‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 19 sur 85 · M*. *D. GIBBON. CB. XL · texte numérisé non relu

M*. *D. GIBBON. CB. XL

Claude adressée au séant e

i VWA. Aog. rapporte It plus peut nombre , Zomre , le plus grui. Llnugùution rire .de M. de Montesquisu

laitfthdonaertaprtféreJiaàcedeniieMuliuir.

celle occasion mémorable: « Pères conscrits, » dit l'empereur, sachez que trois cent vingt » mille Goths ont envahi les domaines de

> Rome. Si je les défais, votre gratitude » sera la récompense de mes services. Si je

> succombe, n'oubliez pas que je suislesuci cesseur de Gatlien. La république entière » est fatiguée et épuisée. Nous avons à com-

> battre après Valérieu , après Ingenuus ,

> Regillianus,Cetsus,Lolliainus,Posïhumeet

> mille autres, qu'un juste mépris pourGal-

> lien avait forces à se révolter. Noua man-. » quoos de dards, dépiques et de boucliers.

> Les provinces les plus belliqueuse» de l'em- » pire, la Gaule et l'Espagne, sont entre les

> mains de Tetricus. Et nous rougissons d'à-

* vouer que les archers d'Orient obéissent

* à Xénobie. Tout ce que nous exécuterons

> sera suffisamment grand '. • Le style ferme et mélancolique de cette lettre annonce an héros peu inquiet de sa destinée , connaissant tout le danger de sa situation , mais qui trouvait des espérances bien fondée» dans les ressources de son propre génie.

L'événement surpassa son attente et celle de l'univers. Par les victoires les plus signalées il arracha l'empire aux barbares, qui le déchiraient, et il mérita de la postérité le surnom glorieux de Claude-le-Gothique. Les relations imparfaite» d'une guerre irrégulière * nous empêchent de décrire l'ordre et les circonstances de ses exploit»! cependant, s'il nous était permis de nous servir d'une pareille expression, nous pourrions distribuer en trois actes cette fameuse tragédie. I. La bataille décisive fut livrée près de Naissus, ville de Dardanie. Les légion» plièrent d'abord, accablées par le nombre et découragées par les malheurs ; leur ruine paraissait inévitable, si la conduite habile de l'empereur ne leur eut ménagé un prompt secours. Un grand détachement sortant tout-à-coup des passages secrets et difficiles des montagnes, dont il s'était emparé pnr son ordre, attaqua subitement l'afrière-gnrdc desGoihs

< Trebellius Pollion , dans l'Ilisi. Aug. , p. 304.

3 Hist. Aug., dit» Claude, Aurélieii et l'robus; Zoaime, I.i, p. 33-42; Zoture, L ui,p.63B;Aurel. Victor, Epit<7M.;Yiclor le jeune, in Ctnar; ftulrope, u.lt Eusèbe , in ChroR.

dbyGoogle

DÉCADENCE DE î/BSHWî fcOttÀlN,

victorieux.*'!, activité de Claude mit à profit cet instant' Favorable. II ramma le courage de ses* troupes, ! rétablit leurs rangs et pressa l'ennemi de' toutes' parts. On prétend que dans cette bataille cinquante mille hommes restèrent' sur la place. De nombreux corps de barbares', retranchés derrière leurs chariots, se retirèrent', ou plutôt s'échappèrent à l'abri de cette fortification mobile. 11. Nous pouvons présumer qu'un obstacle insurmontable, peut-être la fatigue ou la désobéissance des vainqueurs, empêcha Claude d'achever en un jour la destruction des Golhs. La .guerre se répandit dans les provinces de Mœsie, de Thracc , et de Macédoine; et les opérations de la campagne se bornèrent à une foule de marches , de surprises et d'actions particulières sur mer et sur terre. Lorsque les Romains souffraient quelque échec, leur lâcheté on leur imprudence en était le plus 'souvent la cause; mais tes talens supérieurs de leur souverain, la parfaite connaissance qu'il avait du pays , ses sages mesures, et son discernement dans le choix de ses officiers , assurèrent presque toujours le succès de ses armes. Tant de victoires lui procurèrent un .butin immense, qui consistait principalement en troupeaux et en esclaves. Ubc. troupe choisie de jeunes barbares fut incorporée dans les légions; les autres prisonniers furent vendus en esclavage; et le nombre «les femmes captives était si considérable , que chaque soldat en eut deux ou trois pour sa. part. D'où nous pouvons juger que les Goths n'avaient point envahi l'empire seulement pour le dévaster, mais qu'ils avajent aussi formé quelque projet d'établissement, puisqu'ils avaient mené leurs familles même dans une expédition navale. III. Leur Hotfe. fut on prise ou coulée a fond : perte irréparable qui intercepta leur retraite. Les Romains -formèrent une vaste enceinte de postes distribués avec art, courageusement soutenus, .et qui , se resserrant par degrés vers un. centre cuawiun, forcèrent les barbants cteise réfcigier «ans les parties les plus inaccessibles du moift Hœmus , où ils trouvèrent un asile assuré!, mais où Ils eurent a peine de quoi subsister/' Daus le cours d'un hiver rigoureux, durant lequel ils furent

assiégés par les troupes- de l'empereur* la famine, ta 'peste* le fcjr et la désertion damtnuerent' cemmuetlonsent tome cette imkitnde. A« retour du printearps on ne vit paraître sons les armes qu'une petite bande ■ de guerriers hardis et désespères,1 reste de ces tiers ennemis qui s'étaient embarqués i l'embouchure du Niester: •

La peste, qui avait emporté tant de barbares, devînt fatale a leur vainqueur. Après deux mois d'un règwe conrt ,TntriS'p;lotvet(x, Claude rendit les derniers soupirs à Sirmktm, an milieu des pleurs et des lamenfatlôta dé ses sujets. Prêt a expirer, A' assembla ses principaux officiers, et leur recommanda Aft- ' rélien , un de ses généraux ," èotmtie le prtrs digne du tronc , et comme te plus capable d'exécuter té grand projet qnTMriî avait se** ' lement été permis d'entreprendre. Le* vertus de Claude, sa valeur, son flrfa"blrJlé",'sa jnV: tïce et sa tempérance , son amoflr pour1 la' gloire et pour la patrie, le placent au rarig de ce petit nombre de princes qui bonorèrentta' ' pourpre romaine. Ses vertns cependant 931* ' vent une partie de leur célébrité au ïèîe particulier et à la complaisance dés écrrvafns courtisans du siècle de Constantin, arrière*' petit-fils de Crispus, le frère aîné de Claude: La voix de la flatterie apprit bientôt S répéter que les dieux, après avoir enlevé si précipitamment Claude, récompensèrent son mérite" et sa piété, en perpétuant à jamais l'empire dans sa famille*.

Malgré ces oracles , ta grandeur des Ftavîens (nom que prit la maison de Constance), ne brilla que plus de vingt ans après son fondateur, et même l'élévation de Claude causa la ruine de Quintilius son frère, qui n'eût point assez de courage pour descendre an rang que lui avait assigné le patriotisme du dernier empereur. Immédiatement après ta mort de ce prince, Quintilius prit inconsidôV

Sdon Zonare ( 1. m , p. 638; , Claude , avant sa mort, le rerétit de la pourpre. Mais ce fait singulier n'est point confinai par tes antres historiens, qui paraissent plutôt ie contredire. , . •

* Vj-w la tte ta Garnit ■ par PoUtan , et les dïecoun 4c Mamartin , d'Eutaèa* et de Julien. Veyei anati les César* de Julien , p. 313. Ce n'est point l'adulation nui fait par- ] 1er ainsi Julien , mais la superstition et la vanité,

(MftJ-Mp.UuOÎ^

■ WmtttMtBOS. CIL XI. i

euHif Kmpe ri'pijUMLB fcn «moi .mtmin sébat, et AwAo&Hn'f'afvttsëditàNa. dos Wawpes. :

bl« ttwDanfcbs mies* «cwfci^do-.twssane^ impériale au brave Aur^e** «H 8MCoe#M>a.BO.OS ta i^pÉt«fwMiet tew«ri*e<)ftiwnn^-5l;,et,,se- UqlÀ^Uwnft Jitflffia. fsyii.s^flMlgW' lafcoMe

pÛMéiianii* Ksnity.ti..4 «.un ■!.-•.. j^., -, i: »., L« «taigwàrol idfl,cet iwro-gg.w), flffiif pewefcWft-dç.tfatP.e^m^B^éHUl Iejt.p|us.

miaiMi«lb'rf*tï^»¥sMfl flaque .KVHWti.

apifcff** ■wtfB^e^-WPfffÇWawrffc. '<*&; cn»icJ|!fc ttfff**^ .RWWuUrilçsr.dp fâ vie. «^lMMr<*!tP»*r*!t •* Wj.l* f qvW^W;nous

T&MÂ& nmimm!£rr\i»K9 dçSiiaWUin» oâ M H#«»)da& me njeiite/e^quji apparje-

nM AwMH^-w^^sénAtçtw- SoftiUs-. pas-

*">"ûfr>wr .^yarmes,..enW-a.au service ron«Hïe^|jple,sultlai.^.il obtint successiveme^i^sjpr^dfls' dpjflealurwn, de préfet d'une kf|((^,i^ii^PBC|eur.dii,can(jp., de général ou duç,,4*flifc fron^jère,. cumule, on les appelait sloé^^^idj^a^t Ja guerre des Goths , il nejT^ri^pftftjjpf^^loj de commandant en c^fe-lrjjC^vaJjj^ç. Dans ces différons postes, ^s^jd^ngua. par une valeur extraordiuirj^,,,pa« n^e.jdisçipliue rigide et par des exploits éclata os. 11 parvint au consulat sous le i^e ù&Vajérien, qui, en lui donnant cette illustre dfamiy;',', l'appela, selon le langage pommai 3e, ce sièclç^ le sauveur de I'IIly rie, le FtjUu-ateurj 'dfi la Gaule et le rival des Scup^ila'recommamkiiion de cet empereur» ■fflWHf'ieHr,^'1111 ran3 et d'un niérîte disfJBgués, Uipîus Crinitus, qui tirait son origiae.de Ta m^me source1 que Trajan, adopta

■ Z&Sfl,'t?ï\Y'£l ftrtbU'dBA/An?. ■■, p. "2071 lui accorde des vertus , rt dit rme , semblable à Pertinax , il M, «came loi, victime de la licence des soldats. Selon

i^mSaFÊSkm'' f ■■" ' •-*•■ '

'&«»"«» Ctf îTO'R'Aug';, p.Wty'

ftfW BWTtf** flMlti'(|ii*h#Mè-*Mf ■ SaraMlë* , el nenf cent eiDqpante dans p lu sieur! mites »aiœfmi*«fo ;; pWmiABffirrimWifa* mm rata* '

iaatWMtoeWibBtc^ntmitoaicoccmJ •■■•■•«'-

le paysan de Patuao«e , lui d^pna £3 £m en mariage, et lui céda une- fortune considéra^ ble,. présent dont Auréfien était d'autant plus .digne, qu'A avait toujours vécu dans une honorable pauvreté1. ..,*.,.. i

Ce prince ne régna que quatre an? et nçnf ' mois environ; mais tous J^es instans de celte., courte période soat remplis d'évpneajensm^r , morables. Il termina la guerre .des Goths, .châtia les Germains, qui avaient envahi l'Italie, retira la Gaule, l'Espagne, et la Bretagne . .cfes mains de Tetricus, et détruisit la puissance orgueilleuse que Zénpbip avait élevée . ep.Gricnt sur les débris de l'empiré affligé.' j Aurélien dut cette- suite non interrompue de' succès à sa .rigidité scrupuleuse pour la discipline.Ses règlemens militaires sont contenus dims.unc lettre très-concise qu'il écrivit à un de ses officiers subalternes, en lui ordonnant de les faire exécuter, s'il veut devenir tribun, ou s'il est attaché ù la vie. Le jeu, la table et l'art de la divination sont sévèrement défendus.L'empereur espère que ses soldats seront modestes, sobres et laborieux; qu'ils auront soin de tenir leur armure brillante , leurs ' épées affilées, leurs vèlemens et leurs chevaux en état de paraître, au moindre signal , ' sur le champ de bataille; qu'ils observeront ' lafrugalitéetla chasteté, et qu'ils vivront paisiblement dans leurs quartiers, sans endom- . mager les champs de blé, sans dérober même ' une brebis, une poule, ou une grappe de rai- ! sin,sans exiger des habitans du sol, de l'huilé ou du bois. < Ce que Fétat leur donne, con-

> tinue l'empereur, suffit pour leur subsis-

> tance. Qu'ils enlèvent les ' dépouillés de

> l'ennemi ; leurs richesses ne doivent pas » être trempées des larmes de nos sujets*. » Un seul exemple fera connaître Ut rigueur et même la cruauté d' Aurélien. Un Soldat avait séduit la femme de sort bote : le coupable fut' '

' Atbc^i(*T».,Hrst.Ai6.,yv2ti3)d«eiMb.*eraponto,..i ftrmMI>aca*féq apywM mjjf^m^.fc.nnpft...,.

renretdeiesgraiids-oredera. .

Hist.Augr.p.Stt.CelteleUre'lateDÎque'iTerlu^i^1''

'■■ ■J---if*rt;«eèMTài^fepîfrai«'-''

il, Aug.,p rféeriïe ï

■tttMNmmujff mu di0t«a#*> &"W«W «WEWW»*ft»\,

fàrpnteatqjaipffifti. I* premier de ces .mots fiiéW'Oç ;lo(jle arme offensive, et contracte IrevpieriaTec'dMW, ^mecTéKnsive.l^sèwfid'^irfrtrtudiaiitrtbienalnTlt.

An

attaché à deux arbres , qni , fortement courbés l'un vers -l'autre, déchirèrent ses membres en se redressant tout-à-coup. Quelques exécutions semblables inspirèrent un effroi salutaire : les cita tî mens d' Aurélien furent terribles; mais il eut rarement occasion de punir plus d'une fois la même offense. Sa conduite donnait une sanction à ses lois , et les légions séditieuses redoutaient un chef qui, après «voir appris à obéir, était digne de commander.

A la mort de Claude , les Goths reprirent courage. L'appréhension d'onc guerre civile avait écarté les troupes qui gardaient les passages du mont Ilœmus et les bords du Danube. Selon toutes les apparences, les tribus des Goths et des Vandales qui n'avalent point encore porté les armes contre l'empîre, profitèrent d'une occasion si favorable , quittèrent leurs établissemens en Ukraine , traversèrent les fleuves, et se joignirent en foule à leurs compatriotes, pour piller les provinces romaines. Aurélien marcha au-devant de cette nouvelle armée. L'approche seule de la nuit mit fin à un combat sanglant et douteux '. Les Goths etles Romains, épuisés par les calamités sans nombre qu'ils avaient réciproquement causées et souffertes, pendant une guerre de vingt ans, consentirent à un traité durable et avantageux. Les barbares le sollicitaient avec empressement; les légions, auxquelles l'empereur remit prudemment la décision de cette affaire importante, s'empressèrent de le ratifier. Les Goths promirent de fournir aux armées de Rome un corps de deux mille auxiliaires, entièrement composé de cavalerie, à condition qu'ils ne seraient pas troublés dans leur retraite, et 'qu'on leur accorderait, près du Danube, un marché régulier, pourvu par les soins de l'empereur, mais dont ils feraient les frais. Le traité fut observé de leur coté avec une fidélité si religieuse, qti'un parti de cinq cents hommes s' étant écarté du camp pour piller, le roi ou général des barbares fit arrêter leur ebef , et le condamna, en présence de l'armée, à être- percé de dards, comme une victime dévouée à la sainteté de leurs

>ZosUM,li,p..45.

ÏÏËCADEKCE DE L'KHPffiE ROMAIN,

(MB àep. J.-C.)

II estasse? vraisemblable que Us mesures d'Aurélien contribuèrent a ces dispositions pacifiques. Ce prince avait exigé pour otages les enfans des chefs ennemis. Les fils furent élevés près de sa personne dans la profession des armes; il donna aux jeunes filles une éducation romaine! et, en les mariant à quelques-uns de ses principaux officiers, il unit insensiblement les deux nations par les Usas les plus étroits et les plus chers '.

Mais la condition ia plus importante de la paix avait été plutôt sous-entendue qu'exprimée dans le traité. Aurélien retira les troupes . romaines de la Dacie et abandonna tacitement cette grande province aux Goths et aux Vandales '. La fermeté de son jugement lui fit apercevoir les solides avantages dune pareille concession, et lui apprit à mépriser la honte dont il semblait couvrir son règne en resserrant ainsi les frontières de l'empire. Les sujets de In Dacie quittèrent des possessions éloignées qu'ils ne pouvaient ni cultiver ni défendre, et s'établirent en*decà du Danube. Bientôt le pays situé au midi de ce fleuve fut plus peuplé et plus florissant. Des terres que les irruptions fréquentes de* barbares avaient changées en déserts reprirent leur fertilité entre les mains d'un peuple Industrieux; et une nouvelle province de Dacie conserva toujours le souvenir des conquêtes de Trajan.

L'ancienne contréede ce nom retint cependant un nombre considérable de ces anciens ha bilans qui redoutaient plus l'exil que la domination des Goths'. Après avoir renoncé à l'obéissance de l'empire, ces Romains dégénérés continuèrent à le servir, en introduisant parmi leurs nouveaux maîtres les premiè-

i Oeiippiui ( Bxcerpta légat. , p. 12 J rapporte le bit sons le nom des Vandales. Aurélien fit épouser une de ces barbares à son général Bouosue , qui était capable de boire arec les Goths , et de découvrir leurs secreU. (Hist. Au»., p. 247.)

* ilist. Aug., p. 222 ; Eiilrope, u, 15 ; SeiUts Rnnu, c, 9. Laclante, dcMortibus persecutorum, c. 9.

t Les Valaques conservent encore plusieurs vestiges de la langue latine , et se sont vantés dans tous les siècles d'à Lre descendus des Oonutuis. Ils ne sont pas mêles arec les barbares, dont ils sont entourés dis tous cotés. (Votcx un mémoire de M. d'Anville sut l'ancienne. ttade.Meffl. de l'Académie , t om, m-)

dbyGoOgk

(M0 dep. J.-C.) rut notions do l'agriculture, les arts utiles et les commodités de la vie civilisée. La Dacie , devenue indépendante, fin souvent le pins ferme rempart contre les invasions des sauvages du Nord, et les rives opposées du Danube se trouvèrent insensiblement liées par des rapportsde commerce et de langage. A mesure que les barbares se fixaient dans leurs nouveaux domaines, on sentiment d'intérêt les attachait à l'alliance de Rome ; et l'intérêt, lorsqu'il est permanent, produit souvent une amitié sincère et utile. Les différentes tribus qui occupèrent l'ancienne Dacie formèrent insensiblement une grande nation. Les Goths conservèrent toujours parmi elles la supériorité du rang et de la gloire; tous ces peuples réunis prétendirent à l'honneur imaginaire de descendre des Scandinaves. L'beureuse ressemblance da nom de Gètes servit à la fois leur crédulité et leur vanité; ils se persuadèrent que, dans des temps très-reculés, leurs ancêtres, déjà maîtres de ces régions, avaient recules instructions de Zamolxis.et qu'ils avaient arrêté le progrès des armes victorieuses de Sésostris et de Darius '.

Tandis que la conduite ferme et modérée d' Aurélien rétablissait la frontière d'illyrie, les Allemands * violèrent les conditions de la paix que Go 1 lien avait achetée, ou qui leur avait été imposée par Claude. Leur jeunesse bouillante ne respirait que la guerre ; ils volèrent tout-à-coup aux armes , et parurent sur le champ de bataille avec quarante mille chevaux ' et une infanterie double de la cavalerie *■ Quelques villes de la Rbétie furent les premiers objets de leur avarice; mais, leur

'Voyez If premier chapitre de Joftiaildf*. Cependant les Vandales ( e, 22) conservèrent ses de temps leur indépendance entre les rivières Marifia et Criuia ( Haros et Kerès) , qui tombent dans le Tein*.

l Dcilppng , p- 7-12 ; Zosinje , 1. 1, p. 43 ; Vopiscus , vie d'Auréfien dans l'Hist . Aug. Quofune ces historiens différent dans les noms (Alemartnl, Jattmngtel Marcomanni), it est évident qu'ils ont voulu parler du même peuple et de la même guerre -, mais il faut beaucoup de soin pour les concilier et pour les expliquer,

» Cbanteclerc , avec son exactitude ordinaire, traduit trois cent mille. Cette Interprétation est également opposée n sens et 1 ta grammaire.

* On peut remarquer , cottme un exemple de mauvais geai , «jne tterfpnus applique I l'infanterie légère des Allemands 1* (ermes technique» propres seulement ils phalange des Gréa.

audace croissant avec le succès, leur marche rapide traça une Ligne de dévastation depuis le Danube jusqu'aux rives du Pô '.

L'empereur apprit presque en même temps l'irruption et la retraite des barbares. Aussitôt, rassemblant un corps de troupes choisies, il s'avança secrètement et avec célérité le long des lisières de la forêt Hercynienne. Les Allemands, chargés des dépouilles de l'Italie, arrivèrent au Danube sans soupçonner que , sur La rive opposée, une armée romaine, cachée dans un poste avantageux, se disposait à intercepter leur retour. Aurélien favorisa leur fatale sécurité ; il laissa environ la moitié de-leurs forces passer le fleuve. Leur situa* lion et l'étonnementdoDtilB furent Baisis lui assurèrent une victoire facile. Il poussa plus loin ses avantages. Ce prince habile, disposant ses légions en demi-cercle, Leur fit traverser le Danube; alors les deux extrémités du croissant se rapprochèrent tout-a-coup vers le centre et entourèrent l' arrière-garde des Allemands. Cette manœuvre imprévue terrassa les barbares. De quelque coté qu'ils je* tassentles yeux,ils n'apercevaient qu'un pays dévasté, un fleuve profond et rapide, un ennemi-victorieux et implacable.

Dans cette dure extrémité, ils ne dédaignèrent plus de demander la paix. Aurélien reçut leurs ambassadeurs à la tête de son camp avec uno pompe militaire qui put leur donner une idée de la grandeur et de la discipline de Rome. Les légions rangées en ordre de bataille se tenaient sous les armes dans un silence imposant. Les principaux commandons, revêtus des marques de leur dignité, entouraient à cheval le trône de l'empereur. Derrière le tronc , les images sacrées du prince et de ses prédécesseurs*, les aigles dorées et les tableaux sur lesquels étaient écrits en lettres d'or les noms et les litres honorables des légions brillaient en l'air, élevés sur de hautes piques couvertes d'argent. Lorsque l'empereur prit séance, son maintien noble,

' On lit a présent dans Dexlppus khodanm. C'est avec raison que H. de Valois a substitué le mot btidantur

* L'empereur Claude était certainement du nombre; mais nous ignorons jusqu'où s'étendait cette aunjne da' respect. SI elle remontait a César et 1 l'empereur Auguste, elle devait former ùii speelad* bien imposant, niwaaaijssuus des maîtres do monde.

ses grâces naturelles et sa figure majestueuse1 apprirent aux barbares à révérer la personne aussi bien que la pourpre de leur vainqueur. Les députés se prosternèrent contre terre en silence; ils eurent ordrede se relever, etonleur accorda la permission de s'exprimer par interprète. Ils déguisèrent leur perfidie, exagérèrent leurs exploits, s'étendirent sur les vicissitudes de la fortune, vantèrent les avantages de la paix; et, avec une confiance mal placée, ils demandèrent un subside considérable pour prix de l'alliance qu'ils offraient aux Romains. La réponse d'Aurélien fut sévère et impérieuse. II traita leurs offres avec mépris et leurs demandes avec indignation. Après leur avoir reproché d'ignorer également l'art de la guerre et les lois de la paix, '. il les renvoya en ne leur laissant que le choix j de se mettre entièrement à sa discrétion , ou d'attendre les effets terribles de son ressentiment ". Quoique Aurélien eût cédé à la nation des Goths une province éloignée, il savait combien il est dangereux de se fier ou de pardonner à des barbares perfides dont la puissance formidable tenait l'Italie dans des alarmes continuelles.

II parait qu'immédiatement après cette conférence, quelque événement imprévu exigea la présence de l'empereur en Pannonîe. Il remit à ses généraux le soin de terminer U destruction des Allemands par le fer ou par l'attaque plus sûre de la famine. Combien de fois l'activité du désespoir n'a-t-elle pas triomphé de l'assurance indolente du succès! Les barbares, ne pouvant traverser le camp romain et le Danube, forcèrent les postes plus faibles ou moins soigneusement gardés, qui leur fermaient l'entrée des provinces, et ils retournèrent avec une célérité incroyable, mais par une roule différente, vers les montagnes d'Italie s. Aurélien, qui croyait la guerre entièrement finie, apprit avec chagrin que lés Allemands s'étaient échappés, et qu'ils ravageaient déjà le territoire de Milan. Les légions eurent ordre de suivre, autant qu'il était possible à ces corps pesans,

' Vopiscus, Hist. Aug-, p. 210.

■ i Dexippiu leur bit prononcer un discours recherché et prollie , digne d'an sophiste grec.

* Bist. Aug., p. 215.

(2*9dep.j;-€.) la marche rapide d'un ennemi dont l'infanterie et la cavalerie, s'avançaient arec une vitesse presque égale. Quelques jours après l'empereur lui-même vola au secours de l'Italie , à la tête de tous les prétoriens qui avaient servi dans lesguerresd'IIlyrie* et d'un corps choisi d'auxiliaires, parmi lesquels on voyait les otages et la cavalerie des Vandales. Comme les troupes légères des Allemands couraient tout le pays entre les Alpes et les Apennins, la découverte, l'attaqué et la poursuite de leurs nombreux détacnemens exerçaient sans cesse la vigilance d'Aurélfen et de ses généraux. Les opérations de la campagne ne se bornèrent cependant pas a des actions particulières. On parle de trois combats opiniâtres dans lesquels les deux armées mesurèrent leurs forces avec différens succès ". Le premier fut livré près de Plaisance ; et les Romains essuyèrent une si grande perle, que, selon l'expression d'un auteur très-prévenu pour Aurélien, on appréhenda la dissolution prochaine de l'empire*. Les Allemands, qui s'étaient cachés dans des bois, tombèrent tout-a-coup, à l'approche 'de la nuit , sur les légions fatiguées et encore en désordre, après une longue marcbe.'H eût été difficile de résister à l'impétuosité dû choc des barbares : le massacre fut horribîe. Enfin l'empereur rallia ses troupes, et répara en quelque sorte l'honneur de ses armes par sa constance et par sa fermeté. La seconde bataille se donna près de Fano en Ombrie, tant les Germains victorieux s'étaient avancés en Italie par les voies Flaminicnne et Êmilienne , avec le projet de surprendre les habïtans de Rome , et de saccager la maîtresse du monde! Mais Aurélien veillait à sa sûreté. Toujours attaché à la poursuite de l'ennemi, il remporta enfin une victoire complète * dans la plaine qui cinq cents ans auparavant avait été si fatale au frère d' Annibal ". Les débris

' Dexippiu, ». 12.

i Victor )e jeune , dans Aurélien.

3 Vopiscus., Hist. Aug. , p. 216.

* Elle nous est parvenue par une inscription trouvée i ■ Pesaro. (Voyez Gruter, cstxm , 3.)

« La petite rmère , ou plutôt le torrent de Métaun ; * été immortalisé, en trouvant uo historien tel que THe-Live, et un poète tel qu'Horace.

ptt'dap. J--C.)

de l'armée vaincue furent exterminés dans une troisième et dernière bataille près de Pavie, et l'Italie n'eut plus à redouter les incursions des Allemands.

La crainte a été le premier auteur de la superstition. Chaque nouvelle calamité force les mortels tremblans à conjurer la colère d'un ennemi invisible. Quoique l'espoir le plus assuré de la république lût daus la valeur et dans la conduite d'Aurélien, cependant, lorsqu'on attendait ù chaque instant les barbares aux portes de Rome, le sénat ordonna par un décret solennel que les livres dé la Sibylle lussent consultés, tant mi grande la consternation générale. L'empereur lui-meme, porté par un principe de religion ou de politique, approuva des mesures si salutaires. 11 écrivit même an sénat pour lui reprocher sa lenteur1. Le prince offre dans sa lettre de fournir à tous les frais des sacrifices, et de donner tous les animaux, tous les captifs que les dieux exigeraient. Malgré ces promesses magnifiques, il ne parait pas qu'aucune victime humaine ait expié de son sang les fautes du peuple romain Les oracles de la Sibylle prescrivirent des cérémonies moins cruelles ; elles consistaient en processions de prêtres revêtus de robes blanches, en chœurs de jeunes garçons et de vierges, en lustratîous de la ville et des campagnes voisines , en sacrifices dont l'inQuence pût arrêter les barbares, et les empêcher de passer le terrain mystérieux où ils avaient été célébrés. Ces pratiques superstitieuses du paganisme ne furent pas inutiles au succès de la guerre. Si dans la bataille décisive de Fano les Allemands crurent voir une année de spectres combattant pour Aurélien, les terreurs dont ils furent frappés contribuèrent réellement à la victoire de ce prince '.

Malgré la confiance que le peuple pouvait avoir dans des remparts imaginaires, l'expérience du passé et la crainte de l'avenir l'engagèrent à construire des fortifications réelles et d'une espèce plus solide. Sous les successeurs do Romulus , les sept collines de Rome

■ On imaginerait , dit-il , que mua êtes assemblés dans une église, «biétienne, non dans le temple de tous les dieux.

i Vopiscua (Hist. Aog.» p. 215,216) donne un long détail de ces cérémonies, tire des registres du sénat.

avaient été entourées d'une muraille de plus de treize milles de circonférence'. Celte enceinte parait peut-être bien vaste, lorsque l'on considère la force et la population de l'étal dans son enfance. Mais les premiers citoyens avaient besoin de défendre une grande étendue de pâturages et de terres labourables contre les incursions fréquentes et subites des tribus du Lntinm, leurs ennemiesperpétuclles. A mesure que la grandeur romaine s'éleva, la ville et le nombre des habitans devinrent plus considérables; insensiblement tout le terrain fut occupé; les anciens murs ne servirent plus de limites; de superbes édifices couvrirent le champ de Mars; et les faubourgs magnifiques bâtis sur toutes les avenues annonçaient la capitale de l'univers '. L'opinion vulgaire donnait plus de cinquante milles de circuit ' à la nouvelle muraille commencée par Aurélien, et finie sous le règne de Probus ; des observations plus exactes la réduisirent à vingt-un milles environ*; un pareil ouvrage, triste monument de l'opulence et de la faiblesse de la monarchie , semblait eu présager la chute. Les Romains, qui dans un siècle plus fortuné confiaient aux ormes des légions la sûreté dés camps établis sur les frontières *, étaient bien loin de soupçonner qu'il serait un jour nécessaire de fortifier le siège de l'empire contre les invasipns des barbares *.

< Pline , Hist . nal., m , 5. Pour sppuvereeMe observalion , examinons l'état da la tille dans le tempe de la republique. Le mont CéHe» Oit pendant bmg-lenns un boia decbêoes, elle mont Viminal élait couvert d'osiers. Dans le quatrième siècle , le mont Avenlûi était une retraite so- HUira sans habitation ; jusqu'au régne d'Auguste, le mont Eequilin fut un terrain mal ftta, destiné à enterrer le* raorts;et les nombreuses inégalités que les anciens remarquaient sur lé monlQuirinal prouvent qu'il n'était pas couvert de batimens. Des sept collines, le Capilole elle mont Palatin seulement, avec les raïees adjacentes-, nirentla première demeure du peuple romain. Ce sujet demanderait une dissertation.

* JEtnpatiantia tecta militas addidere urbes. Telle est l'expression de Pline.

3 Hist. Aug. , p. 222. Juste-Tipse et Isaac Vossius ont adopté avec empressement cette mesure.

* Voyez Nardini,Jtonwnwtf.,l. i,c.S.

s Tacite, Hist. îv, 23.

s Pour la muraille d'Aurélien, voyez Vopiscus,HUt. Aug., p. 21G , 222 ; Zosime , 1. 1 , p. 43 ; Eutrope, n , 1 5 Aurel. Victor , in Jurel. ; Victor le jeune, inJurel; Eusèbe, saint Jérôme etldaee, Chron.

La victoire de Claude et les exploits d'AuréUen faisaient espérer des jours plus heureux. Déjà Rome avait repris sa aupé: riorité sur les nations du Nord. Il était réservé au vainqueur des Allemands de punir Les tyrans domestiques, et de réunir tes membres épura de l'empire. Quoi qu'il eût été reconnu par le sénat et par le peuple, les frontières de l'Italie, de l'Afrique, de l'Illyrie et de la Tbrace resserraient les bornes de sa souveraineté. La Gaule, l'Espagne et la Bretagne, l'Egypte, la Syrie et l'Asie mineure obéissaient toujours à des rebelles qui , seuls de Mut de prétendans, avaient échappé aux dangers de leur situation ; et, pour mettre le comble à 1s honte de Rome, ces trônes rivaux avalent été usurpés par des femmes.

La Gaule avait vu s'élever et tomber une foule de monarques qui se succédèrent rapidement. Posthume était digne de régner sur cette- province. La rigidité de sa vertu lui devint fatale. Après la chute d'un compétiteur qui avait pris la pourpre à Mayence , il refusa d'abandonner à ses troupes le pillage de la rille rebelle. Leur avarice trompée les rendit furieux ' : >ll massacrèrent Posthume dans la septième année de son règne. Une cause moins honorable précipita du troue Victorin, son collègue. Les déréglemens de ce prince ternissaient ses qualités brillantes*; souvent pour satisfaire ses passions, il employait la violence sans avoir égard aux lois de la société , ou même à celles de l'amour *. Il périt à Cologne, victime des complots de quelques maris jaloux , dont la vengeance eût été plus excusable s'ils eussent épargné l'innocence

' Son compétiteur était Lolllen on jElien , ai toutefois Ma Bomi désignaient la raton peraonne. (Voyea Tillejouttl , tom. m, p. 11TT.)

' Le ca/aelère île wprlneepw Joltiu Alerianua (Ap., Hbt. Aiitf., p. 187)paratt si bien tracé, et d'une manière ■1 [«partiale, qu'il mérite d'Are rapporté.

* Vktorbw , qui poit Junlum PoetamiJum Gantas

• raU,MMlneE)«xlftban pNBfcrenduà i nuoinvlrtute

• Trajanum ; non Ait touinum in démenti! ; non in grati-

• taie Nervasi ; non In gubernando serario Vespuianum ;

■ boa in ceusuri toUm vltas ae aeverttale militari Perti-

■ hm vel Savons. Bai ornai* hax libido, et eapidlUs > vohiptalia muieraria; sic perdldit , ut neroo audeat vir-

■ tutea «Joa In litlerainùttore, quant constat omnium ju-

■ dleto mnlaiapaairl. •

i II rioU la leionad'Atluunus, agent de l'armée. ( Hist. Aug-, p. 186, Aurai. Vletar, ùtJunt.)

(Vfi dep. S*C.) du son fils. Apres le meurtre de tant de vaiilans princes, il est assez étonnant qu'une femme ait cootenu pendant long-temps les fiéres légions de la Gaule i ce qui doit paraître encore plus singulier, c'est qu'elle était mère de l'infortuné Victorin- Les artideeset les trésors de Victoria la mirent eu état de faire couronner successivement Marius et Tetricus , de tenir ces empereurs dans sa dépendance, et de régner sousleurs noms avec une mâle fermeté. Elle fit frapper à son coin des espèces d'or, d'argent et de cuivre; elle prit les titres d'Augutta et de mère de» campe; enfin son autorité n'expira qu'avec sa vie, dont le cours fut peut-être abrégé par l'ingratitude de Telricus '.

Lorsque celui-ci, dirigé par les conseils de son ambitieuse bienfaitrice, monta sur le trône, il avait le gouvernement de la tranquille province d'Aquitaine ; emploi convenable à son caractère et à sou éducation. Devenu maître de la Gaule, de l'Espagne, et de la Bretagne, il fut pendant quatre ou cinq ans l'esclave et le souverain d'une «nuée licencieuse, qu'il redoutait, et dont il était méprisé. La valeur et la fortune d'Aurélien firent espérer à Tetricus d'être bientôt délivré du joug qu'il portait. Ce malheureux prince osa découvrir ù l'empereur sa triste situation; il le conjura de venir au secours d'un rival infortuné. Si les légions de la Gaule eussent été informées de celte correspondance secrète, elles auraient probablement immolé leur général. Il ne pouvait abandonner le sceptre de l'Occident sans commettre un acte de trahison contre lui-mime. Il affecta les apparences d'une guerre civile, s'avança dans la plaine à la tôte de ses troupes , les posta de la manière la plus désavuntageuse, instruisit Aurélien de toutes ses résolutions, et passa de son coté au commencement de l'action avec un petit nombre d'amis choisis. Les soldats rebelles, quoique en désordre et consternés de la désertion: inattendue de leur chef, se défendirent longtemps avec le courage du désespoir. Ils furent enfin tailles en pièces dans celle bataille

i Pollion lui donne une place parmi les trente tyrans. (Hi$t-Aug-,p.200.)

(Ht dep, 1.-C,)

«niante «t mAmOwMb qui se donna près de CbAlons en Champagne '. Un nombreux corps d'auxiliaires, composé de Francs et de Bataves *, repassa le Rhin à la persuasion du vainqueur, on force par la terreur de ses armes. Leur retraite rétablit la tranquillité générale; et la puissance d'Aurélien lut respectée depuis fe mur d'Antomn jusqu'aux colonnes d'Hercule.

DèB le régne de Claude, la ville d'Autun, seule et sans secours, avait osé se déclarer contre lea légions de la Gaule. Après avoir éprouvé pendant un siège de sept mois toutes tes horreurs de la famine , elle avait été prise d'assaut et saccagée *. Lyon, au contraire, avait résisté avec la plus grande opiniâtreté aux armes d'Aurélien. L'histoire dit que Lyon fut puni * ; elle ne parle pas de la récompense d'Autun. Telle eu en etfet la politique des guerres ointes : les injures laissent des traces profondes , on oublie les services les plus importais i la vengeance est utile, la gratitude dispendieuse.

Anrélien ne se fut pas plus tôt emparé de la personne et des provinces de Tetricus , qu'il tourna ses armes contre Zénobie, cette fameuse reine de Palmyre et de l'Orient. Dans l'Europe moderne plusieurs femmes ont soutenu glorieusement Le fardeau d'un empire ; et notre siècle a produit des héroïnes dignes de fixer les regards de la postérité. Hais, si nous en exceptons Sémiramia, dont les exploits paraissent si incertains, Zéiiobie est la seule dont le génie supérieur ait brisé le joug indigne sons lequel les mœurs et le climat de l'Asie tenaient son sexe '. Elle se di-

i PolUon, Hlsl. Ang. , p. 19B; Vopfseua, ffist.Aug.,

^2»^le•d«ïVkiof .vîcdeGaluwrfd'AurtfienjEiitrapcii, 1â;Euaatie, in (Jhrvn. De tous -cm écrirai™, tes deux derniers seulement, non Bans de fortes raisons, placent la chute de Tetricus avant celle de Zénobie. M. définie (Académie des Inscriptions, loin, xxi) ne voudrait pas les suivre-, et M. deTiltemont (tom. m, p. 1189) et l'oie rus. J'ai été de meilleure foi que l'un et plus hardi que l'autre.

1 Victor le Jeune, in Autel. Ou lit dans Eumene fiutav icœ. Quelques critiques, sans aucune raison, vaudraient changer ce mot en Bagaudicœ.

* Eamène, In vrt. Panegyr,, rv , 8.

* Vopiscuf , Ilist. Aug., p. 246. Autunne fut rétabli que looi le règne de Dioctétien. { Voyez Eumène , de restaurandis Schatts.)

s Presque tout ce que l'on rapporte des mœurs de Zi-

PAIt ED. GIBBOK. CM. SI. tfft

sait descendue des anciens rois mnri*i1nwssiïiii qni régnèrent en Egypte j sa beauté égalas! celle de Cléopftlre , et elle surpassait de bien loin cette princesse en valeur et en chasteté '. Élevée au-dessus de son sexe par ses qualités éminentes, Zénobie était encore la plus belle des femmes. Elle avait (en parlant d'aine reine les moindres détails intéressent), elle, avait le teint brun , les dents d'une blancheur éclatante, une voix forte ot harmonieuse, et de grands yeux noirs, dont une douceur al-, trayante tempérait la vivacité. L'étude avait éclairé son esprit, et en avait augmenté l'énergie naturelle. Elle n'ignorait pas le latin, mais elle possédait au même degré de perfection le grec, le syriaque et la langue égyptienne. L'histoire orientale lui parut si impôts tante, qu'elle en avait composé un abrégé pour son usage; et, guidée parle sublima Longin, elle comparait familièrement les beautés d'Homère et de Platon.

Cette femme accomplie avait épousé Odenat, qui, né dans une condition privée, était monté sur le trône de l'Orient. Elle devint bientôt l'amie et la compagne d'un héros, Odenat aimait passionnément la chasse, lin temps de paix, il se plaisait a poursuivre les bêtes farouches du désert, les lions, les pan* tbères et les ours. Zénobie se livrait avec 11 même ardeur à ce dangereux exceroice. Endurcie àla fatigue, elle dédaigna bientôt l'usage des chars couverts. On la voyait le plus ordinairement à cheval, revêtue d'un habit militaire. -Quelquefois elle marchait à pied, et faisait plusieurs milles a la tête des tron* pos. Les succès d'Odenat furent Attribués en grande partie à la valeur et à la prudence extraordinaires de sa femme. Les victoires brillantes des deux époux sur le grand roi , qu'ils poursuivirent deux fois jusqu'aux portes do Ctéstphon , devinrent la source de leur gloire et de leur puissance. Les armées qu'ils commandaient et tes provinces qu'il» avaient sauvées ne voulurent avoir pour soute* raina que leurs chefs invincibles. Lorsque

nobicet d'Odenat est pris dans T Histoire A ogwUner où leurs vies ont été écrites par Trebelfins P«Mun. { Voyei

i Elle ne recevait jamais les caresses do son mari que dans la vue d'avoirurie postérité, Si ses espérances étalent trompées , elle faisait on nouvel essai le mois suivant.

DÉCADENCE DE UfMPmE ROMAIN,

FintftJrtuné Valérien tomba entre les mains dés Perses, (e sénat et le peuple de Rome respectèrent nu 'étranger qui vengeait la majesté de l'empire. L'insensible Gallien luimême consentit à partager la pourpre avec (Menât , et il lui donna le titre de collègue.

Après avoir chassé de l'Asie les Goihs, qui la dévastaient, le prince palmyrénien se rendit à la ville d'Émèse en Syrie. Il avait triomphé de tous ses ennemis dans la guerre ; il périt par une trahison domestique. Son amusement favori de la chasse fut la cause, ou du moins l'occasion de sa mort '. Mœonius, son neveu , eut l'audace de lancer sa javeline avant son oncle. Quoiqu'il en eût été repris , Il se porta plusieurs fois à la meute insolence. Odenat, offensé comme monarque et comme chasseur, lui 6ta son cheval, marque d'ignominie parmi les barbares, et le fit mettre pendant quelque temps en prison. L'insulte fut bientôt oubliée ; mais Mœonius conserva le souvenir de la punition : aidé d'un petit nombre de complices, il assassina son oncle au milieu d'une grande fête. Odenat avait eu d'une autre femmeque Zénobîe un fils nommé Hérode. Ce jeune prince, d'un caractère efféminé *, éprouva le même sort que son père. Mœonius ne retira de son crime que le plaisir de la vengeance. A peine avait-il pris le titre d'Auguste, que Zénobie l'immola aux mânes de son époux *.

Assistée des plus fidèles amis cVOdenat, cette princesse monta sur le trône, qu'elle occupa avec la plus grande habileté. Ello gouverna pendant plus de cinq ans Palmyre, la Syrie et l'Orient. L'autorité que le sénat avait accordée an vainqueur des Perses, seulement comme une distinction personnelle , expirait avec lui ; mais son illustre veuve méprisait également le sénat et Gallien. Un général romain, qui avait été envoyé contre elle,

« HuA. Attg., p. f», MS;ZMtatt, l.i,p. 36;Zonarep L km , p. 633. Le récit de ce dernier est clair et probable , celui de* autres, confus et contradictoire. Le texte de George Sy ocelle , s'il n'est pas corrompu , est absolument Inintelligible.

i Odenat et Zénobie tiraient souvent des dépouilles de l'ennemi des bljoiu rt de* pierres précieuses, qu'ils lui envoyaient; H 9 recevail ces présens arec un plaisir singulier.

l On a Jeté de* soupçons fort injustes sur Zénobie,

«*m A «e m m nvftke de U mort de m nuri.

(tfiidep. J.-C.) Tut forcé dé se retirer eh ïnrôpe aprts avoir pefdti'son'armée efsfe fêpntatioti*. Loin d'être dirigée par' ces'petits intérêts qui agitent si souvent le' règne d'une femme, l'administration ferme de Zénobie avait ponr base les plus sages maximes de la politique.' '911 fallait pardonner, elle savait étouffer 'son ressentiment Était-il nécessaire de ptmfr? elle pouvait imposer silence à la voix de la pitié. Sa grande économie fut taxée d'ftvnrice; cependant, lorsque l'occasion l'exigeait, elle paraissait libérale et magnifique. L'Arabie , l'Arménie et la Perse redoutaient son inimitié et recherchaient son alliance. Aux domaines de son époux, qui s'étendaient depuis l'Eiiphratc jusqu'aux frontières de la Bithynie, eHe ajouta l'héritage de ses ancêtres , le royaume fertile et peuplé de l'Egypte. Claude rendit justice à son mérite. Il n'était pas- fâché qu'elle maintint la dignité de l'empire en Orient *, tandis qu'il faisait in guerre à la nation des Goths. Au reste, la conduite deZénobieparaltunpeuéquivoque. Il estaasez probable qn'elle avait formé le dessein d'élever une monarchie indépendante. Elle mêlait aux manières affables des princes de Rome la pompe éclatante des cours de l'Asie, et elle voulut être adorée de ses sujets, comme l'avaient été les successeurs de Cyrus. Sea trois fils " reçurent une éducation romaine. Souvent elle les montrait aux troupes ornée de la pourpre impériale. Elle se réserva lediadéme avec le litre brillant, mais douteux, de reine de l'Orient.

Telle était l'adversaire qtt" Aurélien avait à combattre, et qui, malgré son sexe, devait paraître redoutable. Dès que l'empereur se fut rendu en Asie, sa présence raffermit la fidélité de la Bithynie , déjà ébranlée par les armes et par les intrigues de Zénobie *. S'avancent à lu tête de son année, il vécut la

iffisl.Aug., p. 180,181.

i Vovei dans Iflist. Aug., p. 138 ,1e témoignage an' Aurélien rend au mérite de cette princesse , et ponr la conquête de l'Egypte, Zosime, 1. ï , p. 39, 40.

'Timolaiis, Herenuianus et Vaballathus. On suppose que les deux premiers étaient déjà mûris avant la guerre. Aurélien donna an dernier une petite province d'Arménie avec le litre de roi. 11 existe encore plusieurs médailles de ce Jeune prince. (Voyez Tillemonl, ton. in, p. 1190.)

*Ëém,i. i,p. «.

soumissiop d'Ancjre, et jint mettre. le siège devant Tyane. Après une résistance upinia- Ire, un pexiide citoyen l'introduisit dans cette placé. Aurélien, d'un caractère généreux quoique violent, livra le traître à la fureur des. soldats. Un respect superstitieux porta ce prince à traiter avec douceur les compatriotes d'Apollonius le philosophe *. les habitans d'Anlioche, à la nouvelle de la oarche des Romains , avaient déserté leur riUe. L'einperenr par ses édïts rappela les Ingilifs, et pardonna généralement a tous ceux, que la nécessité avait contraints de servir La. reine de Palmyre. Cette clémence inatifutdse gagna le cœur, de» Syriens; et jusqu'au portes d'Emèse les voeux du peuple teconicrenUa terreur des armes romaines*. Zéoobie «irait été peu digne de sa réputation si «lie eût souffert tranquillement que Jenperear se fut avancé jusqu'à cent milles de sa, capitale. Le sort de l'Orient fut décidé dans desa. grandes batailles , dont les cirttastaacesont entre elles un tel rapport, qu'il serait difficile de les distinguer l'une de Vautre; Nous savons seulement que la première te donna près d'Anlioche 3 ; la seconde, sous les Mure -d'Emèse*. Dana ces deux combats b reine de Palmyre anima ses troupes par ta présence ,< et confia l'exécution de ses ordres ft.Zabdas, général habile, déjà connu par la conquête de l'Egypte. Ses forces nombreux consistaient pour la plupart en archer* et en chevaux couverts de bardes. Les escadrons d'Aurélien, composés d'Illy riens d de Maures, ne pouvaient soutenir le choc d'«s» adversaire si puissamment armé. Ils prirent ka fuite en désordre, ou affectèrent tle se «tirer avec précipitation, et engagèrent

' Yopisotâ ( Hist. Aug., p. 217) nous donne une lettre ■dfaxetfajnè? Èmttm, et dm fiston douteuse de cet empereur . ApoDoniu* de True était ne environ dans te ■ênKleasv que Jésus-Christ. La vie d'Apollonius est tniit. d'uaecianiex* si tanuleuse par ses disciples fenaliejpes, tjù'onesten peine, d'après leur récit même, de sarair si c'était un (âge ou un imposteur.

I2f*si"»e,i.i, p- -46.

3Duu un endroit nommé Inuna, Eutrope, Sexlus Rares, , et .jasant Jérôme , ne parlent que de cette dernière "*t*ilk- .

« Vcqûcus, flùt.àug.,p. 217, ne rapporte que la sc-

PAR fil». «IBBON. CH. XI. |ftt

ainsi l'ennemidans une poursuit* pénible, lf harassèrent par une infinité do. petits combat», et enfin renversèrent cette masse de .cavalerie impénétrable, mais trop lourde pour, -se prêter aux évolutions nécessaires. Cependant l'infanterie légère des l'almyréniens , dont les flancs venaient d'être découverts, restait exposée de tous côtés. Lorsqu'elle eut tiré toutes ses flèches,, il lui fut impossible de résister a l'épée formidable des légions. Aurélien avait choisi ces troupes de vétérans, qui campaient ordinairement sur le haut Danube, et dont la valeur avait été éprouvée dans la guerre des- Allemands '. Les Asiatiques furent incapables de leur disputer la victoire. Après la défaite d'Emèse, Zcnobie ne put rassembler une troisième armée. I<es nations qui lui avaient obéi ne la reconnaissaient plus pour souveraine; et le vainqueur, résolu de s'emparer de l'Egypte, avait envoyé dans cette province le plus brave de ses généraux. Palmyre était ta dernière ressource de la veuve d'Odenat- Elle s'enferma dans sa capitale, fit toutes sortes de , préparatifs pour une vigoureuse résistance, et, remplie d'un courage intrépide , elle déclara que son règne ne finirait qu'avec sa vie.

Dans les déserts incultes de l'Arabie, la nature a semé quelques terrains fertiles qui s'élèvent, semblables à des lies, au. milieu d'nn océan de sable. Le nom même, de Tadmor ou Palmyre désigne, en latin et en syriaque , la multitude de palmiers qui donnent de la verdure et de l'ombre .a ce climat tempéré. Les habitans y respiraient un. air pur; et le sol, arrosé de plusieurs sources d'un prix inestimable , produisait des fruits et du blé. L'avantage singulier.de cette place, sa situation à une distance convenable * de la Méditerranée et du golfe, Persique la rendirent en peu de temps florissante.. Elle, fut bientôt fréquentée par les caravanes qui portaient aux nations de l'Europe. une partie

< Zosime,!. i , p. 41-48. le récit que ctt historien fait dés deux batailles est clair et circonstancié.

i Cette tille était i cinq cent trente-sept milles de Séleucie, el à deux cent trois de la côte la .moins éloignée de la Syrie, selon le calcul de Pline , qui donne en peu da mots une excellente description de Palmyre (liisl. Bat., v,21).

DECADENCE DE L'ËllPlKE KDMaIN

oonsidérable des marchandises précieuses de l'Inde, Insensiblement Palmyre devînt une ville riche et libre. Placée entre deux grandes monarchies , qu'elle unissait en quelque sorte par les liens utiles du commerce , elle conserva son indépendance , sans songer à étendre ses domaines. Les Parthes et les Romains lui avaient permis d'observer la neutralité ; elle resta soumise au dernier de ces peuples, après les conquêtes de Trajan. Réduite alors an rang subordonné, quoique honorable, deoolonle,ellegonta pendant plus de cent cinquante ans les douceurs de la paix. Si l'on en croit le petit nombre d'inscriptions que le temps a épargnées , ce lut durant oette heureuse période quelesPalmyréniens opulens élevèrent, sur les modèles de l'architecture grecque, ces temples, ces portiques, ces palais, dont les ruines couvrent encore une surface de plusieurs milles, et ont mérité la curiosité de nos voyageurs. Les triomphes d'Odenat et de son illustre veuve paraissent avoir jeté un nouvel éclat sur leur patrie. Palmyre voulut être la rivale de Rome. Cette folle présomption devint fatale à la capitale de l'Orient) et des siècles de prospérité furent sacrifiés à un instant de gloire '. ■ Lorsqu'Aurélien traversa les déserta sablonneux qui séparaient Emèse de Palmyre, les Arabes l'inquiétèrent perpétuellement dans sa marche. Il ne lui fut pas toujours possible de défendre son armée, et surtout son bagage contre ces troupes de brigands actifs et audacieux , qui épiaient le moment de la surprise, et qui, fuyant avec rapidité, éludaient la poursuite lente des légions. Leurs courses n'étaient qu'incommodes; le siège de Palmyre offrait de bien plus grandes difficultés. Cet objet important exigeait toute l'activité d'Aurélien, qui fut blessé et' une flèche , au moment où il pressait en personne les attaques de la place. « Le peuple romain , > dit l'empereur dans une lettre originale,

' t Vers la fin du dernier siècle , quelques Anglais , qui «aient partis d'Àlep , «raient doamrert 1rs ruines de Palravre. Notre curleeltëadepui* eie pleinement satisfaite par MM. Wood el Dawkins. Pour l'histoire de Palmyre., on peut consulter l'excellente dissertation du docteur Ililley, dans les Transactions phil., abrège deUwlharp, roi. ni p. SIS.

* parle avec mépris de> la guerre que je sois» » dons contre une femme. Il ne connaît ni t*

> caractère ni la puissance de Zénobie. On,

• ne peut se faire **cuno idée de sea immen*

* ses préparattfe. Palmyre est remplie d'un*

> quantité prodigieuse de dards, de pierrea

> et d'armes de toute espèce. Chaque partie

> des murs est garnie de deux ou trois bo«

> listes; et les machines- de guerre lancent

> perpétuellement des feux. La crainte du

> châtiment inspire à Zénobie un désespoir

• qui augmenté son oonragB. Cependant j'ai

> toujours' la plus grande confiance dans les

> divinités tutélaires de Rome, qui jusqu'à

> présent ont favorisé toutes non entre- » prises ». • Malgré cette assurance, Aureïien doutait de la protection des dieux et de l'événement du siège. Persuadé qu'il était plus prudent d'avoir recoure à une capitulation avantageuse, H offrit à la reine une retraite brillante, aux citoyens la confirmation de leurs privilèges. Ses propositions furent rejetées avec opiniâtreté; et l'insulte accompagna le refus.

Zénobie Imaginait qu'en peu de temps In famine contraindrait tes Romains a repasser le désert; elle se flattait aussi que les rois de l'Orient, et surtout le monarque de la Perse armeraient pour défendre nn allié naturel. Ces espérances soutenaient sa fermeté; mais la persévérance et la fortune d'Aurélien surmonteront tous les obstacles. La mort de Sapor, que l'on place a cette époque », mil In division dans les conseils de la Perse; et tes faibles secours que l'on voulut faire entrer dans Palmyre furent aisément interceptée par les armes et par la libéralité d'Aurélien. Les sages précautions de ce prince lui assurèrent des vivres pendant le siège. Il lui venait continuellement des convois de toutes les parties de la Syrie. Enfin Probus, après avoir terminé glorieusement la conquête de l'Egypte, joignit ses troupes victorieuses a celles de l'empereur. Ce fut alors que Zénobie résolut de fuir. Elle monta le plus léger de ses dromadaires * ; et déjà elle était par-

' Vo»igcus,Hist.4ug.,p.218.

î J'ai taché de tirer une date très-probable d'une Aronologia trfe-oaanre.

3Hiet.Aog.,p.218;Zoiine,l. i, p. ». Qsaafstls

dbyGoogle

(1T2 dep. J.-C.)

venue an bord» de f Euphnta , à vingt lieues environ do Palmyre, lorsquarrétée par la cavalerie légère qn' Aurélien avait envoyée à •a poursuite, elle fut amenée captive aux pieds de l'empereur. Sa capitale se rendit bientôt après. Les habitant forent traités avec une douceur qu'ils n'auraient osé espérer. Le vainqueur s'empara des chevaux , des armes, des chameaux, et d'une immense quantité d'or, d'argent, de soie et de pierres précieuses. 11 laissa dans la place une garnison de six cents archers seulement; et il reprit la route d'Emèse, oh U s'occupa pendant quelque temps a distribuer des punitions et des récompenses. Telle fut la fin de cette guerre mémorable, dont le sucoèa Gt rentrer sous les (ois de Rome les provinces, qui, depuis la captivité de Valérien, «raient secoué le joug des Césars.

Lorsque la reine de Syrie parut devant Aurélien, ce prince lui demanda comment elle avait eu l'audace de prendre les armes contre les empereurs de Rome, La réponse de Zénobie fut un mélange prudent de respect et de fermeté. « parce que, dit-elle, j'au- > rais rougi de donner le titre d'empereur a

■ un Gallien, a un Auréole. C'est vous seul • que je reconnais comme mon vainqueur et » comme mon souverain1. > Hais la force d'esprit chez les femmes est presque toujours artificielle. Aussi est-il bien rare qu'elle se soutienne. Le courage de Zénobie l'abandonna au moment du danger. Elle ne put entendre, sans être glacée d'effroi, tes clameurs des Boldats qui demandaient a haute voix sa mort. Oubliant le généreux désespoir de Cléopatre, qu'elle s'était proposée pour modèle , elle n'eut pas honte d'acheter sa grsoa par le sacrifice de sa réputation et de ses amis. Ils avaient gouverné la faiblesse de son sexe : ce fut a leun consens qu'elle imputa le crime d'une rétUlanoe opùuAtrej ce fut sur leurs té*

dûment soi! nue Un) de charge forl lourde, la dromiitlrt, qui est de la même espèce , mais lentement d'une race différente , sert aux habitas de l'Asie et de r Afrique dans toutes les occasions «ni! éMnandeot de la vitesse.

■ Les Arabes disent que le dromadaire peut faire autan! a de chemin en m Jour , ifa'vn de leurs meilleurs ene-

■ ma. a nuit ou dli. ■ (M. de Baflba, Hlst. nat. , ton. n, p. MU. Voret aussi les rodages de 8h»w , p. 187. )

i FitntN , mu. Aeg., p. tW.

par Ad. gibbon, ch. xl

tes qu'elle dirigea les traits de la vengeance du vainqueur. Le fameux Longin périt avec les victimes nombreuses et peut-être innocentes que la tremblante Zénobie dévouait i la mort. Le nom de ce sublime écrivain vivra plus long-temps que celui de la reine qui le trahit, ou du tyran qui le condamna. La science et le génie n'étaient pas capables d'émouvoir le cœur féroce d'un soldat ignorant) mais ils avaient servi à élever et A fortifier l'Ame de Longin. Sans proférer une seule plainte, il marcha tranquillement au supplice, touché de compassion pour les malheurs de sa souveraine, et consolant lui-même ses amis

Après avoir soumis l'Orient, Aurélien revint eu Europe. Dès qu'il eut passé le détroit qui la sépare de l'Asie, il apprit que le gouverneur et la garnison de Palmyre venaient d'être massacrés, et que les habitans avaient de nouveaulevél'étendard de la révolte. Cette nouvelle allume sa colère : il part sans hésiter, vole une seconde fois en Syrie. Sa marche précipitée jette l'épouvante dans Anttoche : bientôt Palmyre éprouve tout le poids de sou ressentiment. Il existe encore une lettre de ce prince , où il avoue lui-même1 que les enfans, les femmes, les vieillards et les paysans confondus avec les rebelles, ont été enveloppés dans un massacre général. Quoiqu'il paraisse occupé principalement à rétablir un temple du soleil, il prend quelque intérêt au petit nombre des Palmyréniens qui ont échappé à la destruction de leur patrie, n leur accorde la permission de rebâtir et d'habiter leur ville. Il est pins aisé de détruire que de réparer. Le siège du commerce , des arts et de la grandeur de Zénobie devint successivement une ville obscure, une forteresse peu importante, et enfin un misérable village. Aujourd'hui les citoyens de Palmyre, qui consistent en trente ou quarante familles, ont construit leurs chaumières dans l'enceinte spacieuse d'un temple magnifique.

La vigilance d'Aurélien l'avait fait triompher de ses plus fiers rivaux. Une restait plus à ce prince qu'A détruire une rébellion qui.

i Voplseus,Hist.Aug.,ai9; Zoslme.l. i,f).H.

i!liîl.Aug.,p.219.

dbyGoogle

Thrrant la révolte de Palmyre, avait éclaté sur les rives du Nil. Firmus, qui s'appelaitorgueilleusement l'ami, l'allié d'Odenat et de Zénobie, n'était qu'un riche marchand d'Egypte. Le commerce qu'il avait fait dans l'Inde lui avait procuré des liaisons intimes avec les Blemmyes et les Sarrasins, qui, maîtres des bords de la mer Rouge, pouvaient pénétrer dans sa patrie et faciliter l'exécution de ses projets. 11 enflamma les Égyptiens ftiï faisant briller à leurs yeux l'espoir de la liberté; et, suivi d'une multitude furieuse, il s'empara d'Alexandrie, où il prit la pourpre impériale, frappa des monnaies, publia des édits et leva une grande armée, qu'il se vantait d'être capable d'entretenir avec la vente seule de son papier. De pareilles forces étaient bien peu redoutables. Il est presque inutile de dire que Firmus fut défait, pris, livré aux supplices et mis à mort. Le sénat et le peuple durent alors applaudir aux succès d'Aurélieu. Ce prince pouvait se féliciter d'avoir, en moins de trois ans, rétabli la paix et l'harmonie dans l'univers romain1.

Depuis la fondation de la république, aucun général n'avait été plus digne qu'Aurélien des honneurs du triomphe. Jamais triomphe ne fut célébré avec plus de faste et de magnificence*. On vit d'abord paraître vingt éléphans , quatre tigres royaux et plus de deux cents animaux rares tirés des différens climats du Mord, de l'Orient et du Midi. A leur suite marchaient seize cents gladiateurs dévoués aux jeux cruels de l'amphithéâtre. Les trésors de l'Asie, les armes et les. drapeaux de tant do nations conquises, les meubles précieux de la reine de Palmyre avaient été disposés avec symétrie, ou arrangés confusément par un' effet de l'art. Des ambassadeurs des parties de la terre les plus éloi-

■ Voyez Vopiscus, Hist. Aug., p. 220, 242. On remarque, comme un exemple deluie , qu'il avait des fenêtres vitrées. 1! était célèbre pour sa furie el pour son appétit , pour sa valeur et pour son adresse. On peut conclure de la lettre d'Aurélien que Firmus fut le dernier des rebelles el qu'ainsi Tttricus avait déjà été vaincu.

» Voyez ta description du triomphe d'Aurélien, par Vopiscus. lt eu rapporte les particularités avec l'esprit de détail qui caractérise cet auteur. II se trouve dans celle occasion ente ces particularités sont Intéressantes. (Hist. Aug. , p. 220.)

(374 dep, J.-C.) gnées, de l'Ethiopie, de l'Arabie, de laPerue, de la Bactriane, de l'Inde et de la Chine, tous remarquables par la richesse ou par la singularité de leurs vétemens, rendaient hommage à la renommée et à la puissance de l'empereur romain. Ce prince avait expose pareillement en public les présens dont il avait été comblé, et surtout les couronnes d'orque lui avaient données ungrand nombre de villes reconnaissantes. Une longue suite de captifs, Goths, Vandales, Sarmates, Allemands, Francs, Gaulois, Syriens et Égyptiens, qui s'avançaient avec une sombre contenance, attestait les victoires d'Aurélien. Chaque peuple était distingué par une inscription particulière, et l'on avait désigné sous le litre d'Amazones les dix guerrières delà nation des Goths qui avaient été prises les armes à la main '.Mais les spectateurs, dédaignant la foule des prisonniers, fixaient les yeux sur l'empereur Tetricus et sur la reïné de l'Orient. Le premier, accompagné de son fils, qu'il avait revêtu de la dignité d'auguste, portait des chausses gauloises*, une tunique couleur de safran et un manteau de pourpre'. Zénobie, dans les fers, attirait les regards. On admirait la beauté de cette illustre captive qui paraissait en quelque sorte accablée sous le poids énorme de ses pierreries. Un esclave supportait la chaîne d'or qui entourait son col. Elle précédait à pied le char magnifique sur lequel elle avait autrefois espéré faire son entrée dans Rome. Ce char était suivi de deux autres encore plus brillans, celui d'Odenat et celui du monarque de la Perse. Le triomphateur en montait un quatrième tiré par quatre cerfs ou par quatre éléphans1, et

i Parmi les nations barbares , les femmes ont MufCtt combattu avec leurs maris. Maii.il est p qu'une société d'Amazone» ail Jamais existé dans lu continent ou dans le nouveau monde.

3 L'usage des braccix, culottes ou chausses, était toujours regardé en Italie comme une mode gauloise et barbare. Cependant les Romains eommençabni a s'en rapprocher. S'envelopper les cuisseset les jambes de bande», faseia, c'était, du temps de Pompée et d'Horace, «ne preuve de mollesse ou de mauvaise santé. Dans le siècle de Trajan , cet usage était réeméanxfefsonwsiâehesit somptueuses. 11 fut insetisibleuwit adopté par les derniers du peuple. Voyez une note irèe-csrisuM de Garni bon , ad Siitt. , in Jug. , e. 81

s Le char était-, selon {ouïes les a]

(274 dep. J.-C-.) qui avait appartenu à un roi goth. Les plus illustres du sénat, du peuple et de Farinée fermaient cette pompe solennelle. L'air retentissait des acclamations de la multitude, qui, frappée d'étonnement , s'abandonnait aux transports les plus vifs de la reconnaissance et d'une joie sincère. Au milieu de tous ces monumens de gloire, la vue de Tetricus- inspirait aux sénateurs des scntimens bien différens. Us ne pouvaient s' empêcher de murmurer contre le fier monarque qui livrait ainsi à l'ignominie publique la personne d'un Romain et d'un magistrat1.

Cependant Aurélien avait de la générosité : s'il parut insulter au malheur de ses rivaux , s'il les traita d'abord avec orgueil, il exerça par la suite envers eux une clémence qui avait rarement honoré les anciennes victoires de la république. Souvent, dès que la pompe triomphale montait le Capitole, des princes, qui avaient défendu sans succès leur trône ou leur liberté, périssaient en prison par la main du bourreau. Les usurpateurs, vaincus par Aurélien, étaient coupables de trahison. Leur défaite les exposait aux rigueurs de la loi : ils passèrent leur vie dans l'opulence et dans un repos honorable. L'empereur fit présent à Zénobîe d' une belle maison de campagne située à Tibur, ou a Tivoli, à vingt milles environ de la capitale. Bientôt la reine de Syrie prit les mœurs des dames romaines; et ses filles épousèrent d'illustres personnages. Sa famille existait encore au milieu du cinquième siècle*. Tetricus et son fils, rétablis dans leur rang et dans leur fortune, élevèrent sur le mont Célien an palais magnifique ; et, lorsqu'il fut fini, ils invitèrent leur vainqueur à souper. Aurélien fat agréablement surpris d'y voir en entrant un tableau qui représentait les aventures de ses, anciens coneurrens. Ils étaient peints of-

a que l'on mil. eut les médailles m le savant cardinal Ne-ris , que «m prince mit soumis l'Orient.

> L'nrewttioe de Ctiphuntius (eetog. 1, 50) : oullos du- MeqplitxilrittapfcM, tppuquée à Rome , renferme une tOsmn «tme cvMnlricflWHlEile.

*VantKU, HisL Aug., p. 190; saisi Jérôme, in Chron.; Proeper , in Chron ; Baronius suppose que Zenobius , iMWienoDtace, d»tonn>s.de saint Ajnbroise, était de ia Cantine.

frant à l'empereur une couronne civique avec le sceptre de la Gaule, et recevant de ses mains la dignité sénatoriale. Le père eut dans la suite le gouvernement de la Lucanie1. Le prince, qui bientôt l'admit à sa conversation et à son amitié, lai demandait familièrement s'il ne valait pas mieux gouverner une province d'Italie, que de régner au-delà des Alpes. Le fils acquit une grande considération dans le sénat, et, de tous les nobles de Rome, il n'y en eut aucun qui fût plus estimé d'Aurétien et de ses successeurs*.

La pompe triomphale dont nous venons de donner la description était si nombreuse, elle s'avançait avec une majesté si lente, qu'elle ne put arriver an Capitole avant la neuvième heure , quoiqu'elle eût commencé dès l'aube du jour; et il faisait déjà nuit lorsque l'empereur se rendit au palais. A cette cérémonie brillante succédèrent des représentations de théâtre , des jeux du cirque, des chasses de bétes sauvages, des combats de gladiateurs et - des batailles navales. On distribua de grandes largesses aux troupes et au peuple. Plusieurs institutions agréables ou utiles contribuèrent à perpétuer, au milieu de la capitale, la gloire du vainqueur. Il consacra aux dieux de Rome la plus grande partie des dépouilles de l'Orient. Sa piété fastueuse suspendit de superbes offrandes dans le Capitole et dans les autres temples. Celui du soleil seul reçut plus de quinze cents livres d'or '. Ce temple magnifique, bâti sur le mont Quiriual, fut dédié, bientôt après la cérémonie du triomphe, à la divinité qu" Aurélien adorait comme l'auteur de sa vie et de sa fortune. Sa mère avait rempli les* fonctions de simple prétresse dans une chapelle du soleil. L'heureux paysan avait contracté dès l'enfance lessentimens d'une dévotion particulière pour le dieu du jour. La recon-

<Vopiscus,Hist.Aug., p. 222; Eulrope,ri,13; Victor le jeune. MaisPollion (dans l'Hist.Aug., p. 196) prétend que Tetricus hit lait co-recteur de toute l'Italie.

3 Hisl. Aug., p. 107.

3 Vopiseus, Hist. Aug., p. 222; Zosime, 1. 1 , p. 56. D jr plaça les images de Belus et du suleil , qu'il avait apportées de Falmyre. Le temple lut dédié la quatrième année de «m règne (Eusebe.tn Chron.); mais Aurélien commença certainement à le bàlir aussitôt après son avéne-

dbyGoogle

Itt DEGADHHGB DE

naissance fortifia la superstition, lorsque Àurélion eut parcouru si glorieusement la carrière de» honneurs; lorsque, maître de l'univers, il ae /ut illustré par un si grand nombre «le victoires1.

Ses armes avaient abattu les ennemis étrangers et domestiques de l'empire. On prétend que sa rigueur salutaire étouffa, dans tome l'étendue de l'univers romain ', les crimes, les fact ions, l'esprit de révolte , les complots pernicieux et les maux qu'entraîne un gouvernement faible et oppressif. Mai» si nous examinons attentivement les progrès du mal et In lenteur de la guérîson, si non» nous rappelons que les années de désordres publics surpassèrent en nombre les mois d'un règne sans cesse agité, nous ne pourrons nous persuader que , dan» quelques intervalles d'une paix souvent interrompue, il ait été possible à l'empereur A urélicn d'exécuter un plan si difficile de réforme. Ses efforts même, pour rétablir la pureté de la monnaie, excitèrent un soulèvement dangereux. Ce prince se plaint de ces troubles dans une lettre particulière : « Sûrement, » dît-il, les dieux m'ont destiné à vivre dans ■ un état do guerre perpétuel. Un tumulte • vient d'allumer un grand incendie an milieu » de la capitale. Les ouvriers de la monnaie i se sont révoltés à l'instigation de Felicis- > simus.f-sclovcaiiqncl j'nvni» donné un crat ploi dans ks finances. La sédition est » éteinte; mais elle m'a conté sept mille sol- » data, l'élite do ces troupes qui campent » dans lu Ihwîeet sur lesbord» du Danube*. > D'autres écrivains, qui parlent du même événement , le placent fort peu de temps après le triomphe de l'empereur ; ils ajoutent que le combat décisif fut livré sur le muatCélicn ; que les ouvriers Avaient altéré b monnaie; et que, pour rétablir le crédit public, Aurélîcn donna de bonnes espèces en échange

I Voyez dans l'Histoire Augustin*, p. 310, le» présages de sa fortune. Sa dérollon pour le soleil paraît dans tes hures, sur tes mëdailla; et Julien eu parie dani les Césars (wM.eaSpsnke.iai, p. 109).

i Yopûeui , Hiit. Aug. , p. 221 .

affist. An», p. m AuriHai appelle twtoUab, J/iiwi, Riparienttt, Ctutriani et DacUct.

ROMAIN, (274 dep. Mi),

pour de mauiainw, qna le peuple eut ordre de rapporter an trésor'.

Si l'on voulait approfondir un événement si extraordinaire, on verrait combien, de la manière dont il est présenté, les circonstances en sont incompatibles l'une avec l'antre, et dénuées de vraisemblance. L'altération de la monnaie s'accorde très-bien, à la vérité, avec l'administration de Gallien; et, selon toutes les apparences, ceux qui avaient été employés & cette pratique odieuse redoutèrent lu justice sévère d'Anrélien. Mais le crime, aussi bien que le profil, ne devait concerner qu'un petit nombre de personnes; et il est dtlikiledeconcevoîr comment de pareils coupables ont pu soulever un peuple, qu'il» trompaient si indignement, contre un prince qu'ils trahissaient. Un croirait plutôt qu'ils auraient partagé la haine publique avec les délateurs et les autres ministres de l'oppression. 11 sembla que la réformalioa des espèces ne devait pus être moins agréable an peuple que la destruction de plusieurs ancien» comptes brûlés, parordre de L'empereur, dans la placede Trajun*.

Dan» un siècle où les principe» du commerce étaient à peine connus, ou ne parvenait peut-être au but le plus désirable qu'en se servant de rigueur, et en employant des voie» peu judicieuses. Mais de pareil» moyens, dont l'impression ne saurait subsister longtemps, ne sont pas capable» d'exciter ni d'entretenir le fca d'nne guerre dangereuse.

Quelquefois le redoublement d'impôts onéreux , établit sur les terres et surles nécessités de la vîe, provoque enfin ceux qui se trouvent forcés a rester dans leur pallie , on qui ne peuvent se résoudre à l'abandonner. 11 en est sont autrement d'une opération qui, par quelque expédient que ce soit, rétablit Injuste valeur de la monnaie. Le bénéfice permanent efface bientôt le mal passager. La perte se partage entre une grande multitude; et, s'il est un petit nombre' d'individus opnlens dont la tartane éprouve une diminution sensible , ils perdent avec leurs richesses l'influence qu'elles leor procuraient.

'Z*uok,l i, pv5«i kitrept, », 14» Aaitl Victor, i Hist. Aug. , p. 222 ; Aurel. Victor.

dbyGoogle

Peut-être Anrélien vonlait-a déguiser la cause réelle de la révolte. Au reste, la réformation de la monnaie ne pouvait fournir. qu'un faible prétexte à un parti considérable demécontens.Rome, quoique privée de h\ berté , était en proie aux factions. Le peuple, pour lequel l'empereur, né lui-même plébéien, montrait toujours une affection particulière, vivait dans une dissension perpétuelle avec le sénat, les chevaliers et les gardes prétoriennes'. 11 ne fallait rien moins que Tunion secrète, mais ferme, de ces ordres; il fallait te concours de l'autorité du premier, des richesses du second, et dés armes du troisième, pour rassembler des forces capables de se mesurer contre les légions du , Danube, composées de vétérans, qui, sonB te conduite d'un souverain belliqueux, avaient achevé la conquête de l'Orient et des provinces occidentales.

Quel que fût le motif ou l'objet de cette ré- ■ bellion que l'histoire impute avec si peu de probabilité aux ouvriers de la monnaie , Àurélien usa de sa victoire avec la dernière' ri- , gueur*. Naturellement sévère, il avait conservé sons la pourpre le cœur d'un paysan et d'un soldat. Les douces émotions de la sensibilité lui étaient inconnues. La mort, les tournera et le spectacle affligeant de l'humanité souffrante paraissaient ne lui faire ancane impression. Elevé, dès sa plus tendre jeunesse, dans l'exercice des armes, il mettait trop peu de prix à ta vie d'un citoyen ; et punissant, pat- exécution militaire, les moindres offenses, il transportait dans l'administration civile la discipline rigide des camps. Son amour pour la justice devint souvent une passion aveugle et furieuse. Toutes les fois qui! croyait sa personne ou l'état en danger, S dédaignait les formes ordinaires, et n'observait aucune proportion entre le délit et la peine. La révolte, dent les Romains semblaient récompenser ses services, enflamma son esprit altier. Les plus nobles familles de

* U discorde était déjà radiée avant qn'Àurflien revis* de l'Egypte- Tore* Yopbcus , <tni die une lettre ort- R*t*. Hht. Aog. , p. 524.

» Voptaeui , Hi*t. Aug. , p. 2Î2 ; les deux Victor j Eu-

sro»»,w,M;a)trt»(M,P.]|3) ne parte que de trois 9^mm1^fét»)mmnmMitsmn d'Onu».

la république, accusées en soupçonnée» eTétre entrées dans ce complot dont il est-st difficile dé) démêler la cause, éprouvèrent les effets de sou ressentiment. Sa vengeance implacable fit couler des flots de sang. Va neveu même de l'empereur fut sacrifié. Les bourreaux étaient fatigués, les prisons remplies d'une foule de Victimes ; et le malheureux sénat déplorait la mort ou l'absence de ses plus illustres membres'. Cette assemblée ne se trouvait pas moins offensée de l'orgueil de l'empereur que de sa tyrannie. Trop peu éclairé ou trop fier pour se soumettre aux institutions civiles, Aurétten prétendait ne tenir sa puissance que de l'épée. H gouvernait par droit de conquête une monarchie qu'il avait sauvée et subjuguée'.

Ce prince, selon la remarque d'un empereur judicieux que nous verrons bientôt régner avec éclat, avait des taiens plus propres au commandement d'une armée qu'au gouvernement d'un empire1. Anrélien ( ùu» patient de rentrer dans une carrière oà la nature et l'expérience Ini donnaient une si grande supériorité, prit denoutetales armes quelques mots après son triomphe. Il lui importait d'exercer, dans quelque guerre étrangère, l'esprit inquiet dès légiens; et M monarque persan, fier de la honte d« VaJérieu, bravait toujours avec impunité ta majesté de la république indignement outragé*. La souverain de Rome , k la tète d'une armée moins formidable par le nombre que pur la valeur et la discipline, s'était avancé jusqu'au détroit qni sépare l'Europe de ï Asie. Il éprwrva que le pouvoir absolu est un faible rtinpart contre les effort» du désespoir. IL avait menacé de punir un de ses secrétaires accusé tf exaction, et ou savait que l'empereur menaçait rarement en vain.

La dernière ressource du criminel fut d'envelopper dans son danger les principaux officiers de l'armée, ou du moins de leur

î Betun Victor le Jeune, il porta euetUMU* ht dbdeme. On Ul sur ses médailles , Bau et Omimt. «Telle était r<ft servit! w de BtoeaÉUea. (VoimVsnuv

ctt5,Uisl.Aug.,p.aM0

(275dtp.~^C.)

ii»pir*r les n<nes alarmes. Habile à contrefaire h» main de son maître, il leur montra une liste nombreuse de personnes destinées àlamprt, parmi lesquelles leurs noms se trouvaient inscrit»; sans soupçonner ou sans examiner la fraude, ils résolurent de prévenir l'arrêt fatal en massacrant l'empereur. Ceux d'entre les conjures, qui, par leurs emplois, avaient le droit d'approcher de sa personne, l'attaquèrent subitement entre Byzance et Héraclée. Après une courte résistance, il périt de la main de Mucaper, général qu'il avait toujours aimé. Aurélien emporta au tombeau les regrets de l'armée et la haine du sénat. Ses exploits, ses talens, sa fortune -avaient excité une admiration universelle. A sa mort, l'état perdit un réformateur utile, dontla sévérité pouvait être justifiée par la corruption générale ' .

Page 1