‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Trad (volume 3)Chapitre 24 sur 42 · HISTOIRE DR LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DR LA DÉCADENCE

attestaient le dernier degrci de dégénération de Tart et du génie (i).

Oppotition Le culte des images s'était introduit peu à peu iM^imagn. daus TÉglise, et chacun des progrès de cette innovation était i'avorablement accueilli par Tesprit superstitieux , comme augmentant le nombre des moyens de consolation qu'on pouvait se permettre sans péché. Mais au commencement du huitième siècle, lorsque Tabus fut dans toute sa force, quelques Grecs d'une conscience timorée commencèrent à craindre d'avoir, sous les dehors du christianisme, rétabli la religion de leurs ancêtres \ ils ne pouvaient supporter sans douleur et sans impatience le nom d'idolâtres que leur donnaient sans cesse les Juifs et les musulmans (2), à qui la loi de Moïse et le Koran inspiraient une haine immortelle pour les images taillées , et toute espèce de culte qui pouvait y avoir rapport. La servitude des Juifs affaiblissait leur zèle et donnait peu d'importance à leurs accusations;;

(i) K Yos scandaleuses figures sortent de la toile; elles sont aussi mauvaises que des statues groupées. >» C^étaît ainsi que rignorance et le fanatisme d^un prêtre grec loliaielDt des tableaux du Titien , quUl avait commandés et qu'il ne voulait plus recevoir.

(2) Selon Cedrenus, Zonare, Glycas et Manassès, les auteurs de la secte des iconoclastes furent le calife Jetid et deux Juifs qui avaient promis Pempire à Léon. Les reproches que la haine inspire à ces sectaires sont interprétés comme une conspiration absurde pour le rétablissement de la pureté du culte chrétien. Voyez Spanheim, Huit, Imag, , c. 2.

mais les reproches des musulmans triomphans , qui régnaient à Damas et menaçaient Gonstantinople , avaient tout le poids que peuvent donner la vérité et la victoire. Les villes de la Syrie, de la Palestine et de l'Egypte, étaient munies d'images de Jésus- Christ, de sa mère et des saints, et chacune de ces places avait Tespoir ou comptait avoir la promesse d^étre défendue d'une manière miraculeuse. Les Arabes subjuguèrent en dix années ces villes et leurs images *, et , selon leur opinion , le Dieu des armées prononça un jugement décisif sur le mépris que devaient inspirer ces idoles muettes et inanimées (i). Édesse avait résisté long - temps aux attaques du roi de Perse ^ mais cette ville de prédilection , l'épouse de Jésus-Christ , se trouva enveloppée dans la ruine commune , et l'empreinte du visage du Sauveur du monde devint un des trophées de la victoire des infidèles. Après trois siècles de servitude, le palladium fut rendu à la dévotion de Constantinople , qui pour l'obtenir paya douze mille livres d'argent , remit en liberté deux cents musulmans, et promit de s'abstenir à jamais de tout acte d'hostilité contre le territoire d'Édesse (2). A cette époque de détresse et

(i) Jezid, neuvième calife de la race des Omniades , fit détruire toutes les images de la. Syrie vers l^année 7 19 : aussi les orthodoxes reprochèrent-ils aux sectaires de suivre l'exemple des Sarrasins et des Hébreux. Fragm. mon, Johan, Jerosolymit, séript. Byz, , t. xvi, p. 235; Hist, des RépubL itaL, par M. Sismondi , t. i , p. ia6. {Note de V Editeur.)

(a) /^ojez Elmacin {Hist. Saracen, , p. ^^67), Abulpht- IX. 18

(le crainte, les moines employèrent toute Icor âo* ({uence k défendre les images ^ ils voulurent prouver que les péchés et le schisme de la plus grande partie des Orientaux avaient aliéné la faveur et anéanti la vertu de ces précieux symboles ^ mais ils eurent contre eux les murmures d^une foule de chrétiens ou simples on raisonnables, qui invoquèrent les textes, les faits et Texemple des temps primitifS| et qui désiraient en secret la réforme de TÉglise. Comme le culte des images n avait été établi par aucune loi générale ou positive, ses progrès dans Fempire d'Orient furent retardés ou accélérés selon les hommes et selon les dispositions du moment, selon les divers degrés des lumières répandues dans les diverses contrées , et selon le caractère particulier des évéques. LV'sprit léger de la capitale et le génie inventif du clergé de Byzance s'attachèrent avec chaleur à un culte tout de représentation , tandis que les cantons éloignés de TAsie, plus grossiers dans leurs mœurs , montraient peu de goût pour cçtte espèce de faste religieux. De nombreuses congrégations de gnostiques et d'ariens gardèrent après leur conversion le culte simple qu'ils avaient suivi

rage (Dj-nast., p. 201), AbuJfeda {jénnai, Moslem^p. 264), elles Critiques àe Pagi (t. m , A. D. 944)* ^ prudent draiiclscain n^ose détermioer si c^est k Rome ou à Gènes que repose Timage d^Edesse ; mais elle repose sans gloire , et cet objet du culte des chrétiens a perdu sa vogue et aa celéhrité.

L^on rlco« loclastc et ses

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avant d'avoir abjuré, et les Arméniens, les plus guerriers des sujets de Rome , n'étaient pas réconciliés, au douzième siècle, avec la vue des images (i). Tous ces noms divers amenèrent des préventions et des haines qui produisirent peu d'effet dans les villages de TAnatolie et de la Thrace , mais qui influèrent souvent sur la conduite du guerrier, du prélat ou de Teunuque parvenu aux premières dignités de l'Église ou de l'État.

Le plus heureux de tous ces aventuriers fut «ociaste

* ^ : et ses

l'empereur Léon m ("k), qui, des montag;nes de «uccesseuw. riunirie , passa sur le trône de l'Orient. Il ne cou- 7^6-840.

(i) Âpfji«vtotç xat AXo^voi^ enian^ 7} aiyioiv stxev&iv ?rpooxuv>i(riç «ftYryopsuTat. (Nicetas, l. 11, p. 268.) Les Ëgh'ses d^Annénie ne foïit encore nsage que de la croix {Missions du Let^ant, t. III, p. i^S); mais sûrement le Grec superstitieux est injuste à regard de la superstition des Allemands du douzième siècle.

(2) C'est dans les Actes des conciles (t. vin et ix , Gollect. de Labbe, édit. de Yenise) et dans les écrits historiques de Théophane , de.Nicéphore , de Manassès , de Gedrenus, de Zonare , eto. , qu'il faut chercher les raonumens originaux de tout ce qui a rapport aux iconoclastes ; mais o^ ne les y trouvera pas exempts de partialité. Parmi les catholiques moderùes, Barbnius, Pagi, Natalis Alexander {Hist. eccL, sectJtl,- 8 et 9) et Maimbourg (^Hist. des Iconoclastes) , ont monstre sur ce sujet autant d'érudition que de passion et de crédulité. Les recherches du protestant Frédéric Spanheim {Hist. imaginum restitutà) , et de Jacques Basnage {Hist, des Églises réformées , t. 11, 1. xxiii, p. i339-i385), penchent d'ft doté des iconoclastes. D'aprè» les secours que nous offrent les deux partis et leurs dispositions contraires , il notis est

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naissait ni la littérature sacrée ni la littérature, profane *, mais son éducation rustique et guerrière, sa raison, et peut - être son commerce avec les Juifs et les Arabes, lui avaient inspiré de Faversiou pour les images, et Ton regardait alors comme le devoir d'un prince le soin d'obliger ses sujets à régler leur conscience sur la sienne. Toutefois, dans les commencemens d'un règne mal aOermi , durant dix années de travaux et de dangers , Léon se soumit aux bassesses de l'hypocrisie ; il se prosterna devant des idoles qu'il méprisait au fond du cœur , et rassura chaque année le pontife romain par une déclaration solennelle de son zèle pour l'orthodoxie. Lorsqu'il voulut réformer la religion , ses premières démarches furent circonspectes et modérées ; il assembla un grand conseil de sénateurs et d'évéques, et ordonna, d'après leur aveu, d'enlever toutes les images du sanctuaire et de l'autel , de les placer dans les nefs à une hauteur où on pût les apercevoir , et où la superstition du peuple ne pourrait atteindre \ mais il n'y eut pas moyen de répriiper de l'un et de l'autre côté l'impulsion rapide de la vénération et de l'horreur : les saintes images placées à cette hauteur édiGaient toujours les dévots et accnsaient le tyran. La résistance et les invectives irritèrent Léon lui-même. Son parti l'accusa de mal remplir ses devoirs, et lui proposa pour modèle le roi juif qui

facile de juger cette question avec une impartialité philosophique.

avait brisé le serpent d'airain. Un second édit ordonna non-seulement FenlèYement , mais la destruction des tableaux religieux. Gonstantinople et les provinces furent purifiées de toute espèce d'idolâtrie : les images de Jésus-Christ , de la mère de Dieu et des saints, furent détruites, et on revêtit d'une légère couche de plâtre les murailles des édifices. La secte des iconoclastes eut pour appui le zèle et le pouvoir despotique de six empereurs , et durant cent, vingt années , l'Orient et l'Occident retentirent de cette bruyante querelle. Léon l'Isaurien voulait faire de la proscription des images un article de foi sanctionné par l'autorité d'un concile général -, mais ce concile ne fut assemblé que sous son fils Constantin, et quoique le fanatisme de la secte triomphante Fait représenté comme une assemblée d'imbéciles et d'athées (i), ce qui nous reste, de ses actes daus quelques fragmens mutilés , laisse apercevoir de la raison et de la piété. Les discussions et les décrets de cowun. de plusieurs synodes provinciaux avaient amené ce a.* îT 754.

(1) Comme on lé voit par ces fleurs de rhétorique, luvo^ov irapavo|xov xat aOsov : on a traité les évêques de roeç fAoroto— fpoo'tv. Damascène appelle ce concile axupoç xat a^exroç {Opetayi. I, p. 623). Spanheim a fait avec autant d^esprit que de bonne foi TapolQgie du concile de Gonstantinople (p. 171, etc. ) ; iLa employé les matériaux que lui ont offerts les Actes du concile de Nicée (p. 1046 , etc.). Le spirituel Jean de Damas dit e7rtffX6)Touç-, au lieu dWtffXQ7rau$; il donne aux évêques le nom de xoiXtoJbifXovç ^. esclaves de leur ventre, etc. {Opéra, A' i, p. 3o6).

concile général qui se tînt dans les faubourgs de Constantinople, et fut composé de trois cent trente* huit évéques de TEûrope et de TÂnatolie; car les patriarches dWntioche et d'Alexandrie étaient alors esclaves du calite , et les pontifes de Rome avaient détaché de la communion des Grecs les Églises d'Italie et d'Occident. Le concile de Byzance s'arrogea le titre et le pouvoir de septième concile général ] cependant c'était reconnaître les six conciles généraux antérieurs , qui avaient établi d'une majiière si lahorieuse rédifice de la foi catholique. Après une délibération de six mois , les trois cent treute^huit évoques déclarèrent et signèrent unanimement que tous les symboles visibles de Jésus-Christ , excepté dans TEucharistie , étaient blasphématoires on hérétiques, et que le culte des images dérogeait à la pureté de la foi chrétienne et ramenait au paganisme ^ qu'il fallait effacer ou anéantir de pareils monumens d'idolâtrie ; que ceux qui refuseraient de livrer les objets de leurs superstitions particulières se rendraient coupables de désobéissance à l'autorité de rÉjjlise et de l'empereur. Leurs bruyantes acclamations célébrèrent les mérites de leur rédempteur temporel , et ils confièrent à son zèle et à sa justice l'exécution de leurs censures spirituelles. A Constantinople , de même que dans les conciles précédens , la volonté du prince fut la règle de la foi épiscopale; mais je suis tenté de croire qu'en cette oçcstsion un grand nombre de prélats sacrifièrent à des vues d'espérance ou de crainte les opinions de leur

conscience. Durant cette longue nuit de supersti- Leurpro-

, fessioD de

tion, les chrétiens s'ëtaieat écartes de la simplicité foi. de l'Évangile , et il n'était pas aisé pour eux de suivre le fil et de reconnaître les détours du labyrinthe. Dans l'imagination d'un dévot, le culte des images se trou^ vait lié d'une manière inséparable avec la croix , la Vierge, les saints et leurs reliques. Les miracles et les visions enveloppaient de nuages la base de cet édifice sacré , et les habitudes de l'obéissance et de la foi avaient engourdi les deux puissances de l'esprit , la curiosité et le scepticisme. On accuse Constantin lui-même de doute , d'incrédulité , ou même de quelques plaisanteries royales sur les mystères des catholiques (i); mais ces mystères se trouvaient bien établis dans le symbole public et privé de ses évêques ^ et l'iconoclaste le plus audacieux ne dut attaquer qu'avec une secrète horreur les monumens de la superstition populaire , consacrés à la gloire des saints qu'il regardait encore comme ses protecteurs auprès de Dieu. Lors de la réforme du seizième siècle , la liberté et les lumières avaient augmenté toutes les facultés de l'homme*, le besoin des innovations l'emporta sur le respect pour l'antiquité, et l'Europe,

(i) On Taccuse d'avoir proscrit le titre de saint, d'avoir appelé la vierge Marie mère de Jésus-Christ, de l'avoir comparée après son accouchement à une bourse vide : on l^accuse en outre d'ariauisme , de nestorianisme , etc. Spanheim, qui le défend (c. 4» P- 207), est un peu embarrassé entre les intérêts d'un protestant et les devoirs d'un théologien orthodoxe.

ado HISTOIRE DK LA DÉCADENCE

dans sa vi<;ueur, osa dédaigner les fantômes devant lesquels tremblait la faiblesse efféminée des Grecs avilis.

Pen^oium Le pcuple ne connaît le scandale d'une hérésie, •i'7m " sur des questions abstraites , que par le bruit de la

i^v'^76- trompette ecclésiastique ; mais les plus ignorans pea<vent apercevoir, les plus glacés doivent ressentir la profanation et la chute de leurs divinités visibles. Les premières hostilités de Léon se portèrent SHr un crucifix placé dans le vestibule et au-dessus de la porte du palais. On allait Tabattre; mais Téchelle dressée pour y atteindre fut renversée avec fureur par une troupe de fanatiques et de femmes. La multitude vit avec un pieux transport les ministres du sacrilège, précipités du haut de Téchelle, tomber et se briser sur le pavé ; ceux qui s'étaient rendus coupables de cette action avaient été justement punis pour crime de meurtre et de rébellion, lear parti prostitua en leur faveur les honneurs accordés aux anciens martyrs (i). L'exécution des édits de Fempereur entraîna de fréquentes émeutes à Constantinople et dans les provinces : la personne de Léon fut en danger; on massacra ses officiers, et il ÊiUut employer toute la force de l'autorité civile et de la

(i) Le saint confesseur Théophane donne des éloges au principe de leur rébellion , 6ci6» xcvoufuvot ^Xu (p. 389). Grégoire II (î>i Epist. I9 adimp, Léon., Concii,,.t. viii, p. 661- 664 ) applaudit au zèle des femmes de Bjzance , qui tuèrent les officiers de Pempereur.

puissance militaire pour éteindre Tenthousiasme du peuple. .Les nombreuses îles de l'Archipel , qu'on nommait la mer Sainte, étaient remplies d'images et de moines : les habitans abjurèrent sans scrupule leur fidélité envers un ennemi de Jésus-Christ, de sa mère et des saints; ils armèrent une flottille de bateaux et de galères, déployèrent leurs bannières sacrées, et marchèrent hardiment vers le port de Constantinople , afin de placer sur le trône un homme plus agréable à Dieu et au peuple. Ils comptaient sur des miracles ; mais ces miracles ne purent résister dcafeu grégeois, et, après la déroute et l'incendie de leurs navires , leurs îles sans défense furent abandonnées à la clémence ou à la justice du vainqueur. Lé fils de Léon avait entrepris , la première année de son règne , une expédition contré les Sarrasins 5 et du« rant son absence, son parent Artavasdes, ambitieux défenseur de ]a foi orthodoxe, s'était emparé de la capitale , du palais et de la pourpre. On rétablit en grande pompe le culte des images 5 le patriarche renonça à la dissimulation qu'il s'était imposée, ou dissimula les sentimens qu'il avait adoptés -, et les droits de l'usurpateur furent reconnus dans la nouvelle et dans l'ancienne Rome. Constantin se réfugia sur les montagnes où ses aïeux avaient reçu le jour ; mais il descendit à la tête de ses braves et fidèles Isauriens , et, dans une victoire décisive , il triompha des troupes et des prédictions des fanatiques. La longue durée de son règne fut continuellement troublée par des clameurs , des séditions , des conspira-

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tions, une haine mutuelle et des vengeances sanguinaires. La pe.rs(icution des images fut le motif ou le prétexte de ses adversaires , et s'ils manquèrent un diadème temporel , ils reeurent des Grecs la couronne du martyre. Dans toutes les entreprises qui furent formées contre lui y soit en secret, soit à découvert, Tempereur éprouva l'implacable inimitié des moines, fidèles esclaves de la superstition à laqueUe ils devaient leurs richesses et leur influence. Us priaient, prêchaient et donnaient des absolutions; ils échauffaient le peuple et conspiraient : un torrent d'invectives sortit de la solitude de la Palestine-, et la plume de saint Jean Damascène (i), le dernier des pères grecs , proscrivit la tête du tyran dans ce monde et dans l'autre (2). Je n'ai pas le loisir d'examiner jus-

Ci) Jean ou Mansur était un noble chrétien de Damas, qui avait un emploi considérable au service du calife. Son zèle dans la cause des images Pexposa au ressentiment et i^ la perfidie de Fempereur grec ; sur le soupçon d*une correspoodance criminelle , on lui coupa la main droite , qui lui fut rendue par Tintervention miraculeuse de la sainte Yierge. Il résigna ensuite son emploi, distribua ses richesses, et

alla se cacher dans le monastère de Saint-Sabas , situé entre

Jérusalem et la mer Morte. La légende est fameuse; mais malheureusement le père Lequien , son savant éditeur, a prouvé que saint Jean Damascène avait pris Fhahit monastique avant la dispute des iconoclastes. Opéra, t. i, f^iia S. Johannis Damascen. , p. io-i3, et Notas adioc.

(2) Après avoir donné Léon au diable , il fait parler son héritier, to ituLpo-j outoi» Ysvvfipia , xai m; xaxtaç ccurou xXnpovo/to; cv Sifîkbi 7evo(wvo«. ( Opéra Damascen,, t. i , p< 625. ) Si Tau-

qu'à quel point les moines s'étaient attire les maux réels ou prétendus dont ils se plaignaient, ni combien ils ont exagéré leurs souffrances , ni quel est le nombre de ceux qui perdirent la vie ou quelques-uns de leurs membres , les yeux ou la barbe, par la cruauté de Témpereur. Après avoir châtié les individus, il s'occupa de l'abolition de leurs ordres^ leurs richesses et leur inutilité purent donner à son ressentiment l'aiguillorf de l'avarice et l'excuse du patriotisme. La- mission et le nom redoutable de Dragon (i), son visiteur général , en fît, pour toute la nation enfrôquécy un objet d'horreur et d'effroi. Les communautés religieuses furent dissoutes , les édifices furent convertis en magasina ou en baraques^ on confisqua les terres, les meubles et les troupeaux; et des exemples modernes nous autorisent à penser que non - seulement les reliques, mais les bibliothèques, purent devenir la proie de ce brigandage, qu^excita la licence ou le plaisir de nuire. En proscrivant l'habit et l'état de moine , on proscrivit avec la même rigueur le culte public et privé des images; et il semblerait qu'on exigea des sujets , ou du moins

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thenticité de cette pièce est suspecte , nous sommes sûrs que dans d^autres ouvrages qui n^existent plus, Jean donna à Constantin les titres de veov MwapsO , XpioTO|xa;^ov , ^tcaYiov (1. I, p. 3o6).

(i) Spanheim (p. 235-238), qui raconte cette persécution d'après Théophane et Gedrenus, se plaît à comparer le draco de Léon avec les dragons {dracones) de Louis xiv, et tire une grande consolation de ce jeu de mots.

du clergé de Tempire d'Orient, une abjuration solen^ nelle de l'idolâtrie (i).

État d* L'Orient soumis abjura avec répugnance ses images sacrées; le zèle indépendant des Italiens les défendit avec vigueur et redoubla de dévotion pour elles. Pour le rang et pour l'étendue de sa juridiction, le patriarche de Constantinople était presque l'^al du pontife de Rome ; mais le prélat grec était un esclave sous les yeux de son maître, qui, (Tun signe de tête, le faisait passer tour à tour d'un couvent sur le trône, et du trône dans le fond d'un couvent. L'évéque de Rome , éloigné de la cour et dans une position dangereuse , au milieu des Barbares de l'Occident , lirait de sa situation du courage et de la liberté : choisi par le peuple, il lui était cher; ses revenus considérables fournissaient aux besoins publics^ et à ceux des pauvres. La faiblesse ou la négligence des empereurs le déterminait à consulter , dans la paix et dans la guerre , la sûreté temporelle de la ville. Il prenait peu à peu , dans l'école de l'adversité , lés qualités et l'ambition d'un prince : l'Italien , le Grec ou le Syrien qui arrivait à la chaire de saint Pierre, s'arrogeait les mêmes fonctions et suivait la même politique ; et Rome , après avoir perdu ses légions

(i) npo7pa|xpia Yop iÇtTrip^pi xora iraffocv iÇap;^cav mv vtto tîïç ycipoç ouToy j Trovraç u7ro7pot\|/at xat opiuvvou tou clBituvcli thv Trpoffxuv>io'iv Tuv ccTrrciv c(xov6)v. {Damtiscen, , Op., t. i , p* 02S.) Je ne me souviens pas d'avoir lu ce serment ni cette souscription dans aucune compilation moderne.

et ses provinces, voyait sa suprématie rétablie de nouveau par le génie et la fortune des papes. On convient qu'au huitième siècle ils fondèrent leur domination sur la révolte, et que Thérésie des iconoclastes produisit et justifia la rébellion -, mais la conduite de Gréj^oire ii et de Grégoire m, durant cette lutte mémorable, est interprétée diversement parleurs amis et par leurs ennemis. Les écrivains byzantins déclarent d'une voix unanime , qu'après un avertissement inutile, les papes prononcèrent la séparation de l'Orient et de l'Occident, et privèrent le sacrilège empereur du revenu et de la souveraineté de l'Italie. Les Grecs, témoins du Uriompbe des papes, parlent de cette excommunication d'une manière encore plus claire *, et comme ils sont plus attachés à leur religion qu'à leur pays , ils louent , aa lieu de les blâmer, le zèle et l'orthodoxie de ces hommes apostoliques (i). Les auteurs qui ont défendu la cour de Rome dans les temps modernes , se montrent fort empressés à faire valoir l'éloge et le fait ^ les cardinaux Baronius et Bellarmin célèbrent ce grand exemple delà déposition des rois hérétiques (2)-, et si on leur demande pour-

(i) Kai Tsiv Pbipnv ODv TraoT) IroXia rmç pavikiioLç ovtou aTreoDiov , dit Théophane {Chronograph,, p. 343). C'est pour cela que Grégoire est appelé par Gedrenus av>ip aTrooroXtxoc (p. 55o). Zonare spécifie cette' foudre de avaÔYipzTt vrivo^cxo) (t. 11, 1. XV, p. io4, io5). Il faut observer que les- Grecs sont disposés à confondre les règnes et les actions des deux Grégoire.

(2) Voyez Baronius {jànnal. eccles,, A. D. ^So , n»' 4, 5) :

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quoi on ne lança pas les mêmes foudres contre les Néron et les Julien de rantiquilé , ils répondent que la faiblesse de la primitive Église fut la seule cause de sa patiente fidélité (i). L'amour et la haine ont produit en cette occasion les mêmes eflets, et les zélés protestans, qui veulent exciter Tindignation et alarmer le pouvoir des princes et des magistrats, s'étendent sur rinsolence et le crime des deox Grégoire envers leur légitime souverain (2). Ces papes ne sont défendus que par les catholiques modérés, pour la plupart de TÉglise gallicane (3), qui respectent le

dignum exemplum! {J^WvLTfainy de Rom. Pontifie, I. y, c.8 ) : muictat^it eum parte imperii, (Sigonius, de Regno ItaUœ, 1. m , Opéra, t. 11 , p. 169.) Mais les opinions ont tellement changé en Italie , que Téditeur de Mikn y Philippe Argelatus , Bolonais et sujet du pape ^ corrige Sigonias.

(i) Quod si christiani olïm non deposuerunt Neronem aut Julianum, id fuit quia deerant vires temporales christiànis (c^est rhonnéte Bellarmin qui parle ainsi, de Rom. Pifnt., 1. Yj t. 7). Le cardinal du Perron fait une distinction qui est plus honorable aux premiers chrétiens, mats qui ne doit pas plaire davantage aux princes modernes. J\ distingue la trahison des hérétiques et des apostats qui manquent i leurs sermens, falsifient la marque qu^ils ont reçue, et renoncent à la fidélité qu^ils doivent k Jésus— Christ et à son vicaire {Perroniana, p. 89).

(a) On peut citer pour exemple le circonspect Basnage ( Hist. de l^ Eglise , p. 1 35o , 1 35i ) et lé véhément Spanheim (Mis t. imaginum)^ qui avec cent autres marchent sur les traces des centuriateuv» de Magdebourg.

(3)f^o/. Launoy(0^.,t. v,part. 11, Ep, vu, «J, p. 456-474)' Natalis Alexander {Hist. not^i Testam. , secuL 8; Disserl. i ,

saint sans approuver son dëlit. Ces défenseurs de la couronne et de la tiare jugent de la vérité, des faits d'après la règle de Féquité , les ouvrages qui nous restent , et la tradition *, et ils en appellent (i) an témoignage des Latins , aux vies (2) et aux épîtres des papes eux-mêmes.

p. 92-96), Pagi {Critica, t. m , p. 2i5, 216), et Giannone {Istoria cw, di Napoli, t. i, p. 31^-320;, disciple de PËglise gâllicaBe. Dans les contFpyerses je plains toùjonrs le parti modéré qui se tient à découvert au milieu des combattans , et exposé au feu des deux partis.

(i) Ils en appellent à Paul Warnefrid ou le Diacre {de Gestis Langohard,, 1. vi, c. 49> p- 5o6, 607 ; in Script, ItaL, Muratori, t. i, part, i), et à TAnastase supposé {de Vit, Pont. , in Muratori , t. m , part, i ) , à Grégoire 11 (p. 1 54) , à Grégoire m (p* i58) , à Zacharie (p. 161) , à Etienne n (p. i65), àPaul (J). 172), à Etienne IV (p. 174), à Adrien (p. 179), à Léon III (p. 175). Mais je renu^rquerai que le véritable Anastase {Hist. ecclés., p. i34, édit. Reg.) et l'auteur de V Histoiia Miscella { 1. xxi, p. i5i , m t. i Script. Ital.)j tous deux écrivains du cinquième siècle, traduisent et approuvent le texte grec de Théopbane.

(2) A de petites différences près , les critiques les plus savaus , Lucas Holstenius , Schelestrate , Ciampini , Bianchini, Muratori { Prolegomena , ad t. m, part, i) , conviennent que le Liber pontificalis a été composé d'abord et continué ensuite par les bibliothécaires et les notaires apostoliques des huitième et neuvième siècles; et que !a dernière partie , la inoins considérable , est seule i'oxrvrage d' Anastase , dont il porte le nom. Le style en est barbare, la narration pleine de partialfté; les détails* sont minu^ tieux : cependant on doit le Kre comme un monument curieux et authentique sur le siècle dont nous parlons

tfitrt* et Nous avons deux ëpitres originales de Grégoire n à à 1 empereur Léon ( i ) ; et si on ne peut les citer comme

aTdT:»:- des modèles d'éloquence et de logique , elles offrent le portrait ou du moins le masque d'un fondateur de la monarchie pontificale. « On compte, lui dit-il, dix années de bonheur, durant lesquelles nous ayons eu la consolation de recevoir vos lettres royales , signées en encre de pourpre, et de votre propre main : ces lettres étaient pour nous des gages sacrés de votre attachement à la foi orthodoxe de nos aïeux. Quel déplorable changement et quel épouvantable scandale ! Vous accusez maintenant les catholiques d'idolâtrie , et , par cette accusation , vous trahissez seulement votre impiété et votre ignorance. Nous sommes forcés de proportionner à cette ignorance la grossièreté de notre style et de nos argumens. Les premiers élémens des saintes lettres suflisent pour vous confondre*, et si, entrant dans une école de grammaire, vous vous y déclariez Tennemi de notre culte , vous irriteriez la simplicité et la piété des enfanS qu'on y instruit, au point qu'ils vous jetteraient

ici. Les épîtres des papes sont éparses dans les volumes des conciles.

(i) Les deux Epîtres de Grégoire ii ont été consenrées dans les Actes du concile de Nicée (t. tiii , p. 65i-674); elles ne portent point de date: Baronius leur donne celle de 726 ; Muratori {Annali tfltalia, t. ti, p. i ao ) dit qu'elles furent écrites en 729, et Pagi en 780. Telle est la force des préventions, que des écrivains papiste^ ont loué le- bon sens et la modération de ces lettres.

leur alphabet à la tête. » Après ce décent eitorde , le pape essaie d'établir la distinction ordinaire entre les idoles de l'antiquité et les images du christianisme. a Les idoles, dit-il^ sont des figures imaginaires at* tribuées à des fantômes et des démons , dans un temps où le vrai Dieu n avait pas manifesté sa personne sous une forme visible *,. les images sont les véritables formes de Jésus-Christ , de sa mère et de ses saints , qui ont prouvé, par une foule de miracles, Tinnocence et le mérite de ce culte relatif. » Il faut qu'en effet il ait bien compté sur l'ignorance de Léon, pour lui soutenir que , depuis le temps des apôtres, les images ont toujours été en honneur, et qu'elles ont sanctifié de leur présence les six conciles de l'Église catho-* lique. 11 tire, de la possession du moment et de la pratique actuelle, ua argument plus spécieux ; il pré^ tend que l'harmonie du monde chrétien ne tend plus un concile général nécessaire, et il a la franchise d'avouer que ces assemblées ne peuvent être utiles que sous le règne d'un prince orthodoxe. S'adressant ensuite à l'impudent, à l'inhumain Léon, bien plus coupable qu'un hérétique, il lui recommande la paix, le silence , et une soumission implicite à ses guides spirituels de Constantinople et de Rome. Il fixe les bornes de la puissance civile et de la puissance ecclésiastique; il assujettit le corps à la première, et l'âme à la seconde : il établit que le glaive de la justice est entre les mains du magistrat-, qu'un glaive plus formidable, celui de l'excommunication , appartient au clergé -, que , dans l'exercice de cette divine IX. 19

3(jO HISTOIRE DE LA DECADENCE

commission , an fils zëlë n'ëpargnera point son coupable père ; que le successeur de saint Pierre a le 4lroit de châtier les rois du monde. « tyran ! ajoutet-il , vous nous attaquez d'une main charnelle et armde : désarmés et nus comme nous le sommes, nous ne pouvons qu'employer Jésus -Christ, le prince de Tarmée céleste , et le supplier de vous envoyer un diable pour la destruction de votre corps et le salut de votre âme. J'expédierai mes ordres à Rome, ditesvous avec une arrogance insensée ! je mettrai en pièces l'image de saint Pierre; et Grégoire^ ainsi que Martin, son prédécesseur, sera conduit chargé de chaînes au pied du trône impérial , pour y subir l'arrêt de son exil. Ah ! plût à Dieu quHl me fût permis de marcher sur les traces de saint Martin ! Mais que le sort de Constans serve d'avis aux persécuteurs de l'Église. Lorsque le tyran eut été justement condamné par les évêques de la Sicile, tout couvert de péchés, il périt par la main d'un de ses domestiques : ce saint est encore adoré chez les peuples de la Scythie, parmi lesquels finirent son exil et sa vie. Mais nous devons vivre pour l'édification et l'appui des fidèles, et nous ne sommes pas réduit à compromettre notre sûreté dans un combat. Quelque incapable que vous soyez de défendre votre ville de Rome , sa situation sur le bord de la mer peut lui faire craindre vos déprédations ; mais nous pouvons nous retirer à vingt-quatre stades (i), dans la première forteresse

( I ) Etxofft rco'O'apa oro^tot uiro^^pvio'tc o Ap^^tcpcuc Popiiç tcç rqv

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 2gi

des Lombards, et alors vous poursuivriez les vents. Ne sayez-vous pas que les papes sout les liens de l'union et les médiateurs de la paix entre l'Orient et rOccident? Les yeux des nations sont fixés sur notre humilité \ elles révèrent ici-bas comme un dieu Tapôtre saint Pierre , dont vous nous menacez de détruire Fimage (i). Les royaumes les plus reculés de rOccident présentent leurs hommages à Jésus-Christ et à son vicaire, et nous nous disposons à aller voir un des plus puissans monarques de cette partie du monde , qui désire recevoir de nos 9iains le sacrement de.baptéme (2). Les Barbares se sont soumis au

j(ùipav mç Ko^Tràytaç, xaiurrocys &6>Ç6>v tovç avsfAOVç. (Epift. i , p. 664> ) Cette proximité des Lombards est d^une dure digestion. Camillo Pellegrini {Dissert. 4, de Ducatu Beneffenti, dans les Script, ital. , t. v, p. 1^2, 173) compte avec quelque appapence de raison les vingt -quatre stades, non de Rome, mais des limites du duché romain, jusqu^à la première forteresse des Lombards, laquelle était peut-être Sera. -Je crois plutpt que Grégoire, d'après la pédanterie de son siècle , employa le terme de stade au liet; de celui de mille , sans s^embarrasser de la valeur réelle du mot dont il se sert.

(i) Ov at Traffat ^ao'tXsiai itjç ^yo'ewç «ç 0«ov 67riYS(ov v/OMtru (2) Attotîqç gffWTspou ^vctGiiç TOI» Xeyofxfivou SgTrrfiToy. Il parait que le pape en imposait à Fignorance des Grecs : il vécut et mourut dans le palais de Latran , et à Tépoque de son règne tous les royaumes de POccident avaient embrassé le christianisme. Ce Septetus inconnu ne pourrait-il pas avoir quelque rapport avec le chef de Pheptarchie saxonne , Ina , roi de Wessex , qui , sous le pontificat de Grégoire 11 , se rendit à Borne , non pour y recevoir le baptême , mai» en

joug de rÉvangîle , et, seul , vous êtes sourd à la voix

du berger. Ces pieux Barbares sont pleins de foreur^

ils brûlent de venger la persécution que souf&re FÉ-

glisc en Orient. Renoncez à votre audacieuse et fu-

* ueste entreprise \ faites vos réflexions , tremblez et

repentez-vous. Si vous persistez dans vos desseins ,

on ne pourra nous imputer le sang qui sera versé

dans cette querelle : puisse -t- il retomber sur votre

tête ! w

Rtfroito du Les premières hostilités de Léon contre les imafi:es

riuii*. . r^ . . . , . ^

A. D. 728, de Lonstantmople avaient eu pour témoins une

foule d'étrangers venus de Tltalie et des différens pays de TOccident ; ils y racontèrent avec douleur et indignation le sacrilège de Tempereur^ mais, en recevant Tédit qui proscrivait ce culte , ils tremblèrent pour leurs dieux domestiques : les images de Jésus - Christ , de la Vierge , des anges , des martyrs et des saints , furent enlevées de toutes les églises de ritalie , et Ton ofliit au choix du pontife de Rome la faveur impériale pour prix de sa soumission , ou la déposition et Texil pour châtiment de sa désobéissance. Le zèle religieux et la politique ne lui permettaient pas d'hésiter, et la hauteur du ton qu il prit envers l'empereur annonçait une grande confiance dans la vérité de sa doctrine, ou dans ses moyens de résistance. Sans compter sur les prières ou sur les miracles , il s'arma contre Tennemi public ,

qualité de pèlerin? Pagi , A. D. 689^ n» 2; A. D. 726, n" i5.

et ses lettres pastorales avertirent les Italiea$ dç leurs dangers et de leurs devoirs (i). A ce signal, Ravenne , Venise , et les villes de rcxarchat et de la Pentapole^ adhérèrent à la causQ de la religion; des naturels du pays formaient la plus, grande partie de leurs troupes de terre et de mer -, et ils inspirèrent aux mercenaires étrangers l'esprit de patriotisme et de zèle dont ils étaient, animés eux-mêmes. Les Italiens jurèrent de vivre et de mourir pour la défense du pape et des saintes images *, le. peuple romain était dévoué à son père spirituel, elles Lombards eux-mêmes désiraient partager le mérite et.les avantages de cette guerre sacrée. La destruction des statues de Léon jBut Tacte de rébellion le plus appar cent, le plus audacieux, et celui qui se présentait Le plus naturellement : le plus efficace et le plus avantageux fut de retenir le ti'ibut que l'Italie payait à CcHistantinople , et dq dépouiller ainsi le prince d'un pouvoir dont il avait abusé depuis peu, en . exigeant une nouvelle capitation (2). On élut des

(i) Je rapporterai ici le passage important et décisif du Liber pontificalis. Respiciens ergo pius vir profanam principis jussionem , jam contra imperatorem quasi contra hostem se armapit^ renuens, hœresim ejus , scribens ubique sç, cm^ere christianos eo quod. orta fuisset impietas talis, Iqitur permoti omnes Pentapolenses^ atque Kenetiarum exercitus centra imperatoris jussionem restiierunt : diçentes se nunquam in episdem pontificis condesccndere^iecem, sedpro ejus magis defonsiane viriliter deccrtare ( p. 1 56.).

(2) Un çcnsus ou capitation , dit Ânastase (p. i56); im-

2q/i histoire de la décadence

magistrats et des gouverneurs , et de cette manière on conserva une forme de gouvernement. Telle était l'indignation publique, que les Romains se disposaient à créer un empereur orthodoxe, et à le conduire avec une escadre et une armée dans le palais de Constantinople. En même temps Grégoire ii et Grégoire m étaient déclarés par l'empereur auteurs de la révolte , et condamnés comme tels : on employait toutes sortes de moyens pour s'emparer de leur personne, soit par fraude ou par violence, ou pour leur ôter la vie. Des capitaines des gardes, des ducs et des évéques , revêtus d'une dignité publique ou chargés d'une commission secrète , s'introduisirent dans Rome ou se présentèrent à diverses reprises pour l'attaquer^ ils débarquèrent des troupes étrangères ; ils trouvèrent dans le pays quelques secours , et la superstitieuse ville de Naples doit rougir de ce que ses ancêtres défendaient alors la cause de l'hérésie. Mais la valeur et la vigilance des Romains repoussèrent ces attaques ouvertes ou clandestines ; les Grecs furent battus et massacrés, leurs chefs subirent une mort ignominieuse , et les papes , quel que fût leur penchant à la clémence, refusèrent

pot cruel et inconnu des Sarrasins eux-mêmes , s^écrient le zélé Maimbourg {Histoire des Iconoclcutes, liv. i) et Théophane (p. 344)» <{ui rappelle le dénombrement des mâles d^Israè'l qu^ordonna Pharaon. Cette forme d'imposition était familière aux Sarrasins; et , malheureusement pour Maimbourg , Louis xi v , son protecteur , rétablit en France peu d'années après.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CflAP. XLIX. 2g5

d'intercéder ea faveur de ces coupables victimes. Des querelles sanglantes , produites par une haine héréditaire, divisaient depuis long-temps les différens quartiers de la ville de Ravenne (i) : ces factions trouvèrent un nouvel aliment dans la contro<verse religieuse qui s'élevait alors ; mais les partisans des images avaient la supériorité du nombre ou de la valeur, et l'exarque, qui voulut arrêter le torrent, perdit la vie dans une sédition populaire. Pour punir cet attentat et rétd)lir sa domination en Italie, l'empereur envoya une escadre et une armée dans le golfe Adriatique. Long-temps retardés par les vents et les flots qui leur causèrent beaucoup de dommage, les Grecs débarquèrent enfin auX' environs de Ravenne ^ ils menacèrent de dépeupler cette coupable ville , et d'imiter, pei|t-être de surpasser Justinien ii, qui , ayant eu jadis à punir une rébellion , avait livré aux bourreaux cinquante des principaux habitans. Les femmes et le clergé priaient sous le sac et la cendre, les hommes étaient en armes pour la défense de leur pays 5 le péril commun avait réuni les fac-

(i) Voyez le Lïber pontificalis d'Agnellus (dans les Scrip" tores Rerum italicarum de Muratori , 1. 11 , part. i). On aperçoit dans cet écrivain unç teinte de barbarie plus forte ; d'où il résulte que les mœurs de Ravenne étalent un peu différentes de celles de Rome. Au reste , nous lui devons quelques faits curieux sur les événements particuliers à cette ville. Il nous fait connaître les quartiers et les factions de Kavenne (p. i54), la vengeamîe de Justinien 11 (p. 160 , 161), la défaite des Grecs (p. 170, 17O, etc.

ay6 HlSTOlRi: DE LA DÉCADENCE

tions , et ils aimèrent mieux risquer une bataille que de s'exposer aux longues misères d'un siëge. On combattit en eflTet avec acharnement. Les deux armées plièrent et s'avancèrent tour à tour : on vit an fantôme , on entendit une voix , et la certitude de la victoire rendit Ravenne victorieuse. Les soldats de Vempereur se retirèrent sur les vaisseaux ; mais la côte de la mer, qui était très - peuplée , détacha une multitude de chaloupes contre Tennemi : tant de sang se mêla dans les eaux du Pô, que le peuple passa six années sans vouloir manger du poisson de ce fleuve ; et l'institution d'une fête annuelle consacra le culte des images et la haine du tyran grec. Au milieu du triomphe des armes catholiques, le pontife de Rome , voulant condamner l'hérésie des iconoclastes , assembla un concile de quatre - vingt - treize évêqucs. Il prononça, de leur aveu, une excommunication générale contre ceux qui , de paroles on d'actions , attaqueraient la tradition des pères et les images des saints : ce décret comprenait tacitement l'empereur (i) j cependant la résolution que Ton prit

(i) Il est clair qne les termes da décret comprenaient Léon : Si quis. . . imaginum sacrarum, . . destructor, . . extiierit, sli extorris à corport D. N. JesufChristi, vel toiàts EccUsiœ unitate» C^est aux cauonistes à décider s^il suffit du délit pour <^tre assujetti à TexcommuDication , ou s^il favt être nommé dans le décret. Et cette déciaion intéresse extrêmement la sûreté des excommuniés ^ puisque Toracle (Gratien, Caus, 23, pag. 5, chap. 47* opiu/ Spanheim , Hisi. imag,, pag. 112) dit homicinUu non ejse qui excommunicatos Cruciiiant.

de lui adresser sans espoir de succès une dernière remontrance , seihble prouver que Fana thème n'était alors que suspendu sur sa tête coupable. Il semble aussi que les papes , après avoir établi les points qui intéressaient leur sûreté, le culte des images et la liberté de Roïne et de l'Italie , se relâchèrent de leur sévérité et épargnèrent les restes de la domination du souverain de Byzance. Us différèrent et empêchèrent, par des conseils modérés, l'élection d'un nouvel empereur, et exhortèrent les Italiens à ne pas se séparer du corps de la înonarchie romaine. On permit à Fexarque de résider dans les murs de Ravenne, où il joua moins le rôle d'un maître que celui d'un captif 5 et jusqu'au couronnement de Charlemagne, l'administration de Rome et de l'Italie fut toujours au nom des successeurs de Constantin (i).

La liberté de Rome , opprimée par les armes et République l'adresse d'Auguste, fut délivrée, après sept cent cinquante années de servitude, de la tyrannie de Léon risaurien. Les Césars avaient anéanti les triom-

(i) Compescuit taie consilium pontifex , sperans cont^er-^ sionem principis (Anastase, p. i56). Sed ne désistèrent ab amore etfideR. J, admonebai (p. 157). Les papes donnent à Léon et à Constantin Copronyipe les titres à'^imperatores et de domini, accompagnés de l'étrange épithète àepussùni. Une célèbre mosaïque du palais de Latran (A. D. 798) représente Jésus-Christ qui remet les clefs de saint Pierre et la bannière à Constantin v. Muratori , j4nnalid*Italia, t. vi, pag. 337.

phes des consuls-, dans le déclin et la chute de Tempire romain, le dieu Terme, cette limite sacrée, s'était retiré peu à peu des rives de l'Océan , du Rhin, du Danube et de TEuphrate , et Rome se trouvait réduite à son ancien tenîtoire, comprenant le pays qui s'étend de Viterbe à Térracine , et de Narni à l'embouchure du Tibre (i). Après l'expulsion des rois, la république reposa sur la solide base qu'avaient établie leur sagesse et leur vertu. Leur juridiction perpétuelle se partagea à. deux magistrats qu'on élisait tous les ans \ le sénat demeura revêtu de la puissance admjnistrative et délibérative ; et les assemblées du peuple exercèrent le pouvoir législatif, distribué entre les différentes classes , dans une proportion bien calculée d'après la fortune et les services de chacun. Les premiers Romains, étrangers aux arts de luxe, avaient perfectionné la science du gouvernement et celle de la guerre : les droits des individus étaient sacrés-, la volonté de la communauté était absolue; cent trente mille citoyens se trouvaient armés pour défendre leur pays , ou pour l'étendre par des conquêtes; une troupe de voleurs et de proscrits était devenue une nation digne «» — ' ■ ' ■ i^— ^— — ^— »—

(i) J'ai itidiqué Pétendue du duché de' Rome d'après les cartes , et j'ai fait usage des cartes d'apirès Texcellente Dissertation du père Beretti {Chorographia Italiœ medii œvi, sect. 20 , p. 2i6*-232). Au reste , je dois ol>server que Viterbe a été fondée par les Lombards (pag. 211), et que les Grecs s'étaient emparés de Térracine.

de la liberté, et enflammée de Famour de la gloire (i). A répoque où la souveraineté des empereurs grecs s'anéantit, Rome n'offrait plus que l'image de la dépopulation et de la misère 5 l'esclayage était devenu pour elle une habitude , et sa liberté fut un accident produit parla superstition,. a| quelle-même ne put envisager qu'avec surprise et avec terreur. On ne retrouvait pas dans les institutions ou dans le souvenir des Romains le moindre vestige de la substance ou même des formes de la constitution ] et ils n'avaient ni assez de lumières ni assez de vertu pour reconstruire l'édifice d'une république. Le faible reste des ha})itans de Roipe , tous nés d'esclaves et d'étrangers ,^ était l'objet du mépris des Barbares triompfaans. Lorsque les Francs et les Lombards voulaient epiployer contre un ennemi les paroles les plus méprisantes, ils l'appelaient un Romain; (( et ce nom , dit Tévêque Luitprand , renferme tout ce qui est vil, tout ce qui est lâche, tout ce qui est perfide; les deux extrêmes de l'avarice et du luxe, et eïifin ious les vices qui pèuveïit prostituer la dignité de la nature humaine (2). » La situatfèft des

(i) On lira avec plaisir dans le Discours préliminaire de la République romaine , par M. de Béaufort (t. i),les détails concernant rétendue , la popuîation , etc., du rojaume ro— main : on n^accusera pas cet auteur d^être trop crédule sur les premiers siècles de Rome.

(2) Quos (Romands) nos, Langohardi scilicet, S axones, Franci, Lotharingi, Bajoarii, Suet^i, Burgundiones , tanto dedignamur ut inimicos nostros commoti, nihil aliudcontU'

3oo HlSiOiHK DE LA DÉCADENCE

Romains les jeta nécessairement dans an gouvernement républicain {{rossièremcnt conça. Ils furent obligés de choisir des juges en temps de paix , et des chefs durant la guerre \ les nobles s^assemblaient pour délibérer , et on ne pouvait exécuter leurs résolutions sans le consentement de la multitude. On vit se renouveler les formes de style du sénat et du peuple romain (i); mais on ny retrouvait plus leur esprit , et la lutte orageuse de la licence et de Toppression déshonora cette nouvelle indépendance. Le défaut de lois ne pouvait être suppléé que par Tinfluence de la religion, et Tautorité de Tëvéque dirigeait Tadministration au dedans et la politique aa dehors. Ses aumônes, ses sermons, sa correspondance avec les rois et les prélats de TOccident, les services qu'il venait de rendre à la ville , les sermens

meliarum nisi Romani, dicamus : hoc solo, id est Romanorum nomine, quicquid ignobilitatis , qukquid timiditatis, quiequid atraritiœ, quicquid luxurim , quicquid mendacU, immo quicquid viiiorun^ est comprekendentes. ( Luitprand , in Légat. Script. itaL, tom. ii, part, i, p. 48i.) Minos aurait pu imposer à Caton ou à Gicéron , pour la pénitence de leurs péchés , l'obligation de relire tous les jours ce passage d'uu Barbare.

(i) Pipino, régi Francorum, omnis senatus, atque universa populi generalit€Ls à Deo servatœ Romanœ urbis, ( Codex Catvlin,, épis t. 36, in Script. itaL, t. m , part, ii, p. i6o.) Les noms de senatus et de senator ne forent jamais absolument anéantis. {Dissert, ohorograph. , p. 216, 217. ) Mais dans le moyen âge ils ne signifièrent guère que nobiles , optimates, etc. Ducange, Gloss, latin.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 5oi

qu'on lui avait prêtes et la reconnaissance qu'on lui devait, accoutumèrent les Romains à le regarder comme le premier magistrat ou le prince de Rome. Le nom de dominas ou de seigneur n'effaroucha pas l'humilité chrétienne des papes , et on retrouve leur figure et leur inscription sur les plus anciennes monnaies (i). Leur domination temporelle est aujourd'hui affermie par dix siècles de respect, et leur plus beau titre est le libre choix d'un peuple qu'ils avaient délivré de l'esclavage.

Au milieu des querelles de l'ancienne Grèce , le Rome aitapeuple saint de l'Élide jouissait d'une paix conti- par le* nuelle sous la protection de Jupiter et dans l'exercice a. d. des jeux olympiques (2). Il eût été heureux pour les ^ ^ * Romains qu'un privilège semblable défendît le patrimoine de l'Église des calamités de la guerre , et que les chrétiens qui allaient voir le tombeau de saint Pierre se crussent obligés, en présence de l'apôtre et de son successeur, de remettre leurs épées dans le fourreau; mais ce cercle mystique n'aurait pu

(i) Voyez Muratori , jéntiq, Ital, medii œç^i, t. ir , Dis~ sert. 2^, p. 548. On lit sur une de ces monnaies Hadrianus papa {A. D. 772); sur le revers, Vict, DDNN, avec le mot CONOB, que le père Joubert {Science des médailles , tome II, page 42) explique pair CONstantinopoli OJJîcina B (secunda),

(2) Voyez la Dissertation de West sur les jeux olympiques (Pindare, vol. 11, p. 32-36 : cdit. m-12) , et les judicieuses Réflexions de Polybe (tom. i, liv. ,iv, pag. 4^* édit de Gronov.).

5a4 HISTOIRE de la décadence

par la trahison (i), et cette conquête termina la suite des exarques , qui , depuis le temps de Justinien et la ruine du royaume des Goths , avaient exercé dans ce pays une espèce de royauté subordonnée. Rome fut sommée de reconnaître pour son légitime souverain le Lombard victorieux -, on fixa la rançon de chaque citoyen à un tribut annuel d'une pièce d*or ; le glaive suspendu sur leur tête était prêt à punir leur désobéissance. Les Romains hésitèrent; ils supplièrent , ils se plaignirent, et Teffet des menaces des Barbares fut arrêté par les armes et par les n^[Ociations , jusqu'à ce que le pape se fut ménagé au-delà des Alpes un allié et un vengeur (a).

8* Mi- Dans sa détresse, Grégoire i^ avait imploré les sep«piB. ^ cours du héros de son siècle , de Charles Martel « qui

gouvernait la France avec le titre modeste de maire ou de duc, et qui, par sa victoire signalée sur les Sarrasins , avait sauvé son pays et peut-être FEurope du joug des musulmans. Charles reçut les ambassadeurs

(i) Cette incertitude est fondée sur les levons 'diff&entes du manuscrit d'Anastase : dans l^une on lit deceperat, et dans Tautre decerpserat {Scriptor. itaL, tom. m, part, i, p. 167).

(2) Le Codex Carolinus est un recueil de Lettres des papes à Charles Martel (qu'ils appellent subreguluj)^ à Pépin et à Gharlemagne ; elles vont jusqu'à Tannée 791, époque où le dernier de ces princes les recueillit. Le manuscrit original et authentique {Bibliothecœ Cubicuians) csl aujourd'hui dans la bibliothèque impériale de Tienne, et il a été public par Lambecius et Muratori (Script, Rer, ital., t. III, part. II, 75, etc.).

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 5o5

du pape avec le respect convenable 5 mais l'importance de ses occupations et la courte durée de sa vie ne lui permirent de se mêler des affaires de Jl'Italie que par une médiation amicale et infructueuse. Son fils Pépin, héritier de son p#uvoir et de ses vertus, se déclara le défenseur de TÉglise romaine, et il paraît que le zèle de ce prince fut excité par Tamour de la gloire et par la religion; mais le danger était sur les bords du Tibre , les secours se trouvaient sur ceux de la Seine, et notre compassion est languissante pour des misères éloignées de nous. Tandis que la ville de Rome se livrait à la douleur^ Etienne m prit la généreuse, résolution de se rendre lui-même à la cour de Lombardie et à celle de France, de fléchir Tinjustice de son ennemi ou d'exciter la pitié et l'indignation de son ami. Après avoir soulagé le désespoir public par des prières et des litanies , il entreprit ce laborieux voyage avec les ambassadeurs du monarque français et ceux de l'empereur grec. Le roi des Lombards fut inflexible; mais ses menaces ne purent contenir les plaintes ou retarder la diligence du pontife de Rome, qui traversa les Alpes pennines, se reposa dans l'abbaye de Saint - Maurice , et se hâta d'aller saisir cette main de son protecteur, qui dans la guerre et pour Tamitié ne s'élevait jamais en vain. Etienne fut accueilli comme le successeur visible de Tapôtre. Â la première assemblée du champ de mars on de mai, le roi de France exposa à une nation dévote et guerrière les divers griefs du pape, et le pontife repassa les Alpes, non en suppliant, mais en IX. 20

5o6 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

conquérant , à la tétc d'une armée de Français que leur roi commandait en personne. Les Lombards , après une faible résistance , obtinrent une paix i<^nominieuse ^ ils jurèrent de rendre les possessions et de respecter la sainteté d^ TÉf^lise romaine \ mais Astolphe ne fut pas plus tôt délivré de la présence des troupes françaises , qu'il oublia sa promesse et se souvint seulement de sa honte. Rome se vit de nouveau investie par ses soldats , et Etienne , craignant de fatiguer le zèle des alliés qu*il s'était acquis au-delà des Alpes , imagina de fortifier sa plainte et sa requête d'une lettre éloquente, écrite par saint Pierre luimême (i). L'apôtre assure ses (ils adoptifs, le roi, le clergé et les nobles de France, que, mort corporellement, il vit toujours en esprit^ que c'est la voix du fondateur et du gardien de l'Église de Rome qui se fait entendre à eux, et qu'ils doivent lui obéir ^ que la Vierge , les anges , les saints et les martyrs , et toute l'armée céleste, appuient la requête du pape, et leur font un devoir de s'y rendre ; que pour les récompenser de leur dévote entreprise , ils obtiendront la fortune , la victoire et le paradis ] et que la damnation

(i) Voyez cette lettre extraordinaire dans le Codex Caro' linus , cpist, 3, p. 92. Les ennemis des papes ont accusé Etienne de supercherie et de blasphème : toutefois ce pontife voulait persuader plutôt que tromper. Cette méthode de faire parler les morts ou des immortels , était familière aux anciens orateurs ) mais il faut avouer qu'en cette occasion on remploya avec la grossièreté de Tépoque dont nous parlons.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. Soj

éternelle sera la peine de leur négligence, s'ils souffrent que son tombeau, son Église et son peuple, tombent entre les mains des perfides Lombards. La seconde expédition de Pépin ne fut ni moins rapide ni moins heureuse que la première : saint Pierre obtint ce qu'il désirait ^ Rome fut sauvée une seconde fois 5 et, sous la férule d'un maître étranger, Astolphe apprit enfin à respecter la justice et la bonne foi. Après ce double châtiment , les Lombards nefirent plus que languir et déchoir l'espace d'environ vingt ans. Leur caractère toutefois ne s'était pas conformé à l'abaissement de leur condition^ et, au lieu de s'adonner aux paisibles vertus des faibles, ils fatiguèrent les Romains par une multitude de prétentions, de subterfuges et d'incursions , qu'ils renouvelèrent sans réflexion et qu'ils terminèrent sans gloire. Leur monarchie expirante était pressée d'un côté par le zèle et la prudence du pape Adrien i", et de l'autre par le génie, la fprtune et la grandeur de Charlemagne , fils de Pépin : ces héros de l'Église et de l'État se réunirent par une alliance et par l'amitié , et lorsqu'ils foulèrent les faibles à leurs pieds , ils eurent soin de se couvrir des plus spécieuses apparences de l'équité et de la modération (i). Les défilés des Alpes et les

(i) Ils négligèrent cependant celte précaution lors du divorce de la fille de Didier , que Charlemagne répudia , sine aliquQ crimine» Le pape Etienne iv s'était opposé avec fureur au mariage d^un noble Franc, cum perfidâ, horndâ, nec dicendâ, fœtentissimâ natione Langobardorum , à la—

^o8 lllSrOIRK DE LA DÉCADENCE

murs de Pavie étaient la seule défense des Lombards.

Le fils de Pépin surprit ces défilés et investit ces mu>

railles; et, après un blocus de deux ans, Didier, le

dernier de leurs princes naturels, remit au vainqueur

Comifmét» son sccptrc et sa capitale. Les Lombards, soumis à

LoaiUrdic uu Toi étran<;er, mais gardant leurs lois nationales «

leroagne. devinrent les concitoyens plutôt que les sujets des

Francs , qui tiraient , comme eux, leur origine, leurs

mœurs et leur langue, de la Germanie (i).

p«i>in«t Les obligations réciproques des papes et de la h-

goe.ruia millc Carlovingicnnc , forment l'important anneau

410 France*

A. Ç;^«. qui réunit Thistoire ancienne et moderne, Thistoire civile et ecclésiastique. Les défenseurs de TÉglise avaient été encouragés à la conquête de Fltalie par une occasion favorable, un titre spécieux , les voeui du peuple, les prières et les intrigues du clergé. La dignité de roi de France (2) et celle de patrice de

quelle il attribue Torigine de la lèpre. {Cad, CaroL, epist. 45, p. 178, 179O L^existence d^une première femme était encore une raison coutre ce mariage. (Muratori, Ann. eTItal., t. VI, p. 282, 233-236, 23*^.) Mais Charlemagne se permettait librement la polygamie ou le concubinage.

(i) Vùytz les Annali d'Italia, de Muratori, t. vi , et les trois premières Dissertations de ses AntiqUitat, Italiœ medu

CBi^i, t. I.

(2) Outre les historiens ordinaires, trois critiques français, Launoy {Opéra y t. v, part, il, 1. vu, epist. 9, p. 477- 487), Pagi (CnVica, A. D. «^Si ; n°* 1-6; A. D. ^Sa, n*»* i-io)' et Natalis Alexander (/^{>^. Noifi Testamenti, Dissertât, 2, p. 96-107 ) , ont savamment et soigneusement traité ce sujet de la déposition de Ghildéric ; mais en contournant les faits,

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. Sog

Rome furent les dons les plus précieux que reçut des papes la dynastie Carlovingienne. ï. Sous la monarchie sacerdotale de saint Pierre, les nations commençaient à reprendre l'habitude de chercher sur les bords du Tibre leurs monarques, leurs lois et les oracles de leur destinée. Les Francs se trouvaient embarrassés entre deux souverains , l'un, de fait et l'autre de nom : Pépin, simple maire du palais, exerçait tous les pouvoirs de la royauté, et, excepté le titre de roi, rien ne manquait à son ambition. Ses ennemis se ti*ouvaient abattus sous sa valeur -, sa libéralité multipliait le nombre de ses amis. Son père avait été le sauveur de la chrétienté, et quatre illustres générations appuyaient et relevaient les droits de soa mérite persannel. Le dernier descendant de Clovis, le faible Childéric, conservait toujours le nom et les apparences de la dignité royale ; mais son droit tombé en désuétude ne pouvait plus servir que d'instrument à des séditieux ^ la nation désirait rétablir la simplicité de sa constitution , et Pépia, sujet et prince , voulait fixer son rang et assurer la fortune de sa famille. Un serment de fidélité liait le maire et les nobles envers le fantôme royal : c'était le pur sang de Clovis, toujours sacré pour eux. Leurs ambassadeurs demandèrent au pontife de Rome de dissiper leurs scrupules

pour sauver rindépendance de la couronne. Cependant ils se trouvent terriblement pressés par les passages qu'ils tirent d'Eginhard , de Théophane et des anciennes Annales Laureshamenses , Fuldenses, Loisielani,

5iO HISTOIRE DE LA DETCADENCE

OU de les absoudre de leurs promesses. L'intérêt détermina promptement le pape Zacharie , successeur des deuK Grégoire, à prononcer en leur faveur: il décid^ que la nation avait le droit de réunir sur la même tête le titre et l'autorité de roi j que l'infortuné €hildéric devait être immolé à la sûreté publique ; . qu'irfallait le déposer, le raser et l'enfermer dans un souvent pour le reste de ses jours. Une réponse si conforme au désir des Francs fut reçue par eux comme Topinion d^un casuiste, l'arrêt d'un juge ou l'oracle d'un prophète : la t*ace mérovingienne disparut, et Pépin fat élevé sur le bouclier par un peuple libre, accoutumé à obéir à ses lois et à marcher sous son étendard. 11 fut couronné deux fois avec la sanction de la cour de Rome : la première , par le fidèle serviteur des papes , saint Boniface , apôtre de la Germanie; et la- seconde , par les mains reconnaissantes d'Étieiine m , qui , dans le monastère de Saint-Denis , plaça le diadème sur la tête de son bienfaiteur. On eut alors Tadresse d'y ajouter l'onction des rois d'Israël (i) : le

(i) Ce ne fut pas rigoureusement pour la première fois qu*on employa Ponction des rois d'Israël^ quoique sur un théâtre moins éclatant, les évêques de la Bretagne et de PEspagne Pavaient déjà employée aux sixième et septième siècles. L^onction royale de Gonstantinople fut empruntée des Latins , à la dernière époquje de Pempire. Constantin Manassèft parle de celle de Charlemagne comme d'une cérémonie étrangère, juive et incompréhensiMe. Ployez les Tiêres </'Ao/i/i6ur de Selden dans ses ouvrages, vol. 3, part, i, p. 234-249.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 3ll

successeur de saint Pierre s'arrogea les fonctions d'un ambassadeur de Dieu-, un chef germain devint, aux yeux des peuples , l'oint du Seigneur, et la vanité ainsi que la superstition contribuèrent à répandre cette cérémonie juive dans toute l'Europe moderne. On affranchit les Francs de leur premier serment de fidélité; mais on les dévoua, ainsi que leur postérité, aux plus affreux apathémes, s'ils osaient à l'avenir faire un nouvel usage de la liberté d'élection , ou choisir un roi qui ne fût pas de la sainte et digne race des princes carlovingiens. Ces princes jouirent tranquillement de leur gloire sans s'inquiéter de l'avenir; le secrétaire de Gharlemagne aOirme que le sceptre ^ de France avait été transféré par l'autorité des papes (i), et depuis, dans leurs entreprises les plus hardies , ils ne manquèrent pas d'insister avec couiiance sur cet acte remarquable et approuvé de leur juridiction temporelle.

II. Les mœurs et la langue avaient tellement Patriciens changé, que les patriciens de Rome (2) étaient fort

(i) J^ojrez Eginbard, m f^itd Caroli Magni, c. i, p. 9, etc. ; c. 3, p. 24. Ghildéric fut déposé, yW^z^^ et la race Carlo— vingienne fut établie sur le trône, auctoritate ' pontificis romani, Launoy et d^autres écrivains disent que ces mots très-énergiques sont susceptibles d'une interprétation trèsadoucie : je le veux bien ; cependant Eginbard connaissait bien le monde, la cour, et la langue latine.

(2) Voyez sur le titre et les pouvoirs de patricien de

Home, Ducange {Gloss, lat. , t. v, p. i49-i5i), Pagi {Crû.,

' A. D. 'j^o; n°* 6-i 1), Muratori {Annali d*Italia, tom. vi,

5fa HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

loin de rappeler le sénat de Romulus, et que les officiers du palais de Constantin ressemblaient peu aux nobles de la république ou aux patriciens désignés par le titre fictif de pères de Tempereur. Lorsque Julien eut reconquis Tltalie et rAfrique, Timportance de ces provinces éloignées et les dangers auxquels elles étaient exposées , obligèrent d'y établir un magistrat suprême, i^idant sur les lieux; on le nommait indiiféremment exarque ou patrice, et ces gouverneurs de Ravenne j qui tiennent leur place dans la chronologie des princes, étendaient leur juridiction sur la ville de Rome. Depuis la révolte de ritalie et la perte de Texarchat, la détresse des Romains avait exigé , à certains égards, le sacrifice de leur indépendance ; mais dans cet acte ils exerçaient encore le droit de disposer d'eux-mêmes, et les décrets du sénat et du peuple revêtirent successivement Charles Martel et sa postérité des honneurs de patrice de Rome. Les chefs d'une nation puissante auraient dédaigné des titres serviles et des fonctions subordonnées ; mais le règne des empereurs grecs était suspendu , et , durant la vacance de lempire , ils obtinrent du pape et de la république une mission plus glorieuse. Les ambassadeurs romains présentèrent à ces patrices les clefs de Féglise de

p. 808-329) ^^ Saint-Marc (Abrégé chronologique de V Italie, t. I, p. 3^9-882). De tous ces écrivains, le cordelier Pagi est le plus disposé à voir dans le patrice un lieutenant de PÊglise plutôt que de Tempire.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 3i5

Saint-Pierre, pour gage et pour symbole de souverainetë -, ils reçurent en même temps une bannière sainte qu'ils pouvaient et qu'ils devaient déployer pour la défense de l'Église et de la ville (i). Au temps de Charles Martel et de Pépin, l'interposition du royaume des Lombards menaçait la sûreté de Rome, mais elle mettait sa liberté à couvert ; et le mot de patriciat ne représentait que le titre , les services et l'alliance de ces protecteurs éloignés. La puissance et l'adresse de Charlemagne anéantirent les- Lombards , et le rendirent maître de Rome. Lorsqu'il arriva pour la première fois dans cette ville, il y fut reçu avec tous les honneurs qu'on avait autrefois accordés à l'exarque, c'est-à-dire au représentant de l'empereur. La joie et la reconnaissance du pape Adrien i" (2) ajoutèrent même à ces honneurs quelques nouvelles distinctions. Dès qu'il fut instruit de l'approdie ino-

(i) Les défensenrs du pape peuvent adoucir la sîgnifica— tion symbolique de la bannière et dés clefs ; mais les mots. ad regnum dimisimus ou direximds ( Codex CaroL, episU i y. tom. III , part. 11, p. 76) , ne semblent souffrir ni palliatifs ni subterfuges. Dans le manuscrit de la Bibliothèque de Vienne on lit rogum, prière ou reqnête , au lieu de regnum {voyez fiucàngc), et cette correction importante détruit la royauté de Charles Martel. Gjsitalani, dans ses Préfaces, critiques des Annalid*Italia, t. xvii , p. 96-99.

(2) On lit dans le Liber pontificdlis , qui contient des détails authentiques sur cette réception : Obi^iam illiejus sanc-^ titas dirigeas venerabiles cruces , id est signa ; sicut mos est ad exarchum, aut patricium suscipiendum , eum cum ingenti honore suscipijfecit (t. m,, part, i, p. i85).

3l4 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

pillée (lu inonnr4|uc, il envoya à sa rencontre les maffistrats et les nobles avec la bannière jusqu'à environ trente milles. Les écoles ou communautés nationales des Grecs, des Lombards, des Saxons, etc. , garnissaient la voie Flaminienne l'espace d'un mille ; la jeunessa de Rome était sous les armes -, et des ent'ans, tenant à la main des palmes et des branches d^olivier, chantaient les louanges de leur illustre libérateur. Quand Charlemagne aperçut les croix et les bannières, il descendit de cheval; il conduisit au Vatican la procession de ces nobles, et en montant Vescalier, il baisa dévotement chacune des marches qui conduisaient au sanctuaire des apôtres. Adrien l'attendait sous le portique à la tête de son clergé. Ils s'embrassèrent comme des amis et comme des égaux ; mais, en allant vers l'autel, le roi ou patrice prit la droite du pape. Charlemagne ne se contenta pas de -ces vaines démonstrations de respect. Durant les vingtsix années qui s'écoulèrent entre la conquête de la Lombardie et son couronnement en qualité d'empereur, il gouverna en maître la ville de Rome qu'il avait délivrée par ses armes. Le peuple jura fidélité à sa personne et à sa famille ; on frappa les monnaies, on administra la justice en son nom , et il isxamina et confirma l'élection des papes. Excepté le droit de réclamer la souveraineté de son propre chef, le titre d'empereur ne pouvait ajouter aucune prérogative à celles dont le patrice de Rome était déjà revêtu (i).

(i) Pa ul- diacre , qui écrivit avant Tépoque ou Charle*

papes.

DE L*EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 3l5

La reconnaissance des Carlovingiens fut propor- Donations tionnëe à ces obligations, et leurs noms ont été con- ^etàï'"^ sacrés par le titre de sauveurs et de bienfaiteurs de gne aux rÉglise romaine. Son ancien patrimoine, consistant en maisons et en métairies, fut transformé par leur libéralité en une souveraineté temporelle sur des villes et des provinces. La concession de l'exarchat fut le premier fruit des victoire^ de Pépin (i). Astôlphe abandonna en soupirant sa proie. Les clefs et les otages des principales villes furent livrées à Tàmba^sadeur de France , qui , au nom de son roi , les présenta jsur le tombeau de saint Pierre. L'exarchat,, selon l'acception la plus étendue de ce mot (7),

magne prit le titre d^empereur, parlé de Rome comme d^une vîUe sujette de ce prince. Vestras cwitates (ad Pompeium- Festum ) suis adcUdit sceptris {de Metensis Ecclesiœ episcopis)^ Des médailles carlovingîennes frappées à Rome , ont engagé Le Blanc dans une dissertation pleine de recherches, mais très -partiale, touchant Pautorité qu^avaient les rois de France sur Rome, en qualité de patrices et d^empereurs ( \msterdam, 1692, in-fy*).

(i) Mosheim {Instit. Hist. eccl,, p. 263) examine cette donation avec autant de sagesse que de bonne foi. L'acte original n'a jamais été produit; mais le Liber pontificalis décrit ce beau présent (p. 171), et le Codex Carollnus le suppose. Ces deux ouvrages sont des monumens contemporains, et le dernier est d'autant plus authentique, qu'on l'a conservé dans la bibliothèque de l'empereur, et non dans celle du pape.

(2) Entre les réclamations exorbitantes et les concessions. très4H)rnJes de l'intérêt et du préjugé dont n'est pas exempt Muratori lui-même {Anliquitat. , t. i , p. 65-68), j'ai pris

5l6 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

embrassait toutes les provinces de Tltalie qui avaient obéi à Tcmpereur et à ses ministres \ mais, à parler rigoureusement, il ne comprenait que les territoires de Ravenne , de Bologne et de Ferrare ; il faut y joindre la Pentapole , qui s'étendait le long de la mer Adriatique, depuis Rimini jusqu'à Ancône , et qui s'avançait dans l'intérieur du pays jusqu'aux chaînes de l'Apennin. On a beaucoup blâmé l'ambition et l'avarice des papes dans cette opération. L^bumilité d'un prêtre chrétien aurait dû peut-être refuser un royaume terrestre qu'il ne pouvait gouverner aisément sans renoncer aux vertus de son état. Un sujet fidèle ou même un ennemi généreux aurait peutêtre dû montrer moins d'ardeur à partager les dépouilles du prince barbare; et si l'empereur avait chargé Etienne de solliciter en son'nom la restitution de l'exarchat, je n'absoudrais pas le pape du reproche de perfidie et de fausseté. Mais, à suivre les lois bien exactement, chacun peut sans oiTense accepter ce qu'un bienfaiteur peut lui donner sans injustice. L'empereur grec avait abandonné ou perdu ses droits sur l'exarchat, et le glaive d'Astolphe se trouvait brisé par le glaive plus fort du Carlovingien. Ce n'était pas pour défendre la cause de l'iconoclaste que Pépin avait exposé sa personne et son armée aux dangers de deux expéditions au-delà des Alpes-, il

pour guide, dans la fixation des limites de Texarchat et de la Pentapole, la Dissert, chorograph, Italiœ mediiœvi^ t. x, p. 160-180»

possédait légalement ses conquêtes, et il pouvait les aliéner d'une manière légale. Il répondit pieusement aux importunités des Grecs, qu'aucune considération humaine ne le déterminerait à reprendre un don qu'il avait fait au pontife de Rome pour la rémission de ses péchés et le salut de son âme. 11 avait donné l'exarchat en toute souveraineté -, et le monde vit pour la première fois un évêque chrétien revêtu des prérogatives d'un prince temporel , du droit de nommer des magistrats, de faire exercer la justice, d'imposer des taxes, et de disposer des richesses du palais de Ravenne. Lors de la dissolution du royaume des Lombards, les habitans du duché de Spolette (i) . cherchèrent un refuge contre l'orage -, ils coupèrent leurs cheveux selon l'usage des Romains , se déclarèrent serviteurs et sujets de saint Pierre, et, par cette reconnaissance volontaire , ils achevèrent l'arrondissement actuel de l'État ecclésiastique. Ce cercle mystérieux prit une étendue indéfinie par la donation verbale ou écrite de Charlemagne (2) , qui , dans les

(i) Spoletini deprecati sunt, ut eos in sen^itio B. Pétri reciperei et more Romanorum tonsurari faceret ( Anastase , p. i85); mais ou peut demander s'ils donnèrent leur personne ou leur pays.

(2) Saint-Marc {Abrégé, t. i, p. 890-408), qui a bien étudié le Codex Carolinus , examine avec soin quelle fut la politique et quelle fut la donation de Charlemagne. Je crois avec lui que cette donation ne fut que verbale. Le plus ancien acte de donation qu'on allègue est celui de l'empereur Louis le Pieux ( Sigonius , de Regno Italiœ, 1. iv,

3l8 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

premiers transports de sa victoire, se dépouilla lui* même et dépouilla Tompereur grec des villes et des iles autrefois dépendantes de Texarchat. Mais lorsqu'il fut loin de Fltalie et qu'il réfléchit plus froidement sur ce qu'il avait fait, il vit d'un œil de jalousie et de méfîance la grandeur nouvelle de son allié ecclésiastique. I! éluda d'une manière respectueuse l'exécution de ses promesses et de celles de sou père ^ le roi des Francs et des Lombards fit valoir les droits inaliénables de l'empire, et, durant sa vie ainsi qu'au moment de sa mort , Ravenne (i) et Rome furent toujours comptées au nombre de ses villes métropolitaines. La souveraineté de l'exarchat s'évanouit entre les mains des papes. Ils trouvèrent dans l'archevêque de Ravenne un rival dangereux (a) : les nobles et le

Opéra, t. ii , p. 267-270). Od doute beaucoup de son authenticité, ou du moins de son intégrité (Pagi, A. D. 817, n° 7, etc. ; Muratori, Annali, t. vi, p. 43^9 ^tc. ; Dissertât, chorographica , p. 33 , 34); mais je ne trouve dans les auteurs aucune objection raisonnable fondée sur la manière dont ces princes disposaient librement de ce qui ne leur appartenait pas.

(i) Charlemagne demanda les mosaïques du palais de Ravenne à Adrien i'*', à qui elles appartenaient; il les obtint : il voulait en décorer Aix-la-Chapelle {^Codex CaroL, épis t. 67, p. 223).

(2) Les papes se plaignent souvent des usurpations de Léon de Ravenne ( Co^/ex CaroL, epist 5i, 52, 53, p. 200-2o5). Si corpus S, Andreœ,fratris germani S, Pétri, hic humasset, nequaquam nos romani pontiji ces sic sidjugassent. (Agnellus, Uher pontificalis, in Script. RemmitaL, t. 11, part, i, p. 107.

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peuple dédaignèrent le joug d'un prêtre -, et , au milieu des désordres de ce temps , les pontifes de Rome ne purent garder que le souvenir d'une ancienne prétention qu'ils ont renouvelée avec succès à une époque plus favorable.

La fraude est la ressource de la faiblesse et de l'as- Fabrication tuce , et des Barbares puissans , mais ignorans, furenl donaru.n de souvent enveloppés dans les filets de la politique sa- ^°°**"°^'°* cerdotale. Le Vatican et le palais de Lalran étaient un arsenal et une manufacture , qui , selon les occasions , produisaient ou recelaient une nombreuse collection d'actes vrais ou faux , corrompus ou suspects, favorables aux intérêts de l'Église romaine. Avant la fin du huitième siècle, quelque scribe du saint-siége , peut-être le fameux Isidore, fabriqua les décrétales et la donation de Constantin , ces deux colonnes de la monarchie spirituelle et temporelle des papes. Cette donation mémorable fut mentionnée , pour la première fois, dans une lettre d'Adrien i*% qui exhortait Charlemaghe à imiter la libéralité du grand Constantin, et à faire revivre son nom (i). Selon la lo-

(i) Piissimo Constantino magno ,per ejus largitatem S, R, Ecclcsia elci^ata et exaltata est , et potestatem in his Hespe-riœ partihus largiri dignatus est, . . Quia ecce noi^us Constant tinus his temporibus , etc. {Cod, CaroL, épis t. 49, i/i t. m, part. II, p. igS). Pagi {Critica, A. D. 824, n» 16) les attribue à un imposteur du huitième siècle , qui prit le nom de saint Isidore. G^est par ignorance , mais d'une manière assez heureuse , que de son humhle titre de peccator on fit celui de mercator. Ces pièces supposées ont été en effet d'un

gende, saint Sylvestre, ëvéque de Rome , avait guéri de la lèpre et purifie dans les eaux du baptême le premier des empereurs chrétiens : jamais médecin n'avait été mieux récompensé* Le néophyte royal s'était éloigné de la résidence et du patrimoine de saint Pierre : il avait déclaré sa résolution de fonder une nouvelle capitale en Orient, et avait abandonné aux papes Tentière et perpétuelle souveraineté de Rome, de ritalie et des provinces de TOccident (i). Cette fiction produisit les effets les plus avantageux. Les princes grecs furent convaincus d'usurpation, et la révolte de Grégoire ne fut plus considérée que comme Tacte par lequel il rentrait dans ses droits sur un héritage qui lui appartenait légitimement : les papes se trouvèrent affranchis de la reconnaissance , puisque l'apparente donation n'était plus que la juste restitution d'une modique portion de l'État ecclésias* tique. La souveraineté de Rome ne dépendait plus du choix d'un peuple volage, et les successeurs de saint Pierre et de Constantin se virent revêtus de la pourpre et des droits des Césars. Telles étaient Tignorance et la crédulité de ce siècle , que la plus absurde

bon débit , et peu de feuilles de papier ont été payées de tant de ricbesse et de pouvoir.

(i) Fabricius (Sf^/. grœc, t. vi,p. 4'?)* io^q^é les dififérentes éditions de cet acte en grec et en latin. La copie que rapporte Laurent Yalla, et qu'il réfute, paraît avoir été faite sur les actes supposés de saint Sylvestre, on sur le décret de Gratien , auquel , selon lui et les autres écrivains, on Ta ajouté d'une manière subreptice.

des fables fut accueillie avec respect et dans la Grèce et dans la France, et qu'elle se trouve encore parmi les décrets de la loi canonique (i). Ni les empereurs ni les Romains ne furent en ëtat de démêler une fourberie qui détruisait les droits des uns et la liberté des autres : la seule réclamation qu'on entendit vînt d'un monastère de la Sabinie, qui, au commencement du douzième siècle, contesta l'authenticité et la validité de la donation de Constantin (2). A la renaissance des lettres et de la liberté , ce faux acte fut frappé de mort par la plume de Laurent Valla, critique éloquent et Romain rempli de patriotisme (3). Ses con-

(i) G^est en 1059 que, selon Popinion du pape Léon ix et du cardinal Pierre Damien (était-ce bien leur opinion?) , Muratori {Annali d^Italia , tom. ix, pag. 23, 24) place les prétendues donations de Louis le Pieux , d^Othon , etc. {de Donatione Constantini), Voyez une Dissertation de Natalis Alexander, seculum 4 , Dissert. 25 , p. 335 , 35o.

(2) Voyez ^ grands détails sur cette controverse (A. D. I io5), qui s'éleva à l'occasion d'un procès, dans le Chro— nicon Farsense {Script, Rer. ital, , t. 11, part. 11, p. 637, etc. ), et un extrait étendu des archives de cette abbaye- de bénédictins. Ces archives étaient autrefois accessibles à la curiosité des étrangers (Le Blanc et Mabillon), et ce qu'elles contiennent aurait enrichi le premier volume cle VHistoria monastica Italiœ de Quirini; mais la timide politique de Home les tient aujourd'hui renfermées (Muratori, Script. Rerum ital., t. 11, part. 11, p. 269); et Quirini, qui songeait au chapeau de cardinal, céda à la voix de l'autorité et aux insinuations de l'ambition. Quirini, Comment., part. 11, p. 128-1 36.

(3) J'ai lu dans la collection de Schardius {de Potestate

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