IV
de Dapbnë.
4l8 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
ferveur. Sa vive imagination entrevoyait déjà toute la pompe des victimes , des libations et des cérémonies du temple ; une longue procession de jeunes garçons et déjeunes filles , revêtus de robes blanches , symbole de leur pureté , et le concours tumultueux d'un peuple innombrable : mais le zèle de la ville d'Antioche avait pris , depui^'établissement du christianisme, une direction différente. Au lieu des hécatombes de bœufs gras , sacrifiés par l^s diverses
familles d'une ville opulente à la divinité tutélaire de l'endroit , il se pteint de n'ayoir trouvé qu'une oie , fournie par un prêtre, pâle et solitaire habitant de ce temple tombé en ruines (i). L'autel était fbandonné, l'oracle ne parlait plus , et les cérémonies funéraires du christianisme profanaient cette terre sacrée. Le corps de saint Babylas (a) , évêque d'Antioche, qui mourut en prison lors de la persécution de Dèce , après avoir reposé près d'un siècle dans son tombeau , avait été transporté au milieu du bocage de Daphné, par l'ordre du César Gallus. On y avait élevé une
(i) Jlilien {Misopogon ^ p. 36 1 , 362) montre son caractère avec cette véritable naïveté , cette simplicité sans apprêts qui tient au naturel de l'homme.
(2) Saint Babylas est nommé par Ëusèbe dans la liste des évêques d'Antioche. {Hist. ecclés. , 1. vi, c. 29, 3o.) Saint Chrysostôme (t. ii , p. 536-579, édit. de Montfaucon) célèbre les triomphes qu'il remporta sur deux empereurs, et dont ie premier est fabuleux. Tillemont ( ilf^m. ecclésiast. , t. !ii , part. 2 , p. 287 - 3o2 - 459-4^5) devient presqu'un sceptique.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXIII. ^ig
magnifique église ^ une portion des terres sacrées avait été appliquée à Fentretien du clergé et aux funérailles des chrétiens d'Antioche , jaloux de réposer aux pieds de leur évêque -, les prêtres d'Apollon s'étaient retirés , avec leurs sectaires , remplis d'indignation et d'eâtoi. Lorsqu'une autre révolution^ sembla rétablir la fortune du paganisme, on démolit ^ l'église de saint fiabylas , et on ajouta de nouveaux bâtimens à l'édifice à demi ruiné qu'avait fait construire la piété des rois de Syrie. Mais l'un dés premiers soins de Julien, et celui dont il s'occupa le plus , fut de délivrer son dieu opprimé de l'odieuse présence des chrétiens morts ou vivans^ qui avaient • éteint la voix de l'imposture et de l'enthousiasme (i). Il purifia ce lieu d'infection, d'après les lois des anciens rituels^-, on enleva les corps avec décence, et On enlève on permit aux ministres de l'Église de porter les cirSsr restes de saint Babylas dans les murs d'Antioche , lit régUse d'où on les avait tirés. Le zèle <le$ chrétiens dédai-. ai Dapimé. gna l'humble conduite qui aurait pu adoucir là malveillance d'un gouvernement ennemi de leur rdiigion. ' Une multitude innombrable accompagna , suivit ou
(i) Julien {Misopogon, p. 36i), et Libanius {Nœnia, p. i85) disent qu ^Apollon fut troublé par le voisinage d'a/i mort ; et les critiques ecclésiastiques , principalement ceux qui aiment les reliques , triomphent de cet aveu. Cependant Ammien (xxii, 12) procède à la purification de la totalité du terrain avec toutes les cérémonies employées par les Athéniens dans l'île de Délos.
environna, à son trrivée, le char élevé qni transportait les ossemens de saint Babylas. Elle chantait^ aa milieu des plus bruyantes acclamations, ceux des psaumes de David qui expriment avec le pins d^énergie le mépris des idoles et des idolâtres. Le retour du saint fut un triomphe , et ce triomphe était une insulte à la religion de Fempereur , dont Toi^eil dissimulait le ressentiment. Le temple de Daphné brûla durant la nuit qui termina cette procession indiscrète^ la statue d'Apollon fut consumée, et il ne resta plus de Fédifice que les murs dépouillés , monumens effrayans de son désastre. Les chrétiens . d'Antioche assurèrent, avec une confiance religieuse, que Tintercession de saint Babylas avait dirige la foudre sur ce temple odieux. Réduit à l'alternative de supposer un crime ou un miracle, Julien, saos hésiter, sans aucune certitude , mais avec quelque apparence de probabilité , imputa Tincendie à la ven- Jiiiiea geance des galiléens (i). Leur délit , s'il avait été sufe«tk<f(ira»i> fisammcnt prouvé, aurait pu justifier les représailles qu'exerça Julien en ordonnant aussitôt la clôture de la cathédrale d'Antioche et la confiscation de ses richesses. On mit plusieurs ecclésiastiques à la torture , afin de découvrir les auteurs de la sédition , de Tincendie , et ceux qui avaient caché les richesses
(i) Julien {Misopogon, p. 33 1 ) insinue leur crime plutôt qu^il ne Taffirme. Ammien (xxii , i3) traite Timputation de le^issimus rumor, et il raconte le fait avec une candeur singulière.
de l'Église (1)5 et le comte de l'Orient fit décapiter un prêtre appelé Théodoret. Mais Julien blâma cet arrêt précipité -, il témoigna des regrets sincères ou affectés de ce que le zèle imprudent de ses ministres ternissait l'éclat d& son règne par une persécution (2).
Le souverain avait froncé le sourcil ; il n'en fallait, pas davantage pour réprimer sur-le-champ le zèle de ses ministres : mais lorsque lé père de la patrie se déclare chef d'une faction, il lui devient difficile de contenir la licence de la fureur populaire , il perd même le droit de la panir. Julien , dans un écrit officiel , applaudit à la dévotion et à la fidélité des villes de Syrie , dont les pieux habitans avaient détruit au premier signal les sépulcres des galiléêns ^ et il se plaint faiblement de ce qu'ils ont vengé les injures des dieux avec moins de modération qu'il ne l'avait
(1) Quo tam atroci casu repente consumpto , ad id usque ùnperatoris ira proi^exit , ut quœstiones agitare juheret solito acriores (cependant Julien blâme la douceur des magistrats d'Antîoche), et majorem ecclesiam Antiochiœ claudi. Cette clôture fut accompagnée d'outrages et de profanations ; le principal acteur de cette scène, un oncle de Julien , mourut fort à propos sur ces entrefaites , ce que Tàbbe de La Bletteriè raconte avec une complaisance superstitieuse. F^ie de Julien, p. 362— 36g.
(2) Outre les historiens ecclésiastiques, tous plus ou moins suspects , nous pouvons citer la passion de saint Théodore , dans les Acta sincera, de Ruinart , p. 691. Les plaintes de Julien lui donnent un air d'authenticité.
recommaadë (i). D'après cet aveu fait à demi et avec tant de peine , on peut croire , ainsi * que le disent les historiens ecclésiastiques , que dans les villes de Gaza, d'Âscalon, de Gésarée, d'Hëliopolis, etc., les païens abusèrent, sans prudence et sans remords, d'un instant de prospérité^ que la mort seule termina les tortures des malheureuses victimes de leur cruauté^ quon traîna leurs. corps dans les rues, et que, dans la rage universelle , des cuisiniers les percèrent de leurs broches , des femmes de leurs quenouilles -, qu enfin , les entrailles des prêtres et des vierges , après avoir souillé la bouche de ces fanatiques sanguinaires , furent mêlées d^orge et jetées aux animaux immiondes de la ville (»). Ges traits de frénésie reli- ^euse présentent la nature humaine sous le jour le plus méprisable et le plus odieux ^ mais le massacre d'Alexandrie attire encore plus Tatlention , par la certitude du. fait , le rang des victimes , et la splendeur de cette capitale de TÉgypte.
(i) Julien, Misopogon, p. 36 1.
(2) Saiat Grégoire de Nazianze , oral. 3, p. 87. Sozomène (1. 5, c. g) p^eut être regardé comme un témoin original, quoiqu'il manque d'impartiali^. Il était né à Gaza ; 11 avait connu le confesseur Zepo , éviêque de Maiuma , qui vécut jusqu'à cent ans(l. vu, c. 28). Philostorgius (1. vu, c. 4i avec les dissertations de Godefroj, page 284) ajoute à ce récit quelques circonstances déplorables; comme la mort de quelques chrétiens^ réellement immolés sur les autels des dieux, etc.
<ieorge (i), que rorigine de sa famille et le lieu George de de son éducation ont fait surnommer de Cappadoce , était né dans Fatelier d'un foulon, à Epiphanie, ville de Cilicie. Les talens d'un parasite V^levèrent à la fortune, malgré son origine obscure et méme^ servile. Ses protecteurs , quil flattait assidûment, lui procurèrent une commission lucrative : on. le chargea de fournir aux troupes du porc salé. L'emploi était ignoble ; il le ^rendit infâme. Il accumula des riches* ses par les plus vils moyens que puissent inspirer la fraude et la corruption -, et ses malviersations devinrent si notoires , qu il fut forcé de s'enfuir pour échapper au^ recherches; de la justice. Après cette aventure , dans laquelle il paraît avoir sauvé sa fortune aux dépens de son honneur , George 'embrassa Tarianisme de bonne foi , ou par hypocrisie. Aimant les lettres, ou affectant un goût qu'il n'avait pas , il rassembla une collection précieuse de livres d'histoire, de rhétorique , de philosophie et de théologie (2) , et la faction dominante le porta sur le siège
(i) Ammîen (xxi, ri), saint Grégoire de Nazianze (^orat, XXI, p. 382, 385, 389, 3go), etEpiphane(jWœrcj. fjG) racontent la vie et la mort de George de Cappadoce. Les înYectives des deux saints ne méritevaient pas beaucoup de confiance , si les faits n^étaient confirmés par le récit froid et impartial de Finfidèle.
(2) Après le massacre de George, Julien envoya des ordres à plusieurs reprises pour la conservation de sa bibliothèque , qu'il destinait à son usage particulier, et il ordonna de mettre à la torture les esclaves qu'on soupçonnerait d'avoir
de saint Athanase. L'entrée du nouvel archevêqtie fut celle d'un conquérant barbare, et la cruauté, l'avarice, souillèrent chaque instant de son règne. Les catholiques d'Alexandrie et d'Egypte se croyaient abandonnés à un tyran , que son naturel et son éducation rendaient propre au rôle de persécuteur; mais sa main impartiale étendit le poids de l'oppression sur tous les divers hàbitans de son vaste diocèse. AieMndhê Leprimat de l'Egypte, en étalant le feste et l'insolence rÈmtc. ^^ ^^ dignité , laissait toujours apercevoir les vices de sa basse extraction. Le monopole inique et presque universel du nitre , du sel , du papier , dés funérailles , etc. , qu'il vint à bout d'obtenir , appauvrit les marchands de sa capitale , et le père spirituel d'un grand peuple daigna s'abaisser aux viles fonctions d'un délateur. Les hàbitans d'Alexandrie ne purent jamais oublier ni lui pardonner l'impôt sur toutes les maisons de la ville, dont il avait donné l'idée , sons prétexte que le fondateur avait transmis la propriété du sol aux Ptolémées et aux Césars Sies successeurs. Les gentils , qui s'étaient flattés de l'espoir delà liberté et de la tolérance, excitèrent sa cupi-
caché .quelques livres. H donne des éloges à cette collection dont il aVait emprunté et fait transcrire plusieurs manuscrits , lorsquMl étudiait en Cappadoce. Il désirait , il est vrai, que les livres des galiléens fussent anéantis ; mais il voulait une liste exacte des volumes de théologie , de peur qu'on ne confondît des traités précieux avec les ouvrages qui lut semblaient inutiles. Julien , epist. 9 , 36.
DE L'EMPIRE ROiMAIN. CHAP. XXIII. 425
dite 5 et les riches temples d'Alexandrie furent pillés ou insultés par le fier prélat , qui s'écriait d'une voix élevée et menaçante : <i Jusqu'à quand laissera-t-on subsister ces sépulcréfe?» La fureur, ou plutôt la justice du peuple le chassa de son siège sous le règne de Constance -, et ce ne fut pas sans de violehs efforts que l'autorité civile et militaire de l'État parvint à (le rétablir et à satisfaire sa vengeance. L'envoyé qui proclama dans Alexandrie l'avènement de Julien , a. d. 36ï , annonça la chute de 1 al'cheveque. George et deux de ses vils ministres , le comte Diodore et Dracontius, maîtres de la monnaie, furent ignominieusement traînés en prison , chargés de fers : vingt-quatre jours ii est mas. après , une multitude superstitieuse , et ennuyée des ""Pupu. " délais d'une procédure , força leur prison. Ces ennemis des dieux et des hommes expirèrent au milieu des plus cruels outrages ; le corps de l'archevêque et ceux de ses complices furent portés en triomphe sur lé dos d'un chameau à travers les rues, et l'on regarda rinactivité du parti de saint Athanase , comme un exemple frappant de patience évangélique (i). Les restes de ces misérables criminels furent jetés à la mer, et les chefs de l'émeute déclarèrent qu'ils en agissaient ainsi pour tromper la dévotion des chrétiens , et prévenir les honneurs qu'on pourrait vpu-
(i)l^liîlostorgius, avec une malice circonspecte, insinue une accusation contre ce parti. Kai rou AGavaa-ioD yv6>piy]v <TTpaT>ï7>î(3rat tïiç TrpaÇewç, 1. vu , c. 2 ; Godefroy, p. 267.
426 HISTOIRE DE LA DÉGADËIiCE
loir rendre à ces martyrs punis ^ ainsi qae leurs prédécesseurs, par les ennemis de leur religion (1). Les craintes des gentils étaient bien fondées , et leurs précautionfi furent inefficaces. «La mort de rarchevêque fît oublier sa vie. Les ariens aimaient et révéraient le rival de saint Âthanase, et la conversion apparente de ses sectaires le fit adopter par FÉglise catholique qui les recevait dans son sein (2). En déguisant le lieu et Tépoque de sa mort, on est parvenu à faire jouer .à cet odieux étranger le rôle d'un martyr, d'un saint et d'un héros chrétien (3), et l'inlâme
(i) Cineres projecit in mare, id metuens, ut clamabat, ne collectis supremis , œdes illis extruerent; ut reliquis ,qu{ rfflçiare à religione compulsif pertulére -cracîahiles panas , adusque glorîosam mortem intemeratâfide progressif et nunc MARTYRES appellantur. ( Ammien , xxii ,11.) Saint Ëpipfaane prouve aux ariens que George n'est pas un martyr.
(2) Quelques donàtistes {voyez Optatus Milev. , p. 60 , 3o3 , édit. Dupin ; et Tillemont, Jtfciw. ecclés. , t. vi, p. 71 3, ï/i-4o), et des priscillianistes (Tillemont , Mém: ecclés,, t. viii, p. 5i 7, ^-4*") , ont usurpé de la même manière les honneurs des saints et à.e& martyrs de FEglise catholique.
(3) Les saints de la Cajïpadoce, Basile et les deux Grégoire , ne savaient pas que George fût un saint comme eux. Le pape Gélase (A. D 494)? i^ premier catholique qui ait reconnu saint George, le met au rang des martyrs qui Deo magis quàm hominibus noti sunt, » Il rejette ses -^c^cj, qu'il attribue à «des hérétiques. Quelques-uns de ces Actes, qui ne sont peut-être pas les plus anciens , existent encore ; et , au milieu de toutes les fables qu'on y trouve, nous pouvons encore distinguer le combat que soutint saint George
George (i) de Cappadoce est devenu le fameux saint Estrëverë George d'Angleterre , patron des armes , de la cheva- ua^Ti?* et lerie et de la jarretière (2). "" ™"'^''
Vers le temps où Julien fut instruit de la sédition d'Alexandrie , il apprit qu'à Édesse la riche et orgueilleuse faction d'Arius insultait les faibles valentiniens , et commettait des dë$ordres qu'on doit punir dans un État bien réglé. Sans s'asservir aux formes lentes de la justice, le prince irrité envoya aux magistrats d'Édesse (3) un ordre qui confisquait toutes les propriétés de l'Église. On distribua i'argent aux soldats j on réunit les terres aux domaines , et la plus cruelle ironie aggrava encore cet acte d'oppression. « Je me montre , dit l'empereur , le véritable ami des galiléens : leur admirable loi a promis le royaume des cieux aux pauvres ; et ils feront plus de progrès dans le chemin de la vertu et du salut éternel , quand
de Gappadoee contre le magicien j4thanase, en présence de la reine Alexandra.
(i) On ne donne pas cette transformation comme absolument sûre , mais comme extrêmement probable. Voyez le Longueruana ,1* i, p. ^4*
(2) On peut tirer du docteur Heyling {History, of saint George , deuxième édition, Londres , i633, î/i-4'*> p* 4^9 ) et des Bollandis)«s {Acta Sanctorum Mens, jipril, , t. m ^ p. 100-163)9 une histoire curieuse des hommages rendus à saint George en qualité de saint , depuis le sixième siècle , époque oi^'on le vénérait déjà dans la Palestine ,' dans l'Arménie , à Rome , et à Trêves dans la Gaule. Sa réputation en Europe , jst^ surtout en Angleterre , vient de» croisades.
(3) Julien , Épître 43-
je les aurai soulagés du poids des biens de ce monde. Prenez garde , continuait le monarque d'un ton plus sérieux, prenez garde de pousser à bout ma patience et ma douceur : si ces désordres continuent , je vengerai les crimes du peuple sur les magistrats , et vous aurez lieu de craindre, non pas seulement la confiscation et Texil , mais le fer et le £eu. » Les émeutes d'Alexandrie étaient sans doute plus sanguinaires et plus dangereuses ^ mais c'était un évéque chrétien qui avait péri par les mains des païens , et la lettre publique de Julien donne une preuve bien sensible de la partialité de son administration. Ses reproches aux citoyens d'Alexandrie sont entremêlés d'expressions d'estime et de tendresse, et il regrette que dans cette occasion ils se soient écartés de la douceur et dé la générosité qui attestent leur origine grecque. Il censure gravement le délit qu'ils ont commis contre les lois de la justice et de l'humanité ] mais il récapitule avec une complaisance marquée les intolérables outrages qu'ils ont endurés si longtemps sous la tyrannie sacrilège de George de Gappadoce. 11 admet le principe , qu'un gouvernement sage et ferme doit châtier l'insolence du peuple , toutefois , en considération d'Alexandre fondateur de la ville , et de Sérapis sa divinité tutélaire , il pardonne entièrement et avec bonté à ses coupables habitans, pour lesquels il conserve l'affection d'un frère (i).
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(i) Julien, Epît. x. Il permit à ses amis d^adoucir sa- co-* Icre. Ammien , xxx , 11.
Lorsque l'émeute d'Alexandrie fut apaisëe, Atha- Reiawuie.
* ^ ^ \ mettl de
nase remonta , au milieu des acclamations publiques , ?• ^Jj»*"**®sur le trône d'où son indigne compétiteur avait été ^i févr. précipité 5 et comme la prudence tempérait le zèle de l'arcbevéque, il eut soin de faire servir son autorité, non à continuer d'enflammer, mais à calmer le peuplé. Sa vigilance pastorale ne se borna pas à l'enceinte étroite de l'Egypte. Son esprit vaste et actif embrassait le monde chrétien , et son âge , son mérite et sa réputation, lui permirent d'exercer, dans un moment de danger , l'emploi de dictateur de l'Église (i). Trois ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis que la pluralité des évêques d'Orient, par ignorance ou contre leur gré , avaient souscrit à la confession de Kimini. Ils se repentaient, ils adhéraient à la doctrine de l'Église catholique 5 mais ils craignaient la rigueur déplacée des orthodoxes. On sentit que si leur orgueil l'emportait sur leur foi , ils pourraient se jeter dans les bras des ariens, afin d'échapper à la honte d'une pénitence publique , qui les rabaisserait à l'état de laïques obscurs. Les docteurs catholiques discutaient alors avec quelque chaleur les questions sur l'union et la distinction des personnes divines, et cette controverse métaphysique
(1) Voyez saint Athanase, ad Rufin., t. 11 , p. ^o , ^\\ et saint Grég. de Naz- , orat, 3, p. SgS , 396, qui regarde avec raison le zèle tempéré du primat comme beaucoup plus méritoire que S€s prières, ses jeûnes, et les persécutions qu'il a essuyées , etc.
43o HISTOIRE DE LA PÉGADENCE
faisait craindre une séparation éclatante et durable entre rÉgKse grecque et TÉglise latine. La sagesse d'un synode choisi , auquel le nom et la présence d' Athanase donnèrent Tautorité d'un concile général , admit à la communion de l'Église, sans autre condition que celle de souscrire le symbole de^^Nicée , les évéques que leur imprudence avait jetés dans Terreur : on n'exigea d'eux , ni une reconnaissance fôrmeUe de leur faute , ni des détails sur ce qu'ils pensaient des diverses opinions de l'école. Les conseils du primat de l'Egypte avaient déjà préparé le clergé de la Gaule , de l'Espagne , de l'Italie et de la Grèce , à l'adoption de cet expédient salutaire*, et, malgré l'opposition de quelques esprits ardens (i), la crainte de l'ennemi commun ramena l'harmonie et la paix parmi les chrétiens (2).
Il est per- Athanasc, par ses soins et son activité , avait su ci.assëdesoa mcttrc à profît ces momens d'une tranquillité passajilfen^A. ffère, que vinrent bientôt troubler les édits que dieoctobre! * tait à l'empereur son inimitié (3). Il méprisait les
(i) Je n*ai pas le temps de suivre Thistoire de Paveugle obstination de LuciferdeCagliari. Voyez ses aventures dans Tillemont {Mém, ecclés,, t. vu, p. 900-926), et observez comment la couleur de sa narration change peu à peu , à mesure que le confesseur devient schismatique.
(2) Assensus est huic sententiœ Occidens, et, per tam necessariumconciliumySatanœfaucibîis mundusereptus. Le dialogue vif et adroit de saint Jérôme contre les lucifériens (t. 11 , pag. i35-i55) nous peint la politique ecclésiastique de ces temps.
(3) Tillemont , qui suppose que George fut massacré au
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chrétiens, mais il honorait saint Athanase en particulier d'une haine sincère. Il l'avait en. vue lorsqu'il introduisit une distinction arbitraire qui ne s'accordait pas du moins avec l'esprit de ses déclarations antérieures. Il soutint qu'en rappelant les galiléens de l'exil , cette faveur générale ne leur rendait pas les sièges qu'ils avaient occupés dans l'Église ; et il parut étonné qu'un criminel , condamné à diverses reprises par les empereurs, osât insulter à la majesté des lois et usurper le trône archiépiscopal d'Alexandrie sans attendre les ordres de son souverain. Pour punir saint Athanase d'un délit imaginaire , Julien le bannit de nouveau de la ville , et jugea à propos de supposer que cet acte de justice devait être fort agréable à ses pieux sujets. Les sollicitations pressantes du peuple lui montrèrent bientôt que le plus grand nombre des h abitans d'Alexandrie étaient chrétiens, et que la plupart de ces chrétiens étaient fermement attachés à la cause de leur archevêque opprimé. Mais , quand il fut instruit de ces dispositions, loin de révoquer son décret, Julien relégua saint Athanase hors de l'enceinte de l'Egypte. Le zèle de la multitude le rendait plus inexorable : il crai-
xnoîs d'août, accumule dans un court intervalle les actions de saint Athanase. {Mém, ecclés. , t. viii, p. 36o.) Un fragment original , tire de la vieille bibliothèque du chapitre de Vérone et publié par le marquis Maffei ( Ossert^azioni letterarie , tora. m , p. 60-62) donne plusieurs dates importantes qu'ion reconnaît pour exactes d'après le calcul des mois égyptiens.
fj;nait de laisser un chef populaire et entrq^cenaat à la téte d'une ville soulevée ; etles paroles que lui dicta son ressentiment découvrent l'opinion qu'il avait de la fer^ metë et des talens du primat. L'exécution de l'arrêt était différée par la circonspection ou la négligence d'Ecdicius, préfet de l'Egypte; une sévère réprimande le réveilla de sa léthargie, a Quoique vous négligiez de ra'écrire sur d'autres sujets , lui dit Julien , vous devez au moins m'instruire de votre conduite à l'égard d'Athanase , l'ennemi des dieux. Il y a long-temps que vous savez mes intentions. Je jure par le grand Sérapis, que si, aux calendes de décembre, Athanase n'est pas hors d'Alexandrie, et même de l'Egypte, les otBciers de votre gouvernement paieront une amende de cent livres d'or. Vous me connaissez ; je ne me hâte pas de condamner, mais je pardonne avec encore plus de lenteur. » Un court postscript tum de la main de l'empereur ajoutait encore à la force des expressions de cette lettre : a Le mépris qu'on annonce pour les dieux me cause de la douleur et de l'indignation; je ne verrai rien, je n'apprendrai rien avec plus de plaisir , que l'expulsion d' Athanase hors de l'Egypte. L'odieux misérable ! sous mon règne , le baptême de plusieurs femmes grecques du rang le plus élevé a été l'eiFet de ses persécutions (i). » Il n'ordonnait pas expressément la mort de saint Athanase ; mais le préfet de l'Egypte sentit bien qu'il était plus sûr d'excéder que de né-
(i) Tov fAiapov, oç eToXjxjiorev E>X)Qvi^aç, stt' ejxou, fJvoumç ruv
cbrétieQS.
giiger les ordres d'un mattre irrité. L'archevêque se retira sagement dans ks monastères du désert : il ëvita les pièges de Vennemi avec son habileté ordinaire, et il vécut pour triompher sur les cendres d'un prince qui , dans des. eicpressions dont il était aisé de; pénétrer le terrible sens , avait déclaré qu'il voudrait que. tout le venin de l'école galiléenne fût concentré dans la seul% personne de saint Âthanase (i).
J'ai tâché de développer fidèlement le système ar- zèie ei tificieux par lequel Julien voulait arriver aux effets ""P'^"^^^®"*"® de ta persécution, sans en être ou du moins en paraître coupable. Mais si le poison mortel du fanatisme corrompait le cœur et l'intelligence d'un prince vertueux ,'il faut avouer aussi que les passions humaines et l'enthousiasme religieux exagérèrent et aigrirent les maux réels des chrétiens, La douceur et. la résignation qui avaient distingué les premiers ^disciples de l'Évangile étaient plus louées qu'imitées par leurs
ETTirm^t^v paTTricat ou^-xetrBcu, J'ai conservé le sens ambigu des derniers mots. Cette ambiguïté est celle d'un tyran qui veut trouver ou créer des crimes.
(i) Les trois épîtres de Julien qui développent ses intentions et sa conduite à l'égard de saint Athanase, doivent, selon l'ordre chronologique , être placées ainsi, 26, 1.0, 6. y^oyez aussi saint Grégoire de ^azianze, xxi, p. 398; Sozomène , 1. v, c. i5; Socrate, 1. m, c. 14; Théodoret, 1. m, 9; et Tillemont , Mém. ecclés., t.'vni, p. 36i-368, qui s'est servi de quelques matériaux fournis par les bolla ndistes.