HISTOIHR DE LA DÉCADENCE
mariages avoués et réitérés des prêtres , des évêques et du patriarche lui-même, augmentèrent sensiblement le nombre des élus. Des myriades de fugitifs arrivèrent de toutes les provinces de Tempire d'Orient dans ce pays , Tasile de la liberté naturelle et religieuse. L'étroite dévotion de Justinien fut punie par rémigration de ses sujets les plus industrieux ; ils portèrent en Perse les arts de la guerre et de la paix , et un monarque habile éleva aux emplois ceux que leur mérite recommandait à sa faveur. Ceux de ces malheureux sectaires qui , inconnus , avaient continué de vivre dans leurs villes natales, aidèrent de leurs conseils , de leurs bras et de leur argent , les armes de Nushirwan et les armes plus redoutables encore de son petit-fils ^ ils obtinrent pour récompense de leur zèle les églises des catholiques *, mais lorsque Héraclius eut reconquis ces villes et ces églises, désormais connus comme rebelles et hérétiques , ils n'eurent plus de refuge que dans les États de leur aUié. Cependant la tranquillité apparente des nestoriens courut bien des dangers et fut troublée quelquefois. Ils partagèrent les maux , suite nécessaire du despotisme oriental. Leur inimitié pour Rome ne suffit pas toujours pour expier leur attachement à l'Évangile -, et une colonie de trois cent mille jacobites , faits prisonniers h Apamée et à Antioche , eut la permission d'élever ses autels ennemis à la vue du catholique et sous l'influence protectrice (le la cour. Justinien inséra dans son dernier traité (les articles qui tendaient à augmenter et à fortifier
rs missions en
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DE l'j:mpire romain. CHAP. ,XLVII. ici
la tolérance dont le christianisme jouissait en PersCi L'empereur, peu instruit des droits de la conscience, était incapable de pitié ou d'estime pour les hérétiques qui rejetaient l'autorité des saints .conciles v mais il se flattait qu'ils pourraient remarquer peu à peu les avantages temporels d'une union avec l'empire et l'Église de Rome 5 et s'il ne venait pas à bout d'obtenir leur reconnaissance, il-espérait du moins les rendre suspects à leur souverain. A une époque plus récente , on a vu la superstition et la politique du roi très-chrétien brûler à la fois les luthériens à Paris , et les protéger en Allemagne.
Le désir de gagner des âmes à Dieu et des sujets Leu à l'Eglise a excité dans tous les temps l'activité des. Tana prêtres chrétiens. Après la conquête de la Perse, ils et àîa
XI 11»- J Chiae, clc,
portèrent leurs armes spirituelles à l orient, au nord a. d.
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et au midi , et la simplicité de l'Evangile fut enluminée des couleurs de la théologie syriaque. Si l'on en croit un voyageur nestorien (i) , le christianisme
(1) f^ojrez la Topographia christiana de Cosma^, sucnommé Indicopleustes , ou le Navigateur indien, 1. m, p. 178, 179; l. XI , p. 337. L'ouvrage entier, dont on trouve des extraits curieux dans Photius (Code xxxvi, p. 9, 10, édit. Hœschel), dans Thevenot (première partie de ses Re-~ lationsdes Voyages, etc.), et dans Fabricius {Bihlioih* grœc. , 1. III, c. 25; t. II, p. 603-617), a été publié par le père Montfaucon , Paris, 1707, dans la Nova collectio Patrum, t. II , p. 1 13-«-346. L'auteur avait le projet de réfutée Uhé^ résie de ceux qui< soutiennent que la terre est un "globe et non pas une surface aplatie et oblongue , telle que la représente l'Ecriture ( l. 11, p. i38); mais Tabsurdité du moitié
fut prêché avec succès, dans le sixième siècle, aux Bactriens, aux Huns, aux Persans, aux Indiens, aux Pcrsarméniens, aux Mèdes et auxÉlamites; le nombre des églises qu'on trouvait chez les Barbares, depuis le golfe de la Perse jusqu'à la mer Caspienne, était presque infini ^ et leur foi nouvelle se faisait remarquer par le nombre et la sainteté de leurs moines et de leurs martyrs. Les chrétiens se multipliaient de jour en jour sur la côte de Malabar , si fertile en poivre , et dans les îles de Socotora et de Ceylan; les évêques et le clergé de ces contrées lointaines tiraient leur ordination du catholique de Babylone. Dans un siècle postérieur, le zèle des nestoriens dépnssa les bornes où s'étaient arrêtées Fambilion et la curiosité des Grecs et des Persans. Les missionnaires de Balch et de Samarcande suivirent sans crainte les pas du Tartare errant, et se glissèrent dans les vallées de l'imaûs et des rives du Selinga. Ils exposèrent des dogmes métaphysiques à ces pasteurs ignorans^ ils recommandèrent l'humanité et le repos à ces guerriers sanguinaires. On dit cependant qu'un khan, dont ils ont ridiculement exagéré la
se trouve inélée avec les connaissaDces pratiques du voyageur, qui partit A. D. 522, et qui publia son livre a Alexandrie, A. D. 547 (1- ^'' P* ^4^9 '4^' Montfaucoo, Proffat,, c. 2). Le Destorianisme de Cosmas, dont son sa— vant éditeur ne tViperçut pas, a été découvert par La Croze {Christianisme des Indes, t. i, p. 4<>~^^)> ^t ce point est confirmé par Assemani {Biblioth. orient,, tom. iv, p. 6o5, t)o6).
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puissance, reçut de leurs mains le baptême et même l'ordination 5 et la réputation du Prêtre-Jean a longtemps amuse la crédulité de l'Europe (i). On permit à cet auguste néophyte de se servir d'un autel portatif; mais il fit demander au patriarche, par des ambassadeurs , comment il pourrait faire pendant le carême pour s'abstenir des nourritures animales , et comment il pourrait célébrer l'eucharistie dans un désert qui ne produisait ni blé ni vin. Les nestoriens, dans leurs voyages par mer et par terre , entrèrent dans la Chine par le port de Canton et par la ville de Sigan , située plus au nord , et résidence du souverain. Bien différens des sénateurs de Rome, qui jouaient en souriant les rôles de prêtres et d'augures, les mandarins ^ qui affectent en public la raison des philosopbes , se livrent en secret à tous les genres de superstition populaire. Us confondaient dans leur culte les dieux de la Palestine et ceux de l'Inde ; mais la propagation du christianisme réveilla les inquié-
(i) L^histoire du Prêtre-Jean dans sa longue route à tra« vers Mosul , Jérusalem , Rome , etc., devint une fable monstrueuse, dont quelques traits ont été empruntés du Lama du Thibet {Hist. généalogique des Tartares, part. 11, p. 4^; Hist, de Gengis'khan, p. 3 1 , etc.), et que, par une erreur grossière, les Portugais ont appliquée à Pempereur d'Abyssin ie. (Ludolphe, Hist. u^thiop. Comment., 1. 11, c. i.) Cependant, il est probable qu^aux onzième et douzième siècles , la horde des Keraïtes professait le christianisme selon les dogmes des nestoriens. D'Herbelot, p. 256, 91 5, 969; Assemani, t. iv, p. 468-5o4.
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ludes du gouvernement; et, après une courte vicissitude de faveur et de persécution, la secte étrangère se perdit dans Tobscuritë et dans Toûbli (i). Sous le règne des califes, l'Église des nestoriens s'étendit de la Chine à Jérusalem et en Chypre, et on calcula que le nombre des églises nestoriennes et jacobites surpassait celui des églises grecques et latines (i). Vingt- cinq métropolitains ou archevêques composaient leur hiérarchie; mais plusieurs d'entre eux , à raison de la distance et des dangers du voyage, furent dispensés de l'obligation de se présenter en personne, sous la condition, facile à remplir, que tous les six ans ils fourniraient un témoignage de leur obéissance au catholique ou patriarche de Babylone, dénomination vague qu'on a donnée successivement aux résidences royales de Séleucie, de Ctésiphon et
(i) Le christianisme de la Chine, entre les septième et treizième siècles, est prouvé d^une manière incontestable par une réunion de témoignages chinois, arabes , syriaques et latins. (Assemanî, Bibl. orient,, t. iv, p. 5o2-552; Mém. de VAcad, des Inscnpt., t. xxx, p. 802-819.) La Croze, Voltaire, etc., ont été dupes de leur propre finesse, lor^ que , pour se tenir en garde contre une fraude des jésuites, Us ont voulu regarder comme supposée Tinscription de Sigan-Fu , qui fait connaître l'éclat de TÉgh'se nestorîenïie , depuis la première mission (A. D. 636) jusqu^à Tannée 781, date de cette inscription.
(2) Jacobita et nestorianœ plures quàm grœci et latinL (Jacques de Vitry, Hist^ HierosoL, 1. 11, c. 76, p. logS ; dans les Gesta Dei per Francos, ) Le nombre en est donné par Thomassiu, Discipline de l'Église, t. i, p. 172.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVII. io5
de Bagdad. Ces rameaux éloignés sont flétris dès long-temps , et le vieux trône patriarchal (i) se trouve aujourd'hui partagé entre les £'Z//aA^ de Mosul , qui représentent presqu'en ligne directe la descendance des patriarches de la primitive Église, entre les Josephs d'Amida qui se sont réconciliés avec l'Église de Rome (2), et les Siméons de Van ou d'Ormia, qui se révoltèrent dans le seizième siècle, au nombre de quarante mille familles, et furent favorisés par les sophis de la Perse. On compte en tout aujourd'hui trois cent mille nestoriens qu'on a confondus, dans la dénomination de Chaldéens et d'Assyriens, avec la nation la plus éclairée et la nation la plus puissante Les
- . , chrétiens
de 1 antiquité orientale. de saint
Selon la légende de l'antiquité, saint Thomas e-ubus dans prêcha l'Évangile dans l'Inde (3). Sur la fin du nen- a. d. 883.
(i) On peut suivre la division du patriarchat dans la Bibl, orient, d^Assemani, tom. i, pag. 523-549; tom. 11, pag. 4^7, etc.; t. m, p. 6o3, .621-623; t. iv, p. 164-169, 423, 622-629,610.
(2) Fra Paolo , dans son septième livre , relève avec élégance le langage pompeux qu'emploie la cour de Rome lors de la soumission d'un patriarche uestorien. Le pape eut soin d'employer les grands mots de Babjlone , de Ninive , d'Arbèle , les trophées d'Alexandre , Tauris et Ecbatane , le Tigre et l'Indus. f^oy, Fra Paolo, 1. vu.
(3) Saint Thomas, qui prêcha dans ITnde, dont les uns parlent comme d'un simple missionnaire, les autres comme d'un manichéen , et les autres enfin comme d'un marchand arménien (LaCroze, Christian, des Indes, t. i , p. 57—70), était cependant célèbre , même dès le temps de saint Jérônrt^
loG HISTOIRE DE L\ DÉCADENCE
vième siècle, les ambassadeurs d'Alfred rendirent une pieuse visite à son tombeau y situe peut-être aux environs de Madras, et la cargaison de perles et d'épiceries qu'ils rapportèrent paya le zèle du monarque anglais , qui avait conçu les plus vastes projets , tant de commerce que de découvertes (i). Lorsque les Portugais ouvrirent la route de Tlnde, les chrétiens de saint Thomas étaient établis depuis des siècles sur la côte de Malabar-, et la différence de caractère ainsi que de couleur qui les distinguait des habitans du pays, attestait le mélange d'une race étrangère. Ils surpassaient les naturels de Tlndostan
{ad Marcellam , epist. i48)' Marc-Paul apprit sur les lieux que saint Thomas avait souffert le martyre dans la ville de Maabar ou de Meliapour, qui n^était éloignée que d^une lieue de Madras (d'Anville, Eclaircissemens sur l'Inde, p. 1^5), où les Portugais établirent un évêché sous le nom de Saint— Thomé , et oà ]e saint a fait chaque année un miracle , jusqu^à répoque où il a été interrompu parle-profane voisinage des Anglais. La Croze, t. ii, p. '7—16.
(i) Ni Fauteur de la Chronique saxonne (A. D. 883), ni Guillaume de Malmsbury {de Gestis regum Anglia, 1. 11 , c. 4 9 F* 44) > n^étaient en état dMnventer au douzième siècle ce fait extraordinaire. Ils ne surent pas même expliquer les motifs et la conduite d^ Alfred, et ce qu^ils en disent en passant ne sert qu^à exciter notre curiosité. Guillaume de Malmsbury sent la difficulté de l'entreprise , quod quwis in hoc saculo miretur; et je suis tenté de croire que les ambassadeurs anglais prirent en Egypte leur cargaison et leur légende. Alfred, qui, dans son Orose {vojrez Barrington's Miscellanies) , parle d'un voyage dans la Scandinavie, ne fait pas mention d'un voyage dans Tlnde.
dans Part militaire , dans les arts de la paix , et peutêtre aussi les surpassaient - ils en vertus. Ceux qui tiraient leurs richesses de l'agriculture, cultivaient le palmier ^ le commerce du poivre enrichissait les marchands •, les soldats précédaient les nairs ou les nobles de Malabar , et le roi de Cochin , le Zamorin lui-même , par reconnaissance ou par crainte , respectaient leurs privilèges héréditaires. Ils obéissaient à un souverain Gentou, mais l'évêque d'Angamala les gouvernait même dans les affaires temporelles. 11 continuait à faire valoir son ancien titre de métropolitain de rinde \ mais sa juridiction ne s'étendait réellement que sur quatorze cents églises , et deux cent mille âmes étaient confiées à ses soins. Us se- a. d.
IDOO ctc»
raient. devenus, par leur religion, les alliés les plus sûrs et les plus aflectionnés des Portugais 5- mais les inquisiteurs aperçurent bientôt parmi les chrétiens de saint Thomas le schisme et Thérésie, crimes impardonnables à leurs yeux. Les chrétiens de Flnde , au lieu de se soumettre au pontife de Rome, souverain spirituel et temporel de tout le globe , adhéraient , ainsi que leurs ancêtres , à la communion du patriarche nestorien \ et les évêques qu'il ordonnait à Mosul, affrontaient, par mer et par terre, un grand nombre de dangers pour arriver dans leurs diocèses situés sur la côte du Malabar. Dans leur liturgie, en langue syriaque, on rappelait dévotement les noms de Théodore et de Nestorius^ ils réunissaient dans leur adoration les deux personnes de Jésus-Christ : le titre Ae mère de Dieu oiïexi^dÀ\.\ewvs
oreilles , et ils mesuraient avec une avarice scrupuleuse les honneurs de la vierge Marie , que la superstition des Latins avait presque portëe au rang d*uue déesse. Lorsqu'on présenta son image pour la première fois aux disciples de saint Thomas y ils s'écrièrent avec indignation : a Nous sommes des chrétiens , et non pas des iddiâtres , » et leur dévotion plus simple se contenta de la vénération de la croix. Séparés de TOccident, ils étaient étrangers , soit aux améliorations, soit à la corruption qu'avait pu y produire un intervalle de mille années , et leur conformité avec la foi et les pratiques du cinquième siècle doit également embarrasser les papistes 'et les protestans. Le premier soin des ministres de Rome fut de leur interdire toute correspondance avec le patriarche nestorien , et plusieurs de ses évêques expirèreut dans les prisons du saint- office. La puissance des Portugais, les artifices des jésuites et le zèle d'Alexis de Menezès, archevêque de Goa, qui vint en personne visiter la côte de Malabar, attaquèrent ce troupeau privé de ses pasteurs. Le synode de Diamper, que présida Menezès, acheva le saint ouvrage de la réunion : il imposa aux chrétiens de saint Thomas la doctrine et la discipline de l'Église romaine , sans oublier la confession auriculaire , le plus puissant instrument de la tyrannie ecclésiastique. On y condamna la doctrine de Théodore et de Neslorius , et le Malabar se trouva réduit sous la domination du pape , sous celle du primat et des jésuites qui envahirent le siège d'Ângamala ou Cran-
ganor. Les iiestoriens endurèrent avec patience soixante années de servitude et d'hypocrisie^ mais du moment où l'industrie et le courage des Provinces- Unies ébranlèrent l'empire des Portugais , ils défendirent avec, énergie et avec succès la religion de leurs pères. Les jésuites se trouvèrent hors d'état de maintenir le pouvoir dont ils avaient abusé ^ quarante mille chrétiens tournèrent leurs armes contre des oppresseurs arrivés au moment de leur chute; et l'archidiacre de l'Inde remplit les fonctions épiscopales jusqu'au temps où l'on put obtenir du patriarche deBabylone une nouvelle provision d'évêques et de missionnaires syriaques. Depuis l'expulsion des Portugais , le symbole nestorien se professe librement sur la côte de Malabar. Les compagnies commerçantes de la Hollande et de l'Angleterre aiment la tolérance ; mais si l'oppression blesse moins que le mépris , . les chrétiens de saint Thomas ont lieu de se plaindre de la froide indifférence des Européens (i).
11. L'histoire des monophysites est moins étendue Le* et moins intéressante que celle des nestoriens. 5ous
(1) Voyez sur les chrétiens de saint Thomas, Asseniani , BibL orient., t. iv, p. 391-4077 ^ZS-^Si-, Geddes's Church- His tory of Malabar, et surtout La Croze , Hist. du Christian, des Indes, 2 vol. 2/1—12; la Haye, 1758; ouvrage savant et agréable. Ils ont tiré leurs matériaux de la même source , c'est-à-dire des relations des Portugais et des Italiens, et les préjugés des jésuites sont suffisamment contre-balancés par ceux des protcstans.
jacobites.
no HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
les règnes de Zenon et d'Anastase , leurs chefs surprirent l'oreille du prince , usurpèrent le trône ecclésiastique de rOrient, et écrasèrent Fëcole de Syrie sur sa terre natale. Sévère , patriarche d'Antioche , fixa avec la subtilité la plus raflinée les dogmes des monophysites ; il condamna dans le style de rHénoticon les hérésies opposées de Nestorius et d'Eutychès •, il soutint contre le dernier la réalité du corps du Christ, et força les Grecs de le regarder comme un menteur qui disait la vérité (i). Mais le rapprochement des idées ne pouvait diminuer la violence de la passion^ chaque parti montrait la plus grande surprise de l'aveuglement qui portait le parti contraire à disputer sur des différences si peu importantes. Le tyran de la Syrie employa la force au soutien de sa croyance, et son règne fut souillé par le sang de trois cent cinquante moines , qu'on égorgea sous les murs d'Apamée, et qui vraisemblablement avaient provoqué leurs ennemis , ou du moins qui voulurent
(i) Otov stTTgtv ^tyjScthiQnç : c'est rexpression de Théodore dans son Traité de Tlncarnation (p. 245, 247), telle qu'elle est citée par La Croze ( Hist. du Christianisme d'Ethiopie et à! Arménie y p. 35) , qui s'écrie, peut— être avec trop peu de réflexion : « Quel pitoyable raisonnement! n Kenaudot {Hist, patriarch. Alexand., p. 127—138) dit un mot des opinions qu'exprime Sévère dans les controverses de l'Orient ; et on peut voir sa véritable profession de foi dans l'Epître que Jean le jacobite , patriarche d'Antioche , écrivit , au dixième siècle, à Mennas d'Alexandrie, son frère. Assem., Bibl. orient. y t. 11, p. i32— i4i'
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leur opposer de la rësistance (i). Le successeur d'A- a. d. 5i8. nastase replanta en Orient l'étendard de l'orthodoxie -, Sévère se sauva en Egypte, et l'éloquent Xenaias (2), son ami , échappé aux nestpriens de la Perse , fut étouffé dans son exil par les melchites de la Paphlagonie. Cinquante- quatre évêques furent arrachés de leurs sièges •, on emprisonna htjiit cents ecclésiastiques (3)-, et, malgré la faveur équivoque de Théodora, les Églises de l'Orient, privées de leurs pasteurs, durent insensiblement périr par la disette d'instruction ou l'altération de leurs dogmes. Au milieu de cette détresse, la faction expirante réveillée se réunit
(i) Epist, archimcLndritarum et monachorum Syriœ se^ cundœ ad papam Hormisdam ( ConciL, tom. v , pag. SgS— 602). Le courage de saint Sabas, ut leo animosus , ferait penser que les armes de ces moines n'étaient pas toujours spirituelles ou défensives. Baronius, A. D. 5i3, n° 7, etc.
(2) Assemani {Bibliot. orient,, t. ii , p. 10-46) etLaCroze {Christian. d'Ethiop,, p. 36-4©) nous fournissent Thistoire de Xenaias ou Philoxène , évêque de Mabug ou Hiérapolis en Syrie ; il possédait parfaitement la langue syriaque, et fut l'auteur ou l'éditeur d'une version du Nouveau-Testament.
(3) On trouve dans la Chronique de Denis {ap. Assem., t. II, p. 54) les noms et les titres de cinquante-quatre évêques exilés par Justin. Sévère fut mandé à Constantinople pour j subir son jugement , dit Liberatus {Brev,, c. 19), pour y avoir la. langue coupée, dit Evagrius (l. iv, c. 4); le prudent patriarche ne s'amusa pas à examiner la différence de ces deux choses. Cette révolution ecclésiastique est fixée par Pagi au mois de septembre 5 18. Critica,t. 11 , p. 5o6.
et se perpétua par les soins d'un moine ^ et le nom de Jacques Baradée (i) s'est conservé dans la dénomination commune de jacobite , qui peut effaroucher Toreille d'un Anglais. 11 reçut des saints évéques emprisonnés à Constantinople les pouvoirs d'évéque d'Édesse et d'apôtre de l'Orient , et de cette source inépuisable est sortie l'ordination de plus de quatrevingt mille évéques , prêtres ou diacres. Les plus a "iles dromadaires d'un dévot chef des Arabes secondaient, par leurs courses rapides, l'ardeur du zélé missionnaire. La doctrine et la discipline des jacobites s'établirent secrètement dans les domaines de Justinien, et il était du devoir de tout jacobite de violer ses lois et de détester le législateur. Cachés dans les couvens et les villages , obligés, pour sauver leurs têtes proscrites, de chercher un asile dans les cavernes des ermites ou les tentes des Sarrasins, les successeurs de Sévère soutenaient toujours , ainsi qu'ils le soutiennent encore aujourd'hui, leur droit au titre, au rang et aux prérogatives de patriarche d'Antioche. Sous le joug plus doux des infidèles , ils résident à une lieue environ de Merdin , dans Tagréa-
(i) Les traits de Tobscure histoire de Jacques Baradée ou Zanzalus, se trouvent épars dans Ëutychius (u^nn.^ t.ii, p. i44-i47)> dans Kenaudot {Hist, patriarch. Alex,, p.i33) et dans Assemani (Bibl. orient,, t. i , p. 4^4 ; t. ii , p. 60-69, 324-332, 4i4» ^' "ï > P- 385- 388). Il parait n^avoir pas été connu des Grecs : lès jacobites eux » mêmes aimaient mieux tirer leur nom et leur généalogie de Tapôtre saint Jacques.
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ble monastère de Zapharan, qu'ils ont orne de cellules , d'aqueducs et de plantations. Le maphrian qui rëside à Mosul , où il brave le catholique ou primat nestorien , auquel il dispute la primatie de l'Orient , occupe la seconde placfe, regardée encore comme très -honorable. On a compté, aux diverses époques de l'Église jacobite , cent cinquante archevêques ou évêques sous le patriarche et le maphrian ; mais l'ordre de la hiérarchie s'est affaibli ou rompu , et les environs de l'Euphrate et du Tigre composent la plus grande partie de leurs diocèses. On trouve de riches marchands et d'habiles ouvriers dans les villes d'Alep el d'Amida, dont lé patriarche fait souvent la visite-, mais le peuple y tire une misérable subsistance de ses travaux journaliers, et la pauvreté a pu, aussi bien que la superstition , contribuer à l'établissement des jeûpes excessifs qu'ils s'imposent ; ils ont chaque année cinq carêmes , durant lesquels le clergé et les laïques s'abstiennent non- seulement de viande et d'œufs, mais même de vin, d'huile et de poisson. Leur population .actuelle est évaluée de cinquante à quatre-vingt mille âmes , reste d'une Église très-nombreuse , qui a diminué graduellement sous une tyrannie de douze siècles. Mais dans cette longue période, quelques étrangers, hommes de mérite, ont embrassé la secte des monophysites , et Abulpharage (i), primat de TOrient, si remarquable par sa
(i) Les détails sur sa personne et ses écrits forment peutêtre Tarticle le plus curieux de la Bibliothèque d'Assemani IX. 8
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vie et par sa mort, était fils d'un Juif. Il écrivait avec élégance le syriaque et l'arabe ; il fut poëte , médecin , historien , philosophe plein de sagacité, et théologien rempli de modération. On vit à se^ funérailles le patriarche nestoricn son rival , avec une suite nombreuse de Grecs et d'Arméniens , qui oublièrent leurs disputes et confondirent leurs larmes sur le tombeau d'un ennemi. Cependant la secte qui fut honorée des vertus d'Abulpharage parait placée un degré au-dessous de celle des nestoriens. La superstition des jâcobites est plus abjecte , leurs jeûnes sont plus rigides (i), leurs divisions intestines plus multipliées, et ( autant qu'on peut mesurer les degrés de l'absurdité) leurs docteurs plus éloignés de la raison. Sans doute la sévérité de la théologie des monophysites contribue à cette différence -, mais il en faut attribuer beaucoup plus à l'inQuence des moines. Dans la Syrie, en Egypte, en Ethiopie, les moines jacobites se sont toujours distingués par l'austérité de leurs mortifications et l'absurdité de leurs légendes -, durant leur vie et après leur mort on les révère comme les favoris de la Divinité : la crosse d'évêque et de patriarche est réservée à leurs respectables mains 5 et,
(t. Il, p. 244~32i); il j porte le nom de Gregoriiis Bar* Hebrœus, La Croze {Christian* d'Ethiopie, p, 53'-63) se moque du préjugé des Espagnol» contre le sang des Juifs , qui souille en secret leur Église et leur nation.
(i) La Croze (p. 352), et même le Syrien Assemani (t. i, p. 226; t.'iT, p. 3o4 , 3o5), critiquent cette excessive abstinence.
maronites.
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encore infectés des habitudes et des préjuges du cloître , ils se chargent de gouverner les hommes (i).
III. Dans le style des chrétiens de l'Orient , les mo- Les nothélites ont été dans tous les siècles désignés par le nom de maronites (!x), nom qui a passé insensiblement d'un ermite à un monastère , et d'un monastère à une nation. Ce fut en Syrie que Maron , saint ou sauvage du cinquième siècle , déploya sa religieuse extravagance -, les villes d'Apamée et d'Émèse se disputèrent ses reliques ; une magnifique église s'éleva sur son tombeau , et six cents de ses disciples réunirent leurs cellules sur les bords de l'Oronte. Dans les controverses dé l'Incarnation, ils suivirent scrupuleusement la ligne orthodoxe entre les sectes de Néstorius et d'Eutychès ; mais leur loisir donna lieu à la malheureuse question d'une volonté ou d'une opération dans les deux natures de Jésus-Christ. L'em-
(i) Une dissertation de cent quarante-deux pages , qui se trouve au commencement du second volume d^Assemani , explique parfaitement Tétat des monophysites. La Chronique syriaque de Grégoire Bar-Hebrée ou Abulpharage {Bibliot. orient,, tw ii, p. 321-463) donne la double liste des catho^ tiques ou patriarches nestoriens et des maphriens des jacobit es.
(2) Eutychius {Annal. , 1. 11, p. 191-267-332), et d'autres passages qu'on trouve dans la table mëthodique de Pococke, prouvent qu'on a employé indifféremment le nom de mo— nothélites et celui de maronites. Eutychius n'avait aucune prévention contre les maronites du dixième siècle , et nous pouvons en croire un melchite , dont les jacobites et les Latins ont confirmé le témoignage.
I iG HISTOIRE DE LA DECADENCE
pereur Héraclius , leur prosélyte , repousse en qualité de maronite des murs de la ville d'Éroèse , trouva un asile dans le monastère de ses frères , et récompensa leurs leçons de théologie par le don d'un vaste et riche domaine. Le nom et la doctrine de cette respectable école se répandirent parmi les Grecs et les Syriens -, et on peut juger de leur zèle par la résolution de Macaire , patriarche d'Antioche, qui déclara, devant le concile de Constantinople , qu'il se laisserait couper en morceaux et jeter dans la mer, plutôt que de reconnaître deux volontés en Jésus-Christ (i). Une persécution de cette espèce, ou une autre plus modérée , ne tarda pas à convertir les sujets de la plaine, tandis que la robuste peuplade du mont Liban se glorifiait du titre de mardaïtes ou de rebelles (ti). Jean Maron, Tun des moines les plus savans et les plus chéris du peuple , s'arrogea les fonctions de patriarche d'Antioche : son neveu , Abraham , à la tête des maronites, défendit leur liberté civile et reli-
(i) ConcU,, t. VII, p. 780. Coiistantin, prêtre sjQrien d^Apamée , défendit la cause des monothélites avec intrépidité et avec esprit (p. io4o, etc.)
(2) Théophane {Ckron. , p. 296, 296, 3oo, 3o2, 3o6) et Cedrenus (437-44^) racontent les exploits des mardaïtes; le nom mard, qui en syriaque signifie rebellavit, est expliqué par La Roque {f^ojrage de la Syrie, 1. 11, p. 53); les dates sont fixées par Pagi (A. D. 676, n°' 4-^4 J A. D. 685, n~ 3, 4) , et même Tobscure histoire du patriarche Jean Maron (Assemani, Bibl. orient,, t. i,.p. 49^~^2o) éclaircit les troubles du mont Liban , depuis Tannée 686 jusqu^à Tannée 707.
giease contre les tyrans de l'Orient. Le fils de l'orthodoxe Constantin persécuta, avec une sainte liaine un peuple de soldats qui auraient pu servir de boulevard à son empire contre les ennemis de Jësus-Christ et de Rome. Une «armée des Grecs envahit la Syrie ; le feu consuma le monastère de Saint-Maron ; les plus braves chefs de la secte furent trahis et assassines , et douze mille de leurs partisans conduits sur les frontières de l'Arménie et de la Thrace. Cependant rhu«i-b!e secte des maronites a survécu à l'empire de Cônstantinople-, et, sous les Turcs, leur conscience est libre et leur servitude modérée. Leurs gouverneurs particuliers sont choisis dans leur ancienne noblesse -^ du fond de son monastère de Canobin, le patriarche se croit encore assis sur le siège d'Antioche ; neuf évéques forment son synode, et cent cinquante prêtres , libres de se marier, sont chargés de la. conduite de cent mille âmes. Leur pays se prolonge dç la, chaîne du mont Liban aux cotes de Tripoli -, et, dans, cette étroite lisière, une dégradation insensible oiTre toutes les variétés du sol et du climat, depuis les grands cèdres dont la tête ne se courbe point sous le poids. des neiges (i)^ jusqu'aux vignobles, aux mû-.
(i) Pans le dernier siècle on voyait encore sur le mont- Liban vingt de ces cèdres si vantés par l'Histoire- Sainte. ( Voyage de La Roque , t. i , p. 68-76) ; il n'y en a plus aujourd'hui que quatre ou cinq. ( Voyagé de Volney, t. i , p. 264. ) L'excommunication. défendait ces arbres si célèbres dans L'Écriture ; on en pren^itr, mais avec réserve, une légère portion , dont on faisait de petites croix , etc. : on chantait
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riers et aux oliviers de la fertile vallée. Les maronites, après avoir abjuré au douzième siècle Terreur des monothélites , se réconcilièrent avec les Églises latines d'Antioclie et de Rome (i)^ et Tambition des papes, ainsi que la détresse des chrétiens de la Syrie, ont souvent renouvelé la même alliance ^ mais il est permis de douter que cette réunion ait jamais été complète ou sincère , et les savans maronites du collège de Rome se sont vainement eObrcés d'absoudre leurs ancêtres du crime de schisme et d'hérésie (2).
toutes les années une messe sous leurs rameaux; et les Syriens leur supposaient la faculté de relever leurs branches contre la neige , k laquelle le Liban paraît être moins fidèle que ne le dit Tacite : inter ardores opacumfidumque niçibus, (Hist., v, 6. ) Métaphore pleine de hardiesse.
(i) Le témoignage de Guillaume de Tyr {Hist, in gestîs Dei per Francos , l. xxii, c. 8, p. 1022) est copié ou confirmé par Jacques de Vitry {Hist. HierosoL, l. 11, c. 77, p. 1093 , 1094) » mais cette ligue peu naturelle expira avec le pouvoir des Francs , et Abulpharage (qui mourut en 1286) regarde les maronites comme une secte de monothé- Iites(^ti^/. orient, ,1, ii, p. 292).
(2) Je trouve un portrait et une histoire des maronites dans le P^ojrage de la Syrie et du mont Liban, par La Roque, 2 vol. m-i2 ; Amsterd. , 172$ , surtout au tom. i , p. 42-47» 174-184; t. II, p. I0"i20. En ce qui a rapport aux temps anciens , il adopte les préventions de Nairon et des autres maronites de Rome , auxquels Assemani craint de renoncer, et quUl a honte de soutenir. On peut consulter Jablonski (Instit, Hist. Chri:st.,i. m, p. iSiS), Niebuhr ( ^ojo^e de V Arabie, etc. , t. 11, p. 346, 370 , 38i ), et surtout k judicieux Volney ( Voyage en Egypte et en Sym, tom. 11 , p. 8-^1^ Paris, 1787).
DE L'EMPIRE ROMAIN. GHAP. XLV f I. i ig