‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. TradChapitre 7 sur 15 · XI. 1O · texte numérisé non relu

XI. 1O

tribut : ce fut à l'ombre de son sceptre que s'élevèrent les trônes de Kerman et de Nicée , d'Alep et de Damas , que les atabeks et les émirs de la Syrie et de la Mésopotamie déployèrent leurs étendards (i), et que les hordes des Turcomans couvrirent les plaines de la partie occidentale de l'Asie. Les liens de l'union et de la subordination, affaiblis par la mort de Malek, ne tardèrent pas à se dissoudre : Findulgence des princes de la maison de Seljouk éleva des esclaves sur le trône -, et , s'il faut employer ici le style oriental , une nuée de princes s'éleva de la poussière de leurs pieds (2).

tête Un prince du sang royal , Cutulmish , fils d'Izrail, rAsie- fils de Seljouk , était tombé dans une bataille contre par les Alp-Arslan, et le vainqueur, plein d'humanité, avait

a. d. répandu une larme sur sa tombe. Ses cinq fils, forts 1074-1084. . . . . ,

parle nombre de leurs adhérens, ambitieux et avides

de vengeance , s'armèrent contre le fils d'Arslan. Les deux armées attendaient le signal , lorsque le calife , oubliant l'étiquette qui lui défendait de se montrer aux yeux du vulgaire, interposa sa médiation respectable aux deux partis. « Au lieu de verser le sang de vos frères , de vos frères par le sang et la foi, réunissez vos forces dans une sainte guerre contre les

(1) 11 paraît, d'après le récit d'Anne Comnène, que les Turcs de TAsie-Mineure obéissaient au cachet et au chiauss du grand sultan (Alexias,\. vi, p. 170), et qu'il retenait dans sa cour les deux fils de Soliman (p. 180).

(2) Petis de La Croix {Fie de Gengis-khan, p. 161) cite cette expression d'un poète persan , selon toute apparence.

Grecs, les ennemis de Dieu et de son apôtre. » On profila de ses conseils : le sultan embrassa ses pareils rebelles*, l'aîné de ceux-ci, le brave Soliman, accepta le drapeau royal , sous les auspices duquel il conquit et assura à ses descendans les provinces de l'empire romain qui s'étendaient d'Erzeroum à Constantinople, et aux régions inconnues de l'Occident (i). Il passa l'Eupbrate avec ses quatre frères : bientôt on vit les tentes des Turcs aux environs de Kutaieh en Phrygie; et sa cavalerie «légère ravagea le pays jusqu'à l'Hellespont et à la mer Noire. Depuis la décadence de l'empire, la péninsule de l'Asie-Mineure avait été exposée aux incursions destructives, mais passagères, des Persans et des Sarrasins. Les fruits d'une conquête durable étaient réservés au sultan, et le passage lui fut ouvert par des Grecs qui aspiraient à régner sur les ruines de leur patrie. Le fils d'Eudoxie , prince sans vigueur , avait tremblé six ans sous le poids de la couronne impériale, depuis la captivité de Romanus jusqu'à l'époque où une double rébellion lui fit perdre, dans le même mois, les provinces de l'Orient et de l'Occident. Les deux

(i) Dans le récit de la conquête de l'Asie-Mineure , M. de Guignes n'a tiré aucun secours des écrivains turcs ou arabes , qui se contentent de donner une liste stérile des Setjoucides de Roum. Les Grecs ne veulent pus révéler leur ignominie; et on est réduit ;i proliter de quelques mots échappés à Scylitzcs (p. 80o-863), à Nieéphorc bryennius { pages 88-9T, 92, etc. , io3, 10 \) , et à Anne Comuène {ALexias , p. 91, 92, etc., i(>8, etc.).

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chefs qui se soulevèrent portaient le même nom de Nicéphore ; mais le prétendant d'Europe se distinguait, par le surnom de Bryennius, du prétendant d'Asie, connu sous celui de Botoniates. - Le divan examina leurs raisons, ou plutôt leurs promesses 5 et, après quelques incertitudes, Soliman se déclara en faveur de Botoniates , ouvrit un passage à pes d'Antioche à Nicée , et joignit la bannière croissant à celle de la croix. Nicéphore Botoniates, parvenu au trône de Constantinople , reçut honorablement le sultan dans le faubourg de Chrysopolis ou Scutari -, il fit passer en Europe un corps de deux mille Turcs, et dut à leur dextérité et à leur valeur la défaite et la captivité de son rival Bryennius 5 mais sa conquête de l'Europe fut chèrement payée par le sacrifice de ses possessions asiatiques : Constantinople fut privée de la soumission et des revenus des provinces situées au-delà du Bosphore et de l'Hellespont, et Ton vit les Turcs s'avancer régulièrement, fortifiant les passages des rivières et des montagnes, ce qui ne laissait aucune espérance ni de leur retraite ni de leur expulsion. Un autre compétiteur réclama l'appui du sultan. Melissenus suivait le camp des Turcs, revêtu de la robe de pourpre et des brodequins rouges; les villes découragées se laissaient séduire par les manifestes d'un prince romain, qui les livrait aussitôt entre les mains des Barbares. Un traité de paix, que signa l'empereur Alexis, confirma ces acquisitions : la crainte que lui inspirait Robert le força de rechercher l'amitié de Soliman-, et

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ce n'est qu'après la mort de celui-ci, qu'il porta la frontière orientale de l'empire jusqu'à Nicomédie ,

c'est-à-dire, à environ soixante milles de Constantinople. Trébisonde seule, détendue de tous côtés par la mer et les montagnes, conservait, à l'extrémité de l'Euxin, l'ancien caractère d'une colonie grecque, et les fondemens d'un empire chrétien.

L'établissement des Turcs , dans l'Ànatolie ou Lo l'Asie -Mineure, fut la plus grande perte qu'eussent «"jouclje essuyée l'Église et l'empire depuis les premières conquêtes des califes. La propagation de la foi musulmane valut à Soliman le nom de Gazi ou de champion sacré \ et les tables de la géographie orientale s'augmentèrent de son nouveau royaume des Romains ou de Roum. Les auteurs le représentent comme s'étendant de l'Euplirate à Constantinople , de la mer Noire aux confins de la Syrie, riche en mines d'argent et de fer, d'alun et de cuivre-, fertile en blé et en vin , et abondant en bétail et en excellens chevaux (i). La richesse de la Lydie, les arts de la Grèce et les lumières du siècle d'Auguste, n'existaient plus que dans des livres et dans des ruines, également dédaignés des Scythes, maîtres du pays. Cependant l'Anatolie olVre encore de nos jours quelques villes riches et peuplées -, mais , sous

(i) Telle est la description de 'Roum, par Haiton l Arménien , auteur d'une histoire tartare qui se trouve dans les Recueils de Rainusio et de Bergcron. Voyez AbuHcda , Gcogr., Climat i~,p 3oi-3o'ï.

l'empire de Byzance, elles étaient plus nombreuses, plus considérables et plus opulentes. Le sultan établit sa résidence à Nicée , capitale de la Bithynie, qu'il eut soin de fortifier : le siège du gouvernement de la dynastie seljoucide de Roum se trouvait à cent milles de Constantinople , et la divinité de Jésus- Christ était reniée et insultée dans le même temple où le premier concile général des catholiques l'avait déclarée une matière de foi : on prêchait dans les mosquées l'unité de Dieu et la mission de Mahomet 5 les écoles enseignaient les sciences arabes , les cadis jugeaient d'après la loi du Koran-, les mœurs et Fidiome des Turcs prévalaient dans les villes , et les camps des Tu rcomans étaient répandus sur les plaines et les montagnes de l'Anatolie. Les Grecs chrétiens obtinrent l'exercice de leur religion, sous la dure condition de payer un tribut et de vivre asservis aux Turcs ; mais on profana leurs églises les plus révérées, on insulla leurs prêtres et leurs évêques (i)-

(1) Dicit cos qucrndam abus io ne sodomiticâ intervertisse episcopum (Guibert Abbat. , /fis t. Hicrosol. , 1. 1, p. 468). Il est singulier que le même peuple fournisse de nos jours un second passage pareil à celui-ci : « Il n'est point d'horreurs que ces Turcs n'aient commises; et semblables aux soldats effrénés qui, dans le sac d'une ville, non contens de disposer de tout à leur gré, prétendent encore aux sucrés les moins désirables, quelques sipahis ont porté leurs attentais sur la personne du vieux rabbi de la synagogue et celle de l'archevêque grec. »» Mémoires du baron de Tôt/, t. ii , p. nj3.

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ils se virent contraints de souffrir et le triomphe des païens et l'apostasie de leurs frères-, des milliers d'enfans furent circoncis, et des milliers de captifs furent dévoués au service ou aux plaisirs de leurs maîtres (1). Après la perte de l'Asie , Antioche demeurait fidèle à Jésus-Christ et à César; mais cette province solitaire ne pouvait espérer le secours des Romains, et les forces mahométanes l'environnaient de tous côtés. Philarète, son gouverneur, désespérant de se défendre, se disposait à sacrifier sa religion et son devoir; mais il fut prévenu dans le crime par son fils, qui, se rendant en hâte au palais de Nicée, offrit à Soliman de remettre entre ses mains cette ville importante. L'ambitieux sultan monta à cheval, et fit une marche de six cents milles en douze nuits, car il se reposait le jour. Tels furent la célérité et le secret de l'entreprise, qu' Antioche n'eut pas le temps de se reconnaître; et les villes qui en dépendaient, jusqu'à Laodicée et aux confins d Alep (2) , suivirent l'exemple de la métropole. De Laodicée au Bosphore de Th race , ou hras de Saint-George, les — - . .

(1) L'empereur ou l'abbé Guibert décrit les scènes du camp des Turcs comme s'il y avait été. Maires correptœ in conspectu filiarum multipliciter rrpetitis dwersorum coitîbus vexabantur (est-ce la bonne version?), càm filiœ assistent les carmina prœcinere saltando cogerentur. Mox eadem passio adfilias, etc.

(2) Voyez des détails sur Antioche et la mort de Soliman, dans Anne Comnène {Alcxias, 1. vi, p. 168, 169), avec les notes de Ducange.

^48 HISTOIRE DF. la décadence

conquêtes de l'empire de Soliman occupaient un espace de trente journées de chemin en longueur , et de dix ou quinze en largeur entre les rochers de la

Lycie et la mer Noire (i). L'ignorance des Turcs dans l'art de la navigation permit quelque temps à l'empereur de jouir d une .sécurité sans gloire; mais lorsque les captifs grecs leur eurent construit une Hotte de deux cents vaisseaux , Alexis trembla derrière les murs de sa capitale. Pour exciter la com- Éutdft passion des Latins , il répandit en Europe des lettres J *dSu!| , i m; lamentables, qui peignaient le danger, la faiblesse pr'eriu/gff <-*t la richesse de la cité de Constantin (?.). quony^M- ^ conquête la plus intéressante des Turcs sel- 63^»*#. joucides fut celle de Jérusalem (3), qui ne tarda pas

(1) Guillaume de Tyr(l. r, *'.<), 10, p. 635) donne les détails les plus authentiquer et les plus déplorables sur les conquêtes des Turcs.

(2) Dans sou épître au eointe de Flandre , Alexis paraît avilir son caractère et sa dignité; cependant cette lettre est reconnue authentique par Duc ange ( Not. ad Alcxiad. , pag. 335, etc.), et paraphrasée pur l'abbé Guibert , historien contemporain. Le texte grec n'existe plus, et chacun des traducteurs et des copistes a pu dire avec Guibert ( pag. 4>5 ) verbis vestita mets , privilège d'une étendue indéfinie.

(3) Deux passages d'une grande étendue et originaux de Guillaume, archevêque de Tvr ( 1. 1 , c. r-10; 1. XV m , c. 5, G), le principal auteur des Grsta Dci per Francos, contiennent les détails les plus surs touchant l'histoire de Jérusalem, depuis Héraclius jusqu'aux croisades. M. de Guignes a publié un savant Mémoire sur le commerce des

à devenir le théâtre des nations. La capitulation accordée par Omar aux habitans, leur assurait la liberté de leur religion et la conservation de leurs propriétés -, mais les articles en avaient été interprétés par un. maître contre lequel on ne disputait pas sans danger > et pendant les quatre cents ans que dura le règne des califes , la situation politique de Jérusalem présenta* de fréquentes variations (i). Les musulmans s'emparèrent des trois quarts de la ville ; l'accroissement du nombre de leurs prosélytes et de leur population pouvait l'avoir exigé ; et l'on réserva un quartier particulier au patriarche , à son clergé et à son troupeau ; les chrétiens payèrent un tribut de deux pièces d or par téîe pour le prix de la protection qui leur était accordée , et le tombeau de Jésus- Christ, ainsi que l'église de la Résurrection, demeurèrent entre leurs mains. La portion de ces chrétiens la plus nombreuse et la plus respectable ne se composait pas d'habitans de Jérusalem; la conquête des Arabes avait excité plutôt que supprimé les pèlerinages à la Terre-Sainte ; la douleur et l'indignation

Français dans le Levant avant les croisades, etc. Mém. de VAcad. des Inscript., t. xxxvii, p. 4^7-5oo.

(i) Secundùm dominorum dispositionem plerumque lucida plerumque nubila recepit intcrvalla, et œgrotantium more temporum prœsentium gravabatur aut respirabat qualitate (1. i, c. 3, p. 63o). Le latiu de Guillaume de Tyr n'est point du tout méprisable; mais lorsqu'il compte quatre cent quatre-vingt-dix ans de la perte à la reprise de Jérusalem c'est trente années de trop.

a5o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

donnaient une nouvelle force à l'enthousiasme qui avait fait naître l'idée de ces dangereux voyages. Les pèlerins de l'Orient et de l'Occident arrivaient en

Joule au saint - sépulcre el dans les églises des environs, surtout à la lete do Pâques; les Grecs et les Latins, les nestoriens et les jacobites , les cormtes et les Abyssins, les Arméniens et les Géorgiens, entretenaient les chapelles , le clergé et les pauvres de leurs communions respectives. L'harmonie de toutes ces prières en langues si diverses, tant de nations rassemblées dans le temple commun de leur religion, auraient dû présenter un spectacle d'édification et de paix ; mais la haine et la vengeance aigrissaient Je zèle des sectes chrétiennes ; et sur les lieux ou le Messie avait perdu le jour en pardonnant à ses bourreaux, elles voulaient dominer et persécuter leurs frères. Le courage et le nombre assuraient aux Francs la prééminence , el la grandeur de Charlemagne (1) protégeait les pèlerins de l'Église latine et les catholiques de l'Orient. Les aumônes de ce dévot empereur soulagèrent la pauvreté de Carthage , d'Alexandrie et de Jérusalem ; et il fonda ou rétablit plusieurs monastères de la Palestine. Ilaroun-al-Raschid , le plus grand des Abbasskles , estimait dans le prince

(i) Voyez sur les rapports de Charlemagne avec la Terre- Sainte, Eginhard {de Vitâ Caroli Magni, c. 16, p. 79-82), Constantin Porphyrogénète {de Administr. Imperii, 1. 11, c. 26, p. 80), et Pagi {Critica, t. m, A. D. 800; n« s i3, 1.4, i5.)

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. LV1I. a5l

chrétien , qu'il appelait son frère , une grandeur de génie et de puissance égale à la sienne : leur amitié

fut cimentée par des dons et des ambassades fréquentes , et le calife , en conservant Ja véritable domination de la Terre-Sainte , offrit à l'empereur les clefs du saint -sépulcre et peut-être de la ville de Jérusalem. Au déclin de la monarchie carlovingienne , la république d'Amalfi fut utile.au commerce et à la religion des Européens en Orient; ses navires portèrent les pèlerins sur les côtes de l'Égypte et de la Palestine; et, à l'aide de ses cargaisons, elle obtint la faveur et l'alliance des califes fatirnites (i) : on établit sur le Calvaire une foire annuelle , et les négocians d'Italie fondèrent le couvent et l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, berceau de l'ordre monastique et militaire qui depuis a donné des lois à l'île de Rhodes , et qui règne aujourd'hui à Malte. Si les pèlerins de l'Église chrétienne s'étaient contentés de révérer le tombeau d'un prophète, les disciples de Mahomet, loin de se plaindre d'une pareille dévotion, l'auraient imitée; mais ces rigides unitaires furent révoltés d'un culte qui comprend la naissance, la mort et la résurrection d'un Dieu; ils flé-

(i) Le calife accorda des privilège» Jimalphitanis viris amicis et utilium introductoribus (Gcsta Dei, p. g34). Le commerce de Venise en Egypte et dans la Palestine ne saurait produire un titre aussi ancien, à moins qu'on n'adopte la plaisante traduction d'un Français, qui prenait les deux factions du cirque {Vcneti et Prasini) pour les Vénitiens et les Parisiens-

trirent du nom d'idoles les images des catholiques,

et les musulmans virent avec un sourire d'indignation (i) la flamme miraculeuse qui s'allumait , la veille de Pâques, dans le saint- sépulcre (2) : les croisés latins se laissèrent séduire par cette pieuse supercherie inventée au neuvième siècle (3); et les prêtres des communions grecque , arménienne et cophte (4), la renouvellent chaque année aux yeux d'une foule crédule qu'ils trompent pour leur intérêt et celui de leurs tyrans (5). Dans tous les siècles,

(1) Une Chronique arabe de Jérusalem (ap. Assemani , Bihl. orient., t. i , p. 628; t. iv, p. 368) atteste l'incrédulité du calife et de l'historien ; Cantacuzène toutefois ose en appeler aux musulmans eux-mêmes pour la réalité de ce miracle perpétuel.

(2) Le savant Mosheim a discuté séparément ce prétendu miracle dans ses dissertations sur YHistoirc ecclésiastique (t. 11, p. 2i4-3o6), de Lurnine sancti sepu/chri.

(3) Guillaume de Malmsbury (1. îv, c. 11, 209) cite l'Itinéraire du moine Bernard, témoin oculaire, qui visita Jérusalem A. D. 870. Le miracle est confirmé par le témoignage d'un autre pèlerin , qui l'avait précédé de quelques années; et Mosheim dit que les Francs inventèrent cette supercherie peu de temps après la mort de Charlemagne.

(4) Nos voyageurs, Sandys (p. i34), Theveuot (p. 621- 627), Maundrell (p. p4, 95), etc. , décrivent cette fanr extravagante. Les catholiques sont embarrassés à dt terminer l'époque où a fini le miracle et commencé la supercherie.

(5; Les Orientaux eux-mêmes conviennent de la fraude, et ils la justifient par la nécessité et des vues d'édification {Mémoires du chevalier d'yîrvicuj; t. II, p. i/\o; Joseph

l'intérêt a fortifié le principe de la tolérance, et les dépenses faites par un si grand nombre d'étrangers , et le tribut qu'ils payaient, augmentaient annuellement le revenu du prince et de son émir.

La révolution qui fit passer le sceptre des Abbas- &>u«1m sides auxFatimites, fut plus avantageuse que nuisible mites, à la Terre -Sainte : un souverain qui résidait en 96^io;G. Egypte sentait bien mieux l'importance du commerce des chrétiens , et les émirs de la Palestine se trouvaient moins éloignés de la justice et de la puissance du trône ; mais le troisième de ces califes fatimites fut le fameux Hakem (1) , jeune frénétique, que sou impiété et son despotisme avaient affranchi de la crainte de Dieu et des hommes, et dont toute la conduite n'offrit qu'un mélange bizarre de vices et d'extravagances. Sans égards pour les usages de l'Égypte les plus anciens, il assujettit les femmes a une réclusion absolue : cette gêne excita les clameurs des deux sexes, leurs cris provoquèrent sa fureur ; il fit livrer aux flammes une partie du vieux Caire, et les citoyens soutinrent contre ses gardes un combat

Abudacni, HUt. Coph., c. 20); niais je n'essaierai pas d'expliquer avec Mosheim comment se faisait ce prétendu miracle. Nos voyageurs se sont trompés en voulant expliquer la liquéfaction du sang de saint Janvier.

(1) Voyez d'IIerbelot {Bibl. orient., p. 4 11 )» Renaudot [Hist. patriar. Alex., p. 3o/>-3r)7, 4<>o , 4°0> Elmaein {HLst. Saraccn., p. 321-323), et Marei (p. 384-386), historien d'Egypte, traduit d'arabe en allemand par Reiske, et qu'un de mes amis m'a interprété verbalement.

meurtrier qui dura plusieurs jours. Le calife se montra d'abord un zélé musulman; il fonda ou enrichit des mosquées et des collèges ; il fit transcrire à ses frais, en lettres d'or, douze cent quatre-vingt-dix exemplaires du Koran , et il ordonna d'arracher toutes les vignes de la Haute-Égypte ; mais sa vanité se flatta bientôt de l'espoir d'établir une nouvelle religion; la réputation d'un prophète ne lui suffisait pas , et il se qualifiait d'image visible du Très-Haut , qui , après neuf apparitions sur la terre , se montrait enfin dans sa personne royale. Au nom de Hakera, le souverain des vivans et des morts , chacun devait plier les genoux et adorer une montagne près du Caire , qui était consacrée aux mystères de ce culte : seize mille personnes avaient signé sa profession de foi, et aujourd'hui même une peuplade libre et guerrière, les Druses du mont Liban, croient à la divinité de ce tyran insensé, et sont persuadés qu'il existe encore (i). En qualité de dieu, Hakem dé-

(i) La religion des Druses est cachée par leur ignorance et leur hypocrisie. Le secret de leur doctrine ne se communique qu'aux élus qui mènent une vie contemplative; et les Druses des classes ordinaires, les plus indifférons des hommes, se conforment, selon l'occasion, au culte des ma home tan s ou à celui des chrétiens de leur voisinage. Le peu qu'on sait ou le peu qui mérite d'être connu sur cette peuplade , se trouve dans Niehuhr, auteur qui a examiné avec soin les pays qu'il a parcourus (foyages, t. n, p. 354-357), et dans le second volume du Voyage récent et instructif de M. Volney.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. LVII. a55

testait les Juifs et les chrétiens comme soumis à ses

rivaux; mais un reste de prévention ou de prudence lui parlait en faveur de la loi de Mahomet. Ses persécutions cruelles en Egypte et dans la Palestine firent quelques martyrs et un grand nombre d'apostats; il méprisait également les droits communs et les privilèges particuliers des différentes sectes, et il défendit aux étrangers et aux habitans de Jérusalem de visiter le tombeau de Jésus-Christ. Le temple du Sacrilège de monde chrétien, 1 église de la Résurrection, tut de- A. d. 1009. molie jusque dans ses fondemens ; ce prodige lumineux qu'on voyait à la fête de Pâques disparut, et on prit beaucoup de peine à bouleverser le caveau du rocher qui, à proprement parler, forme le saintsépulcre. À la nouvelle de ce sacrilège, les nations de l'Europe furent saisies d'étonnement et de douleur; mais, au lieu de s'armer pour la défense de la Terre-Sainte, elles se contentèrent de brûler ou de bannir les Juifs qu'elles regardaient comme les conseils secrets de l'impie Hakcm (1). Cependant l'inconstance et le repentir de Hakcm allégèrent en quelque sorte les malheurs de Jérusalem, et le tyran venait de signer la restitution des églises , lorsqu'il fut assassiné par les émissaires de sa sœur. Les califes, ses successeurs, reprirent les anciennes maximes de la religion et de la politique musulmane. La tolérance reparut de nouveau : par les pieux secours de

(1) Voyez Glaber, 1. m, c. 7, et les Annales de Baronius et de Pagi, A. I). 1009.

l'empereur de Constantinople , le saint- sépulcre se releva du milieu de ses ruines, et, après une courte privation , les pèlerins y retournèrent avec l'empressement qui en devait être la suite (i). Le voyage de Palestine par mer exposait souvent à des dangers , et les occasions en étaient rares; mais la conversion de la Hongrie ouvrit une route sûre entre l'Allemagne et la Grèce. La charité de saint Étienne, l'apôtre de son royaume, secourait et dirigeait les pèlerins (i) qui, de Belgrade à Antioche, traversaient un empire chrétien de quinze cents milles d'étendue. Les Francs n'avaient jamais eu plus d'ardeur pour les pèlerinages, et les chemins étaient couverts de personnes de tous les sexes et de tous les rangs, qui assuraient ne désirer de vivre que jusqu'au moment où elles pourraient baiser le tombeau de leur rédempteur. Les princes et les prélats abandonnaient le soin de leurs domaines , et le nombre de ces pieuses caravanes annonçait les armées de croisés qui dé-

(1) Pcr idem tempus ex unwcrso orbe tam innumerabilis multitudo cœpit conjlucre ad sepulchrum Salvatoris Hicrosolymis, quantum nullus hominum prius spcrare poterat. Ordo inférions plebis... médiocres... reges et comités... prœsules...

mulieres multœ nobiles cum paupcrioribus pluribus enirn

erat mentis desidcrium mori priusquam ad propria rêvertercntur. Glaber, 1. iv, c. G; Bouquet, Historiens de France, t. x , p. 5o.

(2) Glaber, 1. 111 , c. 1. Katona {Hist. crit. rcg. Hungar. t t. 1 , p. 3o4-3i 1) examine si saint Etienne fonda un monastère à Jérusalem.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. LVII. 25j

barq lièrent le siècle suivant dans la Palestine. Environ trente ans avant la première croisade , l'archevêque de Mayence, les évêques d'Utrecht, de Bamberg et de Ratisbonne, partirent des rives du Rhin pour se rendre sur celles du Jourdain avec une suite de sept mille personnes. L'empereur les reçut à Constantinople d'une manière hospitalière ; mais , ayant imprudemment étalé leurs richesses , ils lurent attaqués par les farouches Arabes : ils se servirent de leurs armes avec une espèce de scrupule ; ils soutinrent un sié^e dans le village de Capernaum, et ne durent leur délivrance qu'à la protection vénale de l'émir fatimite. Après avoir visité les saints lieux, ils s'embarquèrent pour l'Italie; mais des sept mille personnes qui formaient leur suite, deux mille seulement revirent leur patrie. Ingulphe, secrétaire de Guillaume le Conquérant, était de ce pèlerinage : il raconte que, de trente cavaliers robustes et bien équipés, dont il faisait partie, et qui avaient quitté la Normandie pour aller dans la Palestine, il ne restait, lorsqu'ils repassèrent les Alpes, que vin^t misérables pèlerins à pied, le bourdon à la main et la

11 / x Conquête e dOS (l). de Jérusi-

lem par \c$

Après la défaite des Romains, la tranquillité des tÙ

tes.

califes falimites fut troublée par les Turcs (•>.)• Atsix 1076-1096

(1) Baronius (A. D 1064 , n°* 43-56) a copié la plus grande partie des récits originaux d'Ingulphe, de Marianus et de Lambert u s.

(2) Voyez Elmacin ( Hist. Saraccn., p. 349, 35o), et II. 17

le Carizmien, un des lieutenans de Malek-Shah, entra dans la Syrie à la tête d une puissante armée , et réduisit Damas par le fer et la Famine. Hems et les autres villes de la province reconnurent le calife de ïia^dad et le sultan de la Perse ; et l'émir victorieux s'avança jus(|u , aux bords du Nil sans éprouver de résistance : le Fatimite se disposait à se réfugier au centre de 1' Airi<juc -, mais les nègres de sa garde et les tiabitans du Caire firent une sortie désespérée et chassèrent les Turcs des frontières de TÉ^vpte. Le meurtre et le pillage marquèrent la route que suivit Atsiz dans sa retraite; il fit égorger le juge et les notaires de Jérusalem , qu'il avait invités à venir dans son camp , et cette exécution fut suivie du massacre de trois mille citoyens. 11 ne tarda pas à voir sa cruauté ou sa défaite punie par le sultan Toucush, frère de Malek-Shah , qui , avec plus de titres et des forces plus redoutables, soutint ses droits à l'empire de la Syrie et de la Palestine. La maison de Seljouk régna à Jérusalem environ vingt ans (i) ; mais le

Ahulpharage (Dynasf., p. 23^, vers. Pococke). M. do Guignes (Ifist. des Huns, loin, m, part, i, p. 2i5, 2l6) ajoute les témoignages ou plutôt les noms d'Ahuifcda et de Novairi.

(i) Depuis l'expédition d'isar Atsiz (A. D. 4^9 > A. D. 1 076) , jusqu'à l'expulsion des Ortokides ( A. D. 1096). Cependant Guillaume de Tyr (1. 1 , e. 6, p. 633) assure que Jérusalem fut trente-huit ans au pouvoir des Turcs; et une Chronique arahe , citée par Pagi (t. iv, p. 202), suppose qu'un général carizmien la soumit au ralife de Bagdad ,

commandement héréditaire de la sainte cité et de son district fut abandonné à l'émir Ortok, chef d'une tribu de Turcomans , dont les enfans formèrent, après leur expulsion de la Palestine, deux dynasties qui régnèrent sur les frontières de l'Arménie et de l'Assyrie (1). Les chrétiens de l'Orient et les pèlerins de l'Église latine déplorèrent une révolution qui, au lieu de l'administration régulière et de, l'ancienne alliance des califes, les soumettait au joug de fer des étrangers du Nord (9.). La cour et l'armée du sultan offraient, à quelques égards, les arts et les mœurs de la Perse ; mais le gros des Turcs, et par- * ticulièrement les tribus pastorales , conservaient la férocité des peuplades du désert. De Nicée à Jérusalem, les contrées occidentales de l'Asie étaient le théâtre de guerres étrangères ou intestines; et ni le caractère ni la situation des pasteurs de la Palestine, qui exerçaient une autorité précaire sur une frontière malintentionnée, ne leur permettaient d'attendre les tardifs avantages de la liberté du commerce

A. H. 4^3, A. I). 1070. Ces dates si reculées s'accordent mal avec l'Histoire générale de l'Asie, et je suis sûr que, A. D. 1064, le regnum Babylonicum (du Caire) subsistait encore dans la Palestine. Baronius, A. D. 1064, u° 56.

(1) De Guignes , H is t. des Huns, t. 1, p. 249-252.

(2) Guillaume de Tyr (1. 1, c. 8, p. 034), qui se fatigue à grossir les maux que souffraient les chrétiens. Les Turcs exigeaient un aurais de chaque pèlerin. Le caphar des Francs est aujourd'hui de quatorze dollars, et l'Europe ne se plaint pas de eelte taxe volontaire.

et de la liberté de religion. Les pèlerins qui, à travers d'innombrables dangers , arrivaient aux portes de Jérusalem , devenaient les victimes du brigandage

des individus ou de la tyrannie de l'administration, et succombaient souvent à la misère ou à la maladie, avant d'avoir eu la consolation de saluer le saintsépulcre. Soit barbarie naturelle ou zèle d'une religion nouvelle, les Turcomans insultaient les prêtres de toutes les sectes-: le patriarche fut traîné par les cheveux sur le pavé et jeté dans un cachot : pour forcer son troupeau à le racheter, la grossièreté de ces maîtres sauvages troubla souvent les cérémonies de l'église de la Résurrection. Ces détails, racontés d'une manière pathétique, excitèrent des millions de chrétiens à marcher, sous l'étendard de la croix, à la délivrance de la Terre-Sainte-, et cependant combien tous ces maux accumulés étaient au-dessous de l'action sacrilège de Hakem, que les chrétiens de l'Église latine avaient endurée si patiemment! De moindres vexations enflammèrent le caractère plus irascible de leurs descendans. 11 s'était élevé un nouvel esprit de chevalerie religieuse et de soumission à l'empire universel du pape : on avait touché un nerf trps-sensible, et l'impression s'en fit sentir jusqu'au cœur de l'Europe.

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