Justinien, en récompensant ses alliés, en rappelant
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVIII. i6l
sa femme , prouva qu'il n'était pas tout-à-fait étranger à des sentimens d'honneur et de reconnaissance* Terbelis se retira avec un monceau d'or dont l'étendue fut déterminée par la portée de son fouet ; mais jamais vœu ne fut si religieusement accompli que le serment de vengeance prononcé au milieu des orages de TEuxin. Les deux usurpateurs ( car c'est pour le vainqueur que doit être réservé le nom de tyran ) furent amenés dans l'hippodrome, l'un de sa prison et l'autre de son palais.* Léontius et Apsimar, avant d'être livrés aux bourreaux, furent étendus chargés de chaînes sous le trône de l'empereur, et Justinien , établissant l'un de ses pieds sur le cou de chacun d'eux , regarda plus d'une heure la course des chars , tandis que Te peuple inconstant répétait ces paroles du Psalmiste : « Tu marcheras sur l'aspic et sur le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon^ » La défection universelle qu'il avait jadis éprouvée , put le porter S désirer, comme Caligula, quelepeuple romain n'eût eu qu'une tête. J'observerai toutefois que ce désir ne convenait pas à un tyran ingénieux , puisqu'aii lieu des tourmens variés dont il accablait les victimes de sa colère , un seul coup aurait terminé les plaisirs de sa vengeance et de sa cruauté. Ces .plaisirs furent en effet inépuisables : ni vertus privées ni services publics ne purent expier le crime d'une obéissance active ou même passive à un gouvernement établi, et, dans les six années de son nouveau règne, la hache, la corde et la torture, lui parurent les seuls instrumens de la royauté. Mais ce fut