IV
culièFeraent lïntention de réfuter les deux hérésies Les ëLio- opposées qui troublaient Ist paix de la primitive "docèus/* Église (i). 1° La foi des ébionites (^), et peut- être
ses prédécesseurs n'avaient personnifié que poétiquement , car il affirme que la parole est deç^enue chair {y. i4) î c'est pour le prouver qu^il écrivait. Exaininées de près, les idées qu^il donne du logos ne sauraient s^accordèr avec celles qu'eji avaient Philon et l'école d'Alexandrie ; elles répondent au contraire à celles des Juifs de la Palestine. Peutêtre saint Jean , se servant d'un mot connu pour expliquer une (iQctrine qui ne J'était pas, en.a-t-il altéré un peu le sens : c'est cette altération que l'on croit découvrir en rapprochant les divers passages de ses écrits.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les Juifs de la Palestine, qui ne voyaient p^s cette altération , ne devaient trouver rien d'étrange dans ce que disait saint Jean du logos ; au moins le ct)mprenaient-ils sans peine; tandis que les philosophes grecs et les Juifs grécisans , de leur côté , y portaient dejs préventions et des idées faciles à concilier avec celles de l'évangéliste qui ne les contredisait pas expressément. Cette circonstance à dû beaucoup favoriser les progrès du christianisme ; aussi les pères de FËglise des deux Sremiers siècles et . au - delà , formés presque tous à Técole ^Alexandrie , prêtaient-ils au logos dé saint Jean un sens assçz semblable à celui dans lequel l'avait p^ris* Philon. Leur doctrine se rapprochait beaucoup de celle qu'au quatrième siècle le concile de Nicée condamna dans la personne d'A— rius. . {Note de V Editeur,. ) •
(i) Voyez Beausobre , HÎH, critique du Manich, , tome 7, p. 377. L'Evangile selon saint Jean est supposé avoir été publié environ soixaînte^dix ans après la mort de Jésus- Christ.
(2) Mosheim (p. 33i ) et Le Clerc (Hist. ecfilés, , p. 535)
DE UEMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. 17g
celle des nazaréens (i), était grossière et imparfaite. Us"^ révéraient Jésu6 comme le plus grand des prophètes, doué d'une puissance et d'une vertu surnaturelles. Us appliquaient à sa personne et à son règne futur toutes les prédictions des oracles hébreux qui annoncent le règne spirituel et éternel du messie (2). Quelques-uns d'entre eux admettaient qu'il était né d'une vierge \ mais ils rejetaient avec obstination l'existence précédente , et les perfection$ divines du logos ou fils de Dieu , qui sont définies si clairement dans l'Évarngile de saint Jean. Environ cinquante ans» après, les ébionites, dont saint Justin martyr a rapporté lès erreurs avec moins de sévérité qu'elles ne paraissent le mériter (3) , ne composaiejit qu'une
expliquent clairement les sentimens des ébionites. Les cri-^ tiques attribuent à un de ces sectaires les Clémentines publiées par les pères apostç^iques.
(i) I468 polémistes opiniâtres comme Bull {Judicium Ecchs. ccuhoL , c. 2 ) insistent .sur l'orthodoxie des nazaréens y iqui parlait moins pure et moins certiitne aux yeux de Mosheim, p. 33o.
(2) L'obscurité et les souffrances de Jésus -ont toujours été
legrand argumenjt des Juifà. « Deus contrariis colorikus
Messiam.depinxerat ) futurus eràttex yJudex; pastor, etc. » Voyez Lîmborch et Orobio, tanica CoUat. , p. 8, iig, 53, •76 y 192 , 234* Cette objection a obligé les chrétiens à élever leui% yeux vers un royaume spirituel et éterneL
(3) Saint Justin martyr, 2^^^. cum Tryphonte,'^» 143} i44* ^0/^2 Le Clerc j' Hist,' ecclés. ^ p. 61 5; Bull et^Gfâbe son éditeur {Judieium Eeclfis. eatkolic.^ c. 7r et VAppénldix) ; essaient de défigurer les sentimens -ou les paroles* de saint
l8o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
tr^s -faible partie du peuple chrétien. 2^ Les gnoèliques, connus sous la dénomination de //ocè^6$^ mnnaient daûs l'excès contraire. Ils reconnaiss.aient la nature divine du Christ, et ne croyaieiït pointa sa nature humaine (i): Élevés dans l'école de Platon,
Justin ; mais leur correction , qui fait violence au texte ,^ a été fejetée même de l'édition des bénédictins.
(i) La plupart des docètes rejetaient la véritable divinité de Jésus-ChHst aussi bien que sa nature humaine : ils étaient du nombre des gnostiques , dont quelques philosophes^ au parti desquels se range Gibbon , put voulu faire dériveç les opinions de celles de Platon^ C.es philosophes ne réfléchissaient pas que le platonisme avait subi des altéra^tions continuelles , et que celles qui lui donifaient quelques rapports avec les idées des gnostiques, étaient postérieures à la naissance reconnue des sectes comprises sous ce nom. Mos— heim a prouvé (dans ses //w/iV. histor. Ecchs. major.', sec. i, p. i36 sqq.y et p. SSg sqq.) que la philosophie orientale, combinée avec la philosophie cabalistique des J^ifs, arvait donné naissance au gnosticisme. Les rapports qui existent eqtre cette doctrine et les monumens qui nous restent dje celle des Orientaux, comme les Chaldéens et les Perses, sont évidens , et ont été la source des erreurs des gnostiques chrétiens qui ont votflu concilier leurs anciennes idéeâ avefc leur nouvelle croyance. C'est à cause de cela qu'en niant la nature humaine du Christ , ils niaient aussi son «union intime avec Dieu , et ne le prenaient que pour une* des su^S" tances ( aunes ) créées dé Dieu. Comme ils croyaient à l'éternité de la matière, et la regardaient comme le prin-» cipt du rhal, par opposition à la 'Divinité, cause première et fiftncipè du bien, ils ne 'voulaient pas admettre qu'une des suhstatLces pures, un des œones issus de Dieu , se fût , eo'psirticipantàla nature matérielle, alKé au priricipe du
accoutumés à Tidëe sublime du logos, ils concevaient aisément que le plus pur des œones ou . substan" ces émanées de la Divinité pouvait prendre la forme et Tapparence d'un mortel (i)^ mais ils prétendaient que lès imperfections de la matière étaient incompatibles avec la pureté d'une substance céleste. Le sang du Christ fumait encore sur le Calvaire, que déjà les docètes inventaient des hypothèses impies et extravagantes-, ils publiaient qu'au lieu d'être sorti du sein d'une vierge (2), Jésus était descendu sur les boi*ds du Jourdain sous la forme d'un homme fait, qu'il avait fasciné la Vue de ses enhemis et même de ses disciples, et que les satellites de Pîlate avaîient épuisé leur impuissante fureur sur un fantôme qui sembla mourir sur la croix et ^sortir trois jours après du séjour des morts (3).
mal , et tel était le motif qui leur faisait rejeter Thumanité réelle de Jésus-Ghrist. Voyez Ch. G. F. Walch , Hist, des hérésies, en allem., t. i, p. 217 sqq, ; Brucker, Hist. crit* philos. , tome 11 , pag. 689. (Note de l'Editeur»)
(i) Le3 ariens reprochaient au parti orthodoxe d'avoir prîsses sentimens sur la Trinité , des valentiniens et des mat-^ cionites. Voyez Beausobre , Hist. du Munich. , 1. m , c. 5, 7.
(2) Non dignunt est utero credere Deum , et Deum. Christum.,. Non dignum est ut tanta maj estas per sordes etsquor lores muliéris trarit(ire credatur. Les gnostiqùes tenaient^ pour Timpureté de la matière et dû mariage; et ils étaient" scandalisés des grossières interprétations des pères et de. Saint Augustin lui-iyême. Voyez Beausobre , t« 11 , p. 523..
(3) ^postolis adhuc in sœculà sûperstitibus apud Judo^am. Christi sanguine récente, et phantasmâ corpus Domini asse»*
t82 HISTOlftE DE LA DKCAOENCE
5aitir» La sâDClion divine qa^un apôtre avait donnée an myiitfriemt p^^^'p^ fondamental de la Théologie de Platon, en-
'"' ' couragea les savans prosélytes des second et
siècles à étudier et à admirer ies écrits du sage d'Athènes, qui avait prédit d'une manière si merveilleose une des pins étonnantes découvertes de la révélation chrétienne. Le nom respectable de Platon servait éga-
rebatur. Cotelîer pense (Pafivi apostoL , t. ii, p. 24) que ceux qui refusent de croire que les docètes parurent du temps des apôtres, peuvent aussi^nier qu*îl fait jour à midi. Ces docètes, qui formaient un parti considérable parmi les gnostiques , étaient ainsi appelés , parce qu^ils prétendaient que le corps de Jésus-Christ nVn avait eu que Tapparence (*).
(*} Le nom de doeèteê ne fat donne â cet sectaires que dans le coars du deoiième siècle : ce nom ne désignait pas one secte proprement dite, il s*appliqaait à toutes les sectes qui enseignaient la non-rëalité du corps matériel de JÀus-Cbrist : de ce nombre étaient les Tslentiniens, les basilidiens , les opfaitcs, les marciooites, contre qui Tertullien écrivit son livre d« Cunne Chriâti, et d'autres gnostiques. A la vérité Clément d'Alexandrie (1. m, stronuU,, ç. i3, p. 55a) fait une mention expresse d'une secte de do<^tes, et nomme même comme un de ses cbefs un certain Cassianus; mais tout nous porte à croire que ce n'était point la une secte particulière. Pbilasfrias (de Hœres , c. 3-1 ) reprocbe è Satuminus d'être un docète. Irénée {advenus Mœreses , c. a3) fait le même reprocbe à Basilide. Épipbane et Pbilastrius, qui ont traité avec détail de cbaque hérésie particulière, ne nomment point spécialement celle des docètes : l'évêque d'Antioche Sera pion (EosèbCy liiât, eeclégùist,, 1. vi,c. is) et Ciment d'Alexandrie (1. vu, stromat.f p. 900) pok^issent être les premiers qui se soient servis de ce nom générique, et on ne le retrouve dans aucun monument antérieur , quoique l'erreur qu'il indique existât déjà du ternes des apôtres. F'oyez Cb.-Guil.-Fr. Walch, Uisu des hérésies , t. 1, p. a33i Tîllemont, 3îém. pour servir à VUist, ecclésiast., 1. 11, p. 5o; Bnddaos, dm Eecl. apostoL, ^* ^> $ 7* (^ote de V Editeur,)
DE L'EMPIRE ROMAI-N. CHAP. XXI. i83
lemënt aux orthodoxes (i), qui remployaient pour soutenir la vérité, et aux hérétiques , qui en abusaient poqr défendre Terreur (2). L'autorité d'habiles commentateurs et la science de la dialectique furent employées à justifier les conséquences éloignées qu'on pouvait tirer de ces opinions et à suppléer au silence discret -des. écrivains sactés. On agita dans tes écoles philosophiques et chrétiennes d'Alexandrie les grandes et subtiles questions relatives à la .natgre, la génération , la distinction , et à l'égalité des trois divines .personnes de la mystérieuse Triade ou Trinité (3). L'avide curiosité travaillait avec ardeur à découvrir
(i) On peut trouver dans La Motte Le Vayer (.tome v, p. i35, etc., édit. 1757 ), et dans Basnage (Hist. ides Juifs , t. IV, p. 29-79 , etc. ) des preuves du respect que les chrétiens avaient pour la personne de Platon et pour sa doctrine.
(2) Doleo bonâfide, Platonem omnium hœreticorum condimentfLrium factum. Tertullien, de Anima, c. 23. Pétau Dogm, th^olog,, t. iii^.proleg. 2) prouve que ce reproche était général. Beausobre (t. i, 1. m j c. 9, 10) a présenté les erreurs des gnostiques comme une conséquence des principes de Platon r et , comme dans l'école d'Alexandrie ces principes se trouvaient mélangés avec la philosophie orientale (Brucker, t. i, p« i356), le sentiment de Beausobre peut se concilier avec Topinion de IMtosheim {Hist, générale de l'Eglise y \o\, i , p. 37).
(3) Théophile , évêque d'Antioche , fut le premier qui employa le mot Triade, Trinité : ce terme abstrait, qui était déjà familier dans les écoles de la philosophie , ne doit avoir été introduit dans la théologie des chrétiens que passé le milieu du second siècle.
t84 HISTOIRE DE LA DÉCADEl^CE
les secrets de l'abime, et l'orgueil dejs professeurs et de leurs disciples ^e contentait d'une science de mots. Mais le plus savant des théologiens dé la chrétienté , le grand saint Âthanase lui-même, avoue ingénument (i) que, quand il se fatiguait Tesprita méditer sur la divinité du logos , il sentait ses vains et pénibles efforts repoussés par une résistance invincible \ que plua il réfléchissait, moins il comprenait, et que plus il écrivait, moins il se trouvait en état d'exprimer ses idées. Dans cette recherche, nous sommes forcés a chaque paâ de sentir et d'avouer la disproportion immense qui existe entre l'objetet les bornes de Tintelligence humaine. Nous pouvons bien parvenir à abstraire dans notre pensée ces notions du temps, •de l'espace et de la matière, si étroitement liées à toutes les perceptions de nos connaissances expérimentales. Mais lorsque nous prétendons raisonner sur une substance infinie , ou sur une génération spirituelle , aussitôt que d'une idée négative nous voulons déduire quelques conclusions positives, nous retombons • dans l'obscurité , dans l'incertitude et dans des contradictions inévitables. Comme ces difficultés naissent de la nature du sujet , elles -accablent également sous leur inébranlable poids le philosophe et le théologien 5 mais nous observerons deux circonstances essentielles et particulières-, qui dîstin-
' (i) Saint Athanase, t. i , page 808. Ses expressions sont infiniment énergiques ; et , comme il écrivait à des moines , rien ne Tobligeait à affecter un langage raisonnable.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP..XXI. ï85
guent la doctrine catholique des opinions de Técole platonicienne.
L Une ^ciët^ choisie de philosophes, dojit l'édu- zèu de» cation libérale avait éveillé la curiosité , pouvait mjéditer en silence et discuter paisiblement, dans les jardins d^Âthènes ou dans la bibliothèque d'Alexandrie, les questions abstraites de la métaphysique. Ces spécula^tions élevées , qui ne pouvaient ni convaincre Tesprit, ni agiter les passions des platoniciens eux - mêmes , n'étaient considérées • qu'avec la plus froide indifférence par les gens oisifs , par les hommes occupés , et même par ceux qui se livraient à l'étude (i). Mais lorsque la révélation eut feit du logos un article de foi, dès qu'il devînt l'objet de l'espoir et du culte des chrétiens , les prosélytes de ce système mystérieux se multiplièrent rapidement dans toutes les provinces de l'empire romain. Les personnes qui, par leur âge , leur sexe ou leurs occupations, étaient le moins capables déjuger, celles qui n'avaient aucune habitude des méditations abstraites , aspirèrent à contempler l'es^Éiloe de la nature divine : et Tertullien (2) se glorifie avec emphase de ce qu'un arti-
(i) Nous devions espérer de trouver la Trinité théologi— que de Platon dans un traité qui prétend expliquer les opinions des anciens philosophes , relativement à la nature des dieux ; majs Cicéron avoue naïvement que , quoiqu'il ait traduit le Timée, il n'a jamais pu comprendre ce dialogue mystérieux.. ^ojcjs saint Jérôme, Pref, ad\. xîi, inisaïam, t. v, p. 154.
(2) TertuUren, in Apologie, ^&. /^oj'ez Bayle , son Die-
l86 HISTOIRE DE LA DÉCADEMGE
San cbrëtien peut répondre, «ans hésiter, à des qaestions qui aaraient embarrassé tous les sages de la Grèce. Quand il s*agit de sujets si éloignés de notre portée , la différence de rhonime do génie le plus su* blime à TboAnie le plus borné, doit être .considérée comme infiniment petite. On pourrait toutefois calculer les d^rés de la £dblesse par ceux de l'obstination et de la suffisance dogmatique. Au lieu de continuer à traiter ces questions comme un amusement propre à remplir les momens d^oisiveté , on les regarda comme la plus sérieuse affaire de cette vie , et comme une préparation indispensable pour la vie i venir. Une théologie à laquelle il était important de croire , dont on ne pouvait douter sans impiété , et qu'il pouvait même être dangereux de ne pas bien comprendre, devint le sujet familier des méditations et des conversations du peuple. Le zèle ardent de la dévotion enflamma la froide indifférence de la philosophie , et les métaphores ndêmes du langage usité servirent à corrompre le jugement et à tromper Texpérieuce. Les chrétiens; tout en- abliorrant le mode impur de génération admis dans la mythologie des Grecs (i), raisonnaient cependant d'après l'analogie
tionnaire au mot Simonide; ses remarques sur la présomption de TertuUien sont profondes et intéressantes.
(i) Lactance, iv, 8. Cependant hiprçbole ou prolatio que les ecclésiastiques les plus orthodoxes empruntaient sans scrupule des valentiniens , et qu^ils expliquaient par la comparaison d^une fontaine ou d'une source , du soleil et de ses
établie entre un père et son fils. La qualité de fils semblait nécessiter une soumission perpétuelle envers Fauteur volontaire de son existence (i). Mais comme Tàcte de la génération est supposé , dans lef sens le plus métaphysique et le plus abstrait , transmettre tous les avantages d'une nature égale (2) , ils n'osaient point fixer des bornes au pouvoir ou à l'existence du fils d'un père éternel et tout-puiâsant. Les chrétiens de Bithynie déclarèrent devant le tribunal dp Pline , quat.re- vingts ans après la mort de Jésus - Christ , qu'ils l'invoquaient comme un Dieu-, et les différentes sectes qui prennent la dénomination de ses disciples (3) , ont perpétué ses honneurs divins dans tous
rayons, etc. , ou ne signifiait rien , ou favptisait Tidée matérielle de la génération divine. Voyez Beausobre , t. i , 1. m, c. j, p. 548. •
( I ) Plusieurs des premiers écrivains ont avoUlé franchement que le fils devait son existence à la volonté du père. ( Voyez Glarke, Trinitéde l'Écriture, p.-sSo -287.) D'un autre coté, saint Athanase et ses disciples ne semblent point disposés à accorder ce qu'ils craignent de nier. Les théologiens se tirent de cette difficulté par la distinction de deux volontés , l'une précédente et l'autre concomitante. (Pétau, Dogm\ theolog. , t. n , 1. VI , c. 8 , p. SSy-ôoS. )
(2) Voy^VéidiM^ Dogm, théolog., 1. 11, 1. 11, c. 10, p. iSg.
(3) Carmenque Chris to , quasi Deo^dicere secum invicem. Plin., Epis t. Xy 97. Le sens de Deus , 0êo^, Elohim dans les langues plus anciennes , est soigneusement examiné par Le Clerc {Ars critica, p. i5o*-i56); et le socinien Emlyn soutient avec force, la pratique d'adorer une créature douée de toute excellence. Voyez son Traité j^^, 29-36, 5i-i45.
l88 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
les siècles et dans tous les pajrs. Leur tendre respect pour la mémoire du Christ , et lliorreur qu*ils ressentaient pour le culte d'un être créé , leur auraient fait adopter la divinité égale et absolue du logos, si Tessor rapide qui les portait vers le trône du ciel n'ent été imperceptiblement réprimé par la crainte de violer Tunité et la suprématie du père du Christ et de Tunivers. On peut remarquer dans les ouvrages des célèbres théologiens qui ont écrit vers la fin du siècle apostolique et avant la controverse arienne , Tincertitude et la perplexité des chrétiens dans le choix de ces deux opinions. Les orthodoxes et les hérétiques réclament, avec une confiance égale, Fautoritë de ces écrivains; et les critiques les plus judicieux ont avoué que, si ces docteurs ont été assez heureux pour posséder les vérités de la foi catholique, ils ont eu aussi le tort d'exprimer leurs sentimens en termes vagues, inexacts, et quelquefois contradictoires (i). Aui9nië II. La dévotion des individus fut la première dif-
dc l*£gli»e. , ' . . '^ . ,
fére^ce qui distingua les chrétiens des platoniciens ; la seconde fut dans l'autorité de FÉglise. Les disciples de la philosophie soutenaient leurs droits à la liberté intellectuelle , et leur respect pour les seuti-
(i) P^ojr, Daillé, de^Usu patrum; et Le Clerc, Biblioth, univers,, \» x, p. 4^* L^immense ouvrage du père Pétau sur la Trinité {Dogm, theolog., t. ii) a été composé daus Tinte ation de décrier la foi des pères opposés au concile de Nicée. G^est du moin$ Teffet quUl a produit, et la savante défense de révêque Bull n'a pu en effacer Pimpression.
mens de leurs maîtres ëtait nn tribut volontaire qu'ils oQraient à une raison supérieure. Mais les chrétiehs formaient une société nombreuse et disciplinée. Leurs lois et leurs magistrats exerçaient une juridiction sévère siir les pensées des fidèles. 9n fixa leur imagina- * tion flottante par des symboles et par des prolessîofis de foi (i). La liberté particulière du jugement fut soumise aux décisions des synodes généraux. L'auto^ rilé des théologiens se régla sur leur rang ecclésîîistique 5 et les évêques , successeurs des apôtres , infligeaient les censures de l'Église à ceux qui s'écartaient de la foi orthodoxe. Mais dans un siècle de controverse reKgieuse, la contrainte ajoute une nouvelle force à l'activité de Timaginàtion , et des motifs d'ambition ou d'avarice animaient quelquefois le zèle ou l'obstination d'un esprit rebelle. Un argument Facùons. métaphysique, devenait la cause, ou le prétexte d'une côxitestalion politique. Les subtilités de l'école platonicienne servaient de signes de ralliement aux factions populaires, et l'aigreur de la dispute augmentait la distance qui séparait les* opinions respectives. Tant que les hérésies obscures de Praxeas et de Sabellius s'efforcèrent de confondre le ' père avec le fils (2) , on doit excuser les orthodoxes d!avoir tenu
(1) La r-édactîon des symholes les plus anciens laissait une grande latitude. Voyez Bull {J'adicium Eccles , cathoL)^ qui tâche d'empêcher Episcopius de tire^ parti de cette observation. . • *
(2) Mosheim (p. 4'25 , 680-714)- explique clairement les
igt HISTOIRE DE LA DECADENCE
nions. Ils avalent à leur tête Eiuèbe de Cësarée, le plus savant des prélats chrétiens , et Eusèbe de Miconiédie , qui avait acquis une grande réputation comme hofnme d'État, sans avoir rien perdu de celle d'un saint. Les synodes de la Palestine et de la Bithynie * furent opposés aar synodes de l'Egypte. Cette dispute théologique attira l'attention du prince et celle dit peuple, et fut soumise, au bout de six ans (i), à l'autorité suprême du concile général de Nicée.
Lorsqu'on eut imprudemment exposé les mystères de la foi chrétienne aux discussions du public, on put reconnaître que l'intelligence humaine était capable de se former trois systèmes difTérens %ur la nature de la divine Trinité; ori prononça qu'aucun des trois n'était absolument exempt d'erreur et d'hérésie (2). 1° Selon la première hypothèse, soutenue par Àrius et par ses disciples, le fogo* était une production dépendante et spontanée, créée de rien par la volonté du père éternel; le fils, par lequel toutes
(i) L« feu de l'arianisme a pu couver quelque temps eu secret ; -mats il y a lieu de croire qu'il fit explosion dès l'année 3ig. Tillemont , Mém. eccUs. , t. vi , p. •^'^^'^80.
(e) Quid credidil?. Certé , aut tria nomiaa aûdieas 1res
Deos esse credîdit, etidolatra effectiu est; aut in tribus vo—
caiitlis Irinominem credens Deum, in SabelUi fueresim incur-
ril 1 aut edoctus ab arianu , unum esse verum Deum ptttrem ,
'piritum sancium.credidit -creaturas. Aut extra hac
•.re potuerit ncscio. (Saint Jérôme^ advers. Imci-
Saint Jérôme réserve pour le dernier le système
, qui est plus compliqué et plus diflieilc.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. igS
choses ont étë faites (i) , avait été engendre avant tous les mondes , et les plas longues périodes astronomiques n'étaient qu'une seconde , si on les compai-ait à la durée de son existence -, cette durée n'était cependant pas infinie (2) , et des temps avaient précédé l'ineffable génération dû logos. Le père tout-puissant avait transmis à ce ISls unique sa vaste intelligence , son esprit , et l'avait empreint de tout -l'éclat de sa gloire. Image visible de la perfection invisible, il voyait au-dessous de lui , à une distance incommensurable, les trônes des archanges. Il ne brillait cependant que d'une lumière réfléchie, et, comme les fils dés empereurs romains décorés du titre de César ou d'Auguste (3), il gouvernait le monde en obéissant aux volontés de son père et son maître. 2" Dans la seconde hypothèse , le logos possédait toutes les im- Triihéisnn perfections inhérentes et incommunicables que la religion et la philosophie attribuent au Diieu suprême.
(i) Comme la doctrine absoliie d^une création faite de rien s^întroduisit peu à peu parmi les chrétiens (Beausobre , t. II , "p. i65-2 1 5)^ la dignité de l'ouvrier s'accrut naturelle^ ment eu raison de celle de l'ouvrage.
(2) La niétaph^ique du docteur Glarke ( Trinité de V Écriture, p. 276-280) a su s'accommoder à l'idée d?une génération éterndle provenant d^une cause infinie;
(3) Plusieurs des premiers pères employèrent celte comparaison profane et absurde , particulièrement Athénagore, dans son apologie à l'empereur Marc-Aurèle et; à son fils ; et Bull lui-même la cite sans. la blâmer. {\ oyez 'Defens. fid, nicen.y c. 3, n** 5, n** 4* )
lA^. i3
Trois esprits oo substances distinctes et infinies, trois êtres égaux et étemels composaient Tessence divine ( i ) 3 et il y aurait eu contradiction , si un des trois avait pu un instant ne pas exister ou bien avait dû cesser d*étre (7). Les partisans d'un système qui semblait établir trois divinités indépendantes, s'efforçaient de conserver l'unité d'un« première cause si visible dans le dessein et dans l'ordre de l'univers , par l'accord perpétuel de leur administration et la conformité nécessaire de leurs volontés. On peut apercevoir une faible image de cette unité d action dans la société des hommes et même des animaux. Les causes qui troublent leur harmonie viennent de l'inégalité ou de l'imperfection de leurs facultés. Mais la toute - puissance , guidée par une sagesse et une bonté infinies , ne peut manquer de choisir les mêmes sabeiiia- mojcns poup accomplir les mêmes fins. 3^ Trois êtres, tirant d'eux-mêmes la nécessité de leur existence et possédant nécessairement tous les attributs divins dans le degré le plus parfait ; éternels en durée, infinis en espace, intimement présens l'un pour l'au-
nume.
(i) Foyez Cudworth, Système intellectuet, p. 559-579. Cette dangereuse (lypothèse futsoutenue par les deux Grégoire ,- de Nysse et de Nazîanze , par saint Cyrille d^ Alexandrie , et par saint Jean -de Damas , etc. Voyez Gudworth , p. 6o3 ; Le Clerc , Biblioth. unlçers. , t. xyiii, p. 97—105.
(2) Saint Augustin semble envier la liberté des philosophes. Liberis verbis loquuntur philosophi..,.Nos autem non dicimus duo vel tria principia , ducs vel très Deos, (De Givit. Dei, X, 23.)
DE LTMPIRE ROMAIN. CHAP. XXI. ïq5
tr6 et pour tout Tunivers , impriment dans rimagination étonnée Tidée d'un seul et même être (i), qui , dans Tordre de la grâce et celui de la^ nature, peut se manifester sous différentes formes , et être considéré sous différens aspects. Par cette hypothèse , une trinité réelle et substantielle est réduite à une trinité de noms et de modifications abstraites, qui n'existent que dans Fesprit de celui qui les conçoit. Le logos n'est plusf une personne , mais un attribut , et ce n'est que dans un sens figuré que l'épithète de fils peut être appliqiiée à la sagesse éternelle qui était avec Dieu depuis le commencement, et par laquelle, mais non pas par qui , 'toutes choses ont été faites. . 'L'incarnation du logos n'est plus qu'une simple inspiration de là sagesse divine, qui inspirait l'âme et dirigeait toutes les actions du mortel Jésus. Après avoir ainsi parcouru tout le cercle théologique, on s'aperçoit avec surprise. que le système des sabelliens finit où celui des ébionites commence, et que ce mystère incompréhensible , qui nous oblige à l'adorer, échappe à la curiosité de nos recherches (os).
('i)Boë'ce , qui était fort versé dans la philosophie de Platon et d'Aristote , explique l'unité de la Trinité par la tiert^ différence des trois personnes. Voyez les remarques judicieuses de Le Clerc , Biblioth. choisie, t. xvi , p. 225, etc.
(2) Si les sabelliens se révoltaient contre cette conclusion , conduits alors dans un autre abîme , ils se trouva iebt confesser que le père était né d'une vierge , qu'il avait souffert sur la croix , ce qui leur valut de la part de leurs adversaires le surnom odieux de patri—passians. Voyez les Satires de
Cnncilc de
Nic«*e.
iqG histoire de la décadence
En supposant les ëvéques du concile de Nicée (i) '\'*''*,- . en liberté d'obéir aux mouvemens de leur conscience/ Arios et ses partisans ne pouvaient se flatter d'obtenir la majorité des suffrages en faveur d'une hypo-. thèse si directement contraire aux deux opinions le plus généralement adoptées dans le monde catholique. Les ariens sentirent le danger de leur situation , et se revêtirent prudemment de ces vertus modestes rarement pratiquées ou même recommandées dans la fureur des discussions civiles ou religieuses, si ce n est par le parti le plus faible. Ils prêchaient la modération et l'exercice de la charité chrétienne ; ils appuyaient sur la nature incompréhensible de la question -, et, rejetant tous les termes ou les définitions qui* ne se trouvaient pas dans les saintes Écritures , ils offraient de satisfaire leurs antagonistes par de trèsfortes concessions, sans cependant renoncer tout-àfait à leurs principes. La faction .victorieuse recevait leurs propositions avec une méfiance hautaine , et tâchait de découvrir quelque article de différence
Tertullien contre. Praxeas , et les Réfiexioiis modérées de Mosheim, p. 4^3-681; et Beausobre , t. 1,1. m, c. 6, p. 533.
(i) Les anciens rapportent les transactions du concile de Nicée d^une manière non-seulenient partiale , mais très* imparfaite. On ne retrouve point de tableaux tels qu^en aurait fait Fra Paolo ; mais on peut voir dans Tillemont {Mem. ecclés., t. Vf , p. 669-759) et dans Le Clerc {Biàlioth. unitfers,,i. X, 4^3-4^4) 1^^ ébauches grossières qu^en ont tracées la bigoterie et la raison.
inadmissible qui pût danstater l^hé^rësie et les suites dangereuses de Farianisme. On lut publiquement et on déchira avec mépris une lettre dans laquelle Eusèbe deNicomédie, le protecteur des ariens, ^ivouaît ingénument que l'admission de Vhomoousion ou consubstantiel , expréssioa familière aux platoniciens , était incompatible avec leur système de théologie. Les évéques qui faisaient la loi dans le concile^ saisirent avidement cette heureuse occasion; et, suivant l'énergique expression de saint Ambroise (i), le glaive que l'hérésie avait elle-même tiré du fourreau leur semt pour abattre la tété de ce moustre détesté. La consubslantialité du père et du fils fut établie par le concile de Nicée : et elle a été unanimement reçue comme un article fondamental de la foi chrétienne par le consentement des Églises grecques , latines , orientales et protestantes. Mais si le même mot n'eût pas servi également à rendre les hérétiques, odieux et à unir les catholiques, il n aurait pas rempli le but de la majesté du concile qui l'avait adopté comme un article de foi. Cette majorité était divisée en deux partis, dont l'un penchait pour les opinions des trithéistes, et l'autre pour celles des sabelliens. Mais comme ces deux extrêmes semblaient saper ou là re-
(i) Nous sommes redevables à saint Ambroise (^deFide,
L II J 9 c. ult. ) de la connaissance de cette anecdote curieuse.
Hoc verbum posuerunt patrçs , quod viderunt adpersuriis ,esse
formidini; ut tanquam eçaginato àb ipsis gladio , ipsum ne-^
Jandce caput hœreseos amputarent.
igd HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
ligion naturelle ou la révélation , ils convinrent mntuellement de mitiger la rigueur de leurs principes, et de désavouer les conséquences justes , mais odieuses , que leurs adversaires pouvaient en tirer. L'intérêt de Itr cause commune les engagea à unir leurs forces et à celer leurs différends -, les conseils d'une tolérance salutaire calmèrent leur animosité , et leurs disputes furent suspendues par le moyen du mystérieux homoousion , que les deux partis avaient la liberté d'expliquer conformément à leurs opinions particulières. L'interprétation des sabelliens, qui avait obligé, cinquante ans auparavant, le concile d'Ântioche (i) à proscrire Tusage de cette expression fameuse , la rendait précieuse à ceux d'entre les théologiens qui inclinaient secrètement pour une trinité purement de nom \ mais les saints les plus célèbres du temps d'Arius , Tintrépide Âthanase , le savant Grégoire de Nazianze, et les autres piliers de r£glise qui défendaient avec talent et avec succès la doctrine de Nicée , seml>laient regarder le nom de substance comme le synonyme de nature, et ils essayaient d'en expliquer la signification en affirmant que trois hommes étaient consubstantiels ou komooU' siens l'un à l'autre , pubqu ils étaient de la même espèce (a). Cette égalité distincte fut tempérée d'une
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(i) f^ojr. Bull , Defensfid, nicen. , sect. ii , c. i , p. 25-36. Il pense que son devoir Poblige à concilier les deux synodes orthodoxes.
(2) Selon Aristote, les étoiles étaient homoousiennes
part par la connexion interne et par la pënëtralion spirituelle qui unit indissolublement les personnes divines (i); et de l'autre, par la prééminence du père , que Ton reconnaissait en tant qu'elle était compatible avec l'indépendance du fils (2). Telles étaient les bornes dans lesquelles pouvait se mouvoir en toute surété le fil incertain et presque invisible de l'orthodoxie. De quelque côté qu'on en sOrtît, les hérétiques et les démons, placés^ en embuscade, guettaient,' pour les saisir et les dévorer au passage, ceux qui avaient le malheur de s'égarer. Mais^ comme les degrés de haine théologique dépendent beaucoup plus des motifs de rivalité que 6e Fi mportance de la question, les hérétiques qui refusaient au fils quelques attributs , étaient plus odieux et plus sévèrement traités que ceux qui niaient son existence. Saint
l'une à l'autre. «^Pétau a prouvé qu'hopaoousien signifie d'une m^me substance en genre. C'est aussi l'opinionde Curcellaeus , Cu^Jworth , Le Clerc , etc. ; et vouloir le prouver serait actùrn agere. v Cette remarque judicieuse est du docteur Jortin (vol, 11 , p. 212), qui examine la controverse arienne avec autant de candeur que d'érudition et de sagacité.
(i) P^oy. Pétâiu, Dôg. theolog, ^ \, 11, 1. iv, c. 16, p. 453, etc. ; Cudworth , p. SSg ; Bull , sect. iv , p. 286-290 , éd. Grab. La nept;^wpTiotç ou Circumincessio est peut-être l'endroit le plus profond et le plus obscur de l'abîme théologique.
(2) La troisième section*, de la défense de Bull pour la foi de Nicée . que quelques-uns de ses antagonistes traitent ^ de galimatias , et d'autres d'hérésie , est consacrée à la suprématie du père^
Âlbanase passa sa vie à combattre Textravagance impie des adens (i)^ mais il défendit pendant vingt ans le sabellianisme de Marcellus d'Anc]nre; et , après qu'il eut été forcé d'abandonner son parti y il ne parla jamais qu'avec un sourire équivoque des erreurs légères de son respectable ami (2).
L'autorité d'un concile général , auquel les ariens furent euxrmémes forcés de se soumettre , imprima sur les bannières du parti orthodoxe le caractère mystérieux du mot homoousion, qui contribua , nonobstant quelques débats obscurs et quelques combats nocturnes , à maintenir et à perpétuer Tuniformité de la foi , ou du moins de son langage. Les consubstantialistes , à qui leur succès a obtenu le titre de catholiques, se glorifiaient de l'invariable simplicité de leur symbole; ils insultaient aux variations continuelles de leurs adversaires , privés d'une règle de foi incontestable. La sincérité ou les artifices des chefs ariens , la crainte des lois ou celle des peuples, leur vénération pour le Christ, leur haine pour saint Âthanase , toutes les causes sacrées et profanes qui
(i) Saint Alhanase et ses disciples avaient contum^e dé saluer les ariens du nom à'*ariomanites, .
(2} Saint Ëpipbane, t. i^ Hœre*., 1. xxii, c. 4> P- B37. Voy, les aventures de Marcellus dans TiUemont, Mém. ecclés., t. VII, p. 880-899. l^usèbe répondit par trois livres qui existent encore , à son ouvrage en un seul livre , sur Tunitè de Dieu. Après un exan^en long et soigné, Pétau (t. Il, 1. I, c' 14, p< 78) a prononcé à regret la condamnation de Marcellus.
détermineRt ou déraage^it les projets d*une faction religieuse ^ intiroiduisirent parmi les sectaires un esprit de discorde et d'inconstance qui donna naissance , en peu d années , à dix-huit différens systèmes de religion (i), et vengea l'autorité de l'Église «qu'ils avaient bravée. L'ardent saint Hilaire (a) , que la rigueur de sa propre situation disposait plutôt à dissimuler Iqs erreurs du clergé d'Orient qu'à les exagérer , déclare que dans la vaste étendue des dix provinces de l'Asie, dans laquelle il était exilé ^ on ne trouvait qu'un très-petit nombre de prélats qui conservassent la connaissance du vrai Dieu (3). Les persécutions qu'il
(i) Saint Athanase , dans son Epître relative anx synodes de.Sëleucie et de Kimini (t. i, p. 886-90^), a donné une ample liste de symboles ariens, qui a été augmentée et perfectionnée par les travaux de Tinfatigable Tillemont , Mém, eccUs:, t. vi , p. 477*
(2) Erasme a tracé avec beaucoup de justesse et de liberté le caractère de saint Hilaire. Les bénédictins se sont occu» pés , dans leur éditiffn ^ à reviser le texte , à composer les annales de sa vie , et à justifier ses sentimens et sa con-
duîte.
(3) Absque episcopo Eleuaià et paucis cum eo, ex majore parte Asianœ decem proifineÙB , interquas consistb verè D,eum nesciunt. Atque utinam penitùs nescitent! cum proolwiore enim veniâ ignorarent, quàm obtrectarent. (S. Hil. , de Sy~ nodis, slçe defide Orientalium , c. 63, p.. 11 86, edit, bene-^ diet. ) Dans le célèbre Parallèle entre V Athéisme et la Superstition, on surprend quelquefois Tévêque de Poitiers en conformité • d^Opinion» philosophiques avec Bayle et Plutarque.
avait éprouvées , les désordres dont il était le témoiii et la victime , calmèrent momentanément s^s passions irascibles^ et dans le discours suivant, dpntje vais transcrire quelques lignes , Tévêque de Poitiers se laisse aller, sans y prendre garde , au ton d'un philosophe chrétien. « C'est*, dit saint Hilaire , une chose î^jissi déplorable que dangereuse , ^vCil y ait autant de professions de foi que d'opinions parmi les hommes, autant de doctrines que d'inclinations, et autant de sources de blasphèmes qu'il y a de péchés parmi nous , parce que nous faisons arbîtraîremeni: des. «ymboles^ que nous expliquons arbitrairement. h'homoousion est successivement rejeté, reçu et expliqué dans différens conciles. La ressemblance totale ou partielle du père et du fils devient, dans ces temps malheureux, un sujet de dispute. Chaque année , chaque mois, nous inventons de nouveaux symboles pour expliquer des mystères invisibles. Nous nous repentons de ce que nous avons fait , nous défendons ceux qui se repentent , nous anathématisons ceux que nous avons défendus , nou;s condamnons la doctrine des autres parmi Aous , ou notre doctrine chez les autres -, et , en nous déchirant avec une fu^ reur réciproque, nous avû^ts travaillé a notre ruine mutuelle (i). »
(i) HUarius ad Constantium , 1. ii , c. 4? ^j P* i^^'j-i^^S. Ce passage remarquable aoiérité Fattentioiv de' Locke , qui Va transcrit (vol. ii», p. 4?^) àans soh noiXTéau modèle de Souf^enirs.
ariens.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXL 2o3
On n attend pas ile moi , on tf ouverait peut-être secie» des mauvais que j'enflasse cette digression thëologique par un examen minutienx des dix-huit symboles ou confessions Me foi c^ifii^entes dont les autieurs ont presque tous désavoue le nom odieux de Tarianisme dans lequel ils avaient pris naissance. On peut prendre plaisir à tracer la forme et la végétation d'une plante bigarre*, mais 'une description fastidieuse de feuilles sans fleurs , de branches sans fruits , épuiserait bientôt la patience sans satisfaire la curiosité. Je citerai, cependant une des questions qui s^élevadans la controverse arienne, parCe. qu'elle produisit et servit à distinguer trois sectes qui n'étaient unies ensemble que par leur aversion commune pour l'Aomoousion du concile de Nicée. i** Leur demandaiton si le fils était semblable au père , les hérétiques qui suivaient les principe? d'AriuSy et même les disciples de la philosophie , répondaient négativement sans hésiter , et faisaient une grande différence entre le Créateur et la plus parfaite de ses créatures. Ce raisoniiement, facile à comprendre, fut soutenu par ^tius (i), que le zèle de ses adversaires a surnommé V athée. Son gépie actif et entreprenant lui avait fait
(i) Dans Pfailostorgius (1. in, c. i5) le caractère et les aventures d'^tius paraissent fort singuliers , quoique adoucis par une main amie. L^éditeur Godefroy (p. i53), qui était plus attaché à son sentiment qu^à son auteur , a* ras— semble toutes les circonstances odieuses conservées ou in-
ventées par ses ennemis.
essayer de tous lei métiers. Il avait été successivement esclave ou du moins journalier, obaudronnier ambulant, orfèvre, médecin, maître d^école, théologien, et enfin Fapôtre d'une nouvelle Église qui se multiplia par Thabiteté de son disciple Euuomius (i). Armé des textes de la sainte Écriture et des syllogismes captieux delà logique d'Aristote , le subtil ^tius avait acquis la réputation d'un argumentatenr invincible, quil était impossible de convaincre ou d'embarrasser. Ce talent lui valut Tamitié des évéques ariens -, mais ils furent obligés d'abandonner et même de persécuter un allié dangereux, dont les argumens adroits et serrés rendaient leur cause odieuse au peupie et ofiensaient les plus dévots de leurs prosélytes. 21^ La toute - puissance du Créateur suggéra l'idée spécieuse et respectueuse de parité entre le père et le fUs , et la foi devait adopter humblement ce que la raison ne pouvait se dispenser d'admettre , qu'un Dieu suprême avait sans doute la puissance de communiquer ses perfections infinies, et de créer un être semblable à lui (a). Les ariens étaient puissam-
(i) Au jugement d*un homme qui faisait cas de ces deux sectaires , ^tius avait une tète plus forte , et Eunome plus d'art et d'érudition (Philostorg. , 1. viii, c. i8). La Con-fission et Y Apologie ^Eùnonie est du .très-^tit nomhre des ouvrages hérétiques qui ont échappé. (Fabricius, Biàlioth. grœc, , t. VIII , p. 258-3o5.)
(2)* Cependant, selon Estius et Bull, il y a un pouvoir, celui de la création , que Dieu ne peut communiquer à une créature. Estius, qui fixe si hardiment les limites de la
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ment soutenus par l'autontë et les talens de leurs chefs, qui avaient remplace Eusèbe, et qui occupaient les principaux sièges de l'Orient*, ils détestaient hautement, et-peut-être avec quelque affectation , l'impiétë d'iEtius^ ils. faisaient profession de croire , ou sans réserve , ou conformément ^sx saintes Écritures , que le fils était très - différent de toutes les autres créatures et qu'il était semblable au père seulement ^ mais iU^ niaient qu'il fût ou de la même ou d'une semblable substance. Ils déclaraient quelquefois hardiment leur séparation sur ce point, et dans d'autres occasions ils bataillaient sur le mot substance, qui semble renfermer une notion complète ou du moins distincte de la nature de la Divinité. 3"* La secte qui soutenait la' doctrine d'une substance semblable était la plus nombreuse, au moins dans les provinces de l'Asie ; et s'il est vrai que les chefs des deux partis se soient trouvés assemblés au concile de Séleucie(i), leur opinion aurait prévalu par jine majorité de cent cinq évêques contre quarante-trois. Le mot grec que l'on choisit pour exprimer cette mystérieuse ressemblance a une si grande affinité avec le symbole ortho-
toute-puissance, était Hollandais de naissance et théologien de son métier. (Dupin , Bibl. ecclés. , t. xvîi , p. 45.) (i) Sabinus {ap. Socrat. ,\. ii , c. Sg ) a rapporté les actes de ce synode arien; saint Athanase et saint Hilaire en ont expliqué les divisions ; Baronius et Tillemont ont soigneusement rassemblé toutes lés autres circonstances qui y sont relatives.
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doxe, que les profanes de tous les siècles ont tonrné en ridicule les querelles violentes dont une seule diphthongue avait été la source entre les homoousiens et les homoiousiens . Comme il arrive souvent que les sons et les caractères qui ont ensemble le plus de rapport servent à représenter les idées les plus opposées, Fobservation paraîtrait ridicule si Ton pouvait découvrir quelque différence réelle et sensible entre la doctrine de ceux qu'on appelait inipropre^ ment semi- ariens, et la doctrine des. catholiques. L'évéque de Poitiers, qui, dans la Phrygie où il était exilé, travaillait sagement à concilier les deux partis, cherche à prouver que,, par une interprétation pieuse et fidèle (i), on peut réduire Vhomoiousion au sens de consubstantieL U avoue cependant que ce mot a quelque chose d'<>bscur et de suspect ; et , comme si l'obscurité était Pessence des querelles théologiques , les semi-ariens , qui touchaient aux portes de^PÉglise, furent ceux qui les assaillirent avec la plus implaca^ ble fureur.
Foi de Les provinces de TÉgypte et de l'Asie , qui avaient Uni ou oc- adopté la langue et les mœurs des Grecs, étaient intectées du poison de la controverse sur 1 arianisme. L'étude familière du système de Platori, un penchant
(i) Fidelietpiâ intelligentiâ,,. De'Synod. ,c. 775p. ngB. Dans ses ceurtes remarques .apologétiques (publiées pour la première fois par les bénédictins , diaprés un manuscrit de Chartres , il observe qu^l se servait de cette expression mesurée, quiintclligerem'et impiam (p. 1206; voy, p. 1 146).
DE L'£MPiaE KOMAIN. CHAP. XXI. 207
naturel pour la discussion , un idiome harmonieux et abondant , étaient pour le peuple et le clergé de rOrient.unè source inépuisable de mots; de distinctions ; et, dans la chaleur de la dispute , ils oubliaient également le doute recommandé par la philosophie et la soumission exigée par la religion. Les peuples de rOccident étaient d'un caractère moins curieux. Des objçts invisibles avaient moins de prise sur leurs passions ; ils exerçaient plus rarement leur imagination dans Tart dangereux de la dispute ^ et telle était Fheureuse ignorance de TÉglise gallicane y que plus de trente ans après le premier concile général , saint Hilaire lui-même n'avait point encore connaissance du symbole de Nicée (i). Lés Latins n'avaient reçu les lumières de la science divine que par le lùoyen faible, obscur et douteux , d'une traduction. La pauvreté et l'inflexibilité naturelles de leur langue manquaient souvent d'équivalens pour les termes grecs et pour les mots techniques de la philosophie platonicienne (7) , qui avaient été consacrés par l'Évangile
Philostorgius , qui voyait les mêmes objets sous un autre jour,, incline à oublier la différence de Fimportante diphthongue. (f^ojczviii, 17; etGodefroy, p. 352.)
(i) Testor Deum cœli atque terrœ mecum neutrum audis^-
sem, semper tamen utrumque sensisse Regeneratuspri--'
dem et in episùopatu-aliquantisper mançns^fidem Niceitam nunquQm nisi exulaturus audwi. ( Saint Hilaire , de Sjrfio^ dis, e. 96, p. i2o5.) Les bénédictins sont persuadés qu'il gouverna le diocèse de Poitiers plusieurs* années avant son exil.
(2) Sénèque i^epist.5&) se plaint de ce que le ro ov des pla-
2od HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
OU pari'Égiise à exprimer les mystères de la foi chrétienne. Un seul mot défectueux aurait pu introduire dans la théologie latine une longue suite d'erreurs et de perplexités (i). Mais comme les provinces occidentales avaient çu le bonheur de puiser leur religion dans une souifce orthodoxe , elles conservèrent avec constance la doctrine qu'elles avaient reçue avec docilité 5 elles avaient été munies , par les soins paternels dû pontife romain , du préservatif efficace de \ Yhomoousion avant que la contagion dé l'arianisme se
^^"mini''^ fût étendue jusqu'à leurs frontières. Leurs Caractères A. D. 36o. gj. leurs sentimens se firent connaître dans le synode riiémorablede Rimini, plus nombreux que le concile de Nîcée 5 puisqu'il rassembla plus de quatre cents évêqués d'Italie, d'Afrique, d'Espagne, des Gaules, de. la Bretagne et de TlUyrie. Après les premiers débats, le parti arien se trouva composé de quatrevingts évêques , quoique tous affectassent d'ajlathématiser le nom et la mémoire d'Arius. L'infériorité de ce nombre était compensée par les avantages de l'adresse, de l'expérience et de la conduite. Ursace et Valens , deux prélats d'Illyrie , dirigeaient la mi-
toniciens (le ens des scolastiques plus hardis) ne pouvait s'exprimer par un mot latin.
(i) La préférence que le quatrième .concile de Latran donna à la lin à une unité numérique sur Funité générique, fut favorisée par Pidiome lati.n. Voyez Pétau, t^ ii, 1. IV, c. i3, p. 424* Tpiaç semble ck)nnerl'idée de substance, et trinilas celle de qualité. .
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXl. 3og
qorité *, ils avaient passe leur vie dans les conciles et dans les intri^^es des cours , et s'étaient formés sous le savant Eusèbe dans les guerres religieuses de l'Orient. A' force d'argumens et de négociations , ils embarrassèrent , étourdirent et trompèrent Thonnéte simplicité des évéques latins , qui se laissèrent enlever le palladium de la foi plus par ruse et par im-^ portunité que par violence. On empêcha le concile de Rimini de se séparer jusqu'à ce que ses membres eussent signé une profession de foi captieuse dans laquelle on inséra , en place de Vhomoousiùn, quelques expressions susceptibles d'une interprétation hérétique. Ce fot dans cette occasion que , selon saint Jérôme^ l'univers s'étonna de se trouver arien (i)* Mais les évéques des provinces latines , à peine arrivés dans leurs dio.cèses, s'aperçurent de leur erreur, se repentirent de leur faiblesse , et désavouèrent avec horreur leur ignominieuse capitulation. h'KomooU" sioM, dont les fondemens n'avaient été qu'ébranlés, se trouva plus solidement établi que jamais dans toutes les Églises de l'Occident (2).
(i) Ingemuit totus orbis , et arianum se esse miratus est. Saint Jérôme, adi^ers^ Lucifer., t. i , p. i^S.
(2) Sulpice-Sévère {Hist, sacra y 1. ii, p. 419^4^0, éd. iMgd* Bat., 1647) ^^<^OQte en style éloquent Thistoire du concile de Kiminî. On la trouve aussi dans Iç Dialogue de saint Jérôme contre les luci ferions. Le dessein de ce -dernier est d^ excuser la conduite dés évéques latins , qui se laissèrent tromper et s'en repentirent.