IV
successeuFS. L'exercice du gouvernement civil et ec« clésiastique , depuis plus de quarante années , leur avait donne les vices irisolens delà prospérité^ i), et Thabitude de croire que les saints méritaient seuls de régner sur la terre* Lorsque le clergé fut dépouillé par rinimitié de Julien des privilèges dont Tavait revêtu la faveur de Constantin , il s'en plaignit comme dé la tyrannie la plus cruelle ^ et la tolérance accor^ dée aux idolâtres et aux hérétiques , devint un sujet de douleur et de scandale pour les orthodoxes (2). Le zèle du peuple continuait à se. manifester par des actes de violence qui n'étaient plus autorisés par les magistrats. L'autel de Cybèle, à Péssinunte, fut renversé pr-esquesous les yeux de l'empereur, et une émeute populaire détruisit à Césarée, en Cappadoce;» le temple d^ la Fortune , le seul qu'on y eût laissé aux païens. Dans ces occasions , un monarque zélé pour rhqpneur des dieux n'était pas tenté de s'opposer au cours de la justice^ et ce fut pour lui un nouveau sujet de colère que de voir récompenser par les honneurs du martyre, des Ëinatiques qu'on avait punis comme incendiaires (3). Ceux des sujets
(i) Saint Grégoire eo* convient franchement. OreU, 3, p, 61,^62.
(2) Ecoutez les plaintes que la fureur et la déraisou dictent à Optât. De Schismat, donatist,, 1. 11 , c. 16 , 17.
(3) Saint Grégoire de Nazianze , orat. 3, p. 91; 4? P* i33. n loue les séditieux de Gésarée , rovr^v ^s Tft)v ptfyocXofVft>v xou OepfAOi}v £cc euffsêstav. ( f^oyez Sozomène , 1. v , 4» i J^- ) Tille-
de Tempilre qui professaient le cbristî^isme ne doutaient pas de la haine de leur souverain, et tous les actes de son gouyemement fournissaient à leur inquiétude des sujets de mécontentement ou de soupçon. Dans l'administration ordinaire des lois , on deyait souvent condamner des chrétiens, puisqu'ils formaient une grande partie du peuple : leurs frères , portés à Findulgence, sans examiner le fait, présumaient leur innocence , se trouvaient convaincus de la justice de leurs plaintes , et attribuaient la sévérité du juge à Fesprit de persécution (i)..lls représentaient ces malheurs, assez grands par eux-mêmes, comme le faible prélude des autres calamités qui les menaçaient. Julien leur paraiissait un tyran cruel et plein d'astuce , qui suspendait sa vengeance jusqu'à son retour de la guerre de Perse ; ils comptaient qu'après avoir triomphé de ses ennemis au dehors, il déposerait le masque. pénible de la dissimulation; que le sang des ermites et des évéques inonderait les amphithéâtres, et que les chrétiens inébranlables
mont {Mém. ecclés. , tom. vu , p. 649 , 64o) avoue que leur conduite n^était pas dans l'ordre commun; mais il ne lui reste aucun doute sur leur innocence , pacce que le grand saint Bazile célébra toujours la fête de ces martyrs.
(i) Julien jugea un procès contre la nouvelle ville chrétienne fondée à Maiuma , port de Gaza ; et, quoiqu^on puisse attribuer son arrêt au fanatisme , il n^a pas été révoqué par ses Successeurs. Sozomène, 1. v, c. 3; Reland, Palestine^ t. 2, p. 791.
ÛAïis leur foi se veiraieni dëpooillës des dUDits de la nature humaine et de la société (i). La crainteiet la haine de ses adversaires adoptaient avec crëdnlité toutes les calomnies (a) qui pouvaient nuire à la réputation de Tapostat; et leurs clameurs indiscrètes aigrissaient un souverain qu'ils devaient respecter, et qu'il était de leur intérêt de flatter. Ds déclaraient toujours que les prières et les larmes étaient la seule défense qu'ils voulussent employer contre le tyran impie dont ils dévouaient la tête à la justice du ciel olTensé; mais ils insinuaient, avec le ton d'une sombre résolution , qu'il ne &llait plus attribuer leur soumission à la faiblesse, et que, d'après l'imperfection des vertus humaines , la patience fondée sur les meilleurs principes peutêtre épuisée par la persécution. U est impossible de dire jusqu'à quel point le fanatisme de Julien l'aurait emporté sur son humanité et sur
(i) Saint Grégoire {orat. 3, p- 98, 94, g5.; orai. 4 y 1 1 4 ) prétend qu'il parle diaprés le témoignage des confidenft de Julien , qu'Orose (vu , 3o) ne pouvait pas connaître.
(2) Saint Grégoire {orat, 3, p.-gi) accuse Tapostat d'aToir sacrifié secrètement de petits gardons et de petites filles ; et il assure positivement que leurs corps furent jetés dans l'Oronte. {Voyez Théodoret, 1. m, c. a6, 27; et la candeur équivoque de Tabbé de La Blettene , Vie de Julien, p. 35 1, 352.) Toutefois la baine des contemporains n'imputait pas à Julien , surtout en Occident , cette troupe de Buartyrs que Baronius adopte si avidement , et que Tillemoni rejette d'une manière si hihle y Mém. ecclés, , t. yii, p. 1 295-1 3 1 5.
sa raison; mais si on pense au pouvoir et à la fermeté de l'Église , on sera convaincu que l'empereur aurait plongé son pays dans les horreurs d'une guerre civile avant d'éteindre la religion de Jésus-Christ (i).
(i) Saint Grégoire. (ora^.. 4 9 p« ia3, i24) annonce une résignation édifiante. Toutefois rofficier de Julien qui voulut saisir l'église de Nazianze aurait perdu la vie , s'il n'avait pas cédé au zèle de l'évêque et du peuple. ( Orat. ig , p. 3o8. ) Voyez les réflexions de saint .Chiysostôme , telles que le» rapporte Tillemont, Mém.ecclés,, t. vu., p. SyS.