‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire RomainChapitre 67 sur 105 · SDR LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN DANS L'OCCIDENT · texte numérisé non relu

SDR LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN DANS L'OCCIDENT

Le8 Grecs , lorsqne lear patrie eut été réduite au rang de province romaine, attribuèrent les triomphes de la république à sa fortune plus qu'à sa force. La déesse inconstante qui distribue et reprend si aveuglément ses faveurs a enin consenU, disait l'Envie , i descendre du ciel , à quitter ses ailes , et à établir pour toujours son trône sur les bords du Tibre '. Un Grec plus judicieux , qui a composé philosophiquement l'histoire mémorable de son siècle , détruisit cette vaine illusion de ses compatriotes , en leur démontrant les fondemens profonds et scdides de la grandeur des Romanis *. Les préceptes de l'éducation et les préjugés de la religion confirmaient la fidélité réciproque des citoyens et leur dévouement à la patrie. La république avait également pour principe le sentiment de l'honneur et celui de la vertu. Les citoyens brûlaient du désir de mériter les honneurs d'un triomphe , et l'ardeur de la jeunesse romaine se convertissait en une noble émulation à la vue des portraits de ses ancêtres '. Les débats des patriciens et des plébéiens établirent enfin dans la constitution une balance égale, qui réunissait la liberté des assemblées du peuple , l'autorité d'un sénat , et la puissance exécutrice d'un magistrat suprême. Lorsque le consul dé-

> Telles sont les expressions figurées de Plutarque (Opéra, t. n, p. 318, édit. Weehel.), à qui, sur l'autorité 4e son fils Lampsias (Fabridus, Siblioth. Grœe., t. m, p. 341), j'attribuerai hardiment la déclamatioB maligne, 111 fi T«c Vn/ttLtw ttx"- Les mimes opinioDs ont prévalu rhez les Grecs deux cent cinquante ans avant Plutarque ; et Poirbe (Hist., 1. 1 ) annonce publiquement l'intention de les réfliter.

2 Voyei les restes inestimables du sixième livre de Polybe, et diffiirens autres passages de son histoire générale, particulièrement une digression de son dis-septième livre, dans laquelle il compare la phalange et la légion.

3 Salluste prétend avoir entendu les généreuses exda-

ployait l'étendard de la république , tout citoyen contractait par serment l'obligation de combattre pour son pays, jusqu'à ce qu'il eût accompli les dix années que durait le service militaire. Cette sage constitution rassemblait sous les drapeaux les générations naissantes de citoyens et de soldats ; et leur nombre s'augmenta insensiblement des puissans états de l'Italie , qui , après une résistance courageuse, cédèrent à la valeur de» Romains , ou embrassèrent leur alliance.

L'historien dont le génie encouragea la vertu du dernier des Scipions, et qui contempla les ruines de Carthage ', a décrit soigneusement leur système militaire , leurs levées , leurs armes, les exercices, la subordination, les marches, les campemens, et la forme de l'invincible légion si supérieure en force et en activité à la phalange macédonienne de Philippe et d'Alexandre. C'est à ces sages institutions de paix et de guerre que Polybe attribuait le caractère et les succès d'un peuple incapable de crainte et ennemi du repos. Le vaste projet de conquête , que les nations auraient pu déconcerter en se réunissant à temps contre les Romains, fut entrepris et terminé avec succès; et les vertus politiques de la valeur et de la prudence leur permirent de continuer à violer impunément la justice et l'humanité. Les armées de la répu-

malionsdeP. Sdfnon etde Q. Majdfflut. <fe 9 eO. /«gMt*. , c. 4. Cependant ces deux illustres frères étaient morts bien des années avant la naissance de Salluste; mais l'historien latin avait lu et a probablement co|M Polybe, leur contemporain et leur ami.

> Tandis que les flanmies réduisaient Carthage en cendres, Scipion répéu deux vers de l'Iliade qui expriment la destruction de Troie, et avoua à Polybe son ami et son précepteur (Polyb., in Excerpt. de rirtut. et Fit., t. u, p. 1455-1465) qu'en réfléchissant sur les (vicissitudes taumnnes, 3 pressentait les calamités f\itares de Rome.

bliqne, vaincues dans quelques batailles, mais toujours victorieuses à la fin de la guerre , s'avaneèrent avec rapidité vers l'Ëuphrate , le Danube , le Rhin , et l'Océan ; et les images d'or, d'argent ou de cuivre , qui servaient à représenter les rois et leurs nations, furent brisées successivement par le fer^e la monarchie romaine '.

L'élévation d'une ville qui devint un empire mérite , par sa singularité presque miraculeuse, d'exercer les réflexions d'un esprit philosophique ; mais la décadence de Rome fut l'efTet naturel et inévitable de l'excès de sa grandeur. Sa prospérité alimenta le principe de sa décadence , les causes de destruction se multiplièrent avec l'étendue de ses conquêtes, et, dès que le temps ou les événemeus eurent détruit ses supports artificiels , cet énorme édifice succomba sous son propre poids. L'histoire de sa ruine est simple, et facile à concevoir; ce n'est point la destruction de Rome, mais la durée de sOn empire , qui a droit de nous étonner. Les légions victorieuses, qui contractèrent dans des guerres éloignées les vices des étrangers et des mercenaires, opprimèrent d'abord la liberté de la république , et violèrent ensuite la majesté de la pourpre. Les empereurs, occupés de leur sûreté personnelle et de la tranquillité publique, furent forcés d'avoir recours au funeste expédient de corrompre ° la discipline ; ce qui rendit les armées aussi redoutables à leur souverain qu'aux ennemis. Le gouvernement militaire perdit de sa vigueur; les institutions partiales de Constantin l'anéantirent, et le monde romain devint la proie d'une multitude de barbares.

On a souvent avancé que l'éloiguement du siège de l'empire en avait relâché les ressorts et causé la ruine; mais j'ai déjà démontré dans cette histoire que la puissance du gouvem^aent fut divisée et non transférée.

1 Voyez Daniel, n, 31-40. « El le quatrième royaume

> aura la force el la dureté du fer, et le fer vienl à bout de » tout briser et de tout dompter. » Le reste de la prophétie, le mélange de fer et d'argile, fut accompli, selon saint Jérôme, dans le temps où il vivait. « Sicut enim io » principio nihil romane imperio forlius et durius, ila in

> flne rerum nibil imbecillius : quum et in bcUis àvilibus

• et adversus diversas nalioncs, aliarum geatium barba-

• rarum au>ùUo indigcmus.» (Opéra, t. v, p. 572.)

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Tandis que les empereurs de Gonstantinople régnaient en Orient , l'Occident eut une suite de souverains qui faisaient leur résidence en Italie, et partageaient également les provinces et les légions. Cette innovation diminua les forces et augmenta les vices d'un double règne. Les instrumensd'un système arbitraire et t3nrannique se multiplièrent, et l'émulation funeste du luxe et non pas du mérite fut introduite et encouragée par les méprisables successeurs du grand Théodose; L'extrême danger qui réunit un peuple vertueux et libre envenime les factions d'une monarchie qui penche vers sa ruine. Les perfides favoris d'Honorius et d'Arcadius livrèrent la réfMiiilique à ses ennemis ; et la cour de Gonstantinople vit avec indifférence l'humiliation de Rome, les malheurs de l'Italie , et la perte de l'Occident. Sous les règnes suivans , les deux empires renouvelèrent leur alliance; mais les secours des Romains orientaux furent tardifs, suspects et inutiles ; et la différence de langage, de mœurs, d'intérêts, et même de religion, confirma le schisme national des Grecs et des Latins. L'événement démontra cependant en quelque façon la sage prévoyance de Constantin. Durant une longue période de faiblesse, l'imprenable Bysance repoussa les armées victorieuses des barbares, protégea les riches contrées de l'Asie, et défendit avec succès le détroit qui joint la mer Noire à la Méditerranée. Gonstautinqile contribua beaucoup plus à la cour servation de l'Orient qu'à la mine de l'Occi* dent.

Gomme le principal objet de la religion est le bonheur d'une vie future , on peut remarquer sans scandale et sans surprise que l'introduction , ou au moins l'abus du chris<tianisme, eut quelque influence sur la décadence et sur la chute de l'empire romain. Le clergé prêchait avec succès la doctrine de la patience et de la pusillanimité. Les vertus actives qui donnent la vie à une société furent découragées, et les derniers débris de l'esprit militaire s'ensevelirent dans les cloîtres. Une grande partie des richesses du public et des particuliers furent consacrées aux spécieuses demandes de la charité et de la dévotion , et on prodigua la paie des soldats à

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

une multitude oisive des deux sexes , qui n'avaient d'autres vertus que celles de l'abstinence et de la chasteté. La foi, le zèle , la curiosité et les passions plus mondaines de l'aubitiou et de l'envie, enflammèrent les discordes théologiques. L'église et l'état furent déchirés par les factions religieuses, dont les querelles étaient quelquefois san^^tes et toujours implacables. L'attention des empereurs abandonna les camps pour s'occuper des synodes ; une nouvelle espèce de tyrannie opprima le monde romain , et les sectes persécutées devinrent les ennemis secrets de leur patrie. Cependant l'esprit de parti , quoique absurde^et pernicieux, tend à réunir les hommes aussi bien qu'à les diviser. Les évéques faisaient retentir, du haut de dixhuit cents chaires , les préceptes d'une soumission passive à l'autorité d'un souverain orthodoxe et légitime ; leurs assemblées fréquentes et leur correspondance continuelle maintenaient l'union des églises élmgnées ; et l'alliance spirituelle des catholiques soutenait l'influence bienfaisante de rËvangile. Un siècle servile et efféminé adopta facilement l'oisiveté monastique; mais, si la superstition ne leur eût pas ouvert cet asile, les Romains auraient déserté l'étendard de la république par des motifs plus condamnables. Les prosélytes de toute religion obéissent sans peine à des préceptes religieux qui encouragent et sancti6ent leurs inclinations ; mais on peut suivre et admirer la véritable influence du christianisme dans les effets salutaires, quoique imparfaits, qu'il produisit sur les barbares du nord. Si la conversion de Constantin précipita la chute de l'empire , elle en diminua du moins la violence en adoudssant la férocité des conquérans.

Cette effrayante révolution peut s'appliquer utilement à l'instructioin de notre siècle : un patriote doit sans doute préférer et chercher exclusivement l'intérêt et la gloire de son pays natal ; mais il est permis à un pbhlosophe d'étendre ses vues , et de considérer l'Europe entière comme une république dont tous les habitans ont atteint à peu près au même degré de culture et de perfection. La prépondérance continuera de passer sucçessivement d'une puissance à l'autre, et la

prospérité de notre patrie on des royaume^ voisins peut alternativement s'accroître ou diminuer. Mais ces faibles révolutions n'influeront pas profondément sur le bonheur général ; elles ne détruiront point le système des arts, des lois et des mœurs, qui distiogueùt si avantageusement les Européens et leurs colonies. Les peuples sauvages sont les ennemis communs de toutes les sociétés civilisées ; nous allons examiner si l'Europe peut craudre encore une répétition des calamités qui renversèrent l'empire de Rome et anéantirent ses institutions. La même réflexion servira peut-être à expliquer les causes qui contribuèrent à la ruine de ce puissant empire , et celles qui motivent aujourd'hui notre sécurité.

L Les Romains ignoraient l'étendue de leur danger et le nombre de leurs ennemis. Au-delà du Danube et du Rhin, les pays septentrionaux de l'Europe étaient remplis d'innombrables tribus de pâtres et de chasseurs, pauvres, voraces et tnrbnlens, intrépides dans les combats, et avides de s'emparer des fruits de l'industrie. La rapide impulsion de la guerre agita le monde barbare, et les révolutions de la Chine entraînèrent celles de la Gaule et de l'Italie. Les Huns, qui fuyaient devant un ennemi victorieux , dirigèrent leur marche vers l'Occident, et le torrefnt s'augmenta par l'accession des captifs , et des alliés. Les tribus fugitives qui cédaient aux Huns entreprirent à leur tour des conquêtes. Le poids accumulé d'une multitude de barbares qui se précipitaient les uns sur les autres fondit avec impétuosité sur l'empire romain ; à 'peine les premiers étaientils détruits, que d'antres occupaient leur place et présentaient de nouveaux assaillans. On ne voit plus sortir du nord ces émigrations formidables ; et le long repo» qui a été attrSiué an décroissement de la population est la suite heureuse des progrès des arts et de Tagriculture. Au lieu de quelques villages placés de loin en loin , an milieu des bois et des marais , l'Allemagne compteanjourd'hui deux mille trois cents villes environnéps de murs. Les royaumes chrétiens du Danemarck , de la Suède et de la Pologne se sont élevés successivement; lesnégocians anséatiquee et les

chevaliers teatoniqnes ont étendu leurs colonies le long des côtes de la mer Baltique jusqu'au golfe de FiDlande. Depuis le golfe de Finlande jusqu'à l'Océan oriental , la Russie prend aujourd'hui la forme d'un empire puissant et civilisé. On voit sur les bords du Yolga, de l'Obi et du Lena , le labooi^ur conduire sa charrue, le tisserand travailler à «on métier , et le forgeron battre le fer sur son enclume ; les plus féroces des Tartares ont appris à craindre et à obéir. Les barbares indépendans n'occupent plus qu'un bien petit espace ; et les restes des Calmouks et des Usbeks ne peuvent pas inquiéter sérieusement la grande république d'Europe '. Cependant cette sécurité apparente ne doit pas nous faire oublier qu'un peuple obscur, à peine visible sur la carte du monde, peut nous présenter de nouveaux ennemis et des dangers imprévus. Les Arabes ou Sarrasins, qui étendirent leurs conquêtes depuis l'Inde jusqu'en Espagne , languissaient dans l'indigence et dans l'obscurité, lorsque Mahomet anima leurs corps sauvages du souffle de l'enthousiasme.

II. L'empire de Rome était solidement établi sur la parfaite union de toutes ses parties. Les peuples, devenus ses sujets, renoncèrent à l'espoir et même au désir de l'indépendance, et se trouvèrent honorés du titre de citoyens romains. Forcées de céder aux barbares, les provinces de l'Occident se virent avec douleur séparées de leur mère patrie * ; mais «Ues avaient acheté celte union par la perte de la liberté nationale et de l'esprit militaire. Renonçant à tout sentiment de vigueur et d'activité, les provinces asservies attendaient leur salut de troupes mercenaires et de gouverneurs dirigés par les ordres d'une cour

1 Les édiienrs r^ufais et «ighis de rHteloire géaétIo> giqne des Tartares y ont Joint une description earieose, in«i« imparrute, de l'état de ces peuples. Nous pouniens réroquer en doute l'indépendance des Calmoulcs ou Ehiths, puisqu'ils ont été vaincus récemment par les CliiBOis, qui seomircnt, ta 1750, la Pelite-Budiarie, et «nuMirait dans le pays de Badakshaa, près des sources de rOsus. <Mém. sur les Chinois, 1. 1 , p. 325-400.) Mais cet conquêtes sont précaires, et je ne m'aTenturerais point i cautionner la sûreté de l'empire de la Chine.

3 Le leeKnr Jugera combien cette proposition générale perd 4e la pnlMbililé par la r«ftttte «es IsanrieH, llBdé-

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

éloignée. Le bonheur de cent millions d'individus dépendait du mérite personnel d'un ou de deux hommes , peut-être de deux enfans, dont l'éducation, le luxe et le despotisme avaient corrompu le caractère et les inclinations. Ce fut sous les minorités des fils et des petits-fils de Théodose que l'empire éprouva les plus funestes calamités ; et, lorsque ces princes méprisables eurent atteint l'âge de la virilité , ils abandonnèrent l'église aux évêques, l'état aux eirauques, et les provinces aux bari>ares. Aujourd'hui l'Europe est divisée en douze royaumes puissans, quoique inégaux, trois républiques respectables, et un grand nombre d'autres souverainetés plus petites, mais indépendantes. Les chances de talens dans les rois et les ministres sont an moins multipliées en raison du nombre des souverains ; et un Julien et une Sémiramis peuvent régner dans le nord en même temps qu'un Arcadius et un Honorius sommeilleront sur les trônes du sud. L'infinence de la crainte et la honte arrêtent l'abus de la tyrannie. Les républiques ont acquis de l'ordre et de la stabilité ; les monarchies ont adopté des maximes de liberté , ou au moins de modération ; et les moeurs générales du siècle ont introduit quelques sentimens d'honneur et de justice dans les constitutions les plus défectueuses. En temps de paix, l'émulation active de tant de rivaux accélère les progrès des sciences et de l'industrie ; en temps de guerre, des contestations passagères et peu décïNves exercent les forces militaires de l'Europe. Si un conquérant sauvage sortait des déserts de la Tartarie, il faudrait qu'il vainquit successivement les paysans robustes de la Russie, les nombreuses armées de l'Allemagne , la vaillante noblesse de France , et les intrépides citoyens de la Bretagne, que la défense commune pourrait peut-être réunir. En supposant que les barbares victorieux portassent l'esclavage et la désolation jusqu'à l'Océan atlantique, dix mille vaisseaux mettraient les restes de la société civilisée à l'abri de leurs poursuites, et l'Europe renaîtrait et ieurirait en Améri-

pendanee de la Bretagne et de l'Armorlque, les tribus BaureM|iies,ou tes Bagavdes de la Gaule et de l'Espagne.

OttS&RVAmNfr GÉNÉAAI^v

4ivei ««b ^ » d^à lut piMW M» idstiiMtk»» Meo aM »(aiibr«WM odoûeti*.

m. Is firoid, la pmvntd, rkobkttda de* dangers et <le la fatigue entr8ti«B|Hat les km» et le coarage âf a pwpks baribares. Hvin tout Us aièclei, il» ont fait la loi auE aatioDs paisibles et polioéea à» la China, d« l'Inda, et de la Perae, qui oégligaaieiiit «t nSgligeitt eooore de aatppléer à oes avantagai jiatvrels par les resaDorote de l'art oittitaire. iias nations gaerrièrea de Taotiquité, da la firèce, de 1% Macédene et de Rofoe, âe-* vaient um race de aoMata, excrgatent leurs «orpa > discipIiaaieDt Imr courage, moUi* pUaient leurs forces par dea évolntiçua régoUères, et coaverUssueat le fiw eq armes Miles iDour l'attaque «t pour la déiense. Mais la oorrapiioo de leurs «Kunrs et de leurs loi^ fit disparaître iaseosibleoMnt «ttte supériorité. Ia politique faible de Con^taatin et de aea successeur» arma et iostruiait la va^ leur indiscipUaée des mercenairea barbares gui reaversèreat l'empirS' L'iavention de la IKNidre a produit une grande révolution dans l'art wiUtqire. en soumettant au pouvoir de l'homoie l'air et le feu, \m dem plus redoutables agens de la nature. l.es mathématiipes, la chimie, la mécanique, et l'arehiteo* tare, ont appliqué leurs découvertes au service de la guerre ; et les combattans emploient aujourd'hui les méthodes les plus savantes et les plus compliquées pour l'attaqne et pour la défense. Les histori«ns peuvent observer avec iadignation qu'avec l'argent dépensé pour les préparatifs d'an siège on établirait et entretiendrait une colonie florissante *{ mais on n'eu résidera pas

1 L'Amérique conUoit aujourd'hui environ six BÙMiew i'Smopém i« naunoce os d'orlpoe, et leur nombre, m noïMdan» i« Nord, utgmét» MOsiMeoteot. Quelles fH» «oiest les riwlutioo» 4e leur syatàne politique, ili CMMOveioot les mœurs d« l'Europe, et 1» longue anglaïM tara probebteaunt t^fmiue sur ua oaDlioeat impuDsertpeputauy.

2 On avait lirit venir ponr le siège daTmia cent qwe rute pitetsde canon, et il est à remarquer que cbaque gros cananmont^revieolemiivBàdeaxmilkéeiu; ily andtceat dis aille iMmMs, ont iixmiUeeartMchesd'uaa cspiee, •t trais ont oillB d'une antre; vingt et un mille bwiibes, vingt-sept mille seirtccMs grandes, qiràce miHesMsi terre, trente-^nille instmmens pour le pionage, et douze cent mille livres de poudre : ajoutez à ces munitions, le

motQa cqamti noe ehose benraose que la deatfuctiQa d'nae ville aoit une entreprise (UBoiie ec diapeadjeuse, ou qu'on peuple industrieux faûe servir à sa défense les arts qui survivent et suppléait à la valeur militaire. Le canon et les fortifications foment nne barrit impénétrable à la cavakrie des Tartares, et l'Ëurepe u'a plus à redouter «ne irruptieB de barbares , ptûsqn'il serait indispswkabie qu'ils ae civilisassent avant de pouvoir «onquérir. Leurs déconvortes dans la science de la guerre seraient nécessairement aocowpagAées , comme l'exemple de la Russie le démootr«, de progi^s proportionnés dans les arts paisibles et dans la polit^ue civile; ils mériteraient alors d'être oomptés au nombre des nations civilisées qu'iJL» aijii<aienl soumises.

Si oes réflexions paraissaient insuffisantes, il nous resterait encore une source plus humble d'es^poir ou de aéourité. Les découvertes des navigateurs aqeiens et modernes, etl'histoùre domestique ou la tradition des nations les plus éclairées, représentent l'homme sauvage comme également dépouillé de véte« ment et d'imagination, privé de lois, d'arts» d'idées, et presque de langage qui puisse les exprimer '. De cette situation abjecte, peutêtre l'élat primitif et universel de l'homme, il est parvenu à dompter les animaux, à ferti^' User la terre, à traverser l'Océan, et à mesu-> rer les deux. Ses progrés dans le développement et dans l'usage des iacultés physiques et intellectuellea ont été très-lents dans le princi]>e, et se sont ^multipliés dans la suite avec

plomt>, le ter, le fer-Maite, lea cordages , et tout ce qm sert aux mineurs, le soufre, le salpêtre, les outils de toute espèce. II est certain que les frais de tous ces préparatifs de destruction suffiraient pour fbnder et faire fleurir la ptau Mmbtease «alonie. (Voltaire, Sidele de Louis ur, c 20, t. n de ses Œuvres, p. 391.)

I II serait auiù aisé que fastidieux de dter la autorités des poètes, des phUas^phes et des Usloriens; et je me MuloiterH d'en appeler au témoignage auttientiqua et dédMf de Diodore de Sicile (t. i, 1. 1, p. 11 , 12; 1. m, p. 184, etc. , édit. Wesseling.) Les lehtyephages, qui erraient de iOB temps sur les eôles de la mer Rouge, la peuvent se comparer qu'aux sauvagH de la NonveUe-HoUande. (Voyage de Itaaqiitr, vol. i, p. 404409. L'imagiDation, au poitrêtre ia raison, peut supposer un état d'ignoranea fort au-dessous de celui de ces sauvages qui avaient acquis qudques arts et qudques outils.

rapidité ' ; mais une cbnte snbite a souvent détruit en on instant les travaux pénibles de plusieurs siècles, et tous les climats de la terre ont éprouvé successivement les vicissitudes de la lumière et de l'obscurité. Cependant l'expérience de quatre mille ans doit diminuer nos craintes et encourager nos espérances. Nous ne pouvons pas fixer le degré de perfection auquel le genre humain peut pacvenir : mais on peut présumer raisonnablement, qu'à moins d'une révolution {générale qui bouleverse la face du globe, aucun des peuples qui l'habitent ne retombera dans sa barbarie originelle. Nous envisagerons les progrès de la société sous trois aspects : 1° Le poète et le philosophe éclait-ent leur pays et leur siècle par les efforts d'un seul génie. Mais ces prodiges de raison ou d'ima]gination sont des productions rares et «poBtanées. Le génie d'Homère, de Gicéron, ou de Newton exciterait moins d'admiration, s'il pouvait être créé par les ordres d'un prince ou par les leçons d'un précepteur ; 2« les avantages des lois, de la politique, du commerce, des manufactures, des sciences et des arts, sont plus solides et plus durables; •l'éducation et l'instruction peuvent rendre -uu grand nombre d'hommes des différentes «lasses utiles à l'intérêt général; mais cette -discipline est l'effet du travail et de l'intelligence ; le temps peut dégrader cette machine compliquée, et la violence peut la détruire ; mais les arts les plus utiles, ou du moins les plus nécessaires , peuvent , heureusement pour le genre humain, s'exercer sans talens supérieurs et sans subordination nationale, «ans le génie d'un seul, ou l'union d'un grand nombre. Un village, une famille, ou même un individu, aura toi\jours l'inteUigence et la volonté de perpétuer l'usage du feu * et des

< Vor« l'oim^e savut et Judicieux dn préddeot -Goguet, de l'Origine des lois, des arts et des sdenoes. U cite quelques (kits, et propose des conjectures (t i, p. 147-337, édit in-12) sur les premiers pas de l'invoition humaine, qui hirent sans doute les plus difBcUes.

2 U est certain, qu<rique ce &it soit fort extraordinaire, que plnslflurs peuples ont ignoré l'usage dn feu. Les ingénieu habitans d'Otahiti, qui manquent de métaux, n'ont iBTCiiié aucun nttemile de terre susceptible de supporter

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

métaux, la propagation et le seir^ce des animaux domestiques. La chasse, la pèche, les premiers principes de la navigation, la cult(u% imparfaite du blé ou de quelque graine nourrissante, et la pratique simple des arts mécaniques et grossiers, l'industrie publique et le génie'des particuliers pourront disparaître; mais ces plantes solides et hardies survivront à la tempête, et pousseront des racines profondes dans le sol le plus ingrat. Un nuage épais d'ignorance éclipsa les jours brillans d'Auguste et de Trajan; les barbares anéantirent les lois et les palais de Rome; mais la faux, invention ou emblèiàe de Saturne S continua à abattre les moissons de l'Italie, et ce repas odieux où les Lestrigons* se nourrissaient de chair humaine ne s'est jamais renouvelé sur les côtesdelaCampanie. Depuis la première découverte des arts, la guerre, le commerce, et le zèle religieux, ont répandu ces dons inestimables parmi les habitans sauvages de l'ancien et du nouveau monde ; ils se sont propagés, et ne seront jamais totalement perdus. Nous pouvons donc conclure avec confiance, que, depuis le commencement du monde, chaque siècle a augmenté les richesses réelles, le bonheur, l'intelligence, et peut-être les vertus de la race humaine *.

l'action du feu , et de communiquer la chaleur aux liquides qu'ils contiennent.

t Plutarque, Quœtt. Rom., t. n, p. 275; Macrob., SaturruU., 1. 1, c. 8, p. 152, édit. Londres. L'arrirée de Saturne dans un vaisseau peut indiquer que la eAte sauvage du Latium fUt originairement découverte et dvitisét par les Pbénidens.

2 Dans les neuvième et dixième livres de l'Oebrssie, Homère a embelli les contes des matdols timides et crédules qui transformèrent en géans les Cannibales de Sicile etd'flaHe.

* L'avariée , te flinatisme et la cruauté ont trop souvent eflheé le mérite des découvertes, et la communication entra les lations a répandu des maladies et des pr^ugés. Nous devons bire une exe^on juste en bveur de notre sièd« et de notre patrie. Les cinq grands voyages, entrepris successivement par les ordres du roi actuel de l'Angteterre, n'avaient d'autre bot que le goût de Sa Mijesté pour les sciences et son amour de rbumanité. Ce même prince, adaptant ses bienfaits aux diflérentes classes de la société, a fo>dé une école de peinture dans sa capitale, et a mtroduit dans les Iles de la mer dn Sud les végétaux et Isa aninanx les plus utiles an genre humain.

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