IX
Sa HISTOIRE DE LA DÉCADENCE
pitres, et la flélnssure iroprimée à leur mëmoiro compromettait nécessairement Thonneur d'un concile dont le monde catholique prononçait le nom avec respect ou du moins avec les apparences du respect. Cependant, si ces ëvéques, innocens ou coupables, se trouvaient anéantis dans la nuit éternelle, les clameurs poussées sur leur tombeau , un siècle après Fépoque de leur mort, ne pouvaient guère les éveiller ; si , dans une autre hypothèse , ils étaient déjà dans les mains du démon, Thommene pouvait plus ni aggraver ni adoucir leurs tourmens ; et enfin s'ils jouissaient , d;ans la société des saints et des anges , de la récompense due à leur piété , ils devaient sourire de la vaine fureur des insectes théologiques qui rampaient encore sur la surface de la terre. L'empereur des Romains, le plus acharné de ces insectes, dardait son aiguillon et lançait son venin, peut-être sans apercevoir les motiËs de Théodora et des ecclésiastiques de sa faction. Les victimes n'étaient plus soumises à son pouvoir, etsesédits, avec toute la véhémence de leur style, ne pouvaient que proclamer leur damnation , et inviter le clergé de l'Orient à se réunir à lui pour les accabler d'imprécations et d'anathêmes. Cinquième Les prélats de l'Orient hésitèrent à se réunir à leur
eoncile gë- ,
nénUonio souvcrain sur cet objet; on tint à Gonstantinople le aeConstan-. cinquième concile général, auquel assistèrent trois A. D. 553, patriarches et cent soixante-cinq évêques -, et les aujuiD 2. teurs ainsi que les défenseurs des trois chapitres furent séparés de la communion des saints , et livrés solennellement au prince des ténèbres. Les Églises
latines étaient plus jalouses ile Thonneur de Lëoo et de celui du concile de Chalcédoine ; et si , comme de' coutume , elles eussent combattu sous Tëteudard de Rome, elles auraient peut-être ifait triompher la cause de la raison et de Thumanitë ^ mais leur cltef élait captif et au pouvoir de Tennemi*, le trône de saint Pierre , déshonore par la simonie , fut trahi par la lâcheté de Vigile, qui , après une lutte longue et in* conséquente , se soumit au despotisme de Justinien et aux sophismes des Grecs. Son apostasie éxeita l'indignation des Latins , et on ne trouva que deux évéques qui voulussent ordonner Pelage, son diacre et son successeur. Cependant la persévérance dés papes transféra peu à peu à leurs adversaires la dénomi^ nation de schismatiques : les puissances civile et ec^ cléaiastique, aidées de la force niUtâiré, opprimaient, non sans elfort, les Églises dlllyrie, d'Afrique et d'Italie (i) : éloignés du si^ge de l'empire, les Barbares suivaient la doctrine du Vatican , et , en moins d'un siècle, le schisme des trais chapitres expira dans un canton obscur de la province Vénétienne (a). Mais
f - .a- I II I II--- - - ■ - - r - I - -■ ■ ■■II* ~l -..---, . —
(0 ^ofez les plaintes de Liberatus et de Victor, et les exhortations du pape Péhige au vainqueur et à l'exarque de l'Italie. Schisma per potestates publicas opprimatur, etc> {CoHçil*, tQin. v^, p. 467, etc.) On gardait une açmée pour étouffer la sWiltiott d'une ville d'ïllyçie*. .^ojf. Pr,ocope {de B^ll. goiLj, 1. ^V> c. 25) t «V TTSp svexa (r(ptffti» otv^oiç oi.,x^ur%icf.yoL ^tç^^^orVTûM. Il ^ewble proi^e^re uneWsloir^ d« rÉgJsise; elle çvi^ ét^ cujfi.çu^e e^ imp^^rtiale.
(•2) Le pape Honorius réconcilia avec l'Eglisç ( A. D. 638)
le mécontentement des Italiens , causé par cette querelle de religion, avait déjà facilité les conquêtes des Lombards, et les Romains eux-mêmes étaient habitués à suspecter la foi et à détester l'administration du tyran qui régnait à Byzance. néré$\mèe Justinicn ne sut être ni ferme ni conséquent dans à.^ol'sei les procédés difficiles qu'il voulut employer pour fixer l'incertitude de ses opinions et de celles de ses sujets : durant sa jeunesse on l'offensait en s'écartant le moins du monde de la ligne orthodoxe ; dans sa vieillesse il s'égara lui-même par-delà la ligne d'une hérésie modérée, et les jacobites, ainsi que les catholiques, furent scandalisés de lui entendre déclarer que le corps du Christ était incorruptible, et que son humanité n'avait jamais éprouvé aucun des besoins et des infirmités attachés à notre existence mortelle. Cette opinion fantastique se trouve consignée dans ses derniers édits : à l'époque de sa mort, qui arriva bien à propos , le clergé avait refusé d'y souscrire*, le prince se disposait à commencer une persécution, et le peuple était disposé à la souffrir ou à opposer de la résistance. Un évêque de Trêves, qui se voyait placé hors des atteintes du monarque de l'Orient , lui adressa des remontrances sûr le ton de l'affection
les évêques du patriBrcliatd*Aquilée(Mtiratori , j4nn, cTItaL, t. V, p. 376) ; mais ils retombèrent , et ce schisme ne s^éleignit définitivement qu'en 698. Quatorze années auparavant , rEglise d'Espagne avait dédaigné en silence de se soumettre au cinquième concile général (xiii ConciL Toletan, in Concil. , t. vil , p. 487-494)-
et de rauioritë : « Très-gracieux Jiistinien, luidil-il', souvenez-vous de votre baptême et du symbole de votre foi , et ne déshonorez pas vos cheveux blancs par une hérésie. Rappelez vos pères de l'exil , et retirez vos adhérens du chemin de la perdition. Vous ne pouvez ignorer que l'Italie et la Gaule , l'Espagne et l'Afrique , déplorent déjà votre chute et anathématisent votre nom. Si vous ne rétractez pas sans délai ce que vous avez enseigné , si vous ne déclarez pas hautement ; Je suis tombé dans l'erreur, j'ai péché ; anathéme à Nestorius ! anathéme k Eutychès ! vous vous dévouez à ces flammes qui les consumeront éternellement (i). » On le vit mourir- sans donner un signe de rétractation. Sa mort rétablit à quel«ques égards la paix de l'Église , et , circonstance heureuse et rare , ses quatre successeurs , Justin>, Tibère, Maurice et Phocas, ne jouent aucun rôle dans l'histoire ecclésiastique de r0rient^(2).
C'est sur elles-mêmes qu'ont le moins de prise les verse mofacultés de sentir et de raisonner ; notre œil est de a, q. 629,
(i) Nicetius, évêque de Trêves {ConciL, t. vi , p. 5ii- 5i3). Sqn refus de condamner les trois chapitres, le sépara de la communion des quatrq patriarches , ainsi que la plu^ part des prélats de l'Eglise gallicane ( saint Grég. , eput. , liv. VII, epist. 5, in Concil., tom. vi, pag. 100"^). Baror nius prononce .pr(;sque la damnation de Justinien ( A. D. 565, n« 6).
(2) Lorsque Evagrius a raconté la dernière hérésie de Justinien (l. ly, c. 89, 4o , 40 et l'édit de son successeur (1. V, c. 3), son histoire est ensuite remplie d'événemens civils et non pas ecclésiastiques.
tous les objels le plus inaccessible à notre vue , et rien n'échappe à notre pensée autant que les opérations lie notre âme \ toutefois nous pensons et même nous sentons qnmie volonté , c'est-à-dire un seul principe d'action, est essentielle à un être raisonnable et ayant le sentiment de son existence. Lorsque Héraclius revint de la fjuerre de Perse, ce héros orthodoxe demanda aux évéques si le Christ qu'il adorait «n une seule personne, mais en deux natures, était «lu par une seule volonté ou par une volonté double. Ils répondirent qu'une seule volonté animait le Christ, et l'empereur espéra que celte doctrine, certainement sans inconvéniens , et qui paraissait être la vraie, puisqu'elle était enseignée par les nestoriens eux-mêmes (i)^ ramènerait les jacobites de l'Egypte et de la Syrie. On l'essaya, mais en vain^ et, soit zèle , soit crainte , les catholiques ne crurent pas pouvoir se permettre, même en apparence, de reculer devant un ennemi subtil et audacieux. Les
(i) La Croze {Christian, des Indes, l. i , p. 19, 20) a remarqué cette doctrine extraordinaire et peut-être inconséquente des nestoriens; elle est exposée plus en détail par Abulpharage (Bibiiot. orient., t. 11, p. 292; Hist. djrncLst., page 91 , vers. lat. , Pococke), et par Asseman lui-même (t. IV, p. 218); its semblent ignorer qu'ils pouvaient alléguer Tautorité positive de TEcthèse. G tztapo; Nsoroptoç xaursp ^tatp«ov tï;v Osiav to\» K'jpeov» svavOpwTrTîfTtv , xox 5\>o sio'zyûjv utov; (le reproche ordinaire des monophysiles) , ^0 ^ùt»'jlxzjl toutwv
StTTStV 0\nt SToluiîTS, TO'JVOVTIOV 5î TX,iTO iBo'JAtOV TWV... ^JO TTOOCWTTWV > t 4
«^;x«» Concil.^X. vu, p. 20 5.
orthodoxes , alors dominans , inventèrent de nouvelles formules, de nouveaux argu mens et de nouvelles inlerprëtations : ils supposèrent à chacune des deux natures du Christ, une énergie propre et distincte : la différence devint imperceptible lorsqu'ils avouèrent que la volonté humaine et la volonté divine étaient invariablement la même (i). La maladie s'annonça par les symptômes ftrdinairçs -, mais les prêtres grecs, comme s'ils eussent été rassasiés par rinlerminable controverse sur l'Incarnation , donnèrent de bons conseils au prince et au peuple. Ils se déclarèrent monothélites (défenseurs d'une seule volonté ) j mais ils traitèrent le mot de nouveau et la question de superflue, et recommandèrent un silence religieux, comme ce qu'il y avait de plus conforme à la prudence et à la charité de l'Évangile. Cette loi de silence fut établie successivement par l'Ecthèse ou l'exposition d'Héraclius, et le Type ou le formulaire de la foi de Constans son petit-fils (2) \ et les quatre patriarches de Rome, de Constantinople , d'Alexan-
d^Uéradiu A. D. 63| Le Type < Constans A. D. ^
(1) Voyez la doctrine orthodoxe dans Petau {Dogmata theolog.f t. V, 1. IX, c. 6-10 , p. 433-447)- Toutes les profondeurs de celle controverse se trouvent dans le dialogue grec , entré Maxime et Pyrrhus {adcalcem, t. vni , AnnaL Baron., p. "^55-794 )• Ce dialogue avait réellement eu lieu dans une conférence d'où résulta une conversion de peu de durée.
(2) ImpiissimamEcthesim scelcrosum Typum (Concil.,
t. VII, p. 366), diabolicœ operationis gcnlmina (peut-être gcrmina, ou autrement le mot grec ysvniixTx de rorigiiial). ( Concil., p. 363 , 3640 Telles sont les expressions du dix-
drie et d' Antioche , souscrivirent ces édits du prince , les uns avec joie, les autres avec répugnance. Mais Tévéque et les moines de Jérusalem sonnèrent l'a* brme : les Églises latines aperçurent une erreur cachée dans les paroles ou même dans le silence des Grecs, et Tobéissance du pape Honorius aux ordres de son souverain fut rétractée ou censurée par Tignorance plus audacieuse de ses successeurs. Us condamnèrent Texécrable et abominable hérésie des mo- HOthélites, qui ranimaient les erreurs de Manès, d^Apollinaire , d*£utychès , etc. Ils signèrent sur le tombeau de saint Pierre le décret d excommunication ; Tencre qu'ils employèrent fut mêlée du vin du sacrement, c'est-à-dire du sang de Jésus-Christ, et Us n'oublièrent aucune des cérémonies qui pouvaient remplir d'horreur ou d'effroi les esprits superstitieux. En qualité de représentans de l'Église d'Occident, le pape Martin et le concile de Latran anathématisèrent le coupaj3le et perfide silence des Grecs : cent cinq évoques d'Italie, la plupart sujets de Constans , ne craignirent pas de rejeter son Tjj)e odieux, VEcthèse impie d» son grand-père, et de confondre les auteurs et leurs adhérensavec vingt-un hérétiques reconnus, déserteurs de l'J^glise et orgai^es du démon. Le prince le plus soumis à l'Église n'aurait piis laissé une telle
huitième anatbême. L^épîtrç de M^artip s\ Amandus y. Tua des évéques de la Gaule , traite avec I^. m^me virulence les inonothéllles et. leur hérésie (p. 392).
offense impunie. Le pape Martin termina sa carrière sur la côte déserte de la Chersonèse Taurique, et l'abbé Maxime, son oracle, fut cruellement puni par l'amputation de la langue et de la main droite (i) ; mais ils transmirent leur obstination à leurs succès- concut"grfseurs : le triomphe des Latins les vengea de la défaite ^^^^^ Ye qu'ils venaient d'éprouver, et fit oublier l'opprobre ^**^piê*/" des trois chapitres. Les synodes de Rome furent confirmés par le sixième concile général , tenu à Constantinople dans le palais et sous les yeux d'un nou- ^ d- 68o,
ri J nor. 7.
veau Constantin , descendant d'Héraclius. La conver- ^* ^- ^'»
' sept. 10.
sion du prince entraîna celle du pontife de Byzance et de la pluralité des évéques (2) : les dissidens, à la tête ♦ desquels se trouvait Macaire d' Antioche , furent condamnés aux peines spirituelles et temporelles décernées contre l'hérésie •, l'Orient voulut bien recevoir les leçens de l'Occident, et on régla définitivement le symbole de la foi , qui apprend aux catholiques de tous les temps que la personne de Jésus-Christ réu-
( I ) Les maux qu^eurent à souffrir Martin et Maxime, sont décrits avec une simplicité pathétique dans leurs Lettres et dans leurs Actes originaux. {ConciL, t. vu, p. 63-'^8; Baronius, Annal, çccles, A D.656,,n<» 2, et annos subseq.)k\x reste, le châtiment de leur désobéissance, shoota et (r&>paToç aixt^poç, avait été annoncé dans le Type de Constans(Co/ici7.^ t. vu, p. 240).
(2) Eùtychius {Annal., t. n , p. 368) suppose très-fautivement que les cent vingt-quatre évêques du synode romain, se transportèrent à Constantinople ,. et en les ajoutant aux cent soixante-huit grecs , il compose ainsi le sixième concile général de deu^ cent quatre— vingt-douze pères.
nissait deux volonlcs ou deux dncrj^ies a^ssant d'accord entre elles. Deux prêtres , un diacre et trois ëvécjues, représentèrent la majesté du pape et celle du synode romain -, mais ces obscurs théolo^ens de l'Italie n'avaient ni troupes pour soutenir leurs opinions, ni trésors pour acheter des partisans, ni éloquence pour faire des prosélytes •, et j'ignore par quelle adresse ils purent déterminer le superbe empereur des Grecs à abjurer le catéchisme de son enfance, et à persécuter la religion de ses aïeux. Peutêtre les moines. et le peuple de Constantinople (i) favorisaient-ils la doctrine du concile de Latran , qui est en effet la inoins raisonnable des deux •, ce soupçon est autorisé par la modération peu naturelle du • clergé grec , qui , dans cette querelle , parut sentir sa faiblesse. Tandis que le synode discutait la question, un fanatique proposa un expédient plus court, celui de ressusciter un mort -, les prélats assistèrent à l'exl^ériençe : mais l'unanimité avec laquelle on reconnut que le miracle avait manqué , put servir à prouver que les passions et les préjugés de la multitude n'étaient pas du parti des monothélites. Sous la généra-
(i) Constans, attaché à la doctriae des mouothélites , était haï de tous, ^ta rot raura (dit Théophaiie , Chron. , p. 292) e^to"tff5îQ (T(^oSpa. Trapa Travrov. Lorsque le moine monothélîte échoua dans le miracle qu'il avait entrepris, le peuple s'écria : Xaoç av66o>30'£( ConciL, tom. vu, p. io32) ; mais ce fut une émotion naturelle et passagère , et je crains beaucoup que la dernière n'ait été une anticipation d'orthodoxie dans lehon peuple de Constantinople.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. XLVII. gi
tioa suivante , lorsque le fils de Constantin fut dépose et mis à mort par le disciple de Macaire , ils goûtèrent le plaisir de la vengeance et de la domination : le simulacre ou le monument du sixième concile œcu)nénique fut e0acé, et les actes originaux de ce tribunal ecclésiastique livrés aux flammes. Mais dès la seconde année de son règne y leur protecteur fut précipité du trône \ les évêques de l'Orient furent aflranchis de la loi de conformité à laquelle ils avaient été momentanément soumis ^ la foi de FÉglise romaine fut rétablie sur des bases plus solides par les successeurs orthodoxes de Bardanes, et la dispute plus populaire et plus sensible sur le culte des images fit oublier les beaux problèmes proposés sur l'Incarnation (i).
Avant la fin du septième siècle, le dogme de l'in- Union dc$
Églises
carnation , tel qu'il avait été déterminé à Rooie et à grcc<jue et
, latine*
€onstantinople , fut prêché jusque dans les îles de la Bretagne et de l'Irlande (2) : tous les chrétiens qui
(i) L'histoire du moDothélisme se trouve dabâ les Actes des coDciles de Rome (t. vu, p. 77-395, 601-608) et de Constantiuople (p. 609^1429 ). Baronius a tiré quelques documens origluaux de la Bibliothèque du Vatican; et les soigneuses recherches de Pagi ont rectifié sa chronologie. Dupin lui-même {Bibl. ecclés., t. vi , p. 57-71) et Basnage (Hist de rÊglUe, tom. i, p. 54i— 555) en donnent un assez bon abrégé.
(2) Dans le concile de Latran de 679, Wilfrid, évèque anglo — saxon , signa pro omni Aquilonati parte Britanniœ et Hiberniœ, quœ au Anglorum et Brittonum, necnon Scoto^ rum et Pictorum gentibus colebantur, (Eddius, in f^itâ S, Wilfrid,, c. 3i, o^i^^^Pagi, Critica, t. lu , p. 88.) Théo-
avaient adopté pour la liturgie la langue grecque ou la langue latine, adoptèrent les mêmes idées, ou plutôt répétèrent les mêmes paroles. Leur nombre et Téclat qu'ils jetaient alors, leur donnaient une sorte de titre au surnom de catholiques^ mais en Orient, on les désignait par le nom moins honorable de melchistes ou de royalistes (i), c'est-à-dire d'hommes dont la foi, au lieu de reposer sur la base
dore {magna insulœ Britanniœ archicpiscopus et philosophas) fut attendu lotag-temps à Rome {Concil,, t. vu, p. 7i4)t mais il se contenta de tenir (A. D. 680) son synode provincial à Hatfield , où il reçut les décrets du pape Martin et du premier concile de Latran contre les monothélites ( Concil. , t. VII, p. 597, etc.). Théodore, moine de Tarse, en Cilicie, avait été nommé à la primatie de la Bretagne par le pape Vitalien (A. D. 668). Voyez Baronius et Pagi, qui estimaient son savoir et sa piété , mais se défiaient de son caractère national ; ne quid contrarium veriiaii fidei , grœcorum more, in Ecclesiam cui prœesset , introduceret. Le CiciHen fut envoyé de Rome à Cantorbéry, sous la tutelle d^un guide africain. (Bède, Hist, écoles, Anglorum, 1. iv, c. i.)Il adhéra
à la doctrine romaine ; et le même dogme de rincarnation s^est transmis sans altération de Théodore aux primats des temps modernes , dont le jugement plus solide s'engage , je crois , rarement dans les détours de ce mystère abstrait.
(i) Ce nom, inconnu jusqu'au dixième siècle, paraît jêtre d'origine syriaque. Il fut inventé par les jacobites, et adopté avec ardeur par les nestoriens et les musulmans; mais les catholiques le prirent sans rougir, et on le trouve souvent dans les Annales d'Ëutychius ( Assemani , BibL orient,, 1. 11, p. 607, etc.; t. III, p. 355; Renaudot, Hist. patriar. jilex. , p. 119). Hpetç ^ouXot TOI» ^ao-tX£Gi)( , fut l'acclamation des pères du concile de Constautinople ( Concil.^ t, vu , 765).
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de rÉcriture , de la raison ou de la tradition , avait été établie et se trouvait encore maintenue par la puissance arbitraire d'un monarque temporel. Leurs adversaires pouvaient citer les mots des pères du concile de Constantinople qui se déclarèrent les esclaves du prince, et ils pouvaient raconter avec une joie maligne combien l'empereur Marcien et sa chaste épouse avaient influé sur les décrets du concile de Chalcédoine. Une faction dominante rappelle sans cesse le devoir de la soumission., et il n'est pas moins naturel que les dissidens sentent et réclament les principes de la liberté* Sous la verge de la persécution, les nestoriens et les monophysites devinrent des rebelles , des fugitifs , et les alliés de Rome , les plus anciens et les plus utiles , apprirent à regarder l'empereur , non pas comme le chef, mais comme l'ennemi des chrétiens. Le langage , ce grand principe d'union et de séparation entre les diverses tribus du genre humain , distingua bientôt définitivement les sectaires de l'Orient par un signe particulier , qui anéantit tout commerce et tout espoir de réconciliation. La longue domination des Grecs, leurs colo- s^rparation nies et surtout leur éloquence , avaient répandu un ^^^e^ * idiome , sans doute le plus parfait de tous ceux roriem. qu'ont inventés les hommes ^ mais le corps du peuple dans la Syrie et en Egypte se servait encore de la langue nationale , avec cette différence toutefois que le cophte n'était employé que par les ignorans et grossiers paysans des bords du Nil , tandis que depuis les montagnes de l'Assyrie jusqu'à la mer Rouge,
le syriaque (i) était la lan^^ue de la poésie et de la dinlcclique. La langue corrompue et le faux savoir (les Grecs infectaient l'Arménie et TAbyssinie , et les idiomes barbares de ces contrées, qui ont revécu dans les éludes de l'Europe moderne, étaient inintelligibles pour les habitans de Tempire romain. Le syria(|ue et te copbte , l'arménien et Télhiopien j sont consacrés dans les liturgies de leurs églises respectives, et leur théologie possède des versions particulières (îi) des Écritures et des ouvrages de ceux des pères dont la doctrine y a fait le plus de fortune. Après un intervalle de treize cent soixante années, le feu de la controverse, allumé d'abord par un ser-
(i^ Le syriaque , que les naturels de la Syrie regardent comme la langue primitive , avait trois dialectes : i** Taramécn, qu'on parlait à Edesse et dans les villes de la Mcso-> potamio; 2** le pales tin , qn^on employait à Jérusalem, à Damas et dans le reste de la Syrie ; 3^ le nabathéen , idiome rustique des montagnes de TAssyrie et des villages de Tlrak. (Grégor. Abulpbarage, Hisi, dynasi,, p. 11.) f^ojrez sur le syriaque , Ebed-Jésus ( Asscmani , t. m , p. 3a6, etc. ), qui n'a pu que par une véritable prévention le préférer à Tarabo.
(1) Je ne cacherai pas mon ignorance sous les dépouilles de Simon , de Wallon , de Mill , de Wetstein , d*Aâseroani , do Ludolphc ou de La Croze , que j*ai consultés avec soin. 11 |>arait i^qu^il nVst pas sur que nous ayons aujourd'hui, dans leur prtMuièrc intégrité, aucune des versions vantées par les |H*r\^s de TK^lise; :>*' que la version syriaque est celle qui semble avoir le plus de titres, et que Taveu des sectes de TOncnt prouve qu'elle est plus ancieniie cpie leur schisme.
DE L'EMPIRE ROMAIN. CUAP. XLVII. gS
mon de Nestorius, brûle encore au fond de l'Orient, et les communions ennemies gardent toujours la foi et la discipline de leurs fondateurs. Dans Tëtat le plus abject d'ignorance, de pauvreté et de servitude, les nestoriens etlesmonophysites rejettent la suprématie spirituelle de Rome , et rendent grâce à la tolérance des Turcs, qui leur permettent d'anathématiser, d'un côté , saint Cyrille et le concile d'Éphèse, de l'autre, le pape Léon et le concile de Chalcédoine. Leur influeqce sur la chute de l'empire d'Orient exige quelques détails , et le lecteur pourra jeter avec quelque, plaisir un coup d'œil , i° sur les nestoriens , îa° sur les jacobites (i), 3** sur les maronites, 4** ^^^^ ^^^ ^^' méniens , 5° sur les cophtes , et 6° sur les Abyssins. Les trois premières sectes parlent la langue syriaque; mais chacune des trois dernières emploie l'idiome de sa nation. Au reste, les habitans modernes de l'Arménie et del'Abyssinie ne pourraient converser avec leurs ancêtres ; et les chrétiens de l'Egypte et de la Syrie , qui rejettent la religion des Arabes , en ont
(i) Sur ce qui regarde les monophysites et les nestoriens , j'ai de grandes obligations à la Bibliotheca orientalis CU" mehtino^Katicana de Joseph— Simon Assemani. Ce savant maronite alla en 1715 examiner, par ordre du pape Clément XI , les monastères de FEgypte et de la Syrie ,. pour y chercher des manuscrits. Les quatre volumes in-folio qu'il a publiés à Rome , 1719-1 "^28, ne contiennent qu'une partie de l'exécution de son vaste projet; mais c'est peut-être la plus précieuse. Né en Syrie, il connaissait très -bien la littérature syriaque; et, quoiqu'il dépendît de la cour de Rome, on voit qu'il s'effocce d'être modçrç ejk de bonne foi.
nestoriens.
adopté la langue. Le temps a seconde les artifices des prêtres, et en Orient, ainsi qu'en Occident, c'est dans une langue morte, ignorée du plus grand nombre des fidèles , qu'on s'adresse à la Divinité, i^c» I. L'hérésie de l'infortuné Nestorius fut prompte*
ment oubliée dans la province qui lui avait donné le jour, et même dans son diocèse. Les évéques d'Orient qu'on avait vus , au concile d'Éphèse, attaquer à découvert Tarrogance de saint Cyrille^ s'adoucirent lorsque le prélat abandonna par la suite quel-* ques-unes de ses propositions. Ces évêques ou leurs successeurs signèrent, non sans murmures , les décrets du concile de Chalcédoine. La puissance des monophysites réconcilia les nestoriens avec les catholiques, et réunit les deux partis dans les mêmes haines , les mêmes intérêts et insensiblement dans les mêmes dogmes. €e fut dans la dispute des trois diapitres qu'ils poussèrent à regret leur dernier soupir. Des lois pénales écrasèrent ceux de leurs frères qui , moins modérés ou plus sincères, ne voulurent point faire cause commune avec les catholiques 5 et dè$ le temps de Justinien , il était difficile de trouver une église de nestoriens dans les limites de l'empire. Us avaient découvert au-delà de ces limites un nouveau monde , où ils pouvaient espérer la liberté et aspirer à des conquêtes. Malgré la résistance des mages , le christianisme avait jeté en Perse de profondes racines, et les nations de l'Orient reposaient sous son ombre salutaire. Le catholique ou primat habitait la capitale \ ses métropolitains , ses évêques et
son clergé, déployaient, dans les synodes et dans leurs diocèses, la pompe et le bon ordre d'une hiérarchie régulière ^ un grand nombre de prosélytes aliandonnèrent le Zend-Avesta pour l'Évangile, et la vie séculière pour la vie monastique 5 leur zèle était excité par la présçnce d'un ennemi artificieux et redoutable. L'Église de Perse avait été fondée par des missionnaires de Syrie *, ainsi la langue, la discipline et la doctrine de leur pays, se trouvaient faire partie inhérente de sa constitution. Les primats étaient nommés et ordonnés par leurs sufiragans^ mais les canons de l'Église d'Orient attestent leur dépendance filiale envers les patriarches d'Antioche (1). De nouvelles générations de fidèles se formaient dans l'école persane d'Édesse à leur idiome théologique (2) ;
(1) Voyez les canons arabes du concile de Nicée dans la traduction d'Abraham Ëcchelensis , n*" 87 , 33 , 3g , 4^ {ConciL, tom. 11, p. 335, 336, édit. de Venise). Ces titres connus de Canons du concile de Nicée et de Canons arabes , sont apocryphes Pun et Pautre. Le concile de Nicée ne fit pas plus de vingt canons (Théodoret , Hist, ecclésiast,, 1. i, «. 8); les soixante-dix ou quatre-vingts qu'on y a ajoutés ont été tirés des synodes de l'Eglise grecque. L'édition syriaque de Maruthas ne subsiste plus (Assemani , Biblioth. orieni. , t. i, p. igS; t. m, p. 74), et il y a plusieurs interpolations récentes dans la version arabe. Au reste , ce code renferme des débris précieux de la discipline ecclésiastique ; et puisque toutes les communions de l'Orient le révéfrcnt , il est probable qu'il fut achevé avant le schisme des nestoriens et des jacobites. Fabric. , Biblioth, grœc, t. xi , p. 363-367.
(2) Théodore le Lecteur (1. 11, c. 5-49, ^^ cahem Hist. IX. T
gS HISTOIRE DK LA DÉCADENCE
elles étudiaient dans la version syriaque les dix mille volumes de Théodore de Mopsueste, et elles révéraient la foi apostolique et le saint martyre de son disciple Nestorius, dont la personne et la langue étaient inconnues chez les nations placées au-delà du Tigre. La première leçon d'ibas, évêque d'Édesse, imprima dans leur esprit une horreur inefl[açable pour les Égyptiens impies, qui , dans leur concile d'Éphèse, avaient confondu les deux natures de Jésus-Christ. La fuite des maîtres et des élèves, chassés deux fois de l'Athènes de Syrie, dispersa une troupe de missionnaires, excités tout à la fois par le zèle de religion et par la vengeance. L'unité rigoureuse soutenue par les monophysites, qui , sous les règnes de Zenon et d'Anastase , avaient envahi les trônes d'Orient, provoqua leurs antagonistes à reconnaître, dans une terre de liberté, une union morale plutôt qu'une union physique entre Içs deux personnes du Christ. Depuis l'époque où l'on avait prêché l'Évangile aux nations , les rois sassaniens voyaient avec inquiétude et avec méfiance une race d'étrangers et d'apostats qu'ils pouvaient soupçonner de favoriser la cause des ennemis naturels de leur pays , comme ils en avaient embrassé la religion. Des édits avaient
ecclesicLst. ) a fait mention de cette école persane d'Édesse- Assemani {BUtliot. orient,, t. n, p. 4o2, t. m, p. 376-378, l. IV, p. 70-924) discute avec beaucoup de clarté ce qui t rapport à son ancienne splendeur et aux deux époques de sa chute , en 43 1 et 489.
souvent détendu leur commerce avec le clergé de la Syrie 5 les progrès du schisme furent agréables à l'orgueil jaloux de Perozes , et il prêta l'oreille aux discours d'un prélat adroit qui, lui peignant Nestorius comme l'ami de la Perse, l'engagea à s'assurer de la fidélité de ses sujets chrétiens , en se prononçant en faveur des victimes et des ennemis du despote romain* Les nestoriens formaient la plus grande partie du clergé et du peuple -, ils furent encouragés par le sourire du prince, et le despotisme les arma de son glaive ; mais la faiblesse de quelques-uns fut effrayée dé l'idée de se séparer de la communion du monde chrétien, et le sang de sept mille sept cents monophysites ou catholiques établit l'uniformité de la foi et de la discipline dans les Églises de la Perse (i). Leurs institutions religieuses se distinguaient par un SeuU