‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. TradChapitre 13 sur 15 · U.Q8-MI · texte numérisé non relu

U.Q8-MI

vice delà guerre sainte, est un des monumens les

(1) Yertot lui-même (t. 1, p. a5i) adopte ce conte ridicule de rindiffereuce de Saladin, qui professa la religion de Mahomet jusqu'à son dernier soupir.

(2) Voyez la succession des Ayoubites dans Abulpliarage {Dynast. , p. 277, etc.) , les Tables de M. de Guignes , Y Art de vérifier 1rs dates, et l.i Bibl. orient.

plus honorables de sa renommée et de la terreur qu'il inspirait. Cette pratique était trop lucrative pour cesser avec l'occasion qui la fit naître; et ce tribut fut l'origine des censives et dixièmes accordés aux souverains par les pontifes romains , sur les biens de l'Église , ou réservés pour l'usage particulier du saint- siège (i) -, ce tribut pécuniaire dut servir à augmenter l'intérêt que prenaient les papes à la délivrance de la Terre-Sainte. Après la mort de Saladin, leurs lettres, leurs légats et lenrs missionnaires, continuèrent à prêcher les croisades, et l'on pouvait espérer du zèle et des talens d'Innocent m le succès de cette pieuse entreprise (s). Sous ce jeune et ambitieux pontife , les successeurs de saint Pierre atteignirent au dernier degré de leur grandeur, et, durant un règne de dix-huit ans, il exerça une autorité despotique sur les empereurs et les rois, qu'il créait et déposait, et sur les nations, qu'il punissait des fautes de leurs chefs en les privant, durant des mois ou des années, de tout exercice de leur culte religieux. Innocent se comporta , dans le concile de La-

(1) Thomassin (Discipline de l'Eglise, t. m, p. 3 11- 374) a examiné en détail l'origine, les abus et les restrictions de ces dîmes. On soutint passagèrement une opinion par laquelle les dixièmes paraissaient légitimement dus au pape, comme le dixième du dixième des lévites au grandprêtre ou pontife (Selden, sur les Dîmes; voyez ses OEuvres, vol. m, part, n, p. io83).

(2) Voyez Ges ta Innocentii III , dans Muratori , Scriptor. rtrum ital. t t. ni, part. 1, p. 486-568.

tran, comme le souverain spirituel et presque comme le maître temporel de l'Orient et de l'Occident. Ce fut aux pieds de son légat que Jean d'Angleterre déposa sa couronne*, et Innocent put se vanter des deux triomphes les plus signalés qui aient jamais été remportés sur le bon sens et sur l'humanité, l'établissement du dogme de la transsubstantiation, et celui des premiers londemens de l'inquisition. A sa voix, deux croisades furent entreprises, la quatrième et la cinquième ; mais , excepté le roi de Hongrie r elles n'eurent pour chefs que des princes du second ordre -, les forces se trouvèrent insuffisantes pour l'expédition, et le succès ne répondit point aux espérances du pape et des peuples. La quatrième croisade Quatrième

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oublia la Syrie pour Constantinople, dont la con- a.d. i 20 3. quête par les Latins fera le sujet du chapitre suivant. Dans la cinquième (1), deux cent mille Francs dé- ciaquième. barquèrent à l'embouchure orientale du Nil. Ils crurent assez raisonnablement que la meilleure manière de délivrer la Palestine était de vaincre le sultan en Égypte, lieu de sa résidence et magasin de son empire; et après un siège de seize mois, les*musulmans

(1) Voyez la cinquième croisade et le siège de Damiette dans Jacques de Vitry (1. m , p. 1 I25-I 149, dans les Gesta Dei de Bongars), témoin oculaire; Bernard le Trésorier (in Script. Muratori, t. vu, p. 825-846; c. 190-207),. contemporain, et Sanut (Sécréta fidel. crucis , 1. m, part, xi, c. 4-9)» compilateur laborieux; et parmi les Arabes, Abulpbarage ( Dynast. , p. 294), et les extraits à la fin de Joinville (p. 533-537, 54o-547, etc.).

eurent à regretter la perte de Damiette. Mais Tannée des chrétiens fut détruite par l'orgueil et l'insolence du légat Pélage, qui, au nom du pape, s'était emparé du commandement. Les Francs, épuisés par les épidémies, environnés des eaux du Nil et de toutes les forces de l'Orient, abandonnèrent Damiette pour obtenir la liberté delà retraite, quelques concessions en faveur des pèlerins , et la restitution tardive du bois suspect de la vraie croix. On doit, en quelque sorte, attribuer le peu de succès des croisades à'Ia multiplicité et à l'abus de ces pieuses expéditions que Ton prêchait, à la même époque, contre les païens de la Livonie , les Maures d'Espagne, les Albigeois de France, et les rois de Sicile de la famille impériale (i). Dans ces entreprises méritoires, sans sortir de l'Europe, les aventuriers pouvaient obtenir les mêmes indulgences et des récompenses temporelles plus sûres et plus considérables; les papes, se livrant à leur zèle contre des ennemis domestiques , se laissaient aller quelquefois à oublier les malheurs des chrétiens de la Syrie. Le dernier siècle des croisades mit momentanément à leur disposition une armée et un revenu considérables; et de profonds raisonneurs ont fortement soupçonné que, depuis

(i) À ceux qui prireut la croix cootre Mainfroi, le pape (A. D. ia55) accorda plenissimam peccatorum remis sionem. Fidèles mirabantur quùd tantum eis promitteret pro sanguine christianorum effundendo, quantum pro cruore infidelium aliquandà. (Matthieu Paris, p. 785.) C'était déjà beaucoup raisonner dans le treizième siècle.

le premier synode de Plaisance , la politique de Rome avait seule conduit toutes ces entreprises. Ce soupçon n'est fondé ni en réalité ni en vraisemblance. Les

successeurs de saint Pierre paraissent avoir plutôt suivi que dirigé l'impulsion des mœurs et des préjugés; sans en prévoir la saison, sans en soigner la culture, ils recueillaient en leur temps les fruits naturels de la superstition-, et cette récolte se faisait pour eux sans travail et sans danger. Innocent annonça en termes équivoques, dans le concile de Latran , le projet d'animer les croisés par son exemple j mais le pilote du vaisseau sacré ne pouvait abandonner le gouvernail, et aucun des pontifes romains ne bénit de sa sainte présence les expéditions de la Palestine (1).

Les papes prenaient sous leur protection immé- L'empereur diate la personne, la famille et la fortune des péle- d » ns . ,a

Palestine.

rins. Ces patrons spirituels s'arrogèrent bientôt le a. d. iaa8. droit de diriger leurs opérations et de les forcer à remplir leur engagement. Frédéric 11 (2), petit-fils

(1) Cette idée simple est conforme aux résultats du bou sens de Mosheim {Inst. Hist. ceci. , p. 332), et de la philosophie éclairée de Hume {Hist. d'Angl., vol. 1, p. 33o).

(2) On peut consulter, pour les matériaux de la croisade de Frédéric 11 , Richard de Saint-Germain dans Muratori {Script, rerum ilal., t. vu , p. ioo2-ioi3), et Matthieu Paris (p. 286-291, 3oo-3o2, 3o4). Les modernes les plus raisonnables sont Fleury {Hist. ecclés., t. xvi), Vertot {Chev* de Malte, t. 1, 1. 111), Giannone {Ist. c'w. di Napoli , t. 11 , 1. xvi ), et Muratori {Annali d' Italia , t. x).

44o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

de Barberousse, fut successivement le pupille, l'ennemi et la victime de l'Église. A l'âge de vingt-un ans , il prit la croix par obéissance pour Innocent ni, son tuteur , qui lui fit ensuite renouveler sa promesse à chacun de ses couronnemens, comme roi et comme empereur. Le mariage de Frédéric avec l'héritière de Jérusalem lui imposa pour toujours le devoir de défendre le royaume de son fils Conrad. Mais lorsque Frédéric avança en âge et sentit son autorité plus affermie, il se repentit des engagemens contractés dans sa jeunesse j ses lumières et son expérience lui avaient appris à mépriser les illusions du fanatisme et les couronnes de l'Asie. Il n'avait plus le même respect pour les successeurs d'Innocent, et le projet de rétablir la monarchie italienne , depuis la Sicile jusqu'aux Alpes, occupait exclusivement son ambition. Mais le succès de cette entreprise aurait réduit les papes à leur simplicité primitive -, et, après s'être laissé amuser douze ans par des délais et des excuses, ils le déterminèrent, à forée de sollicitations et de menaces , à fixer l'époque de son départ pour la Palestine, Il fit préparer, dans les ports de la Sicile et de la Pouille , une flotte de cent galères et de cent vaisseaux construits de manière à transporter et débarquer facilement deux mille cinq cents chevaliers avec leurs chevaux et leur suite. Ses vassaux de Naples et d'Allemagne formèrent une armée puissante, et la renommée grossit jusqu'à soixante mille le nombre des pèlerins d'Angleterre. Mais les lenteurs volontaires ou inévitables de ces immenses prépa-

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. LIX. fâ*

ratifs consommèrent les provisions et les forces des plus pauvres pèlerins : l'armée s'écîaircit par les maladies et par la désertion, et l'été brûlant de la Calabre anticipa sur les ravages d'une campagne de Syrie. Enfin l'empereur mit à la voile de Brindes avec une flotte et une armée de quarante mille hommes. Mais il ne tint la mer que trois jours, et cette retraite précipitée, que ses amis attribuèrent à une grave indisposition , fut imputée par ses ennemis à une désobéissance volontaire et opiniâtre» Pour avoir rompu son vœu , Frédéric fut excommunié par Grégoire ix, qui l'excommunia une seconde fois l'année suivante, pour avoir osé l'accomplir (i). Tandis qu'il se croisait en Palestine , on prêchait contre lui une croisade en Italie-, et, à son retour^ on le força de demander pardon des injures qu'il avait reçues. Les ordres militaires et le clergé de la Palestine étaient avertis d'avance qu'ils devaient lui désobéir et rejeter toute communication avec un excommunié. Enfin , dans ses propres États et dans son camp , l'empereur fut contraint de permettre qu'on ne donnât les ordres qu'au nom de Dieu et de la république chrétienne, sans faire mention du sien. Frédéric entra dans Jérusalem en triomphe*, et de ses propres mains, car aucun prêtre ne voulut en faire l'office , il prit la couronne sur l'autel du saint - sépulcre. Mais le patriarche jeta un interdit

(i) Le pauvre Muratori sait bien qu'en penser, mais il ne sait qu'en dire: « Chino qui il capo , etc. » (P. 322. )

44a HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

sur l'église profanée par sa présence ; et les chevaliers du Temple et de l'Hôpital prévinrent le sultan il u moment où Frédéric pouvait être surpris et tué sur les bords du Jourdain , où il se rendait faiblement accompagné. Environné de fanatiques et de factieux, il lui était impossible de prétendre à des victoires, et difficile de pourvoir à sa propre sûreté. Mais les discussions des mahométans et leur estime particulière pour Frédéric lui procurèrent un traité de paix avantageux. L'ennemi de l'Eglise fut accusé d'avoir entretenu avec les mécréans des liaisons d'amitié indignes d'un chrétien, d'avoir méprisé la stérilité du sol , et d'avoir eu l'impiété de dire que si Jehovah eût connu le royaume de Naples , il n'anrait pas choisi la Palestine pour l'héritage de son peuple chéri. Cependant Frédéric obtint du sultan la restitution de Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Tyr et Sidon ; les Latins eurent la liberté d'habiter et de fortifier la ville. Les disciples de Jésus et de Mahomet convinrent de s'accorder réciproquement la liberté civile et religieuse; et tandis que les uns officiaient dans l'église du saint -sépulcre, les autres pouvaient prier et prêcher dans la mosquée du temple (i), d'où le prophète partit durant la nuit pour son voyage au ciel. Le clergé se récria contre cette tolérance scandaleuse; les musulmans, se trouvant

(i) Le cierge confondit artificieusement la mosquée ou l'église du temple avec le saint — sépulcre , et celte erreur volontaire a trompé Vertot et Muratori.

les plus faibles, furent insensiblement expulsés; et tout ce qu'on avait pu raisonnablement se proposer pour but dans les expéditions des croisades, fut accompli sans verser de sang. Les églises se rétablirent, des moines repeuplèrent les couvens, et, en moins de quinze années, Jérusalem compta six mille Latins parmi ses habitans. L'irruption des sauvages Cariz- invasion miens (i) mit fin à cet état de paix et de prospérité, miens, dont les Latins s'étaient montrés si peu reconnaissans A ' D envers celui qui le leur avait procuré. Chassés des bords de la mer Caspienne par les Mongous, ces pâtres se précipitèrent sur la Syrie, et l'union des Francs avec les sultans d'Alep, d'Hems et de Damas, ne suffit point pour repousser leur irruption. La mort ou la captivité étaient le prix de la résistance; une seule bataille extermina presque totalement les ordres militaires. Le pillage de la ville et la profanation du saint -sépulcre firent avouer et regretter aux Francs la discipline et l'humanité des Turcs et des Sarrasins.

Les sixième et septième croisades furent entre- saint Louî* prises par Louis ix , roi de France , qui perdit sa sixième liberté en Égypte, et sa vie sur la côte d'Afrique. T^d! Rome le canonisa vingt-huit ans après sa mort, et I2 ^ 8 " l2J4 * on découvrit sur-le-champ soixante-cinq miracles, qui, solennellement attestés , semblèrent justifier les

{\) L'irruption des Carizmiens ou Corasmins est rapportée par Matthieu Paris (p. 546, 547) et par Joinville, Nangis, et les Arabes (p. m, 112, 191, 192,528-530).

honneurs rendus à sa mémoire (i). La voix de l'histoire rend à ses vertus un témoignage plus honorable: elle nous représente réunies en lui celles de l'homme, du roi et du héros ; l'amour de la justice tempéra l'impétuosité de sa valeur; Louis fut le père de ses sujets, l'ami de ses voisins et la terreur des infidèles (2). La funeste influence de la superstition ternit seule les qualités de son esprit et de son cœur. Sa dévotion admirait les moines mendians de saint François et de saint Dominique, et ne dédaignait pas de les imiter : il poursuivit avec un zèle aveugle et cruel les ennemis de la foi, et le meilleur des rois descendit deux fois de son trône pour jouer le rôle d'un chevalier errant. Si un moiue eût écrit son histoire, il aurait sans doute prodigué des louanges aux parties les plus répréhensibles de son caractère-, mais le brave et loyal (3) Joinville, qui posséda l'amitié

(1) Lisez, si vous en avez le courage , la Vie et les Miracles de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite (p. 291-523, Joinville, édit. du Louvre).

(2) Il croyait tout ce qu'enseignait la mère Église (Joinville, p. 10); mais il avertissait Joinville de ne point disputer sur la religion avec les inBdèles. « L'omrae lay (disait-il dans son vieux langage), quand il ot médire de la loy chrestienne, ne doit pas deffendre la loy ebrestienne, ne mais que de l'espée, de quoi il doit donner parmi le ventre dedens , tant comme elle y peut entrer. » (P. 12.)

(3) J'ai deux éditions de Joinville, l'une {Paris, 1668) très-utile à raison des observations de Ducange ; et l'autre ( Paris, édit. du Louvre, 1761 ), précieuse par la pureté et l'authenticité du texte, dont le manuscrit a été découvert

de son maître et partagea sa captivité , a tracé naïvement le tableau de ses vertus et de ses défauts. La connaissance qu'il avait des vues secrètes de son roi peut nous donner lieu de soupçonner celui-ci de

projets politiques tendant à affaiblir la puissance des grands vassaux , projets dont on accusa souvent les souverains qui encouragèrent les croisades. Louis ix fut un des princes du moyen âge qui travaillèrent avec le plus de succès à rétablir les prérogatives de la couronne -, mais ce fut dans son royaume , et non pas en Orient, qu'il fit ces acquisitions pour lui et pour sa postérité. Son vœu eut pour motif une maladie et l'enthousiasme ; et s'il fut l'auteur de cette pieuse folie, il en fut aussi la victime. La France épuisa ses troupes et ses trésors pour envahir l'Égypte. Louis couvrit la mer de Chypre de dix-huit cents voiles; le calcul le plus modéré porte son armée à cinquante mille hommes, et si nous pouvons en croire son propre témoignage rapporté par la vanité orientale , il débarqua neuf mille cinq cents chevaux, et cent trente mille piétons qui firent leur pèlerinage sous sa protection (i).

Louis , armé de toutes pièces , et précédé de l'oriflamme, sauta un des premiers sur le rivage; et les

récemment. Le dernier éditeur prouve que l'histoire de saint Louis fut achevée A. D. 1309; mais sans donner d'éclaircissemens , et même sans marquer Ae surprise sur l'âge de Fauteur, qui devait avoir alors plus de quatre-vingt-dix ans {Préface, p. xj, Obscrv. de Ducange, p. 17).

(1) Joinville , p. 3?.; Extraits Arabes, p. 549-

musulmans, épouvantés , abandonnèrent au premier assaut la ville de Damiette, qui avait soutenu un siège

Damfefi". se * ze m °i s contre ses prédécesseurs : mais Daa.d. 1249. miette fut la première et la dernière de ses conquêtes ; dans la sixième croisade , les mêmes causes renouvelèrent , presque sur le même terrain , les calamités qui avaient fait manquer la cinquième (1). Après un délai funeste , qui introduisit dans le camp les germes d'une maladie épidémique, les Francs s'avancèrent de la côte maritime vers la capitale de l'Egypte, et tâchèrent de franchir l'inondation du Nil qui s'opposait à leurs progrès. Sous les yeux de leur intrépide monarque , les barons et les chevaliers français déployèrent leur invincible valeur et leur insurmontable mépris pour toute espèce de discipline. Le comte d'Artois, par une saillie d'une bravoure inconsidérée, prit d'assaut la ville de Massoure, et des pigeons dressés volèrent annoncer aux habitans du Caire que tout était perdu ; mais un soldat , qui usurpa depuis le sceptre, rassembla les fugitifs : le corps de l'armée française était éloigné ; les troupes du comte d'Artois furent écrasées , et leur général perdit la vie. Les musulmans faisaient conti-

(1) Les derniers éditeurs de Joinville ont enrichi son texte d'un grand nombre d'extraits curieux tirés des Arabes , Macrizi, Abulféda, ete; voy. aussi Abulpharage (Djrn., p. 322-325), qui Dommt Louis par corruption Redefrans. Matthieu Paris (p. 683 , 684) nous a peint la folle émulation des Français et des Anglais qui combattirent et périrent à Massoure.

nuellement tomber sur les Français une pluie de feu grégeois ; les galères égyptiennes commandaient le Nil 5 les Arabes occupaient la plaine et interceptaient les provisions ; chaque jour aggravait les maux de Ja famine et de l'épidémie, et au moment ou la retraite Captivité parut nécessaire, elle se trouva impraticable. Les enÉgypie. écrivains orientaux avouent que Louis aurait pu s'échapper , s'il eût voulu abandonner ses sujets. On le fit prisonnier avec la plus grande partie de sa noblesse ; tous ceux qui ne purent servir ou se racheter furent massacrés impitoyablement , et une file de têtes chrétiennes décora les murs du grand Caire (1) ; on chargea Louis de chaînes ; mais le généreux vain- ^J^'J 50 » queur, petit- fils du frère de Saladin , envoya une mai 6 robe d'honneur à son auguste captif; quatre cent mille pièces d'or et la restitution de Damiette obtinrent la liberté du roi de France et de ses soldats (2). Les descendans efféminés des compagnons de Saladin , amollis par le luxe et le climat , n'étaient point en état de résister à la fleur des chevaliers de l'Eu-

(1) Savary, dans ses agréables Lettres sur VÉgypte, a donné une description de Damiette (t. 1, Lettre xxm, p. 274~ 2 9°) et une relation de l'expédition de saint Louis (xxv, p. 3o6-35o).

(a) On exigea pour la rançon de saint Louis un million debyzans, qui furent accordés ; mais le sultan les réduisit à huit cent mille , que Joinville évalue à quatre cent mille livres de France de son temps, et calculées par Matthieu Paris à cent mille marcs d'argent (Ducange, Dissert. 20 sur Joinville).

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rope; ils durent la victoire à la valeur de leurs esclaves ou Mamelucks , robustes enfans de la Tartarie, achetés à des marchands de Syrie, et dès leurs premiers ans élevés dans les camps et dans le palais dn sultan. Mais l'Egypte offrit bientôt un nouvel exemple du danger des bandes prétoriennes , et la rage de ces animaux féroces , qu'on avait lâchés contre les Français , dévora bientôt leur bienfaiteur. Enflés par l'orgueil de la victoire , les Mamelucks assassinèrent Touran Shah, le dernier rejeton de sa race, et les plus audacieux de ses assassins entrèrent dans la chambre du roi captif, le cimeterre à la main et encore teint du sang de leur sultan. La fermeté de Louis les força au respect (i)-, l'avarice fit taire le fanatisme et la cruauté ; le traité s'accomplit , et le roi de France , avec les débris de son armée, eut la liberté de s'embarquer pour la Palestine. Il passa

Sa mon quatre ans dans la ville d'Acre , sans pouvoir pénéni.*,°d.o«" trer jusqu'à Jérusalem, et refusant toujours de re-

^crôulïe?" tourner sans gloire dans sa patrie.

A aJûiÏÏ.°' Après seize ans de sagesse et de repos , le souvenir

(i) Joinville atteste sérieusement l'envie que les émirs témoignèrent de choisir saint Louis pour leur sultan , et cette idée ne me paraît point aussi absurde qu'à M. de Voltaire (Histoire générale, t. u, p. 386, 387); les Mamelucks étaient eux-mêmes des étrangers, des rebelles et égaux entre eux. Ils connaissaient sa valeur, et espéraient de le convertir; et dans une assemblée tumultueuse cette proposition, qui ne fut point adoptée , a pu être faite par quelqu'un d'entre eux attaché secrètement au christianisme.

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de sa défaite excita saint Louk à entreprendre la septième et dernière des croisades. Ses finances étaient rétablies, ses États augmentés, et il s'était élevé une nouvelle génération de guerriers. Il s'embarqua avec une nouvelle confiance à la tête de six mille cavaliers et de trente mille hommes d'infanterie. La perte d'Antioche avait déterminé cette expédition , et le bizarre espoir de faire recevoir le baptême au roi de Tunis engagea le monarque français à cingler vers la côte d'Afrique ^ le bruit répandu qu'on y célait d'immenses trésors, consola les soldats du retard apporté à leur pèlerinage. Au lieu de trouver un prosélyte , il fallut faire un siège. Les Français, trompés dans leur attente, périssaient au milieu des sables brûlans ; saint Louis expira dans sa tente, et à peine était-il mort que son successeur donna le signal de la retraite (i). «C'est ainsi, dit un ingénieux écrivain , qu'un roi chrétien mourut près des ruines de Carthage, en faisant la guerre aux musulmans dans un pays où Didon avait introduit les divinités de la Syrie (2). »

On ne peut inventer une constitution plus tyran- Les nique et plus absurde que celle qui condamne pour ï'^pié^ toujours une nation à la servitude sous le gouverne- wSo-ÏW ment arbitraire d'esclaves étrangers. Tel a été ce-

(1) Voyez l'expédition dans les Annales de saint Louis, par Guillaume de Nangis (p. 270-287) , et les Extraits arabes (p. 545-555, édition de Joinville, du Louvre). .

(2) Voltaire, Hist. gencr., t. 11, *p. 391.

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pendant l'état de l'Égypte depuis plus de cinq siècles. Les plus illustres sultans des dynasties (i) Baharite

et Borgite sortaient eux-mêmes des bandes tartares ou circassiennes, et les vingt-quatre beys ou chefs militaires ont toujours eu pour successeurs , non pas leurs enfans , mais leurs domestiques. Ils produisent le traité que Sélim i er fit avec la république (2) comme la grande chartre de leur liberté -, et l'empereur ottoman reçoit toujours de l'Égypte un faible tribut pour gage de leur soumission. Ces deux dynasties n'offrent , en exceptant de courts intervalles d'ordre et de tranquillité , qu'une période presque continuelle de meurtres et de brigandages (3). Mais leur

(1) La chronologie des deux dynasties des Mamelucks , les Baharites turcs ou tartares de Kipzak , et les Borgites circassiens, se trouve dans Pococke (Proleg. ad Abulpha— rage, p. 6-3 1 ) et de Guignes (t. i, p. 264-270). Leur histoire, d'après Abulféda, Macrizi, etc. , jusqu'au commencement du quinzième siècle, se trouve de même dans M. de Guignes (t. iv, p. uo-328).

(2) Savary, Lettres sur VÊgypte, t. 11, lett. xv, p. 189- 208. Je doute fort de l'authenticité de cette copie ; cependant il est vrai que le sultan Sélim conclut un traité avec les Circassiens ou Mamelucks d'Egypte, et laissa entre leurs mains des armes, des richesses et du pouvoir, f^oyez un nouvel Abrégé de l'Histoire ottomane, composé en Egypte et traduit par M. Digeon ) tom. 1, p. 55-58, Paris, 1781 ) : cette histoire nationale est authentique et curieuse.

(3) Si totum quo regnum occupârunt 1 cm pus respicias , prœsertim quod fini propius, reperies illud bcllis , pugnis , injuriis ac rapinis rrfertum (Al-Jannabi, ap. Pococke,

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trône , quoique ébranlé, se soutenait toujours sur la base solide de la discipline et de la valeur. Us gouvernaient TÉgypte, l'Arabie, la Nubie et la Syrie -, les Mamelucks, composés originairement de huit cents hommes de cavalerie, se multiplièrent jusqu'au nombre de vingt -cinq mille. Ils avaient à leurs ordres cent sept mille hommes de milice provinciale, et pouvaient compter dans l'occasion sur le secours de soixante -six mille Arabes (i). Avec des forces si considérables , des princes courageux ne pouvaient pas souffrir long -temps sur leurs côtes une nation indépendante et ennemie $ et si l'expulsion des Francs fut différée durant près de quarante années , ils durent ce demi -siècle d'existence aux embarras d'un empire mal a (1er mi , à l'invasion des Mongous et aux secours qu'ils reçurent de quelques pèlerins guerriers. Dans ce nombre , le lecteur anglais remarquera le nom d'Édouard i er , qui prit la croix durant la vie de son père Henri. A la tête de mille soldats, le futur conquérant du pays de Galles et de l'Écosse fit lever le siège d'Acre , s'avança jusqu'à Nazareth à la tête de neuf mille hommes, rivalisa la gloire de son oncle Richard , força par ses exploits les ennemis à une trêve de six ans , et revint en Europe dange-

p. 3i ). Le règne de Mohammed (A. D. i3i i*i34i ) offre une heureuse exception. De Guignes, t. iv, p. 208-210.

(1) Ils sont à présent réduits à huit mille cinq cents; mais la dépense de chaque Mameluck peut être évaluée à cent louis, et TEgypte gémit de l'avarice et de l'insolence de ces étrangers (Poyage de V olncy, t. 1, p. 89-187).

45a HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

reusement blessé par un assassin fanatique (i). Bondocdarou Bibars, sullan d'Égypte et de Syrie, surprit et détruisit presque entièrement la ville d'Antioche (2), qui par sa position s'était trouvée jusqu'alors moins exposée aux calamités de la guerre sainte. Telle fut la fin de cette principauté , et la première conquête des chrétiens fut dépeuplée par le massacre de dix-sept mille et la captivité de cent mille de ses habitans. Les villes maritimes de Laodicée, Gabala, Tripoli, Béryle, Sidon , Tyr , JafFa, et les forteresses des Hospitaliers et des Templiers , se rendirent successivement. Les Francs conservèrent pour toute possession la ville et la colonie de Saint- Jean-d'Acre, désignée par quelques écrivains sous le nom plus classique de Ptolémaïs.

Après la perte de Jérusalem , Acre (3), qui en est éloignée d'environ soixante-dix milles, devint la métropole des Latins orientaux ; ils l'ornèrent de bâti-

Ci) Voyez V Histoire d'Angleterre, par Carte (vol. n , p. i65-i75) et ses originaux, Thomas Wikes et Walter Hemingford (1. m, c. 34, 35) , Collection de Gale (t. 11 , p. 97, 589-592). Ils n'ont rien su ni l'un ni l'autre du pieux courage de la princesse Eléonore, qui suça la plaie envenimée, et sauva la vie de son mari au risque de la sienne.

(2) Sanut, Secret, fidel. crucis , 1. ni, part, xn, c. 9, 4-t de Guignes , Hist. des Huns , t. iv, p. i43 , d'après les historiens arabes.

(3) Toutes les Chroniques de ces temps nous font connaître l'éclat de la ville d'Acre. La plus circonstanciée est celle de Villani (1. vu, c. i44)i dans Muratori (Scriptor. rerumital., t. xm,p. 337, 338).

mens vastes et solides , l'environnèrent d'un double mur , et y construisirent un poste artificiel. Des fugitifs et de nouveaux pèlerins en augmentèrent la population. Durant les suspensions d'hostilités, sa position favorable au commerce attirait celui de l'Orient et de l'Occident : on trouvait dans ses marchés les productions de tous les climats , et des interprètes de toutes les langues -, mais ce mélange de toutes les nations amenait et propageait aussi tous les vices. De tous les disciples* de Jésus et de Mahomet, les habita ns des deux sexes de la ville d'Acre passaient pour les plus corrompus, et les lois n'étaient pas assez puissantes pour y restreindre l'abus de la religion. La ville avait plusieurs souverains et point de gouvernement. Les rois de Jérusalem et de Chypre, de la maison de Lusignan, les princes d'Antioche , les comtes de Tripoli et de Sidon, les grands-maîtres de l'Hôpital , du Temple et de l'ordre teu tonique , les républiques de Venise, de Gènes, de Pise , le légat du pape , les rois de France et d'Angleterre, y prétendaient tous à une autorité indépendante. Dixsept tribunaux y exerçaient le droit de vie et de mort, et les coupables d'un quartier se réfugiaient dans l'autre, où ils ne manquaient jamais «d'obtenir protection. La jalousie des différentes nations donnait lieu souvent à des violences et à des scènes sanglantes. Quelques aventuriers , déshonorant la croix qu'ils portaient , suppléèrent au défaut de paye par le pillage de plusieurs villages mahomélans. Dixneuf marchands syriens, qui commerçaient sur la foi

publique, furent dépouillas et pendus parles chrétiens; et le refus d'une satisfaction équitable justifia les hostilités du sultan Khalil. 11 s'avança vers la ville , à la tête de soixante mille chevaux et de cent quarante mille hommes d'infanterie. Son train d'artillerie , si je puis me servir de cette expression, était puissant et nombreux. Il fallut cent chariots pour transporter les pièces de bois dont se composait une seule^machine : l'historien Abulféda, qui servait dans les troupes de Hamah , fut lui-même témoin de cette sainte guerre. Quels que fussent les vices des Francs, l'enthousiasme et le désespoir ranimèrent leur courage ; mais, déchirés parles discordes de leurs dixsept chefs , ils furent accablés de tous côtés par les rené forces du sultan. Après un siège de trente-trois jours, u Terre- les musulmans forcèrent le double mur. Leurs raaa.'o. tagi, chines détruisirent la principale tour ; les Mamelucks donnèrent un assaut général, la ville fut emportée , et soixante mille chrétiens périrent ou tombèrent dans l'esclavage. Le couvent ou plutôt la forteresse des Templiers tint encore durant trois jours; mais une flèche blessa mortellement le grand-maître , et de cinq cents chevaliers , dix seulement conservèrent la vie, moins èeureux que les victimes des combats, si le sort les réservait à partager, sur un échafaud, l'injuste et cruelle proscription de leur ordre. Le roi de Jérusalem , le patriarche et le grand-maitre de l'Hôpital, effectuèrent leur retraite vers le rivage; mais la mer était agitée, et le nombre des vaisseaux insuffisant. Un grand nombre de fugitifs périrent

dans les flots avant d'atteindre File de Chypre, où Lusignan pouvait se consoler de la perte de la Palestine. Le sultan fit démolir les églises et les fortifications des villes latines ; un motif de crainte ou d'avarice laissa libre Faccès du saint - sépulcre à la dévotion de quelques pèlerins, et un silence lugubre et solitaire régna sur la côte qui avait si long-temps retenti des querelles du monde (i).

(i) Voyez l'expulsion finale des Francs dans Sanut (1. m, part, xn, c. 11-22), Abulféda , Macrizi , de Guignes (t. iv, p. 162-164), et Vertot (t. 1, 1. m, p. 407-428).

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