‹ Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. TradChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

Les Turcs Seljoucides. Leur révolte contre Mahmoud , conquérant de l'Indoustan. Togrul subjugue la Perse et protège les califes. L'empereur Roman us battu et réduit en captivité par Alp Arilan. Pouvoir et magnificence de Malek Shah. Conquête de l'Asie-Mineure et de la Syrie. Etat et oppression de Jérusalem. Pèlerinages au saint - sépulcre.

Le. Turef. Dks bords de la Sicile le lecteur doit se transporter maintenant au - delà de la mer Caspienne , dans les contrées d'où sont sortis les Turcs ou Turcomans, contre lesquels fut dirigée la première croisade. L'empire qu'ils avaient élevé au sixième siècle, dans les contrées de la Scythie , ne subsistait plus depuis long- temps; mais leur nom était encore célèbre parmi les Grecs et les Orientaux : les restes de cette nation formaient diverses peuplades indépendantes , redoutables par leurs forces , et dispersées dans le désert, de la Chine aux rivages de l'Oxus et du Danube. La colonie des Hongrois faisait partie de la république d'Europe ; et les trônes de l'Asie étaient occupés par des esclaves et des soldats d'extraction turque. Tandis que la lance des Normands subjuguait la Pouille et la Sicile, un essaim de ces pasteurs du Nord couvrit les royaumes de la Perse-, leurs princes , de la race de Seljouk, fondèrent un empire solide et puissant, qui s'étendait de Samarcande

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aux frontières de la Grèce et de l'Egypte , et les Turcs sont demeurés maîtres de l' Asie-Mineure jusqu'à l'époque où le croissant victorieux s'est établi sur le dôme de Sainte -Sophie.

Mahmoud (1) le Gaznevide, qui régnait dans les Mahmoud provinces orientales de la Perse , dix siècles après la Qu^idc. naissance de Jésus - Christ, est un des plus grands ^-ll'iS. princes de la nation des Turcs. Sebectagi, son père, était l'esclave de l'esclave de l'esclave du commandeur des fidèles ; mais , dans cette généalogie de servitude, le premier degré se trouvait purement titulaire, puisque ce premier esclave était le souverain de la Transoxiane et du Khorasan , qui gardait ainsi l'apparence de la soumission envers le calife de Bagdad 5 le second indiquait un ministre d'État, un lieutenant des Samanides (?.), qui brisa par sa révolte

(1) Je dois les détails que j'ai donnés sur sa vie et son caractère, à d'Herbelot (Bibl. orient., Mahmud, p. 533- 537), à M. de Guignes ( Histoire des Huns, t. m, p. 1 55-173) et à notre compatriote le colonel Alexandre Dow (vol. 1, p. 23-83). M. Dow donne les deux premiers volumes de son Histoire de l'Indoustan comme une traduction de l'ouvrage du Persan Ferishta ; mais il n'est pas aisé, à travers les pompeux ornemens de son style , de distinguer la version et l'original.

(2) La dynastie des Samanides subsista cent vingt -cinq ans (A. D. 874-999), sous dix princes. Voyez la suite de ces princes et la ruine de la dynastie, dans les Tables de M. de Guignes {Hist. des Huns, t. 1, p. 4o4""4 0 ^) Elle Ult remplacée par celle des Gaznevides, A. D. 999-1 i83 (voyez

les liens de l'esclavage politique ; mais Sebectagi avait été réellement domestique dans la famille de ce re-

belle, et c'est par son courage et son habileté, qu'en

qualité de gendre et de successeur de son maître, il devint le chef de la ville et de la province de Gazna(i). La dynastie des Samanides, alors sur son déclin, fut d'abord protégée et ensuite renversée par ses ambitieux serviteurs, et la fortune de Mahmoud s'accrut chaque jour au milieu des désordres publics. Ce fut pour lui que fut inventé le nom de sultan (2). Il éten-

t. i , p. 239, 240). La division des peuples embrouille souvent les époques et jette de l'obscurité sur les lieux.

(1) Gazna hortos non habcL: est emporium et domicilium mercalurœ indicœ (Abulféda, Gcogr. ; Reiske , Tabul. 23, p. 349; d'IIcrbclot , p. 364). Cette ville n'a été visitée par aucun voyageur moderne.

(2) Par l'ambassadeur du calife de Bagdad , lequel employa ce mot arabe ou chaldaïquc, qui signiuc seigneur et maître ( d'IIerbclot , p. 8 >5). Les écrivains de Byzance du onzième siècle le traduisent par ceux d'auToxoarojp , £a<ri>£uç faa-àewv, et le mot o-o^-ravoç ou soldanus , lorsqu'il eut passé des Gaznevides aux Seljoncides et aux émirs de l'Asie et de l'Egypte , se trouve souvent employé dans le langage familier des Grecs et des Latins. Ducange {Dis sert. 16 sur Joinville , p. 238-24°» Gloss. grœc. et latin.) travaille à trouver le titre de sultan employé dans l'ancien royaume de la Perse; mais ses preuves sont chimériques: il fonde son opinion sur un nom propre des thèmes de Constantin (n, 11), sur un passage de Zonarc, qui a confondu les époques, et sur une médaille de Kai-Khosrou, qui n'est pas , comme il le croit, le Sassanide du sixième siècle , mais le Seljoucide d'Iconiuin , qui vivait au treizième siècle. De Guignes, Hist. des Huns , t. i, p. ?.L\i\.

dans rindouslao.

dit son royaume de la Transoxiane aux euvirons d'Ispahan , et des rives de la mer Caspienne à l'embouchure de rindus; mais la sainte guerre qu'il fit aux Gentoux de l'Indoustan fut la principale source de sa réputation et de ses richesses. Un volume suturait J^°" 0 " s à peine poUr décrire les batailles et les sièges de ses douze expéditions qui , étrangères à mon sujet, doivent être ici resserrées en moins d'une page. Le sultan de Gazna ne fut jamais arrêté par l'inclémence des saisons, la hauteur des montagnes , la largeur des rivières, la stérilité des déserts, la multitude des ennemis, ou le formidable appareil de leurs éléphans de guerre (i) : ses victoires le portèrent au-delà des bornes des conquêtes d'Àlexand rc. Après une marche de trois mois dans les montagnes de Cachemire et du Thibet, il arriva à la cité fameuse de Kinnoge (2),

(1) Feri.shta ( apud Dow , Hist. of H indous tan, vol. 1, p. 49) P a rlc d'une arme à feu qu'on disait se trouver dans l'armée des Indous ; mais je ne croirai pas aisément à cet usage prématuré (A. B. 1008) de l'artillerie : je voudrais examiner d'abord le texte , et ensuite l'autorité de Ferishta, qui vivait à la cour mongole dans le dernier siècle.

(2) On place Kinnonge ou Canouge (l'ancienne Palimbothra), par 27 degr. 3 min. dé latit. , et 80 degr. 1 1 min. de longitude. Voyez d'Anville [Antiq. de l'Inde, p. G0-G2), corrigé par le major Rennel, qui a été sur les lieux ( voyez son excellent Mémoire sur sa carte de l Indous tan , p. 3y-43 de ce Mémoire). 11 faut réduire beaucoup des trois cents joailliers, des trente mille boutiques de noix d'areque, des soixante mille troupes de musiciens, etc., comptés par Abulféda, Gcogr. , Tab. xv, p. 27,1; Dow, vol. 1, p. 16.

située sur les bords du Haut- Gange ; et dans une bataille navale qui eut lieu sur un des bras de l'Indus ,

il mit en déroute quatre mille bateaux chargés des naturels du pays. Dehli , Lahor et Moultan , se virent forcées d'ouvrir leurs portes : la conquête du royaume de Guzarate tenta son ambition; la fertilité de ce pays l'engagea à y faire un établissement, et son avarice se laissa séduire à l'inutile projet de découvrir les îles de l'Océan méridional qui produisent For et les aromates. Les rajahs conservèrent leurs domaines en payant un tribut -, le peuple racheta au même prix sa vie et sa fortune -, mais le zélé musulman fut cruel et inexorable pour la religion des Gentoux : on compte par centaines les temples et les pagodes qu'il lit raser } il brisa des milliers d'idoles , et la matière précieuse dont elles étaient formées servit d'appât et de récompense aux serviteurs du prophète. La pagode de Sumnat se trouvait sur le promontoire de Guzarate, aux environs de Diu , l une des villes demeurées aux Portugais de leurs anciennes possessions (i). Elle était riche du revenu de deux mille villages-, deux mille brames y étaient consacrés au service de la divinité du lieu , qu'ils lavaient le matin et le soir dans de l'eau apportée du Gange, situé à une distance considérable-, ceux-ci avaient sous leurs ordres trois cents musiciens, trois cents barbiers et cinq cents

(i) Les idolâtres de l'Europe, dit Ferishta (Dow, vol. 1, p. 65 ). Voyez Abulféda, p. 272, et la Carte de l'Indoustan, par Rcnncl.

danseuses distinguées par leur naissance ou leur beauté. De trois côtés ce temple était défendu par

l'Océan-, un précipice, soit naturel, soit creusé par la main des hommes, fermait l'entrée de l'étroite langue de terre sur laquelle il se trouvait situé, et une nation de fanatiques remplissait la ville et les environs, tes ministres et les dévots déclarèrent que Kinnoge etDehli avaient été justement punies, mais que l'impie Mahmoud serait sûrement écrasé par les foudres du ciel s'il osait approcher du temple de Sumnat. Excité par le défi , le zèle religieux du sultan le porta à essayer ses forces contre celles de la divinité indienne. Cinquante mille de ses adorateurs tombèrent sous le fer des musulmans; les murs furent escaladés, le sanctuaire fut profané, et le vainqueur frappa de sa massue de fer la téte de l'idole. Les bramines effrayés offrirent, dit-on , dix millions sterling pour sa rançon. Les plus sages des courtisans de Mahmoud lui firent observer que la destruction d'une statue de pierre ne changerait pas les cœurs des Gentoux, et qu'une si grande somme pourrait être employée au soulagement des fidèles. « Vos raisons , répondit le sultan, sont spécieuses et fortes -, mais jamais Mahmoud ne consentira à se montrer aux regards de la postérité comme un marchand d'idoles. » Il redoubla ses coups, et un amas de perles et de rubis, cachés dans le ventre de la statue, expliqua en quelque sorte la dévote prodigalité des brames. Les débris de l'idole furent envoyés à Gazna , à la Mecque et à Médine. Bagdad écouta avec intérêt cet

Son r jraclèrt.

2oG HISTOIRE DK LA DÉCADENCE %

édifiant récit, et le calife honora Mahmoud du titre de gardien de la fortune et de la foi de Mahomet.

Engagé dans ces sentiers sanglans dont se composa l'histoire «les nations, j*j ne puis cependant me refuser à m'en détourner pour recueillir quelquesunes tics fleurs de la science et de la vertu. Le nom de Mahmoud le Gaznrvide est encore respecté en Orient j ses sujets jouirent de la prospérité et de la paix ; ses vices se cachèrent sous le voile de la religion , et deux exemples prouveront sa justice et sa magnanimité. i° Un jour qif il siégeait au divan, un malheureux vint se prosterner au pied du trône pour faire entendre des plaintes contre l'insolence d'un soldat turc, qui l'avait chassé de sa maison et de son lit. «Suspendez vos cris, lui dit Mahmoud; ayez soin de nf avertir lorsque le coupahle retournera chez vous , et j'irai moi-même le juger et le punir. » Le sultan, averti bientôt après , suivit son guide , rangea ses gardes autour de la maison, et faisant éteindre les flambeaux , il prononça la mort de celui qu'on venait de surprendre dans un crime de vol et d'adultère. L'arrêt exécuté, on ralluma les flambeaux-, Mahmoud se mil à genoux, et lorsque sa prière fut achevée, il demanda quelques alimens grossiers qu'il mangea avec la voracité de la faim. Le pauvre homme auquel il venait de rendre justice ne put contenir l'expression de sou étonnement et de sa curiosité , et 1 atlable sultan daigna expliquer les motifs d une conduite si singulière. « .l'avais lieu de croire, lui dit-il, qu'il n'v avait qu'un de mes

fils qui osât se permettre un pareil attentat; j'ai éteint les flambeaux afin que ma justice fût aveugle et inflexible. J'ai ensuite remercié le ciel de la découverte du coupable ; et telles ont été mes inquiétudes depuis l'instant de votre plainte, que j'ai passé ces trois jours sans prendre de nourriture. » ?.° Le sultan de Gazna avait déclaré la guerre à la dynastie des Bowides , souverains de la Perse occidentale : il fut désarmé par une lettre de la sultane mère, et différa son invasion jusqu'à ce que reniant alors sur le trône eût atteint l'Age d'homme (1). « Tant que mon mari a vécu , lui écrivit l'adroite régente , j'ai redouté votre ambition : c'était un prince et un guerrier digne de votre valeur. 11 n'est plus -, son sceptre a passé à une femme et à un enfant -, vous n'oserez, pas attaquer l'enfance et la faiblesse. Votre conquête n'aurait rien de glorieux, et combien votre défaite serait honteuse ! car enfin le Tout - Puissant dispose de la victoire. » Un seul défaut, l'avarice, ternissait le beau caractère de Mahmoud , et jamais passion ne fut si richement satisfaite. Les Orientaux passent toute vraisemblance dans la description de ses trésors , qu'ils composent de plus de millions d'or et d'argent que n'en a jamais accumulés l'avidité de l'homme; de perles, de diamans et de rubis, tels, par leur grosseur, que n'en a jamais produits la na-

(1) D'Herbelot , Biblioth. orientale, p. 627. Au reste, ces lettres, ces npôphthcgmcs, etc., offrent rarement le langage du cœur et le motif des actions publiques.

ture (i). On doit songer toutefois que le sol de Mndoustan est rempli de minéraux précieux" ; que son commerce a, dans tous les siècles, attiré l'or et l'argent du reste du monde , et que , jusqu'aux mahoniétans, ses trésors n'avaient été la proie d'aucun conquérant. La conduite de Mahmoud à sa mort fit sentir, d'une manière frappante, la vanité de ces possessions acquises avec tant de peine, gardées avec tant de danger, et dont la perte est si inévitable. 11 examina les vastes chambres qui contenaient les trésors de Gazna, fondit en larmes, et referma les portes sans distribuer aucune portion de tant de richesses qu'il ne pouvait plus espérer de conserver. Le lendemain , il fit la revue de ses forces militaires, composées de cent mille fantassins, de cinquantecinq mille cavaliers et de treize cents éléphans de guerre (2) : il pleura de nouveau sur l'instabilité des

(1) Ils citent, par exemple, un rubis de quatre cent cinquante roiskals (Dow, vol. 1, p. 53) ou six livres trois onces : le plus gros du trésor de Delhi pesait dix -sept miskals (Voyages de Tavernier, partie 11, p. 280). Il est vrai qu'en Orient on donne «le nom de rubis à toutes les pierres colorées ( p. 355 ) , et que Tavernier en avait vu trois plus grosses et plus précieuses parmi les pierreries de notre grand roi, le plus puissant et le plus magnifique de tous les rois de la terre ( p. 376).

(2) Dow, t. 1 , p. 65. On dit que le souverain de Kinnogr avait deux mille cinq cents éléphans' (Abulféd. , Geogr., Tab. xv, p. 274). Le lecteur peut, d'après ces détails sur Tlnde, corriger une note du chapitre 8, tome u , ou il

Mœurs et

émigration» des Turcs

rcomans.

grandeurs humaines ; et l'amertume de sa douleur

fut augmentée par les progrès des Turcomans qu'il avait introduits au sein de son royaume de Perse, où ils avançaient alors en ennemis.

Dans l'état actuel de dépopulation où se trouve l'Asie, ce n'est qu'aux environs des villes qu'on peut reconnaître l'action régulière du gouvernement et ouVu les soins de l'agriculture; le reste du pays est abandonné aux tribus pastorales des Arabes , des Curdes et des Turcomans (1). Deux hordes considérables de ceux-ci ont des établissemens des deux côtés de la mer Caspienne : la colonie occidentale peut armer quarante mille guerriers \ la colonie qui se trouve à l'orient, moins accessible aux voyageurs , mais plus forte et plus nombreuse , se compose à peu près de cent mille familles. Au milieu des nations civilisées, elles conservent les mœurs du désert de la Scythic, changent de campemens avec les saisons , et font paître leurs troupeaux parmi les ruines des palais et des temples. Ces troupeaux sont leur seule richesse : leurs tentes, blanches ou noires, selon la couleur de la bannière, sont couvertes de feutre et d'une forme

peut corriger ces détails d'après la note que je viens d'indiquer.

(1) Voyez un tableau exact et naturel de ces mœurs pastorales dans l'histoire de Guillaume, archevêque de Tyr (1. i, c. 7, GcstaDei per Francos, p. 633, 634 ), et une note précieuse qu'on doit à l'éditeur de V Histoire généalogique des Tatars, p. 535-538.

xi. 14

circulaire : une peau de mouton est le vêtement d'hiver de ces Barbares -, celui d'été" est formé d'une robe de drap ou de colon : la physionomie des hommes est

<» rosière et farouche , celle des femmes c>t douce et agréable. Une vie errante entretient leur esprit et leurs habitudes militaires-, ils combattent à cheval, et des querelles très - multipliées , entre eux et avec leurs voisins, leur donnent des occasions fréquentes de déployer leur courage. Ils achètent le droit de pâturage au moven d'un lé^er tribut au souverain du pavs : niais la juridiction domestique appartient aux chefs et aux vieillards. 11 paraît que la première migration des Turcomans orientaux (i), les plus anciens de leur race , eut lieu au dixième siècle de l'ère chrétienne. Dans le temps de la décadence des califes et de la faiblesse de leurs lieutenans, la barrière du Jaxartes fut souvent violée : après la retraite ou la victoire qui suivait chaque incursion , quelqu'une de leurs tribus, embrassant la religion de Mahomet, obtenait le droit de camper librement dans les plaines spacieuses et sous le climat agréable de la Transoxiane et de Carizme. Les esclaves turcs qui aspiraient au trône favorisaient ces migrations qui recrutaient leurs

(i) On peut découvrir les premières migrations des Turcomans et l'origine incertaine des Seljoucides dans l'histoire laborieuse des Huns , par M. de Guignes (t. i , Tables chronolog.,\. v; t. m, 1. vu, ix, x), dans la Biblioth. orientale de d'Herbelot (p. 799-802, 897-901), dansKlroacin (Hist, Saracen., p. 33i-333), et dans Abulpharage {Djnast., p. 221, 222).

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armées , intimidaient leurs sujets et leurs rivaux , et protégeaient la frontière contre les naturels plus sauvages du Turkestan : Mahmoud le Gaznevide abusa de cette politique plus qu'on ne l'avait lait encore; il fut averti de son imprudence par un chef de la race de Seljouk, qui habitait le territoire de Bochara. Le sultan lui demandait combien il pourrait fournir de soldats : « Si vous envoyez un de ces traits dans notre camp , répondit Ismaël , cinquante mille de vos serviteurs monteront à cheval. — Et si ce nombre, continua Mahmoud, ne suffisait pas? — Envoyez, répliqua Ismaël, ce second trait à la horde de Balik, et vous aurez cinquante mille guerriers de plus. — Mais , ajouta le Gaznevide , dissimulant ses inquiétudes , si j'avais besoin de toutes les forces de vos tribus alliées? — Alors, dit Ismaël, vous en verrez mon arc; il circulera parmi les tribus , et deux cent mille cavaliers obéiront à cet ordre. » Mahmoud, effrayé d'une amitié si redoutable, fit conduire les tribus les plus dangereuses dans l'intérieur du Khorasan, où elles se trouvèrent séparées de leurs compatriotes par l'Oxus ; et il eut soin de former cet établissement de manière que des villes soumises l'environnassent de toutes parts. Mais l'aspect de la contrée tenta plus qu'il n'épouvanta la nouvelle colonie, et l'absence, et ensuite la mort de Mahmoud, affaiblirent la vigueur de l'administration. Les pasteurs devinrent des brigands : ces bandes de brigands formèrent une armée de conquérans ; ils ravagèrent la Perse jusqu'à la ville d'Ispahan et

au fleuve du Tigre ; les Turcomans ne furent ni embarrasses ni ellrayés de se mesurer avec les souverains les plus orgueilleux de L'Asie. Massoud , fils et successeur de Mahmoud, avait trop négligé les conseils des plus sages d'entre ses omrahs : « Vos ennemis , lui répétaient-ils souvent, étaient dans l'origine un essaim de fourmis : ce sont aujourd'hui de petits serpens -, et si vous ne vous pressez pas de les écraser, ils acquerront tout le venin des plus grands reptiles. » Après quelques alternatives de trêves ou d'hostilités , après que ses lieutenans eurent éprouvé quelques revers ou obtenu des succès partiels, le sultan marcha en personne contre les Turcomans , qui , de tous côtés, fondirent sur lui sans ordre et en il dcibm poussant des cris affreux, a Massoud , dit l'historien 1 %id?."ï e ' persan (i), plongea seul au milieu du torrent des t^T armes étincelantes pour s'y opposer par des exploits a. d. io38. force et d » une va i eur gigantesques , tels que

n'en avait jamais déployés aucun monarque. Un petit nombre de ses amis, animés par ses paroles , par ses actions et par cet honneur inné qui inspire le brave, secondèrent si bien leur maître, que partout où il portait son redoutable glaive, les Barbares,, fauchés ou épouvantés par son bras , mordaient la poussière ou se retiraient devant lui. Mais au moment où la

(i) Dow, Hist. o/Hindostan, vol. i, p. 89, g5, 98. J'ai copié ce passage pour échantillon du style de l'auteur persan ; mais je présume que, par une bizarre fatalité, la manière de Ferishtaaura été perfectionnée par celle d'Ossian.

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victoire paraissait souffler sur son étendard, le malheur agissait derrière lui ; il regarda autour de lui , et vit toute son armée , excepté le corps qu'il commandait en personne , dévorer les sentiers de la fuite. » Le Gaznevide lut abandonné par la lâcheté ou la perfidie de quelques généraux d'origine turque ; et cette mémorable journée de Zendekan (i) fonda en Perse la dynastie des rois pasteurs (2).

Les Turcomans, vainqueurs , procédèrent aussitôt à l'élection d'un roi ; et si le conte assez vraisemblable d'un historien latin (3) mérite quelque crédit, le hasard décida du choix de leur nouveau maître. On écrivit successivement sur un certain nombre de traits les noms des différentes tribus, des familles de la tribu désignée par le sort, et des membres de ces familles

(1) Le Zendekan de d'IIcrbclot (p. 1028) , le Dindaka de Dow (vol. 1, p. 97) , est, scion toute apparence , le Dandanekan d'Abulféda (Gcogr. , p. 345, Reiske), petiteville du Khorasan , à deux journées de Marou , et célèbre en Orient par le colon que produisait sou sol et que travaillaient les habitait*.

(2) Les historiens de Byzanee (Cedrenus , t. 11, p. 76G, 767; Zonare,t. 11, p. 255 ; INicéphore ïïryennius , p. 21) ont confondu dans cette révolution les époques et les lieux, les noms et les personnes, les causes et les événemens. L'ignorance et les erreurs de ces Grecs, que je ne m'arrêterai pas à débrouiller, peuvent inspirer des doutes sur l'histoire de Cyaxare et de Cyrus, telle que la racontent les plus éloquens de leurs prédécesseurs.

(3) Guillaume de Tjv, 1. 1, c. 7, p. 033. La divination par les traits est ancienne et célèbre en Orient.

2l4 HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

qu'il avait favorisées j ils turent tirés l'un après l'autre des faisceaux par un enfant, et la couronne tomba sur Togrul-Beg, fils de Michel , fds de Seljouk, dont

le nom fut immortalisé par la grandeur où parvint sa postérité. Le sultan Mahmoud , très-versé dans la généalogie des familles de son pays, disait ne pas connaître celle de Seljouk ; ce chef paraît cependant avoir été puissant et renommé (i). Seljouk avait été banni du Turkestan pour avoir osé pénétrer dans le harem de son prince ; et, après avoir passé le Jaxartes à la téte d'une tribu nombreuse de ses amis et de ses vassaux , il campa aux environs de Samarcande ; ayant embrassé la religion de Mahomet , il obtint la couronne du martyre dans une guerre contre les infidèles. Sa carrière ne finit qu'à cent sept ans ; son fils était mort, et Seljouk avait pris soin de ses deux petits-fils, Togrul et Jaafar : l'aîné élait âgé de quarante - cinq ans lorsqu'il reçut le titre de sultan dans la cité royale de Nishabour. Ses vertus justifièrent l'aveugle déter-

(1) D'IIcrbelot, p. 801. Au reste, lorsque sa postérité fut parvenue au faîte des grandeurs , Seljouk se trouva être le trente-quatrième descendant du grand Afrasiab, empereur de Touran (p. 800). La généalogie tartare de Zingis offie une autre manière de flatter et une autre fable ; et l'historien Mirkhond fait venir les Seljoueides d'Alankavah , la Vierge mère (p. 801, col. 2). Si en effet ce sont les Zalzuts d Abulghazi-lkhadur-khan {Hist. gcncalog., p. 148) , on cite en leur faveur un témoignage de beaucoup de poids , celu: d'un prince tarlare lui-même, d'un descendant de Zingis, d'Alankavali ou Alamu, et Oghuz-kban.

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mination du sort. H serait superflu de vanter la valeur

d'un Turc; son ambition égalait sa valeur (i). Il r^m et

v ir« • i \ • «iii caractère de

chassa les Oaznevides des parties orientales de la Togrui-Beg. Perse, et, cherchant une contrée plus riche et un cli- io38-io63. mat plus doux, il les poussa peu à peu jusqu'aux rives de l'Indus. 11 mit fin en Occident à la dynastie des Bowidcs, et le sceptre d'Irak passa alors des mains des Persans entre celles des Turcs. Les princes qui avaient éprouvé ou qui redoutaient les traits desSeljoucides , se prosternèrent dans la poussière : Togrul, par la conquête de l'Aderbijan ou la Médie , s'approcha des f rontières romaines ; et le pasteur osa demander, par un ambassadeur ou par un héraut, obéissance et tribut à l'empereur de Constantinople (2). Dans ses États, Togrul était le père de ses soldats et de son peuple -, son administration ferme et impartiale répara en Perse les maux de l'anarchie, et ces mêmes mains, qui s'étaient trempées dans le sang, protégèrent l'équité et la paix publique. Les plus grossiers, peut-être les plus sages d'entre les Tur-

(1) Par une légère transformation, Togrul-Bcg se trouve être le Tangroli-Pix des Grecs. D'Herbelot (Bibl. orient., pag. 1027, 1028) et de Guignes (Hist. des Huns, t. m, p. 189-201) donnent des détails fidèles sur son règne et sur son caractère.

(2) Cedrenus (t. 11 , p. 774 , 77^) , Zonare (t. 11 , p. 257), avec leurs connaissances ordinaires sur les affaires d'Orient , parlent de l'ambassadeur comme d'uu sebérif, qui, semblable au syncellus du patriarche , était le vicaire et le successeur du calife.

3l6 HISTOIRE DE LA DECADENCE

comans (i), continuèrent à vivre sous les tentes de

leurs ancêtres -, et ces colonies militaires, protégées par le prince , se répandirent de l'Oxus à PEuphrate. Mais les Turcs de la cour et de la ville se policèrent par les alla ires , et s'amollirent par les plaisirs ; ils prirent l'habit , la langue et les mœurs de la Perse, et les palais de Nishabour et de Rey étalèrent Tordre et la magnificence d une grande monarchie. Les plus dignes d'entre les Arabes et les Persans parvinrent aux honneurs de l État, et le corps entier de la nation des Turcs embrassa avec ferveur et sincérité la religion de Mahomet. Ce sont les résultats d'une conduite semblable qui ont établi , entre les essaims des Barbares du Nord qui couvrirent l'Europe et ceux qui couvrirent l'Asie, cette irréconciliable inimitié qui les sépare. Parmi les musulmans , ainsi que parmi les chrétiens , des traditions indéterminées et locales ont cédé à la raison et à l'autorité du système dominant, a une antique réputation, et au consentement général des peuples; mais le triomphe du Koran est d'autant plus pur, que son culte n'avait rien de cette pompe extérieure qui pouvait séduire les païens,

(i) J'ai tiré de Guillaume de Tyr cette distinction des Turcs et des Turcomans , qui du moins est populaire et commode. Les noms sont les mêmes, et la syllabe man a la même valeur dans l'idiome de la Perse et dans la langue teutonique. Peu de critiques adopteront Tclymologie de Jacques de Vitry ( Hist. HierosoL, liv. i, c. n, p. 1061), qui dit que Turcomani signifie Turci et Cornant, un peuple mêlé.

par une sorte de ressemblance avec l'idolâtrie. Le premier des sultans Seljoucides se distingua par son zèle et sa foi : il faisait chaque jour les cinq prières ordonnées aux musulmans; il consacrait les deux premiers jours de la semaine par un jeûne particulier, et il élevait une mosquée dans chaque ville, avant d'oser y jeter les fondemens d'un palais (1).

En se soumettant à la religion du Koran, le fils de n délivre

# 1 1 le calife

Seljouk prit un grand respect pour le successeur du ae ^Bag^n. prophète; mais les califes de Bagdad et de l'Egypte se disputaient ce titre sublime , et ni l'un ni l'autre de ces rivaux ne négligeait rien pour démontrer la justesse de ses prétentions à des barbares iguorans mais puissans. Mahmoud le Gaznevide s'était déclaré en faveur de la ligne d'Abbas , et il avait rejeté avec mépris la robe d'honneur que lui présentait un ambassadeur fatimite. Cependant l'ingrat Uashémite changea avec la fortune; il applaudit à la victoire de Zendekan, et nomma le sultan Seljoueide son vicaire temporel dans le monde musulman. Togrul remplit et étendit les fonctions de cette charge ; il fut appelé à la délivrance du calife Cayem, et obéit aux ordres sacrés qui lui offraient un nouveau royaume à conquérir (2). Le commandeur des fi-

(1) Histoire gcncr. des Huns, tom. m 7 pag. i65 , 166, 167. M. de Guignes cite Abulmahasen , historien d'Egypte.

(2) Consultez la Bibliothèque orientale, articles Abbassides, Caher ou Cayem, et les Annales d'Elniaciii et d'A^ bulpharage.

(liftera la négociation durant plusieurs mois , jusqu'à ce qu'enfin la diminution graduelle de son revenu lui

apprit qu'il était toujours au pouvoir d'un maître. »» mort. Togrul venait d'épouser la fille de Cayem lorsqu'il k. d. iofi3. |n0|mit ^ . comme il ne laissait point de postérité ,

Alp-Arslan, son neveu, succéda à ses titres et à ses prérogatives } et les musulmans prononcèrent dans leurs prières publiques le nom d'Arslan après celui du calife. Cependant cette révolution augmenta la liberté et la puissance des Abbassides. Les monarques turcs, placés sur le troue de l'Asie, se montrèrent moins jaloux de l'administration domestique de Bagdad , et les cables lurent alîïancbis des vexations ignominieuses auxquelles les soumettaient la présence et la pauvreté des rois de la Perse.

u% Tur« Les Sarrasins, divisés et abâtardis sous de faibles Temp^" 1 ca ^ os ? respectaient les provinces asiatiques de l'emronuio. j )ire vomain, que les victoires de Nicéphore, de Zimiscès et de Basile, avaient prolongées jusqu'à Antioche et aux frontières orientales de l'Arménie. Vingt- cinq ans après la mort de Basile, l'empereur grec se vit attaqué par une borde inconnue de barbares, qui réunissaient à la valeur des Scythes le fanatisme des nouveaux convertis, les arts et la

(i) Eadem anno (A. H. 455) obiït princeps Togrul-Becus... Rex fuit clemens, prudens, e\ peritus regnandi , cujus terror corda mortatium invaserat , ita ut obedirent ei reges atquc ad ipsum scribertnt. El marin , Hist. Saraccn., p. 34^ , vers. Erpenii.

richesse d'une monarchie puissante (i). Des myriades de cavaliers turcs couvrirent une frontière de six cents milles, depuis Tauris jusqu'à Erzeroum, et cent trente mille chrétiens périrent en l'honneur du prophète de l'Arahie ; mais l'empire grec ne reçut pas , des armes de TogruI, une impression profonde ni durable : le torrent de l'invasion s'éloigna du pays ouvert. Le sultan essaya sans gloire , ou du moins sans succès, le siège d'une ville d'Arménie; les diverses chances de la fortune , tantôt interrompirent, tantôt renouvelèrent ces obscures hostilités, et la bravoure des légions de Macédoine rappela la gloire du vainqueur de l'Asie (a). Le nom d'AIp- d ,^} èg,I £ rs Arslan, qui signifie le brave lion, exprime le carac- J an j tère qui , dans les idées communes , constitue la 1063-107».

(1) Voyez sur les guerres des Turcs et des Romains, Zonare et Cedrenus , Scylitzes , le continuateur de Cèdre— nus, et Wicéphore Bryennius César. Les deux premiers étaient des moines , et les deux derniers des hommes d'Etat; cependant tels étaient les Grecs d'alors, qu'on aperçoit à peine quelque différence de style et de caractère. Quant à ce qui regarde les Orientaux, je profite, comme à l'ordinaire, des richesses de d'Iïerhelot ( voyez les articles des premiers Seljoucides) , et des recherches exactes de M. de Guignes (Hist. des Huns, t. m, 1. x).

(2) E^ÊpSTO 7*p £V ToVpXWlÇ , fOÇ SOÎ 7727rOWf*£VOV xxTairrpa-

<j»jvai to Toupxwv ^êvo; oltzo ttj; toiccjt*;? duvapsco; , offotav 0 Maxcàuv A>e£av<îpo? tyjw y.xTa<7TprJ>aro Utovy.;. (Cedrenus, t. 11, pag. 791). La crédulité du vulgaire est toujours vraisemblable, et les Turcs avaient appris des Arabes l'histoire ou la légende d'Eseander Dulcarnien. D'IIerb., p. 3 17, etc.

perfection de l'homme , et le successeur de Togrul déploya la fierté courageuse et la générosité de ce roi des animaux. 11 passa l'Euphrate à la tète de la cavalerie turque , et entra dans Césarée , métropole de la Cappadoce, où il avait élé attiré par la réputation et la richesse de l'église de Saint- Basile. La solidité de l'édifice résista à ses intentions destructives ; mais il enleva les portes du sanctuaire incrustées d'or et de perles , et il profana les reliques de ce saint , dont les faiblesses humaines étaient alors couvertes de la vénérable poussière de Tanti- < quité. Alp- Arslan acheva la conquête de l'Arménie CooquAic et de la Géorgie. La monarchie d'Arménie et le

*• l'Armé- * f . t

me rt de la courage de ses habitans étaient anéantis: des mera S* cenaires de Constantinople , d'infidèles étrangers, des vétérans sans solde ou sans armes, des recrues sans expérience ou sans discipline, cédèrent lâchement les places qu'ils devaient défendre. On ne s'occupa qu'un jour de la perte de cette frontière importante , et les catholiques ne furent ni surpris ni affligés de voir un peuple si infecté des erreurs de Nestorius et d'Eutychès , livré par le Christ et sa mère aux mains des infidèles (i). Les naturels de la

(l) Ot xai lfopiav xat Msa-oîTorapav , xai Apf/evixv oaeovot, xae ot rry lovtfaoajv tov Xi aropiov xat twv Axé^oXwv Opisoxfuouoty aifxaiv Scylitzes, ad calccm Cedrcni, t. n , p. 834, dont les constructions équivoques ne me déterminent pas à penser qu'il ait confondu le nestorianismc et l'hérésie des monophysites. Il parle familièrement de pnvt;, x°^°»ï opy»; ©cou, qualités que je croirais étrangères à l'être parfait; mais son aveugle

Géorgie (i) ou les Ibériens se soutinrent avec plus de constance dans les bois et les vallées du mont Caucase ; niais Arslan et Malek son fils se montrèrent infatigables dans cette guerre religieuse : ils exigeaient de leurs captifs une obéissance spirituelle et temporelle ; et les infidèles qui demeurèrent attachés au culte de leurs ancêtres, furent contraints de porter, au lieu de colliers et de bracelets , un fer à cheval , marque d'ignominie. Le changement ne fut toutefois ni sincère ni universel : à travers des siècles de servitude , les Géorgiens ont conservé la suite de leurs princes et de leurs évéques ; mais l'ignorance, la pauvreté et le vice, dégradent une race d'hommes à qui la nature a donné les formes les plus parfaites. Leur profession, et surtout leur pratique du christianisme , est purement nominale, et s'ils se sont affranchis de l'hérésie , c'est qu'ils sont trop ignorans pour se rappeler des dogmes métaphysiques, quels qu'ils soient (9.).

doctrine est forcée d'avouer que cette colère op'/rj , pjvi;, etc., tomba bientôt sur les Latins orthodoxes.

(1) Si les Grecs avaient connu le nom de Géorgiens (Stritter, Memoriœ byzant., t. iv, Ibcrica) , je le ferais venir de leur agriculture, ainsi que le iîoiQai yswpyoi d'Hérodote (1. iv, c. 18, p. 289, édit. de Wesseling). IWais on ne le trouve parmi les Latins (Jacques de Vitry, Hisl. f/icrosol., c. 79, p. iog5), et les Orientaux (d'Herbelot , p. 4°7)> l I ue depuis les croisades, et il a été dévotement tiré du nom de saint George de Cappadoce.

(2) Mosheim , Instit. Hist. ccclcs., p. 632. V oyez dans les Voyages de Chardin (t. 1, p. 171 - 174), les moeurs et la

reur Ro manus Diogène.

Lvmpe- Alp-Arslan n'imita pas la grandeur d'âme réelle ou fausse de Mahmoud le Gaznevide, et il fit la guerre sans scrupule à l'impératrice Eudoxie et à ses enfans. Ses progrès alarmans obligèrent Eudoxie à donner sa main et son sceptre à un soldat, et Romanus Diogène fut revêtu de la pourpre impériale. Entraîné par son patriotisme , et peut-être par son orgueil , il sortit de Constantinople deux mois après son avènement au trône ; et Tannée suivante il entra en campagne au milieu des fêtes de Pâques , au grand scandale des peuples. Dans le palais , Diogène n'était que le mari d'Eudoxie ^ mais à l'armée c'était l'empereur des Romains , et il soutenait ce caractère avec de faibles ressources et un courage invincible. Sa valeur et ses succès inspirèrent l'activité à ses soldats , l'espérance à ses sujets , et la crainte à ses ennemis. Les Turcs avaient pénétré jusque dans le cœur de la Phrygie; mais le sultan avait abandonné à ses émirs la conduite de la guerre, et leurs nombreux détachemens s'étaient répandus en Asie avec la confiance que donne la victoire. Les Grecs surprirent et battirent séparément ces corps chargés de butin et étrangers à la discipline : l'empereur semblait se multiplier par son activité, et tandis que l'ennemi écoutait les nouvelles de son expédition auprès d'Antioche, il sentait ses coups sur les collines de

religion de cette peuplade si belle et «si méprisable. La généalogie de leurs princes , depuis Adam jusqu'à nos jours, se trouve dans les Tables de M. de Guignes, t. i,p. 433-438.

Trébisonde. Les Turcs, après trois campagnes difficiles, furent repousses au-delà de l'Euphrate-, Romauus entreprit, dans une quatrième, la délivrance de l'Arménie. La dévastation du pays l'obligea à transporter des vivres pour deux mois, et il alla faire le siège de Malazkerd (i), forteresse imporlante située entre les villes modernes d'Erzeroum et de Van. Son armée se montait au moins à cent mille hommes. Les troupes de Constantinople étaient renforcées delà multitude désordonnée de la Phrygie et de la Cappadoce; mais la véritable force de l'armée se composait des sujets et des alliés d'Europe, des légions de la Macédoine et des escadrons de la Bulgarie, des Uzes, horde moldave, qui étaient eux-mêmes de

race turque (2), et surtout des bandes mercenaires des Français et des Normands. Le brave Ursel de

(1) Constantin Porphyrogénète fait mention de cette ville {de Adminlstr. Imper., 1. 11 , c. 44» P- 1 '9)- Les auteurs qui écrivirent à Byzance dans le onzième siècle, en parlent également sous le nom de Mantzikierte , et plusieurs la eonfondent avec Théodosiopolis; mais Delisle , dans ses INotcs et sa Carte, a fixé la situation de Malazkerd. Abulléda (Geogr. , Tab. 17, p. 3io) dit que Malazkerd est une petite ville bâtie de pierres noires, où Ton trouve de l'eau , mais où il n'y a point d'arbres, ele.

(2) Les Uzes des Grecs ( Stritter, Mcmor. byzant., t. 1 1 1 , p. 923-948) sont les Gozz des Orientaux (Ifist. des Huns, t. 11, p. 5^2 ; t. 111, p. 1 33 , etc.). On les trouve sur les rives du Danube et du Volga, dans l'Arménie, la Syrie et le Khorasau , et il parait qu'on donna ce nom à la nation entière des Tui comans.

xi. i5

Bailleul, allié et tige des rois cTÉcosse (i), commandait ces derniers, qui avaient la réputation d'exceller dans les armes, ou, selon l'expression des Grecs , dans la danse pyrrhique. *

Défaite des , A la nouvelle de cette invasion hardie qui menaaTÎT" çait ses domaines héréditaires, Alp-Arslan, à la tête

io 7 i, at)ût. ^ quinte m îH e hommes, vola vers le théâtre delà

guerre (2). Ses rapides et savantes évolutions troublèrent et épouvantèrent l'armée des Grecs, supérieure en nombre j et la défaite de Basilacius, un de leurs principaux généraux, fut la première occasion où il déploya sa valeur et sa clémence.. L'empereur, après la réduction de Malazkerd , avait imprudemment séparé ses forces. Ce fut en vain qu'il voulut

(1) Geoffroy Ma la terra (1. i, c. 33 ) distingue Urselius (le Russelius <1" Z on are) parmi les Normands qui subjuguèrent la Sicile, et il lui donne le surnom de Baliol. Les historiens d'Angleterre vous disent comment les Bailleuls vinrent de Normandie à Durham , bâtirent le château de Bernard sur la Tees , épousèrent une héritière d'Ecosse , etc. Ducange (Note ad Nicephor. Brjennium, 1. h, n° 4) a fait des recherches sur cette matière en l'honneur du président de Bailleul , dont le père avait quitté la profession des armes pour celle de la robe.

(2) Elmacin ( pag. 343, 344) indique ce nombre assez vraisemblable; mais Abulpharage (p. 227) le réduit à quinze mille cavaliers, et d'Herbelot (p. 102) à douze mille. Au reste, le même Elmacin donne trois cent mille hommes à l'empereur; Abulpharage dit aussi : Cum centum hominum millibus , multisque equis et magna pompi instructifs . Les Grecs s'abstiennent de fixer aucun nombre.

rappeler près de lui les Francs mercenaires; ils n'obéirent point à ses ordres, et sa fierté ne lui permit pas d'attendre leur retour. La désertion des Uzes remplit bientôt son esprit d'inquiétudes et de soupçons, et, contre les plus sages avis, il s« hata de livrer une bataille décisive. S'il eût prêté l'oreille aux propositions raisonnables qui lui furent faites de la part du sultan, il pouvait encore s'assurer une retraite et peut-être la paix; mais Romanus ne vit dans ces ouvertures que la crainte ou la faiblesse de l'ennemi, et il répondit du ton de l'insulte et du défi : « Si le Barbare désire la paix, il doit abandonner aux Romains le terrain qu'il occupe, et livrer la ville et le palais de Rey pour gage de sa bonne foi. » Arslan sourit de cet excès de vanité, mais 11 déplora la mort d'un si grand nombre de fidèles musulmans, et, après une prière fervente, il déclara à ses soldats que ceux qui voulaient se retirer en avaient la permission. 11 releva lui-même les crins de la queue de son cheval-, il échangea son arc et ses traits contre une massue et un cimeterre, se revêtit d'un habit blanc, se parfuma de musc, et déclara que s'il était vaincu, le lieu où il se trouvait serait celui de sa sépulture (1). 11 avait alVecté de rejeter ses armes de

(1) Les auteurs grecs ne disent pas «Tune manière si claire que le sultan se soit trouvé à la bataille: ils assurent que Arslan donna le commandement de ses troupes à un eunuque, et qu'il se retira au loin, etc. Est-ce par ignorance ou par jalousie, ou bien le fait est-il véritable?

trait; mais il attendait la victoire des flèches de la cavalerie turque, dont les escadrons étaient é par s en forme de croissant. Romanus, au lieu de distribuer son armée en lignes successives et en corps de réserve, selon la tactique (les Grecs, eu lit un bataillon serré, et se précipita avec vigueur contre les Turcs, qui ne résistèrent a la force du ( hoc que par l'adroite souplesse de leurs mouvemens. La plus grande partie d'un jour d'été fut employée à cet inutile combat; la prudence et la fatigue le déterminèrent à rentrer dans son camp. Mais une retraite en présence d'un ennemi actif est toujours dangereuse -, et du moment où l'on porta les drapeaux sur les derrières, la phalange se rompit par la Jacheté ou la jalousie plus vile encore d'Andronicus, prince rival de Romanus, qui déshonorait sa naissance et la pourpre dés Césars (i). Dans ce moment de confusion et de fatigues, les Grecs furent accablés d'une nuée de traits lancés par les escadrons turcs, qui, des pointes de leur redoutable croissant, enfermèrent les derrières de l'ennemi. L'armée de Romanus fut taillée en pièces, son camp fut pillé, et il est inutile d'indiquer le nombre des morts et celui des captifs. Les écrivains de Bv-

(i) 11 était fils de César-Jean Ducas , frère île l'empereur Constantin (Ducange, Farn. byzant., p. i65). Nicéphore Bryemiîus loue ses vertus et atténue ses fautes (1. I, p. 3o- 38; 1. u, p. 53); niais il avoue sa haine pour Romanus, q-j Travu feyàiuq Ê ^ov ttooç Caaùs*. Scylitzes parle plus nettement de la trahison il' And rouir.

zance regrettent une perle d'un prix inestimable, et ils oublient de nous dire que cette fatale journée enleva pour jamais à l'empire ses provinces d'Asie.

Aussi long- temps qu'il demeura quelque espé- Captivité ei rance, Romanus essaya de rallier et 4 e sauver les de i'« m restes de ses troupes. Voyant le centre ou il se trouvait ouvert de tous côtés, et environné par les Turcs triomphans, il se battit jusqu'à la fin du jour avec le courage du désespoir, et à la téte des braves guerriers qui demeurèrent fidèles à son drapeau. Ils tombèrent tous autour de lui 5 son cheval fut tué j il fut blessé lui-même; seul et intrépide, il se défendit jusqu'à ce que, pressé par le nombre, il perdit la liberté de ses mouvemens. Un esclave et un soldat se disputèrent la gloire de cette illustre prise ; l'esclave l'avait vu sur le trône de Gonstantinople, et le soldat , d'une figure très-difforme , n'avait été admis dans les troupes que sur la promesse de faire des actions de valeur. Romanus, dépouillé de ses armes, de ses pierreries et de sa pourpre , passa la nuit sur le champ de bataille , seul et exposé aux plus grands dangers, au milieu de la foule des derniers soldats. A la pointe du jour, on le présenta à Alp-Arslan , qui douta de sa fortune jusqu'à ce que ses ambassadeurs eussent reconnu Romanus, et que leur témoignage eût été confirmé par la douleur de Lasilacius , qui baisa en pleurant les pieds de son malheureux souverain. Le successeur de Constantin , vêtu comme un homme du peuple, fut mené au divan, et on lui ordonna de baiser la terre devant le maître de l'Asie.

23o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

Il obéit avec répugnance : on dit qu'alors le sultan s'élança de son trône , et qu'il posa son pied sur le cou (i) de l'empereur romain ; mais le fait est douteux; et si, dans l'insolence de la victoire, le sultan se conforma à un usage de la nation des Turcs, la conduite d'Alp-Arslan a d'ailleurs arracné les éloges des fanatiques grecs, et peut servir de modèle aux siècles les plus civilisés. Il releva sur-le-champ le prince captif, et , lui serrant par trois fois la main avec tendresse, il l'assura qu'on n'attenterait ni à ses jours ni à sa dignité, et qu'Arslan avait appris à respecter la majesté de ses égaux et 1 es vicissitudes de la fortune. On mena ensuite Romanus dans une tente voisine, ou il fut servi avec appareil et avec respect par les officiers du sultan, qui , le matin et le soir, lui donnait la place d'honneur à sa table. Durant une conversation familière de huit jours le vainqueur ne se permit pas une parole, pas un coup d'œil d'insulte; mais il censura vivement les indignes sujets qui avaient abandonné leur brave prince au moment du danger, et il avertit doucement son antagoniste de quelques erreurs qu'il avait commises dans la conduite de la guerre. En disputant les préliminaires de la négociation, il demanda à l'empereur quel traitement il s'attendait à recevoir; et la tranquille indifférence de celui-ci donna une preuve de la li-

(i) Nicephore et Zonarc omettent sagement ce fait, qui est rapporté par Scvlilzes et Manassès , mais qui paraît difficile a croire.

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. LVII. 2 3l

berté d'esprit qu'il conservait. « Si vous êtes cruel, lui dit-il, vous m'ôterez la vie; si vous écoutez l'orgueil, vous me traînerez derrière votre char$ et si vous consultez vos intérêts, vous accepterez une rançon et vous me rendrez à mon pays. — Mais, continua le sultan, comment m'auriez-vous traité, si le sort de la guerre vous eût été favorable? » La réponse du prince grec lut dictée par un sentiment que la prudence, et même la reconnaissance, auraient dû rengager à taire. « Si je t'avais vaincu, répondit-il fièrement, je t'aurais fait charger de coups. » Le vainqueur sourit de l'insolence de son captif -, il observa que la loi des chrétiens recommandait pourtant d'aimer ses ennemis et de pardonner les injures, et ajouta noblement qu'il ne suivrait pas un exemple qu'il désapprouvait. Arslan dicta, après un mûr examen, les conditions de la paix et de la liberté de l'empereur; il exigea une rançon d'un million de pièces d'or, et un tribut annuel de trois cent soixante mille (i), le mariage des enfans des deux princes, et la délivrance de tous les musulmans qui étaient au pouvoir des Grecs. Romanus signa en soupirant ce traité si honteux pour l'empire;

(1) Les Orientaux attestent la rançon et le tribut, qui sont bien vraisemblables. Les Grecs gardent modestement le siUBcc, si Ton en excepte Nicéphore Bryennius, qui ose assurer que les articles étaient ojy. avaria; l'o^atwv ap^y;; , et que l'empereur aurait préféré la mort . ; « un honteux traite.

on le revêtit ensuite d'un cafetan d'honneur; on lui rendit ses ^nobles et ses patriciens -, et Arslan, après l'avoir embrassé d'une manière affectueuse, le renvoya avec de riches présens et une gaule militaire. Romanus, arrivé aux frontières de l'empire, apprit (pie le palais et les provinces s'étaient crus dégagés , envers un captif, de leur serment de fidélité; il eut peine à ramasser deux cent mille pièces d'or, et il envoya cette partie de sa rançon , en avouant tristement au vainqueur son malheur et son impuissance. La générosité, et peut-être l'ambition du sultan, l'engagèrent à épouser la cause de son allié; mais la défaite, l'emprisonnement et la mort de Romanus Diogène, empêchèrent l'exécution de ses projets (i). Mona'Aip- 11 ne paraît pas que, dans le traité de paix, Alp- A. k D l iojx Arslan ait exigé de l'empereur captif de lui céder des provinces ou des villes : les trophées de sa victoire et les dépouilles de l'Anatolie, d'Antiocbe à la mer

(i) Les détails de la défaite et de la captivité de Romanus Diogène se trouvent dans Jean Scylitzes {ad calccm Cedreni, t. n , p. 835-843), Zonare(t. n, p. 281-284), Nieéphore Bryennius ( livr. 1, p. :».5-3>), Glycas(p. 325- 3?.7), Constantin IManassès ( pag. 1 3^ ) , Elmaein [Hist. Saraccn., pag. 3^3, 3/j | ) , Ahulpharage (J)ynast., p. 227), d'Hcrbelot (pag. io2-io3", de Guignes (toin. m, p. 207- 211 ). Outre mes anciennes cou naissances , Elmaein et Ahulpharage, l'historien des Huns a consulté Abu©da et Bensehounah , son abréviateur, une Chronique des califes, par Soyouthi , l'Egyptien Abuhnahasen , et l'Africain Kovairi.

Noire , suffirent à sa vengeance. La plus belle partie de l'Asie obéissait à ses lois : douze cenls princes ou fils de princes environnaient son trône, et deux cent mille soldats marchaient sous ses étendards. Le sultan ne daigna pas envoyer à la poursuite des Grecs fugitifs -, mais il médita la conquête plus glorieuse du Turkestan, berceau de la maison de Seljouk. Il se porta de Bagdad aux rives de l'Oxus ; on jeta un pont sur le fleuve , ot le passage de ses troupes occupa vingt journées. Mais le gouverneur de Berzem , Joseph le Carizmien, arrêta ses progrès et osa défendre sa forteresse contre les forces de l'Orient. Lorsqu'on amena le captif dojis la tente royale, le sultan, au lieu de donner des éloges à sa valeur, lui reprocha durement sa folle obstination ; irrité de l'insolence des réponses de Joseph , Arslan ordonna de l'attacher à quatre poteaux et de le laisser mourir dans cette affreuse situation. Le Carizmien, désespéré , tira son poignard et se précipita vers le trône ; les gardes levèrent leur hache de bataille ; leur zèle fut réprimé par Arslan, le plus habile archer de son temps : il tira son arc, mais son pied glissa; le trait ne fit qu'effleurer les lianes du captif, qui plongea son poignard dans le sein du sultan , et qui au même instant fut mis en pièces. La blessure était mortelle, et le prince turc donna cette leçon à l'orgueil des rois. « Dans ma jeunesse, dit- il en mourant, un sage me conseilla de m'humilicr devant Dieu, de me défier de mes forces , et de ne jamais dédaigner l'enneiùi qui parait le plus méprisable. J'ai négligé ces

avis, et je suis justement puni de cette négligence. Lorsque du haut de mon trône je regardais hier les

nombreux bataillons, la discipline et le courage de mon armée , la terre paraissait trembler sous mes pieds , et je disais dans mon cœur : Tu es sûrement le roi du monde , le plus grand et le plus invincible des guerriers. Ces troupes ne sont plus à moi, et, pour avoir trop compté sur ma force personnelle, je meurs sous les coups d'un assa sin (i). » Alp-Arslan possédait les vertus d'un Turc el celles d'un musulman 5 sa voix et sa taille inspiraient le respect; de longues moustaches ombrageaient sa figure, et son large turban s'arrangeait eu à l'orme de couronne. Les restes du sultan turent déposés dans le tombeau de la dynastie Seljoucide , où I on grava cette belle inscription (-0 : « Vnl\s QUI AVKX VU LA GLOIRE d'Alp-

Akslan f.xaltkk jusqu'aux cikux, venez, a Marou , et vous le vi: riiez JUNS la poussière;» et ce qui achève de montrer l'instabilité des grandeurs humaines , l'inscription elle tombeau ont disparu.

(1) D'IIcrbeîot (p. io3, m/[) et M. île Guignes (t. m, p. 2i?., ?i3) racontent, d'après les écrivains orientaux , cette -mort intéressante; mais ces deux auteurs n'ont pas conservé dans leur récit l'âme d'Elmaein ( Hist, Saracen.,

(2) Un critique célèbre (feu le docteur Johnson), qui a examine avec tant de rigueur les épitaphes de Pope , pourrait chicaner sur ces mots de cette sublime inscription : Venez a iWarou , puisqu'on doit y être au moment où on lit l'inscription. ,

Durant la vie d'Alp-Arslan , son fils aîné, Malek- Règne et

Shah avait été reconnu héritier présomptif du trône deMaiek-

des Turcs j mais à la mort du sultan , l'oncle de Ma- a. d.

lek, son cousin et son frère, lui disputèrent la succession : ces trois compétiteurs prirent les armes et rassemblèrent leurs troupes; Malek -Shah (1), en triomphant d'eux tous , établit à la fois sa réputation et le droit de primogéniture. Dans tous les temps la soif de l'autorité a inspiré les mêmes passions et occasioné les mêmes désordres, principalement en Asie 5 mais, au milieu de tant de guerres civiles , il serait difficile de trouver rien d'aussi pur et d'aussi magnanime que le sentiment exprimé dans un mot du prince turc. La veille de la bataille, il priait à Thous , devant le tombeau d'un iman appelé Riza : lorsqu'il se fut relevé , il demanda à Nizam , son visir, qui s'était mis à genoux derrière lui , quel avait été l'objet de sa prière. Le ministre répondit prudemment, et selon toute apparence avec sincérité : « J'ai demandé que la victoire accompagnât vos armes. — Pour moi , répliqua le généreux Malek , j'ai prié le Dieu des armées de m'ôter la vie et la couronne, si mon frère est plus digne que moi de régner sur les

(1) La Bibliothèque orientale' a donné le texte du règne de Malek (p. 54^, 543 , 544? 654-655), et Y Histoire générale des Huns ( t. m, p. 214-224) répète les mêmes faits, avec les corrections et les supplémens qu'on y trouve pour l'ordinaire. J'avoue que sans les recherches de ces deux savans Français, il me serait impossible de me reconnaître dans le monde oriental

musulmans. » Le ciel jugea en sa faveur ; le calife ratiGa ce jugement , et communiqua pour la première fois à un Barbare le titre sacré de commandeur des fidèles; -mais ce Barbare, par son mérite personnel et l'étendue de son empire , était le plus grand prince de son siècle. Après avoir réglé le gouvernement de la Perse et de la Syrie , il partit à la téte d'une armée innombrable pour faire la conquête du Turkestan , que son père avait entreprise. Lorsqu'il passa l'Oxus, des bateliers employés au transport de quelques troupes se plaignirent de ce qu'on avait assigné leur solde sur les revenus d'Antioche : le sultan marqua son mécontentement de celte assignation déplacée , mais il sourit de l'adroite flatterie du visir. «Ce n'était pas, dit-il, pour différer leur salaire que j'ai choisi ces lieux éloignés; mais pour attester à la postérité que sous votre règne Antioche et l'Oxus obéirent au même souverain. » Au reste, cette fixation des limites des États de Malék était beaucoup trop bornée. Il soumit au-delà de l'Oxus les villes de Bocbara , Carizme et Samarcande ; B écrasa tous les rebelles et tous les sauvages indépendans qui osèrent lui résister. Malek passa le Sihon ou Jaxartes , la dernière frontière de la civilisation des Persans. Les hordes du Turkestan se soumirent à son empire ; son nom fut gravé sur les monnaies et répété dans les prières duCashgar, royaume tartare situé aux confins de la Chine. De cette frontière de la Chine , il étendait à l'occident et au midi sa juridiction immédiate ou son autorité de suzerain, jus-

DE L'EMPIRE ROMAIN. CHAP. LVII. 2$>j

quaux montagnes de la Géorgie, aux environs de Constantinople , à la sainte cité de Jérusalem, et aux

bocages parfumés de l'Arabie Heureuse/ Au lieu de s'abandonner à la mollesse de son sérail, le roi pasteur ne cessa , soit durant la paix ou durant la guerre, de se tenir en activité, et toujours en campagne. Transportant continuellement son camp d'un lieu à un autre , il favorisa successivement toutes les provinces de sa présence, et on dit qu'il parcourut douze 'fois la vaste étendue de ses domaines , qui surpassaient en grandeur les États de Cyrus et ceux des califes. Le pèlerinage de la Mecque fut la plus religieuse et la plus éclatante de ces expéditions. Ses armes protégèrent la liberté et la sûreté des caravanes \ ses abondantes aumônes enrichirent les citoyens et les pèlerins , et il interrompit la tristesse du désert par des asiles où les voyageurs trouvaient le repos et la fraîcheur. La chasse était son plaisir et même sa passion , et son équipage se composait de quarantesept mille cavaliers. Ces chasses étaient de véritables tueries \ mais après chacune , il donnait aux pauvres autant de pièces d'or qu'on avait tué de pièces de gibier : faible compensation , payée aux dépens du peuple , de ce qu'il en coûte pour l'amusement des rois ! Durant la paisible prospérité de son règne, les villes de l'Asie se remplirent de palais et d'hôpitaux, de mosquées et de collèges; on ne sortait guère du divan sans récompense, et jamais sans obtenir justice. La langue et la littérature de la Perse se rani-

mèrent sous le règne de la maison de Seljouk (i), et si Malek se piqua d'égaler la libéralité d'un Turc moins puissant que lui (2), son palais dut retentir des vers de cent poètes. Le sultan donna des soins plus sérieux et plus éclairés à la réforme du calendrier , qui fut opérée par une assemblée générale des astronomes de l'Orient. Les musulmans sont assujettis, par une loi de Mahomet, au calcul irrégulier des mois lunaires : depuis le siècle de Zoroastre, les Persans ont connu la révolution du soleil, et Font célébrée par une fête annuelle (3)^ mais, après la chute de Fempire des mages, on avait négligé Fintercalation : les minutes , les heures s'étaient accumulées , avaient formé des jours , et le commencement du printemps se trouvait avancé du signe du bélier à celui des poissons. «Le règne de Malek fut illustré par l'ère gélaléenne , et toutes les erreurs

(1) Voyez un excellent Discours à la fin de Y Histoire de Nadir-Shah, par sir William Jones, et les articles des poètes Amak, Anvari , Raschidi , etc., dans la Bibliothèque orientale.

(2) Ce prince turc se nommait Kheder-khan ; il avait quatre sacs de pièces d'or et d'argent autour de son sopha , et il en donnait des poignées aux poètes qui lui récitaient des vers (d'Herbelot, p. 107). Tout cela peut être vrai ; mais je ne conçois pas que Kheder ait pu régner dans la Transoxiane au temps de Malck-Shah , et encore moins qu'il ait pu éclipser Malek par son fa*s^e et sa puissance. Je présume que ce prince régna au commencement, et non pas à la fin du onzième siècle.

(3) Voyez Chardin, Voyages en Perse, t. 11, p. 235.

passées ou futures se trouvèrent corrigées par un calcul qui surpasse l'exactitude du calendrier julien», et qui approche de celle du calendrier grégorien (i).

Les lumières et l'éclat qui se répandirent sur TA- sa mon. sie, dans un temps où 1 Europe était plongée dans la plus profonde barbarie , peuvent être attribués à la docilité plutôt qu'aux connaissances des vainqueurs turcs. Ceux-ci durent une grande partie de leur sagesse et de leur vertu à un visir persan, qui gouverna l'empire sous le règne d'Alp-Arslan et de son fils. Nizam, un des ministres les plus éclairés de l'Orient, était traité par le calife comme l'oracle de la religion et de la science; le sultan s'en reposait sur lui comme sur le fidèle ministre de son pouvoir» et de sa justice. Après une administration de trente ans, la réputation du visir, sa fortune et même ses services lui furent imputés comme autant de crimes. 11 fut renversé par les intrigues d'un de ses rivaux unies à celles d'une femme, et sa chute fut accélérée par l'imprudence qu'il eut de dire qu'à son bonnet et à son écritoire, emblèmes de son office, se trouvaient attachés, par les décrets de Dieu, le trône et le diadème du sultan. Ce respectable mi-

(i) L'ère gélaléenne (Gelaleddin, la Gloire de la foi, était un des noms ou titres de Malek-Shah) , est fixée au i5 mars x A. H. 471 (A. D. 1079). Le docteur Hyde a rapporté les témoignages originaux des Persans et des Arabes (de Religione veterum Persarum, c. 16, p. 200-211 ).

2 4o HISTOIRE DE LA DÉCADENCE

nistre se vit, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, chassé par son maître, accusé par ses ennemis, et assassiné par un fanatique : ses dernières paroles attestèrent son innocence, etMalek, après sa mort,

n'eut plus qu'un petit nombre de jours sans gloire -, il quitta lspahan qui avait été le théâtre de cette scène d'iniquité, et se rendit à Bagdad avec le projet de détrôner le calife et de fixer sa résidence dans la capitale des musulmans. Le faible successeur de Mahomet obtint un répit de dix jours, et avant l'expiration de ce terme, Malck fut appelé par l'ange de la mort. Ses ambassadeurs à Constantinople avaient demandé pour lui la main d'une princesse romaine; mais l'empereur grec avait éludé la proposition avec décence, et la fille d'Alexis, dont le prince turc avait voulu faire sa femme, parle avec horreur de cet étrange mariage (i). Le calife Moctadi épousa la fille du sultan, mais avec l'absolue condition de renoncer pour jamais à la société de ses femmes et de ses concubines, pour se borner à cette honorable alliance.

Division La grandeur et l'unité de l'empire turc disparul'empire des rent avec Malek-Shah. Son frère et ses quatre fils se sdjoucides. disputé,.^ j e trône, et, après plusieurs guerres

(i) Ad ne Comnène parle de cette royauté des Persans comme aizatnç xaKo&xtptovsorepov 7rsvtaç. Elle n'avait que neuf ans à la fin du règne de Malek-Shah (A. D. 1092), et lorsqu'elle dit qu'il fut assassiné , elle confond le sultan avec le visir. Alexias, 1. vi , p. 177, 178.

civiles, le traité qui réconcilia ceux des compétiteurs qui vivaient encore, sépara du reste de l'empire la dynastie persane, la branche aînée et principale de la maison de Seljouk. Les trois branches cadettes étaient celles de Kerman y de Syrie et de Rown : la première gouvernait des domaines étendus, mais peu connus (i), sur les rives de l'océan Indien la seconde chassa les princes arabes d'AIep et de Damas ; et la troisième, qui nous intéresse ici, envahit les provinces romaines de T Asie- Mineure. La politique généreuse de Malek concourut à leur élévation; il permit aux princes de son sang, même à ceux qu'il avait vaincus dans les batailles, de chercher de nouveaux royaumes digues de leur ambition, et il n'était pas fâché de se débarrasser ainsi des hommes ardens qui auraient pu troubler la tranquillité de son règne. En qualité de chef suprême de sa famille et de sa nation, le sultan de la Perse recevait de ses frères obéissance et

(1) Ils sont si peu connus, qu'après toutes ses recherches, M. de Guignes s'est horné à copier (toin. i, p. a^zj ; t. 111 , part, i, p. 269, etc.) l'histoire ou plutôt la liste des Seljoucides de Kerman , qui se trouve dans la Bibliothèque orientale. Cette dynastie a disparu avant la fin du douzième siècle.

(2) Tavernier, le seul peut-être des voyageurs qui soit allé à Kerman, représente la capitule comme un grand village en ruines, situé à vingt-cinq journées d'Ispahan , et à vingt-sept d'Onnus , au milieu d'une contrée fertile, f orages en Turquie et en Perse, p. 107-110.

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