GIBBON. CH. XXXI V
Thrace et de la Macédoine. Les villes d'Hé* raclée et d'Adrianople échappèrent peut-être à cette formidaUe invasion ; jnais les auteurs anciens assurent que soixante-dix villes de l'empire d'Orient furent détruites et dispar»rent entièrement * . Les murs de Constantinople 'protégèrent Théodose, sa cour et ses timides habîtans. Cependant Us avaient été ébranlés récenunent par un tremblement de terre ; et la chute de cinqiumte-huit tours présentai une brèche effrayante. On répara promptement le dommage; miais les terreurs.de la superstition aggravèrent le danger de cet ac» cident;lepeupleimaginaque le ciel lui-même livrait la viÛe impériale aux pâtres de la Scytbie, qui de connaissaient ni les lois, ni le langage , ni la religion des Romains/.
Dans toutes les invasions des empires du midi, les pâtres de la Scythie ont déployé leur esprit sauvage et destructeur. Les lois de la guerre , qui s'opposent au meurtre et aux brigandages, sont fondées sur deux principes d'intérêt personnel : le bénéfice que l'on peut tirer de la conquête , en faisait un usage modéré de la victoire , et lajuste appréhension que l'ennemi n'use de représaiU les lorsqu'il en trouve l'occasion. Mais ces considérations de crainte et d'espérance étaient presque inccHmues aux nations pastonles.
On peut comparer sans injustice les Huns d'Attila aux Mongous et aux Tartares , avant que leurs mœurs primitives eussent été modifiées par le luxe et par la religion ; et le témoignage de l'histoire de l'Orient peut jeter quelques lumières sur les annales imparfaites et tronquées des Romains. Après avoir subjugué toutes les province septentrionales de la Chine, les Mongous proposèrent sérieusement , non pas dans la première violence de la colère et de la victoire, mais dans le calme de la réflexion , d'exterminer tous les habi-
i Septuagtnta civitates, dit Prosper Tyro, depradatione vcutatm. Le langage du comte MarceUinus est encore plus expressif. Penè totam Europam, invasis exeislsque elvitatU>m$ atque eattellis, eonrasU.
î TDlemont(Hist. deiEmp., t. vi, p. 106. 107) parte beaucoup de ce tremblemnit de terre, qui se fit sentir depuis Constantinople jusqu'à Anliocheet k Alexandrie, et a été attesté par tous les écrivains eedésiastiqucs. Dans les mains d'un prédicateur populaire un trcmlilenent déterre est uo ressortd'un efTct adtairable.
tau r et de convertir le pays en déaert etéa pâturages poar leurs troapeaux. La fermeté d'un nandartn chinois ', qni fit goûter à Gengis-Khan quelques principes de politique plus saine, l'empêcha d'exécuter cet horrible dessein ; mais dans les TiHes de l'Asie , dont les Ifongons se rendirent les maîtres , ils exereèr«nt le plus a&«ax ^us de la victoire avec «ne espèce de méthode et da régularité dont on peut raisonDaUement , quoique sans preuve authentique, soupçonner les Huas. Tons les habitans d'une ville rendue à discrétion, étaient obligés de se réunir dans quelque plaine adjacente; là on séparait les vaincus en trois classes. La première consistait dans les soldats de la garnison et les hommes d'âge à porter les armes, dont le sort se décidait à instant; ils avaient l'alternative, de s'enrAler parmi les Mongons, ou.d'étre massacrés sur-le-champ par les troupes qui les environnaient de toutes parts avec les arcs tendus et la lance en arrêt. La seconde classe, composée des femmes, et filles |euaes et belles, des artisans, des ouvriers de toutes les classes et de toutes les professions, et de tous tes citoyens dont on pouvait espéi>er une rançon, se partageait entre les barbares , on par parties égales, on «n lots proportionnés à leur rang dans l'armée. Le reste , dont la vie ou la mort était ëgalen^ent indiiïérente aux vainqueurs , obtenait la liberté de retourner dans la ville , d'où OB avait enlevé tout ce qui paraissait tuile ou précieux . Ces infortunés habitans, privés de leurs amis, de leurs parons et de toutes les commodités de la vie, payaient eo- Gore un tribut' pour pouvoir respirer leur air natal. Telle était la conduite des Mongou«, quand ils ne croyaient pas devoir usa* de la ^lernière. rigueur *. Mais un faible sujet de ressentiment, un caprice ou un motif de cou-
' Il représenta à rempereur des Moagous que les quatre provinces, Petchell, Cbangton, Chaosi, et Leaotong, ((u'il possédait déjà, pouvaient produire aonuellement, sous uue admiaistratioa douce, cinq cent mille onces d'argent, quatre coït mille mesor» de riz, et huit cenl mille pié«es de soie. (Gaubil. , Hîst. de la Dynastie des Moogous, p. $8, 58.) Yelutdïousiqr, c'était le nom de ce mandarin , fut un sage et verlueui ministre, qui sauva .son pays et ciTilisa les coaquérans. (Voy. p. 102, 103.)
> Les exemples particuliers seraient sans fin; mais le
DECAOEISCE DE L'ËMP1RË B0MA1N,
(440 dep. J.-C.)
venance, suffisaient posr les déterminer à envelopper tout un peuple, sans distinction, dans un massacre général; et ils exécutèrent la destruction de plusieurs villes florissantes avec tant de fureur et de persévérance, que, selon leur propre expression , un cheval pouvait galoper sans broncher snr le terrain où ces villes avaient existé. Les armées de Gengis-Khan détruisirent les trois grandes [capitales dn Khorasan , Maru, ?(eisabour et Hérat ; et le dénombrement exact des habitans qui perdirent la vie s'élevait à quatre millions trois cent quarante mille '. Tamei4an, né dans un siècle moins barbare , et élevé dans la religion maliométane, ne fut pas moins féroce qu'Attila*; et, si ce dernier a égalé; Timur en meurtres et en destructions*, l'épithètede/Iéati de Dieu pourrait convenir également à l'un et à l'autre.
On peut affirmer avec plus d'assurance que les Huns dépeuplèrent les provinces de l'empire par le grand nombre de Romains qu'ils emmenèrent en captivité. Entre les mains d'un législateur habile, celte industrieuse colonie aurait répandu les sciences et les arts dans les déserts de la Scythie ; mais ces captifs se trouvaient dispersés dans toutes les hordes qui composaient l'empire d'.Attila;
lecteur curieux peut consulter la Vie de Gengis-Khan, par Pelisdela Croix, l'Hisloire des Mongous, et le quinzième livre de THistoire des Huns.
t A Maru, 1,300,000, à Héral 1,600,000, à Neisabour 1,747,000. (D'Herbelot, BiUiotb. Orient., p. 380, 381.) Je suis littératemeat les dénombremens de d'AnviOe; mais on doit observer que les Persans étaient disposés à exagérer leurs pertes , et les Mongous leurs exploits.
2 ChereTeddin-Ali, son panégyriste , noas en présente d'horribles exemples. Dans son camp devant Delhi, Timur massacra cent mille Indius prisonniers, parce qu'ils avaient témoigné de la joie en voyant paraître l'armée de leurs compatriotes. (Histoire de Timui-Bec, t. ni, p. 90.) Le peuple d'Ispahan fournit soixante-dix mille crânes humains pour la construction de plusieurs tours. (M., 1. 1, p. 434.) On leva aussi celte horrible taxe sur les révoltés de Bagdad (t. m, p. 370); et le dénombrcneot que Cberefeddin ne put obtenir des officiers est calculé par un autre historien (Ahmed Arabsiada, t. n, p. 175, vers. Manger) à quatre-vingt-dix mille têtes.
3 Les anciens ( Jomandès, Priscus, etc. ) n'ont pas connaissance de cdte épilbète. Les Hongrois modem» ont imaginé qu'elle avait été appliquée i Attila par un ermite de la Gaule, et que le roi des Huns, à qui elle pktt, l'inséra dans ses titres. (Mascou, ix, 23; et Tillem., UisL des Emper., t. n, p. 143.)
PAR ED. GIBBON
(440 lep. J.-C.)
elles bàiitares ne connaissaient ée valeur dans un esclave que la force, la jeunesse, la beauté, on l'espoir d'une rançon. Ils se conmissaieot peu au mérite d'un théologien prefondément versé dans les controverses sur la trinité et l'incarnation ; mais ils respectaient les ministres de toutes les reHgioiis ; et le 2èle actifdes missionnaires chrétiens travaBla avec succès à la propagation de l'ÉvangBe, sans approcher de la personne ou du palais des souverains '. Des pâtres, qui n'avaient pas même l'idée du partage, devaient mépriser oa même détester la jurisprudence et ceux qui en faisaient leur profession *. Les IIhus et les Golhs, contiauellcment mêlés ensemble, se c«immumquaient réciproquement la connaissance de leurs idiomes ; et tous les baii^are» voulaient parler la langue latine, parce qu'elle était la langue militaire, même dans l'empire de l'Orient '. Hais ils dédaignaient le kngage et les sciences des Grecs. L'orgueil du sophiste on du phibsophe, accoutumé a«t applaudissemens des écoles, devait souffrir de voir donner la préfi^nce à un robuste valet, conopagnon de sa captivité. Dans le nombre des arts mécaniques , les Huns n'estimaient et n'encourageaient que ceux qui servaient à leurs besoins. Onegesins, un des favoris d'Attila , fit construire un bain par un architecte , son esclave ; mais ce fut un exemple |)eut-être unique d'un hixe particulier; et les barbares employaient généralement les serruriers, les charpentiers , les armuriers, ete^ à fabriquer des ustensiles pour la paix ,
' < Les aiHioDnMres de saint ChrygostAme araienl tonverti ua grand nombre de Scythes qui vivaient au-ddà du Danube Bans autre habitation que des tentes et des cha- Hots. CThéodoret, l. v, c. 31; Pbotius, p. 1517.) Les taahométMs, les nesti^ens et les chrétiens latins se erayaientsftrt de gagner les flis et les petits-Sis de Gengis- KbBD, qui traitaient avec doucenr les missionnaires, leurs rivaux.
> Les Germains, qui exterminèrent Varus et ses légions, avaient été particulièrement oITensés des lois romaines, et irrités contre leurs jurisconsultes. Un des barbares, après avoir coupé la langue d'un avocat et lui avoir cousu la boucbe, ajouta, d'un air de satisfaction, que le serpent ne pouvait plus sidler. (Florus, nr, 18.)
) Priscus, p. 59. Il semble que les Huns préféraient la langue des Gotbs et celle des Latins à leur propre idiome, qui était sans doute pauvre et dur.
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et des armes pour la guerre. Les médecins étaient particulièrement l'objet de leur vénération. Quoique les Huns méprisassent la mort, ils (a-aignaient les maladies et la douleur, et la fierté du vainqueur disparaissait devant un captif à qui il supposait le pouvoir de lui sauver ou de lui prcrfoi^er la vie'. Un barbare pouvait maltraiter, dans un moment de colère, l'esclave dont il était le maître absolu ; mais les moeurs des Huns n'admettaient pas un système suivi d'oppression, et ils récompensaient souvent par le doade lalibertéle courage ou l'activité de leurcaptif. L'historien Priscus *, dont l'ambassade offre une source féconde d'instructions , fut accosté dans le camp d'Attila par un étranger qui le salua en langue grecque, mais dont la figure et l'habillement annonçaient un riche habitant de la Scythie. Au siège de Yiminiacum ^ il avait perdu , comme il le raconta lui-même, sa fortune et éa liberté. Onegesins , dont il devint l'esclave, récompensa les services qu'it lui rendit contre les Romains et contre les^ Acatzires en l'élevant au rang des guerriers nésparmi les Huns, auxquels il s'était attaché par les liens du mariage etde la paternité. La guerre lui avait rebdli avec usure la fortun» qu'elle lui avait enlevée ; son maître l'admettMt à sa table, et l'apostat grec bénissait une captivité devenue la source de son bonheur. Son récit fut suivi de réflexions sur les avantages et sur les défeuts du gouvernement ro» main, que l'apostat censurait avec véhémence, et que Priscus défendit faiblement. L'affranchi d'Chiegesius peignit des plus vives couleurs les vices d'un empire chancelant, vices dont il avait été si long-temps la victime : la cruelle absurdité des empereurs, qui, trop faibles pour protéger leurs sujets , leur re-
< Philippe de Commines, dans sbn excellent tableau des derniers momens de Louis xi (Mém., I. n, e. 12)» repré6€nterinsoleacedeBonniédecin,qu^ en moins de cinq mois, arracha de l'avarice du tyran cinquante auUe écus et unriclieévéché.
> Priscus (p. 61) exalte l'équité des lois ^omaines^ qui protégeaient la vie des esclaves. Oecidere soient, dit Tacite en parlant des Germains, non dUeiplind et severitate , aed in^jetu et ira, ut inimieum, nUi quoil tm>punè. {De Moribus Gertn. , c. 25.) Les Hérules , sqjels d'Attila, réclamèrent et exercèrent le droit de vie et de mort sur leurs esclaves. (Voya ua exemple Ihippant dans le second livre d'Agathias.)
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
(44edep. J.-C.)
fusaient des armes pour se défendre ; le poids excessif des contributions, rendu encore plus insiipportable par les abus d'une perception oppressive; l'obscurité d'une foule de lois qui se détruisaient mutuellement; les formalités lentes e^ ruineuses de la justice , et la corruption générale, qui augmentait l'influence du riche et aggravait l'infortune du pauvre. Un sentiment de sympathie patriotique se ranima un instant dans le cœur de cet heureux expatrié ; et il déplora , en versant un torrent de larmes, le crime ou la faiblesse des magistrats qui avaient perverti les institutions les plus sages et les plus salutaires'.
La politique timide et égoïste des Romains de l'Occident avait abandonné l'empire d'Orient à la vengeance des Huns *. Le génie du monarque ne suppléait point à la perte des armées, et au défaut de courage et de discipline. Théodose , qui prenait sans doute encore le titre d'Augusie et d'Invincible, fut réduit à solliciter la clémence d'Attila , qui dicta impérieusement les conditions d'une paix ignominieuse : t" L'empereur d'Orient cédait, par une convention expresse pu tacite, un vaste territoire qui s'étendait le long des rives méridionales du Danube, depuis Singidunum ou Belgrade jusqu'à Novse, dans le diocèse de la Thrace. La largeur fut énoncée vaguement par l'expression de quinze jours de marche. Mais la proposition que fît Attila de changer le lieu du marché national prouva bientôt qu'il comprenait les ruines de Naissus dans les limites de ses nouveaux états. 20 Le roi des Huns exigea et obtint que le tribut annuel de sept cents livres pesant d'or serait porté à deux mille cent livres ; et il stipula le paiement immédiat d^ six mille livres d'or pour l'indemniser de^ frais de la guerre, ou remplacer le vol qui en avait été le prétexte. On imaginerait peut-être que l'empire d'Orient acquitta sans peine une demande qui égalait
< Vojrezla cooTenation entière dans Priscas, p. 50-62.
* Npva Uerum Orienti assurgit ruina gu&m
mtUa ab OecideataUbu» fenmtur auxilia. Prosper Tyro composa celte eiironique dans l'Ocddent , et son observation semble renfcnner nne saliipe.
à peine la fortune de certains particuliers ; mais la difficulté de réaliser celte faible somme offrit une preuve frappante du dépérissement ou du désordre des finances. Une grande partie des contributions qu'on arrachait au peuple était interceptée par les nuh nœuvres les plus coupables, et n'arrivait pas dans le trésor impérial. Tbéodose di»; sipait son revenu avec ses favoris, en profusions et en faste inutile, toujours déguisé sous le nom de magnificence impériale , ou de charité chrétienne. Les subsides extrain^ dinaires avaient été épuisés par la nécessité imprévue de préparatifs militaires. On ne puttrouverd'autre expédient, pour satisfaire sans délai l'avidité et l'impatience d'Attila qu'une contribution personnelle et rigour reuse sur l'ordre des sénateurs, et elle fut imposée arbitrairement. La pauvreté des nobles les contttiignit d'exposer en venl^ les i»-. joux de leurs femmes et les omemens de leurs palais *. S^ Il parait que le roi des Huns établissait pour principe de jurisprur dence nationale, qu'il ne pouvait jamais per^ dre la propriété des personnes qui avaient une fqis cédé de gré ou de fqrce à ^on auto-: rite. D'après ce principe , il concluait, et les conclusions d'Attila étaient des lois irrévqc»: blés, que les Hpns pris à la guerre devaient être renvoyés sans rançon et sans délai ; que tptit captif romain fugitif paierait douze pièces d'or pour jouir de sa liberté, et que tous les déserteurs de ses drapeaux seraient rendus sans condition ni promesse de pardon. Pour l>xécutionde ce traité honteux les oflt: ciers de l'empire furent amenés à massacrer des déserteurs d'une naissance illustre, qui ne voulaient point se dévouer à des supplices certains: ; çt les Romains perdirent sans re: tour la confiance de to\is les peuples de la Scythie, en prouvant qu'ils manquaient ou de bonne foi, ou de force pour protéger les
* Si l'on en croit la description on plutôt la satire et
ChrysostOme, nne vente d^ meubles de luxe, communs à Conslanlinople, devait produire des sommes considérables. Il y avait, dans toutes les maisons des citoyens opalens: une table en fler à dwval, d'argent massir, que deux hommes auraient en peine it porter; un vase d'or maaàt, du poids de quarante livres , des gobdets , des plats, etc. du mime métal.
(449 dep. }.-C.)
stipplinin qui avaiott eiid)ras3ë le trône de Théodose *.
La fermeté d'une petite ville, si obsonre qne les historiens ni les géographes ne l'ont nommée dans aneune antre occasion, fit sentir tonte la faiblesse de l'empereur et de l'empire. ÀKimus ou Azimuntium, dans la Thrace et sur les confins de nilyrie *, s'était distinguée par l'esprit martial de sa jeunesse, par l'habileté des chells qn'elle avait choisis , et par leurs exploits contre l'armée des barbares. Au lieu d'attendre leur approche, les Azimontins firent de fréquentes sorties , atqnèrent les Huns, qui se retirèrent insensiblement de ce dangereux voisinage, leur enlevèrent une partie de leurs dépouilles et de leurs captifs, et recrutèrent leurs forces militaires par l'association des fugitifs et des déserteurs. Après la conclusion du traité, Attila menaça l'empire d'une nouvelle guerre, si l'on n'obligeait pas les Azimontins à remplir les conditions acceptées par leur souverain. Les ministres de Théodose avouèrent avec une humble franchise qu'ils ne pouvaient plus prétendre à aucune autorité sur des hommes qui avaient défendu si courageusement leur indépendance; et le roi des Huns consentit à négocier un échange avec les citoyens d'Azimus. lis demandèrent la restitution de quelques pâtres qui s'étaient bissé surprendre avec leurs troupeaux. La recherche fut accordée, et fut infructueuse : mais ils obligèrent les Huns à faire serment qu'ils ne retenaient point d' Azimontins parmi leurs prisonniers, avant de rendre deux bai^ bares qu'ils avaient conservés pour garans (de la vie de leurs compatriotes.
Attila, de son côté, voulut bien s'enrap-
< Les articles do traité , énoncés sans beauooap d'ordre pu de précision, se trouvent dans Priscns (p>. 34, 35, 36, 37, â3, etc.). Le comte Maredlinus prétend tirer quelque coDsolalion : 1° de ce qu'Attila soUidlait lui-mtae la paix et des pfésens qu'il avait précédemment refusés; 2° que dans ce même temps les ambassadeurs de l'Inde avaient fut présent d'un fort beau llgre à l'empereur Théodose.
2 Priscus, p. 35, 36. Parmi les cent quatre-vingt-deux châteaux ou forteresses dn la Thrace cités par Procope (de MtOfidU, L nr, c. 11, t. n, p. 92, édit. Paris), il y en a un qu'il nomme Etimontou , dont la position est n^ement fixée dans le voisinage d'Âncfaialus et de la Mer-^oire. Le nom et les murs d'Arimuntium pouvaient (acore subsister dn temps de Justinien ; mais l« Jakrasie
P.\R ED. GIBBON. CH. XXXIV
ats
porter à leurs protestations. Lea citoyens d'Azimus at&rmèrent qu'ils avaient immolé le reste de leurs prisonniers , et qu'ils étaient dans l'usage de renvoyer sur-le-champ tous les Romains et les déserteurs qui se réfu.giaient sons leur protection. Les casuistes blâmeront ou excuseront ce mensonge offldeux, en proportion de ce qu'ils inclineront plus ou moins pour les opinions rigides de saint Augustin, ou pour les sentiroens plus doux de saint Jérôme ou de saint Ghrysos* tome '. Mais tout militaire et tout homme d'é" tat doit convenir que , si l'on eût encouragé et multiplié la race guerrière des Azimon» tins, les Barbares auraient été bientôt forcés de respecter la majesté de l'empire.
On ne pouvait pas espérer qu'en renon* çant à l'honneur Théodose obtint la paix, et que sa timidité le mit à l'abri de nouvelles insultes. Il reçut successivement cinq on six ambassades *, et les ministres d'Attila preS" sèrent par des menaces la pleine et entière exécution du traité. Us produisirent les noms des fugitifs et des déserteurs qui se trouvaient encore sous la protection de l'em^ pire , et déclarèrent que, si leur souverain n'obtenait pas promptement satisfaction , il lui serait impossible d'arrêter le ressentiment de ses tribus. Outre les motifs d'or^ gueil et d'intérêt qui engageaient le roi des Huns à continuer cette suite de négociations, il n'était point insensible au plaisir d'enrichir ses courtisans aux dépens de ses ennemis. On épuisait le trésor impérial, pour gagner les ambassadeurs et les principaux de leur suite, dont le rapport favorable) pouvait contribuer à la conservation de la paix. Le roi des Huns était^ flatté de la réception bo-
timide des princes romains avait soigneusement extirpé la race de ses défenseurs.
< La dispute de saint Jérôme et de saint Augustin, qui tâchèrent d'apaiser, par des moyens dilDérens la querelle apparente de saint Pierre et de saint Paul, a pour cAjet la solution d'une question importante (Œuvres de Middlelon, vol. Il, p. 5-10) , qui a été souvent agitée par des théologiens catholiques et protestans, et même par des Jurisconsultes et des pUlosophes dans tous les siècles.
2 Montesquieu (Cmisidérations sur la Grandeur, etc. , c. 19) a tracé d'un crayon hardi et fiieile quelques exemples de l'orgueil d'Attila et de la bassesse des Romains ; on d<rft le louer l'avoir lu les fragmens de Priscus, qu'on avait toujours trop néglige.
DËCADEM.CE D£ L'EMPIRE ROMAIN
(448 dep. J.-C.)
mnbk que l'on ifiamt à ses ambassaélears ; il calculait avec satisfaction la valeur et la BMgoificence des preseus qu'ils obtenaient ; il exigeait rigoureusement l'exécution de tontes les promesses qiu devaient leur pro> curer <|ueique avantage, et traita cmnme une affaire d'état le mariage de Constance, sod 6«crétaire *. Cet aventurier gaulois, qu'Âétivs avait recommandé au roi des Huns, s'était engagé à favoriser les ministres de Constaatinopie , à condition qu'ils loi feraient épou- «er une femme riche et d'un rang distingué. La fille du comte Satiu*nin fut choisie pour acquitter l'engagement de son pays. La ré* pugnance de la victime, quelques troubles domestiques, et l'injuste confiscation de sa foTtuoe, refroidirent l'ardeur de l'avide Con- «taaoe; mai» il réclama, au nom d'Attik, une alliance équivalente; et, après bien des dé> tMirs, des excuses et des délais inutiles, la cour de Byzance se trouva forcée de sacrifier à cet insolent étranger la veuve d'Arma<tius, que sa naissance, ses richesses et sa beauté plaçaient au premier rang des matrone» romaiaes. En retour de ces importunes et OA^nsos ambassades, Attila voulut qu'ji son tour l'empereur d'Orient lai envoyftt des ambassadeurs ; et , pesant avec orgueil le rang et la réputation des envoyés, il daigna promettre qu'il viendrait recevoir jusqu'à Sardica, tout ministre qui serait revêtu de la dignité consulaire. Le conseil de Théodose éluda cette proposition, en représentant la misère et la désolation de Sardica ; il hasarda même d'observer que tout officier de l'armée ou du palais impérial avait -un tilre suffisant pour traiter avec le plus puissant prince de la Scythie. Maximin, courtisan sage et respectable ', qui avait occupé long-temps avec éclat des emplois civils et militaires, accepta à regret la commisaion désagréable, et peut-être dangereuse, d'apaiser le ressentiment du roi des Huns.
1 Voyec Pris4M8, p. «9, 71, 72, «le. Je me pMsai* à croire qae cet arentorier «mit été eneifié depuis p«r l'«rdre é'AUila, sur le covpçon de perMie; mig Priseas a dairemeat lUstiagaé de«x dUliéreates penoMMS qui portaient le MB de Coiulaiice, et que b simililndc des éré- ■emtas de loir vie pourait faire aisément confondre.
2 Dans le Iraité de Perse eondu en 422, le Mgeet él»quent Maximin avait été l'iisscsseur d'Ardatarios. (So-
L'bistorien Priscus , son ami ', saisit cette occasion d'examiner le héros baiiiare dans le sein de la paix et de la vie dbmftstiqne; mais le secret fatal et criminel de l'ambassade ne fut confié qu'à l'interprète Vigilius. Les deux derniers ambassadeurs des Huas , Oreste, d'une femille noble de la I^nnooie , et Edec<m, vaillant chef de la tribu des Scyires, retournèrent ea nênae temps de Censtaatiuoj^e au camp d'Attila. Leurs noms obscurs acquirent biaitôt de l'iUustratioB par la fortune extraordinùre de leurs ils. Les deux serviteurs d'Attila devinrent pères du dernier empereur de l'Occident, et du premier roi barbare de l'Italie.
Les ambassadeurs, saivts d'un train nombreux d'hommes et de chevaux, firent leur première halte à Sardica, environ à trois cent cinquante milles, ou treize jours de marche de Constantinople. Comme les ruines de Sardica se trouvaient sur les terres de l'empire, les Romains remfdirent les devoirs de l'hospitalité. Les provinciaux fournirent une quantité suffisante de bœufs et de moutons, et les Huns furent invités à un repas plus abondant que spleodide. Mais la vanité et l'indiscrétion des deux partis introduisirent bientôt la dissension parmi les convives. Les ambassadeurs romains soutinrent avec chaleur la majesté de Théodose et de l'empire ; et les Huns maintinrent avec une hauteur insultante la supériorité de leur monarque victoiieux. L'adulation déplacée de Vigilius enflamma la dispute ; il rejetait dédaigneusement la comparaison d'un mortel , quel qu'il pût être, avec le divin Théodose ; et ce fut avec beaucoup de difficulté que Priscus el Maximin parvinrent à changer de conversation , et à cidmer la colère des bar-
crate, 1. m, t. 20.) Loraqae Martien monta snr le Irlae, il fit Ifaiiiidn grandHtaoMIan , cl dans na ddit piibfc on lui denn te rang d'un dea qaaire principaux mirialrK d'éUt. {rrovett. md Mfe. Cod., p. 81.) HnéenU noe eommisBion eitfle et niliuir» dMs ht pintitc» orieatale8,ellesaaunige«d'Ëliitopie,daatUrepoMHi le ^ cartiene, dépieréreat sa nort. (V«jr. Priscus, p. 46, 4t.) t Prisea« était né tPanium, dans la Tkraee.et.'mMto, parson éloquence, wieplaee parmi les pkileaaftas desM tiède. Son HUteire de BysaMo, relattra m temps oà i vindl, est campwéedesept ttrrcs. (Voyei flbridns , M- Uiat.6rae.,t.yi,p. 236,2l6.)Na)iréleiageiMaldwitable des criûqufls , je soopçMmeqoe Pr iteos était pehn.
bares. Lorsqa'tts quittèrent la table, les ambassadeurs romains offrirent à Edecon et à Oreste des robes de soie et des perles des Indes, qa'ilsacoeptèrent avec reconnaissance. Oreste observa cependant qu'on ne l'avait pas toujoars traité avec tant d'égards et de tibëraiité. La distinction oETeasante de son emploi civil avec le rang héréditaire de son coUègfie, semble avoir fait d'Ëdecon un ennemi suspect, et d'Oreste un ennemi irréconcilia4)le.
Après leur départ de Sardica, ils Grent une routftd» cent miltes avant d'arriveràNaissus. Cette ville florissante, patrie du grand Constantin , n'existait plus ; ses mnrs et ses maisons ne formaient plus qu'un amas de décombres; les habitans avaient été détruitson di^tersés, et quelques malades, qui se traioaient sur les mines des églises, augmentaient l'horreur de cet affreux spectacle. Les environs étaient couverts d'ossemens humains, tristes restes des malheureux qui avaient été égorgés. Les ambassadeurs, qui dirigeaient leur marche vers le nordouest-, furent obligés de traverser les montagnes de la moderne Servie , avant de descendre dans la plaine marécageuse qui conduit aux rives du Danube. Les Huns, étaient maîtres de ce beau fleuve. Leur navigation se faisait dans de grands canots creusés dans un tronc d'arbre. Les ministres de Théodose descendirent sans- accident sur le bord opposé , et les barbares qui lee accompagnaient précipitèrent leur marche vers le camp d'Attila , destiné tantôt aux dangers de la guerre, et tantôt aux plaisirs de la chasse. A peine Maximin avait-nl laissé le Danube à deux milles derrière lui , qu'il éprouva toutel'insolencedes vainqueurs. Ils lui défendirent durement de déployer ses tentes dans une vallée qui présentait un aspect agréable , de peur de manquer, quoique de fort loin , au respea dû à la demeure du monarque. Les ministres d'Attila le pressèrent de leur communiquer les instructions qu'il ne voulait déclarer qu'en présence du souverain. Lorsque Maximin représenta d'un ton calme que chaque nation avait ses usages , il apprit avec la plus grande surprise que les résolutions du conseil, < ces secrets, dit Pris-
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eus , qu'on ne devrait pas révéTer même aux dieux, > étaient déjà connus de l'ennemi. Sur son refus de traiter d'une mattièresi-hottleuse, on lui commanda de partir à l'instant. L'ordre fut révoqué et répété une seconde fois ; les Hunsessayèrent encore de vaincre la patience M la fern^té de Maximin. Enfin, par Tentremise deScotta, frère d'Onegesins, dont on avait obtenu la faveur à force de présens , l'ambassadeur de Théodose obtHrt une audienced'AttiIa;mais, au lien de lui d<Hiner une réponse décisive, on lui fit entreprendre un long voyage vers le nord , pour- procurer au roi des Huns l'orgneîlieuse satisËiction de recevoir dans le même camp les ambassadeurs des empires d'Orient et d'Occident. Des guides dirigeaient sa marche, et l'obligeaient de la bâter, de la déranger o« de rarrêter, conformément à celle qu'il plaisait an monarque de tenir. Les Romains, qui paraeururent les plaines de la Hongrie , crurent avoir traversé plusieurs rivières navigables ; mais il y a lien de présumer que le cours tortueux du Tibiscus ou la Théyss se présenta plusieur» fois devant eux sous différons noms. Les villages voisins leur fournissaient abondamment des provisions, de l'hydromel an lieu de vin, du millet en guise de pain , et une certaine liqueur nommée cam«<, qui, au-rapport de Prisons, se tirait de l'orge distillée*. Ces vivres devaient paraître bien grossiers à des hommes accoutumés au luxe de Constantinopte ; mais, dans leur disette passagère, ils-reconnnrent les vertus paisibles et bospitafièresdes barlKires , dont ils n'avaient encore épnouvé que la violence et les fureurs. Le» ambassadeurs étaient campés sur les Iwcds^d'un: marais ; un ouragan, accompagné delonnerre et de pluie , renversa leurs tentes, inenda leur bagage , l'entraîna dans le marais, et dispersa leur suite dansl'obscurité de la nuit. Ils étaient incertains de la route, et redoutaient quelque
< Les Huns contiDuaient à mépriser les travaux de l'agrievlture; ils abusaient des pririléges d'one nation victorieuse; et les Gotbs, leurs sujets industrieux, qnl culliTaient la terre , redoutaient leur voisinage, et les regardaient comme autant d'aBÏmam féroces et voraees. (Priscus, p. 45.) C'est ainsi que les Sartes et les Tadgics travaillent pour leur subsistame et pour eelle de» TartaresUsbecs, leurs avidesel paresseux souverains. (Voyei l'Histoire généalogique des, Tartares, p. 423-445.)
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nouveau danger; mais, ayant réveillé par leurs cris les habitans d'un village voisin , qui appartenait à la veuve de Rléda, ils accoururent avec des torches allumées, firent du feu avec des roseaux pour sécher les Romains, et leur fournirent tout ce qui pouvaitleur être nécessaire dans la circonstance ) ils furent même, à ce qu'il parait, un peti embarrassés de la politesse singtUière de la veuve de Bléda, qui , à ses autres attentions pour eux, ajouta le don , ou plutôt le prêt, d'un nombre suffisant de jeunesfiUes, aussi complaisantes que belleSi Ils s'occupèrent le lendemain à rassembler et sécher le bagage, et à reposer lés hommes et les chevaux. Avantde semettre en route, les ambassadeurs prirent congé de la dame du village, et la remercièrent de sa générosité par des présens de vases d'argent, de fruits secs , de toisons teintes en rouge et de poivre des Indes. Après Cette aventui^ , ils rejoignirent la suite d'Attila , dont ils étaient séparés depuis six jours, et continuèrent lentement leor route jusqu'à la capitale d'un empiré oii ils n'avaient pas rencontré une seule ville dans un espace de fdttsieurs milliers dé milles.
Autant que nous en pouvons juger^ d'après la rdation vague et ol»curede Priscns, cette capitale parait avoir été située entre le Danube, la Théyss et les montagnes Carpaihiennes dans la hante Hongrie, et probablement dans les environs de Jazberin, d'Agria ou Tokay'. Elle eut sans doute pour origine un camp que les longues et fréquentes résidences d'Attila convertirent en un vaste village , où le roi des Huns habitait avec ses femmes , ses favoris , ses gardes, ses domestiques et tonte la suite de ses esclaves '. On n'y voyait d'antre édifice
< n est évident que Priscns p«ssa le Danube et la Théyss, mais qa'il n'alla pas jusqu'au pied des montagnes Carpa- Uiiennes. Agria, Tolcay et Jazberin sont situées dans les plaines circonscrites par cette description. M. de Buat (HlsU des Peuples, etc., t. vn, p. 461) a choisi Tokay. Otrokosd (p. 180, cipud Matcou,a,7&), sarant hongrois, a préféré Jazberin, ft environ trente^ix milles i l'ooest de Bade et du Danube.
2 Le Tillage royal d' Attila peut se comparer à la ville de Karacoram , résidence des successeurs de Gengis-Khan. Quoiqu'il paraisse que Karacoram ail été une habitation plus stable, elle n'égalatt ni en grandeur ni en beauté la
en pierre que les bains d'Onegesius , dont les matériaux étaient tirés de la Pannonie ; et , comme on ne trouvait pas dans les environs de bois propre à la charpente , nous pouvons présumer que les habitans de la classe inférieure construisaient leurs demeures de paille, de boue et de treillis. Les maisons des Huns distingués étaient toutes de bois et ornées avec ûué magnificence grossière, en proportion du rang, de la fortune ou du goût des propriétaires. Elles étaient, à ce qu'il parait , distribuées dans nu ceruin ordre et même dans une certaine symétrie , et censée* d'autant plus honorables, qu'elles étaient plus râp[H*ochées de la résidence du souverain. Le palais d'Attila i fort supérienr i toutes les autres habitations, était entièrement construit en bois , et couvrait une vaste étendue de terrain^ Le mur ou enceinte extérieure consistait en une palissade faite de bois uni et carré, entremêlée de hautes tourelles, moins propre à la défense qu'à servir d'OTuement. Ce mur, qui enclavait la pente d'une montagne dans son enceinte, renfermait tm grand nombre d'édifices construits en bois. Les nombreuses épouses d'Attila occupaient an bâtiment séparé ; et,- loin d'être astreintes à la retraite rigoureuse imposée par les Asiatiques, elles recevaient familièrement les ambassadeurs romains , même à leurs repas , et leur penuettaiientmêmede les embrasser en pnblic. Lorsque Haximin offrit ses présens à Cerca, la principale reine, il admira la singulière architecture de sa maison, la haatew des colonnes rondes et la beauté des bois, les uns polis , les autres tournés ou ciselés. Les ornemens lui semblèrent distribués avec goàt, et les proportions assez bien observées. Après avoir traversé une haie de gardes, les ambassadeurs furent introduits dans l'apparteroeat intérieur de Cerca. L'épouse d'Attila reçut les ambassadeurs assise ou couchée sur un lit moelleux; des tapis couvraient le plancher; lesdomestiqnesde la reine formaient un cerde autour d'elle, et ses filles d'honneur, assises
Tille et l'abbaye de Saint-Denis , dans le treizièBie siède. (Voyez Rubruquis, dans l'tUstoire générale des Voyages, i. ni, p. 286). Le camp d'Aurengzeb , td que Bemier le dépeint (t. n, p. 217-23S), est un mélange des mceurs de la Scylhie et de la magnificence de l'indoslan.
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snr le tapis, s'occupaient û broderies pamres des gaerriers barbares. Les Huns aimaient à faire voir publiquement les richesses qui étaient en même temps la preuve et la récompense de leurs victoires. Us paraient les harnais de leurs chevaux, leurs armes et jusqu'à leurs chaussures, de plaques d'or incrustées de pierres précieuses ; on voyait profusément épars sur leurs tables de la vaisselle et des vases d'or et d'argent travaillés par la main des artistes grecs. Le seul Attila mettait son orgueil à imiter la simplicité des Scythes ses ancêtres. Son habit, ses armes, les harnais de ses chevaux étaient unis, sans omemens et d'une seule couleur. Sa table était de bois, ainsi que ses coupes et ses plats; il ne se nourrissait que de viande , et regardait le pain comme un luxe indigne du conquérant du nord.
Lorsqu' Attila donna audience aux ambassadeurs romains sur les bords du Danube , sa tente était environnée d'une garde formidable. Le monarque avait, au lieu de trône, une chaise de bois. Ses regards sévères , ses gestes d'impatience et sa voix menaçante étonnèrent la fermeté de Maximin. Mais Vigilius eut bientôt des motifs plus réels de trembler, lorsqu'il entendit le roi des Huns dire d'un ton de colère que, s'il ne respectait pas les lois des nations, il ferait clouer à une croix le perfide interprète , et livrerait son corps aux vautours. Le monarque barbare démontra , par une liste exacte, l'audacieux mensonge de Vigilius, qui prétendait n'avoir pu trouver que dix-sept déserteurs, et déclara fièrement qu'il méprisait les efforts impuissans des traîtres auxquels Théodose avait confié la défense de ses provinces, mais qu'il ne voulait pas s'abaisser à combattre des esclaves fugitifs. « Où est la forteresse , » ajouta le fougiieux Attila, où est la ville de » tout l'empire romain, quelque imprenable » qu'elle se croie , qui puisse espérer rester >'^debout si notre volonté est de la faire dis- > paraître de la surface de la terre? > Il renvoya cependant l'interprète, qui retourna précipitamment à Constantinople annoncer les réclamations d'Attila : la demande d'une restitution complète et d'une ambassade plus honorable. La colère du roi des Huns s'a-
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paîsa peu à peu , et les plaisirs de son nouveau mariage avec la fille d'Eslaw, qu'il avait célébré dans sa route , adoucirent la violence de son caractère. Son entrée dans le village royal fut précédée d'une cérémonie assez extraordinaire. Une nombreuse troupe de femmes alla au-devant du monarque, et marcha devant lui distribuée en deux files. L'intervalle des files était rempli de voiles blancs , de toile fine , soutenus des deux côtés par ces femmes qui les tenaient , et formaient ainsi une espèce de dais , sous lequel un chœur déjeunes vierges chantaient des hymnes et des chansons dans le langage des Scythes. La femme de son favori One- {^esius, accompagnée de ses suivantes, vint le saluer à la porte de sa maison, qui se trouvait sur le chemin du palais, et lui offrit son respectueux hommage, selon la coutume du pays , en priant Attila do goûter le vin et la viande qu'elle avait préparés pour le recevoir. Dès que le monarque eut accepté son présent, ses domestiques élevèrent une petite table d'argent à la hauteur de son cheval. Attila toucha la coupe du bord des lèvres, salua répouse d'Onegesius , et continua sa marche. Les jours que le roi des Huns passa dans sa capitale ne s'écoulèrent pas dans l'oisiveté d'un sérail. Pour conserver sa dignité , Attila n'était pas réduit à cacher sa personne ; il assemblait fréquemment ses conseils, donnait audience aux ambassadeurs des différentes nations; et, à des heures fixes, son peuple pouvait approcher de son tribunal qu'il tenait devant la principale porte de son palais , suivant l'ancien usage des princes de la Scytbie. Les Romains de l'Orient et de l'Occident furent invités à deux banquets, où le roi des Huns régala les princes et les nobles de son. pays. Mais Maximin et ses collègues n'obtinrent la permission de passer le seuil de la porte, qu'après avoir bn ou fait semblant de boire à la santé et à la prospérité d'Attila. Après cette cérémonie , on les conduisit à la place qui leur était destinée. La table et le lit de l'empereur étaient élevés de plusieurs pas au milieu de la salle et couverts de tapis et de linge fin. Son oncle, un de ses fils et peut-être un roi en faveur, furent admis à partager son simple et frugal
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
repas.On avait dressé des deux côtés une rangée de petites tables, diacune desquelles contenait trois ou quatre convives. Le côté droit était le plus honorable. Les Romains conviennent qn'on les plaça du côté gauche , et que Beric , chef inconnu sans doute de quelque tribu des Goths, eut la préséance sur les représentans de Théodose et de Valeniinien. Le monarque barbare reçut de son échanson une coupe pleine de vin , et but poliment à la santé du plus distingué des convives, qui se leva de son siège, et but à son tour, après avoir offert au prince ses vœux et son respect. Tons les convives, ou au moins les plus illustres, s'acquittèrent successivement de la même cérémonie , et elle doit avoir duré long-temps, puisqu'elle fut répétée trois fois à chacun des services. Quand les mets disparurent, on garnit les tables de vins, et les Huns continuèrent de s'abandonner à leur intempérance long-temps après que les ambassadeurs des deux empires, habitués à plus de décence et de sobriété , se furent retirés de ce banquet nocturne. Cependant , avant de le quitter, ils eurent l'occasion rare d'observer les mœurs de cette nation dans les amusemens de ses festins. Denx Scythes, debout devant le lit d'Attila , récitèrent les vers qu'ils avaient composés pour célébrer sa valeur et ses victoires. Un profond silence régnait dans la salle, et l'attention des convives était enchaînée par des chansons qui rappelaient et perpétuaient le souvenir de leurs exploits. Une ardeur martiale brillait dans les yeux des jeunes guerriers, et les larmes des vieillards exprimaient leur généreux regret de ne pouvoir plus partager la gloire et le danger des combats '. A ce délassement, qui peut être regardé comme une école de vertus militaires, succéda une farce tout-à-fait dégradante pour la nature humaine. Deux bouffons', l'un Maure et l'autre Scythe, excitèrent la galté des spectateurs par leur Ggure difforme , leur habillement grotesque , leurs gestes et leurs discours ridicules, et le mélange inintel-
* Si nous pooTons en croire Plularque (m Demetrio, t. T, p. 24), c'était la coutume chez les Scylbes, lorsqu'ils se livraient aux plaisirs de la table, de rëTdller leur valeur martiale en lïisant résonner la corde de leurs arcs.
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ligible des langues des Scythes, des Goths et des Latins. Au milieu des bruyans éclats de rire dont la salle retentissait, Attila conserva seul son inflexible gravité jusqu'à l'arrivée d'Irnac, le plus jeune de ses fils. Il l'embrassa en souriant, lui caressa doucement la joue , et décela sa préférence pour un enfant que ses prophètes assuraient devoir être un jour le soutien de sa famille et de l'empire. Les ambassadeurs reçurent le surlendemain une seconde invitation , et eurent lieu de se louer de la politesse et des égards d'Attila. Le roi des Huns conversa long-temps familièrement avec Maxlmin; mais cette affabilité fit bientôt place aux reproches hautains et aux menaces violentes; le monarque soutint avec un zèle peu décent les réclamations personnelles de son secrétaire Constance. < L'empereur, dit Attila, lui a promis
> depuis long-temps une épouse opulente ;
> Constance ne saurait être trompé dans ses
> espérances , et un empereur romain ne doit
> pas s'exposera mériter le titre de menteur. * Trois jours après, les ambassadeurs reçurent leur congé. A leur considération , on accorda la liberté de plusieurs captifs pour une faible rançon ; et, outre les présens que les ministres impériaux reçurent du roi, chacun des nobles leur fit, avec la permission d'Attila, l'utile cadeau d'un excellent cheval. Maximin retourna par la même route à Constantinople, et, quoique accidentellement brouillé avec Beric, nouvel ambassadeur d'Attila, il se flatta d'avoir contribué, par son voyage long et pénible , à confirmer la paix et l'alliance des deux nations '.
Mais l'ambassadeur romain ignorait le dessein perfide qu' on avait couvert du masque de la foi publique. La surprise et la satisfaction qu'Édecon fit paraître en contemplant la splendeur de Constaniinople, avait encouragé l'interprète Vigilius à lui procurer une entrevue secrète avec l'eunuque Chrysa-
* On peut trouver dans Priscus (p. 49-70) le rédt de celte ambassade, içù. exigeait peu d'observations, et qiH n'est appuyé du témoignage d'aucun autre témoin. Je ne me suis pas astreint au même ordre, et j'ai commencé par extraire les circonstances historiques qui étaient moins intimement liées avec le voyage et avec les affiures politiques des ambassadeurs romains.
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pbius ', qui gouvernait l'empereur et l'empire. Après quelques conversations préliminaires et le serment mutuel du secret, l'eunuque, à qui les sentimeus de son propre cœur et son expérience n'inspiraient pas un grand respect pour les vertus d'un ministre, hasarda de proposer la mort d'Attila comme on service important, au moyen duquel Édecon obtiendrait une part considérable dans les richesses qu'il admirait. L'ambassadeur des Huns prêta l'oreille à cette offre séduisante, accepta la commission perGde, et répondît du succès. On fit part de ce dessein au maître des offices , et le dévot Théodosc consentit au meurtre d'un ennemi qu'il n'osait pas combattre. Mais la dissimulation ou le repentir d'Édecon fit échouer ce lâche dessein; et, bien que peut-être la trahison qu'on lui avait proposée ne lui eût pas inspiré d'abord autant d'horreur qu'il le prétendait, il sut du moins se donner tout le mérite d'un aven prompt et volontaire. Si l'on se rappelle en ce moment l'ambassade de Maximin et la conduite d'Attila , on sera forcé d'admirer un barbare qui, respectant les lois de l'hospitalité , reçoit et renvoie généreusement le ministre d'un prince qui a conspiré contre sa vie. Mais l'imprudence de Vigilius paraîtra bien plus extraordinaire; s'aveuglant sur son crime et sur le danger, il revint au camp des Runs, accompagné de son fils et chaîné de la bourse d'or que l'eunuque avait fournie pour satisfaire Ëdecon et corrompre la fidélité des gardes. A l'instant de son arrivée l'interprète fut saisi et traîné devant le tribunal d'Attila, où il soutint sou innocence avec fermeté, jusqu'au moment où la menace d'immoler son fils à ses yeux lui arracha l'aveu de touteia conspiration. Sous le nom de rançon ou de confiscation, l'avide monarque des Huns accepta deux cents livres d'or, pour prix de la vie d'un misérable qu'il ne daignait pas punir. Mais il dirigea toute
I M. de Tillemont a donné l'énnmératiOD des chambell*ns qui régnèrent successivement sous le nom de TTiéodose. Chrysaphius fui le dernier, et, selon les témoignages unanimes de l'histoire, le plus pervers de ses favoris. (Voyez Hist. des Emper., t. vi, p. 117-119; Mém. Ecclcs., t. XT, p. 438.) Sa partialité pour son beau-père, l'hérétique Eulichès, l'engagea à persécuter le parti orthodoxe.
son indignation contre un coupable d'un plus haut rang. Ses ambassadeurs Eslaw et Oreste partirent sur-le-champ pour Constantinople avec des instructions dont il leur était défendu de s'écarter, sous peine de la vie. Ils se présentèrent hardiment devant Théodose, avec la bourse fatale pendue au cou d'Oreste, qui demanda à l'eunuque Chrysaphius, placé à côté du trône, s'il reconnaissait et avouait son crime. Son collègue, Eslaw , était chargé des reproches adressés à l'empereur. « Théodose, lui dit-il gravement, est » fils d'un père illustre et respectable. Attila
> descend aussid'une noble race; et il asou-
> tenu par ses actions la dignité que son père
> Mundzuk lui a transmise. Mais Théodose
> s'est rendu indigne du rang de ses ancê~
> très; et, en consentant à payer un tribut, il
> est descendu à la condition d'esclave. Son
> devoir est donc de respecter celui que le mé- » riteet la fortune ont placé au-dessusde lui,
> an lieu de conspirer comme un esclave per-
> fide contre la vie de son maitrr. > Le fils d'Arcadius, accoutumé au langage des flatteurs, entendit avec surprise la voix sévère de la vérité; il rougît, trembla, et n'osa point refuser la tète de Chrysaphius, qu'Eslaw et Oreste avaient ordre de demander. Théodose fit partir sur-le-champ de nouveaux ambassadeurs, pour apaiser la colère d'Attila , dont la vanité fut flattée du choix de Nomius et d'Anatolius, tons deux consulaires et patrices, l'un grand-trésorier, et Tautre mattre-générai des armées de l'Orient. 11 daigna venir au-devant de ces ministres jusque sur les bords de la rivière de Drenco; et le ressentiment qu'il voulut d'abord faire paraître ne tint point contre leur éloquence et leur tîbératité. Attila pardonna à l'empereur, à Teunuque et à l'interprète, s'obligea par serment à observer les conditions de la paix, rendit un grand nombre de prisonniers, abandonna les fugitifs et les déserteurs à l^ur sort, et renonça à un vaste territoire au midi du Danube , dont il avait tout enlevé , jusqu'aux habitans. Mais avec ce qu'il en coûta pour obtenir ce traité , on aurait pu entreprendre une guerre vigoureuse , et la terminer glorieusement. Les malheureux sujets de Théodose furent écrasés de nouvelles
DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN
( 450 dep. J.-C.)
taxes, pour sauver la vie d'un indigne favori dont ils auraient payé plus volontiers la mort'.
L'empereur Théodose ne survécut pas long-temps à la circonstance la plus flétrissante de sa honteuse vie. En revenant de la chasse aux environs de Constautinople , son cheval le désarçonna, et le jeta dans la rivière de Lycus. Violemment blessé à l'épine du dos, Théodose expira peu de Jours après des suites de sa chute, dans la cinquantième année de son âge , et dans la quarante-troisième de son règne *. Sa sœur Pulchérie , dont l'influence avait été contrariée dans l'administration des aiïaires civiles et ecclésiastiques, par la pernicieuse influence des eunuques, fut unanimement proclamée impératrice de l'Orient ; et les Romains se soumirent pour la première fois au sceptre d'une femme. Aussitôt que Pulchérie fut placée sur le trdne elle satisfit, par un acte de justice, son ressentiment personnel et celui du public. Sans formalité ni procédure, on exécuta l'eunuque Chrysaphius devant les portes du palais ; et les richesses immenses que cet avide favori avait accumulées ne servirent qu'à hâter et à justifier son châtiment '. Au milieu des acclamations générales du peuple et du clergé , l'impératrice ne se dissimula pas le désavantage auquel les préjugés exposent son sexe , et résolut de prévenir les murmures par le choix d'un Collègue qui respectât toujours la chasteté et la supériorité de son épouse. Elle donna sa main à Marcien, sénateur, âgé d'environ
< On peut trouver les détaib de cette conspiration et de ses suites dans les Fragmens de Priscus (p. 37, 38, 39, 51, 70, 71, 72). Cet historien ne donne pas de dates précises; mais toutes les négociations entre Attila et l'empire d'Orient doivent avoir été renfermées dans les trois ou quatre années qui précédèrent la mort de Théodose <A. D.; 450).
» Inéodore le lecteur (voy. Vales. , Hist Ecdés., t. m, p. 563) , et la Chronique Pasch., parlent de la chute et point de la blessure : mais comme cette circonstance est probable , et qu'il n'est pas probable qu'on l'ait inventée , nous pouvons raisonnablement en croire Nicéphore Calliste, Grec du quatorzième siècle.
^ Pulcherue nutu, dit le comte Marcellinus, sua cum avaritia interemptus est. Elle abandonna l'eunuque à la pieuse vengeance d'un (Ils dont le père avait été la victime des iutripes de ce ministre.
soixante ans ; et , avec le nom de son mari, il reçut le don de la pourpre impériale. jLe zèle de Marcien pour la foi orthodoxe, telle qu'elle était établie par le concile de Chalcédoine, aurait suflS pour enflammer la reconnaissance et obtenir les applaudisseroens des catholiques ; mais sa conduite dans la vie privée, et ensuite sur le trône , font présumer qu'il était en état de ranimer un empire presque anéanti par la faiblesse successive de deux de ses monarques héréditaires. Né dans la Thrace, et élevé dans la profession des armes, Marcien avait éprouvé dans sa jeunesse les maux cuisans de l'infortune et de la pauvreté ; et toutes ses ressources, eu arrivant à Constantinople , consistaient en deux cents pièces d'or qu'un ami lui avait prêtées. 11 passa dix-neuf ans au service domestique et militaire d'Aspar et de son fils Ardaburius , suivit ces généraux dans les guerres de Perse et d'Afrique, et obtint par leur protection le rang de tribun et de sénateur. Sou mérite le fit estimer de ses patrons ; et la modestie de son caractère le mita l'abri de leur jalousie. Il avait vu, et peut-être senti personuellement , les abus d'une administration vénale et oppressive ; et son propre exemple donna du poids et de l'énei^ie aux lois qu'il promulgua pour réformer les mœurs '.