecclésiastiques, dit qu'il ne s'agissait ni de la même
bartiares ; mais Tbéodose fat contraÏBt d'avoir recours à un expédient plus modeste, et. de stipuler un paiement annuel de trois eent cinquante livres pesant d'or; tribut dont il déguisa la honte en donnant le titre de général romain au roi des Huns , qui daigna l'accepter. L'indocilité des barbares, et les intrigues perfides de la cour de Byzanee , troublèrent fréquemment la tranquillité publique. Quatre nations, parmi lesquelles nous pouvtms compter les Bavarois, secouèrrat le joug des Huns; et les Romains encourt^èrent cette révolte par leur alliance. Biais le fornùdable Rugilas fit entendre efficacement ses rédamations par la voix d'Eslaw, son ambassadeur. Le sénat désirait la paix ; l'empereur ratifia son décret, et on nomma denx ambassadeurs , le génénd Plinthas, Scythe d'extraction , mais ayant le rang de consolai re, et le questeur Epigènes, politique habile et expérimenté, que l'ambitieux Plinthas avait demandé pour collègue.
La mort de Rugilas suspendit les négociations. Ses deux neveux , Attila et Bieda, qui succédèrent an trône de leur oncle, consentirent à une entrevue avec les unbassadeurs de Conetantinople ; et, sans daigner descendre de cheval, ils traitèrent au milieu d'une vaste plaine, dans les environs de Mai^s , ville de la Hante-Mœsie. Les rois des Hims eurent tout l'avantage et l'honneur de cette négociation. Ils dictèrent les conditions de la paix, toutes honteuses pour l'empereur des Romains. Outre la franchise d'un marché sûr et abondant sur les bords du Danube, ils exigèrent que la contribution annuelle fût portée de trois cent cinquante à sept cents livres pesant d'or; que tons les captife romaùis qui s'étaient échappés payassent à leurs maîtres barbares une amende ou rançon de huit pièces d'or par tête ; que l'empereur renonçât à tout traité d'alliance avec les ennemis des HuBs; et que tous les fugitifs qui s'étaient réfugiés à sa cour ou dans ses provinces fussent rendus sans délai à la justice de leur maître offensé. Cette justice fut rigoureusement exécutée sur plusieurs jeunes princes d'extraction royale, qui furent crucifiés sur
guerre, ai des mêmes personsages. (Hist. des Emper. , L w, p. 136-e67.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXXIV
les terres de l'empire, par les ordres d'Attila. Après avoir imprimé chez les Romains la terreur de son nom, le roi des Huns leur accorda une tranquillité précaire, tandis qu'il domptait les provinces rebelles ou inii^pendantes de la Scythie et de la Germanie *.
Attila, filsd« Hnndzuk, tirait son origine illustre , et peut-être royale ' , des andens Huns qui avMent combattu contre les empereurs de la Chine. Ses traits, au rapp<»-t d'un historien des Goths, portaient l'empreinte de son ancienne origme. Le portrait d'Attila présente toute la difformité naturelle d'un Calmouk'; une large tète, un teint basané, de petits yeux renfoncés, un nez aplati, quelques poils au lieu de barbe, de laides épaules, une taille courte et carrée, et un ensemble plein de force et de vigueur, quoique mal proportionné. La démarche fière et le maintien du roi des Huns annonçaient le sentiment de sa snpériorité sur îe reste du genre humain; et il avait l'habitude de rouler les yeux d'un air féroce comme s'il eût aimé à voir la terreur qu'il inspirait. Cependant ce héros sauvage n'était point inaccessible à la pitié ; les ennemis supplians pouvaient avoir confiance dans sa parole de paix et de pardon ; et les sujets. d'Attila le regardaient comme un maître équitable et indulgent. La guerre faisait ses délices ; mais quand il monta sur le trône, à un âge mûr, la conquête du Nord fut plus fouvrage de nm génie que de son bras'; et il fit succéder utilement îa prudente habUeté d'un général à l'aveugle intrépidité d'un soldat. La valeur personnelle obtient de si faibles succès partout ailleurs que dans les romans ou dans la poésie, que la victoire, mémo chez les barbares, doit dépendre du degré d'intelligence avec laquelle un seul homme sait exciter et diriger les passions violente»
' Voyez Priscus, p. 47, 48, et l'Hist. des Peuples del'Europe, t. tii, c, 13, 14, 15.
2 Priscus, p. 39. Les Hongrois modernes le font det'w eendre de Cham, flis de Moé, en remontant au trente^ cinquième d^ré de filiation, et cependant ils ignorent I» Troi nom de son père. (De Guignes, UisL des Huns, t. Il, p. 297.)
3 Comparez Jomandès (c. 35, p. 661) avec BulTon (Hist. Natur., t. m. p. 380). Le premier observait, avec raison, originis sua signa restitueits. Le caractère et le. portrait d'Attila sont probablement tirés de Cassiodore.
de la multitude. Les conquérans de la Scyihie, Attila et Gengis-Khan, étaient moins supérieurs à leurs compatriotes par le courage que par le génie; et on peut observer que les monarchies des Huns et des Mongon\ furent élevées par leurs fondateurs sur la base de la superstition populaire. La conception miracuiense, attribuée par l'artifice et par la crédulité à la Vierge, mère de Gengis, réleva au-dessus du reste des mortels; et le prophète qui lui donna l'empire de la terre, au nom de la Divinité, inspira aux Mongoux un enthousiasme irrésistible '. Les supercheries religieuses, employées par Attila, n'étaient pas moins adroitement adaptées à l'esprit de son siècle et de son pays. Il était assez naturel que des Scythes eussent une vénération de préférence pour le dieu des combats; mais, incapables de s'en former une idée abstraite ou une représentation figurée, ils adoraient leur Divinité tutélaire sous le symbole d'un cimeterre*. Un pâtre des Huns, ayant aperçu qu'une de ses génisses s'était blessée au pied, suivit avec attention la trace du sang, et découvrit, à travers les herbes, la pointe d'une épée, qu'il tira de terre, et qu'il offrit à Attila. Le prince artificieux reçut ce présent céleste avec des démonstrations de pieuse reconnaissance ; et, comme possesseur légitime de l'épée de Mars, il réclama ses droits divins et incontestables à l'empire de l'univers'. Si les Scythes pratiquèrent leurs cérémonies dans cette occasion , on dut
< Abulpbarag., Dynast, vers. Pocodi., p. 381; Hitt. généalogique des Tartares, par Abuighazi Bahader-Khan, part, ni, c. 15; part, iv, c. 3; Vie de Gengis-Khan, par Pelis de la Croix , 1. 1 , c. 1 , 6. Les relations des missionnaires qui ont visité la Tartarie dans le treiaème siècle, (voyez le septième volume de l'Histoire des Voyages) ptignenl l'opinion et le langage du peuple. Gengis est appdé le flls de Dieu, etc., etc.
2 «Nec tcmplum apud eosvisitur, aut delubrum, ne
> lugurium quidem culmo tectum cerniusquam potest;
• sed gladius, barbarico ritu, liuinirigiturnudu$,eumque
• ulMartem r^onum quas circumcircant priesulem vere-
> cundius colunt. • (Ammian. Marcellin., xxxi, 2, et les notes savantes de Lindembroge.)
3 Priscus raconte celte histoire dans son propre texte (p. 6&) et dans sa citation de Jomandès (c. 35, p. G62). Il aurait pu expliquer la tradition ou'fabic qui caractérisait celte fameuse épée, et en même temps le nom et les atlribulsdela divinité de Scythie, dont il a fait le Mars des Grecs et des Romains.
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(440 dep. J.-C.)
élever un autel, ou plutôt une pile de fagots, de deux cents verges de longueur et de largeur, dans une vaste plaine, et placer l'épée de Mars sur cet autel, arrosé tous les ans du sang des troupeaux, des chevaux, et du centième captif '. Soit qu'Attila répandit le sang humain dans ses sacrifices, ou qu'il se conciliât la faveur du dieu de la guerre par les vk* times qu'il lui offrait sans cesse sur les champs de bataille, le favori de Mars acquit bientôt un caractère sacré, qui facilitait ses conquêtes et semblait les légitimer; et les princes barbares assurèrent , ou par dévotion, ou par flatterie, que leurs yeux ne pouvaient soutenir la majesté éclatante du roi des Huns ". Bléda, son frère, qui régni^ sur une grande partie de la nation , perdit le sceptre et la vie; et ce meurtre déaatturé passa pour une impulsion surnaturelle *. La v^ueur avec laquelle Attila maniait l'épée de Mars persuadait aux peuples qu'elle avait étédestinée à son bras invincible* : mais il ne nous reste pas d'autres monumensdu nombre et -de l'importance de ses victoires, que la vaste étendue de ses états ; et, quoique le roi des Huns fit peu de cas des sciences et de |1» philosophie , il regretta peut-être que la barbare ignorance de ses sujets fût încapa-^ ble de perpétuer le souvenir de ses exploits.: En tirant une ligne de séparation entre les climats sauvages et les. nations, civilisées, entre les habitans des villes qui cultivaient les terres, et les hordes de pâtres et de chasseurs qui vivaient sous des tentes , on peut donner légitimement à Attila le titre de mo-. narque universel de tous les barbares *. 11
1 Hérodote, l. nr, c 62. Dans, les sacrifices bumabis, ils abattaient l'épaule et rompaient le bras de la victime; ils les jetaient en l'air, et liraient leurs présages par la ma-, niére dont ces membres retombaient sur la pile.
2 Priscus, p. 55. Un héros plus civilisé, Auguste lairatme aimait à faire baisser la vue à ceux qui le regar-. datent, et à se persuader qu'ils ne pouvaiait supporter le feu divin qui brillait dans ses yeux. (Suétone, in August., c. 79.)
3 Le comte de Buat (Hisl. des Peuples de l'Europe, t. vn, p. 428, 429) essaie de jusliner Attila du meurtre de son frère, et parait vouloir récuser les témoignages det Joroaudés et des chroniques contemporaines.
* Fortissimanun gentium dominus, qui, inauditd
cuite se potentid , solus seyrthiea et germaniea régna
1 posséda, (.lomandès, c. 49, p. 684; Priscus, p. 64, 65. >•
(440 dep. J.-G.)
est le seul des conquérans anciens et modernes qui ait réuni sous sa puissance les vastes royaumes de la Scythie et de la Germanie ; et ces dénominations vagues , lorsqu'on les applique au temps de son règne , peuvent s'entendre dans le sens le plus étendu. Attila comptait an nombre de ses provinces la Thuringe, qui n'était bornée alors que parles rives du Danube. Les Francs le regardaient comme un voisin redoutable, dont ils respectaient la puissance ; et un de ses lieutenans châtia ou extermina les Bourguignons qui habitaient sur les bords du Rhin. 11 soumit les lies de l'Océan et les royaumes de la Scandinavie, séparés par les eaux de la mer Baltique. Les Huns pouvaient tirer un tribut de fourrures de ces contrées septentrionales, défendues jusqu'alors contre l'avidité des conquérans par le courage des habitans et par la sévérité du climat. Du côté de l'Orient, il est difficile d'assigner une limite à l'autorité d'Attila sur les déserts de la Scythie; nous pouvons cependant affirmer qu'elle était reconnue sur les bords du Volga ; que ces peuples redoutaient le monarque des Huns comme guerrier et comme magicien ' ; qu'il attaqua et vainquit le khan des Geougen, et qu'il envoya des ambassadeurs à la Chine pour y négocier un traité d'alliance. Dans le nombre des nations qui obéissaient au roi des Huns, on compte les Gépides et les Ostrogoths, distingués par leur nombre, leur valeur et le mérite personnel de leurs chefs. Le célèbre Ardaric, roi des Gépides, fut toujours le conseiller sage et fidèle du monarque, qui estimait autant l'intrépidité de son génie, qu'il aimait les vertus paisibles et modestes de Walamir, roi des Ostrogoths. La foule de rois obscurs , les chefs de tribus guerrières qui servaient sous les drapeaux d'Attila, se rangeaient autour de lui dans l'humble qualité de gardes ou de domes-
M. de Guignes a acquis , par ses connaissances sur la Chine, des lumières sur l'empire et l'Iiisloire d'Attila.
* Voyez l'Histoire des Huns, t. u, p. 296. Les Geougen cfojraienlque les Huns pouvaient, quand ils le voulaient , faire tomiMsr la pluie, exciter les vents el les tempêtes. On aUf ibuail ee phénomène à la pierre gezzi ; et les Tartares mabonétans du quatorzième siècle attribuèrent la perte d'une bataille au pouvoir magique de celte pierre. (Voy. Cherefeddin-Ali, Hist. de Timur-Rec, 1. 1, p. 82-83.)
PAR ED. GIBBON. CH. XXXIV
tiques. Attentifs à tous ses regards, ils tremblaient au moindre signe de mécontentement, et au premier signal ils exécutaient ses ordres les plus sévères sans se permettre un murmure. En temps de paix, un certain nombre de princes dépendans se rendaient successivement sons ses drapeaux, et formaient la garde de son camp avec leurs troupes nationales; mais lorsqu' Attila rassemblait toutes ses forces militaires, son armée se trouvait composée de cinq, ou, selon d'autres, de sept cent mille barbares *.
Les ambassadeurs des Huns pouvaient réveiller l'attention de Théodose, en lui rappelant qu'ils étaient ses voisins en Europe et en Asie, et qu'ils s'étendaient d'un c6té jusqu'au Danube, et de l'autre jusqu'au Tanaïs. Sous le règne de son père Arcadius, une troupe de Huns aventuriers avaient ravagé les provinces de l'Orient, d'où ils s'étaient retirés avec d'immenses dépouilles et une multitude de captifs *. Us s'avancèrent, par un chemin secret, le long des côtes de la mer Caspienne , traversèrent les montagnes de l'Arménie, passèrent le Tigre, l'Euphrate et le Halys, recrutèrent leur cavalerie d'excellens chevaux de Cappadoce, occupèrent les hauteurs de la Cilicie, et pénétrèrent jusqu'aux portes d'Antioche. Leur approche fit trembler l'Egypte; les moines et les pèlerins de la Terre-Sainte se hâtèrent de s'embarquer, pour éviter leurs fureurs. Les Orientaux se souvenaient encore avec terreur
• Jomand^s, c. 35, p. 661 ; c. 37, p. 667. (Voy. Tilleniont, Hist. des Emper., t. vi, p. 129-138.) Corneille a peint la manière hautaine avec laquelle Attila traitait les rois ses iojiAs.
Ils ne sont pas Tenus dos deux rois ! qu'on leur die Qu'Us M font trop auendre, et qu'AtlUa s'euDotc.
Les deux rois sont peints comme de profonds politiques el de tendres amans ; et toute la pièce ne présente que les défauts du poète sans en montrer le génie.
2 AU! per caspU danstra
Ameniasqne nUes, looploo tramile dnctl
Invadunk OrieotU opes : tain pasma funuint
Cappadocum, volucrumque paréos Arganis cquorusi
Jain rnbct altos Halys , ner se deftmdft Iniqno
Monte atlx; Syrlaetraclus Tastantaramorol; ^
Assuelumquc chorls et Ixii picbe canonim ,
Protcrlt Imbellcm soolpcs hostitls Orontem.
Claud., In Hufin., I. n, »ai.
(Voyez aussi Eutrope, 1. 1, 243-251, et la description de Jérôme, qui écrivait d'après sa propre manière de sentir. 1. 1, p. 26, ad BeUodor., p. 200, ttd Océan.) Philostorge (1. IX, c. 8) parle de celle invasion.
(440dep.J.-D.)
Ae cette invasion. Les sujets d'Attila pouvaient exécuter avec des forces supérieures rentreprise de ces audacieux aventuriers; et on fut bientôt dans l'inquiétude de savoir si la tempête fondrait sur les Persans ou snr les Romains. Quelques-uns des grands vassaux du roi des Huns étaient allés , par ses ordres, ratifier un traité d'alliance et une société d'armes avec Fcmperenr, on plutôt avec le général de l'Occident. Ils racontèrent, durant leur séjour à Rome, les circonsiances d'une de leurs expéditions récentes dans FOrient. Après avoir passé le désert et un marais , que les Romains snpposèrent être le lac Méotis, ils traversèrent les montagnes, arrivèrent an bout de quinze jours sur les confias de la Médie, et s'avancèrent jusqu'aux villes inconnues de Basic et de Cursie. Ils rencontrèrent Tarmée des Persans dans les plaines d'Arménie; et, selon leur propre expression , Tair fut obscurci par nn nuage de traits. Les Huns cédèrent à la supériorité du nombre ; leur retraite pénible se fit par différons chemins; ils perdirent laplusgrande partie de leurs dépouilles, et se retirèrent enfin dans le camp national, avec la connaissance du pays et le désir de la vengeance. Dans la conversation familière des ambassadeurs impériaux , qui discutèrent à la cour d'Attila le caractère de ce prince et les vues de son ambition , les ministres de Constantineple se flattèrent que ses forces seraient long-temps occupées dans une guerre difficile et douteuse contre les princes de la maison de Sassan ; mais les Italiens plus pénétra ns avertirent leurs frères d'Orient de la folie et du danger d'une telle espérance, et les convainquirent que les Mèdes et les Persans ne pourraient pas résister aux Huns et que cette conquête facile augmenterait la puissance et l'orgueil du vainqueur, qui, au lieu de se contenter d'une faible contribution et du titre de général de Théodose, imposerait des conditions dures et honteuses aux Romains , qu'il tiendrait enfermés de tontes parts '.
Tandis que les puissances de l'Europe et de l'Asie cherchaient à détourner le danger
* Voyez l'original de la oonvenation dans Priscus, p. 64,65.
qui les menaçait, l'alliance d'Attila maintenait les Vandales dans la possession de l'Afrique. Les cours de Ravenne et de Constantinople avaient réuni leurs forces pour recouvrer cette province précieuse , et les ports de la Sicile étaient déjà remplis de préparatifs navais et militaires. Mais le rnsé Genseric prévint cette entreprise, en excitant le roi des Huns à envahir l'empire d'Orient ; et un événement de peu d'importance devint le motif ou le prétexte d'une guerre sanglante' . En conséquence du traité de Hargus , on avaK ouvert un marché franc sur le côté septentrional du Danube, sous la protection d'une forteresse romaine, nommée Constantia. Une troupe de barbares violèrent la sûreté du commerce , tuèrent ou dispersèrent les mardiands, et détruisirent totalement kt forteresse. Les Huns représentèrent cet outrage comme un acte de représailles, et alléguèrent que l'évêque de Margus s'était saisi sur lenr territoire du trésor d'un de leurs rois. I!» exigèrent qu'on leur restituât le trésor , et qu'on lenr livrât le prélat et les sujets fugitifs qui s'étaient dérobés à la justice d'Attila. Le refus de la cour de Ryzance fut le signal de la guerre. Les habitans de la Moesie applaudirent d'abord à la généreuse fermeté de lenr souverain ; mais , dès que la îieslmction de Viminiacum et des viHes voisines les eurent avertis de leur propre danger, ils adoptèrent une morale plus relâchée , et prétendirent qu'on pouvait sacrifier justement un citoyen innocent et respectable à la sâreté de son pays. L'évêque deMargus, qui n'aspirait point à la couronne du martyre , soupçonna leur dessein , et résohit de le prévenir. Il traita personnellement avec le prince des Huns , s'assura, par des sermens, de son pardon et d'une récompense, posta secrètement un corps nombreux de barbares sur les bords du S^-
* Prisens, p. 331. Son histoire contient an récit détaillé de la guerre. Evagrius, 1. 1, c. 17 : il ne Bons est restdqne les extraits qui ont rapport anx ambassades. Màs le* éerirains dont nous lirons cette notion imparfaite avaient consulté l'ouvrage original : Jomandës , Théopbane, le comte Marcellinns, Prosper Tyro et l'auteur de la chronique d'Alexandrie. M. de Buat (Hist. des Peuples de l'Europe, t. VII, c. 15) a examiné la cause, les événeoMM et la durée de cette guerre , et prétend qu'elle fut termiBée avant la An de l'année 444.
(440 dep. J.-C:) PAR ED.
aube, et ouvrit de sa propre main les portes de la ville ^ à une heure convenue. Cet avantage, obtenu par une trahison, servit de prélude à des victoires plus honorables et plus décisives. Une ligne de châteaux ou forteresses défendmt les frontières del'Illyrie; et, quoique la plupart né consistassent que dans une tour et une faible garnison , elles suffisaient ordinairement pour repousser ou arrêter les incursions d'ennemis qui manquaient également d'intelligence pour faire un siège régulier, et de patience pour l'entreprendre. Mais l'effrayante multitude des Huns fil bientôt disparaître ces faibles obstacles '. Ils réduisirent en cendres les villes de Sirmium et de Singidunum, de Ratiaria et de Marcianopolis , de Naissus et de Sardica ; des myriades de barbares, conduits par Attila , envahirent et ravagèrent à la fois toute l'étendue de l'Europe, dans un espace d'environ cinq cent milles, depuis le Pont-Euxinjusqu'à la mer Adriatique. Cependant ce danger pressant ne put ni distraire Théodose de sesamusemens ou de ses pratiques de dévotion , ni le déterminer à paraître à la tête des légiaiis romaines ; mais il rappela promptement les troupes qu'il avait envoyées en Sicile, pour attaquer l'usurpateur de l'Afrique; il épuisa les garnisons des frontières de la Perse, et rassembla en Europe une armée dont le nombre et la valeur auraient été formidables, si les généraux eussent su commander, et les soldats obéir. Ces armées furent vaincues dans trois batailles successives; les deux premières se donnèrent sur les bords de l'Utus et sous les murs de Harcianopolis, dans les vastes plainesqui séparent le Danube du mont Hémus. Les Romains, pressés par l'ennemi victorieux, se retirèrent imprudemment vers la Chersonnèse de Thrace, et essuyèrent, sur cette péninsule étroite , une troisième défaite totale et irréparable. Par la destruction de cette armée, Attila devint maître absolu de tout le pays, depuis l'Hellespont jusqu'aux Thermopyles et aux faubourgs de Constantinople. Il ravagea, sans obstacle et sans pitié , les provinces de la
« Proeop., de JEdifieiis, 1. n, c. 5. Ces forteresses turent rétablies et perfeelionnées par l'empereur Justinien, miis délruiles bicnlôt après par les Arabes, qui saccédirent i la puissance et aux possessions des Iluns. GIBBON, I.