IX
de Vi'orms , et qu'on retint sa personne dans une hôtellerie pour caution ou pour otage de ce qu'il avait dispensé.
De cette scène d'humiliation portons nos regards sur l'apparente majesté que déploya Charles iv dans les diètes de l'empire. La bulle d'or, qui fixa la constitution germanique, est écrite du ton d'un souverain et d'un législateur. Cent princes se courbaient devant son trône , et relevaient leur propre dignité par les hommages volontaires qu'ils accordaient à leur chef ou à leur ministre. Les sept électeurs, ses grands oflicicrs héréditaires, qui par leur rang et leurs titres égalaient les rois, servaient au banquet impérial. Les archevêques de Mayence, de Trêves et de Cologne, archichanceliers perpétuels de l'Allemagne , de Fltalieetde la contrée d'Arles, portaient en grand appareil les sceaux du triple royaume. Le grand maréchal, à cheval pour marque de ses fonctions , tenait entre ses mains un boisseau d'argent rempli de grains d'avoine qu'il versait par terre , et aussitôt après il descendait de cheval pour régler l'ordre des convives. Le grand-intendant , le comte palatin du Rhin, apportait les plats sur la table. Après le repas, le grand - chambellan , le margrave de Brandebourg, se présentait avec l'aiguière et un bassin d'or, et donnait à laver. Le roi de Bohême était représenté, en qualité de grand-échanson, par le frère de l'empereur , le duc de Luxembourg et de Brabant ; et la cérémonie était terminée par les grands - officiers de la
chasse qui, avec un grand bruit de cors et de chiens , introduisaient un cerf et un sanglier (i). La suprématie de l'empereur ne se bornait pas à l'Allemagne ] les monarques héréditaires des autres contrées de l'Europe avouaient la prééminence de son rang et de sa dignité : il était le premier des princes chrétiens et le chef temporel de la grande république d'Occident (2) : il prenait dès long-temps le titre de majesté , et il disputait au pape le droit éminent de créer des rois et d'assembler des conciles. L'oracle de la loi civile, le savant Barth oie, recevait une pension de Charles iv, et son école retentissait de cette maxime que l'empereur romain était le légitime souverain de la terre , depuis les lieux où se lève le soleil jusqu'aux lieux où il se couche. L'opinion opposée fut condamnée non pas comme une erreur , mais comme une hérésie , d'après ces paroles de l'Évangile : <( Et un décret de César Auguste déclara que tout le monde devait payer l'im-
PÔt (3). » Conlrastc
Si, à travers l'espace des temps et des lieux, nous *^" cïïe** rapprochons Auguste de Charles, les deux Césars ^aTiî^Jsu
(i) Voyez la description de cette cérémonie dans Struve, page 629.
(2) La république de TEurope ayant le pape et Tempe— reur pour chefs , n^a jamais été représentée avec plus de dignité que dans le concile de Constance. V^oyez l'histoire de cette assemblée par Lenfant.
(3) Gravina , Origines juris a\^ilis , p. 108.