III. Nous avons déjà tracé la marche des
> Aurel. Victor, in Gallieno et Prebo. Set plainte* retpirenl un grand «prit de libert*.
* Zonarc, 1. m, p. 831.
3L'uu des Victor l'appelle roi des Marcoœans; l'autre, rci des Germains.
(M8 dcp. J.-C.) Goths depuis la Scandinavie, an moins depuis la Prusse jusqu'à t'emboncsiure du Borysthène , et nouB les avons vus porterenanite leurs armes victorieuses sur les bords du Danube. Les provinces romainesque ce fleuret séparait de leurs étabtÎBsemeas furent perpétuellement infestées par les Germaine et par les Sarmates sous le règne de Vaiérieu et de Gallien ; mais tes habitana se défendirent avec une fermeté et un bonheur eatnor* dmairea. Les paya qui étaient Le théâtre delà guerre fournissaient aux légions s» secoure inépuisable oTexcellens soldat»! parmi ces paysans d'Iliyrie , il y en est plus d'un quî^ parvenus au commandement des armées -, déployèrent les talens d'un général luette. Les ennemis, cempéssnr les bords duDanttbe; menaçaient sans cesse les frontières. Quoique leurs détaehemens pénétrassent quelquefois jusqu'aux confins delaMaeédouisetde l'Italie, les ïleutenans de r empereur arrêtaient teura progrès , on les coupaient dans leurs retraites1. Une nouvelle route vint s'offrir alors aux barbares, et l'inondation couvrit d'autres contrées. Après avoir conquis l'Ukraine , les Goths devinrent bientôt maîtres de la cote septentrionale du Pont-Euxin ; cette mer baignait au midi les provinces opulentes et amollies de l' Asie-Mineure , où l'on trouvait tout ce qui pouvait attirer un conquérant , et qui n'avaient rien pour hri résister.
Les rives du Borysthène ne sont qu'a vingt lieues du passage étroit* qui communique à la Tartarie-Crimée, péninsnle connue che« les anciens sous le nom de Chersonèse Tâurique1. C'est sur ce rivage affreux qu'Euripide s placé la scène d'une de ses plus intéressantes tragédies4. L'imagination de ce poète savait embellir des plus brillantes couleurs les traditions de l'antiquité. Les sacrifices sanglans offerts à Diane , l'arrivée
l Voyez les ries de Claude, iTAurilieu et de Prêtas, dam T Histoire A ugusttne.
> Sa largeur est environ d'une demi-litue. (HlsL gansai, des Tartans, p. 596.)
» M. de Pejneand, qniawitétt consul français aCafïï» : «ans ses observation* sur le* peuplai barbares qui «et aabité les bords du Danube.
i Euripide, dam sa tragàUe d'I(«génie «a Taariat.
dbyGoogle
(2f*d«p.J.-G.) tfOreste et de Pylnde , le triomphe de la religion et de la verra sur la férocité sait* nge, sont l'emblème d'une vérité historique. Les Tauri , premiers habitans de la Péninsule, avaient des mœurs cruelles; elles l'adoucirent insensiblement par leur comncrte arec les Grecs, «rai s' établirent le long des cotes maritimes. Ces cotons èégénéfcs , et des barbares a peine civilises , formèrent le petit royaume du Bosphore , dont la Capitale avait été bâtie sur le détroit eh les eaux des Palus-Maotides tombent dans le Pont-Euxin. Libres depuis la guerre du Mbpoaèse ' , ils furent enfin subjugués par r&mÛtieux Mithridate"; ils cédèrent ensuite, ooasne les autres sujets de ce prince, à la force des armes romaines. Après la chute de la république1 les rois du Bosphore obéi* reut * feurplre ; leur alliance ne 1ns fut point àurtafe. Leurs armes, leurs présens, et quelques fortifications élevées le long de l'isthme, fermèrent aux Sarmates l'entrée d'un pays qui, pur sa situation particulière et par la bonté de ses ports , dominait le Pont-Euxin et f AaM-Hmeare*. Tant que le sceptre fut titre les mains d'une famille de rois héré* dhalres, ces monarques s'acquittèrent de tetrs fonctions importantes avec vigilance M avec snecès ; des factions domestiques et ha craintes ou l'intérêt des usurpateurs obscurs qui s'étaient emparés du trône vacant , introduisirent les Gotha dans le centre du Bosphore. Outre l'acquisition d'un pays hrlUe , les conquérais obtinrent assez de vaïsieaiipourtransporterleursarméessnrles oMttéePAste*. Les bàtimens du Pont-Euxin etafcsnïuBe forme singutière-Oa ne se servait, pu» naviguer sur cette mer, que de légers SMteaux plats, construits en bois seulement •uns aucun mélange de fer , et sur lesquels, tst> que h tempête approchait ,
« San**, L vn , p. 300. Ua inMtsri roi» du Bcaphor* rmuMaliiitl'AtMMS,
'AaaMa.uiJfïafcn*.
"Ce rojanrae fui réduit par le* armes d'Agrippa. (Oroat, wJfcBaÔwpe, vu, a.} le* Romains l'a-aneèreat «ne Ibis » Ma jaameéas «a TaniSi. (Taeite, Ai-, xn, 1ï.)
* rïiailiTmiaiÉilmiaa i"il.'« (HiaiBilii diiimlii alnaMuerité<t«omtMdB Scythe <qi\ raconta dm graatia guerre a» aa natten eontn tas nb en Bsettore.
un petit toit incline '. Tranquilles dans ces cabanes flottantes , les Golfes bravaient une mer inconnue, et s'abandonnaient ù des matelots, que la force seule avait contraints d'entrer an service, et dont l'adresse ne devait pas être moins suspecte que la fidélité. Hais l'espoir du butin bannissait toute idëcf du danger , et une intrépidité naturelle suppléait à la confiance plus raisonnable qu'inspirent la science et l'expérience. Sans douta des guerriers si audaeieux' murmuraient souvent contre des guides timides , «pi , n'osant se livrer à la merci des flots sans les assurances les plus fortes d'un calme constant, pouvaient à peine se résoudre à perdre les cotes de vue. Telle est du moins aujourd'hui la pratique des Turcs*, et ces peuples ne sont vraisemblablement pas inférieurs dans l'art de la navigation aux anciens habitans du Bosphore.
La flotte des Gotha laissa ht Gircassie s. gauche, et parut d'abord vers Pytius", la dernière limite des provinces romaines, ville pourvue d'un bon port et défendue par une forte muraille. Ils y trouvèrent une résistance qu'ils n'attendaient pas de la faible garnison d'une forteresse éloignée. Les barbares furent repousses ; cet échec sembla diminuer la terreur de leur nom. Tous les efforts devinrent inutiles tant que la garde de cette frontière fut confiée à Snceessianus, officier d'un rang et d'un mérite supérietirs.Mais aussitôt que Valérien l'eut élevé à un poste plus honorable et moins important , ils renouvelèrent leurs attaques, et ta destruction de Pytius effaça le souvenir de leur première disgrâce*.
En suivant le contour de l'extrémité orientale du Pont-Euxin , la navigation est 'd'environ cent lieues* depuis Pytius jusqu'à Trébisonde. Les Goths se portèrent a la vue du
■ 5lnbC^l.n;'rarito,ltaU.,Ki,*7.0n lesappefeH
1 Voyei une peinture très-anturclle de la navigation do Ponl-Euitn, dans la seizième lettre deTourneforl.
• Arrkn «lace la garnison frontière à Dtosnras ou Sdbaslopolia , i quinze lieues i Test de l'y tius. De son temps la garnison du Phase ne consistait qu'en quatre cents hommes d'infeuterie. (Voyez ft-Pêripledu Poal-Euiin.)
4 Zosïme, 1. 1, p. 30.
5 Arrien ( in Wertpto tnarts Eut., 130) dtt que la. à*btance est de deux mille six cent dix stade».
DECADENCE DE L'EMPIRE ftOHAIN,
pays- ée- Ootehi ,. si fameux par l'expédition des Argonautes; ils entreprirent même de piller- un riche temple- 6 l'embouchure de Phase. Trëiàsoudc, célébrée dans la Retraite des Dix MiUe somme sue ancienne colonie grecque1, devait sa splendeur et ses richesses à la maffmuBeQce -de l'empereur Adrien, qui avait construit un port artificiel sur une cote où la nature n'a creusé aucun havre assuré *. La ville était grande et fort peuplée. Une double enceinte de murs semblait défier la farcHBdes'bat oares, et la garnison venait d'être renforcée de dix - mille hommes. Hais quels avantages peuvent suppléera la vigilance et a la discipline? Enervées par le luxe et ensevelies dans la débauche, les nombreuses troupes de Trébisonde dédaignaient de garder des fortifications qu'elles jugeaient imprenanables. Les Goths ne tardèrent pas à découvrir l'extrême négligence des assiégés. Aussitôt ils préparent an grand amas de fascines , escaladent tes murs dans le silence de la nuit, et parcourent la ville l'épée à la main. Les malheureux habhans périrent sous le fer du vainqueur, tandis que leurs lâches défenseurs se sauvèrent par les portes opposées a 1'altaqne. Les temples les plus sacrés et les plus beaux édifices furent enveloppés dans nue destruction commune. Les Goths se trouvèrenten possession d'an butin immense. Les contrées voisines avaient déposé leurs trésors dans Trébisonde comme dans un lieu de sûreté. Les superbes dépouilles de cette ville remplirent une grande flotte qui mouillait alors dans son port; les barbares, libres de dévaster toute la province du Pont1, emmenèrent «vec eux nne quantité prodigieuse de captifs. Ils enchaînèrent aux rames de leurs vaisseaux les pins robustes d'entre ces malheureuses victimes. Enfin, fiers du succès de leur première expédition navale, ils retournèrent en triomphe dans leurs nouveaux étabhssemens du royaume du Bosphore *.
Lorsque les Goths se mirent une seconde ' Xrnophon, Retraite des Dît Mlle, 1. i? , p. 348, cdlt.
î Arrieo, p. 120. L'otoerralion général» Ml de Tonrnefort.
3 Voyez une lettre de tatntGrajNn Thmasuirge, **• ' que deNéo-Céuree, dtte pu Matcwi, r,87. I
<ZosuK,1.1,p.33,33. |
(2G8 dep, J.-C.) fois en mer,, ils ranemblèmtdes fopeesiptus considérables en hommes et en-butimens.
Mais ils prirent une coule tout-MaU difEérente, et, dédaignant les.provwce» épuisées, du Pont, ils suivirent la cote occidentale delà mer Noire, .passèrent devant les bouches dufiorysthène,du^'iester-et.du Danube* prirent dans leurs courses m grand nombne de bateaux de pécheurs, et s'approchèrent, du. canal resserré ou le Ponb-Euxin verse ses eaux dans la Méditerranée, ctsépare. i'£n-. rope de l'Asie. Lu garnison.de Chalcédoîna . campait alors prèsdntemple de iwpitOTUriust sur un promontoire, qui commandait l'eawée : du détroit. Ce petit corps de «rompes .était supérieur aux barbares, tant kum^iovoMMas , rrnnndiirnf priifirrffrni qu'nllfi inrpirniinl .-, Mais c'était eu nombre seulemenfqMettfeftcHi mains surpassaient l' ennemi. Us abneufeas»* reat avec précipitation leur poste atoUigmx, -. et livrèrent à la discrétion des Gethsil«i»iiUa> de Chalcédoine, abondamment; fournie. d'art-- mes et de provisions. Les conquérons* prêta* ' à se transporter par mer ou par terre dais ta provinces intérieures de l'empire, même* çaient à la fois l'Europe et l'Asie. Tinàk > qu'ils balançaient sur la route qu'ils devaient prendre, Nicomédie, éloignée seulement da • vingt lieues du camp de Chalcédoine.*) leur fut montrée comme une conquête facile, incapable de soutenir un siège, celle anuciennst capitale des rois de Bithyaie renjsntsit.de grandes richesses. Un perfide transfuge conduisit la marche, dirigea les attaques, et par* tagea le butin; car les Goths avaient appris assez de politique pour récompenser tetrantre qu'ils détestaient. Nice, Pruse, Apamée* Cios, villes qui, rivales de Nicomédie y . en avaient quelquefois imité la splendeur, eurent le même sort, et bientôt toute la Bitbjjuo éprouva les plus cruelles calamités. Depuis long-temps les faibles habhans de l'Asie' né connaissaient plus l'usage des armes. Trois cents ans de paix avaient éloigné toute idée de danger. Les anciennes murailles tombaient en ruines, et les revenus des cités les plus opu-< . lentes servaient à la construction des bains, des temples et des théâtres1. .. , .
Uti«er.Hy«^lrm,p.S7ZWS*«Ng. ' • ,; -r ■■
a Zoslrae, 1. i, p. 32, 33.
(ÎMdePU.-C)
Lorsque Cysiqoe résista an efforts de Ml- (bridant1, on- y voyait trois arsenaux remplis de blé, d'armes, <le machines de guerre*; den cents galères défendaient son port , et des lois sage» veillaient à sa conservation. Cette place n'avait rien perdu de son état florissant; mais il ne fui restait de son ancienne force qu'une «motion avantageuse dans une petite iléde In Propontide, qui tenait par denx poDBMecrfenient au continent de l'Asie. Après noù-saccagé Prose, les Goths s'avancèrent à sii5enes"de Cysîqne, avec l'intention de la (fclrnire.lfttNeerenx accident retarda la ruine deœtiHTHIe; La saison était pluvieuse, et les «umitrlae Apofloniate , réservoir de tontes les MMt dsf ment Olympe , s'élevaient a ■ne annsessi wttraordinatee. La petite rivière de fttynflafca*» qnren sort, devint lout-à-co«p an WsînaC En* gt et rapide, qni arrêta les progrés desGntbs. Ils avaient probablement bisse? tant flotte a Méraclée : ce fut dans cette nlieqatlS'M Tendirent avec une longue snite de chariéts ■chargés des dépouilles de la Bithynie, «41s traversèrent cette malheureuse province à laioeurdesflammesdeHiceetde Vicennécfa'e, qu'ils avaient impitoyablement lrùsses*. On parle obscurément d'un combat douteux, qni assura Icnr retraite'; mais une îictoire même complète ne leur aurait été que fort peu avantageuse, puisque l'appro- 4e de l'eqnineae d'automne les avertissait de kiler lenr retour. Naviguer sur le Pont-Euxin ivant le mois de mai ou après celui de septembre, c'est, aux yeux des Turcs modernes, le comble de l'imprudence et de la folie4.
Lersqae nous apprenons que la troisième floue éqjmnée par les Goths , dans les ports de la Chenenèse Tauriqne, consistait en cinq
■ B aaiàge» la place avec quatre cols galères, cent cinpu** ■mthoûcsdepred.et une mcunom cavalerie ; Yojez PlHtarqae , in Lucul. ; Àppieo, in MUhrid. ; Geérao, jro Ugc Hfanilia, e. 8.
1 Straion, 1. in, p. 573-
' Ptofwi.ïiwTipiion de l'Orient, L n, e. 23, 24.
* ïvâïe'Xi, t-33.
3 GftWae SysnBe 'rapporte nne histoire inintelligible ** ffisié (fdimat, qui dent ks Goths et qui Tut lui parle Aisée Orienta.
• Vorage» de CknmVs**- h P- ^5- Il s'embarqua à «lej Turcs, pour se rendre aCaua.
cents voiles ' , aussitôt notre imagination mat tiplie leurs forces, et se représente nu armement formidable; mais, selon le témoignage du judicieux Strabon ', les bàtîmeas de corsaires dont lés barbares du Pont et de la petite Soythie faisaient usage ne pouvaient contenir que vingt-cinq ou trente hommes; ainsi, nous ne craindrons pas- réassurer que quinze mille guerriers au plus s'embarquèrent pour cette grande expédition. Impatiens de franchir les Limites du Pont-Euxin, Us dirigèrent leur course destructive du Bosphore cimmérien a. celui de Thrace. A peine avaient-ils gagné le milieu du détroit, qu'ils en furent rejetés tout-ù-conp à l'entrée. Un vent favorable les porta le lendemain, eu peu d'heures dans la mer tranquille on plutôt dans le lac de la Propontide. Ils s'emparèrent de la petite ile de Cysiqne, et détruisirent cette ville célèbre depuis plusieurs siècles. De là, sortant par le passage étroit del'Hel- . lespont , ils tournèrent tontes ces lies répandues sur L'Archipel ou La mer Egée. Les captifs et les déserteurs durent alors lenr être absolument nécessaires pour gouverner leurs vaisseaux et pour les guider, lorsqu'ils portaient la désolation sur Les côtes de la Grèce et de l'Asie. Enfin Us abordèrent au Pirée, cet ancien monument de la grandeur d'Athènes , dont il était séparé par une muraille do cinq milles de long '. Les babitans de cette ville semblaient déterminés à une défense vigoureuse. Ils avaient essayé quelques préparatifs; et Cléodame, un des ingénieurs nommés par l'empereur pour fortifier les villes maritimes contre les Gotha, avait déjà commencé à relever les murailles, qui n'avaient point été réparées depuis Sylîa. Les efforts de son art furent inutiles, et les barbares devinrent maîtres de la patrie des Muses. Tandis qu'ils s'abandonnaient à tous les excès du pillage et de l'intempérance, leur flotte, qu'Us avaient laissée dans le port sous une faible garde, fut tout-à-coup attaquée par Dexippiis. Ce brave citoyen s'échappa du sac d'Athènes avec l'ingénieur Cléodame,
< George SyneeUe , p. 382 , parte de celle eipèdftira
commeHdleeûleWCTtMprbepwteiHertue*.
* Strabon, 1. m, p. 435. s Pline, Hisl. nat., m, 7.
>yGoogle
«» rassemblant à la hâte une bonde do volontaires, tant paysans que soldats, il vengea en quelque sorte les malheurs de ses compatriotes *, , Cet exploit, quelque éclat qu'il ait pu jeter au milieu des ténèbres qui couvraient alors la^gloire d'Athènes, servit plutôt à irriter qu'à subjuguer le caractère indomptable des conquérant du Nord. Un incendie général ravagea dans le même temps toute la Grèce. Thèbes et Argos, Corintbe et Sparte, ces népubliques si long-temps rivales, et qui s'étaient illustrées par tant d'actions mémorables, ne purent mettre une armée en cam- . pagne, ni même défendre leurs fortifications ruinées. Le feu de la guerre se répandit par mer et par terre depuis la pointe de Sunium jusqu'à la côte occidentale de l'Epire. Déjà les Gotha se montraient presque a la vue de l'Italie, lorsque l'approche d'un danger si imminent réveilla l'indolent Gallîen. Sorti lout-à-coup de l'ivresse du plaisir, l'empereur prit les armes. Il parait que sa présence réprima l'ardeur et divisa les forces de l' ennemi. Naulobatns, chef des Hérules, accepta une capitulation honorable , entra au service de Rome avec un détachement considérable de ses compatriotes, et fut revêtu des ornemens de la dignité consulaire, qui, jusquelà, n'avait jamais été profanée par la main 4'un barbare '. Un grand nombre de Goths, dégoûtés des périls" et des fatigues d'un voyage ennuyeux, s'enfonça dans la Mœsîe avec le projet de gagner, par le Danube, leurs étabUsscmcus en Ukraine. L'exécution d'une entreprise si téméraire devait causer leur ruine totale : le peu d'union qui régnait entre les généraux romains procura aux barbares (es moyens de s'échapper '. Ceux d'entre eux qui infestaient encore les terres
i But. Aug., p. 181 ; VIelor, t. 33 ; Orose, m, 42 ; Zc-
ïime , 1. 1 , p. 35 ; Zonarc , I. ni , 635; George Syncdle , 'p.382. Ce n'est psi sans quelque attention que nous pou- 'i«»expUa*er et concilier leurs réeits impurftits. On anurcoUaouloun des traces de la partialité deDexippus, dans la relation de ses exploite et de ceux de sa compatriotes.
* fi«9iSe STneeue, p. 382. Ce corps d'Hernies fui pendant loog^temps tacts et fasnejnt, *~ Claude, qnieoinnumdaU sur le Danube, avait des vues " » , et s* conduisait arec eStvsfi. 8m eoDêgie
(}e8 dep. J.-C.)
de l'empire se retirèrent enfin sur leurs vaisseaux, et, prenant leur route à travers l'Hellespont et le Bosphore, ils ravagèrent le rivage de Troie, dont le nom, immortalisé par Homère, survivra probablement an souvenir des conquêtes d'un peuple féroce. Dès qu'ils furent en sûreté dans le bassin de la mer Noire, ils descendirent à Anrbîales , ville de Tnrace, bâtie au pied du mont Hœmus. Ce pays , célèbre par la salubrité de ses bains chauds, leur offrait, après tant de fatigues, un asile agréable; ils y goûtèrent pendant quelque temps lesdouceursdu repos. La navigation qui leur restait à faire , pour terminer leur voyage, était courte et facile '.
Tels furent les divers événemens de -cette troisième et fameuse entreprise navale. On aura peut-être de la peine à concevoir comment une armée, composée d'abord de qu inze mille hommes, a pu soutenir tes pertes d'une expédition si hasardeuse, et former tant de corps séparés. A mesure que le fer, les naufrages et la chaleur du climat diminuaient le nombre de ces guerriers, il était sans cesse renouvelé par des troupes de brigands et de déserteurs, qui accouraient de tontes parts pour piller les provinces de l'empire , et par une foule d'esclaves fugitifs, souvent originaires de la Germanie ou de la Sarmatïe, qui saisissaient avec empressement l'occasion glorieuse de briser leurs chaînes et de se venger. Dans toutes ces guerres, la portion la plus considérable de danger cl d'honneur appartient à la nation des Goths. Les annales imparfaites de ce siècle distinguent quelquefois et le plus souvent confondent les tribus qui combattirent sous leurs étendards ; et, comme les floues des barbares parurent sortir de l'embouchure du Tanaïs , on désigna fréquemment cas diQ'èrens peuples réunis par le nom vague, mais plus connu, de Scythes *.
Au milieu des calamités générales qui affligent le genre humain, la mort d'un individu, quelque grand qu'il soit, est un événe-
njt Jaloux de sa réputation. (Histoire Augustfne, p. 181.)
i Jornandës, e. 20.
ïZosime et tes autres Grèce fiel que l'auteur du Philopatris) donnent le nom de Scylhesauï peuples que Jornandes et les auteurs latins appellent constamment du nom de Goths.
(268 dep. J.-C.)
ment peu remarquable , et la destruction du plus superbe édifice semble ne devoir pas mériter la moindre attention. Nous ne pouvons cependant oublier le sort du temple de Diane à Éphèse, qui, après être sorti sept fois de ses ruines avec un- nouvel éclat ', fut enfin brûlé par les Gotlis dans leur troisième invasion navale. Les arts de la Grèce et les richesses de l'Asie avaient contribué à la construction de ce magnifique monument. Il s'élevait sur cent vingt colonnes d'ordre ionique. Ces colonnes, toutes d'un marbre d'un grand prix, avaient été données par des monarques religieux', et chacune avait soixante pieds de haut. Les sculptures admirables qui ornaient l'autel représentaient la naissance des divins enfants de Latone, la rétraite d'ÀpoIlon après le. meurtre des cyclopes, et la clémence dcBacch us qui pardonnait aux Amazones vaincues". Peut-être le célèbre Praxitèle avait-il tiré ces sujets des légendes et des traditions favorites du pays. Le temple d'Éphèse n'avait que quatre cent vingt-cinq pieds de diamètre , les deux tiers environ de ta longueiirsur laquelle a été bâtie l'église de Saint- Pierré de Rome*. Dans les autres dimensions, il était encore plus inférieur à ce chefd'œuvre de l'architecture moderne. Les bras spacieux d'une croix chrétienne exigent nne largeur bien plus grande que les temples oblongs des païens. Les artistes les plus hardis de l'antiquité auraient clé effrayés si on leur eut proposé d'élever en l'air un dôme sur les proportions du Panthéon. Au reste, le temple de Diane était admiré comme une des merveilles du monde. Les Perses, les Macédoniens et les Romains en avaient toura-tour révéré la sainteté, et augmenté la magnificence'.'Mais les sauvages grossiers de la Baltique n'avaient aucun goût pour les arts
iHfeit. Aug.,TT8-, Jbmandès, c. 20.
■'Sttofctm, Lïrr.p.ft»; Vitruve, l.i, c. I; préface, 1. w, Tacite, AnoaL m, 61; Pline, llisi. nul. nxvi, 14. 3 La longueur de Saint-Pierre de Rome est de huit cent «Barantç peines romains* chaque palme est de huit pouces trois ligues de France. (Voyez les Mélanges de Graave, HiL t, p 233, sur le pied romain.) . * An reste la politique des Romains les engagea à resserrer les limites de l'asile que dilTexens privilèges avaient successivement étendu jusqu'à deux stades autour du temple. (Strabou, 1. x»,p. 641; Tacite, An. m, 60, etc.)
PAR ÉD. GIBBÔft. CH. X. lu
agréables et méprisaient les terreurs idéales d'une superstition étrangère1.
On parle à cette époque d'une autre circonstance qui serait digne d'être remarquée, si nous n'étions fondés à croire qu'elle 'n'a jamais existé que dans l'imagination d'un sophiste. Lorsque les Goths saccagèrent Athènes, ils rassemblèrent , dit-on, toutes les Mbliothèques de cette ville et se disposèrent à livrer aux flammes tant de dépôts précieux des connaissances humaines. Ce qui lés sauva du feu , ce fut cette opinion semée par un de leurs chefs : qu'il fallait laisser aux Gréés des meubles si propres à les détourner de F exercice des armes, et a tes amuser à des occupations oisives et sédentaires*. En admettant la vérité du fait , l'habile Conseiller, quoique d'une politique plus raffinée que ses compatriotes, raisonnait comme un barbare ignorant. Chez les nations les plus puissantes et les plus civilisées, le génie s'est développé presque en même temps dans tous les genres, et le siècle des arts a généralement été" fe siècle de la gloire et de la vertu mtlnfllré.
IV. Les nouveaux souverains de là Perse1, Artaxerxès et son dis Sapor, avaient triomphé, comme nons l'avons déjà vu, delà maison (TArsace. Parmi tant de princes de cette ancienne famille, Chrosroès, roi d'Arménie, avait pu seul conserver la vie et rmdepéndanec. La force naturelle dé soit pays, Ife secours des déserteurs et des tnéconiéns qui se rendaient perpétuellement à sa 'cour," f alliance des Romains, et par-dessus- tout son propre courage le rendirent invincible. Après s'être défendu avec succès duràntùhé gnérro de trente ans, il fnt assassiné parles émissaires de Sapor, roi de Pérsé. Les satrapes d'Arménie , qui , fidèles à l'état, voulaient en assurer la gloire et la liberté, implorèrent ht protection des Romains en faveur de Tuïdate, l'héritier légitime de la couronne. Mail le fils de Chrosroès sortait à peine de la plus tendre enfance, les alliés étaient éteignes, «t le monarque persan s'avançait Vers fa' fron-
i Hf nWmnent aneui sacrifice aux éù»i At 1», Grèce. (Voyea LeUres de saint Grtgoirt fowssnlajga.)
>Zsenre, 1. ^ p. 635. Use paroltawiacrfou «menait partûtemeat an onBt, de UonWbh- il « ùitw*«a*pl
son agréable Essai sur le pedautisme, l.i, e. 34.
tière à la tête d'une armée formidable. Un serviteur zélé sauva le jeune Tiridate, qui devait être la ressource de sa patrie. L'Arménie, devenue province d'un grand royaume, demeura pendant plus de vingt-sept ans sous le joug des Perses1. Ébloui par l'éclat d'une conquête facile, et comptant sur la faiblesse ou sur les malheurs des Romains, Sapor obligea les fortes garnisons de Carrhes et de Nïsibis d'évacuer ces places, et il répandit la terreur et la désolation le long des rives de l'Euphrate.
La perte d'une frontière importante, la ruine d'un allié naturel et les succès rapides de l'ambitieux Sapor affectèrent vivement Rome ; elle fut également frappée de l'insulte faite à sa grandeur et du danger qui la menaçait. Yalérien, persuadé que la vigilance de ses lieutenans suffisait pour garder le Rhin et le Danube, résolut, malgré son ftge avancé, de marcher en personne à la défense de l'Euphrate. Lorsqu'il traversa l'Asie mineure, les entreprises navales des Coins furent suspendues, et cette province infortunée jouit alors d'un calme passager et trompeur. L'empereur passa l'Euphrate, rencontra les Perses près des murs d'Édesse, fut vaincu et fait prisonnier par Sapor. Les particularités de ce grand événement nous sont représentées d'une manière obscure et imparfaite. Cependant, éclairés par une faible lueur, nous sommes en état d'apercevoir du coté de l'empereur romain une longue suite d'imprudences, de fautes et de malheurs qu'il s'attira par sa conduite. Ilavait une confiance aveugle en Macriea', son préfet du prétoire. Cet indigne ministre rendit son maître l'effroi des sujets opprimés et le mépris, des ennemis de Rome?. Entraînée par les conseils faibles ou perfides de Macrien, l'armée impériale se trouva dans une situation où la valeur et la science militaire devenaient également înu-
1 Moyse de Chortae, 1. n, c 71, 73, 74 ; Zonare, I. m, p. 628. La relation lulhenthique de l'auteur arménien sert à rectifier le récit confus de l'historien grec. Celui-ci perle des entons de Tiridate, qui alors était lui-même un enfant.
> Qist. Aug., p. 101. Comme Hacriea était ennemi des tbréMens.ilsraccuiéraitdenugie. '
i'ItiiBK, l..i,p. 33.
L'EMPffiE ROMAIN, (268.depJ.-C.)
tiles1. En vain les Romains firent-ils les plus grands efforts pour s'ouvrir un chemin à 'travers l'armée persane; ils furent repolisses avec une perte considérable *'. Sapor, nont les troupes supérieures en nombre tenaient le camp de l'ennemi assiégé, attendit patiemment que les horreurs de la peste et de là famine eussent assuré sa victoire. Bientôt les légions murmurèrent hautement contre Valérien et lui imputèrent les maux ; qtfélfes éprouvaient; leurs clameurs séditieuses demandaient une prompte capitulation'.' On offrit aux Perses des sommes immenses pour acheter la permission de faire une retraité honteuse; mais Sapor, sur de vaincre, refusa l'argent avec dédain, il retint même les députés, et, «'avançant en ordre jusqu'aux pieds du rempart des Romains, il insista sur une conférence personnelle avec leurrnonarr que. Valérien fut réduit à la nécessité de commettre sa dignité et sa vie à là, foi' du vainqueur. L'entrevue se termina comme on devait naturellement s'y attendre; "l'empereur fut mis aux fers, et les troupes consternées déposèrent leurs armes '. Dans ce moment de triomphe , l'orgueil et la politique engagèrent Sapor à placer sur le trône vacant de Rome un souverain dont il put entièrement disposer. Un obscur fugitif oTAntioche, Cyriade, livré à toutes sortes de vices, fut choisi pour déshonorer la pourpre impériale. Les troupes captives obéirent aux ordres du superbe Persan, et ratifièrent, par des accla-f mations forcées, l'élection de leur indigne souverain *.
L'esclave couronné s'empressa de gagner la faveur de son maître, en trahissant spo, pays natal. Il conduisit Sapor à la capitale de l'Orient. Les Perses traversèrent L'Euphrate, prirent le chemin de Chalcis, et Leur, cavalerie se porta vers Antioche avec une,. telle) rapidité, que, si nous en croyons un hisjprfcii
i HUt Ang., p. m.
2 Victor, ùi Cttsarib.; Ëutmpe, tt, 7. . .'.' ,„
3&«ime,l.i, p. 33;Zonare,l. xii.^MO; Kettijï»- Irice, Exccrpta UgaJionum, p, 39. ,i „ ,,
«Hisl. Aug., p.l»;LeresnedeCïriadces.lpi^dfDH ceUe collection avant la mort de Valérien ; 'anisj.'ai.^n*ftré une suite probable d'évenemeos à U.-chtWWfeSyj doutcoH d'an écrivain trèf-ptu oaO* •■ „.,', ...
{îéVdép;'j.-C.)
irts^udicîeux 'i celte ville fut surprise au moment où" la multitude oisive assistait aux jeux (lu cirque. Les édifices magnifiques d'AnUoche furent pillés ou détruits, et ses nombreux habitans mis à mort ou menés en captivité*. La fermeté du grand- prêtre d'Éluèse arrêta pour un instant l'impétuosité de ce torrent qui désolait toutes les provinces de l'Asie. Revêtu de ses habits sacerdotaux, et suivi d'aàé troupe considérable de paysans fanaljyùes, armés seulement de frondes, il wuvason dïeù et ses domaines des mains sacrilèges des disciples de Zoroastre *. Ce pontife fàt le seul qui résista aux Perses. Le rate aspect des ruines de Tarse, et de pilleurs antres villes , prouve que les progrès^ pe leurs armes furent à peine interrompus par ta conquête de la Syrie et de la CÏJÏcié, dont fis s'emparèrent. Les Romains ne surent pas profiter des avantages que leur offrait le 'm oni Taurus contre un ennemi dont la principale force consistait en cavalerie, et qoï aurait eu à soutenir un combat très-inégal insles gQrÈes étroites des montagnes. Sapor, K trouvant aucune résistance, forma le siège deCesai^èjCapîtaledelaCappadoce. Quoique fit' second rang, celle ville pouvait contenir qn«re cent mille âmes. Démosthene en avait (té nommé gouverneur par l'empereur; mais ce rat principalement l'amour de ta patrie qui engagea' ce brave officier à la défendre. Il siispendilpendaiu long-temps la ruine de la place. Enfin, lorsque Césarée eut succombé par la pertuSéoTuii médecin, Dé m os ih en e se fit jour an milieu des Perses qui avaient ordre de de rie* négGgèr pour s'emparer de sa persïnroe^TanVlis qu'il échappait à un ennemi qui aurait pif Jbonôrer où pnnir sa valeur opiniâtre, pmiéars milliers de ses concitoyens furent enveloppés dans un massacre général. Sapor eitt accus* d'avoir exercé envers ses pTJnayniflers,'dëS'érnàntés Inouïes *.Cesiropu-
1 l* témoignage dédtir d'Ammien Marcellin (mm, S] fixe sonsle règue de Gallitn le sac d'Antloehe, que ItaJcBiHlaK battent qnchfue temps plus tout.
3 Jeu Halala , lont'. i , SM . R dénature cet événement tràëiBle-^àt'^mtin èiMniliaw fabuleuses.
^tètiéeW aP; BâB.'Les e»n>5 de ceui (|ul ataient été ^lirrililiniililiiiiilM'iTr inf-'- — Ma Des Iroupes fe prisonniers «UieatéMMftift l'eau «on» des bttes,
PAR ED. GmBON. CH. X.
tations ont sans doute été dictées en grande partie par l'animosité nationale. Ce sont les derniers cris de l'orgueil humilié et de la vengeance impuissante. Cependant, il faut l'avouer, le même prince qui avait déployé en Arménie la bienfaisance d'un législateur, no se montra aux Romains qu'avec la férocité d'un conquérant. Il désespérait de pouvoir former aucun établissement permanent dans l'empire; et, occupé seulement à laisser derrière lui d'affreux déserts, il transportait dans ses états les habilans et les trésors des provinces '.
Dans le temps que FAsie tremblait au nom de Sapor, ce prince reçut en présent un grand nombre de chameaux chargés des marchandises les plus précienses et les plus : rares; ces richesses, dignes d'être offertes aux plus grands rois, étaient accompagnées d'une lettre noble à la fois et respectueuse de la part d'Odenat, l'un des plus illustres et des plus opulens sénateurs de Palmyre. < Quel i est cet Odenat? dit le fier vainqueur, en
• faisant jeter ses présens dans rËuphrate.
> Quel est ce vil esclave, qui ose écrire si i insolemment à son maître? S'il veut con-
> server l'espoir d'adoucir son châtiment, » qu'il vienne se prosterner aux pieds de
> notre trdne, qu'il paraisse devant nous les
> mains liées derrière le dos. S'il hésite , une
> prompte destruction écrasera sa tête, sa
• race et son pays ". > L'extrémité^ cruelle où te Palmyrémen se trouvait réduit développa les sentîmens généreux que son âme renfermait. Odenat devint un héros. II ne balança pas à se rendre devant Sapor; mais ce fut les armes a la main qu'il marcha à sa rencontre, inspirant son courage à la petite armée qu'il avait levée dans les villages de la Syrie ' et dans les tentes du désert *. Il voltigea autour
et ira grand nombre de ces Infortunés ipenssaiènt faute de nourriture.
I Zosime , 1. i , p. 25 , assure que Sapor serait resté maître de l'Asie, s'il n'eût point préféré le Imthi aux conquêtes.
ï Pierre Palrïee , Exeerpta légat:, p. 29.
s Syrvrum agresttum manu. Sextus Kutus, e. 23. Selon Rufus, Victor, l'Hisl. Aug. (p. 192) «plusieurs inscriptions , Odenat était un titof en de Pnlmyre.
< Uarait une si grande considération parmi hs tribu* errantes , que Proeope ( de Btiiopen. , 1. h , e. S) et Jean
i leur n eVmpara (fane partie de leurs ricttesses; et, ce qui était infiniment pins précieux qu'aucun trésor-,' 41 enleva plusieurs des femmes do grand1 for, qui fut enfin obligé de repasser rEflpbràte à la hâte; avec quelques marques rft'ednftnùon '. Par cet exploit, Odenat jeta les'r<inderiiens de la gloire et de la fortune doritll devait jouir dans la suite. La majesté de Bbme, avilie par un Persan, fut vengée patrinTSyrien ou un Arabe de Palmyre.
" La VOix de l'histoire, qni n'est souvent que Furg*rte> de la haine oa de la flatterie, reproche à Saper d'avoir indignement abusé dés droits de la victoire. On prétend que le malheureux Valérien, chargé de fers, avec les oriiemeits de la pourpre impériale, fut exposé aux regards injurieux de la multitude, Offrant ainsi le triste spectacle de la grandeur renversée. Toutes les fois qne le monarque persan montait à cheval, il plaçait son pied ivr le cou d'un empereur romain. Malgré toutes les remontrances de ses alliés, qui ne cessaient de lui rappeler les vicissitudes de lu fortune, qui lui peignaient la puissance encore formidable de Rome, et qui l'exhortaient à (aire de son illustre captif le gage de la paix, et bob un objet d'insulte, Sapor resta toujours inflexible. Lorsque Valérien succomba Mas le poids de la bonté et de la douleur, sa peau, garnie de paille, et conservant une forme humaine, resta suspendue ■pendant jAasïeurs siècles dans le temple le plus célèbre de la Perse : monument de triomphe plus réel que tous ces vains trophées érigés si souvent par la vanité romaine ».
- ' Cette histoire est touchante, et renferme une grande morale; mais il est permis de la •révoquer en doute. Les lettres encore exis- 'tàute* des princes de l'Orient à Sapor sont
Jlalala (lom. i , p. 391 ) l'appellent prince des Sarrasins.
■" ïPierrtPatrice.p. M.
1 Les auteurs chrétiens insultent aui malheurs de Valé-
* rien-, les païens le plaignent. M. de Tiuemcnt a rassemtlé avec soi tt leurs divers témoignages, ton. m, p. 730,
"etc. L'histoire orientale , avant Mahomet , est si peu connue , qne les Perses modernes Ignorent entièrement la victoire de Sapor , événement si glorieui pour la nation. (V.
DKCADEMCE BE L'EMWRB ROMAIN, (MS de*. S^G)
évidemment fausses ^ D'ailleurs ost-il natur
rel-de supposer qu'un monanque, si jdktttx de sa dignité ;, ait ainsi dégradé, même dans la personne d'un rival, la majesté des rois? Quelque traitement que l'infortuné Valérien ait éprouvé en Perse, il est du moins certain qne ce prince, le premier empereur do .Rome qui soit tombé entre les. mains de L'ennemi, passa «es tristes jours dans une crueilei capr tivilé.
Depuis long-temps Gallien n'avait pneufM porter la censure sévèi-e d'un père et d'un collègue. 11 reçut la nouvelle de se* malheurs avec un plaisir secret, et avec une indifférence marquée. « Je savais, dit-il, que mon > père était homme; et puisqu'il s'est con- • duit avec courage, je suis satisfait, i. Tan* dis que Rome consternée déplorait La som>de son souverain, de vils courtisans applaudissaient à la dure insensibilité du ■fils de ce. malheureux prince, et le louaient d'être ;par? venu à la* fermeté parfaite d'un héros et d'un philosophe'. Il serait difficile desalsir, les traits du caractère léger, variable t«t linosostant que Gallien développa dés que , -devenu seul maître de l'empire, il ne fut retenu. pat aucune contrainte. La vivacité do soan.eafvit le rendait propre à réussir dans tout ce qu'il entreprenait; et, comme il manquait >de jugement , il embrassa tous les arts , excepté les seuls dignes d'un souverain, ceux, de la guerre et du gouvernement. 11 possédait plusieurs sciences curieuses, mais inutiles. Orateur facile, poète élégant ', habile jardinier, excellent cuisinier, il était le plus méprisable de tous les princes. Lorsque, les affau-esles plus importantes de l'état exigeaient ses soins et sa présence, il s'occupait à converser avec le philosophe Plotiu *. Le plus sou-
> Une de ces lettre» est d'Arlavasdea. roi d'Arménie. Comme l'Arménie était alors une province^ IVatSataiNf,
le royaume et la lettre n'ont jamais eiislé- ■
* Voyei sa rie dans l'Histoire Augusùne.
s 11 ciitle encore antres-joli épiuiatune.c«mposo> par Gallien, pour le mariage de ses neveux. 1 .'
1 11 était sur le point de donner a Plotin nne ville ruinée de la Campante , pour ewtyer d'v réaliser la repiAftraeàe Platon. (Voyez la rie de Florin , par Porphyre , dans la BiMwlui-qiie Grecque de Fabrkius, I. a.)
(M* àtp. J.-C.) vent alors il passait ion temps dans la débauche ou dans des amusemens frivoles; tantôt fl se préparait à être initié aux mystères de la Grèce, tantôt il sollicitait une place à l'aréopage d'Athènes. Sa magnificence prodigue insultait à la misère générale, m la pompe ridicule de ses triomphes aggravait le poids des calamités publiques '. On Tenait perpétuellement lui annoncer des invasions, des défaites et des révoltes. Ces tristes nouvelles n'excitaient en lui qu'un sourire d'indifférence. Choisissant, avec un mépris aflecté , quoique production particulière d'une province perdue, il demandait froidement si Rome ne pouvait subsister sans le lin tffegypte, on sans les étoffes d'Arras. La vie de Gallien présente cependant de eoarta iatervolles où ce prince, irrité par qwdqoe injure récente, déploya tout-à-coup l'intrépidité d'un soldat , et la cruauté d'un tyran. Hais bientôt, rassasié de sang ou fatigué de la résistance , il reprenait insensiblement la mollesse naturelle et l'indolence de son caractère *.
Dans le temps que les rênes de l'état l en de si faibles mains, il n'est pas . que toutes les provinces de l'empire aient tu s'élever une foule d'usurpateurs contre le fita de Valérien. Les écrivains de
i Ose «Maille , qui porte 1b tête île Gallien, s fortemaanascé ta wWlquat rr» par les mots de la légende , Gailiam JugutUe, et par «eux qu'on voit sur le revers, Ubiqiv pax. M. Spanneini suppose que cette médaille ml frappée par quelques ennemis de Gallien , et que c'était une satire sévère il ^ '"onduile efTéminée de ce prince. lUsaane l'ironie parait indigne de ta gravité de la mon- HH amat, H. de Tillemonta tire d'un passage de TrebeuwsPoUion ( llisl. Aug., p. 198) une explication tagenreuserl naturelle. GaHie/ia était la cousiue-germalne de l'empereur ; en délivrant l'Afrique de l'usurpateur Celaas, die aaArila le titre i'Jugiuta. On volt sur une méansUe de lai eolleetion du cabinet du roi , une pareille tiMTiptino dé FaiulUta Jugusta autour de ta tête de Mare -Anrtle. Pour les mots ubiquepax, Il est facile de les expliquer par la vanité de Gallien , qui aura peut-être nia quelque calme momentané. (Voyez Nouvelles de la Kepul». des Lettre», janvier 1700, p. 21-31.)
i Je crois que ce caractère singulier nous a été fldèlemenl transmis. Le règue de son successeur immédiat tut court elagilé; et les historiens qui écrivirent avant l'éiétasan «e la famille de Constantin ne pouvaient avoir aucune sorte d'intérêt i. représenter sous de fausses couleurs !<■ caractère de Gallieu.
Y HistoireAugustiae notera jetarplua aV intérêt, dans leur récit en comparant les trente tyrans de Rome avec les trente tyrans d'Athènes. Cette idée les a probablement engagé» à choisir ce nombre célèbre et plus connu .'. Dans tous les points, le parallèle estisajor* fait et ridicule. Quelle ressemblance pouvant* nous apercevoir entre tu conseil de, trente, personnes réunies pour opprimer une, seule ville, et une liste incertaine de rivaux indcpendans, dont l'élévation et la chute se succédaient sans aucun ordre dans l'étendue d'une vaste monarchie? Le nombre mette do trente ne peut être complet qu'en comprenant parmi ces tyrans les enfans et les femmes qui furent honorés du titre impérial) Le règne de Gallien, au milieu des troubles qui le déchirèrent, produisit seulement dix -neuf prétendana au trône : Cyriade,, Macrien, Baliste, Odenat et Zénobie en Orient; dans la Gaule et dans les provinces occidentale*, Poa* tourne, Lolien, Victoria et sa mère Victoria, Marins et Tetricus; en lllyrie et sur les confins du Danube, Jngenuus, Régilien et Auréole; dans le Pont', Saturnin; Trébeliie» en Isaurie; dans la ïhessalie,Pisoa; Valent en Achaïe; Émilien en Egypte et Çewua.eat Afrique. Les monument de la vie et de la mort de tous ces prétendons son1. ensevelis dans l'obscurité; nous ne pourrieas les éclaircir qu'en entrant dans, des détail* «Joat la sécheresse rebuterait le leeiear s*r.s lui rien apprendre d'utile. Boraona-wuis, tfooe. i quelques traits généreux qui marg*Hu.lfQrr tement la condition des temps et lea cractères de ces usurpateurs, et qui fassent connaître leurs prétentions, leurs motifs, leurs destinées et les suites funestes de leur nébeUion1. On sait que les anciens employaient souvent le nom de tyran peur désignes ceux jiui s'emparaient de l'autorité suprême pandas voies illégitimes. Cette dénomination odieuse
i Pollion pareil singulièrement embarrasse1 pour computer le nombre.
z L'histoire n'a pas désigné d'une manière précise. Je pays où Saturnin prit la pourpre ; nuis il y avait un tyran dans le l'ont, et l'on connaît les .provinces qui lurent h théâtre de la rébellion de tous Us autres,
3Tillemont,tom.ai,p. 1163, les conte d'un* uumiére un peu différente. .... ,. ... ,\
-T«8 DE À0ENCE BB-L'EMOTH&lBOMAlN
. n^fP'arlort' aucdn 'rapport avec rabùs-flu; po^Yo*r:^itSienï^d«s:préT.endan$ qui levè- 1fènt 'fétehdarS1 «V itf'révolte' contre l'-empt-'- 'rteur'Gfflliëi "étaient 'dsbriHang modèles de -Vèrtuf IlS^s^édaldfrt presque tons beauwnop: 'de1 tïfleris ét'èV férme'té.'Leur mérite-leur avait !,SHWfî la'iWVedr de'Vuiérien , et les malt iss'ériiîblehréftt ffle+tea 'aux premières dignités 'tfe'THatrliMg'&èrautt qui prirent le titre ■ d'alias* avaieritdegTuhdes quotités ; fa eoa- ■auilè'lttbllè 'et'Ia1 Asorpltoe Tigide dos uns, 'rnspiraîentdett vé»éfatlon;on admirait lava- -feuf ' et les exploits des antres ; une franchise *t utWgénérflslténatH^lermientrendwplu-- ' alenrs decës' ebétë l'Hôte de- lears i roufies. Hs furent tthtvfeW proclamés Burlethamp debatàîHfc apreVla vfctorfei U armurier Maries lirimetne, le' moins illustre de eea candidats, se distingua par l'intrépidité de son courage, par 'Urffl force de corps extraordinaire, et par ITiOmieteté de ses mœurs grossières*. La métb'ôcrité dé la profession qu'il venait d'exercer' Jette, îl est vrai, an air de ridicule sur 's'ortéRvation soudaine; mais sa naissance ne pouvait pas être plus obscure que celle du plus' gra'Hit'nombl-e'dé ses rivaux, qui; nés de" paysans, étaient d'abord entrés an service comme' 'Amples soldats. Dans tes siècles de confusion, nta génie actif trouve la place qui luî a été Assignée par la nature ; au milieu des troubles qn'eafilnté la guerre, le mérite militaire est la vrfnte qui tnène A la gloire et à la grandeur. Parmi les dît-neuf tyrans, on ne voyait de sénateur que Tetricus; Hson seul était noble. Le sang'de Nnma coulait , après 'vitig(-nittt'généwtrons'succe3«ives, dans les veines de Calphumins Fison* qui, lié parles femmes' dux plus îtîustrés citoyens , avait le droit de décorer sa maison dés images de Crassus et du grand Pompée *. Ses ancêtres
<*«rttM£MnvffdeMariui,fbM)HitrireAiigœtine, fi-W. Utanfcmmto amm ■ pm sait engager ration-* imiter Saltatic,
'■ ï 'W^PWirf^&i»*«n^wt»/G'esU4isiqMes'«tfrimti
Hot»*,! mVHtamn an* Hm (V*r« l'Art pott.,
T. 403, IWta mtttt'4* Osdeneld&Swndon.) ■ >TMltevAaiM.,>v,«'|fiM.i,l&.f
Depuis Auguste Jusqu'au règne d' Aicuadra 8Mn, : 4M génération a vu un ou pltutairsiPimnt rtattue du
(KftdqpbJkfl.) avaidniiét6ood8taanHattPSvfitufe de.UMii les lmnoMirsq^«la-fépnbliq*epouvait«eerrder; '«Ad» (Ulpbràien&^6eiiit>desvBncteÉD0ft4bmiliesiriaikMQe^ afraieffl érihappéà la tyrannie evueUfl) des Gi^ur&jJue» quaijiés pertojancl- Ictd&Pison fjtoafeutatt uB I nouveau Métro à sa race. L'œurpateur Yatens, qui le fypwir, avouait ( en 8e peproehaatea cruauté, qn ou ennemi même auruibdu respecter cef iUflMre citoy*n.QuoiquePiflOB*ùL perdu la vie en portant les armes contre -GaiUen, le sentit, ov*c ta générense permission de l'empereur^ . décerna les onwawns du triomphe à l» mémoire d'un** vertueux rebelle', > <
Les Heutenans. de Valérien , ainetremeat attachés là uaprlncé qu'ils «stimoioujlv ne pdûvabest se résoudre à servir la molle inéolenoede son indigne. fils. Le trône «le ^'univers: romain' n'était soutenu par auoa* .principe de fidélité ,i et (a trahison paraissais <en quelque sorte justifiée par le-paUnotiame. Cependant , si notas examinons uttentiwemerjtr la conduite de ces usurpateurs, «eus «enroua que la crainte en a le plus -souvent ébf,le,aa#bHe, et qu'ils ne Jureitt'piiH toujours; guidés seulement par l'ambition. Ils redoutaient I#u soupçons cruels de Gallïea ; le cap? ico.violtiat de leurs troupes ne leur causait pas atoias d'alarmes. Si lu faveur dangereuse de l'armée les déclarait dignes de la pourpre, c'était autant de victimes condamnées ». uma mert certaine. La prudence même leur «upaiteonseîUé de s'assurer pendant quelques ImHm de la jouissance de l'empire, et de tester .la fortune des armes , plutôt que d'attendre la main d'un bourreau. Lorsque les clameurs des soldats forçaient un chef à prendre , les marques de l'autorité souveraine, il déplorait quelquefois sa malheureuse destinée, t. Vous
> avez perdu, dit Saturnin «.ses troupes- .le
> jour de son élévation, vous avez perd* «d » commandant utile, et vous avez faitun.biûn
> malheureux empereur*. »
{ Tafcïw ; Annal., i ,' 13 ), Un autre fut le ffectfOM -edesptratHM lûrmiifabh eoalre Néron. Un- i Initiéaae' At •dophj al 4ie«Uréctsar (wr GaÛn,
' Hisl. Aug.,p. 195. Le sénat , dans un moment d'enthousiasme, semble avoir présumé de l'approbation de
:y G00gIC
.(toi ifcpi fcco
H Le»r*rolnl&3o»»it»mMflbrodonlil «v«it ééé'iéMoin. juBW&ùent ses apin-éhensions.
fBe» drê-neuf tyrans qui - prirent les armes '«Dus: le règne detiattien, il n'yeniaeu aucun ■dont (avisait été tranquille, ou la mort natureHe. Dès rtoTils avaient' été revêtus de ta pourpre ensanglantée, ils inspiraient à leurs : partisans les mêmes craintes oa la même ambition qui avait cccasioné leur révolte. Environnés de conspirations domestiques, de séditions militaires et de gnerres eiviies, ils tremblaient siffle bord de l'abîme dans lequel, après avoir éprouvé l'anxiété lapins cruelle, ils étaient tôt ou tard précipités. Ces monarques précaires recevaient cependant les honneurs dont pouvoit disposer la flatterie des années et des provinces qui leur obéissaient. Mois tours droits, fondés sur la rébellion, n'ont jamais p* obtenir la sanction de la loi, ni être ■consignés dans l'histoire. L'Italie, Rome et le sénat embrassèrent constamment la cause rie tadlien, qui seul fut regardé comme le ' souverain de l'empire. A la vérité, ce prince ne dédaigna point de reconnaître les armes victorieuses d'Odenat, qui méritait cette honorable distinction par sa conduite respectueuse envers le Sis de Valérien. Avec î'apptaodisse ment général des Romains et le consentement de l'empereur, le sénat conféra le titre d'auguste an brave Palmyrénien ; et le gouvernement de l'Orient, qu'il possédait déjà, semble lui avoir été confié d'une ma- ■ niera si indépendante, qu'il le laissa comme une succession particulière à son illustre veuve Zénobie '.
Le passage rapide et continuel de la chaumière an trdne , et du trône au tombeau, amuserait peut-être un philosophe indifférent, s'il était possible à un philosophe de rester indifférent au milieu des calamités générales du genre humain. L'élection de tant d'empereurs , leur puissance , leur mort devinrent également funestes à leurs sujets et à leurs partisans. Le peuple , écrasé par d'horribles .exactions, leur fournissait les largesses immenses qu'ils distribuaient aux troupes pour prix de leur fatale élévation.
* I, 'association du brave Palmyrénien (lit l'acte le pins populaire 4c tout. lejegM de Gsdlto IfaU Aa*., p. l».
BAR HDj, GIBBON. CH. X»
Quelque vertueux .que fut leur .caractère, quelle que pût être la-pureté de leurs intentions, ils se trouvaient obligés de ■ SDiUenir leur usurpation par des actes tréquens.de rapines et d'inhumanité. Lorsqu'ils , tombaient, ils enveloppaient des armées et. des provinces dans leur chute, 11 existe, encore, un ordre affreux de Uallîcn à l'un de .nés ministres, après la perte d'Ingenuus qui avait pris la pourpre en lllyric. On ne peut lire, sans frémir d'horreur, la lettre de ce prince, qui joignait à la mollesse la férocité d'un tyran cruel. < 11 ne suffit pas,, dit-il ; d'euer-
• miner ceux qui ont porté les armes; le
> hasard de la guerre aurait ptum'étre aussi » utile. Que tous les mâles, sans respect ponr » l'âge, périssent , pourvu que dans t'esécu-
> tîon des enfans et des vieillards , . vous » trouviez le moyen de sauver notre réputa-
> tion. Plongez le fer vengeur dans le sejn » de celui qui a laissé échapper une oxpres-
> sion, qui s'est permis une pensée contre
• moi ; contre moi, le (ils de Valérien, le frère » et le père de tant de princes '. Songes
> qu'Ingenuus fut empereur. Déchire*, luez,
• mettez en pièces. Je vous écris de ma.pro- » pre main : je voudrais vous inspirer mes » propres senti mens *. > Tandis que les forces de l'état se dissipaient en querelles particulières, les provinces sans défense, restaient exposées aux attaques de tous les conquérans. Les plus braves usurpateurs, luttant sans cesse contre les dangers de leur situation, se trouvaient obligés de conclure des traités ignominieux avec 1,' ennemi commun, de lui payer des tributs oppressifs pour acheter sa neutralité ou ses services, et d'introduire des nation» guerrières, et indépendantes jusque dans le centre de lu, monarchie romaine1. ...
• Gallkn arait iami le titre de «ter (* d'auguste a ■ennkSekm,u<e dira ta *iUe rieCotowie par l'usurpateur Posthume. Un second 'fin de Gai tien, prit lesMi et le rang de sc« fttt» etaii. Velmeu , ftùre de Gtuiem , fut «wsi nsseciéà l'empire. D'autre» Ireras, des sœurs, i1«é neveux et desnièoead» Venpcrair foruwiant ■ne famine royale trnweombreuM. (V«y» Ttitmnont, ton. m, etH.deBrteuien,di«ElesMeeaetfea de VIestëane , Mb sont, p. 382.)
JHietj Aug.,p.l68. ■ \
i «OS
DECADENCE DE I/EHPlftEtM»ÛUN
Tels étaient les barbares; tels les tyra-as, qui , sous les règnes de Valérien et de Gailien, démembrèrent les provinces et réduisirent l'empire à un-état d'abaissement et de désolation d'où il semblait ne pouvoir jamais se relever. Autant que nous l'a permis la disette des matériaux , nous avons essayé de tracer avec ordre et avec clarté les événemens généraux de cette période désastreuse. 11 nons reste encore à parler des désordres de la Sicile , des tumultes d'Alexandrie et de la rébellion des Isauriens. Ces faits particuliers peuvent servir a jeter une vive lumière sur l'affreux tableau que nous venons de présenter.
I. Toutes les fois que de nombreuses troupes de brigands, multipliées par le succès et par l'impunité, osent braver publiquement les lois de leur pays, au lieu de se soustraire à la rigueur de la justice, c'est une preuve certaine que la dernière classe de la société s'aperçoit et abuse de la faiblesse du gouvernement. La situation de la Sicile la mettait à l'abri des barbares, et la province désarmée ne pouvait soutenir un usurpateur. Elle fut déchirée par de plus viles mains. Après avoir pillé cette île, autre* fois florissante et toujours fertile, une troupe séditieuse de paysans et d'esclaves y régna pendant quelque temps, et rappela le souvenir de ces guerres honteuses que Rome avait eues à soutenir dans ses plus beaux jours1. Les dévastations, dont le laboureur était victime ou complice, ruinaient l'agriculture en Sicile; et comme les principales terres appartenaient à de riches sénateurs , qui souvent renfermaient dans une ferme le territoire d'une ancienne république , ces troubles particuliers affectèrent peut-être la capitale de l'empire plus vivement que toutes les conquêtes des Goths et des Perses.
II. La fondation d'Alexandrie , projet noble, conçu et exécuté par ki lils de Philippe, était nu monument de son génie.
Bâtie sur un plan magnifique et régulier,
service ; Posthume, ud corps de Francs. Ce fat peutêtre cnflualilcd'auiiliaires quêtes derniers pénétrèrent
i L'Histoire Augustine.p. 177, l'appelle servile htlium. (Vovei Diodere de Sicile , I. xxxnO
:c«Lte grande ville, quinele cédait qu'a Rose 'elle-même, avait' «un} lieues de circonfé- Vence '. On y comptait trois cent mille habitans libres , outre un nombre au moins égal d'esclaves ". Son port servait d'entrepôt aux riches marchandises de l'Arabie et de l'Inde, qui affinaient dans la capitale et dans les provinces de l'empire. L'oisiveté y était inconnus. Les différentes manufactures de verre, délia et de papier employaient une quantité prodigieuse de bras. Hommes, femme*, vieillards, enfuns , tous subsistaient, par leur industrie. Le boiteux même ou l'aveugle ne manquait pas d'occupations convenables a son état *. Haïs le peuple d'Alexandrie, composé de plusieurs nations , réunissait la vanité et l'inconstance des Grecs avec l'opiniâtreté et la superstition des Egyptiens. Le plus léger motif, une disette momentanée de poissons ou de lentilles, l'oubli d'un saint accoutumé, une méprise pour quelque préséance dans les bains publics, quelquefois mime une dispute de religion*, suffisait en tout temps pour exciter des orages au milieu de cette grande multitude, dont le ressentiment était furieux et implacable \ Lorsque la captivité de Valérien et l'indolence de son fili eurent relâché l'autorité des lois , les Alexandrins s'abandonnèrent à la rage effrénée de leurs passions. Leur malheureuse patrie devint le théâtre d'une guerre civile, qui, pendant plus de douze ans, fut à peine suspendue ■ par un petit nombre de trêves courtes et mal observées. On avait coupé toute communication entre les dîfférens quartiers de la ville. Toutes les mes étaient teintes de sang; tous les édifices considérables avaient été convertis en autant de citadelles; enfin, le tumulte ne s'apaisa que lorsqu'une grande partie d'Alexandrie eut été entfère-
> Pline, HisUnM., v, 10.
' Diodore de Sicile , 1. mi , p. 590 , édlt. de Wessfli*
3 Voyez nne lettre très-curieuse d'Adrien duu ÎHM. Augustin* , p. 246.
* Tel (lie le meurtre d.'mn dut stcié. (Voye* Dimton de Sicile, l.i.)
s Histoire Augustine, p. 195. Celte longue el terrible»ditioh tilt occasionne par UjM dispute qui s'éleva entre un soldai et up bourgeois, au sujet d'une paire de souliers.
e Denis, apud Euttb. Uisl. Ecdœ., vet, vu, p. îl; Anunien,xxu 16.
mMt-!déti!U(te. Cent, aw après, L'enceinte vaste ei magnifique du Brucbion , avec ses palais en son muséum „ résidence des rois et aespbii«sophc5, présentait déjà, comme aujûwd'hoi, une affreuse solitude1.
. JU; La rébellion obscure de Trebellianus, proclamé en laaurie , petite province de l'Asie matm , .eut des suites singulières et mémorables.. Un officier de Gallien détruisit bientôt ce fantôme de roi; mais ses partisans, ansespéraat d'obtenir leur pardon, résolurent Je- se soustraire a l'obéissance, nonluileraent de l'empereur, mais encore de Eempiro, et ils reprirent tout-à-coup leurs acemrs sauvages, dont les traits primitifs n'avaient jamais été entièrement effaces. Ils trottvârent une retraite inaccessible dans ktUijS'.ioohers escarpés, branche de cette grande, chaîna de montagnes connue sous le Mua de flipjit Taurins. La culture de quelques vallées fertiles' leur procura les nécessités de.lar.vie, et leur brigandage les objets de luxe. .Situés au centre de la monarchie rootaine» Us restèrent long-temps dans la barbari#>iLcs successeurs de Gallien, incapables 4e lcs: soumettre par la force ou par la politique, ..élevèrent des forteresses autour de letlPipays \ Ces précautions, qui décelaient la faiblesse de l'état, ne furent pas toujours suffisantes pour réprimer les incursions de ces ennemis domestiques. Leslsauriens, étendant par degrés leur territoire jusqu'au rivage de la mer, s'emparèrent de l'occident daja Cilicie, pays montueux, autrefois la retraite de ces hardis pirates , contre lesquels la. république avait été obligée d'employer Wiftefi ses forces sous la conduite du grand Pompée4.
., Koepréjugéslientsi étroitement l'ordre de l'univers avec le destin de l'homme , que cette sombre période de l'histoire a été ornée d'inondations , de tremblemens de terre , de météores* de ténèbres surnaturelles et d'une
iStaliger, animail\!er.aABuscb.Chrm.$.V$. Trois 'ittiserÙilôHs 'de M. BoB*my i *■« '■» Wmtamèi riodémie.lomeriY
1 ' » rTiStoirf Aupislrne, p. J97.
*toï«oatMios,G*»fr. sat.ton.n.^. 187, sur i«
foule de prodiges faux ou de faits. exagérés1. Une famine longue et générale est une calamité d'un genre plus sérieux. Celle qui se fit sentir alors était une suite inévitable de la tyrannie et de l'oppression , qui , en détruisant les moissons, enlevaient les productions présentes et l'espoir d'une nouvelle récolte. La famine est presque toujours accompagnée de maladies épidémîques, effet ordinaire d'une nourriture peu abondante et malsaine.. D'autres causes doivent cependant avoir contribué à la peste cruelle , qui, depuis deux, cent cinquante jusqu'en deux cent soixantecinq , ravagea Bans interruption chaque province , chaque ville et presque chaque famille de l'empire romain. Pendant quelque temps on vit mourir à Rome cinq mille personnes par jour, et plusieurs villes, qui avaient échappé aux mains des barbares , furent entièrement dépeuplées *.
Il nous est parvenu une circonstance trèscurieuse , qui n'est peut-être pas inutile dans le triste calcul des calamités humaines. On conservait dans la ville d'Alexandrie un registre exact des citoyens qui avaient le droit de recevoir du blé. L'ancien nombre des personnes comprises entre les âges de quarante et de soixante-dix ans fut trouvé égal à la totalité des habitaos qui , depuis l'âge de quatorze ans, jusqu'à celui de quatre-vingts, eurent part a celte distribution , après le règne de Gallien *. Ce fait authentique, appliqué aux meilleures tables de mortalité, prouve évidemment qu'Alexandrie avait perdu plus de la moitié de ses habitans. Si nous osions étendre l'analogie aux autres provinces, nous pourrions soupçonnerque la guerre, la peste et la famine avaient emporté en peu d'années la moitié de l'espèce humaine *,
i Bist. Aug. , p. 177- .
» Hist. Aug. p. 177 ; Tourne, 1. 1, p. M. Zonare , 1 m, p. 623; Eusébe, Chrmieon; Victor, in Bpltoni; Victor, In Casar.; EsAtvp*tn,OT*m, vu, li. ■
'Etueba, Hisl. Eedfe.ru, 21-LanUtwt tiré des hettrès de Denis, qui due le temps de ces trouble» éuii erèque d'Alexandrie.
* Dam un grand nombre de paroisses, onre mille personnes ont été trouvea estre les Igetste ejnatometsw naatr*Jringts ; dnq raille trois eent soiunte-eirM| eatn ceux de quarante enle so Liante-dix. (Voy. M.4e Btflba, Hist.naL, tom. n , p, 600.) .
dbyGoogle
DÉCADENCE DE I/EMPffiÉ KÔMAIN, (Mb* kp.'SA£