II. A. D
son père , et le nom d'un législateur triomphant fut 685, sepi. déshonoré par les vices d'un jeune homme qui n'imita le réformateur des lois que dans le luxe des bâtimens. Ses passions étaient fortes, mais son jugement faible: il exaltait, avec l'enivrement d'un sot orgueil, le droit de naissance qui lui soumettait des millions d'hommes, tandis que la plus petite communauté ne l'aurait pas choisi pour son magistrat particulier. Ses ministres favoris étaient un eunuque et un moine, c'est-à-dire les deux êtres par leur état les moins susceptibles des affections humaines : à l'un il abandonnait le palais, et à l'autre les finances ] le premier châtiait à coups de fouet la mère de l'empereur ^ le second faisait suspendre les débiteurs insolvables , la tête en bas , sur xm feu lent et exhalant une épaisse fumée. Depuis- les jours de Commode et de Caracalla, la crainte avait été le mobile ordinaire de la cruauté des souverains de Rome ] mais Justinien , doué de quelque vigueur de caractère, se plaisait à voir les tourmens de ses sujets, et brava leur vengeance l'espace d'environ dix ans , jusqu'au moment où il eut comblé la mesure de ses crimes et celle de leur patience. Léontius , général renommé , avait gémi plus de trois ans dans un cachot avec quelques patriciens des plus nobles familles et
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du nombre de ceux qui avaient le plus de mérite -, le souverain Ten tira tout k coup pour lui donner le gouvernement de la Grèce : cette grâce , accordée à un homme outragé , annonçait le mépris plutôt que la confiance. Ses amis raccompagnant jusqu'au port où il devait s'embarquer, il leur dit en soupirant qu'on ornait la victime pour le sacrifice, et que la mort le suivrait de près. Us osèrent lui répondre que la gloire et l'empire seraient peut - être la récompense d'une résolution généreuse ; que toutes les classes de l'État abhorraient le règne d'un monstre , et que deux cent mille patriotes n'attendaient que la voix d'un chef. Us choisirent la nuit pour le moment de leur délivrance-, et, dans les premiers efforts des conspirateurs, le préfet de la capitale fut égorgé, et on força les prisons : les émissaires de Léontius crièrent dans toutes les rues : a Chrétiens, k Sainte-Sophie I » Le texte choisi par le patriarche, a Voici le jour du Seigneur, » fut l'annonce d'un sermon qui acheva d'enflammer tous les esprits -, et , quittant l'église , le peuple indiqua une autre assemblée dans l'hippodrome* Ju^ nien , en faveur duquel on n'avait pas tiré un seul glaive, fut traîné devant ces juges furieux, qui demandèrent qu'on le punit de mort au même instant. .Léontius, déjà revêtu de la pourpre, vit d'un œil de compassion le fils de son bienfaiteur , etie rejeton d'un si grand nonobre d'empereurs , prosterné devant lui. 11 épargna la vie de Justinien-, on lui coupa, d'une manière imparfaite, le nez et peut-être la langue: l'heureuse flexibilité de l'idiome grec lui donna sur-
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le-champ le nom de Rhinotmète^ et le tyran, ainsi mutilé , fut relégué à Cherson , bourgade solitaire de la Tartarie-Crimée, qui tirait des blés, des vins et de Thuile des pays voisins , comme des objets de luxe.
Justinien , banni sur la frontière des déserts de la son cxii. Scy thie , nourrissait toujoursTorgueil de sa naissance 695 - 705. et l'espoir de remonter sur le trône. Après trois ans d'exil , il apprit avec joie qu'une seconde révolution l'avait vengé , et que Léontius avait été détrôné et mutilé à son tour par le rebelle Apsimar , qui avait pris le nom plus respectable de Tibère. Mais les prétentions de la ligne directe devaient être redoutables à un usurpateur de la classe du peuple -, et ses inquiétudes étaient augmentées par les plaintes et les accusations des habitans de Cherson, qui retrouvaient les vices du tyr^ndans la conduite du prince exilé. Justinien, suivi d'une troupe de gens attachés à sa personne par une même espérance ou un même désespoir , s'éloigna de cette terre inhospitalière , et se réfugia chez les Ghozares, qui campaient entre le Tanaïs et le Borysthène. Le khan , ému de compassioii , traita avec respect un tel suppliant : il l'établit à Phanagoria , ville jadis opulente , située sur la rive du lac Maeotis, du côté de l'Asie. Justinien, oubliant alors tous les préjugés romains , épousa une sœur du Barbare, qui cependant , d'après son nom de Théodora , semble avoir reçu le baptême ; mais l'infidèle khan fut bientôt séduit par l'or de Constantinople , et sans la tendresse de sa femme , qui lui révéla les projets qu'on formait contre lui , Justinien aurait péri
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SOUS le glaive des assassins , ou bien eût été livré an pouvoir de ses ennemis. Après avoir étranglé de sa main les deux émissaires du khan , il renvoya Théodora à son frère, et s'embarqua sur l*Euxin pour chercher des alliés plus fidèles. Une tempête assaillit le vaisseau qu'il montait , et Tun des hommes de sa suite lui conseilla d'obtenir la miséricorde du cîel , en faisant le vœu d'un pardon général si jamais il remontait sur te trône. «Pardonner ! s'écria l'intrépide tyran, plutôt mourir à l'instant même! que le Tout-Puissant m'engloutisse dans les vagues de la mer si je consens k épargner la tête d'un seul de mes ennemis ! » Il survécut à cette menace impie ; il arriva à l'embouchure du Danube , et osa se hasarder dans le village habité parle roi des Bulgares, Terbelis, prince guerrier et païen , dont il obtint des secours en lui promettant sa fille et le partage des trésors de l'empire. Le royaume des Bulgares se prolongeait jusqu'aux frontières de la Thrace , et les deux princes se portèrent sous les murs de Gonstantinople avec quinze mille cavaliers. Apsimar fut déconcerté par cette brusque apparition de son rival , dont la tête lui avait été promise par le Chozare , et dont il ignorait l'évasion. Dix années d'absence avaient presque effacé le souvenir des crimes de Justinien: sa naissance et ses malheurs excitaient la pitié de la multitude, toujours indisposée contre les princes qui la go^ve^nent , et
biiMemeai Ics soins actîfs de ses partisans l'introduisirent dans la et M mort! viUc et Ic palais de Constantin.