CH. X
cabanes fixes ou des tentes mobiles, les lois du mariage qui permettaient d'épouser une ou plusieurs femmes, un habit serré ou des robes flottantes, une force militaire qui consistait principalement en infanterie ou en cavalerie ; telles sont les marques caractéristiques de ces deux grandes portions du genre humain. 11 ne faut pas surtout oublier l'usage des langues celtique et esclavone , dont ta dernière s'est répandue par ta voie des armes , des confina de l'Italie an voisinage du Japon.
Avant d'attaquer les provinces romaines , les Goths possédaient déjà l'Ukraine , pays remarquable par sa fertilité. Il est partagé presque également parleBorysthèuequi reçoit des deux cotés Les eaux de plusieurs rivières navigables. Cette vaste contrée renfermait en quelques endroits des bots immenses de chênes antiques et très-élevés. L'abondance du gibier et du poisson , les ruches innombrables que l'on trouvait dans les cavités des rocs ou dans le creux des vieux arbres, et qui même en ces temps grossiers formaient une branche considérable de commerce, la beauté du bétail , la température de l'air, un sot propre à toute espèce de grains, ta richesse de la végétation , tout attestait la libéralité de la nature, et invitait l'industrie de l'homme '. Les Goths dédaignèrent ces avantages. Une vie de paresse, de pauvreté et de rapine leur parut toujours préférable.
Les hordes des Scythes, qui bordaient leurs nouveaux établissemens du coté de l'orient, ne leur offraient que le hasard incertain d'une victoire inutile. L'aspect brillant des campagnes romaines avait bien pins d'attraits pour les Goths. Les champs de la Dacie, cultivés par des habitans industrieux, pouvaient être moissonnés par un peuple guerrier. Les successeurs de Trajan consultèrent moins les véritables intérêts de l'état que de fausses idées de grandeur, lorsqu'ils conservèrent tes conquêtes de ce prince an-
i HMoire gànealogbnte des Tartares, p. 593. M. Bell (v*i. ii , p. 379) traversa l'Ukraine , en ravageant de Pëtersboatf a ConHuiitimpta La face du pars représente exactement njourdlmi ce qu'il était autrefois, puisque»-
tre les mains des Conques il reste toajonrs dans un état dénature.
MO
delà du Danube. II est probable que leur politique affaiblit l'empire du côté de ce fleuve. La Dacie, province nouvelle et à peine soumise, n'était ni assez forte pour résister aux barbares, ni assez opulente pour assouvir leur cupidité. Tant que les rives éloignées du Niester servirent de bornes à l'empire, les fortifications du bas Danube furent gardées avec moins de précautions : ensevelis dans une fatale sécurité, les habitans de la Mœsie se persuadèrent qu'une distance trop vaste pour être franchie les mettait à l'abri de tout danger de la part des barbares. L'irruption des Gotha, sous le règne de Philippe, les tira de leur funeste erreur. Le roi ou chef de celte fière nation traversa avec mépris la province de la Dacie , et passa le Niester et le Danube, sans rencontrer aucun obstacle. Les troupes romaines ne connaissaient déjà plus de discipline ; elles livrèrent à l'ennemi les places importantes qui leur avaient été confiées, et la crainte d'un juste châtiment en attira un grand nombre sous les étendards des Goths. Tous ces barbares parurent enfin devant Marcianopolis , ville bùtie par Trajan en l'honneur de sa sœur , et qui servait alors de capitale à la seconde Mœsie'. Les habitons se crurent trop heureux de rachètera prix d'argent leurs biens et leurs personnes; et les conquérans retournèrent dans leurs -déserts , plus enorgueillis que satisfaits du premier succès de leurs armes contre un état faible, mais opulent. Dès que Dèce fut monté sur le trône, il apprit qne Cniva, roi des Goths, avait passé une seconde fois le Danube avec des troupes plus nombreuses ; que ses détachemens répandaient de tous cotés la désolation en Mœsie, et que le principal corps d'armée, composé de soixantedix mille Germains et Sarmates, pouvait se porter aux entreprises les plus audacieuses. Une invasion si formidable exigeaîtla présence du monarque , et le développement de toutes ses forces.
i Dans le seizième chapitre de Jomandès, ni lieu desecundo Matiam, on peut substituer tecundam, la seconde Monte, dont Marcianopolis était certainement la capitale. (Voy. Hiérocles , de ProvineiU, et WesaeHag , adlocum,p.G3B. Itweraria.) I) est étonnant qu'une faute sf palpable du copiste att échappé a la correction juili rieuse de Grotlus .
(â&0dep.J.-C.)
Dèce trouva les Goths occupés au siège de Nicopolîs sur le Jatrus , un de ces monumens qui devaient perpétuer le souvenir des exploits de Trajan '. A son approche ils se retirèrent , mais avec le projet de voler à une conquête plus importante, et d'attaquer Philippopolis , ville de Thracc , bâtie par le père d'Alexandre , presque aux pieds du mont Hémus*. L'empereur les suivit par des marches forcées dans un pays difficile ; mais lorsqu'il se croyait à une distance considérable de leur arrière-garde, Cniva se tourna contre lui avec uue furieuse impétuosité. Le camp des Romains fut pillé , et pour la première fois leur souverain prit la fuite devant une troupe de barbares à peine armés. Après une grande résistance, Phïlippopolis , privée de secours, fut emportée d'assaut. On assure que cent mille personnes perdirent la vie dans le sac de cette ville'. Plusieurs prisonniers de marque ajoutèrent à l'importance du butin ; et Prisais, frère du dernier empereur Philippe, ne rougit point de prendre la pourpre sous la protection des plus cruels ennemis de Rome *. Cependant la longueur du siège avait donné le temps à Dèce de ranimer le courage , de rétablir la discipline, et d'augmenter le nombre de ses troupes. Il intercepta différens partis des barbares qui accouraient de la Germanie pour venir partager la victoire de leurs compatriotes*. Des officiers d'une fidélité et d'une valeur éprouvées* curent ordre de garder les passages
i La place eut encore appelée Nicop. La petite rivière sur les bords de laquelle elle est située tombe dans le Danube. (D'Anrille, Géographie ancienne, tom. i, p. 307.)
* Etienne de Byzance, dellrbibtu, p. 740. WesaeSng, llineraria, p. 136.; Zonare, par une méprise singulière, attribue la fondation de Philippopolis au prédécesseur Immédiat de l'empereur Dec*.
s Ammlen , nu, S.
«Àurel. Victor, c. 29.
* Les mots Victoria carplcœ , qui h trouvent fur quelques médailles de l'empereur Dèce, insinuent ces mntages.
6 Claude, dont te regne lut parla suite si gfcrteux.gardait les Thermopyles avec deux renia Dardaniens , cent hommes de cavalerie pesante , et cent soixante de cavalerie légère , soixante archers crélois , et mille hommes de nouvelles troupes bien armées. (Voyez une lettre originale de l'empereur a son général , dans l'Histoire Augustine, p. 300.)
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(WQtlep, J.«C.) PAR ED. GIBBON, CH. X.
des montagnes. Les fortifications du Danube furent réparées et mises en état de défense. Enfin, le prince employa les plus grands efforts pour s'opposer aux progrès ou a la retraite des Gotha. Encouragé par le retour de la fortune , il se préparait à frapper de plus grands coups , et il attendait avec inquiétude le moment de venger sa propre gloire et celle des armes romaines*.
Dans le temps qu'il luttait contre la violence de la tempête, son esprit, calme et réfléchi au milieu du tumulte de la guerre, méditait sur les causes plus générales qui , depuis le siècle desÀntonlns, avaient précipité si impétueusement la décadence de la grandeur romaine. Il découvrit bientôt qu'il était impossible de replacer ceito grandeur sur une base solide, sans rétablir la vertu publique, les principes fondamentaux de la constitution » les mœurs antiques de l'état, et la majesté des lois opprimée. Pour exécuter nu projet si beau, mais si difficile, il résolut d'abord de faire revivre l'ancien office de censeur, magistrature importante, qui contribua beaucoup à maintenir le gouvernement', jusqu'à ce que usurpée par les césars, elle eût perdu son intégrité primitive, et fût tombée insensiblement en oubli*. Persuadé que la faveur du souverain peut donner la puis-, sance, mais qne l'estime du peuple confère seule l'autorité , Dèce abandonna le choix du censeur au suffrage libre du sénat. Les voix unanimes , ou plutôt les acclamations de l'assemblée, nommèrent Valérien, comme le plus digne de remplir cet auguste emploi. Ce vertueux citoyen , qui fut depuis revêtu de la pourpre , servait alors avec distinction dans les troupes. Dès que l'empereur eut ap-
i Jonuuidès, e. 16-18. Zotûne.L i, p. 22. 11 estaieé de découvrir, dans le récit général de celle guerre, les préjuges opposés de l'auteur grec et de l'historien des Guths. lit ne «e ressemblent que par le manque d'eiac tilu.de.
1 Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains, c. B. Il parle de la nature et de l'usage de la censure avec sa sagacité ardiualra et arec une précision peu commune.
* Vespasien et Titus fuient les derniers censeurs. (Pline, Hist. nal.,vn, 49. Ceusorin , de die natali.) La modestie de Trajan ne lui permit pas d'accepler un honneur dont 11 était digne , et son exemple hit une loi pour les Antonlns. (Voyez le panégyrique de Pline , c. 45 el 60.)
pris son élection, il assembla dam son camp un conseil général, et, avant de donner l'investiture au nouveau censeur, il crut devoir lui rappeler la difficulté et l'importance de sa charge, i Heureux Valérien, dit le prince è
> Bon illustre sujet', heureux d'avoir mérité
* l'approbation du sénat et de la république I i Acceptée la censure et réformes les mœurs a du genre humain. Vous choisirez parmi les » sénateurs ceux qui méritent de conserver
* leur rang dans cette angaste assemblée. » L'ordre équestre vous devra le rétablisse-
> ment de son ancienne splendeur. En aug-
> mentant les revenus de l'état , songes ù dî-
> minner les charges publiques. Partagez en
■ plusieurs classes régulières la multitude » confuse des citoyens. Qne la puissance mi- » litaire, les richesses, les vertus et les rcs-
* sources de Rome soient l'objet constant de s votre attention. Vos décisions auront force
* de lois. L'armée, le palais, les ministres de
* la justice , les grands-officiers de l'empire
> sont soumis à votre tribunal. Nul n'est cx- » cepté que les consuls ordinaires *, le préfet » de la ville, le roi des sacrifices et la pre-
■ miére des Vestales , aussi long-temps que » cette vierge conservera sa chasteté, et même » ce petit nombre, qui peut ne pas redouter » la sévérité du censeur romain, s'efforcera
■ de gagner son estime*. > Un magistrat revêtu d'un pouvoir si élcnun
aurait moins été le ministre que le collègue de son maître*. Valérien redoutait avec raison une place qui devait l'exposer aux soupçona et h l'envie. Sa modestie parut alarmée de la grandeur du poste oh on voulait le placer. Après avoir insisté sur sa propre insuffisance et sur la corruption du siècle , il représenta fort adroitement que l'office de censeur ne pouvait être séparé de la dignité impériale , et que les mains d'un sujet étalent trop faibles pour supporter l'énorme fardeau
' Malgré cette exemption , Pompée parut cependant devant le tribunal du censeur pendant son consulat. L'occasion était à la vérité également singulière el honorable. (Puilarque, vie de Pompée, p. 030.)
i Voyez le discours original u ans l'Histoire A ugustine , P- 173, 174.
* C'est peut-être ce qui a trompé Zonare. Cet auteur suppose que Valérien lut alors déclaré le collègue de IMce (I. m, p. 625).
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(260 dep."J*C)
d'une telle administration *. La guerre arrêta bientOt l'exécution d'un projet spécieux , mais impraticable, et, en mettant Valérien à l'abri du danger, elle épargna an prince la honte de ne pas réussir. Un censeur peut maintenir les mœurs d'un état ; il ne saura jamais les rétablir. Il est impossible que l'autorité d'un pareil magistrat soit avantageuse, qu'elle produise même aucun effet, a moins qu'il ne trouve dans le cœur du peuple un sentiment vif d'honneur et de vertu, et qu'il ne soit soutenu par un respect religieux pour l'opinion publique, et par une foule de préjugés utiles qui favorisent les mœurs nationales. Dans un temps où ces principes sont anéantis, l'office de censeur doit dégénérer en vaine représentation, ou devenir un nouvel Instrument d'oppression » et de despotisme. 11 était plus aisé de vaincre les Goths que de déraciner les vices de l'état. Quel pouvait donc être l'espoir de Dèce, puisque même dans la première de ces entreprises il perdit son armée et la vie?
Environnés des troupes romaines, les Goths se trouvaient alors exposés à des attaques continuelles. Le siège de Philippopolis leur avait coûté leurs meilleurs soldats, et le pays dévasté n'offrait plus de subsistance an reste d'une multitude de barbares indisciplinés. Dans cette extrémité ils auraient volontiers rendu leur butin et leurs prisonniers, pour avoir la permission de se retirer paisiblement ; mais l'empereur se croyait sur de la victoire, et, résolu de répandre une terreur salutaire parmi toutes les nations du Nord, il refusa d'écouter aucun accommodement. Des barbares intrépides préfèrent la mort a l'esclavage. Il fallut en venir aux mains. La bataille se donna sous les murs d'une ville obscure delà Mœsie, appelée For m Terebronii '. L'armée des Goths était rangée sur trois lignes , et . par un effet du hasard ou d'une
■Histoire Aue^utine, p. 174. La retymse de Temperair est omise.
* Telles que les tentatives d'Auguste, pour la réforme des mœurs. (Tacite, An. m, 24.)
* Tillemont (Histoire des Empereurs, tom. m, p. 598 ), comme Zoshne, et quelques-uns deeeui qui l'ont suiti, prennent le Danube pour le Tanais, et ils placent le champ de batailla dm les plaine» de la Scy Uue,
sage disposition, on marais commit le front de leur troisième ligne. Au coramencôment dé l'action , le fils de Dèce .jeune prince de la plus belle espérance, ei déjà revèta de la pourpre , fut percé d'une Bêche, et tomba mort à la vue d'un père affligé qui, rappelant sa fermeté, s'efforçait de ranimer te courage de ses troupes, i La perte d'un soldat, s'é- » criait-il, importe peu à la république '. • Le choc fut terrible ; c'était le combat du désespoir contre la douleur et la rage. Knfin(a première ligne desGoths fut enfoncée.- La seconde, qui s'avançait pour la soutenir, eut le même sort. La troisième seulement restait entière , disposée à disputer le passage du marais que l'ennemi présomptueux eut l'imprudence de vouloir forcer. La fortune change tout-a-conp. i Tout est contre les Romains ,
> la profondeur du marécage, un terrain où
> l'on enfonce pour peu qu'on Varrtte, »ù i l'on glisse quand on fait un pas; la pesan- • teurde la cuirasse, la hauteur des eaux,
> qui ne permet pas de lancer le javelot. Au » contraire, les barbares, habitués à combat- » tre dans les terrains marécageux, outre t'a-
> vantage de la taille, avaient encore celui
> des longues piques, dont ils atteignaient de
> loin,.»Aprôs d'inutiles efforts, l'armée romaine fut ensevelie dans ce marais, et jamais on ne put retrouver le corps de l'empereur1. Tel fut le destin de Dèce, Agé pour lors de cinquante ans ; monarque accompli, actif dans la guerre, affable au sein de h) paix*. Son fils aurait été digne de lui succéder. La vie et la mort de ces deux princes les oit fait comparer aux plus brillans modèles de la vertu républicaine".
1 Aurelius Victor place la mort des deux Décès dans deux actions différentes; mais j'ai préféré le rédt de Jornandés.
» J'ai hasardé de tirer de Tacite (An., i , 64 ) le tableau d'une action semblable entre une armée romaine et une tribu germanique.
J Jornandés, c. 18; Zosime,!. i.p.'SS; Zonare, i. m, p. 627; Aurel. Victor.
* Les Deces furent tués avant la Un de l'année SI , puisque les nouveaux princes prirent possession du consulat dans les calendes de janvier qui suivirent. ;
* L'Histoire Augustin*, p. 333, leur donne tme place tretlionoraUc parmi le petit nombre de bons princes qui régnèrent entre Auguste et Dioctétien.
(HO dep. 1*C.)
Ge; FamstA coup ibattit. pour quelque temps l-inarfeBoetlf» légion». Elles attendirent patiemment , et' reçurent avec, semaisskn le décret du sénatiqui réglait la succession à l'empire. Un juste respect pour la ■mémoire do Dèoe^levasurle trône le seul fils qniM survivait. HoBtitieaent le titre d'empereur; mais, avec un rang égal, on donna une autorité plus réelle à Galliu», dont l'expérience et l'habileté parurent nécessaires pour .guider les pas du jeune prince et pour goutenter la monarchie dans là malheureuse situation où elle était réduite '. Le premier soin du nouvel empereur fut de délivrer' les province» illyriennes de l'oppression cruelle d'un ennemi victorieux. Il consentit à laisser entre les mains des Goths un butin immense, /ruit de1 leur invasion ; et ce qui ajoutait à la honte de L'état, il leur abandonna un grand nombre de prisonniers d'une naissance et d'un mérite distingués. Sacrifiant tout au désir d'apaiser le ressentiment de ces fiers ,. vainqueurs et de faciliter leur départ, ils' en- ' gagea, même à leur payer tons le» ans une somme considérable, à condition qu'ils n'infesteraient plus les provinces romaines *.
Dans le siècle des Scipions , les rois qui recherchaient la protection de la république ne dédaignaient pas de recevoir des présens de peu de valeur, mais auxquels la main d'un allie puissant attachait le plus grand prix. Une chaise d'ivoire, un simple manteau de pourpre, une coupe d'argent, ou quelques pièces de cuivre * satisfaisaient les souverains lesplusppulens.de la terre. Lorsque Rome eut englouti les trésors des nations, les césars crurent qu'il était de leur grandeur, et même de leur politique d'exercer envers les alliés de l'état une libéralité constante et réglée par une sage modération. Ils secouraient la pauvreté des barbares, honoraient
» Ave ubijvtw comperere~... décernant. (Victor, in Casariiut.)
*Zonsre, Um, p. 823.
3 Le riche monarque d'Egypte accepta arec joie el arec rtpnuiattunce une chaise fjetta), une robe tfoga), et une coupe, [paiera) d'or du poids de cinq livres (Tite-Lite, -ana.i). Qulnamilliaie.ru, qui valaient environ qtuirecentsdu livres, étaient le présent ordinaire que la république donnait aux ambassadeurs étrangers. {rue-Lire, inr.D.)
leur mérite, et récompensaient leur fidélité. Ces marques volontaires de bonté aeparajs» saient pas arrachées par la crainte;. elles venaient seulement de la générosité pu de la gratitude des Romains, Les amis et les, sup~ plians avaient des droits. aux présens et aux subsides de l'empereur. Ceux qui les réclamaient comme une. dette ' essuyaient un dur refus. Mais la clause d'un paiement annuel à un ennemi vainque ur parut un tribut ignominieux. Les Romains , jusque là maîtres du monde, n'avaient point encore été accoutumés à recevoir la loi d'une troupe de barbares. Le prince qui, par une concession volontaire , avait probablement sauyé sa patrie , devint l'objet du mépris et de l'aversion générale. Hostilien avait été enlevé au milieu des ravages de la peste; on fit à Gallus un crime de sa mort *. Le cri de la haine imputa même la défaite de Dèce aux conseils perfides de son odieux successeur \ La tranquillité que Rome goûta la première année de son administration *, servit plutôt à enflammer . qu'à apaiser le mécontentement public ; et, dès que le danger de la guerre eut été éloigné, on sentit plus fortement etd' une manière bien plus vive l'infamie de la paix.
Mais quel dut être le ressentiment des Romains, lorsqu'ils découvrirent qu'ils n'avaient point assuré leur repos, même au prix de leur honneur? Le fatal secret de l'opulence et de la faiblesse de l'empire avait été révélé à l'univers. De nouveaux essaims de, barbares, enhardis par le succès, de leurs compatriotes, et ne se croyant pas enchaînés par les mêmes traités, répandirent la désolation dans les provinces de l'illyrie , et portèrent la terreur jusqu'aux pieds du Capitole. Un gouverneur de Pannonie et de Mœsie entreprit la défense de l'état, que paraissait abandonner le timide Gallus. Ëmïlien, rallia les
t Voyez queue élail la fermeté d'un général romain jusque sous le règne d'Alexandre Sévère. (Excerptalegaticnwn, p. 25, édition du Louvre.)
*Pour la peste, voyez Jornandes, c. 19; et Victor, in Cœsaribus. . „
a Ces accusations improbables sont rapportées par Zciime,l.»,p.23,21.
* Jornandes, c 19. L'écrivain gotn observa du moins la pais que ses compatriotes victorieux avaient jurée*
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. lu
troupas dispsrsees et ranima tour courage «battu. Tout-à-coup les barbares sont attaqués, mis en déroute, chassés et poursuivis au-delà du Danube. Le général victorieux distribua aux compagnons de ses exploita l'argent destiné pour le tribut , et les acclamations de l'année le proclamèrent empereur sur le champ de bataille '. Gallus semblait avoir oublié les intérêts de l'état au milieu des plaisirs de l'Italie; informé presque dans le même instant de la révolte heureuse et delà marche rapide de son ambitieux lieutenant, il s'avança au-devant de lui jusqu'aux plaines de Spolette. Lorsque les armées furent en présence, les soldats de Gallus comparèrent la conduite indigne de leur souverain avec la gloire de son rival ; ilsadmiroient la valeur, la libéralité d'Émilien, qui offrait à tous les déserteurs une augmentation de paie considérable '. Le meurtre de Gallus et de son fils Volnsien termina la guerre civile ; le sénat donna une sanction légale aux droits de conquête. Les lettres d'Emilien à cette assemblée sont un mélange de modération et de vanité. Il l'assurait qu'il remettrait à sa sagesse l'administration civile, et que, content de la qualité de général, il maintiendrait la gloire de la république, et délivrerait l'empire en peu de temps des barbares de l'Orient et dn Nord '. Son orgueil ent lieu d'être satisfait de l'applaudissement des sénateurs. Il existe encore des médailles où 1! est représente aveo le nom et les attributs d'Hercule-e- Yictorioux et de Mars -le -Vengeur *.
Si le nouveau monarque possédait de grands talens, il n'eut pas le temps nécessaire pour remplir se» magnifiques promesses. 11 se passa moins de quatre mois entre son élévation et sa chute ». Gallus avait été vaincu; on vît bientôt paraître un compétiteur plus formidable que Gallus. Cet infortuné prince avait chargé Valérien , déjà revêtu du titre honorable de censeur , d'amener à son secours les légions de la Gaule et de la Germa-
" Zos'me , 1. 1, p. 25, 26.
l Victor, in Cmaribut.
>Zonare,l. m, pag.628.
* Banduri NumisouU, p. 94.
s Eutrupe, 1. ix, cfl, dit ttrti* mmue. Kiuèbe m parle as de cet empereur.
DECADENCE DK L'ÏMHÎtË ROMAIN, (MO dép. J.-G.)
nie ■ '.Valérien exécuta cette commission avec «Me et fidélité) arrivé trop tard pour sauver son souverain , H résolut de le venger. La sainteté de son caractère, et, plus encore, la supériorité de son armée, imprimèrent du respect aux troupes d'Emilien, qui restaient toujours campées dans les plaînesde Spolette. Ces soldats indisciplinés n'avaient jamais été dirigés par aucun principe ; devenus alors incapables d'attachement personnel , ils ne balancèrent pas è tremper leurs mains dans le sang d'un prince qui venait d'être l'objet de leur choix partial. Ils commirent seuls le crime ; Valérien en recueillit le fruit. A la vérité, ta guerre civile porta ce sage citoyen iur le trône; mais il en monta les degrés avec une innocence rare dans ce siècle de révolutions, puisqu'il ne devait ni reconnaissance ni fidélité* au souverain dont il prenait la place.
Valérien Avait environ soixante ans * lorsqu'il commença son règne. Ce ne furent ni le caprice du peuple ni les clameurs de l'arméo qui lui mirent la couronne sur la tète ; il semblait obéir a la voit unanime de l'univers romain. En parcourant successivement In carrière des honneurs, il avait mérité la faveur des princes vertueux, et il s'était montré l'ennemi des tyrans '. La noblesse de son extraction , la douceur et la pureté de ses mœurs, l'étendue de ses connaissances, et la grande expérience qu'il avait acquise, lui attiraient la vénération dusénatetdu peuple. Si le genre humain, selon la remarque d'un ancien auteur, eut été libre de se donner un maître, son choix serait tombésurValérien*. Peut-être le mérite de cet empereur ne répondait-Il pas a sa réputation ; son habileté" ou du moins son courage se ressentait peut-
< Zmlme, 1. 1, p. 28. Eutrope et Victor placent l'année deValériradanilaKbéUe.
i 11 avait «mr»H toiuiito-dix ans lonnall mdnta wr le troue, ou, comme il est plus probable, lorsqu'il awarel. (Hist. Aug., p. 173. Tillemonl, Hlst. île* Emp., tom. m , p. SB9, noie t.)
iInimùnafynamorum,(1HM.kvg.,p.im)Uinnv«}€ sénat s'éleva arec ut il beau tela conlra Mailaûn , Valarien Joua le rôle d'un véritable patriote (Hlft. Aug. , p. 1 16.)
* Mm la dlatlnetwii de Victor , (I parait que Valérien regut rie l'armée le ttlre â'imptrator, et du «tut etlul d'auguste.
(243 dep. J.-C.) être de la langueur et du refroidissement de l'âge. La conviction de sa propre faiblesse engagea Valérien à partager le trône avec ua associe1 plus jeune et plus actif. Les circonstances ue demandaient pas moins un général qu'un monarque , et l'expérience du censeur romain aurait dû lui désigner le collègue le plus digne par ses tatous militaires de recevoir la pourpre comme la récompense de son mérite. Au lieu de faire un choix judicieux, qui, en affermissant son règne , aurait rendu sa mémoire chère à. la postérité , Valérien ne consulta que les mouvemens de la tendresse ou delà vanité; il conféra les honneurs suprêmes à son fils GalUen, jeune prince dont les vices efféminés avaient été jusqu'alors cachés dans l'obscurité d'une condition privée '. Le père et le fils gouvernèrent ensemble l'univers durant sept ans environ. Gallien régna seul pendant huit autres années. Mais toute cette période ne présente qu'une suite non interrompue de calamités et de confusion. L'empire romain, attaqué de tous cotés, éprouva à la fois la fureur aveugle des barbares du dehors, et l'ambition cruelle des usurpateurs domestiques.
Pour mettre de l'ordre et de la clarté dans notre narration, nous suivrons moins la succession incertaine des dates, que la division plus naturelle des sujets, Les plus dangereux ennemis de Rome furent alors : 1° lesFrancs, 2° les Allemands, 3° les Golhs, 4° les Perses. Sous ces dénominations générales nous comprendrons des tribus moins considérables, qui se sont aussi rendues célèbres par leurs exploits, mais dont les noms rudes et obscurs ne serviraient qu'à surcharger la mémoire et à fatiguer l'attention du lecteur. I. Comme la postérité des Francs forme une des nations les plus grandes et les plus éclairées de l'Europe, l'érudition et le génie se sont épuisés pour découvrir l'état primitif de se* barbares awétres. Aux contes de la crédulité ont succédé les systèmes de l'imagination. L'esprit de recherche a scrupuleusement examiné tous les passages qui pou-
- ' D'après Victor et quelques médaille», M. 4e Tillemont (loin, in, p. 710) condut arec raison que Gallianftit associe à l'empire vers le mois d'août de l'année 253,
valent éclaircir cette matière, il t'est porté sur tous les lieux où il a cru apercevoir de faibles traces d' une origine obscure. On a supposé que la Pannonio < , que la Gaule, que le nord de la Germanie * donna naissance à cette fameuse colonie de guerriers. Enfin les critiques les plus sensés , rejetant les fausses migrations de conquérans imaginaires, ont embrassé une opinion qui, par sa simplicité même, nous parait être la seule vraie *. Selon leurs savantes conjectures, les anciens habitons du Veser et du Bas-Rhin , se réunirent vers l'an deux cent quarante * et formèrent une nouvelle confédération sous le nom de Francs. Le Cercle de Westphalie, le Landgraviat de Hesse , les duchés de Brunswick et de Lunebourg étaient autrefois la patrie des Chauques , qui, dans leurs marais inaccessibles, défiaient les armes romaines *, des Cbérttsqiies fiers du nom d'Arainius , des Caltes , redoutables par la force et par l'intrépidité de leur infanterie , et de plusieurs autres tribus moins puissantes et moins célèbres B, L'amour de la liberté était la passion dominante de ces Germains, la jouissance de cette liberté leur plus précieux trésor, et le mot qui désignait cette jouissance, l'expression la plus agréable à leur oreille. Ils méritaient , ils prirent , ils conservèrent la dénomination de Francs ou hommes libres : titre honorable qui cachait, mais qui ne détruisait pas les noms particuliers des différent peuples de la confédération \ Un consentement tacite et un avantage réciproque dictèrent Les premières lois de l'union. L'expérience et
1 On a tome dirréreussystanieipoweipliqiieriin passage difficile de Grégoire de Tours, I. u, c. 9.
1 Le géographe de Ravenne , i, il , eu parlant de Maurlnganla, sur les confina du Danemark, comme de l'ancienne demeure des Franc*, a Ut naître le système Ingé-
3 Voyei Olivier, Germ. anl.,ra, & 30. M. Frerel, Mèn. de l'Académie, loin. ïvjii.
« Vraisemblablement sous le règne de Gordien. La circonstance particulière qui y donna lieu a été pleinement examinée par Tilknwnt, loin, m, p. 710,1181.
* Pline, Hisi. nat. m, 1 . Les panégyristes font soureut allusion aux marais des Francs.
«Tacite, Germ, 30,37.
i On voit paraître la plupart de ces anciens noms dans use période moins éloignée, Voyea-en des vestiges dam Cimier, Germ. an!., 1- m.
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l'habitude la cimentèrent par degrés. La ligue des Francs pourrait être en quelque sorte comparée au corps helvétique, où chaque canton, retenant sa souveraineté indépendante , concourt avec les autres, dans la cause commune, sans reconnaître de chef suprême ni d'assemblée représentative ". Mais le principe des deux confédérations est extrêmement différent. Une paix de detix cents ans a récompensé la politique sage et vertueuse des Suisses. L'inconstance, la soif dit pillage et la violation des traités les plus solennels ont déshonoré le caractère des Francs.
Depuis long-temps les Romains éprouvaient la valeur entreprenante des habitons de la basscGermamc;toiil-a-coiiplcs forces réunies de ces barbares menacèrent la Gaule d'une invasion plus formidable, et exigèrent la présence de (îallien , l'héritier et le collègue de l'empereur *. Tandis que ce prince et Salonia, son Gis, encore enfant, déployaient dans la cour de Trêves toute la majesté du trône, les armées se signalèrent sous le commandement de Posthume; quoique cet habile général trahît par la suite la famille de Valérien , il fut toujours fidèle à la cause importante de la monarchie. Le langage perfide des panégyriques et des médailles parle obscurément d'une longue suite de victoires; des titres, des trophées attestent, si l'on peut ajouter foi à un pareil témoignage, la réputation de Posthume , qui est souvent appelé le vainqueur des Germains et le libérateur de la Gaule *.
Mais un simple fait, le seul à la vérité dont nous ayons uae connaissance certaine, renverse en quelque sorte ces monumens de la vanité et de l'adulation. Le Rhin , quoique décoré du. titre de sauve garde des provinces, fut une bien faible barrière contre l'esprit de conquête qui animait les Francs. Leurs dévastations rapides s'étendirent depuis ce fleuve jusqu'aux pieds des Pyrénées. Ils fran-
« SinilCT, <te Repub. helv., eua». notis. Fuselini.
* Zosirne. 1. 1, p. 27.
3 J1. deltroq«igiit(M*m. ilel'Aead. tom. x«l nous a donné une \\e très-curieuse de Posthume. On a ùmaé plusieurs fois le projet d'écrire In vie des empereurs d'après les médaille» et les ûucripUo» ; cl juaquir présent «et ovnsge manque.
(M8 dep. J.-C.) cfairent bientôt ces hautes montagnes que la nature semblait leur opposer. L'Espagne n'avait jamais redouté les incursions des Germains; elle fut incapable de leur résister. Pendant douze ans , la pins grande partie du règne de Galtien , cette contrée opulente devint un théâtre de destruction , et ne présenta de tous côtés que la faiblesse aux prises 'avec la fureur. Tarragone , capitale florissante d'une province tranquille, fut saccagée et presque détruite *. Et du temps d'Orose, qui écrirait dans le cinquième siècle, de misérables cabanes, éparses au milieu des ruines d'un grand nombre de villes magvifiqnes, rappelaient encore lange des barbares ■: Lorsque le pays épuisé n'offrit plni aucune espèce de butin, les FranéB s'emparèrent de quelques vaisseaux dans les ports d'Espagne *; et passèrent en Mauritanie. Quel dut être, â la vue de ces peuples féroces , l'étonhéthent d'une région si éloignée ? Lorsqu'ils abordèrent sur la côte d' Afriqne, où l'on ne connaîssailni leur nom ni leurs mœurs, ni leurs traits, ils parurent sans doute tomber tout-à-coup d'un nouveau monde*. ' ■ ■
H. Au-delà de l'Elbe, dans cette partie de* la haute Saxe que l'on appelle aujourd'hui le marquisat de Lnsacc , il existait anciennement un bois révéré, sîége formidable de la religion des Suéves. Personne n'yentroit qu'îr" ne fût lié ; et l'on ne pouvait pénétrer dtiers l'enceinte sacrécsatis reconnaître, par cette attitude humiliante et par des prosternefflens,' la présence immédiate de la divinité souveraine *. Le patriotisme ne contribuait pas moins que In superstition à consacrer le Se»nenwald , ou bois des Semnones ". Sefcn h créance universelle , la nation avait reçu s»
' Anrel. Victor, c.33. AuMide pou ifircpto, le sens dl'eipTessloiidanïBdenldeWo, ([HOiqueàlavcntcflsolt également difficile, pat des raisons fort difKrenlts.ds) corriger le texte des meilleurs écrivains et des plus nuu-
i Du temps a"" Aosone ( * la lin du quatrième Siècle) , Ilerda on Lerida dudt dans un état de ruine, mrile vraisemblablemenl de celle invasion. ( An sou*, Api t. xtr, 63.)
s M. VaMs se trompe donc lorsqu'il suppose qw les Francs ont envahi l'Espagne par mer. ' '
' Auret. Victor. Eutrape, rc, 0. "
* TWta. 6cm., 38;
6CIUvier,Gerra.aiil.,m,25. ' *'
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iw.&ç.*?*fo)
prêtre -: existence suc ce lieu sacré. Les nombreuses tribus quise glorifiaient d'être du.sang des,Suèves..y- envoyaient en certains temps des ambassadeurs; la mémoire de tenr extraction commune- ae perpétuait par des sacrifices humains. Les habitans des contrées MAécieures, de la Germanie, depuis les bords del'OdeC: jusqu'à- ceux du Danube, portaient la.pom général de Sueves-Ces peuples étaient distingués de» autreS;Gennains par me mode particulûine d'arranger leurs, longs cheveux, qu'ils rassemblaient en forme de nœud sur le haut dci,la Wlte. Ils.eb.ériBSaieat un ornemauViBui faisait , paraître leurs rangs plus élevés et plus terribles, sur le champ de bataille'., Les Gennains^ si jaloux de la gloire militaire,, reoqaniûsaaiant Dons la supériorité des,, Suèyesi ils ne cçoyateat pas qnece fat une, disgrâce ■ dd fuir «levant une nation à laquelleles. dieux immortels eux-mêmes n'aurajwU pas.. résisté; c'est ainsi que s'exprimorenUes .tribus des Tiacteres etdesUaipiens, cuti marchèrent avec une grande année audevant -du, dictateur César ••
Sous le règne de CaraoaUa un nombreux e^ajm, de- Suéves, parut sur lesrives dnMein •fi^tMle voisinage des provinces romaines, ailu-éti. par tespoir de trouver des vivres , du butin on de la gloire1. Cettearmée devolon- Wires,. levés 4. la hàle, ferma par degrés une grande nation,- et, comme elle était composée d'une ibule de tribus différentes, elle prit laflom d'Allemands (ou Allmen, tovs kamn»gi,d*n&ia langue du Mord ), pour désigner à la fois, leursi différentes races et leur bravewe conwuie*e\,Ils ,se rendirent bientôt forsjidablesauxftosftainsparlenrsincursions.
L4StA.Henand$ combattaient principalement à cheval , et leur cavalerie tirait encore une nouvelle . force. $w mélange d'infanterie légère .choisie,, parmi les jeunes guerriers les plus braves et les plus actifs, et accoutumés
> Sififwi 0,<!Ç%iif,Gemutott,w&wonim ingenm à tjtrvif, itjpaifrntur. Qwt|< orsueiUeusfi dHtiuclion 1
A\]e.\oiJn.Çar.açtàloiïimiOifà^,\. uwn.p. 1350.
* Cette étymologie ( kjjia. fUKmUS *« «tte* ani amn-
seot rimsgluation des unraw) neiu a éle coisenO par
AsMus Quadratas, historien original ci)4 parAgaiùias
par de fréquens exercices à suivre lès cavaliers dans les marches les plus longues, dans les chocs les plus furieux et dans les retraites les plus précipitées'.
Ces fiers Germains , étonnés d'abord des préparatifs immenses d'Alexandre Sévère, respectèrent les armes de son successeur, barbare qui les égalait en courage et en férocité. Mais, toujours prêts à fondre sur les frontières de l'empire, ils augmentèrent le désordre général qui déchira Rome après la mort de Dèce. Les riches provinces de la Gaule éprouvèrent leur fureur , et ce peuple arracha le premier voile qui dérobait à l'univers la faible majesté de l'Italie. Un nombreux corps d'Allemands traversa le Danube, pénétra par les Alpes Rhétienncs dans les plaines de la Lombardic , s'avança jusqu'à Ravenne, et déploya ses étendards victorieux presque à la vue de la capitale*. Cette insulte et le danger de l'état rallumèrent dans l'esprit des sénateurs quelque étincelle de leur ancienne vertu. Les empereurs se trouvaient alors engagés dans dos guerres très -éloignées. Valérien en Orient, et Gallien sur les bords du Rhin. Toutes les espérances , lotîtes les ressources des Romains étaient en eux-mêmes. Dans cette extrémité, le sénat prit la défense de la république ; il mit en ordre de bataille les gardes prétoriennes qui avaient été laissées dans la ville ; et, pour compléter leur nombre, il enrôla les plus forts et les plus zélés des plébéiens. ' Les Allemands , surpris de voir tout-à-coup une armée plus nombreuse que la leur , repassèrent en Germanie chargés de butin, et le timide Romain prit cette retraite pour une victoire9.
Lorsque GaHien eut appris que les barbares avaient été forcés d'abandonner tes murs de sa capitale, loin- d'approuver' la conduite du sénat, il craignit que son courage ne le portât un jour à délivrer Rome de kr tyrannie domestiquer Misai bien que des invasions étrangères. Sa lâche ingratitude
i Ce Ait ainsi que les Suévcs combattirent contre César; et cette manœurre mérita l'approbation du vainqueur ( in Bel.gai.i,®).
i Histoire Augustin), p. 315, ÏI6; Dexippus* Excerpta Icgationum, f. 8 ; Saint Jérone, chron. Orote, ni, 22.
*Zosime,1.i,p-34.
DECADENCE DE 1/EHH1E MHAIN,
parut visiblement dans un édit. qui défendait aux sénateurs d'exercer aucun emploi militaire , et même d'approcher du camp des légions. Mais ses alarmes n'étaient pas fondées. Les patriciens, énerves par le luxe et par les richesses , retombèrent bientôt dans leur caractère naturel. Ils acceptèrent comme une faveur cette exemption flétrissante de service , et coatens, pourvu qu'on les laissât jouir de leurs théâtres, de leurs bains et de leurs maisons de campagne , ils abandonnèrent avec joie le fardeau du gouvernement aux mains des paysans et des soldats'.
Un écrivain du Bas-Empire parle d'une autre invasion des Allemands , plus formidable, mais dont l'événement fut pins glorieux pour Rome. Trois cent mille de ces barbares furent défaits, dit-on, près de Milan, dans une bataille où Gallien combattit en personne , avec cent mille Romains seulement*. Cette victoire étonnante ne doit être attribuée qu'à la crédulité de l'historien , ou peut-être tes exploits exagérés de quelque lieutenant de l'empereur y ont-Us donné lieu. Gallien employa des armes d'une nature bien différente pour défendre l'Italie de la fureur des Germains. II épousa Pipa , allé d'un roi des Marcomans, tribu snève, souvent confondue avec les Allemands dans leurs guerres et dans leurs conquêtes'; et il accorda au père, pour prix de son alliance, un établissement considérable en Pannonie. 11 parait que les charmes naturels d'une beauté sauvage fixèrent l'inconstance de l' empereur, et que les lieus de la politique furent resserrés par ceux de l'amour. Mais l'orgueilleuse Rome conservait encore ses préjugés. Elle refusa le nom de mariage a l'alliance profane d'un citoyen avec une barbare, et l'épouse de Gallien ne fut jamais désignée que sous le titre flétrissant de «a concubine4.