IIISTUIUE DE LA DECADENCE
Indépen* danc* des
princet
dVilleina-
gni-.
i84-ia5o,
etc.
couunaiulaiciit aux Italiens; et durant Timplacable discorde de la i'aetion des Gibelins et de celle des Gueli'es, les premiers s'attachèrent à Tempereur, tandis ([ue les seconds arborèrent la bannière de la liberté et de TE^lise. La cour de Rome, dans uu moment de sommeil, avait permis à Henri vi de réunir à Tempire les royaumes de Naples et de Sicile; et Frédéric ii, son (Ils, tira de ces Etats héréditaires de grandes ressources eu soldats et en argent. Cependant il fut eniin accablé par les armes des Lombards et les foudres du Vatican; son royaume fui donné à un étranger, et le dernier de sa race fut publiquement décapité sur un échaiaud dans la ville de Naples. il y eut un intervalle de soixante ans , durant IcHiuel on ne vit point d'empereur en Italie, et on ne se souvint de ce nom que par la vente ignominieuse des derniers restes de la souveraineté.
Les barbares vainqueurs de TOccident se plaisaient à donner à leur chef le titre d'empereur ; mais ils n avaient nullement le projet de le revêtir du despotisme de Constantin et de Justinien. La personne des Germains était libre, leurs conquêtes leur appartenaient, et Ténergie qui formait leur caractère national méprisait la servile jurisprudence de Tancienne et de la nouvelle Uome. C'eût été une entreprise dangereuse et inutile que de vouloir imposer le joug d'un monarque à des citoyens armés qui ne pouvaient soulIVir lin magistrat, à des hommes audacieux qui refusaient d'obéir , et à des hommes puissans qui voulaient conimaniler. Les ducs des nations ou des
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. SyQ
provinces, les comtes des petits districts et les niarfçraves des marches ou frontières , se partagèrent l'empire de Charlemagne et d'Othon, et réunirent Tautoritë civile et militaire telle qu'elle avait été déléguée aux lieutenans des premiers Césars. Les gouverneurs romains , soldats de fortune pour la plupart, séduisirent leurs mercenaires légions; ils prirent la pourpre impériale , et échouèrent ou réussirent dans leur révolte sans porter atteinte au pouvoir et à l'unité du gouvernement. Si les ducs, les margraves et les comtes de l'Allemagne, furent moins audacieux dans leurs prétentions , les résultats de leurs succès furent plus durables et plus funestes à l'État. Au lieu d'aspirer au rang suprême, ils travaillèrent en secret à établir leur indépendance sur le territoire qu'ils occupaient. Leurs projets ambitieux furent favorisés par le nombre de leurs domaines et de leurs vassaux , l'exemple et l'appui qu'ils se donnaient mutuellement , l'intérêt commun de la noblesse subordonnée, le changement des princes et des familles, la minorité d'Othon m et celle de Henri iv, l'ambition des papes , et la vaine persévérance des empereurs à poursuivre les couronnes fugitives de l'Italie et de Rome. Les commandans des provinces usurpèrent peu à peu tous les attributs de la juridiction royale et territoriale, les droits de paix et de guerre, de vie et de mort, celui de battre monnaie et de mettre des impôts , de contracter des alliances au dehors, et d'administrer l'intérieur. Tontes les usurpations de la violence furent ratifiées par
38o UJSIOIRË DE LA DÉCADENCE
reinpereur, soit de bonne volonté, soit par une suite lie la nécessité où il se trouvait , et cette confirmation devint le prix d'une voix douteuse ou d'un service volontaire : ce qu'il avait accordé à Tun , il ne ])ouvait sans injustice le refuser au successeur ou à lé^al de celui-ci ^ de ces diilérens actes de domination passaj^ère ou locale s'est formée insensiblement la constitution du corps germanique. Le duc ou le comte de chaque province était le chef visible placé entre le trône et la noblesse ; les sujets de la loi devenaient les vassaux d'un chef particulier , qui souvent arborait contre son souverain l'étendard qu'il avait reçu de lui. La puissance temporelle du clergé fut favorisée et augmentée par la superstition ou les vues politiques des dynasties carlovingienne et saxonne, ([ui comptaient aveuglément sur sa modération et sa fidélité : les évéchés d'Allemagne acquirent l'étendue et les privilèges des plus vastes domaines de l'ordre militaire , et les surpassèrent même en richesses et en population. Aussi long-temps que les empereurs conservèrent la prérogative de nommer à ces bénéfices ecclésiastiques et laïques, la reconnaissance ou l'ambition de leurs amis et de leurs favoris soutint le parti de la cour -, mais , lors de la querelle des investitures , ils furent privés de leur influence sur les chapitres épiscopaux -, les élections redevinrent libres, et, par une sorte de dérision solennelle, le souverain se trouva réduit à ses pre-inières prières , c'est-à-dire au droit de recommander une fois durant son règne à une prébende de
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLIX. 38l
chaque église. Les gouverneurs séculiers , loin d'être soumis à la volonté d'un supérieur , ne purent plus être déposés que par une sentence de leurs pairs. Durant le premier âge de la monarchie , la nomination d'un fUs au duché ou au comté de son père était sollicitée comme une faveur 5 peu à peu elle devint un usage , et enfin on l'exigea comme un droit. La succession linéale s'étendit souvent aux branches collatérales ou féminines -, les États de l'empire, dénomination qui fut d'abord populaire et qui finit par être légale , fiirent divisés et aliénés par des testamens et des contrats de vente 5 et toute idée d'un dépôt public se perdit dans celle d'un héritage particulier et transmissible à perpétuité. L'empereur ne pouvait même s'enrichir par les confiscations et les extinctions -, il n'avait qu'une année pour disposer du fief vacant, et, dans le choix du candidat, il devait consulter la diète générale ou celle de la province.
Après la mort de Frédéric 11, l'Allemagne n'était ta
, . A TT r 1 ^ ' consliluUoD
plus qu un monstre a cent têtes. Une louie de princes germanîet de prélats se disputaient les débris de l'empire : a. d. lâso, d'innombrables châteaux avaient pour maîtres des hommes plus disposés à imiter leurs supérieurs qu'à leur obéir, et , selon la mesure des forces de chacun d'eux , leurs continuelles hostilités recevaient le nom de conquête ou celui de brigandage. Une pareille anarchie était l'inévitable suite des lois et des mœurs de TEurope, et le même orage avait mis en pièces les royaumes de la France et de l'Italie; mais les villes de l'Italie et les vassaux français, divisés entre
582 IllSTOlAE DK LA DÉCADENCE
eux , se laissèrent détruire, tandis que Tunion des Allemands a produit, sous le nom d'empire, un ^rand système de confédération. Les diètes d'abord fréquentes, et enfin perpétuelles, ont entretenu l'esprit national , et la léj^islation (générale de TEtat est demeurée entre les mains des trois branches ou collèges des électeurs, des princes, des villes libres et impériales, i" On permit à sept des plus puissans feudataires d'exercer, avec un nom et un ranf( particuliers, le privilé{;e exclusif de choisir un empereur romain, et ces électeurs furent le roi de Bohême, le duc de Saxe , le margrave de Brandebourg , le comte palatin du Rhin, et les trois archevêques de Mayence, de Trêves et de Cologne, a® Le colléjçe des princes et des prélats se débarrassa d'une multitude confusément assemblée ; ils réduisirent à quatre voix représentatives la longue suite des nobles indépendans , et ils exclurent les nobles et les membres de l'ordre équestre qu'on avait vus, ainsi qu'en Pologne, au nombre de soixante mille à cheval, dans le champ de l'élection. 3** Malgré l'orgueil de la naissance ou du pouvoir, malgré celui que donnent le glaive et la mitre, on eut la sagesse de faire des communes la troisième branche du pouvoir législatif, et les progrès de la civilisation les introduisirent , à peu près à la même époque, dans les assemblées nationales de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne. La ligue anséatique maîtrisait le commerce et la navigation du Nord ^ les confédérés du Rhin assuraient la paix et la communication de l'in-
lérieur de l'Allemagne : les villes ont conserve une influence proportionnée à leurs richesses et à leur politique, et leur négative annulle encore les résolutions des deux collèges supérieurs, c'est-à-dire de celui des électeurs et de celui des princes (i).
C'est au quatorzième siècle qu'on est surtout Faiblesse et
T)au vrete
frappé du contraste qui existe entre le nom et la de l'empe-
rcur
situation de l'empire romain d'Allemagne , lequel , uharies iv.
excepté sur les bords du Rhin et du Danube, ne pos- 1347-1378. sëdait pas une seule des provinces de Trajan et de Constantin. Ces princes avaient pour indignes successeurs les comtes de Habsbourg, de Nassau , de
(1) Dans rimmense labyrinthe du droit public d'Allemagne , je dois citer un seul auteur ou en citer mille ; et j'aime mieux adopter un seul guide fidèle , que de transcrire sur parole une multitude de noms et de passages. Ce guide est M. Pfeffel , auteur du Noui^el Abrégé chronologique de V Histoire et du Droit public d* Allemagne , Paris, 1776, 2 vol. î/i-4°. C'est, à mon avis, la meilleure histoire légale et constitutionnelle qu'on ait publiée dans aucune contrée. Il a saisi les faits les plus intéressans avec beaucoup de justesse et de savoir; simple et concis, il les resserre dans un petit espace : l'ordre chronologique qu'il a adopté place chacun d'eux sous sa véritable date , et un index fait avec soin les rassemble sous des points de vue généraux. Cet ouvrage, quoique moins parfait lorsqu'il parut d'abord , a servi beaucoup au docteur Robertson , pour cette esquisse de main de maître , où il trace jusqu'aux changemens qu'a subis le corps germanique dans les temps modernes. J'ai aussi consulté le Corpus Historiée germanicœ de Struve , et avec d'autant plus de fruit , que cette volumineuse compilation rapporte à chaque page les textes originaux.
Luxcmbourj; et de SchwartzcmI>ourg : Fempereur Henri VII obtiiilpour son fils la couronne de Bohême, et Charles iv, son petit -fils, reçut le jour chez un peuple que les Allemands eux-mêmes traitaient d'étranger, de barbare (i). Après rexcommuntcatiou de Louis de Bavière , les papes , qui , malgré leur exil ou leur captivité dans le comtat d'Avignon, aiFectaient de disposer des royaumes de la terre , lui donnèrent ou lui promirent Tempire, alors vacant. La mort de ses compétiteurs lui procura les voix du collège électoral, et il fut unanimement reconnu roi des Romains et futur empereur, titre qu'on prostituait aux Césars de la Germanie et à ceux de la Grèce. L'empereur d'Allemagne n'était que le magistrat électif et sans pouvoir d'une aristocratie de princes qui ne lui avaient pas laissé un village dont il pût se dire le maître. Sa plus belle prérogative était le droit de présider le sénat de la nation, assemblé d'après ses lettres de convocation , et d'y proposer les sujets de délibération ; et son royaume de Bohême, moins opulent que la ville de Nuremberg, située aux environs , formait la base la plus solide de son pouvoir et la source la plus riche de son revenu.
(i) Cependant Charles iv personnellement ne doit pas être regardé comme un Barbare. Après avoir été élevé à Paris , il reprit Tusagc du bohémien , sa langue naturelle , et il parlait et écrivait avec la même facilité le français, le latin, Titalien et TaUemand. (Struve, pages 6i5, 6i6.) Pétrarque en parle toujours comme d^un prince poli et éclairé.
li'armée avec laquelle il passa les Alpes n'était composée que de trois cents cavaliers. Il fut couronné dans la cathédrale de Saint - Âmbroise, avec la couronne de fer que la tradition attribuait à la monarchie des Lombards-, mails on ne lui permit qu'une suite peu nombreuse^i'les portes de la ville se fermèrent sur lui, et les armes des Visconti retinrent en captivité le roi d'Italie , qui fut obligé de les confirmer dans la possession de Milan. Il fut couronné une seconde fois au Vatican , avec la couronne d'or de l'empire^ mais, pour se conformer à un article d'un traité secret , l'empereur romain se retira sans passer une seule nuit dans l'enceinte de Rome. L'éloquent Pétrarque (i), qui, entraîné par son imagination, voyait déjà recommencer la gloire du Capitole, déplore et accuse la fuite ignominieuse du prince bohémien 5 et les auteurs contemporains observent que la vente lucrative des privilèges et des titres fut le seul acte d'autorité que fit l'empereur dans son passage. L'or de l'Italie assura l'élection de son fils 5 mais telle était la honteuse pauvreté de cet empereur romain , qu'un boucher l'arrêta dans les rues
(i) Outre les détails que donnent sur Pexpédition de Charles iv les historiens d* Allemagne et d^Italie , elle se trouve peinte d'une manière très-animée et très-exacte dans les Mémoires sur la vîe de Pétrarque, t. v, p. 876-430 , par l'abbé de Sade; ouvrage curieux , et dont aucun lecteur réunissant le goût et Tesprit de recherches , ne songera à blâmer la prolixité.