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tous leurs droits, et s'étaient publiquement déshoiiorés en livrant les saintes Écritures ^ux officier^ de Dioclétien. Leurs reproches mutuels et l'histoire de cette négociation obscure doniieiTit lieu de croire que la dernière persécution avait , aigri le . zèlç des chrétiens d'Afrique sans réformer leurs mœurs* Cette Église divisée n'était plus capable de porter un^jugement impartial. On discuta successivement la,. cause dans cinq tribunaux formés par le choix de l'^mpe* l'eur, et l'affaire dura. plus de trois ati$ depuis le premier appel jusqu'au jugement définitif. La recherche sévère que firent le substitut du préteur et le pro* consul d'Afrique j le rappo^rt des deux évéques visiteurs qu'on avait envoyés à Garthage , les décrets des conciles d'Arles et de Rome , et le jugement suprême de Constantin dans son sacré Consistoire, furent tous en faveur deCéçilien. Les chefs du clergé etles magistrats civils le reconnurent unanimement pour le Véritable et légitime primât de l'Afrique. On mit ses évéques sufTragans en possession des honneurs et des revenus de l'Éfjlise , et ce ne fut p^as sans peine que Constantin se borna à exiler les chefs de la laction des donatistes. On peut pj:ésumer de l'attention
jkj-
contra mefaciunt. ( Acta coBcil. Çirtensis , Sfà cale. X>ptat.- , p. 274» ) Lorsque Gécilien fut invité à une assemblée 'd*évéques, Purpurius dit à ses ébbfrères, ou plutôt à ses coin-«> plices •: « QuMl Vienne ici recevoir Pimposition de 'nos mains , et, pour punitioti , nous lui casserons la-tdte en g^ise de.pé^ nitenee. » 'Qplat. , 1. i , c. L9.
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avec laquelle leur cause fut examinée, que les lois de Ji^ëquitë présidèrent au jugement. 11 est possible aussi que, eoifnme les prélats le prétendirent ^ Osius, favori de l'empereur , ait abusé de son influence sur son maître en trompant sa crédulité. Il est possible que le mensonge et la corruption aient fait condamner l'innocent ou aggraver la (condamnation du coupable. Au reste, si une injustice de cette espèce eût terminé une dispute dangereuse , on pourrait la classer parmi les inconvéniens attachés à une administration arbitraire, auxquels la postérité ne prend point de part.
Cependant cet événement , qai paraît à peine digne schumc d'une place dans Fhistoire, fut la source d'un schisme donatistes. qui désola durant plus de trois siècles la province d'Afrique, et n'y fut anéanti qu'avec le christianisme même. Les donatistes , enflammés du zèle inflexible du fanatisme et de la liberté , refusèrent d'obéir aux usurpateurs dont ils rejetaient l'élection et l'autorité spirituelle. Exclus de la société civile et reli-r gieuse de tout le genre humain, ils excommunièrent audacieusement le gçnre humain, qui embrassait la cause impie de Cécilien et celle des traîtres dont il avait reçu sa prétendue ordination. Ils assuraient avec confiance , et avec une sorte de triomphe , que la succession apostolique était interrompue ; que la crindinelle contagion du schisme enveloppait tous les évêques de l'Europe et de l'Asie, et que les prérogative^» de l'Église catholique n'appartenaient plus qu'au petit nombre de fidèles africains qui: seuls avaient con-
serve la poretë de leurs prt^ceptes el de lear discipline. A cette théorie sévère ils joignirentlea pratiques les moins charitables. Tous les prosélytes ^ui leur venaient même des provinces les plus reculées de rOrient recevaient une seconde .fois le baptême et Tordination (i). Les donatistes regardaient ces sacremens comme nuls lorsqulls avaient été administrés par des hérétiques ou des schismatiques. Ils^assujettissaient les évéques , les jeunes filles et même les eufans à une pénitence publique, avant de les admettre à leur communion. S'ils obtenaient une ^lise occupée précédemment par leurs adversaires les catholiques, ils purifiaient ceprofâne édifice avec autant de soin qu'un temple souillé par le culte des idoles. On lavait le pavé , on grattait les murs , et Ton brûlait Tau tel ordinairement construit en bois. On fondait les vases sacrés , et les saintes hosties étaient jetées aux chiens avec toutes les cérémonies ignominieuses qui devaient enflammer et perpétuer .l^nimosité des factions religieuses (2). Malgré celte aversion irréconciliable , les adhérèns des deux parth , confondus
(i) Les conciles d'Arles, de Nicée et de Trente, confir^ mèrent la pratique . sage et modérée de TEgljse de. Rome. Les donatistes toutefois eurent Tavantage de maintenir le sentiment de saint Gjprien et d'une grande. partie de la primitive Eglise. Yincentius-Lirinensis (p. 332, op. Tille«mont , Mém. ecclésiast., t. vi , p. i38) a expliqué pourquoi les donatistes brûlent dans les enfers j tandis que saint Gyprien est dans le ciel avec Jésus-Christ. . '
(2) Voyez le sixième livre d'Optatde Milève, p.- 91-100.
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et divisés daifs toutes les villes de l'Afrique , -conser-r yaientle même extérieur, le métûe langage , le même zèle , te même culte .et la même .doctrine. Proscrits par lès chefs de TÉglise et du gouvernement civil , les donatistes se maintinrent cependant en nombre supérieur dans quelques provinces , particulièrement en Numidie ^ et quatre cents évêques reconnaissaient Tautorité de leur primat* Mais l'invincible esprit de secte dévorait les entrailles de la secte même, et l'Église- schismatique était déchirée par des dissen<^ sions intestines. Le quart des évêques donatistes suivait) la doctrine indépendante de,s maximianistes; Le sentier étroit et solitaire que leur avaient marqué leurs premiers* conducteui's les éloignait de plus en plus dQ genre humain^ et la petite secte à peine connue sous le nom de rogatiens, affirmait avec assurance que , si Ije Christ descendait du ciel pour juger les humains, il ne reconnaîtrait la pureté de sa doctrine que dans quelques villages obscurs de la Mauritanie césarienne (i).
Le schisme des donatistes fut renfermé dans l'Âfri- Les (jue. Mais le mal causé parles opinions des trinitaîres se répandit successivement dans tout le monde Xîhrétleh. La source du schisme des premiers fut une querelle .occasionée par l'abus delà liber^té^et le sys-
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(i.) Tilljem, , Mém, ecçléé., t. vi^'patt. i, p. 253» Il plaisante sur Ijeur c;nj^uté partiale- Tillemont a beaucoup de véuération-pour saint Augustin , le grand docteur du système de la prédestination . .
l66 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
tème mysiërieax des trinitaires prit naissance dans l'abus de la pl^losophie. Depuis le siècle de Constan* tin jusqu'à celui de Ciovis et de Théodoric, les disputes théologiques de l'arianisme se trouvèrent tel^ lement mêlées dans toutes les affaires temporelles , soit des Romains , soit des Barbares , qu'il doit être permis à Thistorien d'écarter respectueusement le voile qui couvre le sanctuaire pour jeter un coup d'œil sur la marche de la raison , de la foi , des erreurs et des passions, depuis l'école de Platon jusqu'au déclin et à la chute de l'empire.
System* Le génie de Platon, éclairé par ses nropres médimntJësnt- tdlions OU par les connaissances traditionneUes des prêtres de l'Egypte (i), avaient essayé de découvrir la nature mystérieuse de la Divinité. Quand il eat élevé ses pensées jusqu'à la contemplation sublime d'un être préexistant par lui-même , et cause nécessaire de l'univers, le philosophe athénien ne put concevoii" comment la simple unité de son essence
(i) Plato ^gyptwn peragrtwit , ut à sacerdotîhus barb^ris numéros et cœlestia acciperet. ( Cicer. , de Pinibus , y, 25.) Les Egyptiens conservaient peut-être encore la tradition de la religion des patriarches. Josèphe a persuadé à plùsieuf^ pères de l'Eglise que Platon avait tiré des JtiiCi une grande partie de ses connaissances -j mais on ne peut guère concilier cette opinion avec Tobscurité et Finsociabilité du peuple juif, dont lesf Ecritures ne furent accessibles à la curiosité des Grecs que plus de cent ans après la mort de Platon. F'oyez Marsbam y Canon, Chron. ^ p. i44 » l^c Clerc , Bpist. eritic, , vu , p. 1.^7-194.
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pouvait admettre h., variété infinie d'idées distilles et successives qui composent Tensemble du monde intellectuel; comment un. être purement immatériel avait pu exécuter ce plan admirable , et assujettir à des formes ]a sauvage indépendance du cbaos. La vaine espérance dé vaincre les difficultés qui accableront toujours la faiblesse de Tesprit humain, a pu conduire Platon à considérer la nature divine sous les trois différent^ modifications, de la première cause , de la jaison ou logos, et de Tâme ou esprit de Funivers. Son imagination poétique personnifia et anima ces abstractions miétaphysiques , et il représenta, daus son système , les troi^ principes archiques ou^originels comme tcois dieux étroitement unîs Tun à Tautre par une génération mystéi'ieuse et ineffable. Il considéra particulièrement le logos sous les termes moins inabordables de Fils du Père éternel, de créateur et de conservateur de Tunivers. Telle était, seloif toutes l'es apparences , la doctrine secrète que Ton enseignait furtivement dans les jardins de Tacademie (i)-, et, si l'on en croit les dfecîples plus mô-
(i) Les modernes que j'ai pris pour guides dans la connaissance du système de Platon , sont Cudworth ( Système intelUctxvel y p.' 568-62o) ; Basnage {Hùt* des Juifs, 1. iv, p,#53*86) ; Le Clerc {Epist,. crti,, vu, p.' 194**209) , et Brucker ( Hist, philosoph. , t. r, p. 675-706). Comme leur érudition était égale et leur • intention différente ,, un observateur atteiitif peut tirer quelques lumières Ae leurs disputes , et regarder comme constans les faits dont ils conviennent una^ nîmement;.
l6S HISTOIRE 'DE LA DÉCADENCE
deraes de Platon , une ëtude et une application assidue de trente années suffisait- à peine pour acquérir la parfaite intelligence de cette doctrine (i).
(i) Cet exposé de la doctrine de Platon me parait contraire au véritable sens des écrits de ce philosophe. La -brillante imagination qu'il a portée dans ses recherches métaphysiques , son, style plein d^allégories et de figures, ont pu induire en erreur des interprètes qui n& cherchaient pas dans Pensemble de ses ouvrages et au-delà djes images dont se servait Pécrivain ^.le fond des idées du philosophe. Il n'y a point , à mon avis , de Trinité dans Platop ; il n'a établi aucune génération mystérieuse entre les trois prétendus prin— ci()es qu'on lui fait distinguer. Enfin^il n^ jamais conçu que comm« des attributs de la Divinité ou delà matière ^''les idées dont on prétend qu'il a fait de»- substances, dôs êtres, réels.
Selon Platon , Dieu et la matière existent de toute éternité. Avant la création du monde la 'm.atièfe. avait en elle un principe de mouvement , mais sans bat et sans lois : c'est xe principe que Platon appelle Vâme irraisonnable eu monde (aXq7oç4'^;^>3)9 pftrœ que,- dans sa doctrine, tout principe sppntané et originaire de mouvement > s'appelle âme. Dieu voulut imprima la forme à cette matière, c'est-à-dire , I® travailler la matière et en former des corps ; 2® régler son mouvement et l'assujettir à un but, à des lois. La Divinisé ne pouvait agir, dans cette opéra^tion ^ que diaprés les idées existantes dans son intelligence : leur réunion la remplissait, et forma le type idéal du monde. C'est ce moi^de idéal, cette intelligence divine , existante avec Dieu de toute éternité , et appelée par Platon vot^ç ou Xoyoç, dont on )uî attribue la personnification , la jubstantialisation ;; tandis qu'il suffit d'un ' examen attentif pouf sp convaincre qu'il ne .lui a ja«mais donné d'exist-ence (lors de la Divinité^ et qu'il ne considérait le logos que comme l'ensembje des idées de Dtieu ,
I^es victoires dfi$ Macédonieuis ay^iei^t rëpauda Eo«eigné
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dan$ rEgypteet dans l'Açie le langage et les sciei^ceç les ccoie» de la Grèce , et le système thëologiqoe de Platon , ^rie, mai peut - être perfectionné , s'enseignait avec moins de
rentendement divin dans ses rapports avec le moiide. L'opinion contraire est inconciliable avec toute sa philosophie : ainsi il dit {Timœus, p. 348, édù. Bip.) qu^à Pidéè de la Divinité est essentiellement unie celle d'une'intelligence, d^un logos ji il aurait donc admis un double logos, Vup. inhérent à la Divinité comme attribut, Tautre existant hors d^elle comme substance. Il affirme {TimcBus, p. 3 16, 33 7>, 34B; Sophista, t. II, p. 265, 266) bue rinteUigencejirt/io/pe d^oi^ dre ( vouç ou X070Ç ) ne peut exister que comme attribvit d^uhe âme {'^jjn)^ principe de mouvement et dévie dont la nature nous est inconnue. Comment eût-^il pu, diaprés cel^, re-;garder le logos comme une substance douée d^une existence indépendante? Ailleurs il l'explique par ces deux mots ctreoDi/ui, science, et ^lavoioc , intelligence, qui désignent des aUributs de la J^wimlé, {^Sophist», tome 11, page 29^^.) Enfin il résulte de plusieurs passages , entre autres du Phileb. , tome IV, page^47*^489 que Platon n'a jamais pjété aux mots nous , logos , que Pun de ces deux sens : le résultat de V action de la Dit^inité, c'est-à-dire l'ordre, Tensembledes lois qui gouvernent 1^ monde ; et c'est ici Vdme^ raisonnable du monde (hyfiaroan ^^x^) ou la cause mêhie du résultat, c'està-dire l'intelligence divine. Quand il sépare Dieu , le type idéal du monde , et la matière , c'est pour expliquer comment , dans son systèmç , Dieu a procédé lor^ de la création pour unir le principe d'ordre qu'il avait en lui -, sa propre intelligence , le logos, au principe de mouvement , à l'âme irraisonnable, alogos psuckè, qui était dans la matière^ Quand il parle de la place^qu'occupe I9 monde idéal (tottoç vosqtoç ) , c'est pour désigner l'enteivflement divin qui en est la cause.
'réserve dans la célèbre école d'Alexandrie (i). Sons la protection des Ptolémées, une nombreuse colonie
Enfin , on ne trouve nulle part dans tes écrits une véritable personnification des êtres prétendus dont on a dit qu^il formait une Tnnité ; et si cette personnification existait , elle s^appliquerait également à plusieurs autres idées , dont on pourrait former plusieurs Trinités différentes.
Du reste, cette erreur dans laquelle sont tombés la plu— part des interprètes de Platon , tant anciens cpie modernes , était assez naturelle. Outre les pièges que leur tendait son style figuré , outre la nécessité d^embrasser en entier le système de ses idées , et de ne pas expliquer les passages isolément , la nature même de saadoctrine pouvait y conduire. Lorsque Platon parut , Tincertitude des connaissances bu— maines et les tromperies continuelles des sens étalent recon** nues , et donnaient lieu à un scepticisme général. Socrate avait voulu mettre la morale à Pabri de ce scepticisme ; Pla^ ton tenta dVn sauver la métapbysique , en cbercbant dans Tentendement bumain la source de la certitude que les sen& ne peuvent fournir. Il inventa le système des idées innées , dont Tensemble formait, selon lui , le monde idéal , et affirma que ces idées étaient les véritables attributs attachés non-seulement à nos représentations des objets , mais encore à la nature des objets eux-mên^s; nature que nous pouvions connaître diaprés elles. Il donnait donc à ces idées une existence positive comme attributs ; ses commentateurs pouvaient aisément leur donner une existence réelle comme substances , d^autant que les termes dont il se servait pour les désigner, ouro to xoOiov, ouro ro oeyaOov {la beauté elU—mùne, la bonté elle-même) , se prêtaient à cette substantialisation {hypostasis.) {Note de V Editeur.)
(1) Brucker, Hist. philosopha, tome i, page 1 349-1 357» L^école d^ Alexandrie est célébrée par Strabon (1. xvii) et par Âmmien ( xxii , 6 ). *
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de Juifs s^ëtait fixée dans leur nouvelle capitale (i). Tandis que lé cdrps de cette nation se contentait d'accomplir les cërémonies lëgales, et s'occupait d'un commerce lucratif, quelques Hébreux d'un gé* nie plus élevé se livraient à la contemplation religieuse et philosophique (a). Ils étudièrent avec soin et embrassèrent avec ardeur le système théologique du philosophe d'Athènes ; mais leur orgueil national aurait été offensé par l'aveu de leur pauvreté , et ils se parèrent audaciensement des riches trésors qu'ils dérogeaient à leurs maîtres, les Égyptiens, comme d'un héritage sacré qu'ils tenaient de leurs ancêtres. Un siècle avant la naissance de Jésus-Christ, les Comai» Juifs d'Alexandrie publièrent un traité de philoso- chrut. phie , dans lequel on reconnaît aisément le style et les préceptes de l'école platonicijenne ; et il fut unanimement reçu comme une production origi- • nale'et une émanation précieuse de la sagesse que le ciel avait inspirée à Salomon (3). On trouve le
(i) Josèphe,^ Antiquit,, I. vn, c. i, 3; Basnage, Hist, des Juifs , I. VII, c. 7.
(2) Relativement à l'origine de la philosophie juive , voyez Busèhe y Prœparat. emngel., 8, 9, ,10. Philon prétend que les Thérapeutes étudiaient la philosophie, et Brucker a prouvé {Hist, philosoph. ; t. 11, p. 787) qu'ils donnaient la préférence à celle de Platpn.
(3) ^ojcz Calmet, Dissertations sur la Bible,\. ^i, p. 277. Plusieurs des pères de TEglise ont reçu le Lit^re de la Sa^ gesse de Salomon , comme un ouvrage de ce monarque ; et , quoique rejeté par l'es protestaus , faute d'un original hér
17a aiSTOIRE DE LA DECADENCE
même mëbnge de la foi mosaïque et de la philosophie des Grecs (i) dans les Œuvres dePbilon,
breu , il a obtenu , avec le reste de la Vulgate, la sanction du concile de Trente.
(i) La philosophie de Platon n^était pas la seule source de ceUe qu^on professait à Fécole d^ Alexandrie. Cette TÎlle, où se réunirent des lettrés grecs, juifs, égyptiens, fat le théâtre d*un bizarre amalgame des systèmes de ces trois peuples. Les Grecs y apportèrent un platonisme déjà altéré^ les Juifs , qui avaient pris à Babylone un grand nombre d^idées orientales, et dont les opinions théologîques o# philosophiques avaient subi de grands cbangemens par ces communications, sVfforcèrent de concilier le platonisme avec leur nouvelle doctrine , et le défigurèrent entièrement ; enfin les Egyptiens , qui ne voulaient pas abandonner des idées pour lesquelles les Grecs eux-mêmes avaient du res* pect , travaillèrent de leur côté à les arranger avec celtes de leurs voisins. C^est dans Y EccUsiastiqti& et dans le livre de la Sagesse que se /ait sentir l!influence de la philosophie orientale plutôt que celle du platonisme : on trouve dans ces livres et dans ceux des derniers prophètes, comme Ëzéchiel , des idées que les Juifs n'avaient pas avant la captivité de Babylone , dont on ne saurait trouver le germe dans Platon , et qui viennent visiblement des Orientaux. Ainsi Dieu présenté sous Pimage de la lumière, et le principe du mal sous celui des ténèbres, Phistoire des bops et des mauvais anges , le paradis et Tenfer, etc., sont des dogmes dont l'origine, ou tout au moins la détermination positive, ne saurait être rapportée quli la philosophie orientale. Platon croyait la matière étemelle ; les Orientaux et les Juifs la regardaient comme une création de Dieu , seul éternel. H est impossible d'expliquer la philosophie de l'école d' Alexan** drie par le seul mélange de la théologie judaïque et de la
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI.^ lyS
que ce philosophe composa en grande partie sous le règne d'Auguste (i). L'âme matérielle de Tuni-
philosophie grecque; la philosophie orientale, quelque peu connue qu^elle soit , s'y fait reconnaître à chaque instant : ainsi , selon le Zend-Avesta , c^est par la parole (honoç^er) , plus ancienne que le monde , qu^Qrmuzd a créé toutes choses. Cette parole est le logos de Philon , bien différent , par conséquent , de cejui de Platon. J'ai fait voir que Platon n'avait jamais personnifié le logos du type idéal du monde; Philon hasarda cette personnification. La Divinité, selon lui, a un double logos; le premier (X070Ç ivStoAsroç) est le type idéal du monde , le monde idéal , c'est le premier né de la Divinité ; le second (X070C Trpof opixoc ) est la parole même de Dieu , personnifiée sous l'image d'un être agissant pour créer le mondé sensible et le rendre semblable au monde idéal ; c'est \e second fils de Dieu. Poussant jusqu'au bout ses rêveries , Philon alla jusqu'à personnifier de nouveau le monde idéal sous l'image d'un homme céleste (ovpovtoc avOpôJTroç), type primitif de l'homme,- et le monde, sensible sous l'image d'un autre homme, moins parfait que l'homme cèles tew Gerw taines idées de la philosophie orientale ont pu donner lieu à cet étrange abus de l'allégorie , qu'il suffit de rapporter pour faire voir quelles altérations avait déjà subies alors le platonisme , et qiielle en était la source : encore Philon est-il de tous les Juifs d'Alexandrie celui dont le platonisme est le plus pur. X Voyez Buhle , Introd. à l'Hist, de la philosophie moderne, en allem. , p. 590 et suiv. ; Michaèlis , Introd, au Noui^eaui-Testament, en allem., part. 11, pag. 978. ) C'est de ce mélange d'orientalisme , de platonisme et de j udaïsme , que sortit le gnosticisme , qui a produit tant d' extravagant ces théologiques et philosophiques , et 011 les idées orientales dominent évidemment. {Note de l'Editeur, ) \
(ï) Le Clerc (Épures critiques, viii, pages 211-228) a J
vers (i) pouvait offenser la piété deâ Hébreux : mais il faisait du logos le Jehovah de Moïse et des patriarches 5 et le fils de Dieu fut envoyé sur la terre sous une forme visible , et même sous une figure humaine, pour sY occuper de ceâ soins de détail qui paraissent incompatibles avec la 'nature et les attributs de Fauteur de toutes choses (a).
prouvé y d^une manière victorieuse y le platonisme de Philon, si fameux, qu'il était passé en proverbe. Basnage {Hist. des Juifs, 1. IV, cb. 5) a démontré claireinent que les œuvres théologiques de Philon furent composées avant la mort et très^probablement avant la naissance de Jésus^brist. Dans ce temps d'obscurité , les coi^naissances de Pbilon sont plus étonnantes que ses erreurs. Bull. Defens. fid, nicen», s. i , G. I, p. 12.
(i) Mens agitât molem, et magno se corpori miscet*
En outre de cette âme matérielle , Gudwortb a découvert (p. 962) dans Amelius , Porpbyre , Plotin , et, selon lui, dans Platon lui-même ,. une âme spirituelle , supérieure , upercosmienne , de Punivers ; 'mais Brucker, Basnage et Le Clerc , prétendent que cette double âme est une invention oiseuse des derniers platoniciens.
(2) Petau, Dogmata theologica, t. 11, L vni, c. 2 , p. ^91 ; Bidl., Defens, fid, nîcen. ,s, i, c. i, p. 8, i3. Cette opinion fut adoptée dans la théologie chrétienne , jusqu'au moment où les ariens en abusèrent. Tertullien ( adi^ersé Praxeam, c. 16) contiept un passage remarquable et dangereux. Après avoir mis en opposition , d'une manière aussi indiscrète qu'ingénieuse , la nature de Dieu et les actions de Jehovah , il conclut : ScUicet ut hac de Filio Dei non cribdenda fïdsse , si non scripta essent ^ fortassè non credenda de Pâtre, licet scripta.
L'ëloquence de Platon , le nom de Salomon , Tau- R<?v<n.ç torité de l'école d wexandrie, le consentement des ««iot Jean. Juifs et des Grecs, ne suffisaient point pour établir la vérité d'une doctrine mystérieuse qui séduisait l'esprit, mais qui- révoltait la raison. Un apôtre ou un prophète inspiré par la Divinité pouvait seul exercer un empire légitime sur la foi du genre humain -, et la théologie de Platon aurait toujours été confondue avec les visions philosophiques de l'académie, du portique et du lycée, si le nom et les attributs divins du logos n'avaient pas été confirmés par la phime céleste du dernier (i) et du plus sublime des évangélistes (2). Sous le règne de Nerva, la ré-
(i) Les platoniciens admiraient le commencement de rÉvangile de saint Jean , comme contenant une imitation exacte de leurs principes. (Saint Augustin , d^wit. Dei, x, 2g; AmeliMs apud CjrriL, adi^ers, Julian., 1. viii, p. 283.) Mais dans les troisième et quatrième siècles , les platoniciens d^ Alexandrie ont pu perfectionner leur Trinité par Tétude de la théologie chrétienne.
(2) Une courte discussion sur le sens dans lequel saint Jean a pris le mot logos ^ prouvera qu^il ne Fa point emprunté de la philosophie de Platon.
L^évangéliste se sert de ce mot sans explication préalable, comme d^un terme que ses contemporains connaissaient déjà et devaient comprendre. Pour savoir le sens qii^il lui prête, il £aut donc chercher quel était cdoi- quVn lui prè^ tait 4^ son temp& s^op en trouve deux; Pun était attaché au mot logos par les Juifs dé la Palestine^ Pautre par, Fécole d^Alei^andrîe , spécialement par Philon. Les- Juifs avaient craint de tout temps de prononcer le nom même de Jehoi^dk,
vélation chrëtienne apprit à runiyere étonné qne le logos, qni était de tonte éternité avec Dieu, qui était Dieu lui «- même , qui avait créé toutes choses , et pour qui tout avait été fait, s'était incamé dans la personne de Jésus de Nazareth ; qu'il était né d'une
ils avaient contracté lliabitude de désigner Dieu par quelqu'un de ses attributs : ils rappelaient tantôt la sagtsse , tantôt la parole : « Les cieux ont été faits par la parole de FElemel (Ps. 33, t. 6). Accoutumés aux aUégories, ils s'adressaient souvent à cet attribut de la Divinité comme à un être réel. Salomon fait dire à la Sagesse : « J'appartiens à rÉtemel , j'ai présidé dans ses conseils , j'étais avant tous ses ouvrages ; de toute ancienneté , j'ai été établie souveraine long-temps avant que la terre fût créée , etc. » (Prov., c. 8, V. 22 seq, ) Le séjour en Perse ne fit qu'augmenter le penchant à des allégories soutenues. On trouve dans VEc" clésiastique du Siracide et dans le livre de la Sagesse des descripHons allégoriques de la Sagesse , comme celle-ci : « Je sors de la bouche du Très-Haut , et j'at couvert la terre comme d'une nuée. . . . Seule , j'ai dessiné les homes du èiel
et creusé les abIVnes de la mer Le Créateur m'a créée
avant les siècles , et je subsisterai pendant tous les siècles... Celui qui se nourrira de mes fruits n'aura plus fainr ; celui qui s'abreuvera à ma source n'aura plus soif. » (iEcef^ÛLf— tique, c. 24 9 ^* ^j ^r 9 et 20 ; vojrèz aussi le livre de la Sagesse de Salomon^ c. 7 et 9.) On voit d'après cela que les Juifs entendaient par les mots hébreux et chaldaïques qui signifiaient sagesse , parole , et qui furent traduits en grec par ceux de vof ca, Xoto^^ un simple attribut de la Divinité qu'ils.personnifiaient allégoriquement , mais dont ila ne faisaient point un être réel , particulier, hors de Dieu.
L'école d'AlexàndHe , au contraire , et Philon entre autrui , mêlant les idées grecques aux idoes judaïques et orien—
DE L'EMPIRE ROMAIJf. CHAP. XXI. 177
vierge , et avait Souffert la mort sur une croix. Outre le dessein général de donner une base perpétuelle aux divins honneurs du Christ, les plus anciens et les plus respectables des écrivains ecclésiastiques conviennent que le théologien évangélique avait parti-
taies , et se livrant à un penchant vers le mysticisme , personnifia le logos, et le représenta {vojr» la note i, p. 172) comme un être particulier,, créé de Dieu,* et intermédiaire entre Dieu et les hommes; c'est le second logo» de Philon ( >070< ?rpof opcxoç ) , celui qui agit lors de la naissance du monde , seul de son espèce ( fAovoYsvViç ), créateur du monde sensible (xoojxoç at^O^rroç), que Dieu forma diaprés le mond^ idéal (xoQiiioç vo>iToç) qu'il avait en lui, et qui était le premier logos ( 0 ayciiTOTc» ), le premier né {0 irpea^yreepoç uioç*) de la Divinité. Le logoy, pris dans ce sens , était donc un être créé , mais antérieur à la'création du monde , voisin de Dieu et chargé de ses relations avec les hommes.
Quel esi celui de ces deux sens que saint Je^an a eu Tintention de prêter au mot logos àaàs le premier chapitre de son Evangile et dans tout ce quUl a écrit?
Saint Jean était un Juif né et élevé en Palestine; il .ne connaissait point , ou du moins très^peu , la philosophie des Grecs et celle des Juifs grécisans : il devait donc naturelle^ment attacher au mot logos le sens qu ^ attachaient les Juifs de la Palestine. \Que Ton compare en effet les attributs quHl prête au logos avec ceux qui lui sont prêtés dans les Pro-« verbes , dans la Sagesse de Salomon^ dans rËcclésiastique , on verra que ce sont les mêmes : La parole était dans le monde, et le monde a été fait par elle ; elle était la vie et la lumière des hommes , etc. ( Evangile. selon saint Jean, c. i, V. 4 9 10 9 ^^' ) 11 cs^ impossible de ne paâ reconnaître dans ce chapitre les idées que les Juifs se faisaient du logos allégorisé. LVvangélisté personnifie ensuite réellement ce que