‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 2)Chapitre 34 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

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et les forces encore entières de Fempire romain, qui ne tarderaient peut-être pas à secourir ou à. venger le successeur de Julien. Le Sui:enas lui-même, ac* compagne d'un autre satrape, arriva au camp de rempereur([), et déclara que la dëmence de son maitre voulait bien annoncer àgqpelles conditions il consentait à épargner et à renvoyer l'empereur avec les restes de son armée captive. La fermeté des Ro"mains se laissa séduire par Tespéraiice du salut. L'avis du conseil et les cris des soldats obligèrent Jovien k recevoir la paix qui lui ^tait offerte , et le préfet Ssjluste fut envoyé sur -le -champ, avec le général Arinthaeus, pour savoir les intentions du grand roi. Le rusé Persan renvoya , sous différens prétextes , la conclusion du traité^ il éleva des difficultés, demanda des éclaircissemens , suggéra des moyens, re^ vint sur ce qu'il avait promis, ibrma de nouvelles prétentions, et employa en négociations quatre jours, pendant lesquels les Romains achevèrent de consommer le peu de vivres qui restait dans leur Camp. Si Jovien avait été capable d'exécuter un projet hardi et prudent , il aurait sans relâche continué sa marche 5 la négociation du traité aurait suspendu les attaques des Persans , et avant la fin du quatrième jour, il serait arrivé sain et sauf dans la fertile province de Cor-

(i) La vanité nationale a fourni un misérable subterfuge à Sextus-Rufus {de Prot^iaciù , c. 29). Tanta reuerentia nomims Romani fuit, dit -il, ut à Persis primus de ptice

sermo haherctur. '-

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duèue, qui n'dtait ëloignëe que de cent railles (i). Ce prince irrésolu, au lieu de rompre les lacs dont cherchait à l'envelopper Tennemi , attendit son sort avec résignation , et accepta les humiliantes conditions d'une paix qu'il n'était plus en son pouvoir de refuser. Les cinq provinces au-delà du Tigre, cédées aux Romains par le grand-père de Sapor, furent rendues au monarque persan; il acquit, par un seul article du traité , l'importante ville de Nisibis , qui , durant trois sièges consécutifs, avait bravé l'effort de ses armes ^ Singara, et le château des Maures , l'une des plus fortes places de la Mésopotamie, furent également détachées de l'empire en sa faveur. La permission* qu'il accorda aux habit ans de se retirer avec leurs effets fut regardée comme une grâce , mais il exigea que les Romains abandonnassent à jamais le roi et le royaume d'Arménie. Les deux nations ennemies signèrent une paix, ou plutôt une trêve de trente années. Le traité fut accompagné de sermens solennels et de cérémonies religieuses; et de part et d'autre on livra des otages d'un rang distingué (2).

(i) 11 y a de la présomption à combattre Ammien, qui entendait Part de la guerre, et qui était de l'expédition. Mais il est difficile de concevoir comment les montagnes de Gorduène pouvaient s^étendre sur la plaine d'Assyrie jusqii^au confluent du Tigre et du grand Zab , ou comment une armée de soixante mille bommes pouvait faire cent milles en quatre jours.

(2) On trouve les détails du traité de Dura dans Ariimien

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r««ki«»« Le sophiste d*Antioche, indigne de voir le sceptre 'XTl""^ de son hëros dans la lâible main d*an prince disciple du christianisme , semble admirer la modération de Sapor qui se contenta d'une si petite portion de Tem* pire romain. S'il eût porte ses prétentions jusqu'à l'Eophrate, sûrement, dit Libanius, il n^eût pas essuyé de refus ; s'il eût exigé que i'Oronte, le Cjdaos; le Sangarius , ou même le Bosphore de Thrace , servissent de bornes au royaume de Perse, la cour de Jovien n^aurait pas manqué de flatteurs qui se seraient empressés de convaincre le timide empereur que le reste de ses provinces sufKsait encore à lui fournir abondamment toutes les jouissances da luxe et de la domination (i). Sans adopter en entier cette supposition dictée par l'humeur , il faut avouer que l'ambition particulière de Jovien donna de grandes facilités au roi de Perse pour la condnsion d^un traité si ignominieux à l'empire. Un obscur domestique, élevé au trône par la fortune plutôt que par son mérite , désirait vivement de sortir des mains du roi de Perse, afin de prévenir les desseins de Procope, gé-

(xxv, 7 ) qui en parle avec douleur et avec indignation ; dans Libanius ( Oraf. parent», e, 14^, p. 364); ^^^ Zozime (1. III , p. 190, 191 ) ; dans saint Gr^oire de Naziaue (orat. 4 , p. 117, 118), qui attribue les fautes à Julien , et la déliyrance à son successeur; dans Entrope (x , 17). Ce dernier écrivain , Tun des guerriers de Tannée , dit , en parlant de cette paix: necessariam quidem , sed ignohUem.

(i)'Libanîus, Orai, parent, , c. i43, p. 364 j 365.

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néral de Tacmée de Mésopotamie, et de soumettre à son autorité, jusque-là peu certaine, les légions et ks pFovinces qui ignoraient encore le choix précipité fait au-delà du Tigre, et par une armée en tumulte (i). C'est aux environs du même fleuve , et à peu de distance du funeste camp de Dura (12), que tes dix mille Grecs , éloignés de plus de douze cents milles de leur patrie, furent abandonnés , sans généraux, sans guides et sans munitions, au ressentimcQt d'un monarque victorieux. La différence de conduite et de succès , de la part de l'armée romaine et de la petite armée des Grecs, est une suite du caractère plutôt que de la position. Au lieu de se soumettre tranquillement aux délibérations secrètes et aux vues particulières d'un individu , le conseil des Grecs fut inspiré par l'enthousiasme généreux d'une assemblée populaire, où l'amour de la gloire, l'orgueil âe la

(j) ConditionHus*.,. eUspendiosis romance reipubiicœ cm— positis,.., quibus cupidior regni quàm gloriœ Joç^ianus imperio Tudis acquieçit, Sextus— Kufus , de Propinciis, c^ 29. La Bletterie a développe dans un long discours ces considérations précieuses de l'intérêt public et de l'intérêt particulier. Hist, de Jo(fien,t. i, p. 3g, etc.

(2) Les généraux grecs furent tués sur les bords du ZaheXe {jénabasis ,liy. 11, p. i56; liv. in, p. 226) ou grand Zab , rivière d'Assyrie , qui a quatre cents pieds de largeur, et qui topibe dans le Tigre à. quatorze Iteures de marche au-dessous, de Mosul. liCS Grec^ donnèrent au grand et au petit Zab les noms de loup (Xuxoç) et de chèvre (xaTipoç). Leur imagination se plut à placer ces animaux autour du Tigre de l'Orient.

I continue sa

[ retraite jus-

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liberté et le mépris de la mort, remplissent Vâme de diaque citoyen. Convaincus de la supériorité que leur donnait sur les Barbares la nature de leurs armes autant que leur discipline , ils se fussent indignés de l'idée seule de se soumettre , et refusèrent de capituler : à force de patience , de courage et de la- ' lent, ils surmontèrent tous. les obstacles, et la mémorable retraite des dix mille insulta, en la dévoilant, à la faiblesse de la monarchie des Perses (i). jovien Pour prix de ses honteuses concessions , Jovien aurait pu demander,«comme un des articles du traité, quaNisibis. ^^^^ g^^ camp affamé fût abondamment fourni de

vivres (2) , et qu'on lui permît de passer le Tigre sur le pont qu'avaient construit les Perses -, mais , supposé qu'il ait osé solliciter de si justes conditions , elles lui furent absolument refusées par l'orgueilleux despote de lT)rient , dont la clémence se bornait à pardojiner aux étrangers qui étaient venus envahir ses États. Durant la marche des Remains , les Sarrasins interceptèrent quelquefois les traîneurs; mais les généraux et les troupes de Sapor respectèrent la trêve , et on permit à l'empereur de chercher l'endroit le plus

(i) La Cyropédie est vague et languissante, la Retraite des dix milie est précise et animée. GVst la différence qu^il y aura toujours entre la fictipii et la vérité.

(2) Selon Rufin , le traité stipula qu^on fournirait des vivres aux Romains ; et Théodoret assure que les Perses remplirent fidèlement cette condition. Ce fait n'a rien d'invraisemblable , mais il est incontestablement faux. F'oyez Tillemont , Hist, des Emper, , t. iv, p. «^02.

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commode poar le passage du fleuve. On se servit des petits navires qu'on avait sauves lors de Tincendie de la flotte : ils transportèrent d'abord le prince et ses favoris, et après eux, ei! diffërens voyages, la plus grande partie de Tarmée. Mais l'inquiétude qu'éprouvait chacun pour sa sûreté personnelle , et l'impatience des soldats , qui craignaient de se voir abandonnés sur une rive ennemie, ne leur permettant pas toujours d'attendre le retour tardif des navires , ils se jetèrent sur de légères claies ou sur des peaux enflées de vent, et , traînant leurs chevaux après eux, essayèrent , avec plus ou moins de succès , de traverser ainsi la rivière. Plusieurs furent engloutis par les vagues -, d'autres , qu'entraînait le courant , oflnrent une proie facile à la cupidité ou à la cruauté des farouches Arabes-, et la perte de l'armée, lors du passage du Tigre, ne fut pas inférieure à celle d'un jour de bataille. Dès que les Romains eurent débarqué sur la rive occidentale, ils furent délivrés des attaques des Barbares-, mais une marche de deux cents milles, sur les plaines de la Mésopotamie, leur fit souflrir les dernières extrémités de la faim et de la soif. Us se virent obligés de parcourir un désert sablonneux qui , dans un espace de soixante - dix milles, n'offrait ni un brin d'herbe douce, ni un filet d'eau fraîche , et qui , dans toute son étendue , désolé , inhabitable , ne présentait pas une seule trace de créatures humaines, soit amies, soit même ennemies. Si l'on découvrait dans le camp quelques mesures de farine , vingt livres de ce précieux aliment

étaient avidement achetées an prix de dix pièces d'or (i). Les bétes de somme servaient de nourriture; on trouvait dispersés çà et là les armes et le bagage des soldats romains, qui, par leur maigreur et leurs vétemens déchirés, Élisaient assez connaître leurs souffrances passées, et la misère qui les accablait encore. Un petit convoi de provisions vint à la ren-contre de Farmée jusqu'au château d'Ur, et ce secours fut d'autant plus agréable, qu'il attestait la fidélité de Sébastien et de Procope. A Thilsaphata (2), l'empereur reçut, avec les plus grands témoignages de bienveillance , les généraux de l'armée de Mésopotamie -, et les restes de cette armée , naguère si flo-

(i) On peut rappeler ici quelques vers où Lucain (Pkar-^ sale, iv, 95) décrit une détresse semblable éprouvée en E&^ pagne par Tannée de César :

Sœvafamci adorât

Miles eget : toto censu non prodigus émit ' Exiguam Cererem, Proh ktcri palKda tabès! Non deest prolatojejunus venditor auro.

frayez Guichardt ( Nouveaux Mémoirei militaires, t. i , p. 379-382. ) Son analyse des deux campagnes d^Espagne et d'Afrique est le plus beau monument qu'on ait }amais élevé à la gloire de César.

(2) M. dJAnville {vojrez ses Cartes, et VEupkratet et le Tigre, p. 92, 93) trace leur marche et détermine la véritable position de Hatra , Ur et Thilsaphata , dont Ammien a fait mention. 11 ne se plaint pas du samiel , ce vent mortel et brûlant que Thévenot {Voyages, part, u , 1. i, p. 192) redoute si. fort.

rissante, se reposèrent enfin sous les murs de Nisibis. Les messagers de Jovien avaient déjà annoncé, avec les éloges de la flatterie, son élection, son traité et son retour; et le nouveau souverain avait pris les mesures les plus efficaces pour assurer Tobéissance dès armées et des provinces de l'Europe, en plaçant Fautorité dans les mains des officiers qui , par intérêt ou par inclination, devaient soutenir avec fermeté la cause de leur bienfaiteur (i).

Les amis de Julien avaient prédit avec confiance le succès de son expédition. Ils espéraient que les dépouilles de TOrient enrichiraient les temples des dieux 5 que la Perse , réduite à Thumble état de province tributaire , serait gouvernée par les lois et les magistrats de Rome^ que les Barbares adopteraient rhabit, les mœurs et le langage du conquérant, et que la jeunesse d'Ecbatane et de Suse étudierait Tart de la rhétorique sous des maîtres grecs (2). L'empereur avait pénétré si avant , qu'il avait perdu toute communication avec l'empire-, et, du moment où il eut passé le Tigre, ses fidèles sujets ignorèrent sa destinée et sa fortune. Tandis que leur imagination calculait des triomphes chimériques, ils apprirent la

. (i) Ammiea (xxv, 9), Libatiius (Orat parent,, c. i43 , p. 365) et Zozime (1. m, p. 194) décrivent la retraite de Jovien.

(2) Libanius, Orat parent,, c. i45, p. 366. Tels étaient les vœux et les espérances que devait naturellement former un rhéteur.

triste nouvelle de sa mort , et ils continaèreat i la révoquer en doute, lors même qu'ils ne pouvaient plus la nier(i). Les émissaires de Jovien répandirent que la paix avait été nécessaire, et qu'elle était sage ; la voix de la renommée , plus forte et plus sincère , révéla la honte de Fempereur et les conditions de rignominieux traité. Le peuple fut rempli d'étonnément, de douleur, d'indignation et de crainte, en apprenant que l'indigne successeur de Julien abandonnait les cinq provinces conquises par Galère , et rendait honteusement aux Barbares l'importante ville de Misibis , le plus fort boulevard des provinces de rOrient(a). On agitait librement, dans les entretiens populaires, ce point obscur et dangereux à traiter, de la mwrale des gouvernemens, qui fixe jusqu'où l'on doit observer la foi publique lorsqu'elle est contraire à la sûreté de l'État , et l'on eut une sorte d'es-

(i) Les habitans de Carrbes , ville dévouée au paganisme, enterrèrent sous un monceau de pierres le messager qui leur apporta cette nouvelle de funeste augure. (Zozime, 1. III , p. 196.) Libanius , en rapprenant , jeta les yeux sur son épée ; mais il se souvint que Platon <;ondarane le suicide , et qu'il devait vivre pour composer le panégyrique de Julien. Libanius, de Vitâ sud, t. 11 , p. 4^ , 4^.

(2) On peut admettre Aminien et Eutrope comme des témoins sincères et dignes de foi , des propos et de Topinion du public. Le peuple d'Antioche se répandit en invectives contre une paix ignominieuse , qui l'exposait aux coups des Persans sur une frontière sans défense. Excerpt, f^alesian., p. 845^ ex Johanne Aatiocheno.

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poir que Fempereur ferait oublier sa conduite pusil* lanime par un acte éclatant de perfidie patriotique. L'inflexible courage du sénat de Rome avait toujours rejeté les conditions inégales qu'on imposait de force à ses armées captives^ et si, pour satisfaire l'honneur de la nation , il eût fallu livrer aux Barbares le général criminel , la plupart des sujets de Jovien au^ raient suivi avec joie, sur ce point, l'exemple des anciens temps (i).

Mais l'empereur, quelles que fussent les bornes de jovien on autorité constitutionnelle, se trouvait, par le sibls^trend fait, disposer absolument des lois et des forces de provînmes l'État , et les motifs qui l'avaient contraint à signer s^m. Août. le traité de paix le pressaient d'en remplir les conditions. Il désirait avec ardeur de s'assurer un empire aux dépens de quelques provinces , et il cachait son ambition et ses craintes soUs le masque de la religion et de l'honneur. Malgré les sollicitations respectueuses des habitans , la décence et la sagesse ne lui permirent pas de loger dans le palais de Nisibis : le lendemain de son arrivée, Bineses, l'ambassadeur de Perse , entra dans la place , déploya , du haut de la

(i) Quoique Tabbé de La Bletterie soit un casuiste sévère , lia prononcé {Hist. de Jovien, t. i, p. 212-227) que Jovien n'était pas obligé de tenir sa promesse, puisqu'il ne pouvait ni démemb)*er l'empire, ni transférer à un autre", sans l'aveu de son peuple , le serment de fidélité que lui vivaient prêté ses sujets : je n'ai jamais trouvé beaucoup de plaisir ni d'instruction dans toute cette métaphysique politique.

citadelle, Fëtendard du grand roi, et annonça en son nom la cruelle alternative de Texil ou de la servitude. Les principaux citoyens de la ville , qui jusqu'à ce &tal moment avaient compté sur la protection de leur souverain , se jetèrent à ses pieds et le conjurèrent de ne pas abandonner, ou. du moins de ne pas livrer une colonie fidèle à la fureur d'un tyran barbare , irrité par les trois déjEaites qu'il avait éprouvées successivement sous les murs de Misibis. Us avaient encore des armes et assez de courage pour repousser Fennemi de leur pays ; ils se bornèrent à lui demander la permission de s'en servir : ils dirent qu'après avoir assuré leur indépendance, ils viendraient implorer la faveur d'être admis de nouveau au rang de ses sujets. Leurs raisons , leur éloquence, leurs larmes, ne purent rien obtenir. Jovien fit valoir, en rougissant, la sainteté des sermens; et la répugnance avec laquelle il avait accepté d'eux le présent d'une couronne d'or, ne leur laissant plus d'espoir, Sylvanus, l'un des orateurs du peuple, s'écria indigné : « Empereur, puissiez - vous être ainsi couronné par toutes les villes de vos domaines ! » Jovien , qui en peu de semaines avait déjà pris les habitudes d'un prince (i) , fut choqué de la hardiesse et de la vérité du propos 5 et comme il voyait qaé le

(i) Il le montra à Nisibis par une action vraiment royale. Un brave officier qui portait le même nom que lui , et qu'on avait cru digne de la pourpre, fut enlevé au milieu d'un souper, jeté dans un puits , et tué à coup de pierres, san&

mécontentement des habitans pourrait bien les porter à se soumettre au roi de Perse, un édit leur ordonna, sous peine de mort , de sortir de la ville dans trois jours. Ammien a peint avec énergie la désolation générale , qui paraît avoir excité en lui une vive compassion (i). La belliqueuse jeunesse de Nisibis abandonna , avec une indignation douloureuse , des murs qu'elle avait si glorieusement défendus 5 des parens en deuil versaient xxne dernrère larme sur la tombe d'un fils ou d'un mari , qui allait être profanée par la main grossière des Barbares; et le vieillard baisait le seuil , s'attachait aux portes de la maison où il avait passé les jours tranquilles et fortunée de son enfance. Une multitude effrayée remplissait les grands chemins-, les distinctions de rang, de sexe et d âge, s'évanouissaient au milieu de la consternation générale. Chacun s'efforçait d'emporter quelques débris du naufrage de sa fortune -, et , ne pouvant se procurer sur-le-champ un nombre suffisant de chevaux et de chariots, ils étaient réduits à laisser la plus gr^jiide partie de leurs richesses. Il paraît que la barbare insensibilité de Jovien aggrava les peines de ces infortunés. On les établit cependant dans un quartier d'Amida, nouvellement reconstruit 5 et, augmentée d'une colonie aussi considérable, cette ville 5 qui commençait à se relever , recouvra bientôt

aucune forme de procès , et sans que rien prouvât qu'il était coupable. Ammien , xxy, 8.

(i) Ammien, xxv, 9; Zozirae, 1. iit, p. 194» iq5.

son antique splendeur, et devint la capitale de la Mésopotamie (i). L'empereur expédia des ordres pareils pour révacuation de Sii^ara, du château des Maures , et pour la restitution des cinq provinces situées au-delà du Tigre. Sapor goâta pleinement la gloire et les fruits de sa victoire, et cette paix ignominieuse a été regardée, avec raison, comme une époque mémorable dans la décadence et la chute de l'empire romain/Les prédécesseurs de Jovien avaient quelquefois renoncé à des provinces éloignées et peu utiles -, mais depuis la fondation de Rome , le génie de cette ville, le dieu Terme, qui gardait les bornes de la république, n'avait jamais reculé devant le glaive d'un ennemi victorieux (2).

i^ëHexions Lorsquc Jovicu eut rempli ce traité, que les cris

sur la morl * ^ * *

lie Julien, de son peuple auraient pu lui donner le désir d'enfreindre , il s'éloigna de la scène de son déshonneur, et alla avec toute sa cour jouir des plaisirs d'Antioche (3). 11 n'écouta point les inspirations du fanaitisme religieux, et l'humanité ainsi que la reconnais-

(i) Chron, pascal., p. 3oo. On peut consulter les Notitiœ ecclesiasticœ, •

(2) Zozime , 1. m , p. 192, ig3; Sextus-Rufus , de Provinciis, c. 29; saint Augustin, de Cwit, Dei, 1. iv, c. 29. Il ne faut admettre cette assertion générale qu^avec précaution.

(3) Ammîen, xxv, 9; Zozime, 1. m, p. 196. Il pouvait être edaxy et vino f^enerique indulgens ; mais je rejette avec La Bletterie (t. i,p. i48-i54)lesot conte d'une orgie (apud Suidam ) célébrée à Antioche par l'empereur, sa femme et une troupe de concubines.

sance rengagèrent à rendre les derniers honneurs à son 60uveraia(i) ; mais, sous le prétexte de charger des funérailles Procope, qui déplorait de benne foi la mort de Tempereur , on lui ôta le commandement de Farmée. Le corps de Julien fut transporté de Nisibis à Tarse. Le convoi, qui marchait lentement ^ employa <|uinze jours à faire ce chemin; et, lorsqu'il traversa les villes de l'Orient, les diverses factions Faccueillirent ou par des cris de douleur , ou par des outrages. Les païens plaçaient déjà leur héros bienaimé au rang de ces dieux dont il avait rétabli le culte ; tandis que les chrétiens précipitaient son âme aux enfers et poursuivaient son corps jusque dans la tombe (a). Un parti déplorait la ruine prochaine du paganisme , et l'autre célébrait la délivrance miraculeuse de l'Église. Les chrétiens applaudissaient en termes pompeux ^ambigus à la vengeance céleste suspendue si long-temps sur la tête coupable de Julien. Ils affirmaient qu'au moment où le tyran expira

(i) L'abbé de la Bletterie (t. i, p. 156-209) ne déguise point la brutalité du fanatisme de Baronius, qui aurait voulu jeter aux chiens le corps de l'empereur apostat. Ne cespilitiâ quidem sépulture dignûs,

(2) Comparez le sophiste et le saint (Libanîus, Monod.^ t. II, p. 25i, et Oral parent., ct .i45 , p- 367; c. i56, p. 377 ; et saint Grégoire deNazianze, orat, 4, p. i25-i32). L'orateur chrétien exhorte faiblement à la modestie et au pardon des injures; mais il est bien convaincu que les souffrances de Julien excèdent de beaucoup les tourmens fabuleux d'Ixion et de Tantale.

5?k) HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

qu'onvità renterremenlde Julien. Les ooinëdiens , se souveaaM de son aversion et de son mépris pour le théâtre, représentèrent et exagérèrent, avec Tapplaudîssement des chrétiens , les Êiutes et les bizarreries du défunt empereur. Les inconséquences de son caractère et la siAgulariié de ^s manières ouvrirent un vaste champ à la plaisanterie et au ridicule (i). Dans Fexerciee de ses talens extraordinaires, il avait souvent dégradé la majesté de la pourpre. Alexandre s'^était transformé ea Diogène, et le phQosopbe s'était a!l)aissé aux emplois dW prêtre. Son excessive vanité uvait nui à la pureté de ses vertus; ses superstUious avaient trooixlé la paix et compromis la sûreté d'un vaste empire ; et ses saillies irrëgulières avaient d'autant moins de droits à Tindulgence , qu'on y voyait les laborieux efforts de Fart et même ceux de Taffectation. Son corps fut enterré à Tarse en Cilicie-, mais le vaste tombeau qu^on lui éleva sur les bords du iroid et limpide Cydaus (9) Joe sati^t pas les fidèles amis que 4:et homm« extraordinaire laissait si pénétrés d'amour et de respect pour sa mémoire. Le philosophe témoignait )e désir bien raisonnable de voir

(i) Saint Grégoire ( orat, 4 9 P* ' '9 9 ^^^ ) compare cette ignmninie et ce ridi*e«ile préte»dtts, auxhoaneurs que reçut Gonfttâttceau nioHi«ntd« «es funérailles^ où un chœur 4^anges «iuanta ses lovaaig«s sur le mont, Taurus.

(2) -Quinte-CuToe , 1. <ii, c. 4*,0u a somment critiqué le luxe 4tt «es desepiptions ; mais Tltistorien pouvait décrire une rivière dont les eaux avaient manqué d^être si funestes à Alexandre.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XXIV. 55l

te disciple de Platon reposer au milieu des bocages de Tacadémie (1)5 et le guerrier s'écriait avec hardiesse qfi*on devait placer les cendres de Julien à côté de celles de César, dans le Champ-de-Mars , et parmi les anciens monumens delà valeur romaine(2). Il est rare que Fhistoire des princes donne lieu à de semblables discussions.

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(i)Libanias, Orat, parental., c. i56, p. 877. U convient cependant , avec reconnaissance , de la libéralité des deux frères du sang royal , qui décorèrent le tombeau de Julien. De ulcisc. JuL Nece , c. 7, p. i52.

(2) Cujus suprema et cineres , si qids tune juste consule^ ret, nan Cjrdnus videre deberet, quamvis gratissimus amnis et liquidas : sed ad perpetuandam gloriam rectè factorum prœterlambere Tiberis , intersecans urbem œternam , di^forum^ que veterum monumenta prœstringens. Ammien , xxv, 10.

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